{"id":25981,"date":"2026-07-01T20:50:10","date_gmt":"2026-07-01T18:50:10","guid":{"rendered":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/?page_id=25981"},"modified":"2026-07-01T20:50:10","modified_gmt":"2026-07-01T18:50:10","slug":"semences-anciennes-et-varietes-locales-disparues-en-avesnois-thierache","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/semences-anciennes-et-varietes-locales-disparues-en-avesnois-thierache\/","title":{"rendered":"Semences anciennes et vari\u00e9t\u00e9s locales disparues en Avesnois\u2013Thi\u00e9rache"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant des si\u00e8cles, l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache a \u00e9t\u00e9 un territoire o\u00f9 les semences paysannes constituaient un patrimoine essentiel, transmis de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Bien avant l\u2019arriv\u00e9e des semences industrielles et des vari\u00e9t\u00e9s standardis\u00e9es, chaque ferme s\u00e9lectionnait ses propres graines, adapt\u00e9es au sol, au climat humide, aux maladies locales et aux besoins du foyer. Cette autonomie semenci\u00e8re, fond\u00e9e sur l\u2019observation, la rusticit\u00e9 et l\u2019exp\u00e9rience, a fa\u00e7onn\u00e9 une biodiversit\u00e9 cultiv\u00e9e aujourd\u2019hui largement disparue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les sources anciennes confirment l\u2019importance de cette richesse vari\u00e9tale. D\u00e8s le XVe si\u00e8cle, les abbayes de Maroilles et de Liessies per\u00e7oivent des d\u00eemes sur les arbres fruitiers, tandis que les Albums de Cro\u00ff (1598\u20111601) montrent des vergers omnipr\u00e9sents dans les villages de l\u2019Avesnois. Au XIXe si\u00e8cle, l\u2019inventaire du pr\u00e9fet Dieudonn\u00e9 (1804) atteste la pr\u00e9sence de nombreuses vari\u00e9t\u00e9s locales de pommes, tandis que les cadastres napol\u00e9oniens r\u00e9v\u00e8lent des zones de forte concentration arboricole. Les journaux agricoles du XIXe et du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle citent des dizaines de vari\u00e9t\u00e9s r\u00e9gionales \u2014 certaines encore connues, d\u2019autres aujourd\u2019hui introuvables.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais cette diversit\u00e9 exceptionnelle n\u2019a pas r\u00e9sist\u00e9 aux bouleversements du XXe si\u00e8cle. Le gel de l\u2019hiver 1879\u20111880 d\u00e9truit la c\u00e9l\u00e8bre pomme de Marais, l\u2019une des vari\u00e9t\u00e9s les plus rustiques du terroir. Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, la m\u00e9canisation, l\u2019arrachage massif des vergers hautes tiges, la crise cidricole des ann\u00e9es 1950\u20111960 et la standardisation des semences entra\u00eenent la disparition de nombreuses vari\u00e9t\u00e9s fruiti\u00e8res, potag\u00e8res et c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res locales. Une partie de ce patrimoine g\u00e9n\u00e9tique s\u2019est \u00e9teinte sans avoir \u00e9t\u00e9 inventori\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis les ann\u00e9es 1980, des initiatives majeures \u2014 vergers conservatoires, travaux du Centre R\u00e9gional de Ressources G\u00e9n\u00e9tiques, associations d\u2019arboriculteurs, Croqueurs de Pommes \u2014 ont permis de sauver ce qui pouvait l\u2019\u00eatre. Elles ont identifi\u00e9, greff\u00e9 et pr\u00e9serv\u00e9 plusieurs centaines de vari\u00e9t\u00e9s r\u00e9gionales, mais une partie du patrimoine ancien demeure irr\u00e9m\u00e9diablement perdue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette page propose d\u2019explorer ce patrimoine disparu : les semences paysannes, les vari\u00e9t\u00e9s fruiti\u00e8res oubli\u00e9es, les l\u00e9gumes et c\u00e9r\u00e9ales autrefois cultiv\u00e9s dans nos fermes, les causes de leur disparition, et les efforts actuels pour pr\u00e9server ce qui subsiste encore. Il s\u2019agit d\u2019un volet essentiel de l\u2019histoire rurale de l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache, compl\u00e9mentaire de celle des vergers, et indispensable pour comprendre l\u2019\u00e9volution de nos paysages, de nos pratiques agricoles et de notre identit\u00e9 territoriale.