Introduction
L’Avesnois, territoire frontalier par excellence, a toujours été traversé par des routes d’importance stratégique. Bien avant l’apparition des routes royales puis impériales, les voies antiques, les chemins médiévaux et les itinéraires marchands structuraient déjà les échanges entre Paris, Valenciennes, Mons, Namur, Liège et les Flandres. À partir du XVIIᵉ siècle, l’État monarchique puis l’État napoléonien entreprennent une vaste politique d’aménagement routier. L’Avesnois, zone militaire sensible et région de transit, devient alors un espace prioritaire. Les routes royales puis impériales y jouent un rôle déterminant dans la circulation des troupes, le commerce, l’administration, la structuration des villes et l’économie locale. Cet article retrace leur histoire, leurs tracés, leurs enjeux et leurs héritages.
I. Avant les routes royales : voies antiques et chemins médiévaux
1. Les voies romaines
L’Avesnois est traversé par plusieurs voies antiques majeures. La plus importante est la voie Bavay–Cologne, véritable colonne vertébrale de l’Europe du Nord romaine. D’autres voies relient Bavay à Reims, Tongres ou Tournai. Bavay (Bagacum), capitale des Nerviens, est alors un nœud routier exceptionnel. Ces voies rectilignes, empierrées, servent encore de base à certains tracés modernes.
2. Les chemins médiévaux
Au Moyen Âge, les routes se dégradent. On emprunte des chemins creux, des voies de charroi, des itinéraires marchands et des chemins de pèlerinage. Les foires de Landrecies, Le Quesnoy et Avesnes attirent marchands et colporteurs, mais les routes restent difficiles, boueuses et dangereuses.
II. Les routes royales sous l’Ancien Régime
1. La volonté de centralisation monarchique
À partir de Louis XIV, l’État cherche à faciliter les déplacements militaires, contrôler les frontières, développer le commerce et unifier le royaume. Les routes royales deviennent un instrument politique majeur.
2. Les routes royales en Avesnois
Plusieurs routes royales traversent la région. La Route Royale n°2 relie Paris à Bruxelles en passant par La Capelle, Avesnes et Maubeuge. C’est un axe stratégique pour les guerres contre les Pays‑Bas espagnols puis autrichiens. La Route Royale n°39 relie Cambrai à Rocroi en passant par Le Quesnoy et Avesnes, reliant ainsi plusieurs places fortes. Une autre route importante relie Maubeuge à Landrecies puis à Guise, essentielle pour les mouvements de troupes.
3. Les travaux des Ponts et Chaussées
À partir de 1716, les Ponts et Chaussées modernisent les routes : rectification des tracés, construction de ponts, empierrement, création de fossés, plantation d’arbres pour guider les voyageurs. Les routes royales deviennent les premières routes véritablement “modernes” de l’Avesnois.
4. Les relais de poste
Les routes royales sont jalonnées de relais de poste à Avesnes, Le Quesnoy, Maubeuge et Landrecies. On y change les chevaux, on y loge les voyageurs. Ces relais structurent l’économie locale et rythment les déplacements.
III. Les routes impériales sous Napoléon
1. Une politique routière ambitieuse
Napoléon veut relier Paris aux frontières, faciliter les déplacements administratifs, accélérer la circulation des armées et moderniser l’économie. Il crée les routes impériales, numérotées à partir de Paris.
2. Les grandes routes impériales en Avesnois
La Route Impériale n°2 relie Paris à Amsterdam en passant par La Capelle, Avesnes et Maubeuge. C’est l’axe majeur du Nord. La Route Impériale n°39 relie Cambrai à Rocroi en passant par Avesnes. La Route Impériale n°43 relie Valenciennes à Charleroi en passant par Maubeuge, axe industriel et militaire essentiel.
3. Les travaux napoléoniens
Sous l’Empire, les chaussées sont élargies, les ponts reconstruits, les bornes kilométriques installées, les alignements d’arbres renforcés. Les routes deviennent plus sûres, plus rapides et plus durables.
4. Les bornes impériales
Les bornes en pierre marquées “N°2”, “N°39” ou “N°43” sont encore visibles dans certains villages. Elles constituent un patrimoine routier unique.
