{"id":25027,"date":"2026-06-16T12:08:10","date_gmt":"2026-06-16T10:08:10","guid":{"rendered":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/?page_id=25027"},"modified":"2026-06-16T12:20:21","modified_gmt":"2026-06-16T10:20:21","slug":"oui-cetait-ca-vallourec","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/oui-cetait-ca-vallourec\/","title":{"rendered":"Oui\u2026 c\u2019\u00e9tait \u00e7a Vallourec"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>I. \ud83d\udd25 Vallourec : un monde qui battait comme un c\u0153ur<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, Vallourec n\u2019\u00e9tait pas seulement une usine \u00e0 Aulnoye\u2011Aymeries. C\u2019\u00e9tait un univers entier, un paysage sonore, une respiration collective. Un c\u0153ur de m\u00e9tal qui battait jour et nuit, sans jamais s\u2019arr\u00eater, et dont les pulsations rythmaient la vie de tout le Val de Sambre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 chaque changement d\u2019\u00e9quipe, les abords de l\u2019usine s\u2019animaient. Les bus ouvriers arrivaient en grondant, d\u00e9versant leurs flots d\u2019hommes en bleu de travail. Mais beaucoup venaient \u00e0 pied, traversant la ville encore endormie, la gamelle sous le bras, le col relev\u00e9 contre le froid. D\u2019autres arrivaient en mobylette, le moteur p\u00e9taradant dans la nuit, le casque sous le bras, les mains d\u00e9j\u00e0 noires de graisse. Quelques\u2011uns venaient en voiture, souvent \u00e0 plusieurs, serr\u00e9s dans une vieille 4L ou une Simca, partageant les frais, les horaires, les silences du matin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tous se retrouvaient devant les grilles, saluaient les coll\u00e8gues, entraient dans les vestiaires o\u00f9 l\u2019odeur de m\u00e9tal chaud se m\u00ealait \u00e0 celle du savon et de la lessive. Les paniers suspendus au plafond montaient et descendaient dans un cliquetis familier, comme des grappes de vies ordinaires pr\u00eates \u00e0 affronter la chaleur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis venait le moment o\u00f9 l\u2019on poussait la grande porte. Et l\u00e0, c\u2019\u00e9tait un autre monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La chaleur vous prenait au visage. Le bruit vous enveloppait. Les fours ouvraient leurs gueules rouges. Les barres d\u2019acier sortaient incandescentes, comme des serpents de feu. Les laminoirs hurlaient. Les marteaux frappaient. Les \u00e9tincelles volaient en pluie d\u2019or.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On ne parlait pas : on criait. On ne marchait pas : on courait. On ne travaillait pas seul : on travaillait ensemble, soud\u00e9s par le danger, la fatigue, la confiance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les anciens racontent encore la sensation du m\u00e9tal qui vibrait sous les gants, le souffle br\u00fblant des fours qui les prenait au visage, la sueur qui coulait dans le dos m\u00eame en plein hiver. Ils racontent les gestes pr\u00e9cis qu\u2019ils apprenaient jeunes, r\u00e9p\u00e9taient mille fois, transmettaient comme un savoir sacr\u00e9. Ils racontent les blagues qu\u2019ils lan\u00e7aient dans le vacarme, les tapes dans le dos, les coups de main donn\u00e9s sans r\u00e9fl\u00e9chir. Ils racontent la fiert\u00e9 de sortir un tube parfait, droit, lisse, impeccable, comme une \u0153uvre d\u2019art n\u00e9e du feu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Car Vallourec, c\u2019\u00e9tait aussi \u00e7a : une fiert\u00e9 ouvri\u00e8re immense, profonde, indestructible. On savait que ce qui sortait de l\u2019usine partait dans le monde entier : dans les pipelines, dans les plateformes p\u00e9troli\u00e8res, dans les centrales, dans les chantiers. On savait que l\u2019on fabriquait quelque chose d\u2019utile, de solide, de n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et puis il y avait les 3&#215;8. Ce rythme qui fa\u00e7onnait les vies. Les repas pris \u00e0 des heures impossibles. Les enfants qu\u2019on embrassait en rentrant alors qu\u2019ils partaient \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Les nuits o\u00f9 l\u2019on dormait quand tout le monde vivait. Les dimanches o\u00f9 l\u2019on travaillait quand les autres se reposaient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les caf\u00e9s d\u2019Aulnoye, on reconnaissait les \u00e9quipes au premier coup d\u2019\u0153il. Les gars du matin, encore frais. Ceux de l\u2019apr\u00e8s\u2011midi, press\u00e9s. Ceux de nuit, les yeux cern\u00e9s, la voix plus grave. Et chacun savait ce que cela voulait dire : la fatigue, la solidarit\u00e9, la dignit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vallourec, dans ces ann\u00e9es\u2011l\u00e0, c\u2019\u00e9tait une ville dans la ville. Une force. Un rep\u00e8re. Un horizon. Un monde qui vibrait, qui grondait, qui vivait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Oui\u2026 c\u2019\u00e9tait \u00e7a Vallourec.