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-light-gray-background-color has-background\"><strong>I. Les semences paysannes avant la m\u00e9canisation : un patrimoine invisible mais fondamental<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant des si\u00e8cles, l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache a v\u00e9cu au rythme d\u2019une agriculture fond\u00e9e sur la diversit\u00e9, la rusticit\u00e9 et l\u2019autonomie. Bien avant l\u2019apparition des semences industrielles, chaque ferme poss\u00e9dait son propre capital g\u00e9n\u00e9tique : un ensemble de graines, de greffons, de plants et de vari\u00e9t\u00e9s s\u00e9lectionn\u00e9s patiemment au fil des g\u00e9n\u00e9rations. Ces semences paysannes constituaient un patrimoine vivant, fa\u00e7onn\u00e9 par l\u2019exp\u00e9rience, les besoins du foyer, les contraintes du climat et la connaissance intime du terroir.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>1. Une s\u00e9lection familiale fond\u00e9e sur l\u2019observation et l\u2019exp\u00e9rience<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les fermes de l\u2019Avesnois, la s\u00e9lection des semences n\u2019\u00e9tait pas un acte technique, mais un geste quotidien. Les paysans choisissaient :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>les fruits les plus sains pour en pr\u00e9lever les p\u00e9pins,<\/li>\n\n\n\n<li>les arbres les plus r\u00e9sistants pour en pr\u00e9lever les greffons,<\/li>\n\n\n\n<li>les \u00e9pis les plus robustes pour conserver les grains,<\/li>\n\n\n\n<li>les l\u00e9gumes les mieux adapt\u00e9s aux sols lourds et humides.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette s\u00e9lection empirique, transmise oralement, permettait de maintenir des vari\u00e9t\u00e9s parfaitement adapt\u00e9es au territoire. Les semences n\u2019\u00e9taient pas achet\u00e9es : elles \u00e9taient <strong>produites, conserv\u00e9es, \u00e9chang\u00e9es<\/strong>, parfois offertes lors des mariages ou des transmissions familiales. Elles formaient un capital g\u00e9n\u00e9tique unique, propre \u00e0 chaque exploitation.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>2. Une biodiversit\u00e9 cultiv\u00e9e fa\u00e7onn\u00e9e par le climat du Hainaut<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le climat de l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache, humide, frais et souvent capricieux, imposait des contraintes fortes. Les vari\u00e9t\u00e9s locales \u00e9taient donc s\u00e9lectionn\u00e9es pour leur <strong>r\u00e9sistance au froid<\/strong>, leur <strong>tol\u00e9rance aux sols argileux<\/strong>, leur <strong>capacit\u00e9 \u00e0 produire en conditions difficiles<\/strong>, leur <strong>longue conservation<\/strong>, indispensable pour passer l\u2019hiver.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les fruitiers hautes tiges, omnipr\u00e9sents dans les prairies, jouaient un r\u00f4le essentiel : ils fournissaient des fruits, mais aussi de l\u2019ombre pour le b\u00e9tail, du bois, des greffons, et surtout des semences adapt\u00e9es au terroir. Les abbayes, notamment Maroilles et Liessies, ont largement contribu\u00e9 \u00e0 diffuser ces vari\u00e9t\u00e9s d\u00e8s le Moyen \u00c2ge, comme en t\u00e9moignent les d\u00eemes sur les arbres fruitiers et les mentions de vergers dans les archives.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>3. Une diversit\u00e9 attest\u00e9e par les sources anciennes<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les documents anciens confirment l\u2019importance de cette richesse vari\u00e9tale. Les Albums de Cro\u00ff (1598\u20111601) montrent des vergers dans de nombreux villages de l\u2019Avesnois, r\u00e9v\u00e9lant une arboriculture d\u00e9j\u00e0 structur\u00e9e. Au XIXe si\u00e8cle, l\u2019inventaire du pr\u00e9fet Dieudonn\u00e9 (1804) cite plusieurs vari\u00e9t\u00e9s locales de pommes, preuve d\u2019une diversit\u00e9 cultiv\u00e9e remarquable. Les journaux agricoles du XIXe et du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle mentionnent des dizaines de vari\u00e9t\u00e9s r\u00e9gionales, certaines encore connues, d\u2019autres aujourd\u2019hui disparues.