Préface
Il est des territoires dont l’histoire ne se lit pas seulement dans les archives, mais dans les paysages, les gestes, les mots, les silences. L’Avesnois est de ceux‑là.
Région de bocages serrés, de forêts profondes, de rivières patientes, l’Avesnois porte encore, dans ses chemins creux et ses villages de briques, la mémoire d’un monde façonné par le travail. Un monde où chaque métier — du laboureur au verrier, du sabotier à la fileuse, du meunier au garde‑champêtre — dessinait une manière d’habiter la terre, de vivre ensemble, de transmettre.
Ce livre est né d’un constat simple : ces métiers ont disparu, mais leur empreinte demeure. Elle demeure dans les récits des anciens, dans les objets conservés au fond des greniers, dans les bâtiments qui ponctuent encore les paysages, dans les mots du patois, dans les fêtes locales, dans les gestes que certains artisans perpétuent encore.
Il ne s’agit pas ici de nostalgie. Il s’agit de mémoire.
La mémoire d’un territoire où l’on travaillait dur, mais où l’on savait aussi s’entraider. La mémoire d’un monde où l’on apprenait en regardant faire, où l’on transmettait sans discours, où l’on vivait au rythme des saisons, des machines, des bêtes, des rivières. La mémoire d’une société qui, en un siècle, a connu plus de bouleversements que durant les cinq précédents.
Ce livre n’est pas un musée figé. C’est une traversée. Une traversée des métiers, des gestes, des voix, des lieux. Une tentative de rendre justice à celles et ceux qui ont façonné l’Avesnois par leur travail, souvent anonyme, toujours essentiel.
Puissent ces pages offrir au lecteur un chemin pour comprendre d’où vient ce territoire, ce qu’il a été, ce qu’il a perdu, ce qu’il a transmis. Puissent‑elles aussi rappeler que le patrimoine n’est pas seulement fait de pierres, mais de vies, de mains, de savoirs, de récits.
Ce livre est un hommage. Un hommage à l’Avesnois, à ses travailleurs, à ses familles, à ses mémoires. Un hommage à un monde disparu, mais jamais oublié.
Chapitre I – Introduction générale : enjeux, sources et cadre historique
I. Introduction générale
1. L’Avesnois : un territoire façonné par le travail
L’Avesnois, région de bocages, de forêts et de vallons, a longtemps été un territoire où le travail manuel constituait la base de l’économie et de la vie quotidienne. Jusqu’au milieu du XXᵉ siècle, les habitants exerçaient une multitude de métiers ruraux, artisanaux ou proto‑industriels, souvent hérités du Moyen Âge. Ces métiers, aujourd’hui disparus ou profondément transformés, ont façonné :
- les paysages (haies, chemins creux, moulins, verreries),
- les villages (ateliers, fermes, forges),
- les familles (transmission des savoirs),
- l’identité culturelle du territoire.
L’objectif de cette étude est de restituer, de manière rigoureuse et vivante, l’univers professionnel de l’Avesnois d’autrefois.
2. Problématique et objectifs
Cette recherche répond à une question centrale :
Comment les métiers traditionnels ont‑ils structuré l’économie, la société et la culture de l’Avesnois entre le XVIIIᵉ et le début du XXᵉ siècle ?
Pour y répondre, nous analyserons :
- les métiers agricoles (laboureurs, vachers, charretiers),
- les métiers artisanaux (maréchaux‑ferrants, sabotiers, tisserands, charrons),
- les métiers liés à la forêt (bûcherons, charbonniers),
- les métiers de l’eau (meuniers, lavandières, pêcheurs),
- les métiers de l’industrie naissante (verriers, ouvriers du textile),
- les métiers féminins (dentellières, nourrices, lingères),
- les métiers de service (instituteurs, curés, garde‑champêtres).
Chaque chapitre montrera comment ces métiers s’inscrivent dans un système économique, social et culturel cohérent.
3. Sources et méthodologie
Cette étude s’appuie sur :
a) Les archives communales et départementales
- registres de délibérations,
- recensements de population,
- cadastres napoléoniens,
- registres de corporations,
- archives des verreries et filatures.
b) Les monographies locales du XIXᵉ siècle
Les instituteurs, dans le cadre des enquêtes de l’Académie, ont laissé des descriptions précieuses des métiers de leur village.
c) Les enquêtes ethnographiques du XXᵉ siècle
Notamment celles menées dans les années 1960–1980 auprès des anciens.
d) Les témoignages oraux
Récits familiaux, souvenirs d’anciens ouvriers, traditions transmises.
e) L’observation du patrimoine bâti
- anciennes forges,
- moulins,
- ateliers,
- fermes en U,
- verreries de Sars‑Poteries,
- chemins creux utilisés par les charretiers.
4. Cadre historique : du monde rural à l’industrialisation
a) Avant 1800 : une économie rurale et artisanale
La majorité des habitants vivent :
- de l’agriculture,
- de l’élevage,
- de petits métiers artisanaux.
Les échanges se font dans les foires et marchés locaux.
b) 1800–1880 : proto‑industrialisation
Apparition :
- des premières filatures,
- des verreries modernes,
- des ateliers métallurgiques.
Les métiers traditionnels cohabitent avec les métiers industriels.
c) 1880–1930 : apogée industrielle
Fourmies devient un centre textile majeur. Jeumont se spécialise dans la métallurgie et l’électricité. Les verreries de Sars‑Poteries produisent des pièces uniques.
d) Après 1930 : déclin et reconversion
La mécanisation agricole et la crise industrielle entraînent la disparition progressive des métiers traditionnels.
5. Organisation générale de l’étude
Cette “mini‑thèse” est structurée en 10 chapitres, chacun consacré à une grande famille de métiers :
- Les métiers agricoles
- Les métiers de l’artisanat rural
- Les métiers du bois et de la forêt
- Les métiers de l’eau et des moulins
- Les métiers de l’industrie naissante
- Les métiers féminins
- Les métiers du commerce et des foires
- Les métiers de service et de la vie communautaire
- Disparition, reconversion et mémoire des métiers
- Conclusion générale
Chaque chapitre comprendra :
- une analyse historique,
- une description technique des métiers,
- des scènes de vie,
- des portraits de travailleurs,
- des exemples locaux,
- des encadrés ethnographiques,
- des références patrimoniales.
6. Enjeux patrimoniaux
L’étude des métiers anciens permet de comprendre :
- l’évolution du paysage rural,
- la structure sociale des villages,
- les savoir‑faire disparus,
- les traditions encore vivantes,
- les traces matérielles (outils, bâtiments),
- la mémoire collective.
Elle contribue à la valorisation du patrimoine de l’Avesnois.
Conclusion du chapitre I
Cette introduction pose les bases d’une étude approfondie des métiers d’autrefois en Avesnois. Elle montre que ces métiers ne sont pas seulement des activités économiques : ils sont le reflet d’une culture, d’un mode de vie, d’une organisation sociale et d’une relation intime à la nature et au territoire.
Chapitre II – Les métiers agricoles en Avesnois
Introduction du chapitre
L’agriculture a longtemps constitué le socle économique et social de l’Avesnois. Jusqu’au début du XXᵉ siècle, plus de 70 % de la population active travaille directement ou indirectement pour la terre : laboureurs, vachers, charretiers, bergers, journaliers, femmes de ferme, enfants gardant les bêtes. Ces métiers, souvent hérités du Moyen Âge, reposent sur des savoir‑faire précis, des outils spécifiques et une organisation communautaire très forte.
Ce chapitre analyse les principaux métiers agricoles, leur rôle, leurs techniques, leurs rythmes et leur place dans la société rurale.
I. Le laboureur : pilier de l’économie rurale
1. Rôle et statut social
Le laboureur est l’un des métiers les plus anciens et les plus respectés. Il possède ou loue des terres, maîtrise les techniques de labour, de semis et de rotation des cultures. Dans les villages de l’Avesnois, il occupe souvent une position centrale :
- il possède un cheval ou une paire de bœufs,
- il emploie parfois un journalier,
- il participe aux décisions communautaires (fossés, chemins, pâtures).
Le laboureur est un homme de savoir‑faire, mais aussi de responsabilité.
2. Techniques et outils
Jusqu’au XIXᵉ siècle, le labour se fait avec :
- la charrue en bois, renforcée de fer,
- l’araire, plus léger,
- la herse, pour briser les mottes,
- la houe, pour les finitions.
À partir de 1850, apparaissent :
- les charrues en acier,
- les brabants,
- les premières machines tirées par chevaux.
Ces innovations améliorent la productivité, mais restent coûteuses.
3. Scène de vie
Un matin de mars, près de Sains‑du‑Nord. Le laboureur marche derrière son cheval, tenant fermement les mancherons de la charrue. La terre humide se retourne en longues bandes régulières. Le cheval souffle, la charrue crisse, les corbeaux suivent le sillon pour picorer les vers. Le geste est précis, lent, presque rituel.
