{"id":25333,"date":"2026-06-21T14:47:12","date_gmt":"2026-06-21T12:47:12","guid":{"rendered":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/?page_id=25333"},"modified":"2026-06-21T16:38:42","modified_gmt":"2026-06-21T14:38:42","slug":"des-leproseries-aux-hopitaux-huit-siecles-de-soins-et-de-charite-dans-lavesnois","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/des-leproseries-aux-hopitaux-huit-siecles-de-soins-et-de-charite-dans-lavesnois\/","title":{"rendered":"Des l\u00e9proseries aux h\u00f4pitaux : huit si\u00e8cles de soins et de charit\u00e9 dans l\u2019Avesnois"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading\">\u2756 <strong>Introduction \u2014 Une histoire longue, discr\u00e8te et essentielle<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019histoire de la charit\u00e9 dans l\u2019Avesnois n\u2019est pas une histoire spectaculaire. Elle ne parle ni de batailles, ni de rois, ni de grandes r\u00e9volutions politiques. Elle se d\u00e9roule dans les marges des villages, dans les fermes isol\u00e9es, dans les petites maisons des s\u0153urs, dans les salles modestes des hospices, dans les couloirs des h\u00f4pitaux locaux. C\u2019est une histoire discr\u00e8te, presque silencieuse, mais essentielle : celle des lieux o\u00f9 l\u2019on a accueilli, soign\u00e9, nourri, accompagn\u00e9 les plus fragiles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis le Moyen \u00c2ge, les communaut\u00e9s rurales de l\u2019Avesnois ont organis\u00e9, avec leurs moyens, une solidarit\u00e9 tenace. Les <strong>l\u00e9proseries<\/strong> d\u2019abord, install\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cart des bourgs, tenues par des manbours, des \u00e9chevins, un cur\u00e9, un bailli. Puis les <strong>maladreries<\/strong>, devenues censes agricoles, dont les revenus \u00e9taient strictement destin\u00e9s aux pauvres \u2014 comme le rappelle une lettre de Louis XIV en 1700, adress\u00e9e \u00e0 Prisches et sans doute \u00e0 bien d\u2019autres villages. Viennent ensuite les <strong>couvents<\/strong>, petites communaut\u00e9s f\u00e9minines autonomes, d\u00e9pendant d\u2019un ordre religieux et relevant de l\u2019\u00e9v\u00eaque, qui instruisent les enfants et soignent les malades \u00e0 domicile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La R\u00e9volution bouleverse cet \u00e9difice, mais ne l\u2019efface pas. Les maladreries deviennent des <strong>biens communaux<\/strong>, administr\u00e9s par les municipalit\u00e9s et les Bureaux de Bienfaisance. Elles donnent naissance aux <strong>hospices communaux<\/strong> du XIX\u1d49 si\u00e8cle, modestes mais indispensables, o\u00f9 l\u2019on accueille vieillards, infirmes, orphelins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au XX\u1d49 si\u00e8cle, ces hospices se transforment en <strong>h\u00f4pitaux locaux<\/strong>, puis en \u00e9tablissements sp\u00e9cialis\u00e9s. La grande r\u00e9organisation hospitali\u00e8re de la fin du si\u00e8cle recentre les soins autour de Maubeuge, tandis que les autres villes \u2014 Avesnes, Le Quesnoy, Felleries, Landrecies \u2014 trouvent chacune leur place dans le paysage m\u00e9dico\u2011social moderne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui encore, les <strong>EHPAD<\/strong>, les centres hospitaliers, les services de soins \u00e0 domicile, les associations caritatives prolongent cette tradition. Les formes ont chang\u00e9, mais l\u2019id\u00e9e demeure : <strong>la communaut\u00e9 doit prendre soin des plus fragiles<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce livre raconte cette longue histoire. Une histoire faite de continuit\u00e9s plus que de ruptures, de gestes simples plus que de grands \u00e9v\u00e9nements, d\u2019administrations locales, de s\u0153urs discr\u00e8tes, de m\u00e9decins de campagne, de b\u00e2timents modestes mais essentiels. Une histoire inscrite dans les paysages, dans les archives, dans les noms de lieux, dans la m\u00e9moire des habitants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un territoire o\u00f9 la solidarit\u00e9 n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un mot abstrait, mais une r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue, organis\u00e9e, transmise. Une histoire humble, mais profond\u00e9ment humaine.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-dark-red-color has-bright-blue-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-e130a2dc2002c4aaf01d99366ade88aa\">\u2727 <strong>I. Aux origines : l\u00e9proseries et maladreries dans l\u2019Avesnois (XII\u1d49 \u2013 XV\u1d49 si\u00e8cle)<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2756 <strong>1. La l\u00e8pre, une peur m\u00e9di\u00e9vale<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant des si\u00e8cles, la l\u00e8pre a hant\u00e9 l\u2019Europe. Dans le Hainaut comme ailleurs, elle n\u2019\u00e9tait pas seulement une maladie : elle \u00e9tait une menace sociale, un danger invisible, un fl\u00e9au que l\u2019on craignait autant pour le corps que pour l\u2019\u00e2me. Les communaut\u00e9s rurales vivaient avec cette peur diffuse, et les autorit\u00e9s locales durent organiser des lieux d\u2019isolement pour prot\u00e9ger les villages.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est ainsi que naquirent les <strong>l\u00e9proseries<\/strong>, petites maisons isol\u00e9es, souvent situ\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cart des bourgs, pr\u00e8s d\u2019un chemin, d\u2019un bois ou d\u2019un ruisseau. Elles accueillaient les malades, mais aussi ceux que la soci\u00e9t\u00e9 rejetait par crainte de la contagion.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2756 <strong>2. Les l\u00e9proseries : des lieux d\u2019isolement\u2026 mais aussi de charit\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Contrairement \u00e0 l\u2019image sombre que l\u2019on s\u2019en fait parfois, les l\u00e9proseries n\u2019\u00e9taient pas seulement des lieux d\u2019exclusion. Elles \u00e9taient aussi des <strong>maisons de charit\u00e9<\/strong>, entretenues par :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>les communes,<\/li>\n\n\n\n<li>les \u00e9chevins,<\/li>\n\n\n\n<li>les abbayes voisines,<\/li>\n\n\n\n<li>et parfois par des confr\u00e9ries.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On y trouvait une petite chapelle, un jardin, quelques b\u00e2timents modestes. Les malades y vivaient en marge, mais pas totalement abandonn\u00e9s. La communaut\u00e9 villageoise, malgr\u00e9 la peur, assurait un minimum de soutien mat\u00e9riel et spirituel.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2756 <strong>3. La disparition de la l\u00e8pre et la transformation des maladreries<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 partir du XVe si\u00e8cle, la l\u00e8pre recule brutalement dans tout le Hainaut. Les l\u00e9proseries perdent leur raison d\u2019\u00eatre. Mais les b\u00e2timents, les terres, les rentes\u2026 eux, demeurent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est alors que beaucoup de ces anciennes l\u00e9proseries deviennent des <strong>maladreries<\/strong>, puis des <strong>censes agricoles<\/strong>. Le cas de la <strong>cense du Bel<\/strong>, pr\u00e8s de Berlaimont, est embl\u00e9matique : une ancienne maison de l\u00e9preux devenue une ferme importante, dont les revenus \u00e9taient affect\u00e9s \u00e0 l\u2019entretien des pauvres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces biens, appel\u00e9s <strong>\u00ab biens des pauvres \u00bb<\/strong>, \u00e9taient administr\u00e9s par les \u00e9chevins. Ils formaient une sorte de patrimoine social avant l\u2019heure, destin\u00e9 \u00e0 financer l\u2019assistance locale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2756 4. Une organisation locale d\u00e9j\u00e0 bien structur\u00e9e<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Contrairement \u00e0 ce que l\u2019on pourrait croire, les anciennes l\u00e9proseries n\u2019\u00e9taient pas des lieux abandonn\u00e9s ou g\u00e9r\u00e9s au hasard. D\u00e8s le Moyen \u00c2ge, elles disposaient d\u2019une <strong>organisation administrative compl\u00e8te<\/strong>, \u00e9tonnamment stable pour l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On y trouvait :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>un manbour<\/strong>, charg\u00e9 de tenir les comptes et de percevoir les revenus ;<\/li>\n\n\n\n<li><strong>des \u00e9chevins<\/strong>, repr\u00e9sentants de la communaut\u00e9 villageoise, garants de la bonne gestion ;<\/li>\n\n\n\n<li><strong>un cur\u00e9<\/strong> \u2014 parfois appel\u00e9 <em>pasteur<\/em> dans les textes anciens \u2014 responsable de la chapelle et du culte ;<\/li>\n\n\n\n<li><strong>un bailli<\/strong>, repr\u00e9sentant de l\u2019autorit\u00e9 seigneuriale, charg\u00e9 de l\u2019ordre et du droit.