IV. Les routes au XIXᵉ siècle : modernisation et industrialisation
1. L’arrivée du macadam
À partir de 1830, les routes sont recouvertes de macadam, un mélange de pierres concassées. Cela améliore considérablement la vitesse, le confort et la durabilité des chaussées.
2. Le rôle des routes dans l’industrialisation
Les routes impériales deviennent essentielles pour les filatures de Fourmies, les verreries de Sars‑Poteries, la métallurgie de Jeumont et les marchés de Maubeuge et Avesnes. Elles permettent le transport du charbon, du verre, du textile et du bois.
3. Les routes et la vie quotidienne
Les routes structurent les marchés, les foires, les déplacements des colporteurs, les tournées des facteurs et les trajets des instituteurs. Elles deviennent des lieux de sociabilité et d’échanges.
V. Héritages et traces dans le paysage contemporain
1. Les tracés encore visibles
De nombreuses routes actuelles reprennent les tracés royaux ou impériaux : la D1002 (ancienne Route Impériale n°2), la D649 (ancienne route vers Valenciennes), la D951 (ancienne route vers Rocroi).
2. Les bornes routières
On trouve encore des bornes royales, impériales et kilométriques du XIXᵉ siècle. Elles constituent un patrimoine méconnu mais précieux.
3. Les alignements d’arbres
Certains alignements de tilleuls ou de platanes datent de l’époque royale ou impériale. Ils servaient de repères, de protection contre le vent et d’ombre pour les voyageurs.
4. Les anciens relais de poste
Beaucoup de relais de poste sont devenus des auberges, des maisons particulières ou des bâtiments communaux. Leur architecture reste reconnaissable.
Conclusion
L’histoire des routes royales et impériales en Avesnois est celle d’un territoire longtemps stratégique, situé au carrefour des puissances européennes. Ces routes ont structuré la géographie, l’économie, la vie quotidienne, l’urbanisme et la mémoire collective. Elles ont permis la circulation des hommes, des marchandises, des idées et des armées. Elles ont façonné les paysages que nous connaissons aujourd’hui. L’Avesnois, terre de passage autant que terre de frontières, porte encore dans ses routes l’empreinte de son histoire.
Compléments
Les Tracés des routes royales et impériales
1. Axe majeur nord‑sud : Paris → La Capelle → Avesnes → Maubeuge → Mons → Bruxelles
(Route Royale n°2 puis Route Impériale n°2)
En entrant dans l’Avesnois par La Capelle, la route descend vers le sud‑est en direction d’Avesnes‑sur‑Helpe. Elle traverse les plateaux bocagers, franchit plusieurs vallons, puis atteint Avesnes, ville fortifiée. De là, elle suit la vallée de l’Helpe vers Maubeuge, avant de franchir la Sambre et de se diriger vers Mons. C’est l’axe stratégique par excellence, utilisé par les armées, les courriers et les marchands.
2. Axe ouest‑est : Cambrai → Le Quesnoy → Avesnes → Rocroi
(Route Royale puis Impériale n°39)
Depuis Cambrai, la route traverse les plaines du Cambrésis, entre dans la forêt de Mormal, puis atteint Le Quesnoy. Elle contourne les fortifications, se dirige vers Jolimetz, puis vers Avesnes. De là, elle continue vers le sud‑est, franchit les collines boisées et rejoint Rocroi, autre place forte. Cet axe reliait les fortifications de Vauban entre elles.
3. Axe nord‑est : Valenciennes → Maubeuge → Charleroi
(Route Impériale n°43)
Depuis Valenciennes, la route suit la vallée de l’Escaut, traverse les villages industriels, puis atteint Maubeuge. Elle franchit la Sambre, longe les fortifications, puis se dirige vers Jeumont et la frontière belge. Elle continue ensuite vers Charleroi. C’est l’axe industriel majeur du XIXᵉ siècle.
4. Axe secondaire : Maubeuge → Landrecies → Guise
Cette route reliait deux places fortes importantes. Elle traversait les forêts, les zones humides et les villages agricoles. Elle était très utilisée par les troupes et les convois militaires.
5. Les points stratégiques
Plusieurs lieux étaient des carrefours essentiels :
Avesnes‑sur‑Helpe : croisement des routes n°2 et n°39. Maubeuge : croisement des routes n°2 et n°43. Le Quesnoy : carrefour entre Cambrai et Avesnes. La Capelle : porte d’entrée du royaume depuis Paris. Landrecies : nœud militaire entre Maubeuge et Cambrai.
