{"id":24988,"date":"2026-06-16T09:37:58","date_gmt":"2026-06-16T07:37:58","guid":{"rendered":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/?page_id=24988"},"modified":"2026-06-16T09:39:38","modified_gmt":"2026-06-16T07:39:38","slug":"lavesnois-face-a-la-guerre-de-1870","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/lavesnois-face-a-la-guerre-de-1870\/","title":{"rendered":"L\u2019Avesnois face \u00e0 la guerre de 1870 : occupation et destins bris\u00e9s"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"713\" height=\"582\" data-attachment-id=\"25002\" data-permalink=\"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/lavesnois-face-a-la-guerre-de-1870\/image-2509\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-119.png?fit=713%2C582\" data-orig-size=\"713,582\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;,&quot;alt&quot;:&quot;&quot;}\" data-image-title=\"image\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-119.png?fit=713%2C582\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-119.png?resize=713%2C582&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-25002\" style=\"aspect-ratio:1.2251222995351099;width:552px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-119.png?w=713 713w, https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-119.png?resize=300%2C245 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 713px) 85vw, 713px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>I. L\u2019Avesnois en 1870 : un territoire frontalier face \u00e0 la guerre<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque la guerre franco\u2011prussienne \u00e9clate \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1870, l\u2019Avesnois est encore une r\u00e9gion paisible, rurale, structur\u00e9e par ses bocages, ses villages serr\u00e9s autour de leur clocher et ses petites villes fortifi\u00e9es h\u00e9rit\u00e9es de Vauban. Rien ne laisse pr\u00e9sager que ce territoire, \u00e9loign\u00e9 des grands centres politiques, se retrouvera en quelques semaines sur la ligne de front.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un conflit n\u00e9 d\u2019une crise europ\u00e9enne<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour comprendre pourquoi la guerre atteint si vite l\u2019Avesnois, il faut rappeler bri\u00e8vement les tensions qui opposent alors la France de Napol\u00e9on III \u00e0 la Prusse de Bismarck. Depuis plusieurs ann\u00e9es, la Prusse cherche \u00e0 unifier les \u00c9tats allemands sous son autorit\u00e9. La candidature d\u2019un prince prussien au tr\u00f4ne d\u2019Espagne, puis la publication de la d\u00e9p\u00eache d\u2019Ems \u2014 volontairement modifi\u00e9e pour humilier la France \u2014 provoquent une crise diplomatique majeure. Sous la pression de l\u2019opinion et du gouvernement, la France d\u00e9clare la guerre le 19 juillet 1870, sans imaginer que l\u2019arm\u00e9e prussienne, mieux organis\u00e9e et plus nombreuse, franchirait la fronti\u00e8re en quelques semaines. C\u2019est dans ce contexte d\u2019effondrement militaire que l\u2019Avesnois se retrouve directement expos\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un territoire strat\u00e9gique mais vuln\u00e9rable<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019Avesnois occupe alors une position cl\u00e9 : c\u2019est une zone frontali\u00e8re, ouverte sur la Belgique, et un passage naturel vers le c\u0153ur du d\u00e9partement du Nord. Trois places fortes dominent la r\u00e9gion : <strong>Maubeuge<\/strong>, <strong>Le Quesnoy<\/strong> et <strong>Landrecies<\/strong>. Elles forment un triangle d\u00e9fensif destin\u00e9 \u00e0 ralentir une arm\u00e9e ennemie venant de l\u2019est. Autour d\u2019elles, les bourgs d\u2019Avesnes, Bavay, Fourmies ou Hautmont vivent au rythme d\u2019une \u00e9conomie encore largement agricole, m\u00eame si les premiers signes de l\u2019industrialisation apparaissent d\u00e9j\u00e0 dans le textile et la m\u00e9tallurgie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9gion est donc \u00e0 la fois rurale, militaire et en mutation. Mais elle n\u2019est pas pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 une guerre moderne. Les garnisons sont faibles, les fortifications vieillissantes, et les autorit\u00e9s locales ne disposent d\u2019aucun moyen pour organiser une d\u00e9fense efficace.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019arriv\u00e9e de la guerre dans l\u2019Avesnois<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 partir de la fin ao\u00fbt 1870, les colonnes prussiennes franchissent la fronti\u00e8re belge et se r\u00e9pandent dans l\u2019Avesnois. Les routes de Chimay, de Beaumont et de Mons deviennent des axes d\u2019invasion. Les habitants voient passer des \u00e9claireurs, puis des r\u00e9giments entiers. Certains villages sont travers\u00e9s sans combat ; d\u2019autres connaissent des accrochages, des r\u00e9quisitions, des arrestations ponctuelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9gion, qui n\u2019a pas connu la guerre depuis 1815, se retrouve soudain confront\u00e9e \u00e0 une occupation brutale et inattendue. Les hommes valides sont mobilis\u00e9s ou tentent de rejoindre la garde mobile ; les femmes, les enfants et les anciens restent seuls face aux troupes ennemies. Les \u00e9coles, les couvents et les b\u00e2timents publics sont transform\u00e9s en h\u00f4pitaux improvis\u00e9s o\u00f9 affluent bless\u00e9s et malades.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un choc bref mais profond<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019Avesnois entre ainsi dans la guerre sans bataille majeure, mais avec une succession de traumatismes : invasion, occupation, r\u00e9quisitions, installation de postes militaires, arriv\u00e9e de bless\u00e9s, d\u00e9c\u00e8s dans les h\u00f4pitaux. La r\u00e9gion devient un espace de circulation militaire, un arri\u00e8re\u2011front o\u00f9 se croisent soldats fran\u00e7ais en retraite, unit\u00e9s prussiennes victorieuses et populations civiles d\u00e9sempar\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette p\u00e9riode, courte mais intense, marque durablement les m\u00e9moires locales. Elle explique aussi pourquoi, malgr\u00e9 l\u2019absence de grandes batailles, l\u2019Avesnois conserve encore aujourd\u2019hui des traces de 1870 : tombes militaires, archives communales, r\u00e9cits familiaux, portraits de soldats, et destins individuels boulevers\u00e9s \u2014 comme celui de Joseph Moreau, l\u2019un des survivants les plus embl\u00e9matiques de cette guerre dans la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"618\" height=\"786\" data-attachment-id=\"25007\" data-permalink=\"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/lavesnois-face-a-la-guerre-de-1870\/image-2513\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-123.png?fit=618%2C786\" data-orig-size=\"618,786\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;,&quot;alt&quot;:&quot;&quot;}\" data-image-title=\"image\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-123.png?fit=618%2C786\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-123.png?resize=618%2C786&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-25007\" style=\"aspect-ratio:0.7862755949086885;width:450px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-123.png?w=618 