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Et derri\u00e8re ce vacarme, derri\u00e8re cette chaleur, derri\u00e8re ces barres d\u2019acier incandescentes, il y avait surtout des hommes et des femmes.<\/em> <em>Des visages, des gestes, des m\u00e9tiers.<\/em> <em>Ceux qui faisaient vivre Vallourec de l\u2019int\u00e9rieur.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>II. \ud83d\udc68\u200d\ud83c\udfed Les hommes et les femmes de Vallourec : gestes, m\u00e9tiers, camaraderies<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Vallourec, chaque m\u00e9tier avait son odeur, son bruit, sa chaleur, son danger. On reconnaissait un perceur, un lisseur, un calibreur, un homme du laminoir rien qu\u2019\u00e0 sa d\u00e9marche, \u00e0 ses mains, \u00e0 sa voix. Les m\u00e9tiers n\u2019\u00e9taient pas seulement des postes : \ud83d\udc49 c\u2019\u00e9taient des identit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les ateliers, les gestes \u00e9taient pr\u00e9cis, rapides, s\u00fbrs. On apprenait jeune, souvent par un ancien qui vous prenait sous son aile. Il montrait une fois, deux fois, puis disait : \u00ab Maintenant, c\u2019est \u00e0 toi. \u00bb Et il regardait, silencieux, pr\u00eat \u00e0 intervenir si le m\u00e9tal s\u2019emballait, si la barre glissait, si la chaleur devenait trop forte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les perceurs travaillaient face \u00e0 des machines qui semblaient vivantes, avec leurs bras articul\u00e9s, leurs vibrations sourdes. Les hommes du laminoir guidaient les barres incandescentes comme on dompte un animal sauvage. Les lisseurs et calibreurs donnaient au tube sa perfection finale, son \u00e9l\u00e9gance froide, sa rectitude impeccable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les femmes, elles aussi, avaient leur place. Dans les bureaux, aux contr\u00f4les, aux laboratoires, dans les services techniques. Elles apportaient une rigueur, une pr\u00e9cision, une organisation sans lesquelles l\u2019usine n\u2019aurait jamais tourn\u00e9. Elles connaissaient les hommes, leurs fatigues, leurs col\u00e8res, leurs fiert\u00e9s. Elles savaient lire dans leurs yeux si la nuit avait \u00e9t\u00e9 dure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et puis il y avait <strong>la camaraderie<\/strong>, cette force invisible qui tenait tout ensemble. Dans le vacarme, on se comprenait d\u2019un signe. Dans la chaleur, on se passait une gourde d\u2019eau sans un mot. Dans les moments difficiles, on se serrait les coudes. On ne laissait jamais un coll\u00e8gue seul face au danger.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les pauses \u00e9taient courtes, mais elles avaient un go\u00fbt particulier : le caf\u00e9 br\u00fblant dans une tasse en m\u00e9tal, les blagues qui fusaient, les histoires de famille, les projets de week\u2011end, les petites disputes vite oubli\u00e9es, les grandes amiti\u00e9s qui duraient toute une vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Vallourec, on ne travaillait pas seulement c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. On vivait ensemble. On vieillissait ensemble. On se comprenait sans parler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019\u00e9tait une fraternit\u00e9 forg\u00e9e dans le bruit, la chaleur et la sueur. Une fraternit\u00e9 que rien n\u2019a jamais vraiment remplac\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Mais Vallourec ne s\u2019arr\u00eatait pas aux murs de l\u2019usine.<\/em> <em>Ce qui se vivait dans les ateliers d\u00e9bordait dans les rues, dans les caf\u00e9s, dans les maisons.<\/em> <em>L\u2019usine n\u2019\u00e9tait pas seulement un lieu de travail : elle \u00e9tait le c\u0153ur battant d\u2019Aulnoye\u2011Aymeries.