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces sources montrent que les semences paysannes n\u2019\u00e9taient pas seulement un outil agricole : elles \u00e9taient un \u00e9l\u00e9ment central de l\u2019identit\u00e9 rurale, un savoir\u2011faire transmis, un patrimoine g\u00e9n\u00e9tique fa\u00e7onn\u00e9 par les si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>4. Une autonomie totale avant l\u2019arriv\u00e9e des semences industrielles<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jusqu\u2019au milieu du XXe si\u00e8cle, les fermes de l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache vivaient dans une autonomie semenci\u00e8re compl\u00e8te. Les paysans n\u2019achetaient pas leurs semences : ils les produisaient eux\u2011m\u00eames. Ils connaissaient les vari\u00e9t\u00e9s adapt\u00e9es \u00e0 leur sol, \u00e0 leur p\u00e2ture, \u00e0 leur verger. Ils savaient greffer, s\u00e9lectionner, conserver, \u00e9changer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette autonomie a disparu avec l\u2019arriv\u00e9e des semences hybride, des vari\u00e9t\u00e9s standardis\u00e9es, de la m\u00e9canisation,de l\u2019arrachage des vergers, de la crise cidricole et de la disparition des petites exploitations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce premier chapitre permet de comprendre pourquoi une partie du patrimoine g\u00e9n\u00e9tique de l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache s\u2019est perdue : parce qu\u2019il reposait enti\u00e8rement sur des pratiques paysannes qui ont disparu en quelques d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-light-gray-background-color has-background\"><strong>II. Les vari\u00e9t\u00e9s fruiti\u00e8res anciennes attest\u00e9es : un paysage de saveurs et de m\u00e9moires<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque l\u2019on parcourt les archives de l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache, on d\u00e9couvre un monde foisonnant o\u00f9 chaque village, chaque ferme, chaque pr\u00e9\u2011verger poss\u00e9dait ses propres vari\u00e9t\u00e9s de fruits. Ce patrimoine n\u2019\u00e9tait pas seulement agricole : il \u00e9tait culturel, social, presque affectif. Les vari\u00e9t\u00e9s anciennes formaient un paysage de go\u00fbts, de couleurs et de pratiques qui racontaient la vie rurale mieux que n\u2019importe quel document.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s le XVe si\u00e8cle, les abbayes de Maroilles et de Liessies per\u00e7oivent des d\u00eemes sur les arbres fruitiers, preuve d\u2019une arboriculture d\u00e9j\u00e0 structur\u00e9e. Les Albums de Cro\u00ff, \u00e0 la fin du XVI\u1d49 si\u00e8cle, montrent des vergers omnipr\u00e9sents dans les villages de l\u2019Avesnois. Au XIX\u1d49 si\u00e8cle, l\u2019inventaire du pr\u00e9fet Dieudonn\u00e9 (1804) confirme cette richesse : il cite le Bon\u2011Pommier, le Court\u2011Pendu, la Belle\u2011Fleur, la Reinette de France, vari\u00e9t\u00e9s alors r\u00e9put\u00e9es dans toute la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 mesure que l\u2019on avance dans le temps, les journaux agricoles du XIX\u1d49 et du d\u00e9but du XX\u1d49 si\u00e8cle d\u00e9voilent une diversit\u00e9 encore plus impressionnante. On y trouve des noms qui \u00e9voquent imm\u00e9diatement un terroir : Double Bonne\u2011Ente, Petit Bonne\u2011Ente, Baguette, Richard, Court\u2011Pendu rouge, Grisette, Reinette dor\u00e9e, Reinette pigeon, Rouge du Moulin, Rousse de la Bouteille, Turque, Vache\u2026 Autant de vari\u00e9t\u00e9s qui faisaient la fiert\u00e9 des herbagers et la richesse des march\u00e9s locaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certaines de ces vari\u00e9t\u00e9s ont surv\u00e9cu gr\u00e2ce au travail patient des vergers conservatoires et du <strong>CRRG (Centre R\u00e9gional de Ressources G\u00e9n\u00e9tiques)<\/strong>, organisme scientifique r\u00e9gional charg\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1980 d\u2019inventorier, identifier, greffer et pr\u00e9server les vari\u00e9t\u00e9s fruiti\u00e8res anciennes du Nord\u2013Pas\u2011de\u2011Calais. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 ce travail de longue haleine que des vari\u00e9t\u00e9s comme le Gosselet, la Bon Ente charbonnier, la Double \u00e0 l\u2019huile, la Double Bon Pommier rouge, la Petit Bon Ente, la Court\u2011Pendu gris, la Reinette des Capucins, la Lanscailler, la Marie Doudou, la Pomme \u00e0 c\u00f4tes, la Quarantaine d\u2019hiver, la Demie\u2011Double ou la Baguette d\u2019hiver ont pu \u00eatre retrouv\u00e9es, greff\u00e9es et sauvegard\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 c\u00f4t\u00e9 des pommes, les prunes et les cerises locales compl\u00e8tent ce paysage fruitier. La prune de Floyon, les cerises de Jolimetz ou de Preux\u2011au\u2011Bois, ainsi que les nombreuses vari\u00e9t\u00e9s de poiriers recens\u00e9es dans les vergers conservatoires, rappellent que l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache n\u2019\u00e9tait pas seulement un pays de