{"id":26391,"date":"2026-07-10T10:32:40","date_gmt":"2026-07-10T08:32:40","guid":{"rendered":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/?page_id=26391"},"modified":"2026-07-10T10:48:31","modified_gmt":"2026-07-10T08:48:31","slug":"quand-lavesnois-vivait-sous-les-armees-alliees-1814-1818","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/quand-lavesnois-vivait-sous-les-armees-alliees-1814-1818\/","title":{"rendered":"Quand l\u2019Avesnois vivait sous les arm\u00e9es alli\u00e9es (1814\u20111818)"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"840\" height=\"556\" data-attachment-id=\"26400\" data-permalink=\"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/quand-lavesnois-vivait-sous-les-armees-alliees-1814-1818\/image-2664\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-88.png?fit=939%2C622\" data-orig-size=\"939,622\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;,&quot;alt&quot;:&quot;&quot;}\" data-image-title=\"image\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-88.png?fit=840%2C556\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-88.png?resize=840%2C556&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-26400\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-88.png?w=939 939w, https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-88.png?resize=300%2C199 300w, https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-88.png?resize=768%2C509 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 1362px) 62vw, 840px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Sc\u00e8ne historique : soldats prussiens et russes traversant l\u2019Avesnois, 1814\u20111818<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-dark-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-143efaaf6bbddbb5f57b74ff4d859e59\">\u2726 <strong>Avant\u2011propos<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au d\u00e9but du XIX\u1d49 si\u00e8cle, l\u2019Avesnois traverse une p\u00e9riode singuli\u00e8re, souvent \u00e9clips\u00e9e par les grands r\u00e9cits napol\u00e9oniens. Entre 1814 et 1818, ce territoire frontalier voit passer, s\u2019installer, puis repartir des arm\u00e9es venues de toute l\u2019Europe. Prussiens, Russes, Anglais, Danois, Saxons, Hanovriens : autant de uniformes, de langues et de disciplines qui se croisent dans les rues d\u2019Avesnes, de Landrecies, de Maubeuge et des villages environnants. Ces ann\u00e9es ne sont ni une guerre, ni une paix v\u00e9ritable. Elles forment une parenth\u00e8se o\u00f9 la vie quotidienne se m\u00eale \u00e0 la pr\u00e9sence militaire, o\u00f9 les habitants doivent composer avec les r\u00e9quisitions, les f\u00eates officielles, les tensions, mais aussi les gestes de solidarit\u00e9 inattendus. Red\u00e9couvrir cette p\u00e9riode, c\u2019est comprendre comment l\u2019Avesnois a v\u00e9cu au rythme des arm\u00e9es alli\u00e9es, comment il a travers\u00e9 les crises, et comment il a reconstruit ses places fortes pour entrer dans la Restauration avec un visage nouveau.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-dark-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-a9a073c0b002b2130361d46538627919\">\u269c\ufe0f <strong>Introduction : le Nord envahi, l\u2019Avesnois en premi\u00e8re ligne<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre 1814 et 1818, l\u2019Avesnois traverse l\u2019une des p\u00e9riodes les plus singuli\u00e8res de son histoire. \u00c0 la chute de Napol\u00e9on, les arm\u00e9es alli\u00e9es \u2014 prussiennes, russes, anglaises, danoises, saxonnes, hanovriennes \u2014 d\u00e9ferlent sur le Nord, transformant le d\u00e9partement en v\u00e9ritable <strong>zone militaire internationale<\/strong>. Jamais auparavant, et jamais plus tard, la r\u00e9gion ne conna\u00eetra une occupation de cette ampleur, men\u00e9e <strong>en temps de paix<\/strong>, sous contr\u00f4le diplomatique, et encadr\u00e9e par des conventions strictes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s Waterloo, le <strong>trait\u00e9 du 20 novembre 1815<\/strong> impose \u00e0 la France une arm\u00e9e d\u2019occupation de <strong>150\u202f000 