II. Le vacher et la femme de ferme : gardiens du troupeau
1. Importance du bétail dans l’Avesnois
L’Avesnois est une terre d’élevage laitier. Les vaches fournissent :
- lait,
- beurre,
- fromage (dont le Maroilles),
- fumier pour les champs.
Le vacher est donc un personnage essentiel.
2. Le métier de vacher
Le vacher :
- nourrit les bêtes,
- les mène au pâturage,
- surveille les vêlages,
- nettoie l’étable,
- participe à la traite.
Il connaît chaque animal par son nom, son caractère, ses habitudes.
La femme de ferme
Elle joue un rôle tout aussi important :
- traite,
- fabrication du beurre,
- soin des veaux,
- gestion du lait.
Dans de nombreuses fermes, c’est elle qui maîtrise les secrets du fromage.
3. Scène de vie
À l’aube, dans une ferme de Taisnières‑en‑Thiérache. La femme de ferme s’avance dans l’étable, un tablier noué à la taille. Les vaches, encore endormies, se lèvent lentement. Le bruit régulier du lait frappant le seau emplit la pièce. Une odeur chaude et douce flotte dans l’air.
III. Le charretier : maître des routes rurales
1. Un métier indispensable
Le charretier transporte :
- foin,
- bois,
- pierres,
- fumier,
- récoltes,
- marchandises pour les marchés.
Il connaît chaque chemin, chaque gué, chaque pente du territoire.
2. Techniques et savoir‑faire
Le charretier doit :
- atteler correctement le cheval,
- équilibrer la charge,
- maîtriser les descentes,
- réparer les roues,
- entretenir le harnais.
Il possède souvent une force physique impressionnante.
3. Scène de vie
Un dimanche matin, sur la route d’Avesnes. Les charretiers convergent vers le marché. Les roues cerclées de fer résonnent sur les pavés. Les chevaux avancent d’un pas régulier. Les hommes discutent, échangent des nouvelles, plaisantent.
IV. Le berger : un métier plus rare mais attesté
1. Présence des troupeaux
L’Avesnois n’est pas une terre de grands troupeaux ovins, mais chaque village possède quelques bergers, chargés de :
- garder les moutons,
- surveiller les pâtures,
- protéger les bêtes des chiens errants.
2. Rôle social
Le berger est souvent un homme solitaire, vivant en marge du village. Il connaît les chemins, les plantes, les sources, les abris naturels.
3. Scène de vie
Sur les hauteurs de Trélon, un berger marche lentement derrière son troupeau. Le vent souffle dans les haies. Les moutons avancent en grappes serrées. Le chien de berger court en cercle, vigilant.
V. Les journaliers agricoles : la main‑d’œuvre indispensable
1. Statut et conditions de vie
Les journaliers sont les travailleurs les plus pauvres. Ils n’ont pas de terre, pas de bétail, parfois même pas de maison à eux. Ils louent leurs bras :
- pour les moissons,
- pour les fenaisons,
- pour les labours,
- pour les récoltes.
Ils sont payés à la journée, souvent en nature (pain, cidre, soupe).
2. Rôle économique
Sans eux, aucune ferme ne pourrait fonctionner. Ils représentent la majorité de la main‑d’œuvre lors des grands travaux saisonniers.
3. Scène de vie
En juillet, lors de la moisson. Les journaliers coupent le blé à la faucille, sous un soleil écrasant. Leur chemise est trempée de sueur. À midi, ils s’assoient à l’ombre d’un pommier et mangent une soupe froide et un morceau de pain.
VI. Les enfants dans les travaux agricoles
1. Une participation précoce
Dès 6 ou 7 ans, les enfants participent :
- à la garde des vaches,
- au ramassage du bois,
- au nettoyage de la cour,
- à l’aide au potager.
Ils apprennent les gestes en observant les adultes.
2. Rôle éducatif
Le travail est considéré comme une école de la vie :
- discipline,
- endurance,
- sens de la communauté.
3. Scène de vie
Un enfant de 8 ans, à Wignehies, garde deux vaches le long d’un chemin creux. Il siffle, lance des cailloux dans le fossé, rêve en regardant les nuages. Mais il garde toujours un œil sur les bêtes.
VII. Analyse socio‑économique : une société structurée par la terre
1. Hiérarchie rurale
La société agricole de l’Avesnois est très structurée :
- propriétaires exploitants
- fermiers
- métayers (rares dans la région)
- journaliers
- domestiques
- enfants travailleurs
Chaque catégorie a ses droits, ses devoirs, ses traditions.
2. Transmission des savoirs
Les métiers agricoles se transmettent :
- de père en fils,
- de mère en fille,
- par observation,
- par imitation.
Il n’existe pas d’école : la ferme est l’école.
3. Place des femmes
Les femmes jouent un rôle central :
- traite,
- beurre,
- fromage,
- potager,
- soins aux animaux.
Elles sont les gardiennes du foyer et de la production laitière.
VIII. Patrimoine matériel et immatériel
1. Traces dans le paysage
Les métiers agricoles ont laissé :
- chemins creux,
- haies bocagères,
- fermes en U,
- granges,
- étables,
- puits,
- fours à pain.
2. Traces dans la mémoire
Les récits familiaux évoquent :
- les moissons,
- les veillées,
- les foires,
- les bêtes,
- les outils.
Ces souvenirs constituent un patrimoine immatériel précieux.
Conclusion du chapitre II
Les métiers agricoles de l’Avesnois forment un système cohérent, fondé sur la terre, les saisons, la communauté et la transmission. Ils ont façonné le paysage, la société et l’identité du territoire. Même disparus, ils restent présents dans les mémoires, les récits et les traces matérielles.
Chapitre III – Les métiers de l’artisanat rural en Avesnois
Introduction du chapitre
L’artisanat rural occupe une place centrale dans l’histoire de l’Avesnois. Dans un territoire longtemps isolé, où les villages vivaient en semi‑autarcie, chaque communauté avait besoin de ses artisans : maréchal‑ferrant, charron, sabotier, tisserand, bourrelier, meunier, potier, verrier. Ces métiers, souvent exercés dans de petits ateliers attenants à la maison, reposaient sur des savoir‑faire transmis de génération en génération.
Ce chapitre analyse les principaux métiers artisanaux, leur rôle économique, leurs techniques, leurs outils, leur organisation sociale et les traces qu’ils ont laissées dans le paysage et la mémoire locale.
I. Le maréchal‑ferrant : le cœur battant du village
1. Rôle et importance sociale
Le maréchal‑ferrant est l’un des artisans les plus indispensables. Dans une région où le cheval est essentiel (labour, charrois, déplacements), il assure :
- le ferrage des chevaux,
- la fabrication et la réparation des outils agricoles,
- l’entretien des charrues, herses, socs,
- parfois la forge de pièces métalliques pour les maisons.
Son atelier est un lieu de passage, de discussions, de nouvelles.
2. Techniques et outils
Le maréchal‑ferrant travaille :
- l’enclume,
- le marteau,
- les pinces,
- la forge à charbon,
- les soufflets,
- les tenailles,
- les râpes et brochoirs.
Il chauffe le fer au rouge, le façonne, l’ajuste au sabot.
Scène de vie
Dans une forge de Trélon, le maréchal‑ferrant saisit un fer incandescent avec ses pinces. Le cheval, maintenu par un aide, souffle nerveusement. Le fer rouge touche le sabot : une fumée blanche s’élève, l’odeur de corne brûlée envahit l’atelier. Les hommes discutent du temps, des récoltes, des nouvelles du canton.
II. Le charron : l’ingénieur du monde rural
1. Rôle et savoir‑faire
Le charron fabrique :
- charrettes,
- tombereaux,
- roues,
- brancards,
- essieux.
Il travaille le bois avec une précision d’ingénieur. Sans lui, aucun transport n’est possible.
2. Techniques et matériaux
Il utilise :
- chêne pour les moyeux,
- frêne pour les rayons,
- orme pour les jantes,
- fer pour les cerclages.
Le montage d’une roue est un travail complexe, nécessitant un ajustement parfait.
Scène de vie
À Avesnes, un charron ajuste les rayons d’une roue. Chaque pièce est taillée à la main. Le maréchal‑ferrant viendra ensuite poser le cerclage de fer chauffé au rouge, qui se resserrera en refroidissant.
III. Le sabotier : artisan du quotidien
1. Un métier omniprésent
Dans l’Avesnois, les sabots sont portés par :
- paysans,
- ouvriers,
- femmes,
- enfants.
Le sabotier fabrique ces chaussures en bois, adaptées au climat humide et aux sols boueux.
2. Techniques
Il travaille :
- le bouleau,
- le hêtre,
- le peuplier.
Ses outils :
- hachette,
- paroir,
- tarière,
- couteau à sabot.
