{"id":24962,"date":"2026-06-15T19:43:05","date_gmt":"2026-06-15T17:43:05","guid":{"rendered":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/?page_id=24962"},"modified":"2026-06-15T21:48:59","modified_gmt":"2026-06-15T19:48:59","slug":"laqueduc-romain-de-bavay-histoire-trace-et-recherches-archeologiques","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/laqueduc-romain-de-bavay-histoire-trace-et-recherches-archeologiques\/","title":{"rendered":"L\u2019aqueduc romain de Bavay : histoire, trac\u00e9 et recherches arch\u00e9ologiques"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading has-bright-blue-color has-text-color has-link-color wp-elements-c28cb5901b227d831b6f1990bf6ce3e4\">\u2b50 <strong>Page d\u2019accueil \u2014 Pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale du dossier<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>L\u2019aqueduc romain de Bavay : un monument disparu, une histoire retrouv\u00e9e<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce dossier pr\u00e9sente l\u2019un des ouvrages hydrauliques les plus remarquables du nord de la Gaule : <strong>l\u2019aqueduc romain de Bavay<\/strong>, qui acheminait l\u2019eau depuis les sources de Floursies et d\u2019\u00c9claibes jusqu\u2019\u00e0 la capitale des Nerviens, <em>Bagacum<\/em>. Long de pr\u00e8s de vingt\u2011neuf kilom\u00e8tres, il franchissait vall\u00e9es et plateaux, traversait la Sambre sur un pont monumental et alimentait la ville antique en eau courante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, presque rien n\u2019en subsiste en surface. Pourtant, gr\u00e2ce \u00e0 trois si\u00e8cles d\u2019observations, de fouilles et d\u2019analyses, il est possible d\u2019en restituer le trac\u00e9, l\u2019architecture et le fonctionnement avec une pr\u00e9cision exceptionnelle. Depuis les premi\u00e8res descriptions de <strong>Claude Masse<\/strong> en 1731 jusqu\u2019\u00e0 la synth\u00e8se topographique de <strong>Maurice Gravellini<\/strong> en 2003, en passant par les travaux de <strong>Jolin<\/strong>, <strong>l\u2019abb\u00e9 Croix<\/strong>, <strong>Jean Vaillant<\/strong> et les fouilles d\u00e9cisives de <strong>Jean\u2011Louis Boucly<\/strong>, chaque g\u00e9n\u00e9ration a apport\u00e9 une pi\u00e8ce essentielle \u00e0 la compr\u00e9hension de ce monument disparu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le pr\u00e9sent dossier rassemble et organise l\u2019ensemble de ces connaissances. Il propose :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 une <strong>histoire compl\u00e8te des recherches<\/strong> depuis le XVIII\u1d49 si\u00e8cle, \u2014 une <strong>analyse d\u00e9taill\u00e9e du trac\u00e9<\/strong>, \u2014 une <strong>\u00e9tude de l\u2019architecture et des mat\u00e9riaux<\/strong>, \u2014 un <strong>\u00e9tat des vestiges conserv\u00e9s ou disparus<\/strong>, \u2014 une <strong>pr\u00e9sentation des techniques romaines de construction d\u2019aqueducs<\/strong>,\u2014 une <strong>analyse hydrologique des sources de Floursies et d\u2019\u00c9claibes<\/strong>,\u2014 une <strong>mise en contexte du r\u00f4le de l\u2019eau dans la cit\u00e9 romaine de Bavay<\/strong>, une <strong>synth\u00e8se g\u00e9n\u00e9rale<\/strong> permettant de comprendre l\u2019aqueduc dans sa coh\u00e9rence d\u2019ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Invisible mais pr\u00e9sent, fragmentaire mais coh\u00e9rent, l\u2019aqueduc de Bavay demeure un t\u00e9moignage majeur de l\u2019ing\u00e9nierie romaine et un \u00e9l\u00e9ment essentiel du patrimoine arch\u00e9ologique r\u00e9gional.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-dark-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-de4d898ca14bd90ecfd9dcad71f0e065\">\u2b50 <strong>INTRODUCTION G\u00c9N\u00c9RALE<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>L\u2019aqueduc romain de Bavay : un monument majeur du nord de la Gaule, red\u00e9couvert par trois si\u00e8cles de recherches<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019aqueduc romain de Bavay, qui captait les eaux de Floursies et d\u2019\u00c9claibes pour alimenter la capitale des Nerviens, est l\u2019un des ouvrages hydrauliques les plus importants du nord de la Gaule. Long de pr\u00e8s de vingt\u2011neuf kilom\u00e8tres, il traverse des plateaux, franchit des vall\u00e9es, contourne des reliefs et atteint la ville antique apr\u00e8s un parcours complexe, soigneusement adapt\u00e9 au terrain. Sa construction, probablement dat\u00e9e du Ier si\u00e8cle de notre \u00e8re, t\u00e9moigne d\u2019une ma\u00eetrise technique remarquable : radier en tuiles \u00e0 rebords, pi\u00e9droits en briques triangulaires, mortier rose d\u2019une duret\u00e9 exceptionnelle, couverture en dalles de pierre bleue, bassins de d\u00e9cantation, bassin de charge, conduites de plomb et pont\u2011aqueduc monumental franchissant la Sambre. Cet ensemble, aujourd\u2019hui presque enti\u00e8rement disparu, n\u2019a \u00e9t\u00e9 compris que gr\u00e2ce \u00e0 trois si\u00e8cles d\u2019observations, de relev\u00e9s, de fouilles et d\u2019analyses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019histoire moderne de l\u2019aqueduc commence en 1731, lorsque Claude Masse, ing\u00e9nieur g\u00e9ographe du roi, d\u00e9crit pour la premi\u00e8re fois les vestiges encore visibles. Il observe des vo\u00fbtes affleurant dans les terres hautes, des murs massifs \u00e0 Vieux\u2011Mesnil, des piles encore debout \u00e0 Boussi\u00e8res\u2011sur\u2011Sambre et m\u00eame une pile \u00e9mergeant au milieu de la rivi\u00e8re. Son t\u00e9moignage, d\u2019une pr\u00e9cision exceptionnelle, constitue la premi\u00e8re description technique et topographique de l\u2019ouvrage. Il est d\u2019autant plus pr\u00e9cieux qu\u2019il d\u00e9crit des structures aujourd\u2019hui totalement disparues, arrach\u00e9es au cours des XVIII\u1d49 et XIX\u1d49 si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au XIX\u1d49 si\u00e8cle, Ren\u00e9 Jolin et l\u2019abb\u00e9 Croix reprennent l\u2019\u00e9tude de l\u2019aqueduc. Ils parcourent les campagnes, interrogent les habitants, rel\u00e8vent les vestiges encore visibles et tentent de reconstituer le trac\u00e9. Ils identifient les mat\u00e9riaux caract\u00e9ristiques du conduit, d\u00e9crivent les murs de sout\u00e8nement de Vieux\u2011Mesnil et de Saint\u2011R\u00e9my, reconnaissent les carri\u00e8res romaines de Boussi\u00e8res et pressentent l\u2019existence d\u2019un pont\u2011aqueduc sur la Sambre. Leurs observations, bien que fragmentaires, constituent un maillon essentiel entre les descriptions de Masse et les fouilles scientifiques du XX\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un si\u00e8cle plus tard, en 1964, l\u2019instituteur Jean Vaillant red\u00e9couvre un tron\u00e7on intact de la branche d\u2019\u00c9claibes. Avec ses \u00e9l\u00e8ves, il met au jour un conduit parfaitement conserv\u00e9 : radier en tuiles \u00e0 rebords, parois en briques triangulaires, mortier rose extr\u00eamement dur et couverture en dalles de pierre bleue. Ses observations confirment les descriptions anciennes et apportent des donn\u00e9es nouvelles sur la branche secondaire de l\u2019aqueduc. Son t\u00e9moignage, \u00e0 la fois na\u00eff et rigoureux, constitue l\u2019une des red\u00e9couvertes les plus importantes de l\u2019histoire de l\u2019ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les fouilles men\u00e9es en 1963\u20111964 par Jean\u2011Louis Boucly marquent un tournant d\u00e9cisif. Pour la premi\u00e8re fois depuis Masse, un chercheur observe directement les structures majeures de l\u2019aqueduc : mur de sout\u00e8nement, pile du pont\u2011aqueduc, bassins de d\u00e9cantation, bassin de charge, plan inclin\u00e9, conduites de plomb et atelier de fonderie. Ces fouilles permettent de restituer le franchissement de la Sambre, de comprendre le fonctionnement hydraulique du siphon et de pr\u00e9ciser les dimensions exactes du conduit. Le travail de Boucly, d\u2019une pr\u00e9cision exceptionnelle, constitue la base de toutes les restitutions modernes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, en 2003, Maurice Gravellini propose une synth\u00e8se topographique compl\u00e8te. En confrontant les observations anciennes, les fouilles modernes et les cartes IGN, il reconstitue le trac\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019aqueduc, confirme l\u2019existence de la branche d\u2019\u00c9claibes, identifie le siphon des Voyeaux et propose une restitution coh\u00e9rente du syst\u00e8me hydraulique romain. Son \u00e9tude cl\u00f4t la p\u00e9riode moderne des recherches et offre une vision d\u2019ensemble d\u2019une finesse in\u00e9dite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019aqueduc romain de Bavay n\u2019est donc pas seulement un monument antique : c\u2019est aussi une construction intellectuelle patiemment \u00e9labor\u00e9e par trois si\u00e8cles de chercheurs, d\u2019\u00e9rudits, d\u2019enseignants et d\u2019arch\u00e9ologues. Chaque g\u00e9n\u00e9ration a apport\u00e9 sa pierre \u00e0 l\u2019\u00e9difice : Masse a d\u00e9crit ce qu\u2019il voyait encore debout, Jolin et Croix ont sauv\u00e9 les derniers vestiges, Vaillant a red\u00e9couvert un tron\u00e7on intact, Boucly a fouill\u00e9 les structures majeures et Gravellini a restitu\u00e9 l\u2019ensemble du trac\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le pr\u00e9sent dossier s\u2019inscrit dans cette continuit\u00e9. Il rassemble, organise et met en perspective l\u2019ensemble des connaissances acquises depuis 1731, en y ajoutant plusieurs chapitres th\u00e9matiques destin\u00e9s \u00e0 \u00e9clairer l\u2019aqueduc sous un angle plus large : les techniques romaines de construction, l\u2019hydrologie des sources de Floursies et d\u2019\u00c9claibes, ainsi que le r\u00f4le de l\u2019eau dans la cit\u00e9 antique. L\u2019objectif est de proposer une vision claire, coh\u00e9rente et compl\u00e8te de l\u2019aqueduc Floursies\u2013Bavay.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-white-color has-dark-red-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-8f9439644c9e7ca9d270bb4f1fea0b75\">\u2b50 <strong>CHAPITRE I \u2014 CLAUDE MASSE (1731)<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>M\u00e9moire sur Bavay, publi\u00e9 par Lucien Lemaire (1912)<\/em><\/h3>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Premier relev\u00e9 technique et topographique de l\u2019aqueduc Floursies\u2013Bavay<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque Claude Masse, ing\u00e9nieur g\u00e9ographe du roi, entreprend en 1731 la lev\u00e9e de la carte du Hainaut, il d\u00e9couvre autour de Bavay un ensemble de vestiges romains d\u2019une ampleur telle qu\u2019il en fait un chapitre entier de son M\u00e9moire. Son texte, transmis par Lucien Lemaire en 1912, constitue la premi\u00e8re description scientifique de l\u2019aqueduc Floursies\u2013Bavay. Il est d\u2019autant plus pr\u00e9cieux qu\u2019il d\u00e9crit des structures aujourd\u2019hui totalement disparues : piles encore debout, vo\u00fbtes visibles en surface, murs massifs, parements complets, et m\u00eame une pile \u00e9mergeant au milieu de la Sambre. Aucun autre auteur moderne n\u2019a vu ce que Masse a vu. Son t\u00e9moignage est donc irrempla\u00e7able.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Masse commence par rappeler que Bavay fut une ville importante d\u00e8s le Ier si\u00e8cle, ce que confirment les inscriptions trouv\u00e9es dans le jardin des P\u00e8res de l\u2019Oratoire. Il rejette les chroniques locales \u00ab \u00e9crites en gothique \u00bb qu\u2019il juge fabuleuses, mais il affirme sans h\u00e9sitation que la pr\u00e9sence d\u2019un aqueduc long de plus de dix mille toises, captant trois sources consid\u00e9rables \u00e0 Floursies, prouve l\u2019importance de la cit\u00e9 antique. Ce raisonnement, simple mais juste, fait de Masse le premier \u00e0 comprendre l\u2019aqueduc comme un ouvrage d\u2019ing\u00e9nierie coh\u00e9rent, et non comme une curiosit\u00e9 locale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son observation commence dans les terres hautes, o\u00f9 il voit encore \u00ab le sommet des vo\u00fbtes \u00bb du conduit, que le peuple appelle \u00ab buises \u00bb. Ces vo\u00fbtes, dit\u2011il, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites \u00ab depuis quelques ann\u00e9es \u00bb, ce qui prouve qu\u2019au XVII\u1d49 si\u00e8cle encore, l\u2019aqueduc \u00e9tait visible en \u00e9l\u00e9vation. Il note ensuite qu\u2019au Vieux\u2011Mesnil, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e orientale du village, subsistent \u00ab quantit\u00e9 de morceaux de gros murs \u00bb, construits en un mortier de sable graveleux d\u2019une qualit\u00e9 remarquable, fond\u00e9s sur des pierres brutes. Il s\u2019agit manifestement des murs de sout\u00e8nement du grand ouvrage qui pr\u00e9c\u00e9dait le franchissement du ruisseau du Bois Mesnil. Masse observe \u00e9galement que dans les vallons, les Romains avaient construit des arcades pour maintenir le niveau du canal, mais que les fondations de ces piles ont \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9es par les paysans pour r\u00e9cup\u00e9rer les pierres. Cette remarque, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e plusieurs fois, explique pourquoi tant de vestiges ont disparu avant les fouilles modernes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le passage le plus spectaculaire de son M\u00e9moire concerne le secteur de Boussi\u00e8res\u2011sur\u2011Sambre. Masse y voit encore \u00ab un grand nombre de piles \u00bb, espac\u00e9es de dix\u2011huit \u00e0 vingt\u2011deux pieds, soit environ six \u00e0 sept m\u00e8tres. Les d\u00e9s de ces piles mesurent sept \u00e0 huit pieds de largeur, c\u2019est\u2011\u00e0\u2011dire plus de deux m\u00e8tres. Il suit ces piles en descendant vers la Sambre, et constate qu\u2019elles se prolongent jusqu\u2019\u00e0 la rivi\u00e8re. Au milieu du cours d\u2019eau, il observe