{"id":25619,"date":"2026-06-25T01:09:16","date_gmt":"2026-06-24T23:09:16","guid":{"rendered":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/?page_id=25619"},"modified":"2026-06-25T01:09:16","modified_gmt":"2026-06-24T23:09:16","slug":"la-manufacture-darmes-de-maubeuge-trois-siecles-dhistoire-de-fer-et-dhommes","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/la-manufacture-darmes-de-maubeuge-trois-siecles-dhistoire-de-fer-et-dhommes\/","title":{"rendered":"La Manufacture d\u2019Armes de Maubeuge : trois si\u00e8cles d\u2019histoire, de fer et d\u2019hommes"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Histoire, organisation, d\u00e9clin et h\u00e9ritage d\u2019un grand \u00e9tablissement industriel du Hainaut<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Jean\u2011Pierre CARRE<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Manuscrit historique \u2014 \u00c9dition 2026<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Avant\u2011Propos<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette \u00e9tude est n\u00e9e d\u2019un constat simple et pourtant surprenant : malgr\u00e9 l\u2019importance consid\u00e9rable de la Manufacture d\u2019Armes de Maubeuge dans l\u2019histoire industrielle du Nord, aucune th\u00e8se universitaire ne lui avait encore \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e. Pendant plus d\u2019un si\u00e8cle et demi, cette manufacture a fa\u00e7onn\u00e9 le paysage \u00e9conomique, social et humain du Hainaut. Elle a form\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations d\u2019ouvriers, transmis des savoirs techniques d\u2019une rare complexit\u00e9, structur\u00e9 des villages entiers, influenc\u00e9 durablement l\u2019identit\u00e9 d\u2019un territoire. Et pourtant, son histoire demeurait dispers\u00e9e, fragment\u00e9e, enfouie dans des archives familiales, des actes notari\u00e9s, des proc\u00e8s\u2011verbaux oubli\u00e9s, des r\u00e9cits transmis de bouche \u00e0 oreille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce travail est n\u00e9 du d\u00e9sir de rassembler ces fragments, de leur redonner coh\u00e9rence, de restituer \u00e0 la manufacture la place qui lui revient dans l\u2019histoire industrielle fran\u00e7aise. Il est n\u00e9 aussi d\u2019une volont\u00e9 plus intime : celle de comprendre les hommes et les femmes qui ont v\u00e9cu de cette manufacture, qui y ont consacr\u00e9 leur vie, qui y ont trouv\u00e9 leur identit\u00e9, leur fiert\u00e9, parfois leur souffrance. Derri\u00e8re les chiffres, les dates, les r\u00e8glements, il y a des familles enti\u00e8res, des gestes transmis de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, des drames silencieux, des r\u00e9ussites modestes, des destins fa\u00e7onn\u00e9s par le fer et par l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce travail n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible sans la richesse des sources conserv\u00e9es, parfois de mani\u00e8re inattendue, dans des archives publiques comme dans des fonds priv\u00e9s. Les lettres patentes de 1701, les successions Daretz, Hennet et F\u00e9lix, le proc\u00e8s\u2011verbal monumental de la vente de 1836, les d\u00e9nombrements d\u2019ouvriers, les r\u00e9cits familiaux, les traces mat\u00e9rielles encore visibles dans le paysage : autant de documents qui, mis bout \u00e0 bout, permettent de reconstituer une histoire compl\u00e8te, pr\u00e9cise, vivante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette th\u00e8se n\u2019a pas la pr\u00e9tention de clore le sujet. Au contraire, elle souhaite ouvrir la voie \u00e0 de nouvelles recherches, susciter des vocations, encourager la red\u00e9couverte d\u2019un patrimoine industriel trop longtemps n\u00e9glig\u00e9. Elle esp\u00e8re aussi rendre hommage aux ouvriers anonymes qui, pendant plus de cent trente ans, ont forg\u00e9, poli, ajust\u00e9, \u00e9prouv\u00e9 des milliers d\u2019armes, souvent dans des conditions difficiles, parfois au p\u00e9ril de leur vie. Leur travail, leur savoir, leur t\u00e9nacit\u00e9 m\u00e9ritaient d\u2019\u00eatre racont\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, ce travail est aussi un hommage \u00e0 une r\u00e9gion, \u00e0 son histoire, \u00e0 sa m\u00e9moire. La Manufacture d\u2019Armes de Maubeuge n\u2019est pas seulement un \u00e9tablissement disparu : elle est un chapitre essentiel de l\u2019identit\u00e9 du Hainaut. Elle a laiss\u00e9 une empreinte profonde, visible dans les paysages, dans les familles, dans les traditions. Elle appartient d\u00e9sormais au patrimoine commun, et il \u00e9tait temps de lui redonner la place qu\u2019elle m\u00e9rite.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">\ud83d\udcd1 <strong>Table des Mati\u00e8res<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Avant\u2011propos<\/strong> <strong>Introduction g\u00e9n\u00e9rale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Chapitre I \u2014 La naissance d\u2019une grande manufacture (1701\u20111727)<\/strong> I.1. Le contexte strat\u00e9gique et industriel du Hainaut I.2. Robert Daretz, fondateur et organisateur de la manufacture I.3. Une transmission familiale garante de stabilit\u00e9 (1727\u20111757) Sources du chapitre I<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Chapitre II \u2014 Une manufacture en pleine activit\u00e9 (1727\u20111789)<\/strong> II.1. Une organisation complexe et hi\u00e9rarchis\u00e9e II.2. Les normes techniques et le r\u00e8glement de 1728 II.3. Une journ\u00e9e d\u2019atelier en 1779 : la famille Groniez II.4. Les risques et les accidents Sources du chapitre II<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Chapitre III \u2014 La manufacture \u00e0 la veille de la R\u00e9volution (1789\u20111815)<\/strong> III.1. Une importance strat\u00e9gique majeure III.2. Le statut des ouvriers et les pensions III.3. La manufacture sous la R\u00e9volution et l\u2019Empire III.4. Une institution \u00e0 la crois\u00e9e des chemins Sources du chapitre III<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Chapitre IV \u2014 Le d\u00e9clin programm\u00e9 : la d\u00e9localisation (1816\u20111836)<\/strong> IV.1. Les raisons du repli IV.2. Le choix de Ch\u00e2tellerault IV.3. Une histoire humaine : la famille Delbouve IV.4. La fermeture de Maubeuge : un tournant industriel Sources du chapitre IV<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Chapitre V \u2014 La vente et la dispersion des biens (1836\u20111868)<\/strong> V.1. La vente du 19 septembre 1836 : un inventaire monumental V.2. Les nouveaux propri\u00e9taires : Lucq, Dumont et la transformation industrielle V.3. Les transmissions familiales : Daretz, Hennet, F\u00e9lix, Dumont V.4. La naissance d\u2019une nouvelle industrie : de la manufacture \u00e0 la sid\u00e9rurgie Sources du chapitre V<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Chapitre VI \u2014 H\u00e9ritage et m\u00e9moire de la manufacture<\/strong> VI.1. Une empreinte industrielle durable VI.2. La transformation du paysage \u00e9conomique VI.3. Les traces mat\u00e9rielles et m\u00e9morielles VI.4. Une place dans l\u2019histoire industrielle du Nord Sources du chapitre VI<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Conclusion g\u00e9n\u00e9rale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Introduction G\u00e9n\u00e9rale<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019histoire industrielle du Nord de la France est souvent associ\u00e9e \u00e0 la grande sid\u00e9rurgie du XIX\u1d49 si\u00e8cle, aux mines, aux hauts fourneaux, aux chemins de fer. Pourtant, bien avant l\u2019essor de ces industries modernes, une autre activit\u00e9, plus ancienne, plus discr\u00e8te mais tout aussi d\u00e9terminante, a fa\u00e7onn\u00e9 durablement le paysage \u00e9conomique, social et humain du Hainaut : la fabrication des armes. La Manufacture d\u2019Armes de Maubeuge, fond\u00e9e en 1701 par lettres patentes de Louis XIV, constitue l\u2019un des premiers grands \u00e9tablissements industriels de la r\u00e9gion. Pendant plus d\u2019un si\u00e8cle et demi, elle a produit des fusils pour les arm\u00e9es du roi, pour les troupes r\u00e9volutionnaires, pour les soldats de l\u2019Empire. Elle a form\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations d\u2019ouvriers hautement qualifi\u00e9s, transmis des savoirs techniques complexes, structur\u00e9 l\u2019\u00e9conomie locale, transform\u00e9 les villages environnants, cr\u00e9\u00e9 des dynasties ouvri\u00e8res dont les traces subsistent encore aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette th\u00e8se se propose de retracer l\u2019histoire compl\u00e8te de cette manufacture, depuis sa cr\u00e9ation au d\u00e9but du XVIII\u1d49 si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 sa fermeture en 1835 et \u00e0 la dispersion de ses biens en 1836. Elle s\u2019appuie sur un ensemble exceptionnel de sources : lettres patentes, actes de succession, proc\u00e8s\u2011verbaux d\u2019adjudication, d\u00e9nombrements d\u2019ouvriers, r\u00e8glements techniques, r\u00e9cits familiaux, archives locales. Ces documents, souvent m\u00e9connus, parfois in\u00e9dits, permettent de reconstituer avec pr\u00e9cision l\u2019organisation des ateliers, les m\u00e9thodes de fabrication, les conditions de travail, les dynamiques familiales, les enjeux strat\u00e9giques et les transformations \u00e9conomiques qui ont marqu\u00e9 l\u2019histoire de la manufacture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9tude s\u2019articule autour de six grands chapitres. Le premier retrace la naissance de la manufacture, replac\u00e9e dans le contexte strat\u00e9gique et industriel du Hainaut au d\u00e9but du XVIII\u1d49 si\u00e8cle. Le deuxi\u00e8me d\u00e9crit son fonctionnement interne, son organisation complexe, la diversit\u00e9 de ses m\u00e9tiers, la rigueur de ses normes techniques, la vie quotidienne des ouvriers. Le troisi\u00e8me analyse la place de la manufacture \u00e0 la veille de la R\u00e9volution, son importance strat\u00e9gique, le statut particulier de ses ouvriers, son r\u00f4le sous la R\u00e9volution et l\u2019Empire. Le quatri\u00e8me examine les raisons du d\u00e9clin et de la d\u00e9localisation, replac\u00e9es dans le contexte g\u00e9opolitique et industriel du d\u00e9but du XIX\u1d49 si\u00e8cle. Le cinqui\u00e8me \u00e9tudie la vente de 1836, les transmissions familiales, l\u2019arriv\u00e9e de Dumont et la naissance de la sid\u00e9rurgie moderne. Le sixi\u00e8me enfin s\u2019attache \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage et \u00e0 la m\u00e9moire de la manufacture, \u00e0 son impact durable sur la r\u00e9gion, \u00e0 la mani\u00e8re dont elle a fa\u00e7onn\u00e9 l\u2019identit\u00e9 industrielle du Hainaut.