pommiers, mais un territoire arboricole complet, diversifi\u00e9, profond\u00e9ment enracin\u00e9 dans ses pratiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce chapitre montre que les vari\u00e9t\u00e9s anciennes ne sont pas seulement des noms : ce sont des fragments de m\u00e9moire, des t\u00e9moins d\u2019un monde rural o\u00f9 chaque arbre avait une histoire, une utilit\u00e9, une saveur particuli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-light-gray-background-color has-background\"><strong>III. Les vari\u00e9t\u00e9s disparues : les absentes qui racontent autant que les survivantes<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache poss\u00e8de encore aujourd\u2019hui un patrimoine fruitier exceptionnel, il faut aussi regarder ce qui a disparu. Car les vari\u00e9t\u00e9s perdues racontent une autre histoire : celle des fragilit\u00e9s du terroir, des crises agricoles, des accidents climatiques, et de la transformation brutale des paysages ruraux au XX\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La plus c\u00e9l\u00e8bre de ces disparues est la <strong>Pomme de Marais<\/strong>, aussi appel\u00e9e <strong>Pomme de fer<\/strong>. Vari\u00e9t\u00e9 embl\u00e9matique de l\u2019Avesnois, elle \u00e9tait r\u00e9put\u00e9e pour sa rusticit\u00e9, son acidit\u00e9, sa conservation extraordinaire. Les herbagers la stockaient en silos sous paille et terre, et la retrouvaient intacte au printemps. Elle donnait un cidre sec, cors\u00e9, export\u00e9 en Allemagne. Mais l\u2019hiver 1879\u20111880 fut fatal : un gel exceptionnel d\u00e9truisit les arbres, et la vari\u00e9t\u00e9 s\u2019\u00e9teignit presque totalement. Aujourd\u2019hui, seuls des descendants ou des vari\u00e9t\u00e9s proches subsistent ; la souche originelle, elle, a disparu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019autres vari\u00e9t\u00e9s ont disparu plus silencieusement. Les journaux agricoles du d\u00e9but du XX\u1d49 si\u00e8cle mentionnent des noms qui ne figurent plus dans aucun verger conservatoire : Coupette rouge, Coupelle grise, Doux \u00e0 c\u00f4te, Doux montant, Busset, Corbeau, Guillaume ou Fosse, Mari\u00e9e, Normandie vert, Normandie jaune, Oignon Pierson, Petit plat doux blanc, Plat doux rouge\u2026 Autant de vari\u00e9t\u00e9s attest\u00e9es, mais jamais retrouv\u00e9es lors des inventaires men\u00e9s \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980. Leur absence est une preuve en soi : elles ont disparu avant que les conservatoires ne puissent les sauver.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les p\u00e9pini\u00e9ristes du XIX\u1d49 si\u00e8cle, notamment ceux de Fourmies, proposaient des vari\u00e9t\u00e9s locales dont certaines formes pr\u00e9cises ne sont plus identifiables aujourd\u2019hui. Les cadastres napol\u00e9oniens montrent des zones de forte arboriculture (Bousies, Preux\u2011au\u2011Bois, Robersart, Fontaine\u2011au\u2011Bois) o\u00f9 des vari\u00e9t\u00e9s locales sp\u00e9cifiques ont probablement disparu sans laisser de trace.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, certaines vari\u00e9t\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 victimes d\u2019\u00e9v\u00e9nements ponctuels. La Baguette d\u2019hiver, par exemple, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cim\u00e9e par la tornade de 1967 \u00e0 Pommereuil et Fontaine\u2011au\u2011Bois. Quelques sujets subsistent, mais la vari\u00e9t\u00e9 a perdu son implantation historique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces disparitions ne sont pas seulement des pertes agronomiques : ce sont des fragments de m\u00e9moire effac\u00e9s. Elles rappellent que le patrimoine fruitier est fragile, d\u00e9pendant du climat, des pratiques agricoles, des choix \u00e9conomiques, et de la transmission des savoir\u2011faire. Elles montrent aussi l\u2019importance du travail men\u00e9 aujourd\u2019hui par les vergers conservatoires, les Croqueurs de Pommes et le CRRG : sauver ce qui peut encore l\u2019\u00eatre, avant que d\u2019autres vari\u00e9t\u00e9s ne disparaissent \u00e0 leur tour.