une pile encore visible \u00ab de deux ou trois pieds au\u2011dessus de la superficie de l\u2019eau \u00bb, faite d\u2019une ma\u00e7onnerie \u00ab tr\u00e8s dure \u00bb. Sur la rive oppos\u00e9e, il voit encore les vestiges d\u2019un \u00ab gros mur \u00bb qui prolongeait le pont\u2011aqueduc. Il estime que l\u2019ouvrage devait atteindre quatre\u2011vingts pieds de hauteur, soit environ vingt\u2011six m\u00e8tres, ce qui correspond parfaitement aux calculs modernes de Boucly et Gravellini. Ce passage est capital : il confirme que le franchissement de la Sambre se faisait par un pont\u2011aqueduc monumental, et non par un siphon, comme le pr\u00e9tendait la tradition populaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Masse s\u2019insurge d\u2019ailleurs contre cette croyance. Il qualifie d\u2019\u00ab absurdit\u00e9 \u00bb l\u2019id\u00e9e que l\u2019aqueduc passait sous la rivi\u00e8re. Il explique que les ma\u00e7onneries visibles dans le lit de la Sambre sont les restes des piles, ou les d\u00e9bris tomb\u00e9s au fond lorsque le pont fut d\u00e9truit. Il rappelle que les Romains construisaient toujours des arcades dans les vallons, qu\u2019il y coule un ruisseau ou non, et que les fondations ont \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9es par les habitants pour r\u00e9cup\u00e9rer les pierres. Cette remarque, d\u2019une lucidit\u00e9 remarquable, anticipe les conclusions des fouilles du XX\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La description technique du conduit est tout aussi pr\u00e9cieuse. Masse donne les premi\u00e8res dimensions connues du canal : trois pieds de hauteur utile, dix\u2011sept \u00e0 dix\u2011huit pouces de largeur interne, murs lat\u00e9raux de trois pieds d\u2019\u00e9paisseur, couverture en dalles de pierre bleue ou de gr\u00e8s de cinq \u00e0 six pieds de long et d\u2019un pied d\u2019\u00e9paisseur. Le radier est constitu\u00e9 de gros carreaux de terre cuite, munis d\u2019un ourlet, recouverts d\u2019un enduit de mortier rose extr\u00eamement dur, compos\u00e9 de briques pil\u00e9es, de cailloux broy\u00e9s, de sable graveleux et d\u2019une chaux de grande qualit\u00e9. Masse insiste sur la difficult\u00e9 qu\u2019il y a \u00e0 briser cet enduit, \u00ab plus dur que la pierre m\u00eame \u00bb. Les murs sont construits en gr\u00e8s taill\u00e9 en moellons piqu\u00e9s, alternant boutisses et panneresses, avec des bandes de briques plates servant d\u2019arases. Il note que les Romains utilisaient peu la pierre de taille, qu\u2019ils jugeaient fragile, et pr\u00e9f\u00e9raient les ma\u00e7onneries mixtes. Cette description correspond exactement aux observations de Boucly, Bi\u00e9velet et Vaillant deux si\u00e8cles plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Masse trace enfin le parcours g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019aqueduc sur sa carte, par une ligne de points rouges, avec des lettres rep\u00e8res. Il suit le conduit depuis Floursies, par le Vieux\u2011Mesnil, par Boussi\u00e8res, jusqu\u2019\u00e0 la Sambre, puis sur la rive gauche, en direction de Bavay. Il observe que le canal s\u2019enfonce dans le sol dans les terres hautes, r\u00e9appara\u00eet dans les vallons, et suit une pente r\u00e9guli\u00e8re. Il note \u00e9galement que l\u2019aqueduc se prolonge dans Bavay, o\u00f9 il alimente les bains et se d\u00e9verse dans le ruisseau de Louvignies. Cette remarque confirme que le conduit principal traversait la ville, et qu\u2019il existait un r\u00e9seau de distribution interne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le M\u00e9moire de Masse est donc fondamental. Il d\u00e9crit des vestiges aujourd\u2019hui disparus, confirme l\u2019existence d\u2019un pont\u2011aqueduc sur la Sambre, fournit les premi\u00e8res dimensions techniques du canal, trace le parcours g\u00e9n\u00e9ral, et t\u00e9moigne d\u2019une observation directe faite avant les destructions massives des XVIII\u1d49 et XIX\u1d49 si\u00e8cles. Lucien Lemaire, en 1912, souligne que Masse est le premier \u00e0 avoir compris l\u2019aqueduc comme un ouvrage d\u2019ing\u00e9nierie romaine coh\u00e9rent, et non comme une curiosit\u00e9 locale. Son texte constitue la base indispensable de toute \u00e9tude moderne.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-white-color has-dark-red-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-6da67c33a4bd921cf9075580f126dc9a\">\u2b50 <strong>CHAPITRE II \u2014 REN\u00c9 JOLIN (XIX\u1d49 si\u00e8cle)<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Premi\u00e8res observations modernes sur l\u2019aqueduc Floursies\u2013Bavay<\/em><\/h3>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Entre prospections de terrain, descriptions techniques et intuition arch\u00e9ologique<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ren\u00e9 Jolin, \u00e9rudit local et l\u2019un des premiers v\u00e9ritables sp\u00e9cialistes de l\u2019aqueduc de Bavay, occupe une place essentielle dans l\u2019histoire des recherches. Ses travaux, men\u00e9s dans la seconde moiti\u00e9 du XIX\u1d49 si\u00e8cle, constituent la premi\u00e8re tentative coh\u00e9rente de description du trac\u00e9, des mat\u00e9riaux et des structures de l\u2019aqueduc romain. Contrairement \u00e0 Claude Masse, qui observait encore des piles debout et des vo\u00fbtes visibles, Jolin travaille \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la plupart des vestiges ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9s par les habitants, nivel\u00e9s par les cultures ou d\u00e9truits par les travaux agricoles. Son m\u00e9rite est d\u2019autant plus grand qu\u2019il parvient, malgr\u00e9 la disparition progressive des structures, \u00e0 reconstituer un trac\u00e9 plausible et \u00e0 identifier les caract\u00e9ristiques architecturales essentielles de l\u2019ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jolin commence par reconna\u00eetre l\u2019existence d\u2019un conduit ma\u00e7onn\u00e9 d\u2019une grande qualit\u00e9, dont il retrouve des fragments \u00e0 \u00c9claibes, \u00e0 Dourlers, \u00e0 Vieux\u2011Mesnil et dans la plaine de Saint\u2011R\u00e9my. Il note que le mortier utilis\u00e9 est d\u2019une duret\u00e9 exceptionnelle, souvent rose ou blanc, compos\u00e9 de chaux, de sable et de briques pil\u00e9es. Il observe \u00e9galement que les parois du canal sont construites en briques triangulaires, obtenues par cassure de briques carr\u00e9es selon leurs diagonales, et que le radier est form\u00e9 de tuiles \u00e0 rebords soigneusement jointes. Ces remarques, confirm\u00e9es un si\u00e8cle plus tard par Boucly, montrent que Jolin avait parfaitement identifi\u00e9 la technique romaine sp\u00e9cifique \u00e0 l\u2019aqueduc de Bavay.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ses prospections \u00e0 \u00c9claibes sont particuli\u00e8rement importantes. Il y recherche la branche secondaire de l\u2019aqueduc, dont les habitants parlent encore sous le nom de \u00ab buse des Sarrasins \u00bb. Il ne parvient pas \u00e0 la retrouver, mais il recueille des t\u00e9moignages pr\u00e9cieux sur son existence et sur les mat\u00e9riaux qui la composaient. Lorsque Jean Vaillant et ses \u00e9l\u00e8ves red\u00e9couvriront cette branche en 1962, ils confirmeront point par point les observations de Jolin : briques triangulaires, mortier rose, dalles de couverture, radier en tuiles \u00e0 rebords. Jolin avait donc vu juste, mais trop tard pour retrouver les structures intactes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ses observations \u00e0 Dourlers et Vieux\u2011Mesnil sont tout aussi significatives. \u00c0 Dourlers, il d\u00e9crit un mur de sout\u00e8nement massif, construit en moellons et mortier, qui servait \u00e0 maintenir le canal \u00e0 niveau avant le franchissement de la vall\u00e9e de la Braqueni\u00e8re. \u00c0 Vieux\u2011Mesnil, il identifie les vestiges d\u2019un ouvrage important, probablement un mur de sout\u00e8nement ou un ensemble d\u2019arcades, dont il ne reste d\u00e9j\u00e0 plus que des fragments. Il note que les habitants ont arrach\u00e9 les pierres pour les r\u00e9utiliser dans les constructions locales, ce qui explique la disparition presque totale des piles que Masse avait encore vues en 1731.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jolin est \u00e9galement l\u2019un des premiers \u00e0 comprendre que l\u2019aqueduc franchissait la Sambre non pas en souterrain, mais par un pont\u2011aqueduc. Il observe, sur la rive droite, des fondations massives et des blocs de pierre bleue soigneusement taill\u00e9s, qui ne peuvent appartenir qu\u2019\u00e0 un ouvrage d\u2019\u00e9l\u00e9vation. Il note aussi la pr\u00e9sence de pierres tomb\u00e9es dans le lit de la rivi\u00e8re, vestiges probables des piles arrach\u00e9es. Cette intuition, fond\u00e9e sur des observations directes, sera confirm\u00e9e par les fouilles de Boucly en 1963, qui mettront au jour la derni\u00e8re pile du pont\u2011aqueduc, parfaitement align\u00e9e avec les vestiges d\u00e9crits par Jolin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019un des apports majeurs de Jolin r\u00e9side dans sa description des mat\u00e9riaux. Il insiste sur la pr\u00e9sence de briques rainur\u00e9es, de tuiles \u00e0 rebords, de carreaux plats, de mortier rose et de pierres bleues. Il identifie \u00e9galement des fragments de drains en terre cuite, ce qui laisse supposer l\u2019existence de syst\u00e8mes annexes d\u2019\u00e9vacuation ou de captage. Il note que les briques triangulaires sont caract\u00e9ristiques de l\u2019aqueduc, et qu\u2019on les retrouve dans plusieurs secteurs du trac\u00e9. Cette observation, reprise par Boucly, deviendra l\u2019un des crit\u00e8res d\u2019identification du conduit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jolin s\u2019int\u00e9resse aussi au trac\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral. Il comprend que l\u2019aqueduc suit les courbes de niveau, qu\u2019il serpente pour conserver une pente r\u00e9guli\u00e8re, et qu\u2019il \u00e9vite les d\u00e9pressions profondes en les contournant. Il note que le conduit est souvent peu enterr\u00e9, ce qui explique sa destruction rapide par les travaux agricoles. Il observe que les parcelles travers\u00e9es par l\u2019aqueduc pr\u00e9sentent parfois une orientation diff\u00e9rente de celle des champs voisins, signe d\u2019un ancien alignement romain. Cette remarque sera confirm\u00e9e par Boucly dans la plaine de Saint\u2011R\u00e9my.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, Jolin est l\u2019un des premiers \u00e0 mentionner la pr\u00e9sence de pierres plates et de briques rainur\u00e9es pr\u00e8s du passage des Voyeaux, \u00e0 \u00c9cu\u00e9lin. Il y voit les restes d\u2019un ouvrage romain, sans comprendre qu\u2019il s\u2019agit du siphon de la branche d\u2019\u00c9claibes. Gravellini, en 2003, interpr\u00e9tera correctement ces vestiges comme des mat\u00e9riaux exc\u00e9dentaires utilis\u00e9s lors du raccordement du siphon au conduit principal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u0153uvre de Jolin est donc capitale. Elle constitue la premi\u00e8re tentative moderne de description de l\u2019aqueduc de Bavay, fond\u00e9e sur des observations directes, sur une connaissance fine des mat\u00e9riaux et sur une intuition remarquable du trac\u00e9. Ses descriptions, bien que fragmentaires, ont \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9es par toutes les recherches ult\u00e9rieures. Il est, avec Masse, l\u2019un des deux piliers fondateurs de l\u2019\u00e9tude de l\u2019aqueduc.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-white-color has-dark-red-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-02b4f6f6bcff73886b9de99d861db1c8\">\u2b50 <strong>CHAPITRE III \u2014 L\u2019ABB\u00c9 CROIX (XIX\u1d49 si\u00e8cle)<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Un \u00e9rudit de terrain : descriptions, observations et premi\u00e8res interpr\u00e9tations du trac\u00e9 de l\u2019aqueduc<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019abb\u00e9 Croix appartient \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration d\u2019\u00e9rudits du XIX\u1d49 si\u00e8cle qui, avant l\u2019arch\u00e9ologie scientifique, ont parcouru les campagnes, interrog\u00e9 les habitants, relev\u00e9 les vestiges visibles et tent\u00e9 de comprendre les grands ouvrages romains du Hainaut. Son apport \u00e0 l\u2019\u00e9tude de l\u2019aqueduc Floursies\u2013Bavay est consid\u00e9rable, non par des fouilles syst\u00e9matiques \u2014 qui n\u2019existaient pas encore \u2014 mais par une s\u00e9rie d\u2019observations pr\u00e9cises, faites sur le terrain, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 subsistaient encore des \u00e9l\u00e9ments aujourd\u2019hui totalement disparus. Son \u0153uvre compl\u00e8te et prolonge celle de Ren\u00e9 Jolin, tout en apportant des informations originales sur les mat\u00e9riaux, les structures et les carri\u00e8res romaines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019abb\u00e9 Croix s\u2019int\u00e9resse d\u2019abord aux carri\u00e8res antiques de Boussi\u00e8res et de Vieux\u2011Mesnil, qu\u2019il identifie comme les principales sources de mat\u00e9riaux pour les piles et les murs de sout\u00e8nement de l\u2019aqueduc. Il d\u00e9crit des fronts de taille encore visibles, des blocs abandonn\u00e9s, des traces d\u2019outils et des zones d\u2019extraction o\u00f9 les Romains pr\u00e9levaient le gr\u00e8s destin\u00e9 aux parements. Cette observation est capitale : elle explique la pr\u00e9sence, dans les piles d\u00e9crites par Masse, de moellons de gr\u00e8s soigneusement piqu\u00e9s, alternant avec des arases de briques plates. Croix comprend que l\u2019aqueduc n\u2019est pas un ouvrage improvis\u00e9, mais un chantier organis\u00e9, utilisant des mat\u00e9riaux locaux extraits selon une logique industrielle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ses observations \u00e0 Vieux\u2011Mesnil sont particuli\u00e8rement importantes. Il y d\u00e9crit un mur massif, long de plusieurs dizaines de m\u00e8tres, construit en moellons et mortier, qu\u2019il interpr\u00e8te comme un mur de sout\u00e8nement destin\u00e9 \u00e0 maintenir le canal \u00e0 niveau avant le franchissement du ruisseau du Bois Mesnil. Il note que ce mur est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s endommag\u00e9, les habitants ayant arrach\u00e9 les pierres pour les r\u00e9utiliser dans les constructions du village. Cette remarque rejoint celle de Masse, qui avait vu au m\u00eame endroit des \u00ab morceaux de gros murs \u00bb encore debout. Croix confirme donc l\u2019existence, \u00e0 Vieux\u2011Mesnil, d\u2019un ouvrage important, probablement une structure d\u2019approche du pont\u2011aqueduc ou un mur de stabilisation du terrain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019abb\u00e9 Croix s\u2019int\u00e9resse \u00e9galement au secteur de Boussi\u00e8res\u2011sur\u2011Sambre, o\u00f9 il retrouve des traces des piles d\u00e9crites par Masse un si\u00e8cle plus t\u00f4t. Il constate que la plupart ont disparu, arrach\u00e9es pour r\u00e9cup\u00e9rer les pierres, mais il observe encore des fondations, des blocs de pierre bleue et des fragments de mortier romain. Il note que les habitants parlent encore d\u2019un \u00ab pont romain \u00bb qui traversait la Sambre, ce qui confirme la tradition locale d\u2019un pont\u2011aqueduc monumental. Cette tradition, d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9e par Masse, sera d\u00e9finitivement confirm\u00e9e par les fouilles de Boucly en 1963.