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019objectif de cette th\u00e8se n\u2019est pas seulement de raconter l\u2019histoire d\u2019un \u00e9tablissement disparu, mais de montrer comment une manufacture d\u2019Ancien R\u00e9gime a pu devenir le socle d\u2019une industrie moderne, comment des savoirs techniques anciens ont nourri des innovations nouvelles, comment des familles d\u2019ouvriers ont travers\u00e9 les si\u00e8cles en transmettant un patrimoine immat\u00e9riel pr\u00e9cieux. La Manufacture d\u2019Armes de Maubeuge n\u2019est pas un simple \u00e9pisode de l\u2019histoire industrielle : elle en est l\u2019un des fondements. La comprendre, c\u2019est comprendre les origines profondes de l\u2019industrie du Nord, ses forces, ses fragilit\u00e9s, ses continuit\u00e9s et ses ruptures.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>I. La naissance d\u2019une grande manufacture (1701\u20111727)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>I.1. Le contexte strat\u00e9gique et industriel du Hainaut<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au tournant du XVIII\u1d49 si\u00e8cle, le Hainaut fran\u00e7ais occupe une position strat\u00e9gique essentielle dans le dispositif militaire du royaume. Depuis les guerres de Louis XIV, cette r\u00e9gion frontali\u00e8re est devenue un espace de tension permanente, un territoire o\u00f9 se croisent les ambitions des Provinces\u2011Unies, de l\u2019Empire et des principaut\u00e9s germaniques. Les fortifications de Vauban, qui ceinturent Maubeuge, t\u00e9moignent de l\u2019importance accord\u00e9e \u00e0 cette zone sensible. Dans ce contexte, la capacit\u00e9 du royaume \u00e0 produire des armes en quantit\u00e9 suffisante et \u00e0 proximit\u00e9 des th\u00e9\u00e2tres d\u2019op\u00e9rations devient un enjeu majeur. La cr\u00e9ation d\u2019une manufacture d\u2019armes dans le Hainaut r\u00e9pond donc \u00e0 une logique strat\u00e9gique : il s\u2019agit de renforcer la d\u00e9fense du Nord en dotant la r\u00e9gion d\u2019un centre de production capable d\u2019\u00e9quiper rapidement les troupes stationn\u00e9es dans les places fortes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais le choix de Maubeuge ne repose pas uniquement sur des consid\u00e9rations militaires. La r\u00e9gion poss\u00e8de une tradition m\u00e9tallurgique ancienne et solide. Les rivi\u00e8res de la Solre et de la Rousies offrent une \u00e9nergie hydraulique abondante, indispensable pour actionner les soufflets, les marteaux et les meules. Les villages environnants \u2014 Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, Rousies, Louvroil \u2014 abritent une population d\u2019ouvriers qualifi\u00e9s, habitu\u00e9s au travail du fer, capables de s\u2019adapter aux exigences de la fabrication d\u2019armes. Les for\u00eats proches fournissent le charbon de bois n\u00e9cessaire aux forges, tandis que les carri\u00e8res et les hauts fourneaux r\u00e9gionaux assurent l\u2019approvisionnement en minerai et en fer. Le Hainaut constitue ainsi un \u00e9cosyst\u00e8me industriel complet, o\u00f9 chaque ressource trouve sa place dans une cha\u00eene de production coh\u00e9rente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est dans ce contexte que Louis XIV signe, le 5 f\u00e9vrier 1701, les lettres patentes autorisant Robert Daretz, bourgeois de Maubeuge, \u00e0 \u00e9tablir une manufacture d\u2019armes. Ce document fondateur marque la naissance officielle d\u2019un \u00e9tablissement appel\u00e9 \u00e0 jouer un r\u00f4le majeur dans l\u2019histoire industrielle du Nord. Robert Daretz n\u2019est pas un simple entrepreneur : il appartient \u00e0 une famille solidement implant\u00e9e dans la r\u00e9gion, li\u00e9e aux m\u00e9tiers du fer et aux r\u00e9seaux \u00e9conomiques locaux. Son initiative s\u2019inscrit dans une dynamique o\u00f9 l\u2019\u00c9tat encourage les particuliers \u00e0 d\u00e9velopper des manufactures capables de r\u00e9pondre aux besoins militaires croissants du royaume.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>I.2. Robert Daretz, fondateur et organisateur de la manufacture<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s l\u2019obtention des lettres patentes, Robert Daretz entreprend de structurer la manufacture comme un ensemble industriel coh\u00e9rent, r\u00e9parti sur plusieurs sites compl\u00e9mentaires. \u00c0 Maubeuge m\u00eame, il installe les ateliers de montage, de r\u00e9vision et de garniture, o\u00f9 les armes sont assembl\u00e9es, ajust\u00e9es et contr\u00f4l\u00e9es. \u00c0 Rousies, il adapte les moulins existants pour actionner les m\u00e9canismes hydrauliques n\u00e9cessaires \u00e0 la forge et \u00e0 l\u2019\u00e9moulage. \u00c0 Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, il fait construire en 1715 un vaste complexe hydraulique, bient\u00f4t connu sous le nom de \u00ab la Machine \u00bb, qui deviendra le c\u0153ur de la production des canons. Ce site est con\u00e7u pour accueillir les op\u00e9rations les plus lourdes et les plus techniques : forge, soudure, roulage, forage, dressage et \u00e9preuve des canons. La puissance de l\u2019eau y est exploit\u00e9e au maximum, permettant une production r\u00e9guli\u00e8re et de grande qualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La manufacture se d\u00e9veloppe rapidement. Les armes produites \u00e0 Maubeuge sont destin\u00e9es aux troupes du roi, mais aussi \u00e0 la marine, aux colonies et parfois au commerce priv\u00e9. La qualit\u00e9 du travail, la rigueur des m\u00e9thodes et la comp\u00e9tence des ouvriers contribuent \u00e0 faire de la manufacture un \u00e9tablissement respect\u00e9. D\u00e8s le milieu du XVIII\u1d49 si\u00e8cle, Maubeuge est consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019une des manufactures les plus fiables du royaume, capable de produire des armes conformes aux normes strictes impos\u00e9es par l\u2019administration royale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>I.3. Une transmission familiale garante de stabilit\u00e9 (1727\u20111757)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mort de Robert Daretz, le 3 septembre 1727, ne marque pas la fin de l\u2019entreprise, mais au contraire le d\u00e9but d\u2019une continuit\u00e9 familiale qui assurera la stabilit\u00e9 de la manufacture pendant plusieurs d\u00e9cennies. Son fils Jean\u2011Albert lui succ\u00e8de et poursuit l\u2019\u0153uvre de son p\u00e8re. Il consolide les installations existantes, maintient les relations avec l\u2019administration royale et veille \u00e0 la qualit\u00e9 de la production. \u00c0 son tour, Jean\u2011Albert transmet la direction \u00e0 son fils Albert\u2011Boniface, qui prend la t\u00eate de la manufacture en 1757. Cette succession sur trois g\u00e9n\u00e9rations assure une coh\u00e9rence technique et administrative rare dans les manufactures priv\u00e9es du royaume.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Daretz deviennent ainsi une v\u00e9ritable dynastie industrielle, dont l\u2019influence s\u2019\u00e9tend bien au\u2011del\u00e0 de Maubeuge. Leur gestion rigoureuse, leur connaissance intime des m\u00e9tiers du fer et leur capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019adapter aux exigences de l\u2019\u00c9tat permettent \u00e0 la manufacture de traverser sans heurts les premi\u00e8res d\u00e9cennies du XVIII\u1d49 si\u00e8cle. \u00c0 la veille de la p\u00e9riode de pleine activit\u00e9, la manufacture est solidement implant\u00e9e, dot\u00e9e d\u2019une organisation complexe et d\u2019une main\u2011d\u2019\u0153uvre hautement qualifi\u00e9e. Elle est pr\u00eate \u00e0 entrer dans une phase d\u2019expansion qui marquera profond\u00e9ment l\u2019histoire \u00e9conomique et sociale de la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Sources du chapitre I :<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lettres patentes du 5 f\u00e9vrier 1701 ; actes de succession de Robert Daretz (1727) et de Jean\u2011Albert Daretz (1757) ; proc\u00e8s\u2011verbal d\u2019adjudication du 19 septembre 1836 rappelant l\u2019origine de la manufacture ; documents relatifs \u00e0 la cr\u00e9ation des ateliers de Maubeuge, Rousies et Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande ; notes historiques sur l\u2019organisation initiale de la manufacture.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>II. Une manufacture en pleine activit\u00e9 (1727\u20111789)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>II.1. Une organisation complexe et hi\u00e9rarchis\u00e9e<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au milieu du XVIII\u1d49 si\u00e8cle, la manufacture d\u2019armes de Maubeuge atteint sa pleine maturit\u00e9. Elle n\u2019est plus seulement un ensemble d\u2019ateliers r\u00e9partis entre Maubeuge, Rousies et Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, mais une v\u00e9ritable ville industrielle, structur\u00e9e, hi\u00e9rarchis\u00e9e, anim\u00e9e par des centaines d\u2019ouvriers dont les gestes, les savoirs et les traditions se transmettent de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Le d\u00e9nombrement de 1779 constitue un document exceptionnel pour comprendre cette organisation. Il r\u00e9v\u00e8le la pr\u00e9sence de cinq cent cinquante\u2011quatre ouvriers, r\u00e9partis dans vingt\u2011et\u2011un m\u00e9tiers diff\u00e9rents, chacun occupant une place pr\u00e9cise dans la cha\u00eene de fabrication du fusil. Cette diversit\u00e9 t\u00e9moigne de la complexit\u00e9 technique de la production, mais aussi de la richesse humaine d\u2019un monde o\u00f9 chaque artisan, du ma\u00eetre au simple \u00e9l\u00e8ve, contribue \u00e0 la qualit\u00e9 finale de l\u2019arme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La manufacture fonctionne selon une hi\u00e9rarchie stricte. Au sommet se trouvent les ma\u00eetres, ouvriers hautement qualifi\u00e9s, responsables de la formation des compagnons et du contr\u00f4le de la qualit\u00e9. Les compagnons, plus nombreux, ex\u00e9cutent la majeure partie du travail manuel. Les \u00e9l\u00e8ves, souvent tr\u00e8s jeunes, apprennent les gestes fondamentaux et assistent les ouvriers confirm\u00e9s. Cette structure pyramidale garantit la transmission des savoirs et la continuit\u00e9 des m\u00e9thodes. Les familles jouent un r\u00f4le essentiel dans ce processus : il n\u2019est pas rare de voir trois g\u00e9n\u00e9rations travailler simultan\u00e9ment dans les m\u00eames ateliers, comme en t\u00e9moigne la famille Groniez. Les ouvriers habitent majoritairement Maubeuge, Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, Louvroil et Rousies, formant un bassin de main\u2011d\u2019\u0153uvre dense et homog\u00e8ne, profond\u00e9ment li\u00e9 \u00e0 la manufacture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019organisation spatiale refl\u00e8te cette hi\u00e9rarchie. \u00c0 Maubeuge, les ateliers de montage, de garniture et de r\u00e9vision concentrent les op\u00e9rations finales, celles qui exigent pr\u00e9cision et minutie. \u00c0 Rousies, les moulins actionnent les meules et les marteaux n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019\u00e9moulage et \u00e0 certaines op\u00e9rations de forge. \u00c0 Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, la Machine constitue le c\u0153ur industriel de la manufacture, o\u00f9 se d\u00e9roulent les op\u00e9rations les plus lourdes : forge des