618w, https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-123.png?resize=236%2C300 236w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 85vw, 618px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>II. L\u2019invasion de l\u2019Avesnois (ao\u00fbt\u2013septembre 1870)<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>1. Les routes de l\u2019invasion<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la fin du mois d\u2019ao\u00fbt 1870, les premi\u00e8res unit\u00e9s prussiennes franchissent la fronti\u00e8re belge et se dirigent vers l\u2019Avesnois. Les routes venant de Chimay, de Beaumont et de Mons deviennent les axes privil\u00e9gi\u00e9s de cette avanc\u00e9e rapide. Les villages voient passer d\u2019abord des \u00e9claireurs, puis des colonnes enti\u00e8res de soldats, de chevaux et de chariots. Les habitants, surpris par la vitesse de l\u2019invasion, observent ces mouvements avec inqui\u00e9tude. Les volets se ferment, les rues se vident, et la guerre, que l\u2019on croyait lointaine, s\u2019installe brutalement dans le paysage familier.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2. Les villes sous pression<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les places fortes de Maubeuge, Le Quesnoy et Landrecies, bien que vieillissantes, attirent imm\u00e9diatement l\u2019attention des troupes prussiennes. Elles ne sont pas attaqu\u00e9es dans l\u2019imm\u00e9diat, mais elles sont encercl\u00e9es, surveill\u00e9es, contr\u00f4l\u00e9es. \u00c0 Avesnes, les autorit\u00e9s civiles sont d\u00e9pass\u00e9es par l\u2019afflux de bless\u00e9s et de prisonniers. \u00c0 Maubeuge, les Prussiens imposent leur pr\u00e9sence en occupant les routes et les ponts. \u00c0 Le Quesnoy, la population vit dans la crainte d\u2019un si\u00e8ge qui ne viendra finalement pas, mais la tension reste constante.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>3. Les villages occup\u00e9s<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les campagnes, les villages sont tour \u00e0 tour investis par les troupes. Les soldats logent chez l\u2019habitant, parfois avec rudesse, parfois avec discipline selon les unit\u00e9s. Les familles doivent c\u00e9der une partie de leur maison, nourrir les hommes, fournir du bois ou du fourrage. Les r\u00e9quisitions commencent, touchant les animaux, les outils, les r\u00e9coltes. Les habitants, souvent seuls en l\u2019absence des hommes mobilis\u00e9s, subissent ces exigences sans pouvoir s\u2019y opposer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>4. Escarmouches et incidents isol\u00e9s<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00eame si l\u2019Avesnois n\u2019est pas le th\u00e9\u00e2tre de grandes batailles, plusieurs accrochages ont lieu. Des gardes mobiles tentent de ralentir l\u2019avanc\u00e9e ennemie, des soldats fran\u00e7ais isol\u00e9s sont captur\u00e9s, des coups de feu \u00e9clatent dans les bois ou aux abords des villages. Les archives communales conservent la trace de ces incidents : maisons fouill\u00e9es, habitants arr\u00eat\u00e9s, chevaux saisis, plaintes d\u00e9pos\u00e9es apr\u00e8s la guerre. Ces \u00e9v\u00e9nements, souvent oubli\u00e9s, montrent que l\u2019invasion n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 un simple passage.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>5. L\u2019Avesnois transform\u00e9 en arri\u00e8re\u2011front<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tr\u00e8s vite, les bourgs deviennent des lieux de soins improvis\u00e9s. Les \u00e9coles, les couvents et les b\u00e2timents publics accueillent des bless\u00e9s venus des combats du nord de la France. Les habitants d\u00e9couvrent des sc\u00e8nes de souffrance qu\u2019ils n\u2019avaient jamais imagin\u00e9es. La r\u00e9gion, sans avoir connu de bataille majeure, devient un espace de circulation militaire o\u00f9 se croisent soldats fran\u00e7ais en retraite, troupes prussiennes victorieuses et civils d\u00e9sempar\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>6. Un choc bref mais profond<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019invasion de l\u2019Avesnois est rapide, mais elle laisse une empreinte durable. Les r\u00e9quisitions, les passages de troupes, les arrestations ponctuelles et l\u2019installation d\u2019h\u00f4pitaux improvis\u00e9s bouleversent la vie quotidienne. M\u00eame sans ruines spectaculaires, la r\u00e9gion sort meurtrie de cette p\u00e9riode. Les habitants gardent longtemps le souvenir de ces semaines o\u00f9 la guerre s\u2019est impos\u00e9e dans leurs villages, dans leurs maisons, dans leurs vies.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>III. L\u2019occupation allemande dans les villages de l\u2019Avesnois<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>1. Une occupation m\u00e9thodique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une fois l\u2019invasion achev\u00e9e, les troupes prussiennes s\u2019installent durablement dans les villages de l\u2019Avesnois. Chaque commune re\u00e7oit un d\u00e9tachement charg\u00e9 de surveiller les routes, de contr\u00f4ler les d\u00e9placements et de pr\u00e9lever les ressources n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019arm\u00e9e. Les maires sont convoqu\u00e9s, parfois menac\u00e9s, pour fournir des logements, du fourrage, du bois ou du b\u00e9tail. L\u2019occupation s\u2019organise avec une rigueur implacable.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2. Les r\u00e9quisitions au c\u0153ur de la vie quotidienne<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les r\u00e9quisitions deviennent rapidement le principal fardeau pour les habitants. Les chevaux, indispensables au travail agricole, sont saisis les premiers. Les vaches laiti\u00e8res suivent, privant les familles de lait et de beurre. Les porcs, les moutons et les volailles disparaissent, souvent abattus pour nourrir les soldats. Les stocks de c\u00e9r\u00e9ales, constitu\u00e9s pour l\u2019hiver, sont entam\u00e9s ou vid\u00e9s. Les familles doivent apprendre \u00e0 vivre avec des ressources r\u00e9duites, parfois insuffisantes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>3. Une vie sous surveillance<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019occupation impose un climat de contrainte permanente. Les habitants doivent respecter des couvre\u2011feux, pr\u00e9senter des laissez\u2011passer pour se d\u00e9placer, loger les soldats sans protester. Les rues sont surveill\u00e9es, les attroupements interdits. Les enfants observent les uniformes prussiens avec un m\u00e9lange de curiosit\u00e9 et de crainte. Les femmes tentent de prot\u00e9ger les r\u00e9serves familiales, tandis que les anciens se souviennent des r\u00e9cits de 1815 et redoutent le pire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>4. Arrestations et incidents<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00eame si l\u2019Avesnois n\u2019est pas le th\u00e9\u00e2tre de violences massives, l\u2019occupation n\u2019est pas sans heurts. Des habitants sont arr\u00eat\u00e9s pour refus de r\u00e9quisition, des maisons fouill\u00e9es, des jeunes gens soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019espionnage. Des gardes mobiles isol\u00e9s sont captur\u00e9s. Ces incidents, parfois discrets, laissent des traces dans les archives communales et dans les m\u00e9moires locales.