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Croix est \u00e9galement l\u2019un des premiers \u00e0 d\u00e9crire les vestiges du mur de Saint\u2011R\u00e9my, un long massif de sout\u00e8nement construit en moellons et mortier, qui servait \u00e0 porter le canal avant son arriv\u00e9e sur le plateau dominant la Sambre. Il observe que ce mur est align\u00e9 avec les vestiges de Boussi\u00e8res, ce qui lui permet de proposer un trac\u00e9 coh\u00e9rent du franchissement de la vall\u00e9e. Cette intuition sera reprise par Jolin, puis confirm\u00e9e par Boucly, qui mettra au jour la derni\u00e8re pile du pont\u2011aqueduc, parfaitement align\u00e9e avec les observations de Croix.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019un des apports les plus int\u00e9ressants de l\u2019abb\u00e9 Croix concerne les mat\u00e9riaux. Il d\u00e9crit des briques plates, des carreaux de terre cuite, des fragments de tuiles \u00e0 rebords et des morceaux de mortier rose, qu\u2019il identifie comme caract\u00e9ristiques de l\u2019aqueduc. Il note que ces mat\u00e9riaux se retrouvent dans plusieurs secteurs du trac\u00e9, notamment \u00e0 Dourlers, Vieux\u2011Mesnil et Boussi\u00e8res. Il observe \u00e9galement des fragments de drains en terre cuite, ce qui laisse supposer l\u2019existence de syst\u00e8mes annexes d\u2019\u00e9vacuation ou de captage. Ces observations, bien que fragmentaires, seront confirm\u00e9es par les fouilles modernes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Croix s\u2019int\u00e9resse aussi au trac\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019aqueduc. Il comprend que le conduit suit les courbes de niveau, qu\u2019il serpente pour conserver une pente r\u00e9guli\u00e8re, et qu\u2019il \u00e9vite les d\u00e9pressions profondes en les contournant. Il note que le canal est souvent peu enterr\u00e9, ce qui explique sa destruction rapide par les travaux agricoles. Il observe que les parcelles travers\u00e9es par l\u2019aqueduc pr\u00e9sentent parfois une orientation diff\u00e9rente de celle des champs voisins, signe d\u2019un ancien alignement romain. Cette remarque, d\u00e9j\u00e0 formul\u00e9e par Jolin, sera confirm\u00e9e par Boucly dans la plaine de Saint\u2011R\u00e9my.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, l\u2019abb\u00e9 Croix est l\u2019un des premiers \u00e0 mentionner la pr\u00e9sence de vestiges romains dans le secteur de Limont\u2011Fontaine et d\u2019\u00c9cu\u00e9lin, o\u00f9 il observe des fragments de briques et de mortier. Il ne comprend pas qu\u2019il s\u2019agit du passage de la branche d\u2019\u00c9claibes, mais ses observations seront reprises par Gravellini, qui identifiera correctement ce secteur comme celui du siphon des Voyeaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u0153uvre de l\u2019abb\u00e9 Croix est donc essentielle. Elle constitue un maillon indispensable entre les observations de Masse au XVIII\u1d49 si\u00e8cle et les fouilles scientifiques du XX\u1d49 si\u00e8cle. Croix d\u00e9crit des vestiges aujourd\u2019hui disparus, identifie les carri\u00e8res romaines, reconna\u00eet les mat\u00e9riaux caract\u00e9ristiques de l\u2019aqueduc, propose un trac\u00e9 coh\u00e9rent et confirme l\u2019existence d\u2019un pont\u2011aqueduc sur la Sambre. Ses travaux, bien que r\u00e9alis\u00e9s sans moyens techniques modernes, t\u00e9moignent d\u2019une intuition remarquable et d\u2019une connaissance profonde du terrain. Ils forment, avec ceux de Jolin, la base de toutes les recherches ult\u00e9rieures.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-white-color has-dark-red-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-5215ceb790658815bb3744371b098f87\">\u2b50 <strong>CHAPITRE IV \u2014 JEAN VAILLANT (1964)<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>La red\u00e9couverte de l\u2019aqueduc par une \u00e9cole de village : observation directe, m\u00e9thode empirique et apport d\u00e9cisif \u00e0 la connaissance du trac\u00e9<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019ann\u00e9e 1964 marque un tournant inattendu dans l\u2019histoire des recherches sur l\u2019aqueduc Floursies\u2013Bavay. Ce tournant ne vient pas d\u2019un laboratoire, ni d\u2019un service arch\u00e9ologique, mais d\u2019une petite \u00e9cole rurale d\u2019\u00c9claibes, dirig\u00e9e par l\u2019instituteur Jean Vaillant. Son t\u00e9moignage, publi\u00e9 dans un petit ouvrage devenu rare, constitue l\u2019un des r\u00e9cits les plus vivants, mais aussi l\u2019un des plus pr\u00e9cieux, de la red\u00e9couverte de l\u2019aqueduc. Vaillant n\u2019est pas un arch\u00e9ologue de m\u00e9tier, mais son regard, sa m\u00e9thode, son intuition et sa rigueur font de lui un t\u00e9moin essentiel. Il observe des vestiges encore intacts, qu\u2019aucun sp\u00e9cialiste n\u2019avait vus depuis le XVIII\u1d49 si\u00e8cle, et il documente un tron\u00e7on de la branche d\u2019\u00c9claibes avec une pr\u00e9cision remarquable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout commence lorsqu\u2019un cultivateur du lieu\u2011dit Le Planti, \u00e0 \u00c9claibes, se plaint r\u00e9guli\u00e8rement d\u2019accrocher une \u00ab buse des Sarrasins \u00bb avec sa charrue. L\u2019expression, h\u00e9rit\u00e9e du folklore local, d\u00e9signe en r\u00e9alit\u00e9 un tron\u00e7on de l\u2019aqueduc romain. Intrigu\u00e9, Vaillant d\u00e9cide d\u2019aller voir sur place avec ses \u00e9l\u00e8ves. Ils d\u00e9couvrent alors, sous une faible \u00e9paisseur de terre, un conduit romain parfaitement conserv\u00e9 : radier en tuiles \u00e0 rebords, parois en briques triangulaires, mortier rose extr\u00eamement dur, et couverture en dalles de pierre bleue. Cette d\u00e9couverte est capitale, car elle confirme point par point les descriptions anciennes de Jolin et de l\u2019abb\u00e9 Croix, tout en apportant des \u00e9l\u00e9ments nouveaux sur la branche secondaire de l\u2019aqueduc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vaillant d\u00e9crit avec pr\u00e9cision la structure du conduit. Le radier est constitu\u00e9 de grandes tuiles \u00e0 rebords, soigneusement jointes, formant un lit parfaitement horizontal. Les parois sont faites de briques triangulaires, obtenues par cassure de briques carr\u00e9es selon leurs diagonales, exactement comme l\u2019avait observ\u00e9 Jolin un si\u00e8cle plus t\u00f4t. Le mortier est d\u2019une duret\u00e9 exceptionnelle, rose ou blanc selon les secteurs, compos\u00e9 de chaux, de sable et de briques pil\u00e9es. La couverture est assur\u00e9e par de lourdes dalles de pierre bleue, soigneusement ajust\u00e9es. Vaillant note que ces dalles sont si lourdes qu\u2019il faut plusieurs hommes pour les soulever, ce qui t\u00e9moigne de la solidit\u00e9 de l\u2019ouvrage et de la volont\u00e9 des Romains de prot\u00e9ger le conduit contre les infiltrations et les d\u00e9gradations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019un des apports majeurs de Vaillant est la description du contexte topographique. Il observe que la branche d\u2019\u00c9claibes suit une courbe de niveau r\u00e9guli\u00e8re, qu\u2019elle serpente pour conserver une pente douce, et qu\u2019elle franchit la vall\u00e9e des Voyeaux par un syst\u00e8me encore mal compris \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Il note que le conduit est souvent peu enterr\u00e9, ce qui explique sa destruction rapide par les travaux agricoles. Il observe \u00e9galement que les parcelles travers\u00e9es par l\u2019aqueduc pr\u00e9sentent une orientation diff\u00e9rente de celle des champs voisins, signe d\u2019un ancien alignement romain. Ces remarques, faites avec une grande finesse d\u2019observation, seront confirm\u00e9es par Gravellini en 2003.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vaillant ne se contente pas d\u2019observer : il mesure, il dessine, il photographie, il interroge les habitants. Il reconstitue le trac\u00e9 de la branche d\u2019\u00c9claibes sur plus de deux kilom\u00e8tres, depuis Le Planti jusqu\u2019au secteur de Limont\u2011Fontaine. Il identifie plusieurs points o\u00f9 le conduit affleure, d\u2019autres o\u00f9 il est totalement d\u00e9truit, et d\u2019autres encore o\u00f9 il est enfoui sous une faible \u00e9paisseur de terre. Il note que les cultivateurs ont souvent arrach\u00e9 les dalles de couverture pour les r\u00e9utiliser, ce qui explique la disparition de nombreux tron\u00e7ons. Il observe \u00e9galement des fragments de drains en terre cuite, ce qui laisse supposer l\u2019existence de syst\u00e8mes annexes de captage ou d\u2019\u00e9vacuation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019un des aspects les plus touchants de son r\u00e9cit est la participation des \u00e9l\u00e8ves. Vaillant raconte comment les enfants, arm\u00e9s de simples sondes m\u00e9talliques, parcourent les champs \u00e0 la recherche du conduit. Ils apprennent \u00e0 reconna\u00eetre le son particulier que produit la sonde lorsqu\u2019elle frappe une dalle de pierre bleue. Ils d\u00e9couvrent des fragments de briques, de tuiles, de mortier, qu\u2019ils apportent \u00e0 l\u2019\u00e9cole pour les \u00e9tudier. Cette aventure p\u00e9dagogique, unique dans l\u2019histoire de l\u2019arch\u00e9ologie r\u00e9gionale, donne au r\u00e9cit de Vaillant une dimension humaine rare, tout en apportant des donn\u00e9es scientifiques de premi\u00e8re importance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vaillant comprend \u00e9galement que la branche d\u2019\u00c9claibes n\u2019est pas un simple d\u00e9riv\u00e9 du conduit principal, mais un apport compl\u00e9mentaire destin\u00e9 \u00e0 augmenter le d\u00e9bit. Il note que les habitants parlent encore d\u2019une \u00ab source des Sarrasins \u00bb dans le secteur des Voyeaux, ce qui laisse supposer l\u2019existence d\u2019un captage secondaire. Cette intuition sera confirm\u00e9e par Gravellini, qui montrera que la branche d\u2019\u00c9claibes franchissait la vall\u00e9e des Voyeaux par un siphon, avant de rejoindre le conduit principal au nord d\u2019\u00c9cu\u00e9lin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, Vaillant insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 de prot\u00e9ger les vestiges. Il constate que les travaux agricoles, les drainages modernes et les nivellements d\u00e9truisent chaque ann\u00e9e des tron\u00e7ons entiers de l\u2019aqueduc. Il appelle \u00e0 une prise de conscience, \u00e0 une protection, \u00e0 une \u00e9tude syst\u00e9matique. Son appel restera largement ignor\u00e9, mais ses observations, consign\u00e9es avec soin, permettront \u00e0 Boucly, puis \u00e0 Gravellini, de reconstituer le trac\u00e9 complet de la branche d\u2019\u00c9claibes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le t\u00e9moignage de Jean Vaillant est donc essentiel. Il constitue la premi\u00e8re red\u00e9couverte moderne d\u2019un tron\u00e7on intact de l\u2019aqueduc, apporte des donn\u00e9es techniques pr\u00e9cises, confirme les observations anciennes de Jolin et de Croix, et pr\u00e9pare les fouilles scientifiques de Boucly. Il est, avec Masse, l\u2019un des rares t\u00e9moins directs d\u2019un conduit encore intact. Son \u0153uvre, \u00e0 la fois na\u00efve et rigoureuse, humaine et scientifique, occupe une place unique dans l\u2019histoire de l\u2019aqueduc de Bavay.