3. Scène de vie
Dans un atelier de Wignehies, le sabotier creuse un bloc de bois encore humide. Les copeaux s’accumulent au sol. L’odeur du bois fraîchement taillé emplit la pièce. Les enfants du village viennent essayer les sabots, amusés par le bruit qu’ils font sur la terre battue.
IV. Le tisserand : un métier ancien, bouleversé par l’industrie
1. Le tissage à domicile
Avant l’industrialisation, de nombreuses familles tissent :
- lin,
- laine,
- chanvre.
Le tisserand travaille sur un métier à tisser installé dans la maison.
2. L’arrivée des filatures
À partir de 1850, les filatures de Fourmies, Wignehies et Maubeuge bouleversent le métier :
- les tisserands deviennent ouvriers,
- les métiers mécaniques remplacent les métiers manuels,
- les femmes et enfants entrent massivement dans les usines.
3. Scène de vie
Dans une maison de Ferrière‑la‑Grande, un tisserand actionne son métier à la main. Le bruit régulier du battant rythme la journée. Sa femme file la laine, ses enfants préparent les bobines. Quelques années plus tard, toute la famille travaillera à l’usine.
V. Le bourrelier : artisan du cuir
1. Rôle essentiel
Le bourrelier fabrique et répare :
- harnais,
- colliers de chevaux,
- sangles,
- courroies,
- brides.
Sans lui, aucun cheval ne peut travailler.
2. Techniques
Il travaille :
- cuir épais,
- boucles en métal,
- rivets,
- aiguilles courbes.
Son atelier sent le cuir, la graisse animale, la colle.
3. Scène de vie
À Le Quesnoy, un bourrelier graisse un harnais usé. Le cuir craque sous ses doigts. Un charretier attend, discutant des chemins boueux et des récoltes à transporter.
VI. Le meunier : maître des moulins
1. Importance économique
Les moulins à eau et à vent sont nombreux dans l’Avesnois. Le meunier :
- moud le grain,
- entretient les meules,
- gère les flux d’eau,
- stocke la farine.
Il occupe une position stratégique dans l’économie locale.
2. Techniques
Le meunier maîtrise :
- les meules en pierre bleue,
- les engrenages en bois,
- les vannes,
- les rouets.
3. Scène de vie
Dans un moulin de l’Helpe Majeure, le meunier surveille la chute d’eau. Les meules tournent lentement. La farine vole dans l’air, blanchissant ses vêtements. Les paysans attendent leur tour, sacs de grain sur l’épaule.
VII. Le potier et le verrier : artisans d’art
1. Le potier rural
Il fabrique :
- pots à lait,
- cruches,
- plats en terre cuite.
Les poteries sont utilitaires mais souvent décorées de motifs simples.
2. Le verrier de Sars‑Poteries
Sars‑Poteries est un centre verrier majeur. Les verriers produisent :
- bouteilles,
- verres,
- objets décoratifs,
- “bousillés” (pièces fantaisie réalisées en cachette).
Ces objets sont aujourd’hui des pièces de musée.
3. Scène de vie
Dans une verrerie de Sars‑Poteries, un ouvrier souffle une boule de verre en fusion. La chaleur est intense. La boule s’allonge, se transforme, prend forme sous son souffle et ses gestes précis.
VIII. Analyse socio‑économique : un système artisanal cohérent
1. Interdépendance des métiers
Chaque artisan dépend des autres :
- le maréchal‑ferrant travaille avec le charron,
- le bourrelier avec le charretier,
- le tisserand avec le cultivateur,
- le meunier avec le laboureur.
C’est un écosystème complet.
2. Transmission des savoirs
Les métiers se transmettent :
- dans la famille,
- par apprentissage,
- par compagnonnage local.
3. Déclin et reconversion
À partir de 1900 :
- industrialisation,
- mécanisation,
- disparition des chevaux,
- fermeture des moulins.
Les artisans disparaissent ou se reconvertissent.
Conclusion du chapitre III
Les métiers de l’artisanat rural ont façonné l’Avesnois pendant des siècles. Ils ont laissé des traces dans les paysages, les bâtiments, les outils, les récits. Même disparus, ils restent au cœur de l’identité patrimoniale du territoire.
Chapitre IV – Les métiers du bois et de la forêt en Avesnois
Introduction du chapitre
L’Avesnois est l’une des régions les plus boisées du Nord de la France. La forêt de Mormal, les bois de Trélon, de Fourmies, de Liessies, de Sars‑Poteries et de Glageon ont longtemps constitué une ressource essentielle pour les habitants. Ces massifs ont donné naissance à une multitude de métiers : bûcherons, charbonniers, scieurs de long, sabotiers (déjà évoqués dans le chapitre précédent), fendeurs, voituriers de bois, résiniers (plus rares), gardes forestiers.
Ces métiers, souvent rudes et dangereux, ont façonné l’économie locale, les paysages et l’imaginaire collectif.
I. Le bûcheron : figure centrale de la forêt
1. Rôle et importance économique
Le bûcheron est l’un des métiers les plus anciens de l’Avesnois. Il coupe :
- le bois de chauffage,
- le bois de charpente,
- le bois pour les sabotiers,
- le bois pour les verreries,
- le bois pour les forges.
La forêt est une ressource vitale : sans bois, pas de chauffage, pas de construction, pas d’industrie.
2. Techniques et outils
Jusqu’au XXᵉ siècle, le bûcheron travaille avec :
- la hache,
- la doloire,
- la scie passe‑partout (scie “de long”),
- les coins en fer,
- les maillets en bois.
Le travail est physique, dangereux, exigeant.
3. Scène de vie
Un matin d’hiver, dans la forêt de Mormal. Le bûcheron frappe le tronc d’un chêne centenaire. Chaque coup résonne dans le silence glacé. La vapeur sort de sa bouche, ses mains sont engourdies. Lorsque l’arbre s’incline, il crie “Attention !” et le géant s’effondre dans un fracas sourd.
II. Le charbonnier : un métier disparu mais essentiel
1. Rôle dans l’économie rurale
Le charbonnier transforme le bois en charbon de bois, indispensable :
- aux forges,
- aux verreries,
- aux ateliers métallurgiques,
- aux foyers domestiques.
Sans charbonniers, pas d’industrie du fer ni du verre.
2. La technique de la meule
Le charbonnier construit une meule :
- un cône de bûches,
- recouvert de terre et de feuilles,
- avec un foyer central.
La combustion lente dure plusieurs jours. Le charbonnier doit surveiller la meule jour et nuit.
3. Scène de vie
Dans les bois de Trélon, une meule fume doucement. Le charbonnier, couvert de suie, surveille les évents. Il dort dans une cabane de fortune, mange du pain noir et du lard. Son visage est noirci, ses mains sont calleuses. C’est un métier solitaire, presque sauvage.
III. Le scieur de long : artisan du bois de construction
1. Un métier spectaculaire
Le scieur de long travaille en binôme :
- l’un est en haut, sur le tronc,
- l’autre est en bas, dans la fosse.
Ils utilisent une grande scie verticale pour débiter les troncs en planches.
2. Techniques et dangers
Le scieur du bas reçoit :
- la sciure,
- la poussière,
- parfois des éclats de bois.
C’est un métier pénible, dangereux, mais indispensable pour les charpentes, les granges, les maisons.
3. Scène de vie
À Glageon, deux scieurs travaillent dans une fosse creusée près d’une ferme. Leur scie monte et descend en cadence. Le scieur du bas est couvert de sciure. Le tronc se transforme lentement en planches régulières.
IV. Les voituriers de bois : maîtres des chemins forestiers
1. Rôle essentiel
Les voituriers transportent :
- les troncs,
- les fagots,
- le charbon de bois,
- les planches.
Ils utilisent des chevaux puissants, capables de tirer de lourdes charges dans les chemins boueux.
2. Techniques
Ils doivent :
- atteler correctement,
- équilibrer les charges,
- éviter les ornières,
- connaître les chemins forestiers.
3. Scène de vie
Dans un chemin creux près de Liessies, un voiturier avance lentement. Les roues s’enfoncent dans la boue. Le cheval souffle, tire, glisse. Le voiturier l’encourage d’une voix grave. Le bois doit arriver avant la nuit.
V. Les fendeurs et les fagoteurs : métiers complémentaires
1. Le fendeur
Il fend les bûches pour :
- le chauffage,
- les fours,
- les forges.
Il travaille avec :
- une hache,
- des coins,
- un maillet.
2. Le fagoteur
Il rassemble les branches pour en faire des fagots :
- pour les fours à pain,
- pour les cuisines,
- pour les verreries.
3. Scène de vie
Dans une clairière, un fendeur frappe une bûche avec un coin. Le bois éclate en deux. À côté, un fagoteur rassemble les branches, les lie avec de l’osier. Leur travail est rapide, précis, rythmé.
VI. Le garde forestier : protecteur de la forêt
1. Rôle administratif et social
Le garde forestier surveille :
- les coupes,
- les braconniers,
- les incendies,
- les chemins,
- les limites des parcelles.