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-light-gray-background-color has-background\"><strong>IV. Les semences potag\u00e8res et c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res anciennes : la diversit\u00e9 oubli\u00e9e des fermes de l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si les vergers ont laiss\u00e9 des traces visibles dans les paysages et les m\u00e9moires, les semences potag\u00e8res et c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res anciennes ont, elles, presque enti\u00e8rement disparu. Pourtant, elles formaient le socle de l\u2019alimentation rurale. Dans les fermes de l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache, chaque jardin, chaque champ, chaque grange abritait une diversit\u00e9 de plantes aujourd\u2019hui m\u00e9connues, adapt\u00e9es au climat humide, aux sols lourds et aux besoins des familles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les potagers regorgeaient de vari\u00e9t\u00e9s locales s\u00e9lectionn\u00e9es pour leur rusticit\u00e9. Les haricots secs, indispensables aux soupes d\u2019hiver, \u00e9taient choisis pour leur capacit\u00e9 \u00e0 m\u00fbrir malgr\u00e9 les \u00e9t\u00e9s capricieux. Les pois secs, cultiv\u00e9s dans tout le Hainaut, constituaient une base alimentaire essentielle. Les choux, notamment le chou de Landrecies cit\u00e9 dans les inventaires agricoles du XIX\u1d49 si\u00e8cle, \u00e9taient omnipr\u00e9sents : r\u00e9sistants, productifs, capables de supporter les pluies d\u2019automne. Les navets et rutabagas, tr\u00e8s cultiv\u00e9s avant 1900, formaient une r\u00e9serve hivernale pr\u00e9cieuse. Les oignons locaux, adapt\u00e9s aux sols argileux, \u00e9taient s\u00e9lectionn\u00e9s pour leur conservation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les c\u00e9r\u00e9ales anciennes racontent elles aussi une histoire aujourd\u2019hui effac\u00e9e. Le m\u00e9teil \u2014 m\u00e9lange de bl\u00e9 et de seigle \u2014 \u00e9tait tr\u00e8s r\u00e9pandu dans les terres froides. Le seigle noir du Hainaut, haut et robuste, r\u00e9sistait aux hivers rigoureux. L\u2019avoine blanche locale nourrissait les chevaux du Trait du Nord, indispensables \u00e0 l\u2019\u00e9conomie rurale. L\u2019orge rustique servait \u00e0 la bi\u00e8re paysanne, aux bouillies, \u00e0 l\u2019alimentation animale. Ces vari\u00e9t\u00e9s, parfaitement adapt\u00e9es au territoire, ont disparu avec l\u2019arriv\u00e9e des semences hybrides et des cultures standardis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce patrimoine potager et c\u00e9r\u00e9aliers, moins visible que celui des vergers, \u00e9tait pourtant fondamental. Il assurait l\u2019autonomie alimentaire des familles, structurait les pratiques agricoles, et refl\u00e9tait une biodiversit\u00e9 cultiv\u00e9e aujourd\u2019hui presque enti\u00e8rement perdue. Sa disparition est l\u2019un des volets les plus silencieux de l\u2019histoire rurale de l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-light-gray-background-color has-background\"><strong>V. Les causes de disparition : une rupture brutale dans l\u2019histoire agricole<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La disparition des semences anciennes n\u2019est pas le fruit d\u2019un seul \u00e9v\u00e9nement, mais d\u2019une s\u00e9rie de ruptures qui ont profond\u00e9ment transform\u00e9 l\u2019agriculture de l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache au XX\u1d49 si\u00e8cle. Certaines causes sont brutales, d\u2019autres progressives, mais toutes ont contribu\u00e9 \u00e0 effacer un patrimoine g\u00e9n\u00e9tique construit sur plusieurs si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re rupture est climatique. L\u2019hiver 1879\u20111880, d\u2019une violence exceptionnelle, d\u00e9truit la Pomme de Marais, l\u2019une des vari\u00e9t\u00e9s les plus rustiques du terroir. Cet \u00e9pisode marque symboliquement le d\u00e9but d\u2019une fragilisation du patrimoine fruitier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La seconde rupture est \u00e9conomique. La crise cidricole des ann\u00e9es 1950\u20131960, li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9volution des go\u00fbts, \u00e0 la concurrence des cidres normands et \u00e0 la modernisation des exploitations, entra\u00eene l\u2019abandon de nombreuses vari\u00e9t\u00e9s \u00e0 cidre. Les arbres ne sont plus entretenus, les vergers vieillissent, les greffons ne sont plus transmis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La troisi\u00e8me rupture est technique. L\u2019arriv\u00e9e des tracteurs et des machines agricoles rend les vergers hautes tiges encombrants. Les arbres g\u00eanent le passage des engins, ralentissent les travaux, compliquent la fauche. Les arrachages se multiplient, d\u2019abord ponctuels, puis massifs. Entre les ann\u00e9es 1950 et 1980, des