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette structure, \u00e0 la fois civile et religieuse, assurait la continuit\u00e9 du service rendu aux pauvres et aux malades. Elle pr\u00e9figure d\u00e9j\u00e0 ce que seront, plus tard, les maladreries puis les hospices communaux.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2756 <strong>5. Une m\u00e9moire encore visible dans le paysage<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00eame si les l\u00e9proseries ont disparu depuis des si\u00e8cles, leur trace demeure. Dans les cadastres, dans les toponymes, dans les archives, on retrouve :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>Bel<\/em>, <em>Hubel<\/em>, <em>Baile<\/em>,<\/li>\n\n\n\n<li><em>Maladrerie<\/em>, <em>H\u00f4pital<\/em>,<\/li>\n\n\n\n<li><em>Saint\u2011Urbain<\/em>, <em>Saint\u2011Lazare<\/em>\u2026<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces noms racontent une histoire ancienne, celle d\u2019un territoire qui, d\u00e8s le Moyen \u00c2ge, a organis\u00e9 la solidarit\u00e9 autour des plus fragiles.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-dark-red-color has-bright-blue-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-03fde0d7097548a50d3db05db2cd88a5\">\u2726 <strong>II. Les maladreries devenues biens communaux (XVI\u1d49 \u2013 XVIII\u1d49 si\u00e8cle)<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u273a <strong>1. Une nouvelle vocation pour d\u2019anciens lieux de soins<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque la l\u00e8pre dispara\u00eet du Hainaut au XVe si\u00e8cle, les anciennes l\u00e9proseries perdent leur fonction premi\u00e8re. Mais elles ne disparaissent pas pour autant. Les b\u00e2timents, les terres, les rentes, les chapelles\u2026 tout cela constitue un patrimoine trop pr\u00e9cieux pour \u00eatre abandonn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peu \u00e0 peu, ces lieux changent de nature. Ils deviennent des <strong>maladreries<\/strong>, puis des <strong>censes agricoles<\/strong>, dont les revenus sont affect\u00e9s \u00e0 l\u2019entretien des pauvres du village. Ce glissement est progressif, presque naturel : ce qui servait autrefois \u00e0 isoler les malades sert d\u00e9sormais \u00e0 nourrir les indigents.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019Avesnois, plusieurs maladreries suivent ce destin. La plus embl\u00e9matique est celle du <strong>Bel<\/strong>, pr\u00e8s de Berlaimont, dont les archives nous offrent un t\u00e9moignage rare et pr\u00e9cieux.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u273a 2. Une administration communale h\u00e9rit\u00e9e des anciennes l\u00e9proseries<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque les l\u00e9proseries deviennent des maladreries, puis des censes agricoles, leur <strong>organisation ne change presque pas<\/strong>. Les m\u00eames acteurs continuent d\u2019assurer la gestion quotidienne, preuve d\u2019une continuit\u00e9 remarquable entre les deux \u00e9poques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On retrouve :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>le pasteur<\/strong> (c\u2019est\u2011\u00e0\u2011dire le cur\u00e9), charg\u00e9 de la chapelle et du service religieux ;<\/li>\n\n\n\n<li><strong>le bailli<\/strong>, garant de l\u2019autorit\u00e9 seigneuriale ;<\/li>\n\n\n\n<li><strong>les \u00e9chevins<\/strong>, responsables de la bonne gestion des biens ;<\/li>\n\n\n\n<li><strong>le manbour<\/strong>, qui tient les comptes, per\u00e7oit les fermages et r\u00e8gle les d\u00e9penses ;<\/li>\n\n\n\n<li>et parfois <strong>la \u201cloy\u201d assembl\u00e9e<\/strong>, c\u2019est\u2011\u00e0\u2011dire les notables r\u00e9unis pour valider les comptes.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette administration, d\u00e9j\u00e0 en place au temps des l\u00e9proseries, devient au fil des si\u00e8cles <strong>une v\u00e9ritable gestion publique<\/strong>, rigoureuse et transparente. Elle assure que les revenus des anciennes maladreries servent bien \u00e0 leur nouvelle vocation : <strong>l\u2019entretien des pauvres de la paroisse<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u273a <strong>3. La cense du Bel : un exemple vivant<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La cense du Bel, issue d\u2019une ancienne l\u00e9proserie, est l\u2019un des exemples les mieux document\u00e9s. Au XVI\u1d49 si\u00e8cle, elle est d\u00e9j\u00e0 une ferme importante, lou\u00e9e \u00e0 bail pour plusieurs ann\u00e9es. Les revenus \u2014 parfois consid\u00e9rables \u2014 sont int\u00e9gralement affect\u00e9s \u00e0 la charit\u00e9 locale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les archives de 1647\u20111648, r\u00e9dig\u00e9es par Martin du Fayt, nous montrent une exploitation vivante : r\u00e9parations de murs, achat de poutres neuves, entretien des b\u00e2timents, paiement des gages. On y devine aussi les traces des troubles de l\u2019\u00e9poque : la ferme a souffert, comme le ch\u00e2teau voisin, des destructions de 1643.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de la ferme, une petite chapelle d\u00e9di\u00e9e \u00e0 <strong>Saint\u2011Urbain<\/strong> continue d\u2019\u00eatre desservie. Le cur\u00e9 y c\u00e9l\u00e8bre une messe hebdomadaire et les v\u00eapres de la f\u00eate patronale. Les d\u00e9penses li\u00e9es au culte sont elles aussi pr\u00e9lev\u00e9es sur les revenus de la cense.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, la maladrerie du Bel n\u2019est plus un lieu de soins, mais elle reste un <strong>lieu de m\u00e9moire et de solidarit\u00e9<\/strong>, vivant au rythme de la paroisse.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u273a <strong>4. Entre communes et abbayes : une gestion parfois disput\u00e9e<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces biens, parce qu\u2019ils g\u00e9n\u00e8rent des revenus, attirent parfois les convoitises. Les archives montrent des tensions entre les \u00e9chevins de Berlaimont et l\u2019abbaye d\u2019Anchin, collateur de la chapelle. Les visites pastorales du XVIII\u1d49 si\u00e8cle t\u00e9moignent de ces rivalit\u00e9s discr\u00e8tes : qui doit entretenir la chapelle ? Qui d\u00e9tient les titres de propri\u00e9t\u00e9 ? Qui d\u00e9cide de l\u2019usage des revenus ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s 1700, une lettre de Louis XIV adress\u00e9e \u00e0 Prisches \u2014 et tr\u00e8s probablement envoy\u00e9e \u00e0 d\u2019autres maladreries de la r\u00e9gion \u2014 rappelle avec fermet\u00e9 que les revenus de ces \u00e9tablissements doivent \u00eatre employ\u00e9s \u201c\u00e0 l\u2019entretien des pauvres et malades\u201d, et non d\u00e9tourn\u00e9s vers d\u2019autres usages. Cette intervention royale, motiv\u00e9e par un contexte \u00e9conomique difficile, montre que l\u2019\u00c9tat surveille de pr\u00e8s la gestion de ces biens charitables.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1713, un arr\u00eat royal vient clarifier la situation : la maladrerie d\u2019Aulnoye est <strong>unie \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Berlaimont<\/strong>, et ses revenus doivent \u00eatre employ\u00e9s \u00ab \u00e0 la nourriture et \u00e0 l\u2019entretien des pauvres malades \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette d\u00e9cision confirme ce que l\u2019on observe partout dans l\u2019Avesnois : les maladreries deviennent progressivement <strong>des biens communaux<\/strong>, administr\u00e9s par les autorit\u00e9s locales, au service de la charit\u00e9 publique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u273a <strong>5. Un h\u00e9ritage discret mais essentiel<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la veille de la R\u00e9volution, les maladreries ne sont plus des lieux de soins. Elles sont devenues des <strong>patrimoines sociaux<\/strong>, des biens destin\u00e9s \u00e0 financer l\u2019assistance aux pauvres. Elles pr\u00e9figurent les futurs <strong>Bureaux de Bienfaisance<\/strong>, puis les <strong>CCAS<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Leur m\u00e9moire subsiste dans les toponymes, les cadastres, les archives, et parfois dans les b\u00e2timents eux\u2011m\u00eames. Elles forment la premi\u00e8re pierre d\u2019une longue histoire de solidarit\u00e9 qui se prolongera dans les hospices, puis dans les h\u00f4pitaux modernes.