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>5. Les villages transform\u00e9s en lieux de soins<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019arriv\u00e9e de bless\u00e9s transforme plusieurs bourgs en h\u00f4pitaux improvis\u00e9s. Les salles de classe, les greniers, les couvents deviennent des infirmeries o\u00f9 l\u2019on soigne des hommes \u00e9puis\u00e9s, mutil\u00e9s ou malades. Les religieuses, les institutrices et les habitants jouent un r\u00f4le essentiel dans ces structures improvis\u00e9es. La souffrance des soldats, qu\u2019ils soient fran\u00e7ais ou allemands, devient un \u00e9l\u00e9ment quotidien de la vie locale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>6. Une solidarit\u00e9 discr\u00e8te mais r\u00e9elle<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 la peur et les privations, les habitants font preuve d\u2019une solidarit\u00e9 remarquable. Ils partagent ce qu\u2019ils peuvent, veillent les bless\u00e9s, aident les familles les plus touch\u00e9es. Certains gestes, comme le refus d\u2019acheter les meubles saisis d\u2019un ancien soldat, t\u00e9moignent d\u2019une r\u00e9sistance morale face \u00e0 l\u2019occupant. Cette solidarit\u00e9, souvent silencieuse, permet \u00e0 la r\u00e9gion de tenir bon.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>7. Une occupation br\u00e8ve mais marquante<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019occupation allemande ne dure que quelques mois, mais elle bouleverse profond\u00e9ment la vie des villages. Elle laisse derri\u00e8re elle un territoire appauvri, des familles \u00e9prouv\u00e9es et des souvenirs douloureux. M\u00eame si la Grande Guerre occupera plus tard toute la place dans la m\u00e9moire collective, l\u2019ann\u00e9e 1870 reste un premier traumatisme pour l\u2019Avesnois.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>IV. Les h\u00f4pitaux militaires et les morts de 1870 dans l\u2019Avesnois<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>1. Une r\u00e9gion transform\u00e9e en h\u00f4pital \u00e0 ciel ouvert<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque les troupes prussiennes s\u2019installent dans l\u2019Avesnois \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 1870, la r\u00e9gion devient rapidement un immense arri\u00e8re\u2011front sanitaire. Les combats se d\u00e9roulent ailleurs, mais les bless\u00e9s affluent vers les bourgs et les villages, qui se transforment en h\u00f4pitaux improvis\u00e9s. Les \u00e9coles, les presbyt\u00e8res, les salles de mairie, les couvents et m\u00eame certaines fermes sont r\u00e9quisitionn\u00e9s. \u00c0 Avesnes, Landrecies, Le Cateau ou Bavay, les habitants voient arriver des charrettes charg\u00e9es de soldats \u00e9puis\u00e9s, parfois gri\u00e8vement atteints, parfois d\u00e9j\u00e0 mourants. Les religieuses, les institutrices, les m\u00e9decins civils et les habitants improvisent des salles de soins avec les moyens du bord. Les couloirs se remplissent de lits align\u00e9s, les chapelles deviennent des infirmeries, et les odeurs de fi\u00e8vre et de d\u00e9sinfectant envahissent les b\u00e2timents.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2. Bless\u00e9s, malades, \u00e9puis\u00e9s : qui meurt dans l\u2019Avesnois ?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La plupart des soldats qui meurent dans l\u2019Avesnois ne tombent pas sur le champ de bataille. Ils succombent \u00e0 leurs blessures, \u00e0 des infections mal ma\u00eetris\u00e9es, \u00e0 des pneumonies, \u00e0 des dysenteries ou \u00e0 des fi\u00e8vres typho\u00efdes. Beaucoup arrivent d\u00e9j\u00e0 affaiblis par des marches forc\u00e9es ou par des conditions de vie \u00e9prouvantes. Les registres d\u2019\u00e9tat civil conservent encore les traces de ces d\u00e9c\u00e8s, souvent de jeunes hommes venus de r\u00e9gions lointaines. Certains sont fran\u00e7ais, d\u2019autres allemands, soign\u00e9s dans les m\u00eames salles faute de place ailleurs. Le cas de Gaston Henri Duflot, soldat du 84\u1d49 r\u00e9giment d\u2019infanterie mort \u00e0 l\u2019h\u00f4pital militaire d\u2019Avesnes en 1891, rappelle que ces structures sanitaires ont continu\u00e9 \u00e0 fonctionner longtemps apr\u00e8s la fin du conflit.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>3. Les tombes de 1870 : premi\u00e8res traces visibles dans les cimeti\u00e8res<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les soldats morts dans les h\u00f4pitaux improvis\u00e9s sont enterr\u00e9s dans les cimeti\u00e8res communaux, souvent dans des sections r\u00e9serv\u00e9es. Ces premiers carr\u00e9s militaires, encore visibles aujourd\u2019hui \u00e0 Avesnes, Landrecies ou Le Cateau, t\u00e9moignent de la volont\u00e9 de donner une s\u00e9pulture digne \u00e0 ces hommes. Les tombes sont simples, parfois r\u00e9duites \u00e0 une croix de bois ou de pierre portant un nom, une date, ou parfois rien du tout. Elles constituent les premi\u00e8res traces mat\u00e9rielles de la m\u00e9moire militaire moderne dans l\u2019Avesnois, bien avant les monuments imposants de la Grande Guerre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>4. Le r\u00f4le des religieuses et des habitants : une solidarit\u00e9 silencieuse<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Autour de ces h\u00f4pitaux improvis\u00e9s, la solidarit\u00e9 joue un r\u00f4le essentiel. Les habitants, malgr\u00e9 la peur et les privations, apportent du linge propre, pr\u00e9parent des bouillons, veillent les bless\u00e9s et r\u00e9confortent les mourants. Les religieuses et les institutrices deviennent des figures centrales de cette cha\u00eene de soins improvis\u00e9e. Dans certains villages, on soigne indistinctement Fran\u00e7ais et Allemands, guid\u00e9 par la compassion plus que par la politique. Cette humanit\u00e9 silencieuse, rarement \u00e9voqu\u00e9e dans les r\u00e9cits nationaux, constitue pourtant l\u2019un des aspects les plus touchants de la guerre de 1870 dans l\u2019Avesnois.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>5. Une m\u00e9moire discr\u00e8te mais tenace<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque l\u2019occupation prend fin, les h\u00f4pitaux se vident peu \u00e0 peu, mais les tombes restent. Elles rappellent que la guerre, m\u00eame sans bataille locale, a laiss\u00e9 derri\u00e8re elle un cort\u00e8ge de souffrances et de morts. Elles inaugurent une tradition m\u00e9morielle qui se prolongera au XX\u1d49 si\u00e8cle : celle de conserver, dans les cimeti\u00e8res communaux, la trace de ceux qui ont servi et souffert. La guerre de 1870, souvent \u00e9clips\u00e9e par les drames de 1914\u20111918, a pourtant \u00e9t\u00e9 le premier choc sanitaire et humain majeur de l\u2019Avesnois moderne.