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-white-color has-dark-red-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-92876e0566140db926a4896e1fb92245\">\u2b50 <strong>CHAPITRE V \u2014 JEAN\u2011LOUIS BOUCLY (1963\u20111964)<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Les fouilles d\u00e9cisives de la rive droite de la Sambre : architecture, stratigraphie et restitution du franchissement de la vall\u00e9e<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les campagnes de fouilles men\u00e9es en 1963 et 1964 par Jean\u2011Louis Boucly, en collaboration avec Jean Vaillant, Paul Heine et M. Boulanger, constituent l\u2019\u00e9tape la plus d\u00e9cisive de l\u2019histoire moderne de l\u2019aqueduc Floursies\u2013Bavay. Pour la premi\u00e8re fois depuis Claude Masse en 1731, un chercheur observe directement des structures majeures de l\u2019ouvrage : mur de sout\u00e8nement, pile du pont\u2011aqueduc, bassins de d\u00e9cantation, bassin de charge, plan inclin\u00e9, conduites de plomb, stratigraphie interne et atelier de fonderie. Ces fouilles, men\u00e9es avec une rigueur exemplaire, permettent de restituer non seulement le trac\u00e9, mais aussi le fonctionnement hydraulique complet du franchissement de la Sambre. Elles constituent la base de toutes les \u00e9tudes ult\u00e9rieures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Boucly commence par corriger les erreurs topographiques accumul\u00e9es depuis le XIX\u1d49 si\u00e8cle. Les cartes au 1\/20 000 indiquaient des altitudes fausses, ce qui faussait les calculs de pente. Seul un rep\u00e8re Bourdaloue situ\u00e9 \u00e0 Saint\u2011R\u00e9my permet de recalculer correctement les niveaux du radier. Cette correction est essentielle : elle montre que l\u2019aqueduc suit une pente r\u00e9guli\u00e8re, qu\u2019il serpente pour conserver un d\u00e9nivel\u00e9 constant, et qu\u2019il ne franchit les hauteurs en souterrain que rarement. Boucly observe que le radier est souvent peu enterr\u00e9, ce qui explique sa destruction rapide par les travaux agricoles. \u00c0 Saint\u2011R\u00e9my, il ne subsiste que des traces de mortier rose, t\u00e9moignant de l\u2019emplacement des tuiles du radier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la plaine de Saint\u2011R\u00e9my, Boucly remarque que certaines petites parcelles pr\u00e9sentent une orientation diff\u00e9rente de celle des champs voisins. Il y voit l\u2019application d\u2019un r\u00e8glement romain imposant une bande de terrain neutre de cinq pieds de part et d\u2019autre des conduites souterraines. Cette observation, d\u00e9j\u00e0 pressentie par Jolin et Croix, confirme que le trac\u00e9 de l\u2019aqueduc a influenc\u00e9 durablement le parcellaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les fouilles permettent de pr\u00e9ciser les dimensions exactes du conduit. Les pi\u00e9droits mesurent environ quarante\u2011huit centim\u00e8tres de large, compos\u00e9s d\u2019un briquetage interne de seize centim\u00e8tres et d\u2019une ma\u00e7onnerie externe de moellons bruts. Le canal lui\u2011m\u00eame atteint quarante\u2011huit centim\u00e8tres de largeur et quarante\u2011huit centim\u00e8tres de hauteur utile. La largeur totale de la ma\u00e7onnerie avoisine un m\u00e8tre quarante\u2011quatre, mesure qui correspond exactement \u00e0 la longueur de la derni\u00e8re pile d\u00e9gag\u00e9e du massif de sout\u00e8nement. Sur pr\u00e8s de dix kilom\u00e8tres, la construction reste homog\u00e8ne : radier en tuiles \u00e0 rebords, pi\u00e9droits en briques triangulaires et moellons, couverture en dalles. Seules les sections \u00e9tudi\u00e9es par Chevalier \u00e0 Dourlers et par Bi\u00e9velet pr\u00e8s de Bavay pr\u00e9sentent des variantes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019un des apports majeurs de Boucly est la mise en \u00e9vidence d\u2019un briquetage triangulaire tr\u00e8s particulier, obtenu par cassure de briques carr\u00e9es rainur\u00e9es selon leurs diagonales. Cette technique, rare, n\u2019est attest\u00e9e qu\u2019\u00e0 Metz et \u00e0 Bavay. Elle devient un crit\u00e8re d\u2019identification du conduit, permettant de distinguer les vestiges authentiques des constructions modernes. Boucly montre que ce briquetage est utilis\u00e9 sur toute la longueur du conduit principal, ce qui prouve l\u2019unit\u00e9 du chantier romain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le franchissement de la vall\u00e9e de la Sambre constitue le point le plus spectaculaire des fouilles. \u00c0 environ cinq cents m\u00e8tres du point o\u00f9 l\u2019aqueduc quitte la plaine de Saint\u2011R\u00e9my, le conduit adopte un trac\u00e9 rectiligne et sort de terre. Un petit bassin devait se trouver \u00e0 cet endroit pour r\u00e9guler la vitesse de l\u2019eau et \u00e9vacuer les crues. L\u2019aqueduc \u00e9tait ensuite port\u00e9 par un long massif de sout\u00e8nement d\u2019environ cent soixante\u2011dix m\u00e8tres, dont le sommet est conserv\u00e9 \u00e0 des altitudes comprises entre 153,40 et 155,19 m\u00e8tres. Ce mur, dont il ne subsiste que le noyau interne, \u00e9tait prolong\u00e9 par un ouvrage \u00e0 arcades d\u2019environ cent trente m\u00e8tres, soutenu par une trentaine de piles. La derni\u00e8re pile d\u00e9gag\u00e9e mesure un m\u00e8tre quarante\u2011quatre sur un m\u00e8tre vingt\u2011quatre et repose sur une assise de pierres bleues soigneusement taill\u00e9es. Cette pile, parfaitement align\u00e9e avec les vestiges d\u00e9crits par Masse en 1731, confirme d\u00e9finitivement l\u2019existence d\u2019un pont\u2011aqueduc monumental franchissant la Sambre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les fouilles r\u00e9v\u00e8lent \u00e9galement les soubassements des bassins de charge et de d\u00e9cantation. Ils se composent d\u2019un massif rectangulaire de douze m\u00e8tres vingt sur sept m\u00e8tres quarante\u2011cinq, contre lequel s\u2019appuient trois pi\u00e9droits parall\u00e8les de huit m\u00e8tres de long. Ces structures supportaient deux grandes vo\u00fbtes abritant deux bassins rectangulaires d\u2019environ trois m\u00e8tres vingt de large et six m\u00e8tres quinze de long. Leur r\u00f4le \u00e9tait double : r\u00e9partir le d\u00e9bit et permettre la d\u00e9cantation des eaux avant leur passage dans les conduites de plomb destin\u00e9es \u00e0 franchir la vall\u00e9e. La stratigraphie r\u00e9v\u00e8le plusieurs phases de fonctionnement et de r\u00e9fection, avec d\u00e9p\u00f4ts calcaires, couches de limon, fragments de poteries, scories vitrifi\u00e9es et m\u00eame un bronze de Trajan. Ces \u00e9l\u00e9ments montrent que l\u2019ouvrage a \u00e9t\u00e9 entretenu et r\u00e9par\u00e9 sur une longue p\u00e9riode.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les eaux d\u00e9cant\u00e9es se d\u00e9versaient ensuite dans un bassin de charge, support\u00e9 par un massif de ma\u00e7onnerie, d\u2019o\u00f9 partaient les conduites de plomb descendant vers la vall\u00e9e. Un plan inclin\u00e9 adoss\u00e9 au massif servait de support \u00e0 ces tuyaux. Boucly note que la disposition de cet ensemble est inhabituelle : l\u2019ing\u00e9nieur romain aurait pu choisir une implantation plus \u00e9lev\u00e9e pour r\u00e9duire l\u2019ampleur des soubassements. Il semble avoir adopt\u00e9 un sch\u00e9ma inspir\u00e9 des citernes superpos\u00e9es, r\u00e9servant la partie inf\u00e9rieure \u00e0 l\u2019\u00e9vacuation des d\u00e9p\u00f4ts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La stratigraphie d\u00e9taill\u00e9e des sols entre les pi\u00e9droits montre une succession de couches de b\u00e9ton, d\u2019argile, de mortier, de d\u00e9p\u00f4ts calcaires et de mat\u00e9riaux provenant de l\u2019intrados des vo\u00fbtes. Plusieurs couches t\u00e9moignent de r\u00e9fections successives. Les objets trouv\u00e9s \u2014 fragments de poteries, clous, plomb fondu, perle en gr\u00e8s bleu, monnaie de Trajan \u2014 confirment une occupation et un entretien prolong\u00e9s du site. Les fouilles r\u00e9v\u00e8lent \u00e9galement un atelier de fonderie de plomb, o\u00f9 \u00e9taient coul\u00e9es les feuilles destin\u00e9es aux tuyaux du siphon. Cette d\u00e9couverte est capitale : elle prouve que les conduites \u00e9taient fabriqu\u00e9es sur place, probablement pour faciliter les r\u00e9parations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Boucly conclut que les fouilles de 1963\u20111964 apportent une confirmation arch\u00e9ologique majeure : l\u2019aqueduc de Floursies \u00e0 Bavay \u00e9tait un ouvrage techniquement sophistiqu\u00e9, combinant bassins de d\u00e9cantation, massifs de sout\u00e8nement, piles d\u2019arcades, conduites de plomb et un trac\u00e9 soigneusement adapt\u00e9 au relief. Les vestiges mis au jour permettent de comprendre concr\u00e8tement le fonctionnement de l\u2019aqueduc et de restituer l\u2019un des plus importants monuments hydrauliques du nord de la Gaule. Son travail, d\u2019une pr\u00e9cision exceptionnelle, constitue la base de toutes les restitutions modernes.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-white-color has-dark-red-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-b5f22668cee7ff1844d7279b6bc741e7\">\u2b50 <strong>CHAPITRE VI \u2014 MAURICE GRAVELLINI (2003)<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>La synth\u00e8se topographique moderne : relecture du trac\u00e9, confirmation des branches et restitution du syst\u00e8me hydraulique complet<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9tude publi\u00e9e en 2003 par Maurice Gravellini constitue l\u2019une des contributions les plus importantes \u00e0 la compr\u00e9hension moderne de l\u2019aqueduc Floursies\u2013Bavay. Elle intervient quarante ans apr\u00e8s les fouilles de Boucly, dans un contexte o\u00f9 les vestiges visibles ont presque enti\u00e8rement disparu, mais o\u00f9 les outils de lecture du paysage, les cartes topographiques pr\u00e9cises et les relev\u00e9s altim\u00e9triques permettent une reconstitution d\u2019ensemble d\u2019une finesse in\u00e9dite. Gravellini n\u2019est pas un fouilleur, mais un analyste du terrain, un lecteur de relief, un sp\u00e9cialiste des courbes de niveau. Son apport est d\u00e9cisif : il restitue le trac\u00e9 complet de l\u2019aqueduc, confirme l\u2019existence de la branche d\u2019\u00c9claibes, identifie le siphon des Voyeaux, corrige plusieurs erreurs anciennes et propose une vision coh\u00e9rente du syst\u00e8me hydraulique romain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gravellini commence par reprendre l\u2019ensemble des donn\u00e9es disponibles : les observations de Masse, les descriptions de Jolin et de l\u2019abb\u00e9 Croix, les relev\u00e9s de Vaillant, les fouilles de Boucly, les cartes anciennes et les photographies a\u00e9riennes. Il confronte ces sources aux cartes IGN modernes, dont les courbes de niveau permettent de comprendre la logique du trac\u00e9. Il montre que l\u2019aqueduc suit une pente extr\u00eamement r\u00e9guli\u00e8re, de l\u2019ordre de quelques millim\u00e8tres par m\u00e8tre, ce qui impose un trac\u00e9 sinueux, \u00e9pousant les reliefs, contournant les vallons et \u00e9vitant les ruptures de pente trop brutales. Cette lecture du paysage confirme les intuitions de Jolin et de Croix, mais elle les pr\u00e9cise et les syst\u00e9matise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019un des apports majeurs de Gravellini est la confirmation d\u00e9finitive de la branche d\u2019\u00c9claibes. Il reprend les observations de Vaillant, les compl\u00e8te par des relev\u00e9s altim\u00e9triques et montre que cette branche n\u2019est pas un simple d\u00e9riv\u00e9, mais un apport compl\u00e9mentaire destin\u00e9 \u00e0 augmenter le d\u00e9bit. Il identifie le point de captage probable, situ\u00e9 dans le secteur du Planti, et suit le trac\u00e9 jusqu\u2019au passage des Voyeaux. Il montre que la branche franchissait la vall\u00e9e par un siphon, dont il reconstitue le profil th\u00e9orique. Cette reconstitution est capitale : elle explique la pr\u00e9sence, dans le secteur des Voyeaux, de fragments de briques, de mortier et de pierres plates observ\u00e9s par Jolin et Croix, que ceux\u2011ci n\u2019avaient pas su interpr\u00e9ter. Gravellini d\u00e9montre que ces vestiges appartiennent au syst\u00e8me de raccordement du siphon au conduit principal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gravellini s\u2019int\u00e9resse \u00e9galement au trac\u00e9 principal. Il montre que l\u2019aqueduc quitte Floursies en suivant une courbe de niveau r\u00e9guli\u00e8re, traverse \u00c9claibes, contourne la butte de Limont\u2011Fontaine, franchit la vall\u00e9e d\u2019\u00c9cu\u00e9lin, longe la plaine de Saint\u2011R\u00e9my et atteint le massif de sout\u00e8nement fouill\u00e9 par Boucly. Il identifie plusieurs points o\u00f9 le conduit devait \u00eatre visible en surface, notamment dans les terres hautes, comme l\u2019avait observ\u00e9 Masse. Il note que les destructions modernes \u2014 nivellements, drainages, remembrements \u2014 ont effac\u00e9 la plupart des traces, mais que le trac\u00e9 reste lisible dans le parcellaire, dans les micro\u2011reliefs et dans les anomalies topographiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019un des aspects les plus importants de son travail est la relecture du franchissement de la Sambre. Gravellini reprend les fouilles de Boucly, les confronte aux observations de Masse et propose une restitution compl\u00e8te du pont\u2011aqueduc. Il montre que le massif de sout\u00e8nement d\u00e9crit par Boucly correspond \u00e0 la rampe d\u2019acc\u00e8s au pont, que la derni\u00e8re pile d\u00e9gag\u00e9e est parfaitement align\u00e9e avec les vestiges observ\u00e9s par Masse en 1731, et que le pont devait atteindre une hauteur d\u2019environ vingt\u2011six m\u00e8tres. Il reconstitue \u00e9galement la position probable des piles disparues, en se fondant sur les distances donn\u00e9es par Masse et sur les contraintes topographiques. Cette reconstitution confirme que le pont\u2011aqueduc \u00e9tait l\u2019un des plus importants ouvrages hydrauliques du nord de la Gaule.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gravellini apporte \u00e9galement une contribution essentielle \u00e0 la compr\u00e9hension du fonctionnement hydraulique. Il montre que les bassins de d\u00e9cantation fouill\u00e9s par Boucly \u00e9taient indispensables pour \u00e9liminer les particules en suspension avant le passage dans les conduites de plomb. Il explique que le bassin de charge servait \u00e0 r\u00e9guler la pression dans le siphon, et que le plan inclin\u00e9 permettait de fixer les tuyaux. Il souligne que la pr\u00e9sence d\u2019un atelier de fonderie sur place prouve que les conduites \u00e9taient fabriqu\u00e9es et r\u00e9par\u00e9es directement sur le site, ce qui t\u00e9moigne d\u2019un entretien r\u00e9gulier de l\u2019ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, Gravellini propose une synth\u00e8se historique. Il montre que l\u2019aqueduc a \u00e9t\u00e9 construit au Ier si\u00e8cle, probablement sous Tib\u00e8re ou Claude, qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 entretenu et r\u00e9par\u00e9 jusqu\u2019au III\u1d49 si\u00e8cle, et qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 progressivement abandonn\u00e9 \u00e0 la fin de l\u2019Antiquit\u00e9. Il souligne que les destructions modernes \u2014 arrachage des piles, r\u00e9cup\u00e9ration des pierres, nivellements agricoles \u2014 ont effac\u00e9 la plupart des vestiges, mais que les traces subsistent dans le paysage, dans les archives et dans les fouilles anciennes. Son travail, fond\u00e9 sur une lecture fine du terrain et une analyse rigoureuse des sources, constitue la synth\u00e8se la plus compl\u00e8te et la plus coh\u00e9rente de l\u2019aqueduc depuis Boucly.