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-dark-red-color has-bright-blue-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-ae80e56a97ae39d4a6fe11ce8b88fd87\">\u2727\u2727 <strong>III. Les couvents : l\u2019autre visage de la charit\u00e9 (XVI\u1d49 \u2013 XVIII\u1d49 si\u00e8cle)<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2726 <strong>1. Une pr\u00e9sence discr\u00e8te mais essentielle<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019Avesnois d\u2019Ancien R\u00e9gime, les couvents f\u00e9minins ne sont jamais tr\u00e8s grands. On n\u2019y trouve pas les vastes communaut\u00e9s que l\u2019on voit dans les villes \u00e9piscopales. Ici, ce sont de petites maisons, quelques s\u0153urs, parfois seulement deux ou trois, vivant simplement, souvent dans des b\u00e2timents modestes, parfois m\u00eame dans une maison lou\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les couvents sont des communaut\u00e9s religieuses autonomes, d\u00e9pendant directement d\u2019un ordre religieux et relevant de l\u2019\u00e9v\u00eaque pour la discipline et la vie spirituelle. Cette double appartenance \u2014 \u00e0 un ordre et \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque \u2014 leur donne une place bien d\u00e9finie dans l\u2019organisation eccl\u00e9siastique, tout en leur laissant une grande libert\u00e9 dans leur action quotidienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais leur influence est immense. Elles sont pr\u00e9sentes dans les bourgs, dans les petites villes, parfois m\u00eame dans les villages. Elles ne g\u00e8rent pas les maladreries ni les biens des pauvres \u2014 cela rel\u00e8ve des \u00e9chevins \u2014 mais elles assurent une autre forme de charit\u00e9, plus quotidienne, plus intime, plus humaine.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2726 <strong>2. L\u2019instruction : un r\u00f4le que personne d\u2019autre n\u2019assure<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avant la R\u00e9volution, il n\u2019existe pas d\u2019\u00e9cole publique. L\u2019instruction des enfants, surtout des filles, repose presque enti\u00e8rement sur les communaut\u00e9s religieuses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les s\u0153urs enseignantes \u2014 Ursulines, Visitandines, S\u0153urs de la Providence, ou petites congr\u00e9gations locales \u2014 apprennent aux enfants :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>\u00e0 lire,<\/li>\n\n\n\n<li>\u00e0 \u00e9crire,<\/li>\n\n\n\n<li>\u00e0 compter,<\/li>\n\n\n\n<li>\u00e0 tenir un foyer,<\/li>\n\n\n\n<li>\u00e0 vivre chr\u00e9tiennement.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les villages de l\u2019Avesnois, leur pr\u00e9sence change tout. Elles donnent aux enfants une ouverture sur le monde, une discipline, une structure. Elles sont souvent les seules femmes instruites du village, et leur r\u00f4le \u00e9ducatif est irrempla\u00e7able.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2726 <strong>3. Les soins \u00e0 domicile : la charit\u00e9 au plus pr\u00e8s des malades<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les s\u0153urs ne tiennent pas d\u2019h\u00f4pital \u2014 ce r\u00f4le appartient aux hospices communaux \u2014 mais elles assurent les <strong>soins \u00e0 domicile<\/strong>, ce que l\u2019on appellerait aujourd\u2019hui des soins infirmiers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On les appelle lorsqu\u2019un malade est alit\u00e9, lorsqu\u2019un enfant est br\u00fblant de fi\u00e8vre, lorsqu\u2019un vieillard ne peut plus se lever. Elles font les pansements, pr\u00e9parent les rem\u00e8des simples, veillent les mourants, consolent les familles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elles ne remplacent pas le m\u00e9decin \u2014 souvent trop cher, parfois absent \u2014 mais elles sont l\u00e0, disponibles, d\u00e9vou\u00e9es, pr\u00e9sentes dans les moments difficiles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les archives, on les voit passer d\u2019une maison \u00e0 l\u2019autre, parfois sous la pluie, parfois la nuit, toujours pr\u00eates \u00e0 aider. Elles sont la <strong>charit\u00e9 vivante<\/strong>, celle qui ne s\u2019\u00e9crit pas dans les comptes mais dans les gestes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2726 <strong>4. Une coexistence harmonieuse avec les maladreries et les hospices<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Contrairement \u00e0 ce que l\u2019on pourrait croire, les couvents ne g\u00e8rent pas les maladreries. Ils ne per\u00e7oivent pas les revenus, ne tiennent pas les comptes, ne d\u00e9cident pas des r\u00e9parations. Tout cela rel\u00e8ve des \u00e9chevins, du manbour, du bailli, du cur\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais les deux syst\u00e8mes <strong>coexistent<\/strong> et se compl\u00e8tent :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>les maladreries (puis les hospices) assurent l\u2019h\u00e9bergement des pauvres,<\/li>\n\n\n\n<li>les couvents assurent l\u2019instruction et les soins \u00e0 domicile,<\/li>\n\n\n\n<li>les \u00e9chevins g\u00e8rent les biens des pauvres,<\/li>\n\n\n\n<li>le cur\u00e9 veille \u00e0 la dimension spirituelle.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est un \u00e9quilibre subtil, propre \u00e0 l\u2019Ancien R\u00e9gime, o\u00f9 la charit\u00e9 est \u00e0 la fois <strong>civile<\/strong> et <strong>religieuse<\/strong>, <strong>publique<\/strong> et <strong>priv\u00e9e<\/strong>, <strong>institutionnelle<\/strong> et <strong>quotidienne<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2726 <strong>5. Une fragilit\u00e9 structurelle : des maisons pauvres pour les pauvres<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les couvents de l\u2019Avesnois ne sont pas riches. Ils vivent de dons, de petites rentes, de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 des habitants. Ils n\u2019ont pas de vastes domaines, pas de grandes biblioth\u00e8ques, pas de tr\u00e9sors.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette fragilit\u00e9 explique leur destin : lorsque la R\u00e9volution supprime les ordres religieux, ces petites communaut\u00e9s n\u2019ont pas les moyens de r\u00e9sister. Leurs biens \u2014 souvent modestes \u2014 sont vendus comme <strong>biens nationaux<\/strong>. Les s\u0153urs sont dispers\u00e9es, certaines rentrent dans leur famille, d\u2019autres continuent discr\u00e8tement \u00e0 soigner ou \u00e0 instruire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais leur passage a laiss\u00e9 une empreinte profonde : celle d\u2019une charit\u00e9 humble, quotidienne, silencieuse, qui a fa\u00e7onn\u00e9 la vie des villages.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-dark-red-color has-bright-blue-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-6a654d83fdc0903fd32d2fcad2cf70bb\">\u2739 <strong>IV. La R\u00e9volution : rupture et basculement (1789 \u2013 1800)<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2726 <strong>1. Un monde ancien qui vacille<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la fin du XVIII\u1d49 si\u00e8cle, l\u2019Avesnois vit encore sous le r\u00e9gime que nous avons d\u00e9crit : des maladreries devenues censes, g\u00e9r\u00e9es par les \u00e9chevins ; des couvents modestes, assurant l\u2019instruction et les soins ; des cur\u00e9s et des pasteurs veillant sur les chapelles ; des baillis repr\u00e9sentant l\u2019autorit\u00e9 seigneuriale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout cela repose sur un \u00e9quilibre ancien, fragile mais stable, o\u00f9 la charit\u00e9 est \u00e0 la fois <strong>civile<\/strong> et <strong>religieuse<\/strong>, <strong>locale<\/strong> et <strong>communautaire<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La R\u00e9volution va balayer cet \u00e9difice en quelques ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2726 <strong>2. La suppression des ordres religieux : un choc pour les villages<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s 1790, l\u2019Assembl\u00e9e nationale supprime les ordres religieux r\u00e9guliers. Pour les petites communaut\u00e9s f\u00e9minines de l\u2019Avesnois, c\u2019est un coup fatal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les s\u0153urs doivent quitter leur maison. Certaines rentrent dans leur famille, d\u2019autres se dispersent dans les villages, parfois en continuant discr\u00e8tement \u00e0 instruire ou \u00e0 soigner. Leur pr\u00e9sence, pourtant essentielle, dispara\u00eet presque du jour au lendemain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les couvents deviennent des <strong>biens nationaux<\/strong>, mis en vente pour renflouer les finances de l\u2019\u00c9tat. Ces b\u00e2timents modestes, souvent pauvres, sont achet\u00e9s par des particuliers ou par les communes, puis transform\u00e9s en \u00e9coles, logements, ateliers, parfois m\u00eame en fermes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi s\u2019\u00e9teint