milliers d\u2019arbres disparaissent, emportant avec eux des vari\u00e9t\u00e9s locales qui n\u2019avaient jamais \u00e9t\u00e9 inventori\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La quatri\u00e8me rupture est agronomique. Les semences industrielles, standardis\u00e9es, homog\u00e8nes, prennent le pas sur les semences paysannes. Les vari\u00e9t\u00e9s locales, adapt\u00e9es au terroir mais moins productives, sont abandonn\u00e9es. Les catalogues semenciers remplacent les pratiques de s\u00e9lection familiale. La biodiversit\u00e9 cultiv\u00e9e s\u2019efface au profit de vari\u00e9t\u00e9s uniformes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, la cinqui\u00e8me rupture est sociale. La disparition des petites exploitations, la fin de la polyculture\u2011\u00e9levage, la concentration des terres et la modernisation des pratiques entra\u00eenent une perte de savoir\u2011faire. Les gestes de greffe, de s\u00e9lection, de conservation ne sont plus transmis. Les vari\u00e9t\u00e9s locales, d\u00e9pendantes de cette transmission, disparaissent avec les g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces causes, combin\u00e9es, expliquent pourquoi une partie du patrimoine g\u00e9n\u00e9tique de l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache est irr\u00e9m\u00e9diablement perdue. Elles montrent aussi l\u2019importance des initiatives actuelles pour pr\u00e9server ce qui subsiste encore.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-light-gray-background-color has-background\"><strong>VI. Les conservatoires et la sauvegarde actuelle : une renaissance patiente et d\u00e9termin\u00e9e<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Face \u00e0 ces disparitions, une prise de conscience s\u2019op\u00e8re dans les ann\u00e9es 1980. Des inventaires men\u00e9s sur le territoire r\u00e9v\u00e8lent l\u2019ampleur de la richesse vari\u00e9tale fruiti\u00e8re du Nord\u2013Pas\u2011de\u2011Calais et l\u2019urgence de la sauvegarder. C\u2019est dans ce contexte que le <strong>CRRG (Centre R\u00e9gional de Ressources G\u00e9n\u00e9tiques)<\/strong> joue un r\u00f4le d\u00e9cisif. Organisme scientifique r\u00e9gional, il coordonne les prospections, identifie les vari\u00e9t\u00e9s, supervise les greffages, et organise la conservation dans des vergers d\u00e9di\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le verger conservatoire r\u00e9gional de Villeneuve\u2011d\u2019Ascq, cr\u00e9\u00e9 en 1985, rassemble l\u2019essentiel des vari\u00e9t\u00e9s retrouv\u00e9es. \u00c0 Maubeuge, un verger conservatoire de 3,5 hectares abrite 196 vari\u00e9t\u00e9s de poiriers, pruniers et cerisiers, dont la prune de Floyon et les cerises de Jolimetz et de Preux\u2011au\u2011Bois. \u00c0 Le Quesnoy, un verger haute tige de 4,6 hectares, cr\u00e9\u00e9 en 2006, regroupe 279 vari\u00e9t\u00e9s de pommes \u00e0 couteau, \u00e0 cuire et \u00e0 cidre, toutes inventori\u00e9es et greff\u00e9es \u00e0 partir des prospections du CRRG.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ces structures institutionnelles, des initiatives locales jouent un r\u00f4le essentiel. Les Croqueurs de Pommes de l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache transmettent les techniques de greffe, organisent des ateliers, diffusent les vari\u00e9t\u00e9s anciennes. L\u2019association \u00ab Vergers hautes tiges de l\u2019Avesnois \u00bb f\u00e9d\u00e8re les arboriculteurs, relance la fili\u00e8re, produit des jus issus de vari\u00e9t\u00e9s rustiques locales. Le Parc naturel r\u00e9gional de l\u2019Avesnois propose chaque ann\u00e9e des arbres fruitiers d\u2019essences locales, permettant aux habitants de replanter des vari\u00e9t\u00e9s anciennes dans leurs jardins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette renaissance n\u2019efface pas les disparitions, mais elle redonne vie \u00e0 un patrimoine longtemps menac\u00e9. Elle recr\u00e9e des paysages, r\u00e9tablit des pratiques, r\u00e9introduit des saveurs. Elle montre que la sauvegarde du patrimoine fruitier n\u2019est pas seulement un travail scientifique : c\u2019est un acte culturel, identitaire, profond\u00e9ment li\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-light-gray-background-color has-background\"><strong>VII. Les savoir\u2011faire paysans : gestes, techniques et transmissions<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les semences anciennes ne sont pas seulement des vari\u00e9t\u00e9s : elles sont le