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9tude de Maurice Gravellini cl\u00f4t ainsi la p\u00e9riode moderne des recherches. Elle confirme les observations anciennes, corrige les erreurs, compl\u00e8te les fouilles et propose une vision d\u2019ensemble du syst\u00e8me hydraulique romain. Elle constitue le dernier maillon d\u2019une cha\u00eene commenc\u00e9e en 1731 avec Claude Masse, poursuivie par Jolin, Croix, Vaillant et Boucly, et aboutissant \u00e0 une compr\u00e9hension presque compl\u00e8te de l\u2019aqueduc Floursies\u2013Bavay.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Les six chapitres pr\u00e9c\u00e9dents ont permis de retracer trois si\u00e8cles d\u2019observations, de relev\u00e9s et de fouilles consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019aqueduc romain de Bavay. Chacun des auteurs \u00e9tudi\u00e9s a apport\u00e9 une pi\u00e8ce essentielle \u00e0 la compr\u00e9hension de l\u2019ouvrage : Masse a d\u00e9crit les vestiges encore debout, Jolin et l\u2019abb\u00e9 Croix ont sauvegard\u00e9 les derniers t\u00e9moins visibles, Vaillant a red\u00e9couvert un tron\u00e7on intact, Boucly a fouill\u00e9 les structures majeures et Gravellini a restitu\u00e9 le trac\u00e9 complet. Ces contributions, compl\u00e9mentaires et parfois convergentes, constituent d\u00e9sormais un socle solide sur lequel peut s\u2019appuyer une analyse synth\u00e9tique de l\u2019aqueduc. Il est d\u00e9sormais possible d\u2019aborder l\u2019\u00e9tude du monument non plus seulement \u00e0 travers les regards successifs de ses observateurs, mais dans sa coh\u00e9rence propre : son trac\u00e9, son architecture, ses vestiges conserv\u00e9s ou disparus, et sa place dans l\u2019histoire hydraulique de la Gaule romaine. C\u2019est \u00e0 cette analyse que sont consacr\u00e9s les chapitres qui suivent.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-white-color has-medium-brown-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-c04dc3db8954b1749019b8af75661ab0\">\u2b50 <strong>CHAPITRE TH\u00c9MATIQUE I \u2014 LE TRAC\u00c9 DE L\u2019AQUEDUC<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Un parcours de pr\u00e8s de vingt\u2011neuf kilom\u00e8tres, adapt\u00e9 au relief, fond\u00e9 sur une pente constante et structur\u00e9 par deux branches convergentes<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le trac\u00e9 de l\u2019aqueduc romain de Bavay constitue l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments les plus remarquables de l\u2019ouvrage. Long d\u2019environ vingt\u2011neuf kilom\u00e8tres, il relie les sources de Floursies et d\u2019\u00c9claibes \u00e0 la capitale des Nerviens en suivant une pente r\u00e9guli\u00e8re, d\u2019une pr\u00e9cision telle qu\u2019elle t\u00e9moigne d\u2019une ma\u00eetrise topographique exceptionnelle. L\u2019aqueduc n\u2019est pas un simple conduit rectiligne : il serpente, contourne les reliefs, franchit des vall\u00e9es, s\u2019enfonce dans les terres hautes et r\u00e9appara\u00eet dans les d\u00e9pressions. Son trac\u00e9 est le r\u00e9sultat d\u2019un compromis constant entre la n\u00e9cessit\u00e9 de conserver une pente douce et l\u2019obligation de s\u2019adapter \u00e0 un relief complexe. Les Romains ont su exploiter chaque courbe de niveau, chaque replat, chaque ligne de cr\u00eate, afin de maintenir un \u00e9coulement r\u00e9gulier depuis les captages jusqu\u2019\u00e0 la ville.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le point de d\u00e9part principal se situe \u00e0 Floursies, o\u00f9 plusieurs sources abondantes fournissaient un d\u00e9bit suffisant pour alimenter la ville antique. D\u00e8s sa sortie du captage, le conduit adopte une pente tr\u00e8s faible, de l\u2019ordre de quelques millim\u00e8tres par m\u00e8tre, ce qui impose un trac\u00e9 sinueux. Il contourne les hauteurs, \u00e9vite les vallons trop profonds et suit les courbes de niveau. Dans les terres hautes, comme l\u2019avait observ\u00e9 Claude Masse en 1731, le sommet des vo\u00fbtes affleurait encore, preuve que le conduit \u00e9tait parfois tr\u00e8s peu enterr\u00e9. Cette faible profondeur explique la destruction rapide de nombreux tron\u00e7ons, arrach\u00e9s par les travaux agricoles ou nivel\u00e9s lors des remembrements modernes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s Floursies, l\u2019aqueduc traverse \u00c9claibes, o\u00f9 il re\u00e7oit l\u2019apport d\u2019une branche secondaire. Cette branche, longtemps ignor\u00e9e, a \u00e9t\u00e9 red\u00e9couverte par Jean Vaillant en 1964, puis confirm\u00e9e par les analyses topographiques de Maurice Gravellini en 2003. Elle captait les eaux du secteur du Planti et rejoignait le conduit principal apr\u00e8s avoir franchi la vall\u00e9e des Voyeaux par un siphon. Ce siphon, dont les vestiges ont \u00e9t\u00e9 mal interpr\u00e9t\u00e9s au XIX\u1d49 si\u00e8cle, constitue l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments les plus sophistiqu\u00e9s du syst\u00e8me hydraulique. Il permettait de maintenir la pente g\u00e9n\u00e9rale du trac\u00e9 tout en franchissant une d\u00e9pression trop profonde pour \u00eatre contourn\u00e9e. La pr\u00e9sence d\u2019un atelier de fonderie de plomb sur le site des bassins de d\u00e9cantation, fouill\u00e9 par Boucly, montre que les conduites du siphon \u00e9taient fabriqu\u00e9es et r\u00e9par\u00e9es sur place, ce qui t\u00e9moigne d\u2019un entretien r\u00e9gulier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 d\u2019\u00c9claibes, le trac\u00e9 se dirige vers Limont\u2011Fontaine, contourne la butte et franchit la vall\u00e9e d\u2019\u00c9cu\u00e9lin. Dans ce secteur, les observations de Jolin et de l\u2019abb\u00e9 Croix, confirm\u00e9es par Gravellini, montrent que le conduit suivait une ligne de niveau tr\u00e8s pr\u00e9cise, parfois visible dans l\u2019orientation du parcellaire. Le trac\u00e9 se poursuit ensuite vers la plaine de Saint\u2011R\u00e9my, o\u00f9 Boucly a observ\u00e9 que certaines petites parcelles pr\u00e9sentaient une orientation diff\u00e9rente de celle des champs voisins. Il y voit l\u2019application d\u2019un r\u00e8glement romain imposant une bande de terrain neutre de part et d\u2019autre des conduites souterraines. Cette anomalie parcellaire constitue l\u2019un des indices les plus subtils de la pr\u00e9sence de l\u2019aqueduc dans un paysage aujourd\u2019hui presque enti\u00e8rement nivel\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le franchissement de la vall\u00e9e de la Sambre constitue le point le plus spectaculaire du trac\u00e9. \u00c0 l\u2019approche de la vall\u00e9e, l\u2019aqueduc adopte un trac\u00e9 rectiligne et sort de terre. Un petit bassin devait se trouver \u00e0 cet endroit pour r\u00e9guler la vitesse de l\u2019eau. Le conduit \u00e9tait ensuite port\u00e9 par un long massif de sout\u00e8nement, fouill\u00e9 par Boucly, qui servait de rampe d\u2019acc\u00e8s au pont\u2011aqueduc. Ce pont, d\u00e9crit par Masse en 1731 et confirm\u00e9 par les fouilles de 1963\u20111964, franchissait la Sambre par une s\u00e9rie d\u2019arcades port\u00e9es par une trentaine de piles. La derni\u00e8re pile d\u00e9gag\u00e9e par Boucly, parfaitement align\u00e9e avec les vestiges observ\u00e9s par Masse, confirme que le pont atteignait une hauteur d\u2019environ vingt\u2011six m\u00e8tres. Ce franchissement monumental constitue l\u2019un des ouvrages hydrauliques les plus impressionnants du nord de la Gaule.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s la Sambre, l\u2019aqueduc remonte vers Vieux\u2011Mesnil, o\u00f9 Masse, Jolin et l\u2019abb\u00e9 Croix avaient observ\u00e9 des murs massifs, aujourd\u2019hui disparus. Ces murs, probablement des ouvrages de sout\u00e8nement, permettaient de maintenir le conduit \u00e0 niveau avant son entr\u00e9e dans les terres hautes. Le trac\u00e9 se poursuit ensuite vers Bavay, o\u00f9 il alimentait les thermes et se d\u00e9versait dans le ruisseau de Louvignies. Les observations anciennes, confirm\u00e9es par les fouilles modernes, montrent que le conduit traversait la ville antique et se raccordait \u00e0 un r\u00e9seau de distribution interne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le trac\u00e9 de l\u2019aqueduc de Bavay appara\u00eet ainsi comme un chef\u2011d\u2019\u0153uvre d\u2019ing\u00e9nierie romaine. Il combine une connaissance fine du relief, une ma\u00eetrise parfaite des pentes, une adaptation constante aux contraintes du terrain et l\u2019utilisation de solutions techniques sophistiqu\u00e9es, comme les siphons, les bassins de d\u00e9cantation et les ponts\u2011aqueducs. Sa reconstitution, fond\u00e9e sur trois si\u00e8cles d\u2019observations et de fouilles, permet aujourd\u2019hui de comprendre non seulement le parcours de l\u2019eau, mais aussi la logique d\u2019ensemble d\u2019un syst\u00e8me hydraulique con\u00e7u pour alimenter l\u2019une des plus importantes cit\u00e9s de la Gaule du Nord.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-white-color has-medium-brown-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-0d54876c3cb421a80166ff2526b61897\">\u2b50 <strong>CHAPITRE TH\u00c9MATIQUE II \u2014 ARCHITECTURE ET MAT\u00c9RIAUX DE L\u2019AQUEDUC<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Un syst\u00e8me hydraulique romain complet : radier, pi\u00e9droits, couverture, bassins, siphon et pont\u2011aqueduc<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019aqueduc romain de Bavay se distingue par une architecture d\u2019une remarquable homog\u00e9n\u00e9it\u00e9, qui t\u00e9moigne d\u2019un chantier unique, planifi\u00e9 et ex\u00e9cut\u00e9 selon des normes techniques strictes. Malgr\u00e9 la disparition de la quasi\u2011totalit\u00e9 des \u00e9l\u00e9vations, les observations de Masse, les descriptions de Jolin et de l\u2019abb\u00e9 Croix, les d\u00e9couvertes de Vaillant et les fouilles de Boucly permettent de reconstituer avec pr\u00e9cision la structure du conduit. L\u2019ensemble r\u00e9v\u00e8le une ma\u00eetrise parfaite des mat\u00e9riaux, une connaissance approfondie des contraintes hydrauliques et une adaptation constante aux reliefs travers\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le radier constitue la base du conduit. Il est form\u00e9 de grandes tuiles \u00e0 rebords, soigneusement jointes, qui assurent une surface parfaitement plane et r\u00e9sistante. Ces tuiles, observ\u00e9es intactes par Vaillant en 1964, sont caract\u00e9ristiques de l\u2019aqueduc : leur rebord lat\u00e9ral permettait de maintenir l\u2019eau dans un canal \u00e9troit tout en assurant une \u00e9tanch\u00e9it\u00e9 optimale. Le radier est recouvert d\u2019un enduit de mortier rose, compos\u00e9 de chaux, de sable et de briques pil\u00e9es, dont la duret\u00e9 exceptionnelle a \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9e par Masse, Jolin et Boucly. Ce mortier, plus dur que la pierre elle\u2011m\u00eame, constitue l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments les plus distinctifs de l\u2019ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les pi\u00e9droits, qui forment les parois verticales du canal, sont construits selon une technique mixte associant briques triangulaires et moellons bruts. Les briques triangulaires, obtenues par cassure de briques carr\u00e9es rainur\u00e9es selon leurs diagonales, constituent un briquetage interne d\u2019environ seize centim\u00e8tres d\u2019\u00e9paisseur. Cette technique, rare, n\u2019est attest\u00e9e qu\u2019\u00e0 Metz et \u00e0 Bavay, ce qui en fait un marqueur arch\u00e9ologique pr\u00e9cieux. Les moellons bruts, li\u00e9s par un mortier blanc ou rose, forment la paroi externe. L\u2019ensemble atteint une largeur totale d\u2019environ quarante\u2011huit centim\u00e8tres, ce qui correspond exactement aux mesures relev\u00e9es par Boucly sur les tron\u00e7ons fouill\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La couverture du conduit est assur\u00e9e par de lourdes dalles de pierre bleue ou de gr\u00e8s, soigneusement ajust\u00e9es. Masse avait observ\u00e9 ces dalles dans les terres hautes, o\u00f9 elles affleuraient encore au XVIII\u1d49 si\u00e8cle. Vaillant en a retrouv\u00e9 plusieurs intactes \u00e0 \u00c9claibes, confirmant leur r\u00f4le essentiel dans la protection du canal. Leur poids, souvent sup\u00e9rieur \u00e0 plusieurs dizaines de kilogrammes, emp\u00eachait les infiltrations et prot\u00e9geait le conduit contre les d\u00e9gradations. Dans certains secteurs, notamment \u00e0 Dourlers et Vieux\u2011Mesnil, des variantes existent : couverture en briques plates, en tuiles ou en dalles plus fines, t\u00e9moignant d\u2019adaptations locales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les bassins de d\u00e9cantation et le bassin de charge constituent les \u00e9l\u00e9ments les plus sophistiqu\u00e9s de l\u2019architecture hydraulique. Fouill\u00e9s par Boucly en 1963\u20111964, ils r\u00e9v\u00e8lent une conception complexe, destin\u00e9e \u00e0 \u00e9liminer les particules en suspension et \u00e0 r\u00e9guler la pression avant le passage dans les conduites de plomb. Les bassins sont construits sur un massif de ma\u00e7onnerie de douze m\u00e8tres vingt sur sept m\u00e8tres quarante\u2011cinq, contre lequel s\u2019appuient trois pi\u00e9droits parall\u00e8les. Ils \u00e9taient couverts par deux grandes vo\u00fbtes, dont les intrados ont laiss\u00e9 des fragments de mortier et de briques dans les couches stratigraphiques. La pr\u00e9sence de d\u00e9p\u00f4ts calcaires, de limons et de scories vitrifi\u00e9es t\u00e9moigne d\u2019un fonctionnement prolong\u00e9 et de r\u00e9fections successives.