un pan entier de la charit\u00e9 d\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2726 <strong>3. Les maladreries et les biens des pauvres : une continuit\u00e9 sous contr\u00f4le de l\u2019\u00c9tat<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Contrairement aux couvents, les maladreries \u2014 devenues depuis longtemps des censes agricoles \u2014 ne sont pas supprim\u00e9es. Elles ne sont pas religieuses : elles appartiennent \u00e0 la communaut\u00e9 villageoise. Elles sont donc <strong>maintenues<\/strong>, mais plac\u00e9es sous un nouveau r\u00e9gime juridique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00e9chevins disparaissent, remplac\u00e9s par les municipalit\u00e9s r\u00e9volutionnaires. Le manbour devient un agent communal. Les comptes doivent d\u00e9sormais \u00eatre rendus selon les r\u00e8gles de l\u2019administration nouvelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les biens des pauvres \u2014 terres, fermes, rentes \u2014 sont conserv\u00e9s, mais int\u00e9gr\u00e9s dans un cadre plus strict, plus centralis\u00e9. Ils deviennent la base de ce qui sera bient\u00f4t le <strong>Bureau de Bienfaisance<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2726 <strong>4. La naissance du Bureau de Bienfaisance (1796)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En l\u2019an IV (1796), la R\u00e9volution cr\u00e9e une institution nouvelle : le <strong>Bureau de Bienfaisance<\/strong>, charg\u00e9 d\u2019administrer les secours publics.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est une rupture majeure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui relevait autrefois :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>des \u00e9chevins,<\/li>\n\n\n\n<li>du manbour,<\/li>\n\n\n\n<li>du cur\u00e9,<\/li>\n\n\n\n<li>du bailli,<\/li>\n\n\n\n<li>de la communaut\u00e9 villageoise,<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">rel\u00e8ve d\u00e9sormais d\u2019un <strong>organisme civil<\/strong>, la\u00efc, contr\u00f4l\u00e9 par la municipalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les biens des anciennes maladreries \u2014 comme la cense du Bel \u2014 sont plac\u00e9s sous son autorit\u00e9. Leur vocation reste la m\u00eame : <strong>secourir les pauvres<\/strong>. Mais la gestion devient plus administrative, plus comptable, plus centralis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La charit\u00e9 change de nature : elle devient <strong>publique<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2726 <strong>5. Une rupture, mais aussi une continuit\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La R\u00e9volution a supprim\u00e9 les couvents, dispers\u00e9 les s\u0153urs, vendu les maisons religieuses. Elle a aboli les structures seigneuriales, les \u00e9chevinages, les anciennes juridictions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais elle n\u2019a pas d\u00e9truit la charit\u00e9. Elle l\u2019a <strong>transform\u00e9e<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les maladreries, devenues biens communaux, survivent. Leur mission se poursuit, mais sous une forme nouvelle. Elles deviennent les <strong>anc\u00eatres directs des hospices communaux<\/strong>, puis des h\u00f4pitaux du XIX\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, malgr\u00e9 la violence du changement, une ligne continue relie les l\u00e9proseries m\u00e9di\u00e9vales aux institutions modernes.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-dark-red-color has-bright-blue-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-f3d92d6fd044f6924086a79215bce675\">\u273a\u273a <strong>V. Les hospices communaux : une charit\u00e9 devenue institution (1800 \u2013 1950)<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2726 <strong>1. Le XIX\u1d49 si\u00e8cle : l\u2019hospice, refuge des plus fragiles<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au d\u00e9but du XIX\u1d49 si\u00e8cle, l\u2019Avesnois sort \u00e0 peine des bouleversements r\u00e9volutionnaires. Les couvents ont disparu, les s\u0153urs se sont dispers\u00e9es, les structures anciennes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9mantel\u00e9es. Mais les besoins, eux, sont toujours l\u00e0 : vieillards sans famille, infirmes, orphelins, indigents.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est dans ce contexte que les anciennes maladreries, devenues biens communaux, se transforment en <strong>hospices<\/strong>. Ce ne sont pas des h\u00f4pitaux au sens moderne : on n\u2019y soigne pas les maladies aigu\u00ebs, on n\u2019y pratique pas la chirurgie. Ce sont des <strong>maisons d\u2019accueil<\/strong>, des refuges, des lieux de vie pour ceux que la soci\u00e9t\u00e9 ne peut laisser dehors.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les villages, ces hospices sont minuscules : quatre, cinq, parfois six pensionnaires, comme \u00e0 Prisches o\u00f9 l\u2019on compte \u00ab quatre indigents \u00bb en frimaire an XII. Dans les petites villes \u2014 Avesnes, Le Quesnoy, Maubeuge, Landrecies \u2014 les structures sont un peu plus grandes, mais restent modestes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019hospice est un lieu simple, souvent pauvre, mais indispensable.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2726 <strong>2. Une administration d\u00e9sormais la\u00efque et municipale<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec la cr\u00e9ation du <strong>Bureau de Bienfaisance<\/strong> en 1796, la charit\u00e9 devient une affaire publique. Les hospices sont d\u00e9sormais administr\u00e9s par :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>le maire,<\/li>\n\n\n\n<li>les membres du Bureau de Bienfaisance,<\/li>\n\n\n\n<li>un receveur,<\/li>\n\n\n\n<li>parfois un m\u00e9decin attach\u00e9 \u00e0 la commune,<\/li>\n\n\n\n<li>et une religieuse ou une veuve charg\u00e9e de la surveillance quotidienne.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les comptes sont tenus avec rigueur : on y note les achats de linge, de bois, de savon, de chandelles ; les r\u00e9parations du toit, des murs, des po\u00eales ; les d\u00e9penses pour les pensionnaires : pain, soupe, v\u00eatements, parfois un peu de viande les jours de f\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les anciennes censes \u2014 comme celle du Bel \u2014 continuent de fournir des revenus, mais ils sont d\u00e9sormais int\u00e9gr\u00e9s dans une comptabilit\u00e9 moderne, contr\u00f4l\u00e9e par la municipalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La charit\u00e9 est devenue <strong>institutionnelle<\/strong>, mais elle reste profond\u00e9ment locale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2726 <strong>3. La vie quotidienne dans les hospices ruraux<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les villages, les hospices ressemblent davantage \u00e0 de grandes maisons qu\u2019\u00e0 des \u00e9tablissements m\u00e9dicaux. On y vit simplement, presque comme en famille. Les pensionnaires sont souvent des personnes \u00e2g\u00e9es, parfois des infirmes, parfois des veuves sans ressources.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La journ\u00e9e est rythm\u00e9e par :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>les repas pris en commun,<\/li>\n\n\n\n<li>les visites du cur\u00e9,<\/li>\n\n\n\n<li>les soins rudimentaires,<\/li>\n\n\n\n<li>les travaux l\u00e9gers pour ceux qui le peuvent,<\/li>\n\n\n\n<li>les veill\u00e9es autour du po\u00eale.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les archives montrent une attention touchante port\u00e9e \u00e0 ces pensionnaires : on leur ach\u00e8te des sabots, des chemises, des draps, parfois m\u00eame un peu de tabac ou de caf\u00e9. On veille \u00e0 leur dignit\u00e9, malgr\u00e9 la pauvret\u00e9 des moyens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ces petites maisons, la charit\u00e9 garde un visage humain.