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>III. \ud83c\udfd8\ufe0f Vallourec et la ville : une usine qui faisait vivre tout Aulnoye<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les ann\u00e9es 60, 70 et m\u00eame 80, Vallourec n\u2019\u00e9tait pas seulement un employeur. C\u2019\u00e9tait <strong>le poumon \u00e9conomique<\/strong> d\u2019Aulnoye\u2011Aymeries et de tout le Val de Sambre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les cit\u00e9s ouvri\u00e8res vivaient au rythme des postes. \u00c0 certaines heures, les rues se vidaient d\u2019un coup, puis se remplissaient \u00e0 nouveau lorsque les \u00e9quipes rentraient. Les volets s\u2019ouvraient et se fermaient selon les 3&#215;8. Les enfants apprenaient tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 ne pas faire de bruit quand \u00ab papa est de nuit \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les commerces prosp\u00e9raient : les caf\u00e9s, les boucheries, les \u00e9piceries, les garages, les marchands de journaux. On y voyait d\u00e9filer les ouvriers du matin, ceux de l\u2019apr\u00e8s\u2011midi, ceux de nuit. Les patrons connaissaient les horaires par c\u0153ur. Ils savaient quand pr\u00e9parer plus de sandwiches, quand sortir plus de caf\u00e9s, quand rallumer la lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les caf\u00e9s ouvriers \u00e9taient des lieux \u00e0 part. On y parlait du travail, bien s\u00fbr, mais aussi de foot, de p\u00eache, de politique, de la vie. On y refaisait le monde entre deux tourn\u00e9es. On y r\u00e9glait parfois des comptes, mais on s\u2019y r\u00e9conciliait tout aussi vite. C\u2019\u00e9tait des lieux de chaleur humaine, de solidarit\u00e9, de rires, de coups de gueule.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les familles enti\u00e8res vivaient de Vallourec. Le p\u00e8re, le fils, parfois le grand\u2011p\u00e8re. On entrait \u00e0 l\u2019usine comme on entrait dans une tradition. On disait : \u00ab Il est chez Vallourec \u00bb, comme on dirait aujourd\u2019hui : \u00ab Il a r\u00e9ussi. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les f\u00eates de quartier, les kermesses, les matchs de foot, les associations sportives ou culturelles\u2026 Tout portait la marque de l\u2019usine. Vallourec sponsorisait, aidait, soutenait. L\u2019usine \u00e9tait partout, dans les conversations, dans les rues, dans les vies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aulnoye\u2011Aymeries vibrait au rythme de Vallourec. Quand l\u2019usine allait bien, la ville allait bien. Quand l\u2019usine tremblait, tout le monde tremblait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019\u00e9tait une symbiose. Une d\u00e9pendance, oui. Mais aussi une fiert\u00e9 immense.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Et puis, un jour, ce c\u0153ur a commenc\u00e9 \u00e0 battre moins fort.<\/em> <em>D\u2019abord doucement, presque sans qu\u2019on s\u2019en rende compte.<\/em> <em>Puis violemment, jusqu\u2019\u00e0 \u00e9branler toute la ville.<\/em> <em>Les ann\u00e9es 80 allaient tout changer.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>IV. \u26a0\ufe0f Les ann\u00e9es 80\u201185 : la crise, les licenciements, le s\u00e9isme social<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, quelque chose change. D\u2019abord lentement, presque imperceptiblement. Puis brutalement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les fours tournent toujours, les \u00e9quipes se relaient, les bus arrivent, les mobylettes p\u00e9taradent devant les grilles\u2026 Mais dans les couloirs, dans les vestiaires, dans les caf\u00e9s, on sent une inqui\u00e9tude nouvelle. Les commandes baissent. Les rumeurs montent. Les regards se croisent autrement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un jour, on parle de \u201cr\u00e9organisation\u201d. Puis de \u201cplan social\u201d. Puis de \u201csuppressions de postes\u201d. Des mots froids, administratifs, qui tombent comme des couperets sur des vies enti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les files s\u2019allongent devant le bureau du personnel. Les hommes attendent, silencieux, la lettre qui va d\u00e9cider de leur avenir. Certains sortent avec le visage ferm\u00e9, d\u2019autres avec les yeux humides. On se serre la main plus fort que d\u2019habitude. On dit : \u00ab Courage. \u00bb \u00ab On va s\u2019en sortir. \u00bb Mais personne n\u2019y croit vraiment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les caf\u00e9s d\u2019Aulnoye, l\u2019ambiance n\u2019est plus la m\u00eame. On parle moins fort. On compte les ann\u00e9es de service. On calcule les indemnit\u00e9s. On se demande comment payer la maison, comment nourrir les enfants, comment rebondir \u00e0 45 ou 50 ans quand on n\u2019a connu que Vallourec.