Les patois et parlers du Hainaut et de l’Avesnois

Introduction générale

Le patois de l’Avesnois n’est pas un simple “parler local” : c’est un héritage linguistique vieux de plusieurs siècles, un mélange subtil de picard, de wallon, de hainuyer et d’influences flamandes. Il a façonné la manière de parler, de penser et même d’humour des habitants. Longtemps langue du foyer, des champs, des marchés et des ateliers, il a décliné au XXᵉ siècle, mais reste encore vivant dans les expressions, les chansons, les souvenirs et les intonations.

Cet exposé retrace l’histoire de ces parlers, leurs caractéristiques, leurs usages, et la manière dont ils ont marqué la culture de l’Avesnois.

I. Origines et histoire des patois de l’Avesnois

1. Une langue héritée du Moyen Âge

Dès le XIIᵉ siècle, les textes administratifs et religieux du Hainaut montrent un parler proche du picard, mais avec des particularités propres à la région d’Avesnes et de Maubeuge.

Ce parler se distingue par :

  • des voyelles très ouvertes,
  • des consonnes adoucies,
  • un vocabulaire rural ancien,
  • des tournures héritées du moyen français.

Les villages isolés du bocage ont conservé longtemps des formes très anciennes.

2. Une langue du quotidien jusqu’au XXᵉ siècle

Jusqu’aux années 1950, le patois est la langue :

  • des familles,
  • des marchés,
  • des fermes,
  • des ateliers,
  • des estaminets,
  • des fêtes de village.

Le français “de l’école” n’est utilisé que dans les situations officielles.

Scène de vie

Dans les années 1930, à Wignehies ou à Trélon, les enfants apprenaient le français à l’école… mais dès la sortie, ils retrouvaient leurs camarades et repassaient immédiatement au patois. Les maîtres d’école disaient souvent : « À l’école, on parle français ; dehors, vous faites comme vous voulez. »

3. Le déclin progressif

Après 1950 :

  • l’école républicaine impose le français,
  • la radio puis la télévision uniformisent la langue,
  • les migrations ouvrières mélangent les populations,
  • les parents cessent de transmettre le patois.

En deux générations, la langue passe de “langue du foyer” à “langue des anciens”.

II. Caractéristiques linguistiques du patois de l’Avesnois

1. Une prononciation typique

Quelques traits marquants :

  • Le “r” roulé ou grasseyé selon les villages.
  • Les voyelles très ouvertes : (peur), (mère).
  • Le “ch” très prononcé : ch’fi (le fils), ch’temps (le temps).
  • Le “e” final souvent avalé : pomm’, fill’, maisôn.

2. Un vocabulaire rural ancien

Voici quelques mots typiques :

  • drache : pluie forte
  • berdouille : boue épaisse
  • quinquin : enfant
  • bistouille : café arrosé
  • carabistouille : bêtise
  • tchot : petit
  • fouaie : foyer, feu
  • marmite à ch’pot : pot‑au‑feu

Anecdote

À Maubeuge, on disait d’un enfant turbulent : « T’es un vrai quinquin du diable ! »

3. Les expressions imagées

Le patois est riche en images :

  • “Il fait un temps à pas mettre un chien dehors.”
  • “J’ai la berdouille jusqu’aux genoux.”
  • “Il a la tête comme une citrouille.” (il est têtu)

Ces expressions sont encore utilisées, parfois sans que l’on sache qu’elles viennent du patois.

III. Usages sociaux : une langue de convivialité

1. Le patois dans les marchés et foires

Sur les marchés d’Avesnes ou de Le Quesnoy, les marchands interpellaient les clients en patois :

  • “V’nez donc, m’fieu !”
  • “Ch’est pas cher, j’vous dis !”

Cela créait une proximité immédiate.

2. Le patois dans les estaminets

Les estaminets étaient les lieux où le patois survivait le mieux :

  • jeux de cartes,
  • bourle,
  • javelot,
  • discussions animées.

Scène de vie

Dans les années 1950, à Sars‑Poteries, les anciens jouaient à la bourle en commentant chaque lancer en patois. Les jeunes comprenaient… mais répondaient en français, signe du changement de génération.

3. Le patois dans les chansons et contes

Les veillées d’hiver étaient l’occasion de raconter :

  • contes de sorcières,
  • histoires de revenants,
  • légendes de la forêt de Mormal.

Ces récits étaient presque toujours en patois, ce qui renforçait leur charme et leur mystère.

IV. Le patois aujourd’hui : disparition ou renaissance ?

1. Une langue en danger

La majorité des locuteurs natifs ont plus de 70 ans. La transmission familiale est devenue rare.

2. Une renaissance culturelle

Depuis les années 2000 :

  • des associations locales organisent des ateliers,
  • des troupes de théâtre jouent en patois,
  • des livres et dictionnaires sont publiés,
  • des panneaux humoristiques apparaissent dans les villages.

À Maroilles, une fête annuelle propose même des lectures et chansons en patois.

3. Une identité linguistique toujours vivante

Même sans parler patois, les habitants de l’Avesnois conservent :

  • des intonations,
  • des expressions,
  • un humour typique,
  • une manière chaleureuse de s’adresser aux autres.

Le patois n’est plus une langue quotidienne, mais il reste un marqueur fort de l’identité locale.

Conclusion

Les patois du Hainaut et de l’Avesnois sont bien plus qu’un parler ancien : ce sont des témoins vivants de l’histoire, de la ruralité, de l’humour et de la convivialité du territoire. Ils racontent la vie des fermes, des ateliers, des marchés, des estaminets. Même s’ils déclinent, ils continuent de vivre dans les mots, les expressions, les souvenirs et les traditions.

Préserver ce patrimoine linguistique, c’est préserver une part essentielle de l’âme de l’Avesnois.