hommes<\/strong>, charg\u00e9e de garantir la stabilit\u00e9 du royaume restaur\u00e9. Le Nord devient le c\u0153ur du dispositif : il accueille <strong>un tiers des effectifs<\/strong>, soit pr\u00e8s de <strong>50\u202f000 soldats<\/strong>, et concentre <strong>la moiti\u00e9 des places fortes livr\u00e9es aux Alli\u00e9s<\/strong>. Dans cette mosa\u00efque militaire, chaque nation occupe une zone pr\u00e9cise :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>les <strong>Prussiens<\/strong>, puis les <strong>Russes<\/strong>, dans l\u2019Avesnois ;<\/li>\n\n\n\n<li>les <strong>Anglais<\/strong> dans le Cambr\u00e9sis ;<\/li>\n\n\n\n<li>les <strong>Hollandais<\/strong> dans le Hainaut ;<\/li>\n\n\n\n<li>les <strong>Danois<\/strong> dans le Douaisis ;<\/li>\n\n\n\n<li>les <strong>Saxons<\/strong> dans la plaine de Lille ;<\/li>\n\n\n\n<li>les <strong>Hanovriens<\/strong> dans l\u2019autre partie du Hainaut ;<\/li>\n\n\n\n<li>la <strong>cavalerie anglaise<\/strong> en Flandre.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette r\u00e9partition fait du d\u00e9partement un <strong>laboratoire europ\u00e9en<\/strong>, o\u00f9 cohabitent langues, uniformes, religions, usages et disciplines diff\u00e9rentes. Mais au\u2011del\u00e0 de cette g\u00e9ographie militaire, une r\u00e9alit\u00e9 s\u2019impose : <strong>l\u2019Avesnois est en premi\u00e8re ligne<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Travers\u00e9 par les arm\u00e9es en 1814, ravag\u00e9 en 1815, occup\u00e9 par les Russes de 1816 \u00e0 1818, le territoire vit au rythme des r\u00e9quisitions, des casernements, des f\u00eates officielles, des tensions, mais aussi des reconstructions. Avesnes, Landrecies, Maubeuge, Solre\u2011le\u2011Ch\u00e2teau, Catillon, Englefontaine, Solesmes : autant de communes qui deviennent des points d\u2019appui pour les troupes alli\u00e9es, et qui voient leur quotidien boulevers\u00e9 pendant quatre ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette page retrace <strong>l\u2019histoire de l\u2019Avesnois sous les arm\u00e9es alli\u00e9es<\/strong>, depuis les invasions de 1814\u20111815 jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019occupation en 1818, en passant par les destructions, la coexistence, les crises de subsistances et la reconstruction des places fortes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-dark-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-9a370af93ee4a9b43c5d9a4fedcf12c6\">\u2694\ufe0f <strong>I. 1814\u20111815 : l\u2019Avesnois envahi, travers\u00e9, secou\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1814, l\u2019Avesnois voit surgir sur ses routes les colonnes prussiennes et russes qui marchent vers Paris. Rien ne les arr\u00eate. Elles traversent le territoire comme un souffle violent, imposant leur rythme aux bourgs et aux villages. Les habitants, surpris par cette irruption soudaine, doivent loger les soldats, fournir vivres et fourrages, ouvrir leurs granges et leurs maisons. Les autorit\u00e9s locales, d\u00e9bord\u00e9es, tentent de maintenir un semblant d\u2019ordre dans ce passage fulgurant qui bouleverse la vie quotidienne. Ce premier choc est bref, mais il installe dans l\u2019Avesnois une inqui\u00e9tude durable : la certitude que la r\u00e9gion, fronti\u00e8re avanc\u00e9e du royaume, ne sera pas \u00e9pargn\u00e9e par les soubresauts de l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019ann\u00e9e suivante, en 1815, le retour des arm\u00e9es alli\u00e9es est d\u2019une tout autre nature. Apr\u00e8s Waterloo, les Prussiens reviennent avec une volont\u00e9 de revanche. Leur pr\u00e9sence n\u2019a plus rien de la travers\u00e9e rapide de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente : elle est lourde, insistante, mena\u00e7ante. Les r\u00e9quisitions se multiplient, les logements sont impos\u00e9s, les autorit\u00e9s locales sont somm\u00e9es d\u2019ob\u00e9ir. Les places fortes de l\u2019Avesnois \u2014 Maubeuge, Landrecies, Avesnes \u2014 deviennent des enjeux strat\u00e9giques. Les Prussiens envisagent m\u00eame de les miner et de les d\u00e9truire pour emp\u00eacher tout retour offensif fran\u00e7ais. \u00c0 Avesnes, le commandant fran\u00e7ais Wautier doit intervenir avec \u00e9nergie pour faire suspendre ces travaux qui auraient an\u00e9anti la ville.