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les licenciements tombent par vagues. Des centaines, puis des milliers. Des familles enti\u00e8res sont touch\u00e9es. Des rues se vident. Des commerces ferment. Des caf\u00e9s tirent d\u00e9finitivement leur rideau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour beaucoup, ce n\u2019est pas seulement un emploi qu\u2019on perd. C\u2019est une identit\u00e9. Un rythme. Une fiert\u00e9. Une place dans le monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les anciens racontent encore ces ann\u00e9es comme un choc, un s\u00e9isme, une blessure qui ne s\u2019est jamais vraiment referm\u00e9e. Ils disent : \u00ab On n\u2019a pas seulement perdu l\u2019usine. On a perdu une partie de nous\u2011m\u00eames. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Apr\u00e8s la temp\u00eate, il a fallu apprendre \u00e0 vivre autrement.<\/em> <em>L\u2019usine n\u2019\u00e9tait plus la m\u00eame, la ville non plus.<\/em> <em>Mais dans les m\u00e9moires, dans les r\u00e9cits, dans les gestes, quelque chose continuait de vibrer.<\/em> <em>Car Vallourec n\u2019a jamais vraiment disparu.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>V. \ud83d\udd6f\ufe0f Ce qu\u2019il reste de Vallourec : une m\u00e9moire vivante<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, quand on passe pr\u00e8s des anciens b\u00e2timents, on entend encore quelque chose. Pas le bruit des laminoirs, ni le souffle des fours. Mais un \u00e9cho. Une pr\u00e9sence. Une m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les anciens se retrouvent parfois, au march\u00e9, dans un caf\u00e9, \u00e0 une f\u00eate de village. Ils parlent de l\u2019usine comme on parle d\u2019un pays o\u00f9 l\u2019on a v\u00e9cu. Ils se rappellent les coll\u00e8gues, les postes de nuit, les blagues, les coups de chaud, les coups de main. Ils se rappellent les gestes, les odeurs, les bruits. Ils se rappellent les bons moments, et les mauvais aussi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les maisons, il reste des photos jaunies, des casques, des gants, des badges, des bleus de travail. Des objets simples, mais charg\u00e9s de vie. Des reliques d\u2019un monde disparu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les familles, on raconte encore : \u00ab Ton grand\u2011p\u00e8re travaillait \u00e0 Vallourec. Ton p\u00e8re aussi. C\u2019\u00e9tait dur, mais c\u2019\u00e9tait beau. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la ville, il reste les cit\u00e9s ouvri\u00e8res, les rues qui portaient le rythme des 3&#215;8, les caf\u00e9s o\u00f9 l\u2019on refaisait le monde, les souvenirs d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 Vallourec faisait vivre tout un territoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et dans les c\u0153urs, il reste une fiert\u00e9. Une fiert\u00e9 immense. Celle d\u2019avoir fait partie d\u2019une aventure humaine, d\u2019un effort collectif, d\u2019un monde o\u00f9 l\u2019on se serrait les coudes, o\u00f9 l\u2019on travaillait dur, o\u00f9 l\u2019on tenait debout ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vallourec n\u2019est plus ce qu\u2019elle \u00e9tait. Mais Vallourec n\u2019a jamais vraiment disparu. Elle vit encore dans les m\u00e9moires, dans les r\u00e9cits, dans les gestes, dans les regards.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle vit dans cette phrase que tant d\u2019anciens prononcent avec un sourire, parfois avec une larme au coin de l\u2019\u0153il :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Oui\u2026 c\u2019\u00e9tait \u00e7a Vallourec.