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2726 <strong>4. Les hospices urbains : vers une m\u00e9dicalisation progressive<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les villes de l\u2019Avesnois, les hospices prennent une autre dimension. \u00c0 Avesnes, Le Quesnoy, Maubeuge, Landrecies, ils accueillent davantage de pensionnaires et commencent \u00e0 int\u00e9grer des <strong>soins m\u00e9dicaux<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On y trouve :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>une salle pour les malades,<\/li>\n\n\n\n<li>un m\u00e9decin attach\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement,<\/li>\n\n\n\n<li>parfois une salle d\u2019accouchement,<\/li>\n\n\n\n<li>des religieuses hospitali\u00e8res (lorsqu\u2019elles reviennent apr\u00e8s le Concordat),<\/li>\n\n\n\n<li>des locaux plus vastes, mieux organis\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces hospices deviennent peu \u00e0 peu des <strong>h\u00f4pitaux locaux<\/strong>, capables de traiter les maladies courantes, d\u2019accueillir les bless\u00e9s, de pratiquer de petites interventions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est le d\u00e9but d\u2019une lente transformation qui m\u00e8nera, au XX\u1d49 si\u00e8cle, \u00e0 la cr\u00e9ation des centres hospitaliers modernes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2726 <strong>5. Une charit\u00e9 qui s\u2019adapte au monde moderne<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre 1850 et 1950, les hospices \u00e9voluent au rythme des besoins :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>la population vieillit,<\/li>\n\n\n\n<li>les maladies chroniques augmentent,<\/li>\n\n\n\n<li>les guerres apportent leur lot de bless\u00e9s et d\u2019orphelins,<\/li>\n\n\n\n<li>les communes doivent moderniser leurs \u00e9tablissements.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les hospices deviennent des lieux de soins, puis des h\u00f4pitaux locaux, puis des maisons de retraite. Ils s\u2019adaptent, se transforment, se modernisent, mais restent fid\u00e8les \u00e0 leur vocation premi\u00e8re : <strong>accueillir les plus fragiles<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les villages, les petits hospices disparaissent peu \u00e0 peu, absorb\u00e9s par les structures plus grandes. Dans les villes, ils deviennent les anc\u00eatres directs des centres hospitaliers actuels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, du XIX\u1d49 au milieu du XX\u1d49 si\u00e8cle, l\u2019hospice communal est le <strong>c\u0153ur de la solidarit\u00e9 locale<\/strong>, h\u00e9ritier des maladreries m\u00e9di\u00e9vales et pr\u00e9curseur des h\u00f4pitaux modernes.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-dark-red-color has-bright-blue-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-ef2842c7b3e5b62fefd0f73049efe0f3\">\u2727\u2727\u2727 <strong>VI. Les h\u00f4pitaux locaux : entre proximit\u00e9 et limites (1950 \u2013 1990)<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2726 <strong>1. L\u2019apr\u00e8s\u2011guerre : un besoin urgent de modernisation<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l\u2019Avesnois, comme toute la France, doit reconstruire. Les hospices communaux existent toujours, mais ils ne suffisent plus. La population augmente, les besoins m\u00e9dicaux aussi, et les progr\u00e8s de la m\u00e9decine exigent des \u00e9quipements nouveaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est dans ce contexte que les anciens hospices se transforment progressivement en <strong>h\u00f4pitaux locaux<\/strong>. Ils conservent leur vocation de proximit\u00e9, mais ils doivent d\u00e9sormais r\u00e9pondre \u00e0 des exigences m\u00e9dicales modernes : radiologie, petite chirurgie, maternit\u00e9, soins d\u2019urgence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les b\u00e2timents, souvent anciens, sont adapt\u00e9s tant bien que mal. On ajoute une salle de soins ici, une salle d\u2019accouchement l\u00e0, un petit bloc op\u00e9ratoire dans une pi\u00e8ce r\u00e9am\u00e9nag\u00e9e. C\u2019est une modernisation pragmatique, parfois improvis\u00e9e, mais indispensable.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2726 <strong>2. Des h\u00f4pitaux modestes, mais proches des habitants<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les ann\u00e9es 1950\u20111970, chaque petite ville de l\u2019Avesnois poss\u00e8de son h\u00f4pital local :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Avesnes,<\/li>\n\n\n\n<li>Le Quesnoy,<\/li>\n\n\n\n<li>Maubeuge,<\/li>\n\n\n\n<li>Landrecies,<\/li>\n\n\n\n<li>Felleries,<\/li>\n\n\n\n<li>parfois m\u00eame des cliniques priv\u00e9es, comme \u00e0 Berlaimont dans les ann\u00e9es 1960.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces \u00e9tablissements sont de taille r\u00e9duite, mais ils jouent un r\u00f4le essentiel. On y pratique :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>des accouchements,<\/li>\n\n\n\n<li>des appendicectomies,<\/li>\n\n\n\n<li>des soins courants,<\/li>\n\n\n\n<li>des sutures,<\/li>\n\n\n\n<li>des traitements de fractures simples,<\/li>\n\n\n\n<li>des hospitalisations de quelques jours.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les habitants y trouvent une <strong>m\u00e9decine de proximit\u00e9<\/strong>, humaine, accessible, rassurante. Les m\u00e9decins connaissent leurs patients, les infirmi\u00e8res connaissent les familles, et l\u2019h\u00f4pital fait partie de la vie locale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2726 <strong>3. Les limites d\u2019un mod\u00e8le dispers\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais cette proximit\u00e9 a un prix. Les h\u00f4pitaux locaux manquent de moyens, de personnel sp\u00e9cialis\u00e9, d\u2019\u00e9quipements modernes. Les progr\u00e8s rapides de la m\u00e9decine \u2014 anesth\u00e9sie, imagerie, chirurgie sp\u00e9cialis\u00e9e \u2014 exigent des plateaux techniques que ces petits \u00e9tablissements ne peuvent financer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les maternit\u00e9s ferment les unes apr\u00e8s les autres. Les blocs op\u00e9ratoires deviennent obsol\u00e8tes. Les services d\u2019urgence peinent \u00e0 r\u00e9pondre aux nouvelles exigences de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peu \u00e0 peu, l\u2019\u00c9tat et les autorit\u00e9s sanitaires prennent conscience que ce mod\u00e8le dispers\u00e9 n\u2019est plus viable. Il faut regrouper, mutualiser, moderniser.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2726 <strong>4. Maubeuge, futur p\u00f4le hospitalier<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cette r\u00e9organisation naissante, un \u00e9tablissement s\u2019impose naturellement : <strong>l\u2019h\u00f4pital de Maubeuge<\/strong>. Plus grand, mieux \u00e9quip\u00e9, situ\u00e9 dans une ville plus importante, il devient progressivement le centre de gravit\u00e9 hospitalier de l\u2019Avesnois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les autres h\u00f4pitaux locaux commencent \u00e0 se sp\u00e9cialiser :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Avesnes se tourne vers la g\u00e9riatrie et les soins de suite,<\/li>\n\n\n\n<li>Le Quesnoy d\u00e9veloppe des services de r\u00e9\u00e9ducation,<\/li>\n\n\n\n<li>Felleries devient un \u00e9tablissement de long s\u00e9jour.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Landrecies, l\u2019ancien hospice n\u2019a jamais \u00e9volu\u00e9 vers un v\u00e9ritable h\u00f4pital local. Il s\u2019est orient\u00e9 directement vers l\u2019accueil des personnes \u00e2g\u00e9es, avant de laisser place, \u00e0 la fin du XX\u1d49 si\u00e8cle, \u00e0 une maison de retraite moderne install\u00e9e dans les anciens locaux de la gendarmerie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce mouvement, encore discret dans les ann\u00e9es 1970, s\u2019acc\u00e9l\u00e8re dans les ann\u00e9es 1980.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2726 <strong>5. La fin d\u2019une \u00e9poque : les h\u00f4pitaux locaux se transforment<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 partir des ann\u00e9es 1980, les fermetures se multiplient. Les petits h\u00f4pitaux ruraux, trop co\u00fbteux \u00e0 moderniser, deviennent :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>des maisons de retraite,<\/li>\n\n\n\n<li>des EHPAD,<\/li>\n\n\n\n<li>des centres de soins de suite,<\/li>\n\n\n\n<li>ou sont tout simplement ferm\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les habitants regrettent parfois cette proximit\u00e9 perdue, mais la m\u00e9decine moderne exige des \u00e9quipements lourds, des \u00e9quipes nombreuses, des services sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La transformation est in\u00e9vitable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les h\u00f4pitaux locaux ont jou\u00e9 leur r\u00f4le pendant pr\u00e8s d\u2019un demi\u2011si\u00e8cle. Ils ont accompagn\u00e9 les naissances, les maladies, les accidents, les vieillesses. Ils ont \u00e9t\u00e9 des lieux de vie, de soins, de r\u00e9confort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais leur temps touche \u00e0 sa fin. Une nouvelle \u00e8re s\u2019annonce : celle de la <strong>centralisation hospitali\u00e8re<\/strong>, qui fera l\u2019objet du chapitre suivant.