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le siphon de la vall\u00e9e des Voyeaux, reconstitu\u00e9 par Gravellini, constitue un autre \u00e9l\u00e9ment majeur de l\u2019architecture. Il permettait de franchir une d\u00e9pression trop profonde pour \u00eatre contourn\u00e9e. Les conduites de plomb, fabriqu\u00e9es sur place dans un atelier de fonderie mis au jour par Boucly, descendaient le long d\u2019un plan inclin\u00e9 avant de remonter vers le conduit principal. Ce syst\u00e8me, complexe et co\u00fbteux, t\u00e9moigne d\u2019une volont\u00e9 d\u2019assurer un d\u00e9bit constant malgr\u00e9 les contraintes du relief. Les vestiges observ\u00e9s par Jolin et l\u2019abb\u00e9 Croix dans le secteur des Voyeaux \u2014 briques, mortier, pierres plates \u2014 trouvent ici leur explication.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le pont\u2011aqueduc franchissant la Sambre constitue l\u2019ouvrage le plus spectaculaire. Masse avait observ\u00e9 au XVIII\u1d49 si\u00e8cle des piles encore debout, espac\u00e9es de six \u00e0 sept m\u00e8tres, et une pile \u00e9mergeant au milieu de la rivi\u00e8re. Les fouilles de Boucly ont confirm\u00e9 l\u2019existence de cet ouvrage monumental : un massif de sout\u00e8nement de cent soixante\u2011dix m\u00e8tres, prolong\u00e9 par une s\u00e9rie d\u2019arcades port\u00e9es par une trentaine de piles. La derni\u00e8re pile d\u00e9gag\u00e9e, mesurant un m\u00e8tre quarante\u2011quatre sur un m\u00e8tre vingt\u2011quatre, repose sur une assise de pierres bleues soigneusement taill\u00e9es. L\u2019ensemble devait atteindre une hauteur d\u2019environ vingt\u2011six m\u00e8tres, ce qui en fait l\u2019un des ponts\u2011aqueducs les plus imposants du nord de la Gaule.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019architecture de l\u2019aqueduc de Bavay appara\u00eet ainsi comme un ensemble coh\u00e9rent, fond\u00e9 sur des techniques \u00e9prouv\u00e9es, adapt\u00e9es aux contraintes du terrain et mises en \u0153uvre avec une pr\u00e9cision remarquable. Radier en tuiles \u00e0 rebords, pi\u00e9droits en briques triangulaires, couverture en dalles, bassins de d\u00e9cantation, siphon, pont\u2011aqueduc : chaque \u00e9l\u00e9ment r\u00e9pond \u00e0 une fonction pr\u00e9cise et s\u2019int\u00e8gre dans un syst\u00e8me hydraulique con\u00e7u pour alimenter durablement une grande cit\u00e9 romaine. L\u2019\u00e9tude de ces structures, fond\u00e9e sur trois si\u00e8cles d\u2019observations et de fouilles, permet aujourd\u2019hui de comprendre la logique d\u2019ensemble d\u2019un monument dont il ne subsiste que des traces, mais dont l\u2019ing\u00e9nierie demeure exemplaire.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-white-color has-medium-brown-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-71c16496169fe057c4e9233c70beb4ee\">\u2b50 <strong>CHAPITRE TH\u00c9MATIQUE III \u2014 VESTIGES CONSERV\u00c9S, VESTIGES DISPARUS ET \u00c9TAT ACTUEL DU MONUMENT<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Un aqueduc presque effac\u00e9 du paysage, mais dont les traces subsistent dans le sol, les archives et la m\u00e9moire des lieux<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019aqueduc romain de Bavay est aujourd\u2019hui presque enti\u00e8rement invisible. Les piles d\u00e9crites par Claude Masse au XVIII\u1d49 si\u00e8cle ont disparu, les murs de sout\u00e8nement observ\u00e9s par Jolin et l\u2019abb\u00e9 Croix ont \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9s, les tron\u00e7ons d\u00e9couverts par Vaillant ont \u00e9t\u00e9 recouverts ou d\u00e9truits, et les structures fouill\u00e9es par Boucly ont \u00e9t\u00e9 rebouch\u00e9es pour \u00eatre prot\u00e9g\u00e9es. Pourtant, malgr\u00e9 cette disparition apparente, l\u2019aqueduc n\u2019a pas cess\u00e9 d\u2019exister : il subsiste dans le sol, dans les micro\u2011reliefs, dans les anomalies du parcellaire, dans les mat\u00e9riaux dispers\u00e9s, dans les archives anciennes et dans les relev\u00e9s des chercheurs. L\u2019\u00e9tat actuel du monument est celui d\u2019un ouvrage presque enti\u00e8rement enfoui, mais dont la pr\u00e9sence demeure lisible pour qui sait interpr\u00e9ter les traces.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les vestiges conserv\u00e9s sont rares, mais d\u2019une grande valeur. Le plus important est la derni\u00e8re pile du pont\u2011aqueduc, d\u00e9gag\u00e9e par Boucly en 1963. Cette pile, parfaitement align\u00e9e avec les vestiges observ\u00e9s par Masse en 1731, repose sur une assise de pierres bleues soigneusement taill\u00e9es. Elle constitue le seul t\u00e9moin visible \u2014 m\u00eame rebouch\u00e9 \u2014 d\u2019un ouvrage monumental qui franchissait la Sambre sur une hauteur d\u2019environ vingt\u2011six m\u00e8tres. Les bassins de d\u00e9cantation et le bassin de charge, fouill\u00e9s par Boucly, ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 rebouch\u00e9s, mais leur plan, leurs dimensions et leur stratigraphie sont parfaitement document\u00e9s. Ils constituent l\u2019un des ensembles hydrauliques les mieux connus du nord de la Gaule.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le tron\u00e7on de la branche d\u2019\u00c9claibes d\u00e9couvert par Vaillant en 1964 n\u2019est plus visible aujourd\u2019hui. Les dalles de couverture ont \u00e9t\u00e9 retir\u00e9es, le conduit a \u00e9t\u00e9 nivel\u00e9 et les terres ont \u00e9t\u00e9 remises en culture. Il n\u2019en subsiste que des fragments dispers\u00e9s : briques triangulaires, tuiles \u00e0 rebords, mortier rose, pierres plates. Ces mat\u00e9riaux, caract\u00e9ristiques de l\u2019aqueduc, apparaissent encore parfois dans les labours apr\u00e8s les pluies d\u2019automne. Ils constituent des indices pr\u00e9cieux, mais fragiles, d\u2019un tron\u00e7on autrefois intact. Les observations de Vaillant, consign\u00e9es avec soin, permettent toutefois de restituer ce secteur avec une pr\u00e9cision remarquable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les vestiges disparus sont beaucoup plus nombreux. Les piles du pont\u2011aqueduc, encore visibles au XVIII\u1d49 si\u00e8cle, ont \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9es pour r\u00e9cup\u00e9rer les pierres. Les murs de sout\u00e8nement de Vieux\u2011Mesnil et de Saint\u2011R\u00e9my, d\u00e9crits par Jolin et l\u2019abb\u00e9 Croix, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits par les travaux agricoles. Les vo\u00fbtes affleurant dans les terres hautes, observ\u00e9es par Masse, ont \u00e9t\u00e9 nivel\u00e9es au XIX\u1d49 si\u00e8cle. Les tron\u00e7ons du conduit principal, souvent peu enterr\u00e9s, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits par les charrues, les drainages et les remembrements. Cette disparition progressive, \u00e9tal\u00e9e sur trois si\u00e8cles, explique pourquoi l\u2019aqueduc semble aujourd\u2019hui absent du paysage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, l\u2019aqueduc subsiste dans des traces plus subtiles. Dans la plaine de Saint\u2011R\u00e9my, Boucly a observ\u00e9 que certaines petites parcelles pr\u00e9sentaient une orientation diff\u00e9rente de celle des champs voisins. Cette anomalie parcellaire, h\u00e9rit\u00e9e d\u2019un r\u00e8glement romain imposant une bande de terrain neutre de part et d\u2019autre du conduit, constitue l\u2019un des indices les plus discrets mais les plus fiables de la pr\u00e9sence de l\u2019aqueduc. Dans d\u2019autres secteurs, notamment \u00e0 \u00c9claibes, \u00c9cu\u00e9lin et Limont\u2011Fontaine, des micro\u2011reliefs, des ruptures de pente ou des alignements de haies t\u00e9moignent encore du trac\u00e9 ancien. Ces indices, invisibles pour un \u0153il non averti, deviennent lisibles lorsqu\u2019on les confronte aux cartes IGN et aux relev\u00e9s altim\u00e9triques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les mat\u00e9riaux dispers\u00e9s constituent une autre forme de vestiges. Les briques triangulaires, caract\u00e9ristiques de l\u2019aqueduc, apparaissent encore parfois dans les chemins, les foss\u00e9s ou les talus. Les tuiles \u00e0 rebords, les fragments de mortier rose et les pierres bleues taill\u00e9es sont r\u00e9guli\u00e8rement retrouv\u00e9s lors de travaux agricoles ou de terrassements. Ces mat\u00e9riaux, bien que sortis de leur contexte, permettent d\u2019identifier les secteurs o\u00f9 le conduit a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit. Ils constituent une m\u00e9moire mat\u00e9rielle diffuse, mais pr\u00e9cieuse, de l\u2019ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9tat actuel du monument est donc paradoxal : presque tout a disparu en surface, mais presque tout subsiste dans le sol, dans les archives et dans les relev\u00e9s. L\u2019aqueduc de Bavay est un monument invisible, mais non effac\u00e9. Sa pr\u00e9sence se lit dans les descriptions anciennes, dans les fouilles modernes, dans les anomalies du paysage et dans les mat\u00e9riaux dispers\u00e9s. Sa reconstitution repose sur un travail patient, fond\u00e9 sur trois si\u00e8cles d\u2019observations, de fouilles et d\u2019analyses. Ce travail permet aujourd\u2019hui de comprendre un ouvrage dont il ne reste que des traces, mais dont l\u2019ing\u00e9nierie, la coh\u00e9rence et l\u2019ampleur demeurent exemplaires.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-white-color has-medium-brown-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-7dba358c34d7839a9f213cf1281428c5\">\u2b50 <strong>CHAPITRE IV \u2014 LES TECHNIQUES ROMAINES DE CONSTRUCTION D&rsquo;AQUEDUCS <\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>M\u00e9thodes, outils et principes d\u2019ing\u00e9nierie appliqu\u00e9s dans l\u2019Empire romain<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La construction d\u2019un aqueduc romain repose sur un ensemble de techniques d\u2019ing\u00e9nierie remarquablement avanc\u00e9es, qui combinent pr\u00e9cision topographique, ma\u00eetrise des mat\u00e9riaux et organisation rigoureuse du chantier. Ces m\u00e9thodes, mises en \u0153uvre dans tout l\u2019Empire, permettent de comprendre comment les ing\u00e9nieurs romains ont pu concevoir des ouvrages parfois longs de plusieurs dizaines de kilom\u00e8tres, franchissant vall\u00e9es, collines et cours d\u2019eau tout en maintenant une pente r\u00e9guli\u00e8re indispensable \u00e0 l\u2019\u00e9coulement de l\u2019eau. L\u2019aqueduc de Bavay, bien que presque enti\u00e8rement disparu, s\u2019inscrit pleinement dans cette tradition technique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re \u00e9tape de la construction consiste \u00e0 d\u00e9terminer le trac\u00e9. Les ing\u00e9nieurs romains utilisent pour cela des instruments de mesure d\u2019une grande pr\u00e9cision. Le plus embl\u00e9matique est le <strong>chorobate<\/strong>, une longue r\u00e8gle de bois munie d\u2019un niveau \u00e0 eau, permettant de mesurer les pentes avec une exactitude remarquable. La <strong>groma<\/strong>, quant \u00e0 elle, sert \u00e0 \u00e9tablir des alignements rectilignes et des angles droits. Gr\u00e2ce \u00e0 ces outils, les arpenteurs romains parviennent \u00e0 maintenir une pente extr\u00eamement faible, souvent comprise entre 0,1 % et 0,5 %, suffisante pour assurer un \u00e9coulement r\u00e9gulier sans provoquer d\u2019\u00e9rosion excessive.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une fois le trac\u00e9 \u00e9tabli, les travaux de terrassement commencent. Les Romains creusent des tranch\u00e9es pour accueillir le <strong>specus<\/strong>, le conduit o\u00f9 circule l\u2019eau. Ce conduit est g\u00e9n\u00e9ralement construit en ma\u00e7onnerie : murs lat\u00e9raux en pierre ou en moellons, vo\u00fbte en berceau, et radier soigneusement nivel\u00e9. L\u2019int\u00e9rieur est enduit d\u2019un mortier hydraulique appel\u00e9 <strong>opus signinum<\/strong>, compos\u00e9 de chaux et de fragments de tuiles broy\u00e9es, garantissant l\u2019\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 du conduit. Ce mortier, de couleur ros\u00e9e, est encore visible dans de nombreux aqueducs conserv\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque le terrain impose des franchissements, les ing\u00e9nieurs romains adaptent leur technique. Dans les vall\u00e9es profondes, ils construisent des <strong>ponts\u2011aqueducs<\/strong>, v\u00e9ritables ouvrages d\u2019art compos\u00e9s d\u2019arches superpos\u00e9es. Dans les zones o\u00f9 un pont serait trop co\u00fbteux, ils utilisent des <strong>siphons invers\u00e9s<\/strong>, syst\u00e8mes de conduites sous pression permettant de descendre dans la vall\u00e9e puis de remonter sur l\u2019autre versant. Ces siphons n\u00e9cessitent des mat\u00e9riaux r\u00e9sistants, comme le plomb ou la terre cuite \u00e9paisse, et des bassins de r\u00e9gulation pour absorber les variations de pression.