Il représente l’autorité de l’État ou du seigneur.
2. Scène de vie
Dans la forêt de Mormal, un garde forestier marche lentement, fusil en bandoulière. Il observe les traces dans la boue, écoute les bruits. Il connaît chaque arbre, chaque clairière, chaque sentier.
VII. Analyse socio‑économique : une “civilisation du bois”
1. Interdépendance des métiers
Tous ces métiers forment un système :
- le bûcheron coupe,
- le fendeur prépare,
- le charbonnier transforme,
- le voiturier transporte,
- le scieur débite,
- le charpentier construit.
C’est une chaîne complète.
2. Importance de la forêt dans l’économie
La forêt fournit :
- énergie,
- matériaux,
- emplois,
- ressources pour l’industrie.
Elle est au cœur de la vie rurale.
3. Déclin au XXᵉ siècle
Avec :
- le charbon industriel,
- l’électricité,
- la mécanisation,
- la disparition des chevaux,
ces métiers disparaissent progressivement.
Conclusion du chapitre IV
Les métiers du bois et de la forêt ont façonné l’Avesnois pendant des siècles. Ils ont laissé des traces dans les paysages, les traditions, les récits. Même disparus, ils restent au cœur de l’identité patrimoniale du territoire.
Chapitre V – Les métiers de l’eau et des moulins en Avesnois
Introduction du chapitre
L’Avesnois est traversé par un réseau dense de rivières et de ruisseaux : Sambre, Helpe Majeure, Helpe Mineure, Solre, Thure, Riviérette, Eau d’Anor, sans compter les innombrables rus, étangs et zones humides. Cette abondance d’eau a façonné l’économie locale pendant des siècles. Les moulins à eau, les lavoirs, les pêcheries, les batelleries et les métiers liés à l’entretien des cours d’eau ont constitué un véritable système économique et social.
Ce chapitre explore les métiers qui dépendaient directement de l’eau : meuniers, bateliers, lavandières, pêcheurs, éclusiers, gardes‑rivière.
I. Le meunier : maître des moulins et figure centrale de l’économie rurale
1. Importance économique du moulin
Le moulin est l’un des bâtiments les plus importants du village. Il transforme le grain en farine, indispensable :
- au pain,
- aux galettes,
- aux gâteaux,
- à l’alimentation du bétail.
Dans l’Avesnois, on compte au XIXᵉ siècle plus de 150 moulins à eau, parfois espacés de quelques kilomètres seulement.
2. Techniques et fonctionnement
Le meunier maîtrise :
- la chute d’eau,
- la roue à aubes,
- les engrenages en bois,
- les meules en pierre bleue,
- les vannes et déversoirs.
Il doit régler la vitesse, surveiller le débit, entretenir les mécanismes.
3. Statut social
Le meunier occupe une position ambiguë :
- respecté pour son savoir‑faire,
- parfois craint pour son pouvoir économique,
- souvent perçu comme rusé.
Dans les archives, on trouve de nombreuses plaintes concernant le “droit de mouture”, source de tensions.
4. Scène de vie
Dans un moulin de l’Helpe Mineure, le meunier soulève un sac de grain. La roue tourne lentement, entraînée par le courant. La farine vole dans l’air, blanchissant ses vêtements. Les paysans attendent leur tour, discutant du temps et des récoltes.
II. Les bateliers et voituriers de la Sambre : maîtres du transport fluvial
1. La Sambre, artère commerciale
La Sambre, navigable dès le XVIIIᵉ siècle, relie :
- Maubeuge,
- Jeumont,
- Landrecies,
- Charleroi,
- Namur.
Elle permet le transport :
- du charbon,
- du bois,
- du verre,
- du textile,
- des matériaux de construction.
2. Le métier de batelier
Le batelier vit sur sa péniche avec sa famille. Il doit :
- manœuvrer le bateau,
- surveiller le tirant d’eau,
- négocier les passages d’écluses,
- entretenir la coque.
C’est un métier itinérant, rude, mais essentiel.
3. Scène de vie
À Jeumont, une péniche chargée de charbon s’engage dans l’écluse. Le batelier crie des instructions à sa femme, qui tient la gaffe. Les enfants jouent sur le pont, habitués à la vie nomade. Le bruit de l’eau qui se retire résonne contre les parois.
III. Les lavandières : gardiennes du linge et de la sociabilité féminine
1. Un métier féminin essentiel
Avant les machines à laver, la lessive est un travail long et pénible. Les lavandières se rendent :
- aux lavoirs,
- aux rivières,
- aux bassins communaux.
Elles lavent le linge des familles, parfois pour d’autres foyers.
2. Techniques
Elles utilisent :
- battoirs,
- savon noir,
- cendre de bois,
- brosses,
- planches inclinées.
Le linge est frotté, battu, rincé dans l’eau glacée.
3. Rôle social
Le lavoir est un lieu :
- de discussions,
- de confidences,
- de transmission,
- parfois de commérages.
C’est un espace féminin par excellence.
4. Scène de vie
À Sars‑Poteries, un matin d’avril. Les lavandières sont agenouillées au bord du lavoir. Leurs mains rougies plongent dans l’eau froide. Elles parlent des enfants, des récoltes, des mariages à venir. Le bruit des battoirs rythme la conversation.
IV. Les pêcheurs : un métier modeste mais vital
1. Pêche de subsistance
La pêche est pratiquée :
- dans les rivières,
- dans les étangs,
- dans les fossés.
Les poissons les plus courants :
- brochet,
- perche,
- gardon,
- carpe,
- anguille.
2. Techniques
Les pêcheurs utilisent :
- filets,
- nasses,
- lignes,
- épuisettes.
Certains étangs appartiennent à des seigneurs ou à des abbayes, qui en contrôlent l’usage.
3. Scène de vie
Dans un étang près de Liessies, un pêcheur relève une nasse. Les poissons frétillent dans le panier. Il sourit : la pêche sera bonne aujourd’hui. Il rentre au village, sa hotte sur le dos.
V. Les éclusiers : gardiens des voies navigables
1. Rôle administratif
L’éclusier :
- ouvre et ferme les vannes,
- surveille le niveau de l’eau,
- entretient les berges,
- note les passages des bateaux.
Il vit souvent dans une maison d’écluse, isolée mais stratégique.
2. Scène de vie
À l’écluse de Maubeuge, un éclusier sort de sa maison. Il tourne la manivelle, l’eau se met à bouillonner. La péniche s’élève lentement. Le batelier le salue d’un geste de la main.
VI. Les gardes‑rivière : protecteurs des cours d’eau
1. Rôle
Ils surveillent :
- les crues,
- les inondations,
- les pollutions,
- les braconniers,
- les digues.
Ils représentent l’autorité sur les rivières.
2. Scène de vie
Un garde‑rivière marche le long de l’Helpe Majeure. Il observe les traces dans la boue, vérifie les berges. Il connaît chaque méandre, chaque source, chaque danger.
VII. Analyse socio‑économique : une économie de l’eau
1. Interdépendance des métiers
Tous ces métiers forment un système :
- le meunier dépend du débit,
- le batelier dépend des éclusiers,
- les lavandières dépendent de la qualité de l’eau,
- les pêcheurs dépendent de la biodiversité.
2. Importance de l’eau dans l’économie locale
L’eau sert :
- à moudre,
- à laver,
- à transporter,
- à produire de l’énergie,
- à nourrir.
C’est une ressource vitale.
3. Déclin au XXᵉ siècle
Avec :
- l’électricité,
- les machines à laver,
- la disparition des péniches locales,
- la fermeture des moulins,
ces métiers disparaissent progressivement.
Conclusion du chapitre V
Les métiers de l’eau et des moulins ont façonné l’Avesnois pendant des siècles. Ils ont laissé des traces dans les paysages, les bâtiments, les récits. Même disparus, ils restent au cœur de l’identité patrimoniale du territoire.
Chapitre VI – Les métiers de l’industrie naissante en Avesnois
Introduction du chapitre
À partir du milieu du XIXᵉ siècle, l’Avesnois connaît une transformation profonde. Région jusque‑là essentiellement rurale, elle devient en quelques décennies un territoire industriel majeur, notamment dans :
- le textile (Fourmies, Wignehies, Trélon),
- la verrerie (Sars‑Poteries, Anor),
- la métallurgie (Jeumont, Ferrière‑la‑Grande),
- la sidérurgie (Maubeuge),
- les industries mécaniques et électriques (Jeumont-Schneider).
Cette industrialisation bouleverse les métiers, les rythmes de vie, les rapports sociaux et l’organisation des villages. Ce chapitre explore les métiers emblématiques de cette période, leurs conditions de travail, leurs techniques, leurs enjeux sociaux et les traces qu’ils ont laissées.