canons, soudure, roulage, forage, dressage et \u00e9preuve. Cette r\u00e9partition permet une utilisation optimale des ressources hydrauliques et humaines, tout en assurant une production r\u00e9guli\u00e8re et de grande qualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>II.2. Les normes techniques et le r\u00e8glement de 1728<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fabrication des armes \u00e0 Maubeuge est strictement encadr\u00e9e par le r\u00e8glement de 1728, intitul\u00e9 \u00ab Nouveau r\u00e8glement pour la fabrication des armes \u00e0 l\u2019usage des troupes pour la d\u00e9fense des places \u00bb. Ce texte, impos\u00e9 \u00e0 toutes les manufactures du royaume, fixe les dimensions, les poids, les tol\u00e9rances et les m\u00e9thodes de fabrication des fusils. Il s\u2019agit d\u2019assurer l\u2019uniformit\u00e9 des armes produites, afin que les troupes puissent \u00eatre \u00e9quip\u00e9es de mani\u00e8re homog\u00e8ne, quel que soit le lieu de fabrication. \u00c0 Maubeuge, ce r\u00e8glement est appliqu\u00e9 avec rigueur. Les canonniers doivent respecter des dimensions pr\u00e9cises pour la forge et la soudure des canons. Les foreurs utilisent une s\u00e9rie de vingt\u2011deux forets successifs pour percer l\u2019\u00e2me du canon, du plus fin au plus large, afin d\u2019obtenir un calibre parfaitement r\u00e9gulier. Les \u00e9mouleurs polissent les surfaces internes et externes pour \u00e9liminer les asp\u00e9rit\u00e9s. Les compasseurs v\u00e9rifient l\u2019\u00e9paisseur du m\u00e9tal \u00e0 diff\u00e9rents points du canon. Les garnisseurs ajustent la culasse et la lumi\u00e8re. Les monteurs mettent en bois l\u2019ensemble, en veillant \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre et \u00e0 la maniabilit\u00e9 de l\u2019arme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mod\u00e8le 1777, adopt\u00e9 \u00e0 la fin du XVIII\u1d49 si\u00e8cle, constitue l\u2019aboutissement de cette normalisation. Consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des meilleurs fusils europ\u00e9ens de son \u00e9poque, il est produit en grande quantit\u00e9 \u00e0 Maubeuge. Sa fabrication exige une pr\u00e9cision extr\u00eame, notamment pour la platine, dont les pi\u00e8ces doivent s\u2019ajuster parfaitement pour garantir un tir fiable. La manufacture de Maubeuge acquiert ainsi une r\u00e9putation solide, fond\u00e9e sur la qualit\u00e9 de ses armes et la comp\u00e9tence de ses ouvriers.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>II.3. Une journ\u00e9e d\u2019atelier en 1779 : la famille Groniez<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour comprendre la vie quotidienne dans la manufacture, il suffit de suivre la famille Groniez, dont le travail est d\u00e9crit avec une pr\u00e9cision rare dans les archives. Thomas Groniez, ma\u00eetre foreur \u00e2g\u00e9 de pr\u00e8s de quatre\u2011vingts ans, travaille encore aux c\u00f4t\u00e9s de ses fils Andr\u00e9 et Fran\u00e7ois, ma\u00eetres canonniers, et de ses petits\u2011fils, simples compagnons. Ils vivent dans les petites maisons group\u00e9es autour de la Machine, \u00e0 Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, au plus pr\u00e8s des ateliers o\u00f9 ils passent la majeure partie de leurs journ\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s l\u2019aube, Andr\u00e9 choisit ses barres de fer, les chauffe dans la forge, les plie, les soude, les roule et les mart\u00e8le. Il faut deux hommes pour forger un canon, et des ann\u00e9es d\u2019exp\u00e9rience pour sentir la chaleur juste, le moment pr\u00e9cis o\u00f9 le m\u00e9tal peut \u00eatre soud\u00e9 sans se d\u00e9chirer. Le canon, une fois form\u00e9, passe entre les mains de Thomas, qui le fore avec une s\u00e9rie de vingt\u2011deux forets successifs. Le m\u00e9tal chauffe, l\u2019eau gr\u00e9sille, l\u2019huile fume. Puis viennent l\u2019\u00e9moulage, le dressage et l\u2019\u00e9preuve, o\u00f9 le canon est soumis \u00e0 deux charges successives, l\u2019une violente, l\u2019autre plus douce, afin de r\u00e9v\u00e9ler les \u00e9ventures invisibles. Le bruit des marteaux hydrauliques, le souffle des forges, le claquement des courroies et l\u2019explosion des \u00e9preuves composent une symphonie industrielle qui r\u00e9sonne dans toute la vall\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En une journ\u00e9e, les deux fr\u00e8res forgent trois canons chacun, soit cent quatre\u2011vingts chauffes et pr\u00e8s de deux mille coups de marteau. Thomas, malgr\u00e9 son \u00e2ge avanc\u00e9, fore encore huit canons. Ce rythme de travail, soutenu et exigeant, t\u00e9moigne de la force physique, de la pr\u00e9cision technique et de la r\u00e9sistance morale n\u00e9cessaires pour exercer ces m\u00e9tiers. La manufacture est un monde o\u00f9 l\u2019on travaille dur, o\u00f9 l\u2019on apprend d\u00e8s l\u2019enfance, o\u00f9 l\u2019on vieillit dans l\u2019atelier, o\u00f9 l\u2019on meurt parfois au travail.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>II.4. Les risques et les accidents<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le travail dans la manufacture est dangereux. Les archives mentionnent plusieurs accidents graves, parfois mortels. En 1777, une \u00e9preuve de cent cinquante canons provoque une explosion qui tue deux capitaines d\u2019infanterie et blesse gri\u00e8vement un ouvrier. En 1781, Fran\u00e7ois Groniez et son fils Jacques\u2011Philippe meurent lors d\u2019une v\u00e9rification d\u2019armes \u00e0 Maubeuge. Ces \u00e9v\u00e9nements rappellent la violence potentielle du m\u00e9tal chauff\u00e9 \u00e0 blanc, de la poudre noire, des charges d\u2019\u00e9preuve et des m\u00e9canismes sous tension. Les ouvriers vivent quotidiennement avec le risque, conscients que leur m\u00e9tier, aussi noble soit\u2011il, peut leur co\u00fbter la vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces accidents ne sont pas exceptionnels. Ils font partie de la r\u00e9alit\u00e9 industrielle du XVIII\u1d49 si\u00e8cle, o\u00f9 les normes de s\u00e9curit\u00e9 sont rudimentaires et o\u00f9 la priorit\u00e9 est donn\u00e9e \u00e0 la production. Pourtant, malgr\u00e9 ces dangers, les ouvriers restent fid\u00e8les \u00e0 leur m\u00e9tier, souvent par tradition familiale, parfois par n\u00e9cessit\u00e9 \u00e9conomique, toujours par fiert\u00e9 professionnelle. La manufacture est leur monde, leur identit\u00e9, leur raison de vivre.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Sources du chapitre II :<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9nombrement des ouvriers de 1779 ; descriptions techniques du r\u00e8glement de 1728 ; documents relatifs \u00e0 la fabrication du mod\u00e8le 1777 ; r\u00e9cits de la famille Groniez ; archives mentionnant les accidents de 1777 et 1781 ; notes sur l\u2019organisation des ateliers de Maubeuge, Rousies et Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>III. La manufacture \u00e0 la veille de la R\u00e9volution (1789\u20111815)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>III.1. Une importance strat\u00e9gique majeure<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la veille de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, la manufacture d\u2019armes de Maubeuge occupe une place essentielle dans l\u2019appareil militaire du royaume. Elle n\u2019est plus seulement un \u00e9tablissement industriel performant : elle est devenue un rouage strat\u00e9gique de la d\u00e9fense nationale. Les tensions internationales, les conflits coloniaux, les besoins croissants de l\u2019arm\u00e9e royale et de la marine ont fait de la production d\u2019armes un enjeu vital. Maubeuge, situ\u00e9e au c\u0153ur d\u2019une r\u00e9gion frontali\u00e8re, joue un r\u00f4le d\u00e9terminant dans cet effort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1789, la manufacture emploie plus de quatre cents ouvriers, chiffre consid\u00e9rable pour l\u2019\u00e9poque. Elle produit des fusils destin\u00e9s aux troupes d\u2019infanterie, mais aussi des armes de traite destin\u00e9es aux armateurs et aux n\u00e9gociants. Les armes rebut\u00e9es ou hors d\u2019usage sont remont\u00e9es, r\u00e9par\u00e9es, revendues, ce qui t\u00e9moigne d\u2019une activit\u00e9 intense et diversifi\u00e9e. La manufacture est un organisme vivant, o\u00f9 chaque atelier, chaque m\u00e9tier, chaque geste contribue \u00e0 la d\u00e9fense du royaume.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9nergie hydraulique demeure un facteur d\u00e9terminant. Les rivi\u00e8res de la Solre et de la Rousies, qui actionnent les roues, les marteaux et les meules, conditionnent le rythme de la production. En p\u00e9riode de s\u00e9cheresse, l\u2019activit\u00e9 ralentit, parfois jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arr\u00eat complet. Cette fragilit\u00e9 structurelle, d\u00e9j\u00e0 perceptible au XVIII\u1d49 si\u00e8cle, deviendra l\u2019un des arguments majeurs pour justifier la d\u00e9localisation de la manufacture au XIX\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>III.2. Le statut des ouvriers et les pensions<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les ouvriers de la manufacture b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un statut particulier, h\u00e9rit\u00e9 de l\u2019Ancien R\u00e9gime et renforc\u00e9 par les lois r\u00e9volutionnaires. Leur m\u00e9tier est consid\u00e9r\u00e9 comme essentiel \u00e0 la d\u00e9fense nationale, ce qui leur conf\u00e8re des privil\u00e8ges rares pour des travailleurs manuels. Ils sont exempt\u00e9s de certains imp\u00f4ts, prot\u00e9g\u00e9s contre les r\u00e9quisitions militaires et reconnus comme indispensables au fonctionnement de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La loi du 19 ao\u00fbt 1792 fixe les conditions d\u2019attribution des pensions. Pour obtenir une retraite, un ouvrier doit avoir servi trente ans, dont vingt\u2011quatre comme compagnon ou ma\u00eetre, et avoir commenc\u00e9 son apprentissage avant l\u2019\u00e2ge de seize ans. Les montants varient selon le grade : de cent cinquante \u00e0 trois cents livres pour les ma\u00eetres, de cent cinquante \u00e0 deux cents livres pour les compagnons. Ces pensions, bien que modestes, repr\u00e9sentent une reconnaissance officielle de la valeur du travail accompli.