{"id":23873,"date":"2026-05-21T16:23:36","date_gmt":"2026-05-21T14:23:36","guid":{"rendered":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/?page_id=23873"},"modified":"2026-05-21T16:23:36","modified_gmt":"2026-05-21T14:23:36","slug":"les-femmes-dans-lagriculture-avesnoise-1850-2000","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/les-femmes-dans-lagriculture-avesnoise-1850-2000\/","title":{"rendered":"Les femmes dans l\u2019agriculture avesnoise (1850\u20132000)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Un si\u00e8cle et demi de travail invisible, indispensable et longtemps ignor\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elles ont nourri les familles, soign\u00e9 les b\u00eates, tenu les fermes, transmis les savoirs. Pourtant, pendant plus d\u2019un si\u00e8cle, <strong>les femmes de l\u2019agriculture avesnoise<\/strong> sont rest\u00e9es dans l\u2019ombre, consid\u00e9r\u00e9es comme des \u201caides familiales\u201d plut\u00f4t que comme de v\u00e9ritables professionnelles. De 1850 \u00e0 2000, leur r\u00f4le a profond\u00e9ment \u00e9volu\u00e9, passant d\u2019un travail invisible \u00e0 une reconnaissance progressive \u2014 encore incompl\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-medium-brown-color has-text-color has-link-color wp-elements-89d7574600e607dc58e70a3a533074a2\"><strong>1850\u20131914 : les gardiennes du foyer et des b\u00eates<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019Avesnois rural du XIX\u1d49 si\u00e8cle, la ferme est un univers familial o\u00f9 chacun travaille. Les femmes y jouent un r\u00f4le central :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>traite \u00e0 la main<\/strong>,<\/li>\n\n\n\n<li><strong>soins aux veaux<\/strong>,<\/li>\n\n\n\n<li><strong>pr\u00e9paration du beurre et du fromage<\/strong>,<\/li>\n\n\n\n<li><strong>entretien du potager<\/strong>,<\/li>\n\n\n\n<li><strong>ramassage du bois<\/strong>,<\/li>\n\n\n\n<li><strong>gestion du linge et des enfants<\/strong>.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elles sont les <strong>chevilles ouvri\u00e8res<\/strong> de l\u2019exploitation, mais leur travail n\u2019est jamais reconnu juridiquement. Elles n\u2019apparaissent ni dans les registres, ni dans les actes notari\u00e9s, ni dans les d\u00e9cisions \u00e9conomiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les villages de l\u2019Helpe ou de la Solre, on dit alors : <strong>\u00ab L\u2019homme tient la ferme, la femme la fait tourner. \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-medium-brown-color has-text-color has-link-color wp-elements-a4680e2bf3badb81d12187fdd8d06d8e\"><strong>1914\u20131945 : quand les femmes tiennent les fermes seules<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les deux guerres mondiales bouleversent l\u2019organisation agricole. Les hommes mobilis\u00e9s, bless\u00e9s ou disparus, les femmes se retrouvent <strong>\u00e0 la t\u00eate des exploitations<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elles labourent, fauchent, conduisent les chevaux, n\u00e9gocient avec les marchands. Elles deviennent, de fait, <strong>cheffes d\u2019exploitation<\/strong>, mais sans statut officiel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019Avesnois, de nombreux t\u00e9moignages \u00e9voquent ces ann\u00e9es o\u00f9 les femmes ont \u201csauv\u00e9 les fermes\u201d. Pourtant, d\u00e8s le retour des hommes, elles sont renvoy\u00e9es \u00e0 leur r\u00f4le traditionnel.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-medium-brown-color has-text-color has-link-color wp-elements-9cf0ccd3e18cc1eb31354c0d82676e57\"><strong>1945\u20131970 : modernisation\u2026 mais invisibilit\u00e9 persistante<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s\u2011guerre apporte la m\u00e9canisation, les coop\u00e9ratives, les laiteries modernes. Mais les femmes restent cantonn\u00e9es \u00e0 des t\u00e2ches consid\u00e9r\u00e9es comme \u201cnaturelles\u201d :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>traite,<\/li>\n\n\n\n<li>soins aux animaux,<\/li>\n\n\n\n<li>comptabilit\u00e9,<\/li>\n\n\n\n<li>gestion du foyer.