reflet d\u2019un ensemble de gestes et de savoir\u2011faire qui ont fa\u00e7onn\u00e9 l\u2019agriculture de l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache pendant des si\u00e8cles. Dans les fermes, la s\u00e9lection des fruits, des grains et des greffons \u00e9tait un acte quotidien, transmis de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, souvent sans \u00eatre \u00e9crit. C\u2019\u00e9tait une science empirique, fond\u00e9e sur l\u2019observation, la patience et l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les paysans savaient reconna\u00eetre l\u2019arbre \u201c\u00e0 garder\u201d, celui dont les fruits r\u00e9sistaient mieux au froid, dont la chair se conservait plus longtemps, dont la floraison \u00e9chappait aux gel\u00e9es tardives. Ils pr\u00e9levaient les greffons en hiver, sur les branches les plus vigoureuses, et les conservaient soigneusement jusqu\u2019au printemps. La greffe \u00e9tait un geste pr\u00e9cis, presque rituel, que l\u2019on apprenait en observant les anciens. Dans certains villages, les greffeurs \u00e9taient connus pour leur habilet\u00e9 : ils parcouraient les fermes, transmettant leur savoir et renouvelant les vergers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les potagers, les femmes jouaient un r\u00f4le essentiel. Elles s\u00e9lectionnaient les graines de haricots, de pois, de choux, d\u2019oignons, choisissant les plants les plus sains, les plus productifs, les mieux adapt\u00e9s au sol. Les semences \u00e9taient conserv\u00e9es dans des sachets de toile, des bo\u00eetes en bois, des pots en terre cuite. On notait parfois l\u2019ann\u00e9e, le lieu, la vari\u00e9t\u00e9, mais le plus souvent, la m\u00e9moire familiale suffisait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00e9changes de semences \u00e9taient fr\u00e9quents. On offrait des greffons lors des mariages, on partageait des graines entre voisins, on transmettait une vari\u00e9t\u00e9 \u201cde la maison\u201d aux enfants qui reprenaient la ferme. Chaque exploitation poss\u00e9dait ainsi son propre patrimoine g\u00e9n\u00e9tique, fa\u00e7onn\u00e9 par les besoins du foyer et les particularit\u00e9s du terroir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces savoir\u2011faire ont presque disparu avec la m\u00e9canisation et la standardisation des semences. Leur perte explique en partie la disparition de nombreuses vari\u00e9t\u00e9s locales. Mais ils subsistent encore dans les ateliers de greffe organis\u00e9s par les Croqueurs de Pommes, dans les vergers conservatoires, et dans les gestes de quelques passionn\u00e9s qui perp\u00e9tuent cette tradition.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-light-gray-background-color has-background\"><strong>VIII. Les paysages anciens : vergers, pr\u00e9s\u2011vergers, jardins et champs<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les semences anciennes ne vivaient pas seules : elles formaient un paysage agricole coh\u00e9rent, profond\u00e9ment marqu\u00e9 par la diversit\u00e9 des cultures. Pour comprendre leur importance, il faut imaginer les paysages de l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache avant la m\u00e9canisation, tels que les d\u00e9crivent les archives, les cadastres et les Albums de Cro\u00ff.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les pr\u00e9s\u2011vergers hautes tiges dominaient les prairies. Les pommiers, poiriers, pruniers et cerisiers \u00e9taient plant\u00e9s en quinconce, offrant de l\u2019ombre au b\u00e9tail et une production fruiti\u00e8re abondante. Les herbagers savaient tirer parti de chaque parcelle : un pr\u00e9 pouvait nourrir les vaches et produire des fruits, assurant une double rentabilit\u00e9. Les arbres, parfois centenaires, formaient des silhouettes famili\u00e8res dans le paysage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le long des chemins, des alignements de pommiers et de poiriers accompagnaient les voyageurs. Dans les jardins clos, les potagers regorgeaient de vari\u00e9t\u00e9s locales : haricots secs, pois, choux, navets, oignons. Chaque maison poss\u00e9dait son carr\u00e9 de l\u00e9gumes, soigneusement entretenu, o\u00f9 les semences \u00e9taient s\u00e9lectionn\u00e9es et conserv\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les champs de m\u00e9teil \u2014 m\u00e9lange de bl\u00e9 et de seigle \u2014 ondulaient au vent. Le seigle noir du Hainaut, haut et robuste, r\u00e9sistait aux intemp\u00e9ries. L\u2019avoine