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 ces pensions n\u2019est pas toujours simple. Les ma\u00eetres \u00e9quipeurs Cordier, Morcret et Coffin, apr\u00e8s soixante ans de service, doivent se battre pour obtenir ce qui leur est d\u00fb. Leur situation illustre les difficult\u00e9s administratives auxquelles sont confront\u00e9s les ouvriers, mais aussi leur attachement profond \u00e0 leur m\u00e9tier. Ils ont consacr\u00e9 leur vie \u00e0 la manufacture, form\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations d\u2019ouvriers, contribu\u00e9 \u00e0 la qualit\u00e9 des armes produites. Leur combat pour obtenir une pension est aussi un combat pour la dignit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>III.3. La manufacture sous la R\u00e9volution et l\u2019Empire<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La R\u00e9volution fran\u00e7aise bouleverse profond\u00e9ment l\u2019organisation de la manufacture. Nationalis\u00e9e, elle devient un \u00e9tablissement d\u2019\u00c9tat, plac\u00e9 sous la surveillance directe des autorit\u00e9s militaires. Les besoins en armes explosent : les guerres r\u00e9volutionnaires, puis les campagnes napol\u00e9oniennes, exigent une production massive et continue. En 1804, la manufacture emploie quatre cent soixante ouvriers, chiffre qui t\u00e9moigne de l\u2019importance de son activit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La production reste centr\u00e9e sur le fusil mod\u00e8le 1777, dont la qualit\u00e9 et la fiabilit\u00e9 sont reconnues. Les fers proviennent principalement de l\u2019Ourthe et des forges d\u2019Avesnes, ce qui garantit une mati\u00e8re premi\u00e8re de bonne qualit\u00e9. La manufacture est surveill\u00e9e par un officier d\u2019artillerie, charg\u00e9 de contr\u00f4ler la conformit\u00e9 des armes produites et de veiller au respect des normes. Cette surveillance t\u00e9moigne de l\u2019importance accord\u00e9e \u00e0 la qualit\u00e9 des armes, mais aussi de la m\u00e9fiance de l\u2019\u00c9tat envers les \u00e9tablissements industriels, consid\u00e9r\u00e9s comme des lieux potentiels de contestation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 les difficult\u00e9s, la manufacture continue de fonctionner efficacement. Les ouvriers, attach\u00e9s \u00e0 leur m\u00e9tier, s\u2019adaptent aux nouvelles exigences. Les ateliers tournent jour et nuit. Les canons sont forg\u00e9s, for\u00e9s, \u00e9prouv\u00e9s avec la m\u00eame rigueur qu\u2019auparavant. La manufacture traverse la R\u00e9volution et l\u2019Empire sans interruption majeure, preuve de sa solidit\u00e9 et de son importance strat\u00e9gique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>III.4. Une institution \u00e0 la crois\u00e9e des chemins<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, derri\u00e8re cette apparente stabilit\u00e9, les signes du d\u00e9clin commencent \u00e0 appara\u00eetre. La d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9nergie hydraulique, les difficult\u00e9s d\u2019approvisionnement, la proximit\u00e9 de la fronti\u00e8re, les risques d\u2019invasion, la v\u00e9tust\u00e9 de certains ateliers, tout cela fragilise la manufacture. Les autorit\u00e9s militaires commencent \u00e0 envisager un repli vers des r\u00e9gions plus s\u00fbres, mieux dot\u00e9es en ressources hydrauliques et moins expos\u00e9es aux conflits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La manufacture de Maubeuge, malgr\u00e9 son histoire, sa r\u00e9putation et son importance, se trouve \u00e0 la crois\u00e9e des chemins. Elle a atteint son apog\u00e9e, mais elle entre aussi dans une p\u00e9riode d\u2019incertitude. Les d\u00e9cisions qui seront prises au d\u00e9but du XIX\u1d49 si\u00e8cle scelleront son destin.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Sources du chapitre III :<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9nombrement des ouvriers de 1789 ; loi du 19 ao\u00fbt 1792 sur les pensions ; archives relatives aux ma\u00eetres Cordier, Morcret et Coffin ; documents sur la production du mod\u00e8le 1777 sous la R\u00e9volution et l\u2019Empire ; notes sur la surveillance militaire de la manufacture ; donn\u00e9es sur les effectifs de 1804 ; \u00e9l\u00e9ments relatifs aux difficult\u00e9s hydrauliques et strat\u00e9giques de la p\u00e9riode.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>IV. Le d\u00e9clin programm\u00e9 : la d\u00e9localisation (1816\u20111836)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>IV.1. Les raisons du repli<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au lendemain des guerres napol\u00e9oniennes, la France se trouve profond\u00e9ment transform\u00e9e. Les fronti\u00e8res ont recul\u00e9, les places fortes du Nord ont perdu une partie de leur importance strat\u00e9gique, et les manufactures d\u2019armes situ\u00e9es pr\u00e8s des fronti\u00e8res sont d\u00e9sormais per\u00e7ues comme vuln\u00e9rables. La manufacture de Maubeuge, qui avait travers\u00e9 sans interruption les p\u00e9riodes r\u00e9volutionnaire et imp\u00e9riale, se retrouve soudain expos\u00e9e \u00e0 une nouvelle r\u00e9alit\u00e9 g\u00e9opolitique. La perte de Philippeville, de Mariembourg et de Bouillon, d\u00e9sormais en territoire \u00e9tranger, place Maubeuge dans une position d\u00e9licate. La ville, autrefois prot\u00e9g\u00e9e par un r\u00e9seau de fortifications et de places avanc\u00e9es, se retrouve en premi\u00e8re ligne en cas de conflit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les autorit\u00e9s militaires, conscientes de cette fragilit\u00e9, commencent \u00e0 envisager un repli strat\u00e9gique des manufactures d\u2019armes vers des r\u00e9gions plus s\u00fbres, situ\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du territoire. D\u00e8s 1816, une r\u00e9flexion s\u2019engage sur la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9placer les \u00e9tablissements de Charleville, Klingenthal, Mutzig et Maubeuge. Les arguments avanc\u00e9s sont multiples : proximit\u00e9 de la fronti\u00e8re, risques d\u2019invasion, difficult\u00e9s d\u2019approvisionnement, d\u00e9pendance excessive \u00e0 l\u2019\u00e9nergie hydraulique, v\u00e9tust\u00e9 de certains ateliers. La manufacture de Maubeuge, malgr\u00e9 son histoire prestigieuse et la qualit\u00e9 de sa production, appara\u00eet comme l\u2019une des plus expos\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 ces consid\u00e9rations strat\u00e9giques s\u2019ajoutent des arguments techniques et \u00e9conomiques. La d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9nergie hydraulique, d\u00e9j\u00e0 probl\u00e9matique au XVIII\u1d49 si\u00e8cle, devient un handicap majeur. Les s\u00e9cheresses, les crues, les variations saisonni\u00e8res du d\u00e9bit des rivi\u00e8res perturbent r\u00e9guli\u00e8rement la production. Les ateliers de Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, pourtant puissants, ne peuvent fonctionner sans un d\u00e9bit d\u2019eau suffisant. Les moulins de Rousies, eux aussi tributaires de la rivi\u00e8re, connaissent les m\u00eames difficult\u00e9s. Dans un contexte o\u00f9 l\u2019\u00c9tat exige une production r\u00e9guli\u00e8re et massive, cette d\u00e9pendance appara\u00eet de plus en plus incompatible avec les besoins militaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, d\u00e8s 1816, la d\u00e9cision est prise : la manufacture de Maubeuge doit \u00eatre progressivement ferm\u00e9e et remplac\u00e9e par un \u00e9tablissement plus moderne, mieux situ\u00e9, mieux aliment\u00e9 en \u00e9nergie hydraulique, et moins expos\u00e9 aux risques d\u2019invasion. Cette d\u00e9cision marque le d\u00e9but d\u2019un processus long et douloureux, qui conduira \u00e0 la fermeture d\u00e9finitive de la manufacture en 1835.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>IV.2. Le choix de Ch\u00e2tellerault<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le choix du site de Ch\u00e2tellerault, arr\u00eat\u00e9 en 1817, r\u00e9pond \u00e0 plusieurs crit\u00e8res pr\u00e9cis. Situ\u00e9e au c\u0153ur du Poitou, loin des fronti\u00e8res, la ville offre une s\u00e9curit\u00e9 g\u00e9ographique que Maubeuge ne peut plus garantir. Elle dispose d\u2019un r\u00e9seau hydraulique important, aliment\u00e9 par la Vienne, capable de fournir une \u00e9nergie r\u00e9guli\u00e8re et puissante. La r\u00e9gion poss\u00e8de \u00e9galement une tradition de coutellerie et de travail du m\u00e9tal, ce qui garantit la pr\u00e9sence d\u2019une main\u2011d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e, susceptible d\u2019\u00eatre form\u00e9e aux m\u00e9tiers de la manufacture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les travaux de construction de la nouvelle manufacture commencent rapidement. Les b\u00e2timents sont con\u00e7us selon des principes modernes, avec des ateliers spacieux, bien \u00e9clair\u00e9s, mieux ventil\u00e9s que ceux de Maubeuge. Les machines hydrauliques sont plus puissantes, les installations plus rationnelles. En 1828, la manufacture de Ch\u00e2tellerault ouvre officiellement ses portes. La m\u00eame ann\u00e9e, la manufacture de Klingenthal ferme d\u00e9finitivement. Maubeuge, quant \u00e0 elle, continue de fonctionner encore quelques ann\u00e9es, mais son sort est scell\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fermeture de la manufacture de Maubeuge intervient le 6 d\u00e9cembre 1835. Les ateliers cessent leur activit\u00e9, les machines sont d\u00e9mont\u00e9es, les ouvriers sont invit\u00e9s \u00e0 rejoindre Ch\u00e2tellerault. Certains acceptent, d\u2019autres refusent, attach\u00e9s \u00e0 leur terre, \u00e0 leur famille, \u00e0 leur histoire. La fermeture marque la fin d\u2019un si\u00e8cle et demi d\u2019activit\u00e9 industrielle, mais aussi la fin d\u2019un monde, celui des grandes manufactures hydrauliques du Nord.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>IV.3. Une histoire humaine : la famille Delbouve<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La d\u00e9localisation de la manufacture n\u2019est pas seulement une d\u00e9cision administrative ou strat\u00e9gique : c\u2019est aussi un drame humain. Des familles enti\u00e8res, enracin\u00e9es depuis des g\u00e9n\u00e9rations dans les ateliers de Maubeuge, se retrouvent confront\u00e9es \u00e0 un choix difficile : partir ou rester. Parmi elles, la famille Delbouve incarne de mani\u00e8re poignante les cons\u00e9quences de cette transition.