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>V. Les cons\u00e9quences \u00e9conomiques : un territoire saign\u00e9<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>1. Une \u00e9conomie rurale frapp\u00e9e de plein fouet<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019Avesnois de 1870 repose presque enti\u00e8rement sur l\u2019agriculture, l\u2019\u00e9levage et quelques petites industries en d\u00e9veloppement. Lorsque les troupes prussiennes s\u2019installent dans la r\u00e9gion, cette \u00e9conomie fragile est imm\u00e9diatement touch\u00e9e. Les villages, qui vivaient jusque\u2011l\u00e0 d\u2019un \u00e9quilibre simple entre cultures, b\u00e9tail et artisanat, voient leurs ressources dispara\u00eetre en quelques jours. Les fermes sont vid\u00e9es, les r\u00e9coltes entam\u00e9es, les animaux saisis. La guerre, sans d\u00e9truire les maisons, d\u00e9truit les moyens de subsistance.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2. Les r\u00e9quisitions : un appauvrissement brutal<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les r\u00e9quisitions impos\u00e9es par l\u2019occupant constituent le choc le plus violent. Les chevaux, indispensables au travail des champs, sont les premiers \u00e0 \u00eatre emmen\u00e9s. Sans eux, les paysans ne peuvent plus labourer ni transporter le bois ou les r\u00e9coltes. Les vaches laiti\u00e8res suivent, privant les familles de lait et de beurre. Les porcs, les moutons et les volailles disparaissent \u00e0 leur tour, souvent abattus pour nourrir les soldats. Les greniers, soigneusement remplis pour l\u2019hiver, sont vid\u00e9s ou fortement entam\u00e9s. Dans certaines communes, les pertes sont telles que les habitants mettront plusieurs ann\u00e9es \u00e0 retrouver un niveau de vie acceptable.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>3. Artisans et petites industries paralys\u00e9s<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les artisans subissent eux aussi les effets de l\u2019occupation. Les forgerons doivent r\u00e9parer les \u00e9quipements militaires, les charrons fournir des pi\u00e8ces pour les attelages prussiens, les aubergistes loger et nourrir les soldats. Les petites industries textiles ou m\u00e9tallurgiques, encore fragiles, voient leur activit\u00e9 interrompue faute de mati\u00e8res premi\u00e8res ou de main\u2011d\u2019\u0153uvre. L\u2019\u00e9conomie locale, d\u00e9j\u00e0 modeste, se retrouve paralys\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>4. Communes endett\u00e9es et budgets exsangues<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les municipalit\u00e9s doivent r\u00e9pondre aux exigences des troupes d\u2019occupation. Elles avancent de l\u2019argent, ach\u00e8tent du b\u00e9tail pour le remettre aux Prussiens, fournissent du bois, du charbon, des vivres. Certaines communes, comme Prisches, votent m\u00eame des aides exceptionnelles pour soutenir l\u2019arm\u00e9e du Nord. Ces d\u00e9penses, engag\u00e9es dans l\u2019urgence, p\u00e8sent lourdement sur les budgets locaux et entra\u00eenent un endettement durable.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>5. Un hiver difficile et une lente reconstruction<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019hiver 1870\u20111871 est particuli\u00e8rement rude. Les familles, d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9es par l\u2019absence des hommes mobilis\u00e9s, doivent faire face \u00e0 la p\u00e9nurie. Les prix augmentent, les march\u00e9s se vident, les \u00e9changes avec la Belgique sont perturb\u00e9s. Dans les fermes, on improvise : les vaches remplacent les chevaux pour tirer les charrues, les outils cass\u00e9s sont rafistol\u00e9s, les repas deviennent frugaux. La reconstruction est lente, mais la solidarit\u00e9 locale permet \u00e0 la r\u00e9gion de se relever progressivement.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>VI. Les cons\u00e9quences humaines : peur, privations, solidarit\u00e9<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>1. La peur : une \u00e9motion omnipr\u00e9sente<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019arriv\u00e9e des troupes prussiennes plonge l\u2019Avesnois dans un climat de peur. Les habitants, qui n\u2019ont pas connu la guerre depuis 1815, ignorent ce qui les attend. Les femmes, rest\u00e9es seules avec les enfants, redoutent les fouilles, les r\u00e9quisitions, les violences. Les anciens se souviennent des r\u00e9cits de leurs parents sur les guerres napol\u00e9oniennes. Les jeunes observent les uniformes \u00e9trangers avec un m\u00e9lange d\u2019effroi et de fascination. La pr\u00e9sence constante de soldats dans les rues cr\u00e9e une atmosph\u00e8re lourde et oppressante.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2. Les privations du quotidien<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les r\u00e9quisitions ont vid\u00e9 les r\u00e9serves, et les familles doivent apprendre \u00e0 vivre avec moins. Le pain se fait rare, le beurre dispara\u00eet, le bois est rationn\u00e9. Les repas deviennent simples, parfois insuffisants. Les enfants souffrent de la faim, les femmes improvisent des recettes pour nourrir la famille. On cache un peu de farine ou un morceau de lard dans des endroits improbables, esp\u00e9rant \u00e9chapper aux inspections. Les plus pauvres sont les premiers touch\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>3. La solidarit\u00e9 comme rempart<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 la peur et les privations, la solidarit\u00e9 joue un r\u00f4le essentiel. Les habitants s\u2019entraident : on partage un peu de lait, on garde les enfants d\u2019une voisine, on pr\u00eate un cheval pour labourer un champ, on r\u00e9pare une charrette ab\u00eem\u00e9e. Les pr\u00eatres, les instituteurs et les religieuses deviennent des soutiens moraux et mat\u00e9riels. Dans les h\u00f4pitaux improvis\u00e9s, les femmes du village veillent les bless\u00e9s, qu\u2019ils soient fran\u00e7ais ou allemands.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>4. Les r\u00e9sistances discr\u00e8tes mais courageuses<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certains habitants font preuve d\u2019un courage discret. Ils cachent un cheval pour \u00e9viter qu\u2019il soit saisi, dissimulent un garde mobile recherch\u00e9, refusent d\u2019acheter les meubles d\u2019un ancien soldat saisi pour dettes, comme ce fut le cas pour Joseph Moreau \u00e0 Cartignies. Ces gestes, souvent anonymes, t\u00e9moignent d\u2019une r\u00e9sistance morale face \u00e0 l\u2019occupant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>5. Des traces psychologiques durables<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La guerre laisse des traces profondes. Les enfants gardent en m\u00e9moire les soldats, les bless\u00e9s, les morts. Les femmes sortent de cette p\u00e9riode \u00e9puis\u00e9es mais renforc\u00e9es. Les hommes revenus du front d\u00e9couvrent un foyer appauvri et une famille marqu\u00e9e. M\u00eame sans bataille locale, la guerre a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans les maisons et dans les esprits.