I. Les métiers du textile : cœur industriel de l’Avesnois
1. Contexte historique
Fourmies devient, entre 1850 et 1914, l’un des plus grands centres textiles d’Europe. On y compte :
- plus de 40 filatures,
- des milliers de métiers à tisser,
- une main‑d’œuvre majoritairement féminine et enfantine.
2. Les fileuses
Rôle
Les fileuses transforment la laine ou le coton en fil. Elles travaillent sur :
- des mule‑jennies,
- des self‑acting,
- des continuas.
Conditions de travail
- chaleur étouffante,
- poussière de fibres,
- bruit assourdissant,
- journées de 12 heures.
Scène de vie
Dans une filature de Fourmies, une fileuse surveille plusieurs centaines de broches. Ses gestes sont rapides, précis. La poussière blanche colle à ses cheveux. Elle ne parle pas : le bruit des machines couvre toute voix humaine.
3. Les tisserands
Rôle
Ils actionnent les métiers à tisser mécaniques.
Techniques
- réglage des navettes,
- surveillance des fils,
- réparation des ruptures.
Scène de vie
À Wignehies, un tisserand court d’un métier à l’autre. Les navettes claquent à un rythme infernal. Il transpire, essuie son front, repart. Le contremaître surveille depuis la passerelle.
4. Les ourdisseuses et bobineuses
Rôle
Préparer les fils avant le tissage.
Conditions
Travail minutieux, répétitif, souvent confié aux jeunes filles.
5. Les enfants dans les filatures
Les enfants, dès 8 ou 10 ans, sont :
- rattacheurs de fils,
- nettoyeurs de machines,
- “garnisseurs”.
Ils travaillent pieds nus, glissant entre les machines.
6. Analyse sociale
Le textile crée :
- une classe ouvrière nombreuse,
- une dépendance économique totale,
- des tensions sociales (grèves, notamment celle du 1er mai 1891 à Fourmies).
II. Les métiers de la verrerie : un savoir‑faire ancestral modernisé
1. Contexte
Sars‑Poteries, Anor et Trélon sont des centres verriers importants. Les verreries fonctionnent jour et nuit.
2. Le souffleur de verre
Rôle
Créer bouteilles, verres, objets décoratifs.
Techniques
- cueillir la paraison,
- souffler dans la canne,
- modeler avec des pinces,
- recuire dans l’arche.
Scène de vie
Dans une verrerie de Sars‑Poteries, un souffleur tourne sa canne. La boule de verre rougeoyante s’allonge. La chaleur est écrasante. Les hommes travaillent torse nu, ruisselants de sueur.
3. Les porteurs et gamins de verrerie
Les porteurs transportent les pièces brûlantes vers les arches. Les “gamins” assistent les souffleurs, apprenant le métier dès l’enfance.
4. Les “bousillés”
Objets fantaisie réalisés en cachette, aujourd’hui pièces de musée.
III. Les métiers de la métallurgie et de la sidérurgie
1. Contexte
Jeumont, Ferrière‑la‑Grande et Maubeuge deviennent des centres métallurgiques majeurs.
2. Les forgerons industriels
Rôle
Travailler le fer chauffé à blanc.
Scène de vie
Dans une forge de Ferrière‑la‑Grande, un ouvrier frappe une barre incandescente. Les étincelles jaillissent. Le marteau‑pilons gronde. La chaleur est suffocante.
3. Les laminoirs
Les ouvriers guident les plaques de métal entre les cylindres. C’est un métier dangereux : brûlures, écrasements.
4. Les mécaniciens et ajusteurs
À Jeumont‑Schneider, ils fabriquent :
- moteurs électriques,
- pièces de locomotives,
- équipements ferroviaires.
Ce sont des ouvriers hautement qualifiés.
IV. Les métiers des mines périphériques
Même si l’Avesnois n’est pas une région minière, les mines du Nord et de Charleroi attirent de nombreux ouvriers du territoire.
Métiers
- piqueurs,
- haveurs,
- boiseurs,
- trieurs.
Scène de vie
Un ouvrier de l’Avesnois descend au fond à Charleroi. Il travaille dans la poussière, la chaleur, le danger permanent.
V. Les femmes dans l’industrie
1. Une main‑d’œuvre essentielle
Les femmes représentent jusqu’à 60 % des effectifs dans le textile.
2. Conditions de travail
- salaires plus bas,
- horaires identiques,
- tâches répétitives,
- surveillance stricte.
3. Rôle social
Elles assurent :
- le revenu du foyer,
- l’éducation des enfants,
- les tâches domestiques.
Une double journée permanente.
VI. Analyse socio‑économique : une rupture historique
1. Transformation des villages
Les villages deviennent :
- des cités ouvrières,
- des quartiers industriels,
- des espaces densément peuplés.
2. Apparition d’une classe ouvrière
Avec :
- ses solidarités,
- ses luttes,
- ses syndicats,
- ses traditions.
3. Déclin au XXᵉ siècle
Après 1960 :
- fermetures d’usines,
- chômage massif,
- reconversion difficile.
Conclusion du chapitre VI
Les métiers de l’industrie naissante ont bouleversé l’Avesnois. Ils ont créé une identité ouvrière forte, marqué les paysages, transformé les familles et laissé une empreinte durable dans la mémoire collective. Même disparus, ils restent au cœur du patrimoine du territoire.
Chapitre VII – Les métiers féminins en Avesnois
Introduction du chapitre
Dans l’Avesnois d’autrefois, les femmes occupent une place centrale dans l’économie domestique, agricole, artisanale et industrielle. Leur travail est omniprésent, multiforme, souvent non rémunéré, parfois invisible dans les archives, mais absolument vital pour la survie des familles et des communautés.
Ce chapitre explore les métiers spécifiquement féminins ou très majoritairement exercés par des femmes : dentellières, nourrices, lingères, domestiques, ouvrières du textile, femmes de ferme, lavandières, et bien d’autres. Il met en lumière leurs savoir‑faire, leurs conditions de travail, leur rôle social et les traces qu’elles ont laissées dans la mémoire collective.
I. Les dentellières : un savoir‑faire délicat et exigeant
1. Un métier répandu dans le Nord
La dentelle est un artisanat très présent dans les régions voisines (Valenciennes, Cambrai, Hainaut belge). Dans l’Avesnois, de nombreuses femmes pratiquent :
- la dentelle aux fuseaux,
- la dentelle à l’aiguille,
- la broderie fine.
Elles travaillent à domicile, souvent pour des marchands‑fabricants.
2. Techniques et outils
La dentellière utilise :
- un carreau (coussin),
- des fuseaux en bois,
- des épingles,
- des fils très fins.
Le travail est minutieux, long, fatigant pour les yeux.
3. Scène de vie
À Avesnes, une dentellière est assise près de la fenêtre pour profiter de la lumière. Ses doigts agiles manipulent les fuseaux qui s’entrechoquent doucement. Le silence n’est troublé que par ce cliquetis régulier. Elle travaille depuis l’aube, un enfant endormi dans un berceau à ses pieds.
II. Les nourrices : un métier féminin ancien et essentiel
1. Rôle social
Les nourrices allaitent les enfants d’autres familles, souvent plus aisées. Elles sont très recherchées :
- par les familles bourgeoises,
- par les veuves,
- par les mères travaillant en usine.
2. Conditions de travail
Certaines nourrices accueillent l’enfant chez elles (“nourrices sur lieu”). D’autres vivent dans la famille employeuse (“nourrices à demeure”).
Le métier est exigeant : il demande disponibilité, hygiène, patience.
3. Scène de vie
Dans une ferme de Sains‑du‑Nord, une nourrice berce un nourrisson qu’elle allaite. Ses propres enfants jouent dans la cour. Elle chante doucement une berceuse en patois. Le bébé s’endort contre elle.
III. Les lingères et couturières : gardiennes du linge et de l’élégance
1. Rôle
Les lingères :
- entretiennent le linge,
- reprisent,
- blanchissent,
- amidonnent,
- plient.
Les couturières :
- confectionnent vêtements,
- ajustent,
- réparent.
2. Techniques
Elles utilisent :
- aiguilles,
- ciseaux,
- fers à repasser chauffés au charbon,
- savon,
- amidon.
3. Scène de vie
À Le Quesnoy, une lingère repasse une chemise blanche avec un fer brûlant. La vapeur s’élève. Elle travaille debout depuis des heures, concentrée, précise. Chaque pli doit être parfait.
IV. Les domestiques : une main‑d’œuvre féminine omniprésente
1. Rôle dans les maisons bourgeoises
Les domestiques assurent :
- cuisine,
- ménage,
- lessive,
- soin des enfants,
- courses.
Elles vivent souvent dans la maison, dans une petite chambre sous les combles.
2. Conditions de vie
- journées de 14 heures,
- peu de repos,
- salaires modestes,
- dépendance totale à l’employeur.
3. Scène de vie
Dans une maison d’Avesnes, une jeune domestique balaie la grande salle. Elle se lève avant tout le monde, se couche après tous. Elle connaît les habitudes de chaque membre de la famille.
