Les mares et zones humides bocagères : un trésor discret de l’Avesnois

Elles bordent les chemins creux, s’abritent derrière les haies têtards ou s’étirent au pied des prairies humides. Les mares et zones humides bocagères font partie du paysage de l’Avesnois depuis des siècles. Longtemps considérées comme de simples points d’eau pour le bétail, elles apparaissent aujourd’hui comme un patrimoine écologique majeur, au cœur des enjeux de biodiversité et d’adaptation climatique.

Dans un territoire façonné par l’élevage herbager, ces petites pièces d’eau ont accompagné la vie rurale : abreuvement, rouissage du lin, réserve incendie, pêche familiale, voire micro-irrigation. Leur présence est si ancienne qu’elles figurent déjà sur les cadastres napoléoniens du début du XIXᵉ siècle.

Les mares bocagères sont de véritables réservoirs de biodiversité. Une mare en bon état peut abriter jusqu’à 80 espèces différentes, des amphibiens aux libellules, en passant par les plantes aquatiques rares.

Dans l’Avesnois, elles constituent un maillon essentiel entre les haies, les prairies humides et les rivières, formant un réseau écologique continu.

Elles jouent aussi un rôle discret mais crucial :

• Régulation de l’eau : elles stockent temporairement les pluies, limitant les ruissellements et les inondations.

• Recharge des nappes : l’eau s’infiltre lentement dans les sols.

• Refuge climatique : en période de sécheresse, elles deviennent des oasis pour la faune.

• Filtration naturelle : elles retiennent sédiments et polluants, améliorant la qualité de l’eau.

« Une mare bien gérée, c’est un petit laboratoire de vie. On y observe ce que l’on ne voit plus ailleurs », explique un technicien du Parc naturel régional de l’Avesnois.

Le bocage avesnois a perdu près de 50 % de ses mares depuis les années 1950.

Les causes sont connues :

• remembrements agricoles,

• comblements pour faciliter le passage des machines,

• abandon des usages traditionnels,

• pollution diffuse,

• enfrichement et fermeture des milieux.

Certaines mares subsistent mais sont eutrophisées, envahies par les roseaux ou les lentilles d’eau, signe d’un déséquilibre écologique.

Depuis une quinzaine d’années, plusieurs communes, agriculteurs et associations se mobilisent pour restaurer ce patrimoine.

Le Parc naturel régional de l’Avesnois a lancé des programmes de :

• recensement des mares (plus de 3 000 identifiées),

• restauration (curage raisonné, réouverture du milieu, plantation de haies),

• sensibilisation auprès des écoles et des habitants.

Les agriculteurs jouent un rôle central : une mare entretenue peut devenir un atout agronomique, en améliorant l’humidité des prairies et en renforçant la résilience des exploitations face aux sécheresses estivales.

Dans un contexte de changement climatique, les mares bocagères pourraient redevenir des infrastructures hydrauliques naturelles essentielles.

Elles contribuent à :

• maintenir l’humidité des sols,

• soutenir les cours d’eau en été,

• préserver les espèces sensibles à la chaleur,

• renforcer la mosaïque paysagère du bocage.

Elles sont aussi un marqueur identitaire : rares sont les régions françaises où ces petites pièces d’eau sont aussi nombreuses et aussi intimement liées à l’histoire rurale.

Redonner vie aux mares, c’est renouer avec un savoir-faire ancien, mais aussi préparer l’avenir.

Chaque mare restaurée devient un point de rencontre entre nature, agriculture et mémoire locale.

Dans l’Avesnois, ce patrimoine discret pourrait bien devenir l’un des symboles de la transition écologique en cours.