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elles travaillent <strong>autant que les hommes<\/strong>, parfois plus, mais sans salaire, sans statut, sans retraite. Elles sont officiellement \u201caides familiales\u201d, m\u00eame lorsqu\u2019elles assurent la moiti\u00e9 du travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les villages, on parle encore de \u201cla femme du fermier\u201d, jamais de \u201cl\u2019agricultrice\u201d.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-medium-brown-color has-text-color has-link-color wp-elements-bbe9678a7f2da87fd6400dbb87c1de13\"><strong>1970\u20131990 : les premi\u00e8res reconnaissances officielles<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 partir des ann\u00e9es 1970, les choses commencent \u00e0 bouger :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>cr\u00e9ation du <strong>statut de co\u2011exploitante<\/strong>,<\/li>\n\n\n\n<li>acc\u00e8s aux <strong>formations agricoles<\/strong>,<\/li>\n\n\n\n<li>entr\u00e9e des femmes dans les <strong>lyc\u00e9es agricoles<\/strong>,<\/li>\n\n\n\n<li>apparition des premi\u00e8res <strong>agricultrices ind\u00e9pendantes<\/strong>.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019Avesnois, cette p\u00e9riode voit \u00e9merger une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de femmes qui revendiquent leur place dans la ferme. Elles participent aux d\u00e9cisions, g\u00e8rent les comptes, investissent dans le mat\u00e9riel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certaines deviennent m\u00eame <strong>cheffes d\u2019exploitation<\/strong>, une r\u00e9volution silencieuse.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-medium-brown-color has-text-color has-link-color wp-elements-802069107fd1500fab48b89e1c646efe\"><strong>1990\u20132000 : diversification, transformation et prise de parole<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 partir des ann\u00e9es 1990, les femmes jouent un r\u00f4le moteur dans la diversification :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>fromageries fermi\u00e8res,<\/li>\n\n\n\n<li>glaces et yaourts artisanaux,<\/li>\n\n\n\n<li>vente directe,<\/li>\n\n\n\n<li>accueil \u00e0 la ferme,<\/li>\n\n\n\n<li>tourisme rural.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elles apportent une nouvelle vision : plus ouverte, plus tourn\u00e9e vers la qualit\u00e9, la relation au public, la transformation. Elles deviennent <strong>actrices de l\u2019innovation agricole<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est aussi l\u2019\u00e9poque o\u00f9 elles prennent la parole dans les syndicats, les coop\u00e9ratives, les chambres d\u2019agriculture.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-medium-brown-color has-text-color has-link-color wp-elements-4ea45e1a11a06c5fd61c418442e0f7a8\"><strong>Portraits crois\u00e9s : trois g\u00e9n\u00e9rations de femmes de l\u2019Avesnois<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><strong>\u00c9lise, n\u00e9e en 1882 : \u201cOn ne comptait pas nos heures, on comptait nos enfants\u201d<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9lise a tenu la ferme de son mari mobilis\u00e9 en 1914. Elle a labour\u00e9 avec les chevaux, \u00e9lev\u00e9 six enfants, fabriqu\u00e9 du beurre pour le march\u00e9 d\u2019Avesnes. Elle n\u2019a jamais eu de statut, ni de retraite. Elle n\u2019aura ni retraite, ni droits sociaux, ni reconnaissance officielle. Pourtant, elle aura tenu la ferme pendant plus de trente ans, dans l\u2019ombre, avec une force tranquille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle meurt en 1959. Sur son acte de d\u00e9c\u00e8s, on