V. Les femmes de ferme : piliers de l’économie rurale
1. Rôle essentiel
Elles assurent :
- la traite,
- la fabrication du beurre,
- le soin des veaux,
- le potager,
- la cuisine,
- la lessive,
- l’éducation des enfants.
Elles travaillent autant que les hommes, parfois plus.
2. Scène de vie
À l’aube, dans une ferme de Taisnières, une femme de ferme s’avance dans l’étable. Les vaches se lèvent lentement. Elle commence la traite, le seau entre les genoux. Le lait chaud frappe le métal dans un bruit régulier.
VI. Les ouvrières du textile : colonne vertébrale de l’industrie
1. Une main‑d’œuvre majoritaire
Dans les filatures de Fourmies, Wignehies, Trélon, les femmes représentent jusqu’à 60 % des effectifs.
2. Métiers féminins dans l’usine
- fileuses,
- ourdisseuses,
- bobineuses,
- rattacheuses,
- repasseuses de fil.
3. Conditions de travail
- chaleur,
- bruit,
- poussière,
- horaires de 12 heures,
- surveillance stricte.
4. Scène de vie
Dans une filature de Fourmies, une ouvrière rattache un fil cassé. Ses gestes sont rapides, précis. Elle travaille debout depuis des heures. Le bruit des machines est assourdissant.
VII. Analyse socio‑économique : la “double journée” des femmes
1. Travail + foyer
Les femmes cumulent :
- travail rémunéré,
- tâches domestiques,
- soin des enfants,
- gestion du foyer.
C’est la “double journée”.
2. Transmission des savoirs
Les métiers féminins se transmettent :
- de mère en fille,
- par observation,
- par apprentissage informel.
3. Invisibilité dans les archives
Les archives mentionnent rarement les femmes. Leur travail est souvent considéré comme “naturel”, donc non documenté.
VIII. Patrimoine matériel et immatériel
1. Objets
- fers à repasser,
- battoirs,
- métiers à dentelle,
- cannes de verrerie,
- outils de couture.
2. Mémoire
Les récits familiaux évoquent :
- les veillées,
- les lessives,
- les journées d’usine,
- les travaux de ferme.
Conclusion du chapitre VII
Les métiers féminins ont façonné l’Avesnois autant que les métiers masculins. Ils ont assuré la survie des familles, la transmission des savoirs, la cohésion sociale. Même invisibles dans les archives, ils sont omniprésents dans la mémoire collective et constituent un patrimoine immatériel essentiel.
Chapitre VIII – Les métiers du commerce et des foires en Avesnois
Introduction du chapitre
L’Avesnois, région rurale et bocagère, n’a jamais été isolée. Dès le Moyen Âge, les villages sont reliés par un réseau dense de chemins, de marchés hebdomadaires et de foires saisonnières. Ces lieux d’échanges structurent l’économie locale et donnent naissance à une multitude de métiers : colporteurs, marchands ambulants, marchands de bestiaux, bouchers, cabaretiers, aubergistes, grainetiers, merciers, revendeuses, etc.
Ce chapitre explore ces métiers, leurs pratiques, leurs outils, leurs réseaux, leurs traditions et leur rôle dans la vie sociale et économique de l’Avesnois.
I. Les colporteurs : messagers des campagnes
1. Rôle et importance
Le colporteur parcourt les villages avec une hotte ou une charrette. Il vend :
- tissus,
- boutons,
- rubans,
- aiguilles,
- petits outils,
- images pieuses,
- almanachs.
Il apporte aussi des nouvelles du monde extérieur.
2. Techniques et organisation
Le colporteur :
- connaît les chemins,
- négocie les prix,
- avance parfois le crédit,
- entretient un réseau de clients fidèles.
Il est souvent un homme seul, robuste, habile à la parole.
3. Scène de vie
À Solre‑le‑Château, un colporteur arrive sur la place du village. Les femmes sortent de leur maison pour regarder ses marchandises. Il déroule un tissu coloré, montre des rubans, raconte les nouvelles de Maubeuge. Les enfants l’entourent, fascinés.
II. Les marchands de bestiaux : maîtres des foires rurales
1. Rôle économique
Les foires aux bestiaux sont essentielles dans l’Avesnois. On y vend :
- vaches laitières,
- chevaux de trait,
- porcs,
- moutons,
- volailles.
Les marchands de bestiaux sont des spécialistes : ils connaissent les races, les prix, les maladies, les qualités d’un animal.
2. Techniques et savoir‑faire
Le marchand :
- examine les dents,
- palpe les flancs,
- observe la démarche,
- négocie avec fermeté.
Il doit être fin psychologue.
3. Scène de vie
À la foire de Landrecies, un marchand de bestiaux discute avec un fermier. Ils se serrent la main, se regardent dans les yeux. Le marchand palpe le dos d’une vache, vérifie ses sabots. Après une longue négociation, ils concluent l’affaire d’un geste sec.
III. Les cabaretiers et aubergistes : centres de sociabilité
1. Rôle social
Le cabaret est un lieu essentiel :
- on y boit,
- on y mange,
- on y discute,
- on y conclut des affaires,
- on y chante.
C’est le cœur de la vie sociale.
2. L’aubergiste
L’auberge accueille :
- voyageurs,
- marchands,
- colporteurs,
- charretiers.
Elle offre :
- repas,
- lits,
- écuries pour les chevaux.
3. Scène de vie
À Avesnes, dans une auberge du XIXᵉ siècle. Un charretier arrive, couvert de poussière. Il confie son cheval à l’écurie, s’assoit près du feu. L’aubergiste lui sert une soupe chaude et un pichet de bière. Les hommes discutent des routes, des prix du grain, des nouvelles du canton.
IV. Les bouchers, charcutiers et fromagers : métiers de bouche essentiels
1. Le boucher rural
Il abat les animaux, découpe la viande, vend sur les marchés. Il connaît :
- les races,
- les morceaux,
- les techniques de conservation.
2. Le charcutier
Il prépare :
- boudins,
- saucisses,
- pâtés,
- jambons.
L’abattage du cochon est un événement majeur dans les villages.
3. Le fromager
Dans l’Avesnois, le fromage (notamment le Maroilles) est une production essentielle. Le fromager maîtrise :
- caillage,
- moulage,
- affinage.
4. Scène de vie
Sur le marché de Le Quesnoy, un boucher installe sa table. Les femmes examinent les morceaux, discutent les prix. À côté, un fromager propose des Maroilles encore humides, sortis de la cave d’affinage.
V. Les grainetiers, meuniers‑commerçants et marchands de farines
1. Le grainetier
Il vend :
- semences,
- céréales,
- engrais naturels.
Il conseille les paysans sur les variétés.
2. Le meunier‑commerçant
Certains meuniers vendent eux‑mêmes :
- farine,
- son,
- grains.
Ils jouent un rôle économique majeur.
3. Scène de vie
À l’entrée d’un moulin de l’Helpe Majeure, un meunier pèse un sac de farine. Un fermier attend, discutant du prix du blé. Le meunier note la transaction dans un cahier.
VI. Les revendeuses, mercières et marchandes ambulantes
1. Rôle féminin dans le commerce
Les femmes jouent un rôle important dans les petits commerces :
- mercerie,
- tissus,
- boutons,
- rubans,
- vaisselle.
Elles tiennent souvent boutique dans une pièce de leur maison.
2. Scène de vie
À Wignehies, une mercière ouvre sa boutique. Les tiroirs sont remplis de boutons, de fils, de dentelles. Les femmes du village viennent acheter un ruban, un morceau de tissu, un fil pour repriser.
VII. Analyse socio‑économique : une économie d’échanges
1. Interdépendance des métiers
Les métiers du commerce dépendent :
- des artisans,
- des paysans,
- des éleveurs,
- des transporteurs.
C’est un système complet.
2. Importance des foires
Les foires rythment l’année :
- Saint‑Michel,
- Saint‑Jean,
- foires aux bestiaux,
- foires agricoles.
Elles sont des lieux de rencontre, de négociation, de sociabilité.
3. Déclin au XXᵉ siècle
Avec :
- les supermarchés,
- la fin des marchés traditionnels,
- la disparition des colporteurs,
ces métiers se transforment ou disparaissent.
Conclusion du chapitre VIII
Les métiers du commerce et des foires ont structuré l’économie et la sociabilité de l’Avesnois pendant des siècles. Ils ont créé des réseaux d’échanges, des traditions, des lieux de rencontre. Même disparus, ils restent présents dans les marchés actuels, les fêtes locales, les récits familiaux.
Chapitre IX – Les métiers de service et de la vie communautaire en Avesnois
Introduction du chapitre
Dans l’Avesnois rural d’autrefois, la vie communautaire repose sur un ensemble de métiers essentiels, souvent peu nombreux mais très influents : instituteurs, curés, garde‑champêtres, sages‑femmes, médecins, facteurs, notaires, secrétaires de mairie. Ces figures structurent l’ordre social, l’éducation, la santé, la justice locale, la transmission des savoirs et la cohésion du village.