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Romains accordent \u00e9galement une grande importance \u00e0 la qualit\u00e9 de l\u2019eau. Pour \u00e9viter que les impuret\u00e9s ne s\u2019accumulent dans le conduit, ils installent des <strong>bassins de d\u00e9cantation<\/strong> \u00e0 intervalles r\u00e9guliers. Ces structures permettent aux s\u00e9diments de se d\u00e9poser avant que l\u2019eau ne poursuive son chemin. \u00c0 Bavay, les fouilles de Boucly ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019existence d\u2019un bassin de d\u00e9cantation particuli\u00e8rement bien con\u00e7u, confirmant l\u2019application de ces principes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019organisation du chantier constitue un autre aspect essentiel. Les travaux sont r\u00e9alis\u00e9s par des \u00e9quipes sp\u00e9cialis\u00e9es : arpenteurs, ma\u00e7ons, carriers, charpentiers. Les mat\u00e9riaux sont extraits localement lorsque cela est possible, comme les pierres bleues et les moellons utilis\u00e9s dans la r\u00e9gion de Bavay. Les briques et tuiles sont fabriqu\u00e9es dans des ateliers proches du chantier, parfois directement sur place. Cette organisation permet une construction rapide et efficace, m\u00eame pour des ouvrages de grande ampleur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, les Romains pr\u00e9voient des dispositifs d\u2019entretien. Des <strong>regards<\/strong> et <strong>puits d\u2019acc\u00e8s<\/strong> sont am\u00e9nag\u00e9s le long du conduit pour permettre le nettoyage et la r\u00e9paration du specus. Ces structures, souvent espac\u00e9es de 30 \u00e0 50 m\u00e8tres, t\u00e9moignent de la volont\u00e9 des ing\u00e9nieurs de garantir la durabilit\u00e9 de l\u2019ouvrage. L\u2019aqueduc de Bavay, bien qu\u2019en grande partie disparu, devait comporter de tels am\u00e9nagements, comme le sugg\u00e8rent certains vestiges signal\u00e9s par les \u00e9rudits du XIX\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, les techniques romaines de construction d\u2019aqueducs reposent sur une combinaison de pr\u00e9cision topographique, de ma\u00eetrise des mat\u00e9riaux et d\u2019ing\u00e9nierie pragmatique. L\u2019aqueduc de Bavay, malgr\u00e9 son \u00e9tat fragmentaire, s\u2019inscrit pleinement dans cette tradition. Comprendre ces techniques permet de mieux appr\u00e9cier la complexit\u00e9 du chantier et l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 des ing\u00e9nieurs qui ont con\u00e7u cet ouvrage il y a pr\u00e8s de deux mille ans.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-white-color has-medium-brown-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-a2956446f0bd502d6b24f08a586af4fd\"><strong>CHAPITRE V \u2014 LES SOURCES ET LE D\u00c9BIT : HYDROLOGIE DE FLOURSIES ET \u00c9CLAIBES<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Analyse des captages, du d\u00e9bit probable et des choix hydrauliques op\u00e9r\u00e9s par les ing\u00e9nieurs romains<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019aqueduc de Bavay trouve son origine dans deux groupes de sources situ\u00e9s \u00e0 Floursies et \u00e0 \u00c9claibes, au sud de la cit\u00e9 antique. Le choix de ces points d\u2019eau n\u2019est pas le fruit du hasard : il r\u00e9sulte d\u2019une analyse pr\u00e9cise du terrain, de la qualit\u00e9 de l\u2019eau et de la capacit\u00e9 des sources \u00e0 alimenter durablement une capitale de cit\u00e9. Comprendre l\u2019hydrologie de ces captages permet de mieux saisir les contraintes auxquelles les ing\u00e9nieurs romains ont d\u00fb r\u00e9pondre, ainsi que les raisons qui ont conduit \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un trac\u00e9 long de pr\u00e8s de vingt-neuf kilom\u00e8tres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les sources de Floursies jaillissent au pied d\u2019un versant bois\u00e9, dans un environnement encore pr\u00e9serv\u00e9. Elles pr\u00e9sentent un d\u00e9bit r\u00e9gulier, aliment\u00e9 par un aquif\u00e8re stable, et une eau de bonne qualit\u00e9, l\u00e9g\u00e8rement calcaire mais parfaitement adapt\u00e9e \u00e0 la consommation et aux usages urbains. Les Romains privil\u00e9gient ce type de sources, car elles offrent un d\u00e9bit constant tout au long de l\u2019ann\u00e9e, m\u00eame en p\u00e9riode de s\u00e9cheresse. Les captages de Floursies semblent avoir constitu\u00e9 le c\u0153ur du syst\u00e8me d\u2019alimentation, fournissant la majeure partie du volume n\u00e9cessaire \u00e0 la ville.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les sources d\u2019\u00c9claibes, situ\u00e9es un peu plus \u00e0 l\u2019est, compl\u00e8tent cet apport. Leur d\u00e9bit est probablement plus modeste, mais leur altitude l\u00e9g\u00e8rement sup\u00e9rieure permet d\u2019augmenter la pression disponible en amont du trac\u00e9. Les ing\u00e9nieurs romains ont souvent recours \u00e0 ce type de combinaison : une source principale, abondante, et une ou plusieurs sources secondaires destin\u00e9es \u00e0 renforcer le d\u00e9bit ou \u00e0 stabiliser l\u2019alimentation en p\u00e9riode de variation saisonni\u00e8re. L\u2019association de Floursies et d\u2019\u00c9claibes r\u00e9pond donc \u00e0 une logique hydraulique \u00e9prouv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9valuation du d\u00e9bit exact de ces sources \u00e0 l\u2019\u00e9poque romaine reste difficile, mais les estimations modernes permettent d\u2019en proposer un ordre de grandeur. Les sources de Floursies pourraient fournir entre 20 et 40 m\u00b3 par heure, tandis que celles d\u2019\u00c9claibes ajouteraient quelques m\u00e8tres cubes suppl\u00e9mentaires. Un tel volume, m\u00eame mod\u00e9r\u00e9, suffit largement \u00e0 alimenter une ville de la taille de Bavay, dont les besoins, bien que significatifs, restent inf\u00e9rieurs \u00e0 ceux des grandes m\u00e9tropoles provinciales. Les thermes, les fontaines publiques, les latrines et certains ateliers artisanaux constituent les principaux consommateurs, mais leur demande cumul\u00e9e demeure compatible avec un d\u00e9bit total de quelques centaines de m\u00e8tres cubes par jour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La qualit\u00e9 de l\u2019eau joue \u00e9galement un r\u00f4le d\u00e9terminant. Les sources de Floursies et d\u2019\u00c9claibes offrent une eau claire, filtr\u00e9e naturellement par les sols calcaires et les couches argileuses. Les Romains recherchent ce type d\u2019eau, car elle limite l\u2019encrassement du specus et r\u00e9duit la fr\u00e9quence des op\u00e9rations de nettoyage. Toutefois, la pr\u00e9sence de calcaire entra\u00eene in\u00e9vitablement des d\u00e9p\u00f4ts de concr\u00e9tions sur les parois du conduit, ph\u00e9nom\u00e8ne bien connu dans les aqueducs gallo-romains. Les bassins de d\u00e9cantation, comme celui identifi\u00e9 par Boucly, permettent de ralentir ce processus en pi\u00e9geant les particules avant leur entr\u00e9e dans le specus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le choix des sources d\u00e9pend \u00e9galement de leur altitude relative. Pour garantir un \u00e9coulement gravitaire, les ing\u00e9nieurs romains doivent s\u00e9lectionner des points d\u2019eau situ\u00e9s suffisamment haut par rapport \u00e0 la ville. \u00c0 Bavay, la topographie impose un trac\u00e9 sinueux, destin\u00e9 \u00e0 contourner les vall\u00e9es profondes et \u00e0 maintenir une pente r\u00e9guli\u00e8re. Les sources de Floursies et d\u2019\u00c9claibes se trouvent \u00e0 une altitude permettant d\u2019atteindre la ville sans recourir \u00e0 des siphons invers\u00e9s, solution co\u00fbteuse et complexe. Ce choix t\u00e9moigne d\u2019une parfaite ma\u00eetrise du terrain et d\u2019une volont\u00e9 de privil\u00e9gier un trac\u00e9 long mais techniquement fiable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, l\u2019hydrologie des sources \u00e9claire la question de la durabilit\u00e9 de l\u2019aqueduc. Un captage stable, aliment\u00e9 par un aquif\u00e8re profond, garantit un fonctionnement sur plusieurs si\u00e8cles. Les Romains ont manifestement identifi\u00e9 des sources p\u00e9rennes, capables de fournir un d\u00e9bit constant malgr\u00e9 les variations climatiques. Cette stabilit\u00e9 explique en partie la long\u00e9vit\u00e9 du syst\u00e8me, qui a probablement fonctionn\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019Antiquit\u00e9, avant d\u2019\u00eatre abandonn\u00e9 lorsque la ville a d\u00e9clin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, l\u2019\u00e9tude des sources de Floursies et d\u2019\u00c9claibes r\u00e9v\u00e8le un choix r\u00e9fl\u00e9chi, fond\u00e9 sur la qualit\u00e9 de l\u2019eau, la r\u00e9gularit\u00e9 du d\u00e9bit, l\u2019altitude favorable et la facilit\u00e9 de captage. Ces \u00e9l\u00e9ments montrent que l\u2019aqueduc de Bavay n\u2019est pas seulement un ouvrage technique, mais le r\u00e9sultat d\u2019une analyse hydrologique fine, men\u00e9e par des ing\u00e9nieurs parfaitement conscients des contraintes du terrain. Comprendre ces sources, c\u2019est comprendre l\u2019origine m\u00eame de l\u2019aqueduc et les raisons de son trac\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-white-color has-medium-brown-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-c861e9a932d4c71f994db8da8eb426ca\">\u2b50 <strong>CHAPITRE TH\u00c9MATIQUE VI\u2014 BAVAY ET L\u2019EAU DANS LA CIT\u00c9 ROMAINE<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>L\u2019approvisionnement, les usages et la place de l\u2019eau dans la capitale des Nerviens<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9tude de l\u2019aqueduc de Bavay ne peut \u00eatre pleinement comprise que replac\u00e9e dans le contexte plus large de la gestion de l\u2019eau dans une capitale de cit\u00e9 romaine. Bagacum, centre administratif des Nerviens, n\u2019\u00e9tait pas seulement un carrefour routier exceptionnel : c\u2019\u00e9tait aussi une ville dot\u00e9e d\u2019infrastructures publiques importantes, dont le fonctionnement d\u00e9pendait directement d\u2019un approvisionnement r\u00e9gulier en eau. L\u2019aqueduc de Floursies\u2013\u00c9claibes n\u2019est pas un ouvrage isol\u00e9 ; il s\u2019inscrit dans un syst\u00e8me urbain o\u00f9 l\u2019eau joue un r\u00f4le essentiel, tant pour l\u2019hygi\u00e8ne que pour la vie quotidienne, les activit\u00e9s artisanales et le prestige monumental.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La pr\u00e9sence d\u2019un aqueduc suppose d\u2019abord une demande urbaine significative. Bavay, fond\u00e9e au d\u00e9but du Ier si\u00e8cle, conna\u00eet une croissance rapide, stimul\u00e9e par sa position strat\u00e9gique au croisement de sept voies romaines. Cette centralit\u00e9 entra\u00eene l\u2019implantation d\u2019\u00e9difices publics exigeant un apport constant en eau : thermes, fontaines, latrines, \u00e9tablissements artisanaux et peut\u2011\u00eatre m\u00eame des jardins ou des bassins d\u00e9coratifs. Les thermes, en particulier, constituent l\u2019un des principaux consommateurs d\u2019eau. Leur fonctionnement n\u00e9cessite un d\u00e9bit important pour alimenter les salles chaudes, les bassins ti\u00e8des et froids, les syst\u00e8mes de chauffage et les \u00e9vacuations. Les fouilles men\u00e9es dans le centre de Bavay ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019existence de plusieurs structures thermales, confirmant l\u2019importance de l\u2019eau dans la vie publique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019eau joue \u00e9galement un r\u00f4le fondamental dans l\u2019hygi\u00e8ne urbaine. Les latrines publiques, fr\u00e9quentes dans les villes romaines, n\u00e9cessitent un \u00e9coulement continu pour \u00e9vacuer les d\u00e9chets. Les rues, souvent pav\u00e9es, sont \u00e9quip\u00e9es de caniveaux et de r\u00e9seaux d\u2019\u00e9vacuation qui doivent \u00eatre aliment\u00e9s pour maintenir la propret\u00e9 de la voirie. L\u2019aqueduc permet ainsi de garantir un niveau d\u2019hygi\u00e8ne sup\u00e9rieur \u00e0 celui des agglom\u00e9rations d\u00e9pourvues d\u2019un tel syst\u00e8me. Cette ma\u00eetrise de l\u2019eau contribue \u00e0 l\u2019image de la ville, \u00e0 son attractivit\u00e9 et \u00e0 son statut de capitale r\u00e9gionale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les usages domestiques repr\u00e9sentent une autre part importante de la consommation. Dans les maisons ais\u00e9es, l\u2019eau pouvait \u00eatre distribu\u00e9e par des conduites secondaires, alimentant des bassins, des citernes ou des fontaines priv\u00e9es. M\u00eame si la majorit\u00e9 des habitants devait se contenter de puits ou de points d\u2019eau publics, la pr\u00e9sence d\u2019un aqueduc am\u00e9liore globalement l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau et renforce la qualit\u00e9 de vie. Les fontaines publiques, souvent situ\u00e9es pr\u00e8s des carrefours ou des b\u00e2timents administratifs, constituent des lieux de sociabilit\u00e9 essentiels, o\u00f9 les habitants se retrouvent pour puiser l\u2019eau n\u00e9cessaire aux besoins quotidiens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019eau est \u00e9galement indispensable aux activit\u00e9s artisanales. Les ateliers de tannerie, de teinturerie, de m\u00e9tallurgie ou de meunerie n\u00e9cessitent des quantit\u00e9s importantes d\u2019eau pour leurs proc\u00e9d\u00e9s techniques. \u00c0 Bavay, plusieurs indices sugg\u00e8rent la pr\u00e9sence d\u2019activit\u00e9s artisanales li\u00e9es \u00e0 l\u2019eau, notamment dans les secteurs p\u00e9riph\u00e9riques de la ville. L\u2019aqueduc, en garantissant un d\u00e9bit constant, permet le d\u00e9veloppement de ces activit\u00e9s et contribue \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique de la cit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, l\u2019eau joue un r\u00f4le symbolique et politique. Dans le monde romain, la construction d\u2019un aqueduc est un acte fort, qui manifeste la puissance de la cit\u00e9 et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de ses \u00e9lites. L\u2019aqueduc de Bavay, par son trac\u00e9 complexe, son pont monumental sur la Sambre et ses bassins de d\u00e9cantation sophistiqu\u00e9s, t\u00e9moigne d\u2019une volont\u00e9 d\u2019inscrire la ville dans le mod\u00e8le urbain romain. Il s\u2019agit d\u2019un marqueur de romanisation, mais aussi d\u2019un instrument de prestige. Une ville dot\u00e9e d\u2019un aqueduc se distingue par son niveau d\u2019\u00e9quipement, sa capacit\u00e9 d\u2019organisation et son int\u00e9gration dans les r\u00e9seaux administratifs de l\u2019Empire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, l\u2019aqueduc de Bavay ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 uniquement comme un ouvrage technique, mais comme un \u00e9l\u00e9ment structurant de la vie urbaine. Il r\u00e9pond \u00e0 des besoins pratiques \u2014 hygi\u00e8ne, thermes, artisanat, alimentation \u2014 tout en participant \u00e0 l\u2019identit\u00e9 et au rayonnement de la cit\u00e9. Son \u00e9tude \u00e9claire non seulement la ma\u00eetrise hydraulique des ing\u00e9nieurs romains, mais aussi la mani\u00e8re dont l\u2019eau fa\u00e7onne l\u2019espace urbain, les usages sociaux et l\u2019organisation politique d\u2019une capitale provinciale. Comprendre l\u2019aqueduc, c\u2019est comprendre Bavay elle\u2011m\u00eame : une ville o\u00f9 l\u2019eau, invisible aujourd\u2019hui, \u00e9tait autrefois au c\u0153ur de la vie quotidienne et du prestige public.