<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"531\" height=\"379\" data-attachment-id=\"25032\" data-permalink=\"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/oui-cetait-ca-vallourec\/vallourec-cp\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Vallourec-cp-.jpg?fit=531%2C379\" data-orig-size=\"531,379\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;CARRE&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;1781612049&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;,&quot;alt&quot;:&quot;&quot;}\" data-image-title=\"Vallourec cp\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Vallourec-cp-.jpg?fit=531%2C379\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Vallourec-cp-.jpg?resize=531%2C379&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-25032\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Vallourec-cp-.jpg?w=531 531w, https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Vallourec-cp-.jpg?resize=300%2C214 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 531px) 85vw, 531px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion \u2014 Apr\u00e8s le fracas, la transformation<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s les ann\u00e9es sombres du milieu des ann\u00e9es 1980, Vallourec n\u2019a pas disparu d\u2019un coup. L\u2019usine a chang\u00e9, s\u2019est r\u00e9organis\u00e9e, s\u2019est divis\u00e9e, s\u2019est modernis\u00e9e. Le monde ouvrier d\u2019autrefois s\u2019est peu \u00e0 peu effac\u00e9, mais l\u2019activit\u00e9 industrielle, elle, a continu\u00e9 de se transformer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1990, la grande tuberie et l\u2019usine de filet\u00e9s prennent des chemins diff\u00e9rents. Deux entit\u00e9s naissent, deux histoires parall\u00e8les. L\u2019usine de filet\u00e9s devient, en 1994, Vallourec Oil &amp; Gas, tourn\u00e9e vers les besoins croissants de l\u2019industrie p\u00e9troli\u00e8re. La tuberie, elle, poursuit sa route sous le nom de Tubes, avant de fusionner en 1997 avec le groupe allemand Mannesmann. De cette union na\u00eet Tubes Mannesmann, symbole d\u2019une industrie d\u00e9sormais mondialis\u00e9e, sp\u00e9cialis\u00e9e dans les tubes d\u2019acier \u00e0 haute performance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 c\u00f4t\u00e9 des ateliers, le centre de recherches, construit \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950, reste debout comme un phare. Un b\u00e2timent moderne, audacieux, imagin\u00e9 pour accompagner l\u2019innovation, la ma\u00eetrise des proc\u00e9d\u00e9s, l\u2019avenir du tube. Il t\u00e9moigne encore aujourd\u2019hui de l\u2019importance qu\u2019a eue Aulnoye\u2011Aymeries dans la production tubulaire europ\u00e9enne tout au long du XX\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et pourtant, malgr\u00e9 les restructurations, les fusions, les changements de nom, malgr\u00e9 les murs qui ont disparu et ceux qui tiennent encore, malgr\u00e9 les machines qui se sont tues et celles qui tournent toujours, il reste quelque chose que rien n\u2019a effac\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une m\u00e9moire. Une fiert\u00e9. Une fraternit\u00e9. Un monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Celui des hommes et des femmes qui ont fait vivre Vallourec. Celui des familles qui ont grandi \u00e0 son ombre. Celui d\u2019une ville qui battait au rythme des 3&#215;8.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et quand les anciens se retrouvent, quand ils parlent de l\u2019usine, quand leurs yeux brillent un peu, quand un sourire revient malgr\u00e9 tout, on entend encore cette phrase, simple et vraie :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Oui\u2026 c\u2019\u00e9tait \u00e7a Vallourec.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. \ud83d\udd25 Vallourec : un monde qui battait comme un c\u0153ur Dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, Vallourec n\u2019\u00e9tait pas seulement une usine \u00e0 Aulnoye\u2011Aymeries. C\u2019\u00e9tait un univers entier, un paysage sonore, une respiration collective. Un c\u0153ur de m\u00e9tal qui battait jour et nuit, sans jamais s\u2019arr\u00eater, et dont les pulsations rythmaient la vie de &hellip; <a href=\"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/oui-cetait-ca-vallourec\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Oui\u2026 c\u2019\u00e9tait \u00e7a Vallourec&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-25027","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/PaOEkN-6vF","jetpack-related-posts":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/25027","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=25027"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/25027\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":25033,"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/25027\/revisions\/25033"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=25027"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}