lit : <strong>\u201csans profession\u201d<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\"><strong>Marie\u2011Th\u00e9r\u00e8se, n\u00e9e en 1947 : \u201cOn travaillait comme des hommes, mais on restait des femmes de l\u2019ombre\u201d<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle a connu la modernisation, la traite m\u00e9canique, les quotas. Elle faisait les comptes, la traite, les veaux, les repas. Elle n\u2019a \u00e9t\u00e9 reconnue co\u2011exploitante qu\u2019\u00e0 52 ans. Elle peut alors cotiser pour sa retraite \u2014 trop tard pour rattraper les d\u00e9cennies invisibles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Marie\u2011Th\u00e9r\u00e8se fait partie de cette g\u00e9n\u00e9ration charni\u00e8re : celle qui a modernis\u00e9 l\u2019agriculture, mais dont le travail est rest\u00e9 longtemps dans l\u2019ombre.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\"><strong>Sophie, n\u00e9e en 1978 : \u201cJe suis agricultrice, point\u201d<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Form\u00e9e en lyc\u00e9e agricole, elle a repris la ferme familiale en 2003. Elle transforme son lait en fromage, vend en direct, g\u00e8re les r\u00e9seaux sociaux. Elle incarne la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, plus visible, plus form\u00e9e, plus affirm\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-medium-brown-color has-text-color has-link-color wp-elements-de73135f1d14f96dd2e5df139eed7111\"><strong>Un h\u00e9ritage encore fragile<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 les progr\u00e8s, les femmes restent minoritaires parmi les cheffes d\u2019exploitation. Elles continuent de cumuler :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>charge mentale,<\/li>\n\n\n\n<li>travail agricole,<\/li>\n\n\n\n<li>t\u00e2ches familiales,<\/li>\n\n\n\n<li>gestion administrative.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais leur r\u00f4le est d\u00e9sormais reconnu, valoris\u00e9, \u00e9tudi\u00e9. Elles sont devenues <strong>des actrices essentielles de la transition agricole<\/strong>, notamment dans l\u2019Avesnois, o\u00f9 la diversification et la transformation locale doivent beaucoup \u00e0 leur engagement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-medium-brown-color has-text-color has-link-color wp-elements-832b92b3bb771b614d1325e4e59645c2\"><strong>Conclusion : un si\u00e8cle et demi pour sortir de l\u2019ombre<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De 1850 \u00e0 2000, les femmes de l\u2019Avesnois sont pass\u00e9es :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>de l\u2019invisibilit\u00e9 \u00e0 la reconnaissance,<\/li>\n\n\n\n<li>du statut d\u2019aide familiale \u00e0 celui d\u2019agricultrice,<\/li>\n\n\n\n<li>du travail subi \u00e0 l\u2019innovation choisie.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elles ont tenu les fermes pendant les guerres, modernis\u00e9 les exploitations, invent\u00e9 de nouveaux mod\u00e8les. Elles ont fa\u00e7onn\u00e9 l\u2019agriculture avesnoise autant que les hommes \u2014 parfois davantage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, leur h\u00e9ritage est partout : dans les fromageries fermi\u00e8res, les haies replant\u00e9es, les circuits courts, les fermes diversifi\u00e9es. Un h\u00e9ritage qui m\u00e9rite enfin d\u2019\u00eatre racont\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un si\u00e8cle et demi de travail invisible, indispensable et longtemps ignor\u00e9 Elles ont nourri les familles, soign\u00e9 les b\u00eates, tenu les fermes, transmis les savoirs. Pourtant, pendant plus d\u2019un si\u00e8cle, les femmes de l\u2019agriculture avesnoise sont rest\u00e9es dans l\u2019ombre, consid\u00e9r\u00e9es comme des \u201caides familiales\u201d plut\u00f4t que comme de v\u00e9ritables professionnelles. 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