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9tude du r\u00f4le de l\u2019eau dans la ville romaine de Bavay permet de replacer l\u2019aqueduc dans son contexte urbain, social et politique. Apr\u00e8s avoir examin\u00e9 son trac\u00e9, son architecture, ses vestiges et les usages auxquels il r\u00e9pondait, il est d\u00e9sormais possible d\u2019en proposer une vision d\u2019ensemble. Le chapitre qui suit rassemble l\u2019ensemble de ces donn\u00e9es pour offrir une synth\u00e8se g\u00e9n\u00e9rale du monument et de son histoire.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-white-color has-medium-brown-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-bd7d7b8cc558e86d6a5e47024598f500\">\u2b50 <strong>CHAPITRE TH\u00c9MATIQUE VII \u2014 SYNTH\u00c8SE G\u00c9N\u00c9RALE ET CONCLUSION<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Un monument disparu en surface, mais reconstruit par trois si\u00e8cles d\u2019observations, de fouilles et d\u2019analyses<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019aqueduc romain de Bavay appara\u00eet aujourd\u2019hui comme un monument paradoxal : presque enti\u00e8rement effac\u00e9 du paysage, mais extraordinairement bien document\u00e9. Sa disparition mat\u00e9rielle, progressive et presque totale, contraste avec la richesse des sources qui permettent d\u2019en reconstituer l\u2019existence. Trois si\u00e8cles d\u2019observations, de relev\u00e9s, de fouilles et d\u2019analyses ont permis de faire \u00e9merger un ouvrage dont il ne subsiste que des traces, mais dont l\u2019ing\u00e9nierie, la coh\u00e9rence et l\u2019ampleur demeurent exemplaires. L\u2019aqueduc de Bavay n\u2019est plus visible, mais il est devenu l\u2019un des monuments antiques les mieux compris du nord de la Gaule.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9tude du trac\u00e9 r\u00e9v\u00e8le un parcours d\u2019une pr\u00e9cision remarquable. Sur pr\u00e8s de vingt\u2011neuf kilom\u00e8tres, les ing\u00e9nieurs romains ont su exploiter chaque courbe de niveau, contourner les reliefs, franchir les vall\u00e9es et maintenir une pente r\u00e9guli\u00e8re. Le trac\u00e9 principal, issu des sources de Floursies, est compl\u00e9t\u00e9 par une branche secondaire venant d\u2019\u00c9claibes, dont le franchissement de la vall\u00e9e des Voyeaux par un siphon constitue l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments les plus sophistiqu\u00e9s du syst\u00e8me. La reconstitution de ce trac\u00e9, fond\u00e9e sur les observations de Masse, les descriptions de Jolin et de l\u2019abb\u00e9 Croix, les d\u00e9couvertes de Vaillant et les analyses de Gravellini, montre que l\u2019aqueduc \u00e9tait un ouvrage d\u2019une grande complexit\u00e9, parfaitement adapt\u00e9 au relief.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019architecture du conduit confirme cette ma\u00eetrise technique. Radier en tuiles \u00e0 rebords, pi\u00e9droits en briques triangulaires, mortier rose d\u2019une duret\u00e9 exceptionnelle, couverture en dalles de pierre bleue : chaque \u00e9l\u00e9ment r\u00e9pond \u00e0 une fonction pr\u00e9cise et t\u00e9moigne d\u2019un savoir\u2011faire \u00e9prouv\u00e9. Les bassins de d\u00e9cantation et le bassin de charge, fouill\u00e9s par Boucly, r\u00e9v\u00e8lent une conception hydraulique avanc\u00e9e, destin\u00e9e \u00e0 \u00e9liminer les particules en suspension et \u00e0 r\u00e9guler la pression avant le passage dans les conduites de plomb. Le pont\u2011aqueduc franchissant la Sambre, dont Masse a vu les piles encore debout, constitue l\u2019un des ouvrages les plus imposants du nord de la Gaule. L\u2019ensemble forme un syst\u00e8me coh\u00e9rent, con\u00e7u pour alimenter durablement une grande cit\u00e9 romaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9tat actuel du monument, presque enti\u00e8rement enfoui, ne doit pas masquer la richesse des vestiges conserv\u00e9s. La derni\u00e8re pile du pont\u2011aqueduc, les bassins fouill\u00e9s par Boucly, les mat\u00e9riaux dispers\u00e9s dans les champs, les anomalies du parcellaire et les micro\u2011reliefs constituent autant de traces qui permettent de lire l\u2019aqueduc dans le paysage. Les archives anciennes, les relev\u00e9s topographiques et les fouilles modernes compl\u00e8tent cette lecture. L\u2019aqueduc de Bavay est un monument invisible, mais non effac\u00e9 : il subsiste dans les sols, dans les documents et dans la m\u00e9moire des lieux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La synth\u00e8se des recherches montre que l\u2019aqueduc a \u00e9t\u00e9 construit au Ier si\u00e8cle, probablement sous Tib\u00e8re ou Claude, qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 entretenu jusqu\u2019au III\u1d49 si\u00e8cle et qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 progressivement abandonn\u00e9 \u00e0 la fin de l\u2019Antiquit\u00e9. Sa destruction moderne, \u00e9tal\u00e9e sur trois si\u00e8cles, r\u00e9sulte de l\u2019arrachage des pierres, des travaux agricoles, des drainages et des remembrements. Pourtant, gr\u00e2ce aux observations de Masse, aux descriptions de Jolin et de l\u2019abb\u00e9 Croix, aux d\u00e9couvertes de Vaillant, aux fouilles de Boucly et aux analyses de Gravellini, il est aujourd\u2019hui possible de reconstituer l\u2019ouvrage dans sa quasi\u2011totalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019aqueduc romain de Bavay n\u2019est donc pas seulement un monument antique : c\u2019est un monument intellectuel, reconstruit par la patience, la rigueur et la passion de plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de chercheurs. Il t\u00e9moigne de la capacit\u00e9 des Romains \u00e0 ma\u00eetriser l\u2019eau, \u00e0 comprendre le relief et \u00e0 concevoir des ouvrages durables. Il t\u00e9moigne aussi de la capacit\u00e9 des hommes modernes \u00e0 redonner vie \u00e0 un monument disparu, \u00e0 partir de traces t\u00e9nues mais coh\u00e9rentes. L\u2019aqueduc de Bavay, invisible mais pr\u00e9sent, disparu mais reconstruit, constitue l\u2019un des plus beaux exemples de ce que peut \u00eatre l\u2019arch\u00e9ologie : un dialogue entre le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent, entre les vestiges et l\u2019intelligence humaine.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-dark-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-12257ddc201edea4d0acb984b22324e5\">\u2b50 <strong>Conclusion finale<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019aqueduc romain de Bavay, aujourd\u2019hui presque enti\u00e8rement effac\u00e9 du paysage, demeure l\u2019un des monuments hydrauliques les plus remarquables du nord de la Gaule. Gr\u00e2ce aux observations de Masse, aux descriptions de Jolin et de l\u2019abb\u00e9 Croix, aux d\u00e9couvertes de Vaillant, aux fouilles de Boucly et aux analyses de Gravellini, il est d\u00e9sormais possible d\u2019en restituer le trac\u00e9, l\u2019architecture et le fonctionnement avec une pr\u00e9cision exceptionnelle. Ce monument disparu, reconstruit par trois si\u00e8cles de recherches, t\u00e9moigne \u00e0 la fois de la ma\u00eetrise technique des ing\u00e9nieurs romains et de la pers\u00e9v\u00e9rance des chercheurs modernes. Invisible mais pr\u00e9sent, fragmentaire mais coh\u00e9rent, l\u2019aqueduc de Bavay demeure un exemple majeur de l\u2019ing\u00e9nierie antique et un \u00e9l\u00e9ment essentiel du patrimoine arch\u00e9ologique r\u00e9gional.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">\u2b50 <strong>Bibliographie<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>1. Sources anciennes et \u00e9rudits du XVIII\u1d49\u2013XIX\u1d49 si\u00e8cle<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Masse, Claude.<\/strong> <em>M\u00e9moire sur les antiquit\u00e9s de Bavay<\/em>, 1731. Manuscrit conserv\u00e9 aux Archives nationales ; premi\u00e8re description des piles du pont\u2011aqueduc et des vo\u00fbtes affleurantes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Jolin, Ren\u00e9.<\/strong> <em>Notes sur l\u2019aqueduc romain de Bavay<\/em>, vers 1870. Observations de terrain, descriptions des mat\u00e9riaux, mentions de la branche d\u2019\u00c9claibes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Croix, Abb\u00e9.<\/strong> <em>Recherches sur les vestiges romains du canton de Bavay<\/em>, fin XIX\u1d49 si\u00e8cle. Descriptions des murs de sout\u00e8nement, des carri\u00e8res romaines et des vestiges de Boussi\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>2. Travaux modernes (XX\u1d49\u2013XXI\u1d49 si\u00e8cle)<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Vaillant, Jean.<\/strong> <em>L\u2019aqueduc romain d\u2019\u00c9claibes<\/em>, 1964. R\u00e9cit de la red\u00e9couverte d\u2019un tron\u00e7on intact de la branche secondaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Boucly, Jean\u2011Louis.<\/strong> <em>Fouilles de l\u2019aqueduc romain de Bavay (1963\u20111964)<\/em>, Revue du Nord, 1965. \u00c9tude fondamentale : bassins de d\u00e9cantation, bassin de charge, pile du pont\u2011aqueduc, atelier de fonderie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Gravellini, Maurice.<\/strong> <em>L\u2019aqueduc romain de Bavay : \u00e9tude topographique et restitution du trac\u00e9<\/em>, 2003. Synth\u00e8se moderne : trac\u00e9 complet, siphon des Voyeaux, analyse des courbes de niveau.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>3. \u00c9tudes g\u00e9n\u00e9rales sur les aqueducs romains<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Hodge, A. Trevor.<\/strong> <em>Roman Aqueducts &amp; Water Supply<\/em>. Duckworth, 1992. Ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence sur la technique hydraulique romaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Bruun, Christer.<\/strong> <em>The Water Supply of Ancient Rome<\/em>. University of Helsinki, 1991. Analyse des syst\u00e8mes hydrauliques romains, utile pour comparer Bavay aux grands aqueducs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Rodr\u00edguez\u2011Almeida, Emilio.<\/strong> <em>Topografia e urbanistica di Roma antica<\/em>. Rome, 1983. R\u00e9f\u00e9rences sur les techniques de construction et les bassins de d\u00e9cantation.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"697\" height=\"937\" data-attachment-id=\"24978\" data-permalink=\"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/laqueduc-romain-de-bavay-histoire-trace-et-recherches-archeologiques\/image-2507\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-117.png?fit=697%2C937\" data-orig-size=\"697,937\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;,&quot;alt&quot;:&quot;&quot;}\" data-image-title=\"image\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-117.png?fit=697%2C937\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-117.png?resize=697%2C937&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-24978\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-117.png?w=697 697w, https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-117.png?resize=223%2C300 223w\" sizes=\"auto, (max-width: 697px) 85vw, 697px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le trac\u00e9 complet de l\u2019aqueduc, restitu\u00e9 par Maurice Gravellini (2003), est pr\u00e9sent\u00e9 ci\u2011dessus. Il constitue la synth\u00e8se finale des recherches men\u00e9es depuis 1731<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ci dessous en version pdf<\/p>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Trace-Aqueduc.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 Trac\u00e9 Aqueduc.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-944211c7-05f0-44e2-a31b-90c4b68d7829\" href=\"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Trace-Aqueduc.pdf\">Trac\u00e9 Aqueduc<\/a><a href=\"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Trace-Aqueduc.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-944211c7-05f0-44e2-a31b-90c4b68d7829\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u2b50 Page d\u2019accueil \u2014 Pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale du dossier L\u2019aqueduc romain de Bavay : un monument disparu, une histoire retrouv\u00e9e Ce dossier pr\u00e9sente l\u2019un des ouvrages hydrauliques les plus remarquables du nord de la Gaule : l\u2019aqueduc romain de Bavay, qui acheminait l\u2019eau depuis les sources de Floursies et d\u2019\u00c9claibes jusqu\u2019\u00e0 la capitale des Nerviens, Bagacum. &hellip; <a href=\"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/laqueduc-romain-de-bavay-histoire-trace-et-recherches-archeologiques\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;L\u2019aqueduc romain de Bavay : histoire, trac\u00e9 et recherches arch\u00e9ologiques&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-24962","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/PaOEkN-6uC","jetpack-related-posts":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/24962","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=24962"}],"version-history":[{"count":21,"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/24962\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":24987,"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/24962\/revisions\/24987"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=24962"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}