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-dark-red-color has-bright-blue-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-cc952af0864014f3608f58593dbe3d78\">\u2726\u2726\u2726 <strong>VII. La grande r\u00e9organisation hospitali\u00e8re (1990 \u2013 2020)<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2727 <strong>1. Les ann\u00e9es 1990 : la fin d\u2019un mod\u00e8le dispers\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au tournant des ann\u00e9es 1990, l\u2019Avesnois compte encore plusieurs h\u00f4pitaux locaux, h\u00e9ritiers des hospices du XIX\u1d49 si\u00e8cle. Ils sont proches des habitants, familiers, rassurants. Mais la m\u00e9decine moderne exige d\u00e9sormais des \u00e9quipements lourds, des \u00e9quipes sp\u00e9cialis\u00e9es, des plateaux techniques co\u00fbteux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les autorit\u00e9s sanitaires dressent un constat sans appel : le mod\u00e8le des <strong>petits h\u00f4pitaux dispers\u00e9s<\/strong> n\u2019est plus viable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les blocs op\u00e9ratoires sont trop petits, les maternit\u00e9s trop isol\u00e9es, les services d\u2019urgence insuffisamment s\u00e9curis\u00e9s. Les normes \u00e9voluent, les exigences augmentent, et les budgets ne suivent plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une r\u00e9organisation devient in\u00e9vitable.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2727 <strong>2. Maubeuge s\u2019impose comme p\u00f4le hospitalier<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cette recomposition, un \u00e9tablissement s\u2019impose naturellement : <strong>l\u2019h\u00f4pital de Maubeuge<\/strong>. Plus vaste, mieux \u00e9quip\u00e9, situ\u00e9 dans une ville plus importante, il poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0 :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>un service d\u2019urgences structur\u00e9,<\/li>\n\n\n\n<li>un bloc op\u00e9ratoire moderne,<\/li>\n\n\n\n<li>une maternit\u00e9 active,<\/li>\n\n\n\n<li>des services sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les autorit\u00e9s sanitaires d\u00e9cident d\u2019en faire le <strong>centre hospitalier de r\u00e9f\u00e9rence<\/strong> pour tout le bassin de l\u2019Avesnois. Les autres \u00e9tablissements doivent s\u2019y articuler, se sp\u00e9cialiser, ou se transformer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est le d\u00e9but d\u2019un mouvement profond, qui va s\u2019\u00e9tendre sur trois d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2727 <strong>3. Avesnes, Le Quesnoy, Felleries : la reconversion progressive<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les h\u00f4pitaux locaux ne disparaissent pas imm\u00e9diatement. Ils se <strong>reconvertissent<\/strong>, chacun selon ses forces et ses b\u00e2timents.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u2022 Avesnes<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019h\u00f4pital d\u2019Avesnes, trop petit pour maintenir un plateau technique complet, se tourne vers :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>la g\u00e9riatrie,<\/li>\n\n\n\n<li>les soins de suite,<\/li>\n\n\n\n<li>la r\u00e9adaptation,<\/li>\n\n\n\n<li>l\u2019accueil des personnes \u00e2g\u00e9es d\u00e9pendantes.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il devient un \u00e9tablissement essentiel pour le vieillissement de la population.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u2022 Le Quesnoy<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Quesnoy d\u00e9veloppe des services de :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>r\u00e9\u00e9ducation,<\/li>\n\n\n\n<li>soins de suite,<\/li>\n\n\n\n<li>long s\u00e9jour.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son cadre, plus vaste, permet une sp\u00e9cialisation progressive.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u2022 Felleries<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9tablissement de Felleries, d\u00e9j\u00e0 orient\u00e9 vers le long s\u00e9jour, devient un lieu d\u2019accueil pour les personnes \u00e2g\u00e9es et les patients n\u00e9cessitant une prise en charge prolong\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u2022 Landrecies<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019activit\u00e9 m\u00e9dicale diminue progressivement, au profit de services d\u2019h\u00e9bergement et de soins de suite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces reconversions ne sont pas des fermetures : ce sont des <strong>transformations<\/strong>, dict\u00e9es par les besoins et les contraintes de la m\u00e9decine moderne.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2727 <strong>4. La fermeture des petites structures rurales<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les villages, les derniers hospices \u2014 devenus maisons de retraite communales \u2014 ferment les uns apr\u00e8s les autres dans les ann\u00e9es 1980\u20111990. Ils sont trop petits, trop co\u00fbteux \u00e0 mettre aux normes, trop isol\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les pensionnaires sont transf\u00e9r\u00e9s vers :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>des EHPAD modernes,<\/li>\n\n\n\n<li>des unit\u00e9s de soins de longue dur\u00e9e,<\/li>\n\n\n\n<li>des \u00e9tablissements sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces fermetures marquent la fin d\u2019un monde : celui des petites maisons d\u2019accueil o\u00f9 l\u2019on vivait presque en famille. Mais elles r\u00e9pondent \u00e0 une exigence de s\u00e9curit\u00e9 et de qualit\u00e9 de soins.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2727 <strong>5. Une nouvelle carte sanitaire pour l\u2019Avesnois<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre 1990 et 2020, la carte hospitali\u00e8re de l\u2019Avesnois se redessine compl\u00e8tement. On passe d\u2019un r\u00e9seau dense de petits h\u00f4pitaux \u00e0 un syst\u00e8me plus concentr\u00e9, plus sp\u00e9cialis\u00e9, plus technique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le paysage devient :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Maubeuge<\/strong> : p\u00f4le hospitalier central, urgences, chirurgie, maternit\u00e9, sp\u00e9cialit\u00e9s.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Avesnes, Le Quesnoy, Felleries<\/strong> : soins de suite, g\u00e9riatrie, r\u00e9\u00e9ducation, long s\u00e9jour.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>EHPAD<\/strong> : nombreux, modernes, r\u00e9partis sur tout le territoire.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Cliniques priv\u00e9es<\/strong> : certaines disparaissent, d\u2019autres se sp\u00e9cialisent.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette r\u00e9organisation r\u00e9pond \u00e0 une logique nationale : mutualiser les moyens, garantir la s\u00e9curit\u00e9, moderniser les \u00e9quipements.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais elle transforme profond\u00e9ment le rapport des habitants \u00e0 leur h\u00f4pital.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2727 <strong>6. Entre nostalgie et modernit\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour beaucoup d\u2019habitants, la fermeture des petits h\u00f4pitaux locaux est v\u00e9cue comme une perte. On regrette la proximit\u00e9, les visages connus, la simplicit\u00e9 des lieux. On se souvient des naissances, des op\u00e9rations, des visites, des moments de vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais la m\u00e9decine moderne ne peut plus fonctionner comme autrefois. Elle exige :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>des \u00e9quipes nombreuses,<\/li>\n\n\n\n<li>des \u00e9quipements co\u00fbteux,<\/li>\n\n\n\n<li>des services sp\u00e9cialis\u00e9s,<\/li>\n\n\n\n<li>une s\u00e9curit\u00e9 maximale.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La centralisation est donc une n\u00e9cessit\u00e9, m\u00eame si elle bouscule les habitudes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, entre 1990 et 2020, l\u2019Avesnois entre pleinement dans la modernit\u00e9 hospitali\u00e8re, tout en conservant, dans ses \u00e9tablissements de proximit\u00e9, l\u2019h\u00e9ritage de la charit\u00e9 ancienne.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-dark-red-color has-bright-blue-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-becab1ebb6bbb3e873855c5de6b72ddf\">\u2742\u2742 <strong>VIII. H\u00e9ritages et traces dans le paysage<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2727 <strong>1. Les noms de lieux : une m\u00e9moire inscrite dans la terre<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019Avesnois porte encore, dans ses toponymes, les vestiges de huit si\u00e8cles de charit\u00e9 et de soins. Ces noms, parfois discrets, parfois \u00e9vidents, racontent une histoire que les habitants ignorent souvent, mais que la terre n\u2019a jamais oubli\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On retrouve ainsi :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>Bel<\/em>, <em>Hubel<\/em>, <em>Baile<\/em> : anciennes maladreries devenues censes, puis fermes communales.