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Augustin Joseph Delbouve, n\u00e9 en 1797, est armurier \u00e0 Maubeuge. Comme de nombreux ouvriers, il suit la manufacture \u00e0 Ch\u00e2tellerault, accompagn\u00e9 de sa femme et de ses enfants. Le voyage est long, l\u2019installation difficile. La famille doit s\u2019adapter \u00e0 un nouvel environnement, \u00e0 de nouveaux ateliers, \u00e0 une nouvelle ville. Mais le destin s\u2019acharne : en l\u2019espace de dix\u2011huit mois, Augustin perd son \u00e9pouse et deux de ses fils. Bris\u00e9 par ces \u00e9preuves, il demande sa retraite, qu\u2019il obtient en 1843 apr\u00e8s trente ans de service. Il retourne alors \u00e0 Maubeuge, o\u00f9 il finit sa vie, loin des ateliers qui avaient fa\u00e7onn\u00e9 son existence. Il meurt en 1882, \u00e0 quatre\u2011vingt\u2011cinq ans, dernier t\u00e9moin d\u2019un monde disparu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019histoire d\u2019Augustin Delbouve n\u2019est pas isol\u00e9e. De nombreux ouvriers vivent des drames similaires. Certains ne supportent pas l\u2019\u00e9loignement, d\u2019autres ne parviennent pas \u00e0 s\u2019adapter aux nouvelles m\u00e9thodes de travail. La d\u00e9localisation, pr\u00e9sent\u00e9e comme une n\u00e9cessit\u00e9 strat\u00e9gique, se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre une \u00e9preuve humaine profonde, marqu\u00e9e par la douleur, la nostalgie et le d\u00e9racinement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>IV.4. La fermeture de Maubeuge : un tournant industriel<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fermeture de la manufacture de Maubeuge en 1835 marque un tournant dans l\u2019histoire industrielle du Nord. Elle symbolise la fin d\u2019une \u00e9poque, celle des grandes manufactures hydrauliques du XVIII\u1d49 si\u00e8cle, et l\u2019entr\u00e9e dans une \u00e8re nouvelle, domin\u00e9e par des \u00e9tablissements plus modernes, mieux \u00e9quip\u00e9s, mieux situ\u00e9s. La manufacture de Ch\u00e2tellerault, qui prend le relais, incarne cette modernit\u00e9. Mais Maubeuge laisse derri\u00e8re elle un h\u00e9ritage consid\u00e9rable : une tradition m\u00e9tallurgique solide, une main\u2011d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e, un savoir\u2011faire transmis de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet h\u00e9ritage ne dispara\u00eet pas avec la fermeture. Au contraire, il se transforme. Les ateliers de Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, vendus en 1836, seront repris par Pierre\u2011Fran\u00e7ois Dumont, qui y installera ses hauts fourneaux et posera les bases de la sid\u00e9rurgie moderne. La manufacture d\u2019armes, en disparaissant, ouvre la voie \u00e0 une nouvelle industrie, celle du fer et de l\u2019acier, qui marquera profond\u00e9ment l\u2019histoire \u00e9conomique de la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Sources du chapitre IV :<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Documents relatifs \u00e0 la d\u00e9cision de repli des manufactures en 1816 ; archives sur la perte des places fortes du Nord ; notes sur les difficult\u00e9s hydrauliques de Maubeuge ; dossiers de construction de la manufacture de Ch\u00e2tellerault (1817\u20111828) ; registres de fermeture de Maubeuge (1835) ; r\u00e9cit de la famille Delbouve ; donn\u00e9es sur la transition industrielle du Nord au XIX\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>V. La vente et la dispersion des biens (1836\u20111868)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>V.1. La vente du 19 septembre 1836 : un inventaire monumental<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fermeture de la manufacture de Maubeuge en d\u00e9cembre 1835 ouvre la voie \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement majeur : la vente aux ench\u00e8res publiques de l\u2019ensemble des biens immobiliers, hydrauliques et industriels d\u00e9pendant de l\u2019ancienne manufacture. Le 19 septembre 1836, un proc\u00e8s\u2011verbal d\u2019adjudication d\u2019une ampleur exceptionnelle est dress\u00e9. Il constitue l\u2019un des documents les plus pr\u00e9cieux pour comprendre l\u2019organisation mat\u00e9rielle de la manufacture \u00e0 son apog\u00e9e, ainsi que la valeur \u00e9conomique de ses installations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019inventaire d\u00e9crit avec minutie les usines hydrauliques de Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, les ateliers de r\u00e9vision et de montage de Maubeuge, les moulins de Rousies, les moulins d\u2019Hautmont, les maisons d\u2019habitation, les prairies, les bois, les terres labourables et les d\u00e9pendances. Chaque b\u00e2timent, chaque roue hydraulique, chaque parcelle est \u00e9valu\u00e9, mesur\u00e9, d\u00e9crit. L\u2019ensemble forme un patrimoine industriel d\u2019une coh\u00e9rence remarquable, fruit de plus d\u2019un si\u00e8cle et demi d\u2019activit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les usines de Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande constituent le c\u0153ur de cet ensemble. Elles comprennent la Machine, vaste complexe hydraulique o\u00f9 \u00e9taient forg\u00e9s, roul\u00e9s, for\u00e9s et \u00e9prouv\u00e9s les canons. Les descriptions soulignent la puissance de l\u2019\u00e9nergie hydraulique disponible, la qualit\u00e9 des installations, la solidit\u00e9 des b\u00e2timents. Les ateliers de Maubeuge, situ\u00e9s pr\u00e8s des fortifications, sont \u00e9galement d\u00e9taill\u00e9s : salles de montage, ateliers de garniture, magasins, logements d\u2019ouvriers. Les moulins de Rousies et d\u2019Hautmont, adapt\u00e9s pour l\u2019\u00e9moulage et certaines op\u00e9rations de forge, compl\u00e8tent cet ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le proc\u00e8s\u2011verbal insiste sur les atouts industriels du site : proximit\u00e9 du canal, permettant le transport des mati\u00e8res premi\u00e8res et des produits finis ; abondance de la main\u2011d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e ; acc\u00e8s aux houill\u00e8res belges, aux carri\u00e8res de pierre, aux forges r\u00e9gionales ; possibilit\u00e9s d\u2019extension. Tout indique que la manufacture, bien que ferm\u00e9e, demeure un site industriel de premier ordre, susceptible d\u2019\u00eatre reconverti dans d\u2019autres activit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>V.2. Les nouveaux propri\u00e9taires : Lucq, Dumont et la transformation industrielle<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La vente de 1836 marque le d\u00e9but d\u2019une nouvelle \u00e8re. Les b\u00e2timents de r\u00e9vision de Maubeuge sont acquis par la maison Lucq &amp; Cie, qui y installe une manufacture de quincaillerie. Cette reconversion t\u00e9moigne de la capacit\u00e9 du site \u00e0 accueillir des activit\u00e9s industrielles vari\u00e9es, gr\u00e2ce \u00e0 ses b\u00e2timents solides et \u00e0 sa main\u2011d\u2019\u0153uvre exp\u00e9riment\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais c\u2019est surtout l\u2019acquisition des usines de Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande par Pierre\u2011Fran\u00e7ois Dumont qui va transformer durablement l\u2019\u00e9conomie de la r\u00e9gion. Industriel visionnaire, Dumont comprend imm\u00e9diatement le potentiel du site. Il y installe ses hauts fourneaux, profitant de la puissance hydraulique, de la proximit\u00e9 du canal et de l\u2019abondance de la main\u2011d\u2019\u0153uvre. Il modernise les installations, introduit de nouvelles techniques, d\u00e9veloppe la production de fonte et de fer. En quelques ann\u00e9es, Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande devient l\u2019un des centres sid\u00e9rurgiques les plus dynamiques du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1860, Dumont fait construire une ligne de chemin de fer reliant ses usines \u00e0 Erquelinnes, facilitant l\u2019approvisionnement en charbon et l\u2019exp\u00e9dition des produits finis. Cette initiative t\u00e9moigne de son ambition et de sa capacit\u00e9 \u00e0 anticiper les besoins de l\u2019industrie moderne. \u00c0 sa mort, en 1864, son fils Alphonse\u2011Edgard poursuit l\u2019\u0153uvre paternelle, avant de vendre en 1868 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 Dandoy, Maillard et Lucq. Cette vente marque la fin de la p\u00e9riode Dumont, mais la sid\u00e9rurgie, elle, continue de prosp\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, la fermeture de la manufacture d\u2019armes n\u2019a pas entra\u00een\u00e9 la disparition de l\u2019activit\u00e9 industrielle : elle a au contraire permis la naissance d\u2019une nouvelle industrie, plus moderne, plus puissante, mieux adapt\u00e9e aux besoins du XIX\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>V.3. Les transmissions familiales : Daretz, Hennet, F\u00e9lix, Dumont<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Derri\u00e8re la vente de 1836 se cache une histoire juridique complexe, o\u00f9 se succ\u00e8dent les familles Daretz, Hennet, F\u00e9lix et Dumont. Les archives r\u00e9v\u00e8lent une succession de transmissions, de partages, de successions, de mariages et de cessions qui ont fa\u00e7onn\u00e9 la propri\u00e9t\u00e9 des biens de la manufacture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La famille Daretz, fondatrice de la manufacture, transmet ses biens \u00e0 la famille Hennet par le biais de Barbe Constance Daretz, \u00e9pouse de Fran\u00e7ois Augustin Pomp\u00e9e Hennet. Les successions se succ\u00e8dent : Albert Boniface Daretz, Jean\u2011Albert Daretz, puis les Hennet. Les parts se divisent, se recomposent, se transmettent aux h\u00e9ritiers : Albert Joseph Ulpin Hennet, Charles Adolphe Hennet, Constance Virginie Hennet \u00e9pouse Vidal de Verneix, Louis Farn\u00e8se Platon Hennet Duvigneux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La famille F\u00e9lix entre dans l\u2019histoire par le mariage d\u2019Eug\u00e8ne Joseph Ghislain F\u00e9lix avec Marie Louise Constance Hennet. \u00c0 la mort d\u2019Eug\u00e8ne F\u00e9lix en 1819, puis de sa veuve en 1833, les biens se r\u00e9partissent entre leurs trois enfants : Eug\u00e8ne Fran\u00e7ois Auguste Pomp\u00e9e F\u00e9lix, F\u00e9licit\u00e9 Louise H\u00e9l\u00e8ne F\u00e9lix \u00e9pouse Terrier de la Cl\u00e9mencerie, et Reine Augustine Estelle F\u00e9lix \u00e9pouse Lambert. Ces trois h\u00e9ritiers deviennent les vendeurs officiels lors de la vente de 1836.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le tableau r\u00e9capitulatif des parts, couvrant la p\u00e9riode 1701\u20111868, t\u00e9moigne de cette longue cha\u00eene de transmissions. Il r\u00e9v\u00e8le la complexit\u00e9 des successions, la diversit\u00e9 des h\u00e9ritiers, la mani\u00e8re dont les biens se sont fragment\u00e9s au fil des g\u00e9n\u00e9rations. Il montre aussi comment, \u00e0 travers ces transmissions, la manufacture est rest\u00e9e pendant plus d\u2019un si\u00e8cle et demi au c\u0153ur de l\u2019histoire de plusieurs familles, avant de passer entre les mains d\u2019industriels modernes comme Dumont.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>V.4. La naissance d\u2019une nouvelle industrie : de la manufacture \u00e0 la sid\u00e9rurgie<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La vente de 1836 marque la fin de la manufacture d\u2019armes, mais elle ouvre la voie \u00e0 une transformation industrielle majeure. Les installations hydrauliques, les b\u00e2timents solides, la main\u2011d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e, la proximit\u00e9 du canal, tout cela constitue un terreau id\u00e9al pour le d\u00e9veloppement de la sid\u00e9rurgie. Pierre\u2011Fran\u00e7ois Dumont, en installant ses hauts fourneaux \u00e0 Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, ne fait pas que reconvertir un site industriel : il cr\u00e9e une nouvelle industrie, qui marquera profond\u00e9ment l\u2019histoire \u00e9conomique du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La sid\u00e9rurgie de Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, h\u00e9riti\u00e8re directe de la manufacture d\u2019armes, deviendra l\u2019un des moteurs du d\u00e9veloppement r\u00e9gional. Elle attirera des ouvriers, des ing\u00e9nieurs, des capitaux. Elle transformera le paysage, l\u2019\u00e9conomie, la soci\u00e9t\u00e9. Elle prolongera, sous une autre forme, l\u2019histoire industrielle commenc\u00e9e en 1701.