blanche locale nourrissait les chevaux du Trait du Nord, indispensables aux travaux agricoles. L\u2019orge rustique servait \u00e0 la bi\u00e8re paysanne et \u00e0 l\u2019alimentation animale. Ces cultures formaient un paysage vari\u00e9, o\u00f9 chaque plante avait sa place et son utilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les paysages complant\u00e9s d\u00e9crits par G. Siv\u00e9ry \u2014 o\u00f9 les arbres fruitiers se m\u00ealaient aux cultures \u2014 t\u00e9moignent d\u2019une agriculture ing\u00e9nieuse, adapt\u00e9e au climat et aux besoins des familles. Ce paysage, aujourd\u2019hui largement disparu, \u00e9tait le cadre naturel des semences anciennes. Leur disparition a entra\u00een\u00e9 une transformation profonde du territoire, effa\u00e7ant des silhouettes, des couleurs, des odeurs, des pratiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les vergers conservatoires, les replantations du Parc naturel r\u00e9gional de l\u2019Avesnois et les initiatives locales permettent aujourd\u2019hui de retrouver une partie de ces paysages. Ils ne reconstituent pas le pass\u00e9, mais ils en ravivent les traces, offrant un aper\u00e7u de ce que fut l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache avant la modernisation agricole.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les semences anciennes et les vari\u00e9t\u00e9s locales de l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache forment un patrimoine d\u2019une richesse exceptionnelle, fa\u00e7onn\u00e9 par des si\u00e8cles de pratiques agricoles, de savoir\u2011faire paysans et d\u2019adaptation au terroir. Elles racontent une histoire o\u00f9 chaque ferme s\u00e9lectionnait ses propres graines, o\u00f9 chaque verger \u00e9tait un monde, o\u00f9 chaque arbre portait une m\u00e9moire. Elles t\u00e9moignent d\u2019une agriculture ing\u00e9nieuse, diversifi\u00e9e, profond\u00e9ment li\u00e9e aux paysages et aux besoins des familles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La disparition d\u2019une partie de ce patrimoine \u2014 vari\u00e9t\u00e9s fruiti\u00e8res perdues, semences potag\u00e8res oubli\u00e9es, c\u00e9r\u00e9ales anciennes effac\u00e9es \u2014 n\u2019est pas seulement une perte agronomique. C\u2019est une perte culturelle, paysag\u00e8re, identitaire. Elle r\u00e9sulte de ruptures brutales : gel de 1879\u20111880, crise cidricole, m\u00e9canisation, arrachages massifs, standardisation des semences, disparition des petites exploitations. Ces transformations ont profond\u00e9ment modifi\u00e9 le territoire et effac\u00e9 des savoir\u2011faire transmis pendant des g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais l\u2019histoire ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0. Depuis les ann\u00e9es 1980, une renaissance s\u2019est engag\u00e9e. Le CRRG (Centre R\u00e9gional de Ressources G\u00e9n\u00e9tiques), les vergers conservatoires, les Croqueurs de Pommes, les arboriculteurs engag\u00e9s, le Parc naturel r\u00e9gional de l\u2019Avesnois et de nombreux passionn\u00e9s ont entrepris un travail patient, d\u00e9termin\u00e9, essentiel : inventorier, greffer, sauvegarder, transmettre. Gr\u00e2ce \u00e0 eux, des centaines de vari\u00e9t\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9es, pr\u00e9serv\u00e9es, replant\u00e9es. Les paysages se recomposent, les gestes reviennent, les saveurs renaissent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce patrimoine n\u2019est pas fig\u00e9 : il vit, il \u00e9volue, il se transmet. Il appartient \u00e0 tous ceux qui plantent un arbre, qui greffent une branche, qui conservent une graine, qui racontent une histoire. Il est l\u2019un des h\u00e9ritages les plus pr\u00e9cieux de l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache, un lien entre le pass\u00e9 et l\u2019avenir, entre les paysages d\u2019hier et ceux que nous voulons pour demain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pendant des si\u00e8cles, l\u2019Avesnois\u2013Thi\u00e9rache a \u00e9t\u00e9 un territoire o\u00f9 les semences paysannes constituaient un patrimoine essentiel, transmis de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Bien avant l\u2019arriv\u00e9e des semences industrielles et des vari\u00e9t\u00e9s standardis\u00e9es, chaque ferme s\u00e9lectionnait ses propres graines, adapt\u00e9es au sol, au climat humide, aux maladies locales et aux besoins du foyer. 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