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>VII. La m\u00e9moire de 1870 dans l\u2019Avesnois<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>1. Les premi\u00e8res formes de comm\u00e9moration<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s la guerre, les communes s\u2019interrogent sur la mani\u00e8re d\u2019honorer les soldats morts dans les h\u00f4pitaux improvis\u00e9s. Les tombes de 1870, souvent simples et regroup\u00e9es dans un coin du cimeti\u00e8re, deviennent les premiers carr\u00e9s militaires de l\u2019Avesnois. Elles t\u00e9moignent d\u2019une volont\u00e9 nouvelle : ne pas laisser dispara\u00eetre les morts anonymes d\u2019un conflit bref mais meurtrier.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2. Les tombes de 1870 : une m\u00e9moire de pierre<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Avesnes, Landrecies, Le Cateau et dans d\u2019autres bourgs, on voit appara\u00eetre des croix uniformes, parfois en bois, parfois en pierre. Elles portent un nom, une date, ou parfois rien du tout. Ces s\u00e9pultures modestes inaugurent une tradition m\u00e9morielle qui prendra toute son ampleur apr\u00e8s 1918 : inscrire les morts dans la pierre pour qu\u2019ils ne soient jamais oubli\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>3. Les r\u00e9cits familiaux et les figures locales<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La m\u00e9moire de 1870 se nourrit aussi de r\u00e9cits transmis dans les familles. On conserve une m\u00e9daille, un livret militaire, une photographie, une lettre. Le destin de Joseph Moreau, mutil\u00e9 \u00e0 Bapaume et devenu figure locale \u00e0 Cartignies, illustre cette m\u00e9moire incarn\u00e9e. Son histoire, transmise de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, donne un visage \u00e0 une guerre souvent r\u00e9duite \u00e0 quelques lignes dans les manuels.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>4. Une m\u00e9moire \u00e9clips\u00e9e par 1914\u20111918<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Grande Guerre occupe ensuite toute la place dans les monuments et les c\u00e9r\u00e9monies. Les tombes de 1870 se retrouvent parfois rel\u00e9gu\u00e9es au second plan, noy\u00e9es dans les carr\u00e9s militaires plus r\u00e9cents. Pourtant, elles demeurent, silencieuses, rappelant qu\u2019avant 1914, l\u2019Avesnois avait d\u00e9j\u00e0 connu l\u2019invasion, l\u2019occupation et la souffrance.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>5. Les traces encore visibles aujourd\u2019hui<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En parcourant les cimeti\u00e8res de la r\u00e9gion, on peut encore retrouver ces tombes anciennes, parfois restaur\u00e9es, parfois us\u00e9es par le temps. Elles constituent les premiers jalons d\u2019une m\u00e9moire militaire locale qui s\u2019\u00e9tendra ensuite aux conflits du XX\u1d49 si\u00e8cle. Elles rappellent que la guerre de 1870, bien que souvent oubli\u00e9e, a \u00e9t\u00e9 un choc fondateur pour l\u2019Avesnois.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>VII bis. Les silhouettes de l\u2019ennemi : hussards, uhlans et casques \u00e0 pointe<\/strong><\/h1>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"743\" height=\"599\" data-attachment-id=\"25005\" data-permalink=\"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/lavesnois-face-a-la-guerre-de-1870\/image-2512\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-122.png?fit=743%2C599\" data-orig-size=\"743,599\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;,&quot;alt&quot;:&quot;&quot;}\" data-image-title=\"image\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-122.png?fit=743%2C599\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-122.png?resize=743%2C599&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-25005\" style=\"aspect-ratio:1.2404245500692201;width:540px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-122.png?w=743 743w, https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-122.png?resize=300%2C242 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 743px) 85vw, 743px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avant m\u00eame que les habitants de l\u2019Avesnois ne retiennent l\u2019image du casque prussien, d\u2019autres silhouettes avaient marqu\u00e9 les esprits. Les premiers soldats \u00e0 traverser les villages n\u2019\u00e9taient pas toujours des fantassins coiff\u00e9s de la c\u00e9l\u00e8bre pointe m\u00e9tallique, mais souvent des cavaliers l\u00e9gers : hussards aux tresses blanches, uhlans portant leur lance, \u00e9claireurs rapides et nerveux qui ouvraient la marche des colonnes. Leur arriv\u00e9e soudaine, leur discipline rigide, leurs uniformes sombres et \u00e9trangers impressionnaient les populations rurales, peu habitu\u00e9es \u00e0 voir passer des troupes en armes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la m\u00e9moire populaire, ces cavaliers furent longtemps appel\u00e9s simplement \u201cles hussards\u201d, m\u00eame lorsque leur uniforme n\u2019appartenait pas \u00e0 cette arme. Le mot devint un terme g\u00e9n\u00e9rique pour d\u00e9signer l\u2019ennemi, comme si la vitesse de leur passage, leur autorit\u00e9 silencieuse et leur r\u00f4le d\u2019avant\u2011garde avaient suffi \u00e0 r\u00e9sumer toute l\u2019arm\u00e9e prussienne. Les enfants, cach\u00e9s derri\u00e8re les volets, retenaient surtout la silhouette du cheval, la pelisse jet\u00e9e sur l\u2019\u00e9paule, le sabre courbe qui brillait au soleil. Les femmes, elles, redoutaient ces patrouilles qui entraient dans les fermes pour demander du fourrage ou de l\u2019avoine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais tr\u00e8s vite, une autre image s\u2019imposa, plus massive, plus durable : celle du fantassin coiff\u00e9 du casque \u00e0 pointe. Ce symbole, qui allait devenir l\u2019embl\u00e8me visuel de la guerre de 1870, effa\u00e7a peu \u00e0 peu les silhouettes des cavaliers. Pourtant, dans les villages de l\u2019Avesnois, les anciens se souvenaient encore, des ann\u00e9es plus tard, que les premiers Prussiens qu\u2019ils avaient vus n\u2019avaient pas de pointe sur la t\u00eate, mais un shako ou un bonnet de fourrure. C\u2019est cette transition, du cavalier rapide au fantassin immobile, qui marque le passage de l\u2019invasion \u00e0 l\u2019occupation.