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Sources du chapitre V :<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Proc\u00e8s\u2011verbal d\u2019adjudication du 19 septembre 1836 ; inventaires des usines de Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, des ateliers de Maubeuge et des moulins de Rousies et d\u2019Hautmont ; actes de succession et de partage des familles Daretz, Hennet et F\u00e9lix ; acte de cession du 1\u1d49\u02b3 juin 1830 ; documents relatifs \u00e0 l\u2019installation des hauts fourneaux de Pierre\u2011Fran\u00e7ois Dumont ; registres de vente de 1868 ; tableau r\u00e9capitulatif des parts (1701\u20111868).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>VI. H\u00e9ritage et m\u00e9moire de la manufacture<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>VI.1. Une empreinte industrielle durable<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fermeture de la manufacture d\u2019armes de Maubeuge en 1835 n\u2019a pas effac\u00e9 son empreinte. Au contraire, elle a laiss\u00e9 dans le paysage, dans les techniques, dans les familles et dans la m\u00e9moire collective une marque profonde, durable, presque ind\u00e9l\u00e9bile. Pendant plus d\u2019un si\u00e8cle et demi, la manufacture a structur\u00e9 l\u2019\u00e9conomie locale, fa\u00e7onn\u00e9 les villages environnants, model\u00e9 les rythmes de vie, cr\u00e9\u00e9 des dynasties ouvri\u00e8res et donn\u00e9 naissance \u00e0 une culture du travail du fer qui perdure encore aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les ateliers de Maubeuge, de Rousies et de Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande ont form\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations d\u2019ouvriers hautement qualifi\u00e9s. Les canonniers, les foreurs, les \u00e9mouleurs, les platineurs, les monteurs, tous ont transmis leurs savoirs \u00e0 leurs enfants, qui les ont transmis \u00e0 leur tour. Cette transmission interg\u00e9n\u00e9rationnelle a cr\u00e9\u00e9 une main\u2011d\u2019\u0153uvre d\u2019une qualit\u00e9 exceptionnelle, recherch\u00e9e par les industriels du XIX\u1d49 si\u00e8cle. Lorsque Pierre\u2011Fran\u00e7ois Dumont installe ses hauts fourneaux \u00e0 Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, il trouve sur place une population parfaitement pr\u00e9par\u00e9e aux exigences de la sid\u00e9rurgie moderne. Les gestes appris dans les ateliers de la manufacture \u2014 manier le fer chauff\u00e9 \u00e0 blanc, comprendre la mati\u00e8re, sentir la temp\u00e9rature, anticiper les tensions du m\u00e9tal \u2014 deviennent des atouts pr\u00e9cieux dans les nouveaux m\u00e9tiers du fer et de l\u2019acier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, la manufacture n\u2019a pas seulement produit des armes : elle a produit des hommes, des savoirs, des traditions techniques. Elle a fa\u00e7onn\u00e9 une identit\u00e9 industrielle qui survivra longtemps apr\u00e8s sa disparition.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>VI.2. La transformation du paysage \u00e9conomique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019h\u00e9ritage de la manufacture se lit \u00e9galement dans la transformation du paysage \u00e9conomique du Hainaut. La reconversion des usines de Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande en hauts fourneaux, sous l\u2019impulsion de Pierre\u2011Fran\u00e7ois Dumont, marque le d\u00e9but d\u2019une nouvelle \u00e8re. La sid\u00e9rurgie, qui s\u2019implante sur les ruines de la manufacture, devient l\u2019un des moteurs du d\u00e9veloppement r\u00e9gional. Elle attire des capitaux, des ing\u00e9nieurs, des ouvriers venus parfois de loin. Elle transforme le paysage, avec ses chemin\u00e9es, ses fours, ses voies ferr\u00e9es. Elle modifie la soci\u00e9t\u00e9, en cr\u00e9ant de nouveaux m\u00e9tiers, de nouvelles hi\u00e9rarchies, de nouvelles solidarit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette transition industrielle n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible sans l\u2019h\u00e9ritage mat\u00e9riel et humain de la manufacture. Les b\u00e2timents solides, les roues hydrauliques, les canaux, les ateliers, tout cela constitue un socle sur lequel la sid\u00e9rurgie peut s\u2019appuyer. Les ouvriers qualifi\u00e9s, form\u00e9s pendant des d\u00e9cennies aux m\u00e9tiers du fer, deviennent les premiers travailleurs des hauts fourneaux. Les familles qui avaient v\u00e9cu de la manufacture vivent d\u00e9sormais de la sid\u00e9rurgie. Le passage de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre se fait naturellement, presque sans rupture, tant les deux industries partagent des savoirs, des gestes, des traditions.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>VI.3. Les traces mat\u00e9rielles et m\u00e9morielles<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si la manufacture a disparu en tant qu\u2019\u00e9tablissement, elle a laiss\u00e9 des traces mat\u00e9rielles visibles. Certains b\u00e2timents subsistent, parfois transform\u00e9s, parfois abandonn\u00e9s, mais toujours porteurs d\u2019une m\u00e9moire. Les anciennes maisons d\u2019ouvriers, les vestiges des ateliers, les canaux, les roues hydrauliques, les murs de pierre rappellent la pr\u00e9sence d\u2019une activit\u00e9 intense, d\u2019un monde disparu mais encore perceptible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La toponymie locale conserve \u00e9galement cette m\u00e9moire. Des rues, des quartiers, des lieux\u2011dits portent encore les noms li\u00e9s \u00e0 la manufacture : rue de la Machine, rue des Canonniers, rue des Forges. Ces noms, familiers aux habitants, sont autant de rappels du pass\u00e9 industriel de la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La m\u00e9moire de la manufacture se transmet aussi par les archives, les r\u00e9cits familiaux, les traditions orales. Les familles qui ont travaill\u00e9 dans les ateliers conservent des souvenirs, des anecdotes, des histoires transmises de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Ces r\u00e9cits, parfois fragmentaires, parfois pr\u00e9cis, constituent une m\u00e9moire vivante, qui compl\u00e8te les documents officiels et donne une dimension humaine \u00e0 l\u2019histoire de la manufacture.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>VI.4. Une place dans l\u2019histoire industrielle du Nord<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La manufacture d\u2019armes de Maubeuge occupe une place particuli\u00e8re dans l\u2019histoire industrielle du Nord. Elle est l\u2019un des premiers grands \u00e9tablissements industriels de la r\u00e9gion, bien avant l\u2019essor de la sid\u00e9rurgie, du textile ou du charbon. Elle a introduit des m\u00e9thodes de travail rigoureuses, des normes techniques strictes, une organisation hi\u00e9rarchis\u00e9e, une division du travail qui pr\u00e9figurent les industries du XIX\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle a \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9gration du Hainaut dans les r\u00e9seaux \u00e9conomiques nationaux et internationaux. Les armes produites \u00e0 Maubeuge ont \u00e9quip\u00e9 les arm\u00e9es du roi, les troupes r\u00e9volutionnaires, les soldats de l\u2019Empire. Elles ont circul\u00e9 dans les colonies, dans les ports, dans les comptoirs. Elles ont particip\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire militaire de la France, mais aussi \u00e0 son histoire \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, la manufacture a laiss\u00e9 une empreinte culturelle. Elle a fa\u00e7onn\u00e9 une identit\u00e9 ouvri\u00e8re, une fiert\u00e9 professionnelle, un attachement au travail du fer qui perdure encore aujourd\u2019hui. Elle a cr\u00e9\u00e9 un lien profond entre les habitants et leur histoire industrielle, un lien qui se retrouve dans les mus\u00e9es, les associations, les recherches historiques, les initiatives patrimoniales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La manufacture d\u2019armes de Maubeuge n\u2019est donc pas seulement un \u00e9tablissement disparu : elle est un chapitre essentiel de l\u2019histoire du Nord, un h\u00e9ritage vivant, une m\u00e9moire partag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Sources du chapitre VI :<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Proc\u00e8s\u2011verbal d\u2019adjudication du 19 septembre 1836 ; documents relatifs \u00e0 la reconversion des usines de Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande ; archives sur l\u2019installation des hauts fourneaux de Pierre\u2011Fran\u00e7ois Dumont ; r\u00e9cits familiaux et traditions orales li\u00e9s aux ouvriers de la manufacture ; notes sur la toponymie locale ; \u00e9l\u00e9ments historiques sur la sid\u00e9rurgie du Nord au XIX\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion G\u00e9n\u00e9rale<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Manufacture d\u2019Armes de Maubeuge, fond\u00e9e en 1701 et ferm\u00e9e en 1835, appara\u00eet, au terme de cette \u00e9tude, comme un \u00e9tablissement industriel d\u2019une importance majeure, dont l\u2019histoire \u00e9claire de mani\u00e8re singuli\u00e8re l\u2019\u00e9volution \u00e9conomique, sociale et technique du Hainaut. Pendant plus d\u2019un si\u00e8cle et demi, elle a \u00e9t\u00e9 un centre de production essentiel pour l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, un foyer de savoir\u2011faire m\u00e9tallurgique, un lieu de formation pour des g\u00e9n\u00e9rations d\u2019ouvriers, un moteur \u00e9conomique pour Maubeuge, Rousies, Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande et les villages environnants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son histoire r\u00e9v\u00e8le la complexit\u00e9 d\u2019une industrie ancienne, fond\u00e9e sur la ma\u00eetrise du fer, la puissance de l\u2019hydraulique, la pr\u00e9cision des gestes, la rigueur des normes techniques. Elle montre comment une manufacture d\u2019Ancien R\u00e9gime a su s\u2019adapter aux exigences de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire, tout en conservant ses traditions, ses m\u00e9tiers, ses dynasties ouvri\u00e8res. Elle met en lumi\u00e8re les tensions entre les besoins militaires, les contraintes g\u00e9ographiques, les limites techniques, les enjeux strat\u00e9giques qui ont conduit, au d\u00e9but du XIX\u1d49 si\u00e8cle, \u00e0 la d\u00e9cision de replier les manufactures situ\u00e9es pr\u00e8s des fronti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fermeture de la manufacture en 1835 et la vente de ses biens en 1836 ne marquent pas la fin de son histoire, mais au contraire le d\u00e9but d\u2019une nouvelle phase. Les installations hydrauliques, les b\u00e2timents solides, la main\u2011d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e ont permis l\u2019essor de la sid\u00e9rurgie moderne, sous l\u2019impulsion de Pierre\u2011Fran\u00e7ois Dumont. La manufacture a ainsi transmis \u00e0 la sid\u00e9rurgie un h\u00e9ritage mat\u00e9riel et immat\u00e9riel pr\u00e9cieux : des infrastructures, des savoirs, des traditions, une culture du travail du fer. Elle a contribu\u00e9 \u00e0 faire du Hainaut l\u2019un des grands centres industriels du Nord de la France.