Conclusion
Les routes royales et impériales dessinent une véritable toile d’araignée autour des villes fortifiées de l’Avesnois. Elles révèlent un territoire pensé pour la circulation, la défense et le commerce. Leur tracé, encore visible aujourd’hui, structure profondément le paysage moderne.
Les Relais de Poste en Avesnois
Introduction
Avant l’arrivée du chemin de fer, les relais de poste formaient l’infrastructure essentielle des communications terrestres. En Avesnois, région frontalière et stratégique, ils jouaient un rôle déterminant dans la circulation du courrier, des voyageurs, des marchandises et des dépêches militaires. Situés le long des routes royales puis impériales, ils constituaient un réseau dense, vivant, animé, qui a profondément marqué l’histoire locale.
I. Le rôle des relais de poste
Le relais de poste était un établissement où l’on changeait les chevaux des courriers et des voyageurs. Il comprenait généralement une écurie, une auberge, une cour intérieure, un logement pour le maître de poste et parfois une forge. Le maître de poste était un personnage influent, détenteur d’un privilège royal puis impérial. Il devait fournir des chevaux frais, entretenir les attelages, loger les voyageurs et assurer la continuité du service postal.
En Avesnois, ces relais étaient indispensables pour relier Paris aux Pays‑Bas, puis à Bruxelles, Mons, Charleroi et Namur.
II. Les principaux relais de poste en Avesnois
Avesnes‑sur‑Helpe
Avesnes était l’un des relais les plus importants du Nord. Situé sur la Route Royale n°2 (puis Impériale n°2), il accueillait les courriers venant de Paris et se dirigeant vers Maubeuge et Mons. Le relais se trouvait près de la porte de Mons, dans un bâtiment encore identifiable par sa cour intérieure et ses anciennes écuries.
Le Quesnoy
Ville fortifiée, Le Quesnoy possédait un relais très actif. Il desservait la route Cambrai–Avesnes–Rocroi. Les voyageurs y trouvaient une auberge réputée, où se croisaient militaires, marchands et fonctionnaires.
Maubeuge
Maubeuge, place forte majeure, était un nœud postal essentiel. Le relais se situait près de la porte de Mons. Il servait de point de redistribution vers Valenciennes, Mons, Charleroi et Avesnes.
Landrecies
Landrecies, autre ville fortifiée, possédait un relais très fréquenté. Il se trouvait sur la route Maubeuge–Guise et sur l’axe Cambrai–Avesnes. Les courriers militaires y transitaient en grand nombre.
La Capelle
La Capelle était un relais stratégique sur la route Paris–Bruxelles. C’était souvent la dernière étape avant l’entrée dans l’Avesnois. Le relais, très ancien, accueillait les diligences et les malles‑postes.
III. La vie quotidienne dans un relais de poste
Un relais de poste était un lieu animé, bruyant, vivant. Les chevaux arrivaient au galop, couverts d’écume. Les postillons sautaient à terre, criaient des ordres, tandis que les garçons d’écurie dételaient les chevaux épuisés pour les remplacer par des montures fraîches. Le maître de poste tenait un registre précis des départs et arrivées. Les voyageurs entraient dans l’auberge, commandaient une soupe, un vin chaud, un lit pour la nuit. Les nouvelles circulaient plus vite dans un relais que dans n’importe quel autre lieu du village.
IV. Le déclin des relais de poste
L’arrivée du chemin de fer, à partir de 1850, provoque leur disparition rapide. Les grandes lignes ferroviaires remplacent les routes postales. Les relais ferment, se transforment en auberges ordinaires, en fermes, en maisons particulières. Certains bâtiments subsistent encore, reconnaissables à leur architecture : grandes portes cochères, cours intérieures, anciennes écuries.
Conclusion
Les relais de poste ont joué un rôle essentiel dans l’histoire de l’Avesnois. Ils ont structuré les routes, animé les villages, favorisé les échanges et contribué à l’essor économique du territoire. Leur mémoire demeure dans les bâtiments, les archives, les récits et les traces laissées dans le paysage.