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>VIII. Le casque prussien : un symbole qui a marqu\u00e9 les m\u00e9moires<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>1. Une silhouette qui s\u2019impose dans les villages<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour les habitants de l\u2019Avesnois, la guerre de 1870 n\u2019a pas seulement \u00e9t\u00e9 une succession de r\u00e9quisitions, de privations et de souffrances. Elle a aussi \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par une image, devenue presque obs\u00e9dante : celle du casque prussien, la c\u00e9l\u00e8bre <em>Pickelhaube<\/em> surmont\u00e9e de sa pointe m\u00e9tallique. Dans les rues \u00e9troites des villages, cette silhouette \u00e9trang\u00e8re, rigide, noire et brillante, s\u2019impose soudain comme un signe de domination. Les enfants la regardent avec effroi, les femmes avec inqui\u00e9tude, les anciens avec un m\u00e9lange de col\u00e8re et de r\u00e9signation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2. Un objet militaire devenu symbole d\u2019occupation<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le casque prussien n\u2019est pas seulement un \u00e9quipement : il incarne une arm\u00e9e disciplin\u00e9e, m\u00e9thodique, s\u00fbre de sa force. Pour les habitants, il devient le symbole m\u00eame de l\u2019occupation. On le voit dans les fermes lors des r\u00e9quisitions, dans les rues lors des patrouilles, dans les maisons o\u00f9 les soldats logent. Il appara\u00eet dans les souvenirs, dans les r\u00e9cits transmis aux enfants, dans les descriptions des t\u00e9moins. Il est l\u2019image la plus imm\u00e9diatement reconnaissable de cette guerre, celle qui restera longtemps grav\u00e9e dans les m\u00e9moires locales.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>3. Une marque durable dans l\u2019imaginaire collectif<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien apr\u00e8s la fin de l\u2019occupation, le casque prussien continue de hanter les r\u00e9cits familiaux. On le retrouve dans les dessins d\u2019enfants, dans les anecdotes racont\u00e9es au coin du feu, dans les archives o\u00f9 il appara\u00eet parfois en illustration. Il devient un symbole de la d\u00e9faite, mais aussi de la r\u00e9sistance silencieuse des habitants. Lorsque la Grande Guerre \u00e9clate en 1914, beaucoup d\u2019anciens se souviennent encore de cette silhouette noire et pointue qui avait travers\u00e9 leurs villages quarante ans plus t\u00f4t. Le casque prussien, plus qu\u2019un objet, est devenu un marqueur de m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si le casque prussien est rest\u00e9 dans les m\u00e9moires comme le symbole visible de l\u2019occupation, d\u2019autres traces, plus profondes et plus douloureuses, ont marqu\u00e9 durablement les familles de l\u2019Avesnois. Car derri\u00e8re les silhouettes des soldats ennemis, derri\u00e8re les uniformes et les images qui ont travers\u00e9 les g\u00e9n\u00e9rations, la guerre de 1870 a laiss\u00e9 une autre r\u00e9alit\u00e9, plus silencieuse et plus tragique : celle des milliers d\u2019hommes mutil\u00e9s sur les champs de bataille ou dans les h\u00f4pitaux improvis\u00e9s. Ces amput\u00e9s, revenus dans leurs villages avec un corps bris\u00e9, ont incarn\u00e9 pour longtemps la d\u00e9faite et la souffrance. Leur pr\u00e9sence quotidienne a rappel\u00e9 que la guerre ne se r\u00e9sume pas aux uniformes et aux symboles, mais qu\u2019elle s\u2019inscrit dans la chair des hommes.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">I<strong>X. Les amput\u00e9s de 1870 : une g\u00e9n\u00e9ration bris\u00e9e<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>1. Une r\u00e9alit\u00e9 longtemps pass\u00e9e sous silence<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La guerre de 1870 a laiss\u00e9 derri\u00e8re elle des milliers de mutil\u00e9s. On les voyait revenir dans les villages, appuy\u00e9s sur une canne, un bras en \u00e9charpe, une jambe de bois mal ajust\u00e9e. Ils \u00e9taient jeunes, souvent tr\u00e8s jeunes, et leur vie venait de basculer. Dans l\u2019Avesnois, o\u00f9 les familles vivaient du travail de la terre, perdre un bras ou une jambe signifiait perdre son m\u00e9tier, sa place, parfois m\u00eame sa dignit\u00e9. Ces hommes, que l\u2019on appelait pudiquement \u201cinvalides\u201d, \u00e9taient en r\u00e9alit\u00e9 les premi\u00e8res victimes visibles et permanentes de la guerre moderne.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2. Une France submerg\u00e9e par les mutil\u00e9s<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le rapport du Dr N\u00e9laton, r\u00e9dig\u00e9 en 1873, dresse un tableau saisissant : 2\u202f781 mutil\u00e9s recens\u00e9s, dont 1\u202f651 pouvant recevoir un appareil proth\u00e9tique. Jamais la France n\u2019avait connu un tel nombre d\u2019amput\u00e9s en si peu de temps. Les h\u00f4pitaux militaires improvis\u00e9s, mal \u00e9quip\u00e9s, avaient d\u00fb amputer pour sauver des vies, souvent dans des conditions terribles. Les infections, les \u00e9clats d\u2019obus, les fractures ouvertes avaient laiss\u00e9 des milliers d\u2019hommes estropi\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>3. L\u2019\u0152uvre des Amput\u00e9s : une solidarit\u00e9 nationale<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Face \u00e0 cette d\u00e9tresse, une initiative exceptionnelle voit le jour : <strong>l\u2019\u0152uvre des Amput\u00e9s de la guerre 1870\u20111871<\/strong>, dirig\u00e9e par le Dr N\u00e9laton. Son objectif est simple : fournir gratuitement des proth\u00e8ses aux mutil\u00e9s. Les pr\u00e9fets recensent les bless\u00e9s, les ateliers de proth\u00e8ses tournent jour et nuit, les communes participent, les chemins de fer transportent gratuitement les appareils. C\u2019est l\u2019une des premi\u00e8res grandes actions nationales de solidarit\u00e9 envers les anciens combattants.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>4. Des appareils imparfaits, mais une lueur d\u2019espoir<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les proth\u00e8ses de l\u2019\u00e9poque sont rudimentaires : jambes de bois, bras articul\u00e9s, mains factices. Elles sont lourdes, fragiles, difficiles \u00e0 porter. Mais pour les mutil\u00e9s, elles repr\u00e9sentent une chance de retrouver une place dans la soci\u00e9t\u00e9. Dans l\u2019Avesnois, o\u00f9 l\u2019on travaille la terre, o\u00f9 l\u2019on coupe le bois, o\u00f9 l\u2019on m\u00e8ne les chevaux, ces appareils permettent parfois de reprendre une activit\u00e9, m\u00eame limit\u00e9e. Ils sont aussi un symbole : celui d\u2019une nation qui ne veut pas abandonner ses bless\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>5. Une pr\u00e9sence durable dans les villages<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant des d\u00e9cennies, les mutil\u00e9s de 1870 ont \u00e9t\u00e9 des figures famili\u00e8res dans les villages de l\u2019Avesnois. On les voyait marcher lentement sur les pav\u00e9s, s\u2019asseoir devant leur maison, raconter la guerre aux enfants. Ils \u00e9taient les t\u00e9moins vivants d\u2019un conflit que l\u2019on voulait oublier, mais que leur simple pr\u00e9sence rappelait chaque jour. Ils ont fa\u00e7onn\u00e9 la m\u00e9moire locale autant que les monuments ou les tombes.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>X. Conclusion g\u00e9n\u00e9rale : 1870, une blessure et une le\u00e7on<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>1. Une guerre br\u00e8ve, mais un choc profond<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La guerre de 1870 n\u2019a dur\u00e9 que quelques mois dans l\u2019Avesnois, mais elle a laiss\u00e9 une empreinte durable. Elle n\u2019a pas d\u00e9truit les villes comme en 1914, mais elle a boulevers\u00e9 les vies, appauvri les familles, bris\u00e9 des destins. Elle a montr\u00e9 la fragilit\u00e9 d\u2019un pays mal pr\u00e9par\u00e9, la violence d\u2019une occupation, la souffrance des soldats et des civils. Elle a aussi r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la force de la solidarit\u00e9 locale, la dignit\u00e9 des habitants, la capacit\u00e9 d\u2019un territoire \u00e0 se relever malgr\u00e9 tout.