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui encore, son empreinte demeure visible. Dans les paysages, o\u00f9 subsistent des vestiges de ses ateliers. Dans la toponymie, o\u00f9 les noms de rues rappellent les m\u00e9tiers d\u2019autrefois. Dans les familles, o\u00f9 les r\u00e9cits des anciens ouvriers se transmettent de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Dans la m\u00e9moire collective, o\u00f9 la manufacture occupe une place particuli\u00e8re, \u00e0 la fois discr\u00e8te et essentielle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette th\u00e8se montre que la Manufacture d\u2019Armes de Maubeuge n\u2019est pas seulement un \u00e9tablissement disparu, mais un jalon fondamental de l\u2019histoire industrielle fran\u00e7aise. Elle r\u00e9v\u00e8le comment une industrie ancienne peut devenir le socle d\u2019une industrie nouvelle, comment des savoirs techniques peuvent traverser les si\u00e8cles, comment des hommes et des femmes peuvent, par leur travail, transformer durablement un territoire. La manufacture appartient d\u00e9sormais au patrimoine historique du Nord, mais son h\u00e9ritage continue de vivre, dans les paysages, dans les m\u00e9moires, dans les gestes, dans les traditions. Elle est un t\u00e9moin pr\u00e9cieux de l\u2019histoire du travail, de l\u2019industrie et des hommes.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bibliographie G\u00e9n\u00e9rale<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Archives d\u00e9partementales du Nord, fonds relatifs \u00e0 la Manufacture d\u2019Armes de Maubeuge, lettres patentes du 5 f\u00e9vrier 1701, actes de succession Daretz (1727, 1757), dossiers Hennet et F\u00e9lix, registres de la manufacture, d\u00e9nombrements d\u2019ouvriers (1779, 1789, 1804).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Proc\u00e8s\u2011verbal d\u2019adjudication du 19 septembre 1836, inventaire complet des usines de Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, des ateliers de Maubeuge, des moulins de Rousies et d\u2019Hautmont, documents de vente et d\u2019estimation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">R\u00e8glement de 1728, \u00ab Nouveau r\u00e8glement pour la fabrication des armes \u00e0 l\u2019usage des troupes pour la d\u00e9fense des places \u00bb, prescriptions techniques, normes de fabrication, dimensions et tol\u00e9rances des fusils.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Documents relatifs au fusil mod\u00e8le 1777, descriptions techniques, rapports d\u2019inspection, notes sur la fabrication des platines, des canons et des garnitures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Archives militaires, correspondances relatives \u00e0 la surveillance des manufactures sous la R\u00e9volution et l\u2019Empire, rapports d\u2019officiers d\u2019artillerie, \u00e9tats des effectifs, registres de production.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Loi du 19 ao\u00fbt 1792 sur les pensions des ouvriers des manufactures d\u2019armes, dossiers individuels des ma\u00eetres et compagnons, demandes de retraite, d\u00e9cisions administratives.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dossiers de construction de la Manufacture d\u2019Armes de Ch\u00e2tellerault (1817\u20111828), plans, devis, correspondances, rapports techniques, documents relatifs au transfert des ouvriers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Archives industrielles relatives \u00e0 Pierre\u2011Fran\u00e7ois Dumont, installation des hauts fourneaux de Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, correspondances, actes d\u2019acquisition, projets de modernisation, cr\u00e9ation de la ligne de chemin de fer vers Erquelinnes (1860).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">R\u00e9cits familiaux et traditions orales concernant les ouvriers de la manufacture, notamment les familles Groniez, Delbouve, Hennet, F\u00e9lix, Lambert, Terrier de la Cl\u00e9mencerie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9tudes historiques locales sur Maubeuge, Rousies et Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, travaux sur la m\u00e9tallurgie du Hainaut, monographies communales, recherches g\u00e9n\u00e9alogiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sources iconographiques diverses, plans anciens, cartes cadastrales, repr\u00e9sentations des ateliers, vues des usines hydrauliques, documents photographiques du XIX\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Annexes<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Annexe 1 \u2014 Chronologie g\u00e9n\u00e9rale de la Manufacture d\u2019Armes de Maubeuge (1701\u20111868)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1701 : Louis XIV accorde \u00e0 Robert Daretz les lettres patentes autorisant la cr\u00e9ation de la manufacture d\u2019armes de Maubeuge. 1715 : Construction de la Machine de Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, c\u0153ur hydraulique de la production des canons. 1727 : Mort de Robert Daretz ; son fils Jean\u2011Albert lui succ\u00e8de. 1757 : Transmission de la direction \u00e0 Albert\u2011Boniface Daretz. 1779 : D\u00e9nombrement des ouvriers ; cinq cent cinquante\u2011quatre travailleurs r\u00e9partis en vingt\u2011et\u2011un m\u00e9tiers. 1789 : La manufacture emploie plus de quatre cents ouvriers ; importance strat\u00e9gique majeure. 1792 : Loi sur les pensions des ouvriers des manufactures d\u2019armes. 1804 : Quatre cent soixante ouvriers ; surveillance renforc\u00e9e par l\u2019artillerie. 1816 : D\u00e9cision de replier les manufactures proches des fronti\u00e8res. 1828 : Ouverture de la Manufacture d\u2019Armes de Ch\u00e2tellerault. 1835 : Fermeture d\u00e9finitive de la manufacture de Maubeuge. 1836 : Vente aux ench\u00e8res publiques des usines, ateliers, moulins et d\u00e9pendances. 1860 : Construction par Dumont de la ligne de chemin de fer reliant Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande \u00e0 Erquelinnes. 1868 : Vente des usines Dumont \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 Dandoy, Maillard et Lucq.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Annexe 2 \u2014 Arbre g\u00e9n\u00e9alogique simplifi\u00e9 des familles Daretz, Hennet, F\u00e9lix et Dumont<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Robert Daretz (\u2020 1727), fondateur de la manufacture, transmet ses biens \u00e0 son fils Jean\u2011Albert Daretz (\u2020 1757), puis \u00e0 Albert\u2011Boniface Daretz. Par le mariage de Barbe Constance Daretz avec Fran\u00e7ois Augustin Pomp\u00e9e Hennet, les biens passent \u00e0 la famille Hennet. Les h\u00e9ritiers Hennet se r\u00e9partissent en plusieurs branches : Albert Joseph Ulpin Hennet, Charles Adolphe Hennet, Constance Virginie Hennet \u00e9pouse Vidal de Verneix, Louis Farn\u00e8se Platon Hennet Duvigneux. La famille F\u00e9lix entre dans la succession par le mariage d\u2019Eug\u00e8ne Joseph Ghislain F\u00e9lix avec Marie Louise Constance Hennet. \u00c0 la mort d\u2019Eug\u00e8ne F\u00e9lix (1819) puis de sa veuve (1833), les biens sont transmis \u00e0 leurs trois enfants : Eug\u00e8ne Fran\u00e7ois Auguste Pomp\u00e9e F\u00e9lix, F\u00e9licit\u00e9 Louise H\u00e9l\u00e8ne F\u00e9lix \u00e9pouse Terrier de la Cl\u00e9mencerie, Reine Augustine Estelle F\u00e9lix \u00e9pouse Lambert. Ces trois h\u00e9ritiers deviennent les vendeurs officiels lors de la vente de 1836. Pierre\u2011Fran\u00e7ois Dumont, industriel, acquiert les usines de Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande en 1836 et fonde la sid\u00e9rurgie moderne du site. Son fils Alphonse\u2011Edgard lui succ\u00e8de jusqu\u2019\u00e0 la vente de 1868.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Annexe 3 \u2014 Tableau des m\u00e9tiers de la manufacture (d\u2019apr\u00e8s le d\u00e9nombrement de 1779)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le d\u00e9nombrement de 1779 recense vingt\u2011et\u2011un m\u00e9tiers distincts, r\u00e9partis entre les ateliers de Maubeuge, Rousies et Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande. On y trouve les canonniers, responsables de la forge et de la soudure des canons ; les foreurs, charg\u00e9s du percement de l\u2019\u00e2me ; les \u00e9mouleurs, sp\u00e9cialis\u00e9s dans le polissage ; les compasseurs, charg\u00e9s de v\u00e9rifier l\u2019\u00e9paisseur du m\u00e9tal ; les garnisseurs, responsables de l\u2019ajustage des pi\u00e8ces m\u00e9talliques ; les monteurs, charg\u00e9s de la mise en bois ; les platineurs, responsables de la fabrication des platines ; les \u00e9preuvistes, charg\u00e9s des tests de r\u00e9sistance ; les armuriers, responsables des r\u00e9parations ; les \u00e9l\u00e8ves, apprentis affect\u00e9s aux t\u00e2ches d\u2019assistance. Ce tableau refl\u00e8te la complexit\u00e9 technique de la manufacture et la division du travail qui pr\u00e9figure les industries du XIX\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Annexe 4 \u2014 Description technique du fusil mod\u00e8le 1777<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le fusil mod\u00e8le 1777, produit en grande quantit\u00e9 \u00e0 Maubeuge, est consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des meilleurs fusils europ\u00e9ens de son \u00e9poque. Il se caract\u00e9rise par une platine simplifi\u00e9e, une crosse plus ergonomique, un canon long et robuste, un calibre r\u00e9gulier obtenu par une s\u00e9rie de vingt\u2011deux forets successifs. La garniture en fer remplace progressivement la garniture en laiton. La fabrication exige une pr\u00e9cision extr\u00eame : ajustage de la platine, polissage du canon, v\u00e9rification des tol\u00e9rances, \u00e9preuve en deux charges successives. Ce mod\u00e8le restera en service jusqu\u2019au d\u00e9but du XIX\u1d49 si\u00e8cle et influencera les mod\u00e8les ult\u00e9rieurs.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Annexe 5 \u2014 Carte descriptive des sites industriels (Maubeuge, Rousies, Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La manufacture se r\u00e9partit sur trois sites principaux. \u00c0 Maubeuge, les ateliers de montage, de garniture et de r\u00e9vision sont situ\u00e9s pr\u00e8s des fortifications, \u00e0 proximit\u00e9 du canal. \u00c0 Rousies, les moulins hydrauliques actionnent les meules et les marteaux n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019\u00e9moulage. \u00c0 Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, la Machine constitue le c\u0153ur industriel : forge, soudure, roulage, forage, dressage et \u00e9preuve des canons. L\u2019ensemble forme un r\u00e9seau coh\u00e9rent, organis\u00e9 autour des rivi\u00e8res de la Solre et de la Rousies, dont le d\u00e9bit conditionne l\u2019activit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Annexe 6 \u2014 Tableau r\u00e9capitulatif des propri\u00e9taires (1701\u20111868)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1701\u20111727 : Robert Daretz, fondateur. 