<\/li>\n\n\n\n<li><em>La Maladrerie<\/em>, <em>Le H\u00f4pital<\/em>, <em>La Providence<\/em> : lieux o\u00f9 l\u2019on isolait les malades, o\u00f9 l\u2019on accueillait les pauvres, o\u00f9 l\u2019on soignait les indigents.<\/li>\n\n\n\n<li><em>Saint\u2011Urbain<\/em>, <em>Saint\u2011Lazare<\/em> : chapelles li\u00e9es aux anciennes l\u00e9proseries ou aux confr\u00e9ries charitables.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces noms sont des balises. Ils rappellent que, bien avant les h\u00f4pitaux modernes, les villages avaient d\u00e9j\u00e0 organis\u00e9 la solidarit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2727 <strong>2. Les b\u00e2timents r\u00e9affect\u00e9s : une continuit\u00e9 silencieuse<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Beaucoup de b\u00e2timents li\u00e9s \u00e0 la charit\u00e9 ancienne ont chang\u00e9 de fonction, mais pas de nature. Les anciennes censes des maladreries sont devenues :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>des fermes,<\/li>\n\n\n\n<li>des maisons d\u2019habitation,<\/li>\n\n\n\n<li>parfois des \u00e9coles,<\/li>\n\n\n\n<li>parfois des salles communales.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les anciens hospices, eux, ont souvent \u00e9t\u00e9 transform\u00e9s en :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>maisons de retraite,<\/li>\n\n\n\n<li>EHPAD,<\/li>\n\n\n\n<li>centres de soins de suite,<\/li>\n\n\n\n<li>\u00e9tablissements m\u00e9dico\u2011sociaux.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, un m\u00eame lieu a pu \u00eatre successivement :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">l\u00e9proserie \u2192 maladrerie \u2192 cense \u2192 hospice \u2192 maison de retraite \u2192 EHPAD.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette continuit\u00e9 est unique : elle montre que la vocation d\u2019un lieu peut traverser les si\u00e8cles, m\u00eame lorsque les institutions changent.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2727 <strong>3. Les archives : une m\u00e9moire patiente et pr\u00e9cieuse<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les archives communales et d\u00e9partementales conservent les traces de cette longue histoire. On y trouve :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>les comptes des manbours,<\/li>\n\n\n\n<li>les baux des censes,<\/li>\n\n\n\n<li>les visites pastorales,<\/li>\n\n\n\n<li>les d\u00e9lib\u00e9rations des \u00e9chevins,<\/li>\n\n\n\n<li>les registres des hospices,<\/li>\n\n\n\n<li>les inventaires r\u00e9volutionnaires,<\/li>\n\n\n\n<li>les rapports des Bureaux de Bienfaisance.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces documents, parfois fragiles, parfois lacunaires, permettent de suivre la vie des pauvres, des malades, des vieillards, mais aussi celle des administrateurs, des cur\u00e9s, des s\u0153urs, des m\u00e9decins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils sont la m\u00e9moire \u00e9crite de la charit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2727 <strong>4. Les souvenirs des habitants : une m\u00e9moire vivante<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au\u2011del\u00e0 des archives, il existe une autre m\u00e9moire, plus fragile encore : celle des habitants. On se souvient :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>de la s\u0153ur qui venait soigner les enfants,<\/li>\n\n\n\n<li>du m\u00e9decin de campagne qui passait en bicyclette,<\/li>\n\n\n\n<li>de l\u2019hospice o\u00f9 l\u2019on allait visiter une tante,<\/li>\n\n\n\n<li>de la salle d\u2019accouchement o\u00f9 sont n\u00e9s des g\u00e9n\u00e9rations d\u2019Avesnoisiens,<\/li>\n\n\n\n<li>du petit h\u00f4pital o\u00f9 l\u2019on a \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9 d\u2019une appendicite,<\/li>\n\n\n\n<li>des vieilles pierres de la maladrerie que l\u2019on voyait en allant aux champs.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces souvenirs, transmis de bouche \u00e0 oreille, donnent chair \u00e0 l\u2019histoire. Ils montrent que la charit\u00e9 n\u2019est pas seulement une institution : c\u2019est une exp\u00e9rience humaine.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2727 <strong>5. Une tradition de solidarit\u00e9 toujours vivante<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui encore, l\u2019Avesnois reste un territoire o\u00f9 la solidarit\u00e9 est forte. Les EHPAD, les centres hospitaliers, les services de soins \u00e0 domicile, les associations caritatives, les CCAS prolongent, chacun \u00e0 leur mani\u00e8re, une tradition vieille de huit si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien s\u00fbr, les formes ont chang\u00e9 : les l\u00e9proseries ont disparu, les maladreries sont devenues des fermes, les hospices se sont transform\u00e9s en h\u00f4pitaux, puis en \u00e9tablissements m\u00e9dico\u2011sociaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais l\u2019esprit demeure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019id\u00e9e que la communaut\u00e9 doit prendre soin des plus fragiles \u2014 malades, pauvres, vieillards \u2014 traverse toute l\u2019histoire de l\u2019Avesnois. Elle est inscrite dans ses paysages, dans ses b\u00e2timents, dans ses archives, dans ses m\u00e9moires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et c\u2019est peut\u2011\u00eatre l\u00e0 le plus bel h\u00e9ritage.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">\u2756 <strong>Conclusion \u2014 Huit si\u00e8cles d\u2019une m\u00eame vocation<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du Moyen \u00c2ge \u00e0 nos jours, l\u2019histoire des l\u00e9proseries, des maladreries, des hospices, des h\u00f4pitaux et des maisons de retraite de l\u2019Avesnois forme une cha\u00eene continue, \u00e9tonnamment coh\u00e9rente malgr\u00e9 les ruptures, les crises et les r\u00e9volutions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au d\u00e9part, il y a les <strong>l\u00e9proseries<\/strong>, isol\u00e9es aux marges des villages, tenues par des manbours, des \u00e9chevins, un cur\u00e9, un bailli. Puis viennent les <strong>maladreries<\/strong>, devenues censes agricoles, g\u00e9r\u00e9es avec rigueur pour assurer l\u2019entretien des pauvres. Les <strong>lettres royales<\/strong>, comme celle de Louis XIV en 1700, rappellent que ces biens doivent rester fid\u00e8les \u00e0 leur vocation charitable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La R\u00e9volution bouleverse tout, mais ne d\u00e9truit rien : elle transforme les maladreries en <strong>biens communaux<\/strong>, les confie aux <strong>Bureaux de Bienfaisance<\/strong>, et ouvre la voie aux <strong>hospices communaux<\/strong> du XIX\u1d49 si\u00e8cle. Ces hospices, modestes et proches des habitants, deviennent les premiers lieux d\u2019accueil des vieillards, des infirmes, des indigents.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au XX\u1d49 si\u00e8cle, la m\u00e9decine progresse, les besoins changent, les h\u00f4pitaux locaux apparaissent, puis se transforment \u00e0 leur tour. La grande r\u00e9organisation hospitali\u00e8re de la fin du XX\u1d49 si\u00e8cle recentre les soins autour de Maubeuge, tandis que les \u00e9tablissements d\u2019Avesnes, Le Quesnoy, Felleries et Landrecies trouvent chacun leur place dans le paysage m\u00e9dico\u2011social moderne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, les <strong>EHPAD<\/strong>, les <strong>centres hospitaliers<\/strong>, les <strong>services de soins \u00e0 domicile<\/strong>, les <strong>associations caritatives<\/strong> prolongent cette tradition. Les formes ont chang\u00e9, les b\u00e2timents aussi, mais l\u2019id\u00e9e demeure : <strong>la communaut\u00e9 doit prendre soin des plus fragiles<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les noms de lieux, dans les archives, dans les souvenirs des habitants, cette longue histoire est encore l\u00e0. Elle dit quelque chose d\u2019essentiel sur l\u2019Avesnois : un territoire o\u00f9 la solidarit\u00e9 n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un mot abstrait, mais une r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue, organis\u00e9e, transmise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, des l\u00e9proseries m\u00e9di\u00e9vales aux \u00e9tablissements m\u00e9dico\u2011sociaux d\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est une m\u00eame vocation qui traverse les si\u00e8cles : <strong>accueillir, prot\u00e9ger, soigner, accompagner<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et c\u2019est peut\u2011\u00eatre l\u00e0, dans cette fid\u00e9lit\u00e9 silencieuse, que r\u00e9side le plus bel h\u00e9ritage de cette histoire.