Ce chapitre explore ces métiers, leurs rôles, leurs pratiques, leurs outils, leurs relations avec la population et les traces qu’ils ont laissées dans la mémoire collective.
I. L’instituteur : “le hussard noir de la République”
1. Rôle éducatif et social
L’instituteur occupe une place centrale dans le village. Il est :
- éducateur,
- secrétaire de mairie,
- conseiller,
- parfois médiateur,
- organisateur de fêtes scolaires.
Il incarne l’autorité morale et intellectuelle.
2. L’école rurale
L’école est souvent :
- une salle unique,
- chauffée au poêle,
- avec des bancs en bois,
- un tableau noir,
- des cartes de géographie,
- des encriers en porcelaine.
Les élèves sont regroupés par niveaux dans la même pièce.
3. Scène de vie
À Sains‑du‑Nord, un matin d’hiver. L’instituteur allume le poêle avant l’arrivée des enfants. Les élèves entrent en rang, posent leurs sabots près du mur. La classe commence par la dictée, puis les leçons de morale. Le silence est ponctué par le grincement des plumes sur le papier.
II. Le curé : figure spirituelle et sociale
1. Rôle religieux
Le curé assure :
- messes,
- baptêmes,
- mariages,
- enterrements,
- catéchisme.
Il rythme la vie spirituelle du village.
2. Rôle social
Il visite :
- malades,
- personnes âgées,
- familles en difficulté.
Il conseille, apaise, soutient.
3. Scène de vie
À Trélon, un curé marche dans un chemin creux pour visiter une famille endeuillée. Il porte son bréviaire sous le bras. Les enfants du village le saluent respectueusement. Il connaît chaque maison, chaque histoire.
III. Le garde‑champêtre : gardien de l’ordre rural
1. Rôle administratif et policier
Le garde‑champêtre :
- surveille les chemins,
- veille aux pâtures,
- contrôle les marchés,
- annonce les arrêtés municipaux,
- lutte contre le braconnage,
- maintient l’ordre lors des foires.
Il est l’agent de la loi dans les campagnes.
2. Uniforme et outils
Il porte :
- un képi,
- une vareuse,
- un tambour ou une trompe,
- parfois un fusil.
Il affiche les arrêtés sur les murs de la mairie.
3. Scène de vie
À Wignehies, le garde‑champêtre frappe sur son tambour. Les habitants sortent de chez eux. Il lit à haute voix un arrêté concernant la divagation des animaux. Sa voix résonne dans la rue pavée.
IV. La sage‑femme : gardienne des naissances
1. Rôle essentiel
La sage‑femme accompagne :
- grossesses,
- accouchements,
- soins du nourrisson.
Elle est souvent la seule professionnelle de santé accessible.
2. Techniques et savoir‑faire
Elle utilise :
- huiles,
- linges propres,
- instruments simples,
- connaissances empiriques.
Elle rassure, conseille, veille.
3. Scène de vie
Dans une maison de Ferrière‑la‑Grande, une sage‑femme arrive en pleine nuit. Elle pose sa sacoche, prépare de l’eau chaude. La mère crie, le père attend dans la pièce voisine. Quelques minutes plus tard, un cri d’enfant retentit.
V. Le médecin rural : un métier difficile et indispensable
1. Rôle médical
Le médecin :
- soigne,
- diagnostique,
- visite à domicile,
- prescrit,
- rassure.
Il parcourt des kilomètres à cheval ou en carriole.
2. Conditions de travail
- routes boueuses,
- nuits froides,
- maladies contagieuses,
- isolement.
C’est un métier exigeant.
3. Scène de vie
À Anor, un médecin traverse la forêt de Trélon en carriole pour visiter un malade. La pluie tombe, la route est glissante. Il arrive trempé, mais commence immédiatement l’examen.
VI. Le facteur : lien entre les villages et le monde
1. Rôle
Le facteur apporte :
- lettres,
- journaux,
- mandats,
- nouvelles du monde.
Il connaît chaque famille.
2. Scène de vie
À Liessies, un facteur pédale sur un chemin bordé de haies. Il s’arrête à chaque maison, discute quelques minutes. Il est attendu, respecté, parfois confesseur officieux.
VII. Le notaire et le secrétaire de mairie : mémoire administrative du village
1. Le notaire
Il rédige :
- actes de vente,
- contrats de mariage,
- successions.
Il est un personnage influent.
2. Le secrétaire de mairie
Il gère :
- registres,
- correspondances,
- délibérations,
- élections.
Il travaille souvent en lien étroit avec l’instituteur.
3. Scène de vie
À Avesnes, un secrétaire de mairie inscrit soigneusement une naissance dans le registre. Son écriture est régulière, appliquée. Il sait que ces pages seront lues dans cent ans.
VIII. Analyse socio‑économique : une société structurée par ces métiers
1. Hiérarchie sociale
Ces métiers forment une élite locale :
- curé,
- instituteur,
- notaire,
- médecin.
Ils sont respectés, écoutés, parfois craints.
2. Cohésion communautaire
Ils assurent :
- éducation,
- santé,
- ordre,
- transmission,
- justice locale.
Ils sont les piliers du village.
3. Déclin et transformation
Avec :
- la modernisation,
- la disparition des petites écoles,
- la centralisation administrative,
- la médicalisation moderne,
ces métiers se transforment profondément.
Conclusion du chapitre IX
Les métiers de service et de la vie communautaire ont structuré l’Avesnois pendant des siècles. Ils ont assuré la cohésion sociale, l’éducation, la santé, l’ordre et la mémoire du territoire. Même transformés ou disparus, ils restent présents dans les récits, les bâtiments, les archives et l’identité collective.
Chapitre X – Disparition, reconversion et mémoire des métiers en Avesnois
Introduction du chapitre
Les métiers d’autrefois en Avesnois — agricoles, artisanaux, forestiers, fluviaux, industriels, féminins, commerciaux, communautaires — ont façonné le territoire pendant des siècles. Pourtant, en moins d’un siècle, entre 1900 et 1980, la plupart ont disparu ou se sont profondément transformés. Ce chapitre analyse les causes de ces disparitions, les reconversions possibles, les traces laissées dans le paysage et la mémoire, et les efforts actuels pour préserver ce patrimoine immatériel.
I. Les causes de la disparition des métiers traditionnels
1. La mécanisation agricole
À partir des années 1950 :
- le tracteur remplace le cheval,
- la moissonneuse‑batteuse remplace les journaliers,
- les machines à traire remplacent les femmes de ferme,
- les engins motorisés remplacent les charretiers.
Conséquences :
- disparition des laboureurs traditionnels,
- fin des charretiers,
- déclin des bourreliers, maréchaux‑ferrants, charrons.
2. L’industrialisation et la production de masse
Les ateliers artisanaux ne peuvent rivaliser avec :
- les usines métallurgiques,
- les filatures mécanisées,
- les verreries industrielles.
Les sabotiers, tisserands, potiers ruraux disparaissent progressivement.
3. L’évolution des modes de vie
- fin des lavoirs avec l’arrivée de la machine à laver,
- disparition des colporteurs avec les commerces modernes,
- recul des auberges rurales avec l’automobile,
- transformation des marchés traditionnels.
4. La centralisation administrative
- fermeture des petites écoles,
- regroupement des services,
- disparition des secrétaires de mairie à temps plein,
- transformation du rôle du garde‑champêtre.
5. La crise industrielle du XXᵉ siècle
Dans les années 1960–1980 :
- fermeture des filatures de Fourmies,
- déclin de la métallurgie à Jeumont,
- disparition des verreries traditionnelles,
- chômage massif.
Les métiers ouvriers disparaissent ou se transforment.
II. Les reconversions : continuités et ruptures
1. Reconversions agricoles
Certains métiers évoluent :
- le laboureur devient exploitant mécanisé,
- la femme de ferme devient gestionnaire du foyer et parfois salariée,
- les journaliers deviennent ouvriers agricoles ou quittent la campagne.
2. Reconversions artisanales
Quelques artisans survivent en se spécialisant :
- maréchaux‑ferrants pour centres équestres,
- sabotiers devenus artisans d’art,
- potiers devenus céramistes,
- bourreliers devenus selliers.
3. Reconversions industrielles
À Jeumont, l’industrie électrique remplace la métallurgie lourde. À Fourmies, les anciennes filatures deviennent :
- musées,
- espaces culturels,
- zones d’activités.
4. Reconversions féminines
Les femmes quittent :
- les filatures,
- les fermes,
- les maisons bourgeoises.
Elles deviennent :
- employées,
- secrétaires,
- infirmières,
- enseignantes.