1727\u20111757 : Jean\u2011Albert Daretz. 1757\u2011fin XVIII\u1d49 si\u00e8cle : Albert\u2011Boniface Daretz. Fin XVIII\u1d49 si\u00e8cle\u20111833 : Famille Hennet (h\u00e9ritiers Daretz). 1833\u20111836 : H\u00e9ritiers F\u00e9lix (Eug\u00e8ne Fran\u00e7ois Auguste Pomp\u00e9e F\u00e9lix, F\u00e9licit\u00e9 Louise H\u00e9l\u00e8ne F\u00e9lix, Reine Augustine Estelle F\u00e9lix). 1836 : Vente publique ; acquisition des usines de Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande par Pierre\u2011Fran\u00e7ois Dumont. 1864\u20111868 : Alphonse\u2011Edgard Dumont. 1868 : Vente \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 Dandoy, Maillard et Lucq.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Annexe 7 \u2014 Glossaire des termes techniques<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Canonnier : Ouvrier charg\u00e9 de la forge, de la soudure et du roulage des canons. Il travaille le fer chauff\u00e9 \u00e0 blanc, ma\u00eetrise la soudure au marteau et assure la premi\u00e8re mise en forme du tube.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Foreur : Sp\u00e9cialiste du percement de l\u2019\u00e2me du canon. Il utilise une s\u00e9rie de forets successifs, du plus fin au plus large, afin d\u2019obtenir un calibre parfaitement r\u00e9gulier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9mouleur : Ouvrier charg\u00e9 du polissage interne et externe du canon. Il travaille sur des meules actionn\u00e9es par l\u2019eau, \u00e9limine les asp\u00e9rit\u00e9s et assure la finition.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Compasseur : Ouvrier charg\u00e9 de v\u00e9rifier l\u2019\u00e9paisseur du m\u00e9tal \u00e0 diff\u00e9rents points du canon, \u00e0 l\u2019aide d\u2019un compas sp\u00e9cialis\u00e9. Il garantit la r\u00e9gularit\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019arme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Garnisseur : Artisan charg\u00e9 d\u2019ajuster les pi\u00e8ces m\u00e9talliques (culasse, lumi\u00e8re, garnitures) sur le canon et la monture. Il assure la coh\u00e9rence m\u00e9canique de l\u2019ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Monteur : Ouvrier responsable de la mise en bois du fusil. Il ajuste la crosse, fixe le canon, installe les garnitures et veille \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre de l\u2019arme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Platineur : Sp\u00e9cialiste de la fabrication et de l\u2019ajustage de la platine, m\u00e9canisme essentiel du fusil. Il travaille sur des pi\u00e8ces de tr\u00e8s petite taille, exigeant une pr\u00e9cision extr\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9preuviste : Ouvrier charg\u00e9 de tester la r\u00e9sistance des canons. Il effectue l\u2019\u00e9preuve en deux charges successives, l\u2019une violente, l\u2019autre plus douce, afin de d\u00e9tecter les \u00e9ventures invisibles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Armurier : Artisan polyvalent charg\u00e9 des r\u00e9parations, des ajustages et de la remise en \u00e9tat des armes rebut\u00e9es ou us\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Machine : Nom donn\u00e9 au vaste complexe hydraulique de Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, c\u0153ur industriel de la manufacture, o\u00f9 se d\u00e9roulent les op\u00e9rations lourdes (forge, roulage, forage, \u00e9preuve).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Annexe 8 \u2014 Liste des sources manuscrites d\u00e9taill\u00e9es<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lettres patentes du 5 f\u00e9vrier 1701 autorisant Robert Daretz \u00e0 \u00e9tablir une manufacture d\u2019armes \u00e0 Maubeuge, Archives d\u00e9partementales du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Acte de succession de Robert Daretz (1727), inventaire des biens, ateliers et d\u00e9pendances, Archives notariales de Maubeuge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Acte de succession de Jean\u2011Albert Daretz (1757), r\u00e9partition des biens industriels et hydrauliques, Archives d\u00e9partementales du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9nombrement des ouvriers de 1779, liste des m\u00e9tiers, effectifs, lieux de r\u00e9sidence, Archives militaires, s\u00e9rie Artillerie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">R\u00e8glement de 1728, \u00ab Nouveau r\u00e8glement pour la fabrication des armes \u00e0 l\u2019usage des troupes pour la d\u00e9fense des places \u00bb, Archives du G\u00e9nie et de l\u2019Artillerie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Registres de production et de contr\u00f4le du mod\u00e8le 1777, descriptions techniques, rapports d\u2019inspection, Archives militaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Loi du 19 ao\u00fbt 1792 sur les pensions des ouvriers des manufactures d\u2019armes, dossiers individuels des ma\u00eetres et compagnons, Archives nationales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Correspondances des officiers d\u2019artillerie charg\u00e9s de la surveillance de la manufacture sous la R\u00e9volution et l\u2019Empire, Archives militaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Proc\u00e8s\u2011verbal d\u2019adjudication du 19 septembre 1836, inventaire complet des usines de Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, des ateliers de Maubeuge, des moulins de Rousies et d\u2019Hautmont, Archives d\u00e9partementales du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Acte de cession du 1\u1d49\u02b3 juin 1830 relatif aux biens Hennet\u2011F\u00e9lix, Archives notariales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dossiers de construction de la Manufacture d\u2019Armes de Ch\u00e2tellerault (1817\u20111828), plans, devis, correspondances, Archives de la Vienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Archives industrielles relatives \u00e0 Pierre\u2011Fran\u00e7ois Dumont, installation des hauts fourneaux de Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, correspondances, actes d\u2019acquisition, Archives priv\u00e9es Dumont.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Annexe 9 \u2014 Chronologie militaire des conflits ayant influenc\u00e9 la manufacture<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1672\u20111713 : Guerres de Louis XIV (Hollande, Ligue d\u2019Augsbourg, Succession d\u2019Espagne). Ces conflits justifient la cr\u00e9ation de manufactures proches des fronti\u00e8res, dont celle de Maubeuge en 1701.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1740\u20111748 : Guerre de Succession d\u2019Autriche. La demande en armes augmente, renfor\u00e7ant l\u2019activit\u00e9 des manufactures du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1756\u20111763 : Guerre de Sept Ans. Les besoins militaires explosent, les manufactures sont sollicit\u00e9es pour \u00e9quiper les troupes en Europe et dans les colonies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1776\u20111783 : Guerre d\u2019Ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine. La France soutient les insurg\u00e9s ; les manufactures produisent des armes destin\u00e9es aux exp\u00e9ditions outre\u2011Atlantique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1789\u20111799 : R\u00e9volution fran\u00e7aise. Les guerres r\u00e9volutionnaires n\u00e9cessitent une production massive et continue ; la manufacture de Maubeuge devient un \u00e9tablissement nationalis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1799\u20111815 : Guerres napol\u00e9oniennes. Les campagnes successives exigent des quantit\u00e9s consid\u00e9rables d\u2019armes ; la manufacture atteint un niveau d\u2019activit\u00e9 exceptionnel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1815 : D\u00e9faite de Waterloo. La France perd plusieurs places fortes du Nord, rendant Maubeuge vuln\u00e9rable et justifiant le repli des manufactures frontali\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1816\u20111830 : P\u00e9riode de r\u00e9organisation militaire. Les autorit\u00e9s envisagent la d\u00e9localisation des manufactures vers des zones plus s\u00fbres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1835 : Fermeture de la manufacture de Maubeuge, cons\u00e9quence directe des nouvelles r\u00e9alit\u00e9s g\u00e9opolitiques.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Annexe 10 \u2014 Portraits biographiques des ouvriers embl\u00e9matiques<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Thomas Groniez (1699\u20111780). Ma\u00eetre foreur, figure embl\u00e9matique de la manufacture au XVIII\u1d49 si\u00e8cle. Il travaille jusqu\u2019\u00e0 un \u00e2ge avanc\u00e9, transmet son savoir \u00e0 ses fils et petits\u2011fils, et incarne la tradition familiale des m\u00e9tiers du fer. Son r\u00f4le dans le d\u00e9nombrement de 1779 illustre la place centrale des familles ouvri\u00e8res dans l\u2019organisation de la manufacture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Andr\u00e9 Groniez (1735\u20111802). Ma\u00eetre canonnier, fils de Thomas. Il forge quotidiennement plusieurs canons, ma\u00eetrise la soudure au marteau et participe \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des pi\u00e8ces. Son activit\u00e9 t\u00e9moigne de la force physique et de la pr\u00e9cision technique exig\u00e9es par son m\u00e9tier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fran\u00e7ois Groniez (1740\u20111781). Ma\u00eetre canonnier, fr\u00e8re d\u2019Andr\u00e9. Il meurt tragiquement lors d\u2019une v\u00e9rification d\u2019armes en 1781, rappelant les risques permanents auxquels sont expos\u00e9s les ouvriers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Augustin Joseph Delbouve (1797\u20111882). Armurier, il suit la manufacture lors de son transfert \u00e0 Ch\u00e2tellerault. Sa vie est marqu\u00e9e par des drames familiaux successifs. Il incarne la dimension humaine de la d\u00e9localisation et le d\u00e9racinement v\u00e9cu par de nombreux ouvriers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pierre\u2011Fran\u00e7ois Dumont (1797\u20111864). Industriel visionnaire, acqu\u00e9reur des usines de Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande en 1836. Il transforme l\u2019ancien site de la manufacture en un centre sid\u00e9rurgique moderne. Son action marque le passage de l\u2019industrie d\u2019Ancien R\u00e9gime \u00e0 l\u2019industrie du XIX\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Histoire, organisation, d\u00e9clin et h\u00e9ritage d\u2019un grand \u00e9tablissement industriel du Hainaut Jean\u2011Pierre CARRE Manuscrit historique \u2014 \u00c9dition 2026 Avant\u2011Propos Cette \u00e9tude est n\u00e9e d\u2019un constat simple et pourtant surprenant : malgr\u00e9 l\u2019importance consid\u00e9rable de la Manufacture d\u2019Armes de Maubeuge dans l\u2019histoire industrielle du Nord, aucune th\u00e8se universitaire ne lui avait encore \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e. 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