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2. Une m\u00e9moire longtemps \u00e9clips\u00e9e<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant longtemps, 1870 a \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9e, \u00e9clips\u00e9e par les drames immenses du XX\u1d49 si\u00e8cle. Pourtant, cette guerre a \u00e9t\u00e9 un premier avertissement, un premier traumatisme. Les tombes de 1870, les r\u00e9cits de prisonniers, les h\u00f4pitaux improvis\u00e9s, les r\u00e9quisitions, les humiliations : tout cela a pr\u00e9par\u00e9, sans qu\u2019on le sache, la conscience collective qui se manifestera en 1914. L\u2019Avesnois, d\u00e9j\u00e0 envahi une premi\u00e8re fois, savait ce que signifiait la guerre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>3. Une r\u00e9flexion sur les violences humaines<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au\u2011del\u00e0 de l\u2019histoire locale, 1870 interroge la condition humaine. Elle montre comment des nations dites civilis\u00e9es peuvent sombrer dans la brutalit\u00e9. Elle rappelle que la guerre n\u2019est jamais glorieuse, qu\u2019elle d\u00e9truit plus qu\u2019elle ne construit, qu\u2019elle laisse derri\u00e8re elle des morts, des mutil\u00e9s, des veuves, des orphelins. Elle montre aussi que la paix n\u2019est jamais acquise, qu\u2019elle doit \u00eatre prot\u00e9g\u00e9e, d\u00e9fendue, pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>4. Une le\u00e7on pour aujourd\u2019hui<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En racontant 1870, en redonnant vie aux destins oubli\u00e9s, en d\u00e9crivant les souffrances et les solidarit\u00e9s, on ne fait pas seulement \u0153uvre de m\u00e9moire. On rappelle que l\u2019histoire n\u2019est pas un mus\u00e9e, mais un miroir. Les atrocit\u00e9s humaines ne sont pas des accidents : elles sont le r\u00e9sultat de choix, de faiblesses, d\u2019aveuglements. Comprendre 1870, c\u2019est comprendre ce que l\u2019on doit \u00e9viter, ce que l\u2019on doit d\u00e9fendre, ce que l\u2019on doit transmettre.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Destins et t\u00e9moignages<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>1. Joseph Moreau : un visage de la guerre<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi les figures locales marqu\u00e9es par la guerre de 1870, celle de Joseph Moreau occupe une place particuli\u00e8re. N\u00e9 \u00e0 Cartignies, il est mobilis\u00e9 au sein du 84\u1d49 r\u00e9giment d\u2019infanterie et participe aux combats du nord de la France. Lors de la bataille de Bapaume, il est gri\u00e8vement bless\u00e9 au visage par un \u00e9clat d\u2019obus. La blessure est si profonde qu\u2019elle lui laisse une mutilation permanente, faisant de lui l\u2019un des premiers \u201cgueules cass\u00e9es\u201d de l\u2019histoire militaire fran\u00e7aise, bien avant que ce terme ne devienne tristement c\u00e9l\u00e8bre apr\u00e8s 1914.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rapatri\u00e9 dans l\u2019Avesnois, il est soign\u00e9 dans un h\u00f4pital improvis\u00e9 o\u00f9 les m\u00e9decins tentent de reconstruire ce qu\u2019ils peuvent. Sa convalescence est longue, douloureuse, marqu\u00e9e par des op\u00e9rations rudimentaires. Pour masquer sa blessure, il porte un masque d\u2019argent, fabriqu\u00e9 sur mesure, qui devient l\u2019un des symboles les plus poignants de son destin. Malgr\u00e9 ses souffrances, Joseph Moreau reprend une vie simple dans son village. Il re\u00e7oit la L\u00e9gion d\u2019honneur, non pour un acte h\u00e9ro\u00efque isol\u00e9, mais pour l\u2019ensemble de son parcours, pour sa r\u00e9sistance, pour sa dignit\u00e9 face \u00e0 l\u2019\u00e9preuve.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son histoire marque profond\u00e9ment les habitants de Cartignies. Lorsqu\u2019un huissier vient saisir ses meubles pour dettes, les villageois refusent d\u2019acheter quoi que ce soit, par respect pour l\u2019ancien soldat. Ce geste silencieux, mais puissant, t\u00e9moigne de la solidarit\u00e9 locale et de la reconnaissance envers un homme dont la vie a \u00e9t\u00e9 bris\u00e9e par la guerre. Aujourd\u2019hui encore, son nom appara\u00eet dans les archives et les r\u00e9cits familiaux comme celui d\u2019un survivant exemplaire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2. Gaston Henri Duflot : mourir loin du champ de bataille<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le destin de Gaston Henri Duflot illustre une autre r\u00e9alit\u00e9 de la guerre de 1870 : celle des soldats qui ne meurent pas au combat, mais dans les h\u00f4pitaux de l\u2019arri\u00e8re. Originaire du Nord, il sert lui aussi au 84\u1d49 r\u00e9giment d\u2019infanterie. Il n\u2019est pas tu\u00e9 par une balle ou un \u00e9clat d\u2019obus, mais par une fi\u00e8vre typho\u00efde contract\u00e9e dans les semaines qui suivent les combats. Transport\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital militaire d\u2019Avesnes, il y meurt en 1891, bien apr\u00e8s la fin du conflit, preuve que les structures sanitaires mises en place en 1870 ont continu\u00e9 \u00e0 fonctionner longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son acte de d\u00e9c\u00e8s, conserv\u00e9 dans les registres d\u2019Avesnes, rappelle que la guerre laisse derri\u00e8re elle des traces durables. Les maladies, les infections, l\u2019\u00e9puisement tuent autant que les batailles. Le nom de Duflot, inscrit dans les archives, repr\u00e9sente ces centaines de soldats dont la mort n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 h\u00e9ro\u00efque, mais qui ont pay\u00e9 le m\u00eame prix que ceux tomb\u00e9s sur le champ de bataille.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>3. Les anonymes des h\u00f4pitaux de l\u2019Avesnois<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au\u2011del\u00e0 des figures connues, l\u2019Avesnois conserve la m\u00e9moire de nombreux soldats anonymes. Leurs noms apparaissent dans les registres d\u2019\u00e9tat civil, souvent accompagn\u00e9s de mentions laconiques : \u201cmort des suites de ses blessures\u201d, \u201cd\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital militaire\u201d, \u201cfi\u00e8vre typho\u00efde\u201d, \u201c\u00e9puisement\u201d. Ces hommes viennent de Bretagne, de Normandie, du Centre, parfois m\u00eame d\u2019Alsace ou de Lorraine. Ils n\u2019ont jamais combattu dans l\u2019Avesnois, mais ils y ont fini leur vie, loin de leur famille, entour\u00e9s d\u2019inconnus qui ont tent\u00e9 de les soigner.