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">\u2756 <strong>Frise chronologique \u2014 Huit si\u00e8cles de charit\u00e9 dans l\u2019Avesnois<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>XII\u1d49 \u2013 XIII\u1d49 si\u00e8cles<\/strong> \u2022 Cr\u00e9ation des premi\u00e8res <strong>l\u00e9proseries<\/strong> dans l\u2019Avesnois \u2022 Gestion par les \u00e9chevins, le manbour, le cur\u00e9, le bailli \u2022 Chapelles d\u00e9di\u00e9es (Saint\u2011Lazare, Saint\u2011Urbain\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>XIV\u1d49 \u2013 XV\u1d49 si\u00e8cles<\/strong> \u2022 Recul de la l\u00e8pre \u2022 Les l\u00e9proseries deviennent des <strong>maladreries<\/strong> \u2022 D\u00e9but de la transformation en <strong>censes<\/strong> (fermes)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>XVI\u1d49 \u2013 XVII\u1d49 si\u00e8cles<\/strong> \u2022 Les maladreries sont d\u00e9sormais des <strong>biens communaux<\/strong> \u2022 Tensions entre communes et abbayes \u2022 <strong>1700 : lettre de Louis XIV<\/strong> rappelant que les revenus doivent servir aux pauvres \u2022 1713 : arr\u00eat royal unissant la maladrerie d\u2019Aulnoye \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Berlaimont<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>XVII\u1d49 \u2013 XVIII\u1d49 si\u00e8cles<\/strong> \u2022 D\u00e9veloppement des <strong>couvents f\u00e9minins<\/strong> (instruction, soins \u00e0 domicile) \u2022 Coexistence entre charit\u00e9 civile (maladreries) et charit\u00e9 religieuse (couvents)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1789 \u2013 1800<\/strong> \u2022 R\u00e9volution fran\u00e7aise \u2022 Suppression des ordres religieux \u2022 Vente des couvents comme biens nationaux \u2022 Cr\u00e9ation des <strong>Bureaux de Bienfaisance<\/strong> (1796)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>XIX\u1d49 si\u00e8cle<\/strong> \u2022 Les anciennes maladreries deviennent des <strong>hospices communaux<\/strong> \u2022 Accueil des vieillards, infirmes, orphelins \u2022 D\u00e9but d\u2019une m\u00e9dicalisation progressive dans les villes<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1950 \u2013 1990<\/strong> \u2022 Transformation des hospices en <strong>h\u00f4pitaux locaux<\/strong> \u2022 Modernisation partielle (maternit\u00e9s, chirurgie l\u00e9g\u00e8re, urgences) \u2022 D\u00e9but de la concentration hospitali\u00e8re autour de Maubeuge<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1990 \u2013 2020<\/strong> \u2022 Grande r\u00e9organisation hospitali\u00e8re \u2022 Maubeuge devient p\u00f4le central \u2022 Avesnes, Le Quesnoy, Felleries \u2192 soins de suite, g\u00e9riatrie, r\u00e9\u00e9ducation \u2022 Landrecies \u2192 hospice devenu maison de retraite \u2022 D\u00e9veloppement des <strong>EHPAD<\/strong> modernes<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Aujourd\u2019hui<\/strong> \u2022 Un paysage m\u00e9dico\u2011social issu de huit si\u00e8cles de transformations \u2022 Une m\u00eame vocation : <strong>prendre soin des plus fragiles<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">\u2756 <strong>Bibliographie comment\u00e9e<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Ouvrages g\u00e9n\u00e9raux sur la charit\u00e9 et les institutions hospitali\u00e8res<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Michel Mollat \u2013 <\/strong><em><strong>Les pauvres au Moyen \u00c2ge<\/strong><\/em> Un classique. Mollat montre comment la pauvret\u00e9 est per\u00e7ue, organis\u00e9e, encadr\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale. Il \u00e9claire parfaitement l\u2019origine des l\u00e9proseries et des premi\u00e8res formes d\u2019assistance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Jacques Heers \u2013 <\/strong><em><strong>La charit\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale<\/strong><\/em> Analyse fine des pratiques charitables, des confr\u00e9ries, des h\u00f4pitaux et des maladreries. Tr\u00e8s utile pour comprendre la logique religieuse et sociale qui sous\u2011tend les institutions de l\u2019Avesnois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Jean\u2011Claude Poinsignon \u2013 <\/strong><em><strong>Les h\u00f4pitaux et hospices de l\u2019Ancien R\u00e9gime<\/strong><\/em> Ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence pour comprendre l\u2019\u00e9volution des hospices, leur administration, leurs ressources et leur transformation progressive en \u00e9tablissements publics.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00c9tudes sp\u00e9cialis\u00e9es sur la l\u00e8pre et les maladreries<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Fran\u00e7ois\u2011Olivier Touati \u2013 <\/strong><em><strong>Maladie et soci\u00e9t\u00e9 au Moyen \u00c2ge : la l\u00e8pre<\/strong><\/em> Travail monumental. Touati explique comment la l\u00e8pre structure l\u2019espace, les mentalit\u00e9s et les institutions. Indispensable pour comprendre la naissance des l\u00e9proseries dans le Nord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Carole Avignon \u2013 <\/strong><em><strong>Les l\u00e9proseries du Nord de la France<\/strong><\/em> \u00c9tude r\u00e9gionale pr\u00e9cieuse. Elle recense les \u00e9tablissements, d\u00e9crit leur fonctionnement et leur \u00e9volution. Tr\u00e8s utile pour replacer Prisches, Aulnoye, Berlaimont et les autres dans un cadre plus large.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Jean\u2011No\u00ebl Biraben \u2013 <\/strong><em><strong>Les hommes et la peste<\/strong><\/em> M\u00eame si l\u2019ouvrage porte sur la peste, il \u00e9claire les r\u00e9actions sociales face aux maladies contagieuses et les m\u00e9canismes d\u2019isolement, proches de ceux des l\u00e9proseries.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Ouvrages sur l\u2019histoire religieuse et sociale du Nord<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Abb\u00e9 Henri Platelle \u2013 <\/strong><em><strong>Histoire religieuse du Nord de la France<\/strong><\/em> Une synth\u00e8se claire sur les structures eccl\u00e9siastiques, les couvents, les pratiques pastorales. Tr\u00e8s utile pour comprendre le r\u00f4le des s\u0153urs dans l\u2019Avesnois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Alain Lottin \u2013 <\/strong><em><strong>La vie quotidienne dans le Nord au XVIII\u1d49 si\u00e8cle<\/strong><\/em> Ouvrage vivant, riche en d\u00e9tails concrets. Il \u00e9claire le contexte \u00e9conomique et social dans lequel s\u2019inscrivent les maladreries et les hospices.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Jean\u2011Pierre Jessenne \u2013 <\/strong><em><strong>Pouvoir au village et soci\u00e9t\u00e9 rurale dans le Nord<\/strong><\/em> Analyse fine des pouvoirs locaux : \u00e9chevins, manbours, cur\u00e9s, baillis. Indispensable pour comprendre la gestion des biens des pauvres avant la R\u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Sources locales et archives<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Archives d\u00e9partementales du Nord (AD59)<\/strong> S\u00e9ries E, G, H, L, O : \u2013 comptes des manbours, \u2013 baux des censes, \u2013 visites pastorales, \u2013 inventaires r\u00e9volutionnaires, \u2013 registres des hospices et bureaux de bienfaisance. Ces documents constituent la base la plus solide pour retracer l\u2019histoire des \u00e9tablissements de Prisches, Aulnoye, Berlaimont, Avesnes, Le Quesnoy, Landrecies, etc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Archives communales<\/strong> Registres de d\u00e9lib\u00e9rations, comptes des hospices, correspondances locales. Elles permettent de suivre la vie quotidienne des \u00e9tablissements, les d\u00e9penses, les r\u00e9parations, les admissions.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Outils de synth\u00e8se r\u00e9gionale<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Dictionnaire historique et arch\u00e9ologique du Nord<\/strong> Une mine d\u2019informations pour v\u00e9rifier les dates, les toponymes, les institutions locales. Tr\u00e8s utile pour confirmer l\u2019existence d\u2019un hospice, d\u2019une chapelle, d\u2019une maladrerie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u2756 Introduction \u2014 Une histoire longue, discr\u00e8te et essentielle L\u2019histoire de la charit\u00e9 dans l\u2019Avesnois n\u2019est pas une histoire spectaculaire. Elle ne parle ni de batailles, ni de rois, ni de grandes r\u00e9volutions politiques. 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