III. Les traces matérielles dans le paysage
1. Les bâtiments
On trouve encore :
- moulins à eau (souvent reconvertis),
- anciennes filatures en briques,
- verreries de Sars‑Poteries,
- forges et ateliers,
- fermes en U,
- lavoirs restaurés,
- maisons d’éclusiers.
Ces bâtiments racontent l’histoire des métiers disparus.
2. Les outils
Dans les greniers, les musées, les brocantes :
- faux,
- fléaux,
- battoirs,
- sabots,
- cannes de verrerie,
- métiers à tisser,
- fers à repasser au charbon.
Ces objets sont les témoins silencieux d’un monde disparu.
3. Les paysages
Les métiers ont laissé :
- chemins creux,
- haies bocagères,
- étangs de moulins,
- terrils (périphérie),
- cités ouvrières,
- friches industrielles.
Le paysage est un livre ouvert.
IV. Les traces immatérielles : mémoire, récits, traditions
1. La mémoire familiale
Les anciens racontent :
- les moissons,
- les veillées,
- les journées d’usine,
- les foires,
- les métiers de leurs parents.
Ces récits sont précieux.
2. Les traditions
Certaines traditions survivent :
- fêtes de la moisson,
- processions,
- marchés traditionnels,
- fêtes du verre à Sars‑Poteries.
3. Le patois
Le vocabulaire des métiers survit dans le patois :
- “rattacheuse”,
- “garnisseur”,
- “bousillé”,
- “fendeur”,
- “charretée”.
V. La patrimonialisation : préserver les métiers d’autrefois
1. Les musées
L’Avesnois possède plusieurs musées dédiés aux métiers :
- Musée du Textile et de la Vie Sociale (Fourmies),
- MusVerre (Sars‑Poteries),
- Écomusée de l’Avesnois (Ferrière‑la‑Grande, Trélon, Fourmies),
- musées locaux (Avesnes, Le Quesnoy).
2. Les reconstitutions
Certaines fêtes proposent :
- démonstrations de sabotiers,
- battages à l’ancienne,
- soufflage de verre,
- tissage manuel.
3. Les associations
Des associations locales collectent :
- témoignages,
- objets,
- archives,
- photos.
Elles jouent un rôle essentiel.
VI. Analyse socio‑historique : un monde disparu mais fondateur
1. Une rupture brutale
En moins d’un siècle, l’Avesnois passe :
- d’une économie rurale → à une économie industrielle → puis à une économie tertiaire.
2. Une identité façonnée par le travail
Les métiers d’autrefois ont créé :
- une culture du labeur,
- une solidarité communautaire,
- une mémoire ouvrière et rurale,
- un attachement au territoire.
3. Une mémoire encore vive
Même disparus, ces métiers restent présents :
- dans les récits,
- dans les paysages,
- dans les musées,
- dans les noms de rues,
- dans les traditions.
Conclusion du chapitre X
Les métiers d’autrefois en Avesnois ont disparu ou se sont transformés, mais ils continuent de vivre dans les paysages, les bâtiments, les objets, les récits et les mémoires. Ils constituent un patrimoine précieux, qui raconte l’histoire d’un territoire profondément marqué par le travail, la solidarité et la transmission.
Conclusion Générale
1. Un monde disparu, mais fondateur
Les métiers d’autrefois en Avesnois ont presque tous disparu en moins d’un siècle. La mécanisation, l’industrialisation, la modernisation des modes de vie, la centralisation administrative et la crise industrielle ont bouleversé l’économie locale. Pourtant, ces métiers continuent de vivre dans :
- les paysages,
- les bâtiments,
- les objets,
- les récits familiaux,
- les traditions,
- les musées.
Ils constituent un patrimoine précieux, fondateur de l’identité du territoire.
2. Une société structurée par le travail
L’étude des métiers montre que l’Avesnois était une société :
- hiérarchisée,
- solidaire,
- communautaire,
- organisée autour du travail,
- régie par les saisons,
- marquée par la transmission familiale.
Chaque métier avait sa place, son rôle, son prestige, ses contraintes. L’ensemble formait un système cohérent, où chacun dépendait des autres.
3. Une transition brutale et douloureuse
L’industrialisation a créé une prospérité nouvelle, mais aussi :
- des inégalités,
- des tensions sociales,
- des grèves (notamment Fourmies, 1891),
- une dépendance économique forte.
La désindustrialisation, à partir des années 1960, a laissé :
- des friches,
- du chômage,
- des villages meurtris,
- une mémoire ouvrière parfois douloureuse.
4. La patrimonialisation : un enjeu majeur
Aujourd’hui, la préservation de ce patrimoine passe par :
- les musées (MusVerre, Écomusée de l’Avesnois, Musée du Textile),
- les associations locales,
- les fêtes traditionnelles,
- les restaurations de moulins, lavoirs, ateliers,
- les recherches historiques,
- les témoignages oraux.
Ce travail de mémoire est essentiel pour transmettre aux générations futures l’histoire d’un territoire façonné par le travail.
5. Une identité toujours vivante
Même si les métiers ont disparu, l’esprit de l’Avesnois demeure :
- goût du travail bien fait,
- attachement au territoire,
- solidarité,
- modestie,
- sens de la communauté,
- fierté des savoir‑faire.
L’Avesnois est un pays où l’on n’oublie pas d’où l’on vient.
6. Conclusion finale
Étudier les métiers d’autrefois en Avesnois, c’est plonger dans un monde disparu, mais profondément vivant dans la mémoire collective. C’est comprendre comment un territoire s’est construit, comment il a évolué, comment il a souffert, comment il s’est relevé. C’est aussi rendre hommage à des générations de travailleurs, anonymes mais essentiels, qui ont façonné les paysages, les villages, les familles et l’identité de l’Avesnois.
Cet ouvrage n’est pas seulement une étude historique : c’est un acte de transmission, un geste de mémoire, un hommage à un territoire et à ses habitants.
Épilogue – Pour que rien ne s’efface
Il arrive un moment, lorsque l’on referme un livre consacré aux métiers d’autrefois, où l’on se demande ce qu’il reste vraiment de tout cela. Des gestes disparus, des outils rangés, des voix qui se sont tues. Et pourtant, quelque chose demeure — quelque chose de plus profond que les mots, de plus tenace que les pierres.
L’Avesnois n’est pas seulement un territoire : c’est une manière d’être au monde. Une manière de marcher dans les chemins creux, de regarder les haies, d’écouter le vent dans les peupliers, de reconnaître l’odeur du bois fraîchement fendu ou du pain qui cuit dans un four ancien. Une manière de se souvenir.
Les métiers que nous avons évoqués ne sont pas morts : ils se sont déposés dans la mémoire du paysage. Ils vivent dans la courbe d’un talus, dans la silhouette d’un moulin, dans la brique rouge d’une ancienne filature, dans la lumière qui traverse un verre soufflé à Sars‑Poteries. Ils vivent dans les récits que l’on se transmet encore, parfois sans y penser, autour d’une table, au détour d’une anecdote, dans un “tu sais, ton arrière‑grand‑père…”.
Cet article rédigé sous forme de mini thèse n’a pas pour ambition de figer le passé. Il cherche au contraire à ouvrir un chemin. Un chemin vers une compréhension plus fine de ce que nous sommes, de ce que nous devons à celles et ceux qui nous ont précédés. Un chemin vers une manière nouvelle de regarder l’Avesnois : non plus comme un simple décor, mais comme un palimpseste où chaque génération a laissé sa trace.
Car l’histoire des métiers n’est pas seulement une histoire de travail. C’est une histoire de transmission, de dignité, de solidarité. Une histoire de mains — mains calleuses, mains habiles, mains patientes — qui ont façonné un territoire et une identité.
Aujourd’hui, alors que le monde change à une vitesse vertigineuse, il est plus que jamais nécessaire de se souvenir. Non pour se réfugier dans la nostalgie, mais pour comprendre ce que nous voulons préserver, ce que nous voulons transmettre, ce que nous voulons réinventer.
Peut‑être que l’avenir de l’Avesnois se trouve justement là : dans cette capacité à conjuguer mémoire et modernité, héritage et création, racines et horizons. Dans cette manière de faire dialoguer les métiers d’hier avec les savoir‑faire d’aujourd’hui, les gestes anciens avec les innovations nouvelles.
Rien ne s’efface vraiment. Tout se transforme, tout se déplace, tout se réinvente. Et tant que quelqu’un, quelque part, prendra le temps d’écouter une histoire, de regarder un outil, de marcher dans un chemin creux, de prononcer un mot de patois, alors les métiers d’autrefois continueront de vivre.
Cet exposé se termine ici. Mais l’histoire, elle, continue. Elle continue dans les villages, dans les musées, dans les mémoires, dans les voix qui se lèvent encore pour raconter. Elle continue dans l’Avesnois, ce territoire humble et fier, qui n’a jamais cessé d’être façonné par le travail des hommes et des femmes.
Puissions‑nous, à notre tour, en être les passeurs.