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les tombes de ces soldats, encore visibles dans les cimeti\u00e8res d\u2019Avesnes, de Landrecies ou du Cateau, rappellent que la guerre de 1870 n\u2019a pas seulement \u00e9t\u00e9 une affaire de batailles. Elle a \u00e9t\u00e9 une succession de souffrances individuelles, de destins bris\u00e9s, de vies interrompues dans des villages qui n\u2019avaient jamais imagin\u00e9 devenir des lieux de m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>4. Les habitants : t\u00e9moins et acteurs malgr\u00e9 eux<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les habitants de l\u2019Avesnois ne sont pas seulement des t\u00e9moins passifs. Ils deviennent, malgr\u00e9 eux, des acteurs de la guerre. Les femmes soignent les bless\u00e9s, pr\u00e9parent des bouillons, lavent les draps ensanglant\u00e9s. Les enfants transportent de l\u2019eau, portent des messages, observent des sc\u00e8nes qu\u2019ils ne comprendront que bien plus tard. Les anciens tentent de rassurer, de maintenir un semblant d\u2019ordre. Chacun, \u00e0 sa mani\u00e8re, participe \u00e0 cet effort improvis\u00e9 qui permet de sauver des vies ou, au moins, d\u2019accompagner les mourants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces gestes, souvent oubli\u00e9s, constituent pourtant l\u2019un des h\u00e9ritages les plus pr\u00e9cieux de 1870. Ils montrent que, m\u00eame dans la d\u00e9faite et l\u2019occupation, l\u2019humanit\u00e9 peut subsister, port\u00e9e par des individus ordinaires confront\u00e9s \u00e0 des circonstances extraordinaires.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>5. Une m\u00e9moire incarn\u00e9e<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les destins de Moreau, de Duflot et de tant d\u2019autres forment une m\u00e9moire incarn\u00e9e, profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans les villages de l\u2019Avesnois. Cette m\u00e9moire ne s\u2019exprime pas par de grands monuments, mais par des r\u00e9cits transmis dans les familles, par des tombes modestes, par des archives communales soigneusement conserv\u00e9es. Elle rappelle que la guerre de 1870, souvent \u00e9clips\u00e9e par les drames du XX\u1d49 si\u00e8cle, a laiss\u00e9 une empreinte durable dans la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>6. T\u00e9moignage d\u2019un prisonnier de l\u2019Avesnois : le r\u00e9cit de Pierre Delcroix<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les derni\u00e8res pages<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis, soudain, l\u2019\u00e9criture change. Les lignes deviennent irr\u00e9guli\u00e8res, la main tremble. Pierre tente encore de tenir son carnet, mais la fi\u00e8vre l\u2019emporte peu \u00e0 peu. Il dicte une derni\u00e8re page \u00e0 un camarade, quelques phrases h\u00e9sitantes, un souffle plus qu\u2019une voix. Il parle de sa m\u00e8re, de son village, des haies de l\u2019Avesnois, de la ferme qu\u2019il esp\u00e9rait retrouver. Il parle aussi de la France, avec une confiance intacte malgr\u00e9 tout ce qu\u2019il a vu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis la narration s\u2019interrompt. Le carnet, jusque\u2011l\u00e0 rempli chaque jour, se termine brusquement par des pages blanches. Le jeune soldat est mort en captivit\u00e9, loin de sa terre, loin des siens, mais en pensant \u00e0 eux. Son camarade de chambr\u00e9e dira plus tard qu\u2019il s\u2019est \u00e9teint \u201ccomme un enfant qui s\u2019endort\u201d, sans plainte, sans r\u00e9volte, avec une douceur qui contrastait avec la brutalit\u00e9 de tout ce qu\u2019il avait travers\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une mort qui devient un t\u00e9moignage<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque le carnet revient \u00e0 Sains\u2011du\u2011Nord, remis \u00e0 sa m\u00e8re par un officier revenu de captivit\u00e9, il devient un objet sacr\u00e9. Elle y lit les pens\u00e9es de son fils, ses peurs, ses espoirs, ses col\u00e8res, ses \u00e9lans de courage. Elle y d\u00e9couvre aussi sa lucidit\u00e9 : Pierre n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 \u00e9crire que les Prussiens ont gagn\u00e9 parce qu\u2019ils \u00e9taient trois contre un, mieux pr\u00e9par\u00e9s, mieux organis\u00e9s. Il ne cherche pas d\u2019excuse, mais il refuse la honte. Il affirme que la France n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 vaincue par manque de valeur, mais par manque de pr\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ses derni\u00e8res lignes, il \u00e9crit que \u201cle courage d\u2019un vrai Fran\u00e7ais ne s\u2019\u00e9teint jamais\u201d, que \u201cla vieille Gaule ne se laisse pas abattre par un revers\u201d. Ce sont des mots simples, mais ils portent la force d\u2019un jeune homme qui a tout perdu sauf l\u2019esp\u00e9rance.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un message pour l\u2019avenir<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mort de Pierre Delcroix, comme celle de tant d\u2019autres prisonniers de 1870, porte une le\u00e7on que son carnet transmet encore. Il rappelle qu\u2019un peuple n\u2019a le droit de vivre que s\u2019il est capable de d\u00e9fendre son ind\u00e9pendance. Il met en garde contre l\u2019illusion d\u2019une paix na\u00efve, confi\u00e9e \u00e0 des arbitres lointains. Il affirme que la libert\u00e9 d\u2019une nation repose d\u2019abord sur la r\u00e9solution de ses enfants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce n\u2019est pas un discours politique, mais la conviction intime d\u2019un jeune soldat qui a vu la d\u00e9faite, la d\u00e9sorganisation, les h\u00e9sitations fatales, les lenteurs qui co\u00fbtent des vies. Il a vu aussi la valeur de ses camarades, leur t\u00e9nacit\u00e9, leur courage malgr\u00e9 tout. Jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re heure, il a esp\u00e9r\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un destin parmi d\u2019autres, mais un symbole pour tous<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pierre Delcroix n\u2019a pas eu le temps de devenir officier, ni m\u00eame de revoir son village. Il est mort captif sur une terre \u00e9trang\u00e8re, victime silencieuse d\u2019une guerre d\u00e9sastreuse. Mais son carnet, retrouv\u00e9 et conserv\u00e9 par sa famille, fait de lui un t\u00e9moin pr\u00e9cieux. Il ne raconte pas seulement sa souffrance : il raconte la France de 1870, ses faiblesses, ses forces, ses erreurs, ses espoirs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son histoire, comme celle d\u2019Alphonse Chantron dont tu m\u2019as transmis les extraits, rappelle que la m\u00e9moire de 1870 n\u2019est pas faite seulement de dates et de batailles, mais de vies bris\u00e9es, de mots \u00e9crits dans la douleur, de jeunes hommes qui ont cru jusqu\u2019au bout en leur pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. L\u2019Avesnois en 1870 : un territoire frontalier face \u00e0 la guerre Lorsque la guerre franco\u2011prussienne \u00e9clate \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1870, l\u2019Avesnois est encore une r\u00e9gion paisible, rurale, structur\u00e9e par ses bocages, ses villages serr\u00e9s autour de leur clocher et ses petites villes fortifi\u00e9es h\u00e9rit\u00e9es de Vauban. 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