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est dans ce climat de tension qu\u2019un \u00e9v\u00e9nement dramatique marque l\u2019ann\u00e9e 1815 : l\u2019explosion du magasin \u00e0 poudre d\u2019Avesnes. L\u2019accident, survenu dans le contexte du si\u00e8ge et des mouvements de troupes, d\u00e9chire une partie de la ville. Des maisons s\u2019effondrent, des rues sont \u00e9ventr\u00e9es, la population est saisie de panique. L\u2019Avesnois, d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9 par les passages successifs des arm\u00e9es, se retrouve brutalement meurtri. Cette catastrophe explique en partie l\u2019ampleur des travaux de reconstruction entrepris d\u00e8s l\u2019ann\u00e9e suivante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, entre 1814 et 1815, l\u2019Avesnois n\u2019est pas seulement travers\u00e9 : il est secou\u00e9, bouscul\u00e9, menac\u00e9, parfois d\u00e9truit. Les habitants vivent dans l\u2019incertitude, les autorit\u00e9s tentent de tenir, les places fortes vacillent. Mais d\u00e8s 1816, une nouvelle phase commence : l\u2019occupation russe, plus disciplin\u00e9e, plus stable, qui ouvre paradoxalement la voie \u00e0 la reconstruction et \u00e0 la modernisation des fortifications.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-dark-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-dc8ab7c54a7da04811140511ea2a4738\"><strong>\ud83e\ude96<\/strong> <strong>II. 1816\u20111818 : l\u2019Avesnois sous l\u2019occupation russe<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque le trait\u00e9 du 20 novembre 1815 entre en vigueur, l\u2019Avesnois change de visage. Les Prussiens, qui avaient travers\u00e9 et secou\u00e9 le territoire en 1814 et 1815, c\u00e8dent la place aux Russes. Cette transition marque le d\u00e9but d\u2019une occupation plus stable, plus disciplin\u00e9e, presque administrative, qui tranche avec les violences et les incertitudes des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Le Nord accueille alors pr\u00e8s de cinquante mille soldats alli\u00e9s, mais l\u2019Avesnois devient l\u2019un des secteurs les plus dens\u00e9ment occup\u00e9s. Avesnes, Landrecies, Maubeuge, Solre\u2011le\u2011Ch\u00e2teau, Catillon, Englefontaine, Solesmes : autant de communes o\u00f9 s\u2019installent des r\u00e9giments venus de Smolensk, de Nerwa, de Nouvelle Ingrie ou d\u2019Apcheronsky. Les cosaques eux\u2011m\u00eames patrouillent dans les campagnes, surveillant les routes et les passages.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Contrairement aux Prussiens, les Russes imposent une discipline stricte \u00e0 leurs hommes. Les autorit\u00e9s militaires veulent \u00e9viter les abus, les rixes, les r\u00e9quisitions sauvages. Les soldats sont regroup\u00e9s dans des casernements, souvent am\u00e9nag\u00e9s \u00e0 la h\u00e2te dans des b\u00e2timents communaux ou dans des maisons r\u00e9quisitionn\u00e9es. Cette organisation, encourag\u00e9e par les g\u00e9n\u00e9raux russes, prot\u00e8ge en partie les habitants des exc\u00e8s que l\u2019on observe ailleurs dans le d\u00e9partement. Les rapports entre la population et les troupes refl\u00e8tent cette volont\u00e9 de coexistence pacifique. Les officiers russes participent aux f\u00eates locales, aux c\u00e9r\u00e9monies officielles, aux bals donn\u00e9s par les municipalit\u00e9s. On les voit \u00e0 Avesnes, \u00e0 Landrecies, \u00e0 Maubeuge, \u00e9changeant des toasts avec les notables, assistant aux c\u00e9l\u00e9brations de la Saint\u2011Louis ou aux festivit\u00e9s du mariage du duc de Berry. Dans les villages, la troupe pr\u00eate parfois main\u2011forte : on signale des interventions pour \u00e9teindre des incendies criminels, des patrouilles de nuit pour contenir le vagabondage n\u00e9 de la crise des subsistances, et m\u00eame des actes de bravoure, comme le sauvetage d\u2019un enfant tomb\u00e9 dans un \u00e9tang de l\u2019Avesnois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette proximit\u00e9 donne lieu \u00e0 des liens inattendus. Plusieurs mariages sont contract\u00e9s entre soldats russes et habitantes de l\u2019arrondissement, certains c\u00e9l\u00e9br\u00e9s pendant l\u2019occupation, d\u2019autres apr\u00e8s le d\u00e9part des troupes. Mais cette coexistence n\u2019est pas sans tensions. Les r\u00e9quisitions demeurent lourdes, les charges financi\u00e8res \u00e9crasantes, et la disette de 1816 rend la pr\u00e9sence des troupes plus difficile \u00e0 supporter. Les habitants doivent fournir vivres, fourrages, bois, logement, et parfois des suppl\u00e9ments que les soldats r\u00e9clament malgr\u00e9 les rations officielles. La lassitude s\u2019installe peu \u00e0 peu. En 1817, les incidents se multiplient : insultes, heurts, provocations, parfois m\u00eame agressions contre les soldats russes, pourtant mieux per\u00e7us que les Prussiens ou les Anglais. Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises, soucieuses de maintenir l\u2019ordre, r\u00e9priment s\u00e9v\u00e8rement les d\u00e9bordements et appellent les maires \u00e0 la vigilance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, malgr\u00e9 ces tensions, l\u2019occupation russe laisse dans l\u2019Avesnois une impression diff\u00e9rente de celle des autres arm\u00e9es alli\u00e9es. Les habitants retiennent la discipline, la religiosit\u00e9, la rusticit\u00e9, parfois la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de ces soldats venus de si loin. Et surtout, leur pr\u00e9sence, lourde mais stable, permet d\u2019engager un vaste chantier : <strong>la reconstruction et la modernisation des places fortes de l\u2019Avesnois<\/strong>, meurtries par les ann\u00e9es 1814\u20111815.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-dark-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-c34e680acc0f3009d15fd31a64bca8ce\">\ud83c\udff0 <strong>III. Avesnes, une place forte \u00e0 reconstruire (1816\u20111821)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque les Russes s\u2019installent dans l\u2019Avesnois \u00e0 partir de 1816, Avesnes n\u2019est plus seulement une ville occup\u00e9e : c\u2019est une ville meurtrie. L\u2019explosion du magasin \u00e0 poudre, survenue l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, a laiss\u00e9 des traces profondes. Plusieurs rues ont \u00e9t\u00e9 \u00e9ventr\u00e9es, des maisons d\u00e9truites, des b\u00e2timents militaires gravement endommag\u00e9s. Les habitants vivent encore au milieu des ruines, et les autorit\u00e9s locales doivent composer avec une place forte affaiblie au moment m\u00eame o\u00f9 elle devient un point d\u2019appui essentiel pour les troupes alli\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La pr\u00e9sence russe, paradoxalement, cr\u00e9e les conditions d\u2019une reconstruction. Les autorit\u00e9s militaires du tsar, soucieuses de loger correctement leurs hommes et de disposer d\u2019installations s\u00fbres, encouragent les travaux. Les ing\u00e9nieurs fran\u00e7ais, eux, voient dans cette p\u00e9riode une occasion de moderniser une fortification dont l\u2019importance strat\u00e9gique vient d\u2019\u00eatre renforc\u00e9e par un \u00e9v\u00e9nement majeur : la perte de Philippeville et de Mariembourg, c\u00e9d\u00e9es au royaume des Pays\u2011Bas. Du jour au lendemain, Avesnes se retrouve en premi\u00e8re ligne sur une fronti\u00e8re redessin\u00e9e. La ville doit \u00eatre pr\u00eate \u00e0 jouer un r\u00f4le que l\u2019on croyait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 d\u2019autres places fortes du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les travaux commencent d\u00e8s 1816 et se poursuivent jusqu\u2019en 1821. Ils sont consid\u00e9rables. Les anciens magasins \u00e0 poudre, d\u00e9truits ou fragilis\u00e9s, sont reconstruits. Les magasins de stockage, indispensables \u00e0 la logistique militaire, sont reb\u00e2tis sur des plans plus s\u00fbrs. Le bastion Saint\u2011Jean, l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments majeurs de la d\u00e9fense d\u2019Avesnes, est enti\u00e8rement remis \u00e0 neuf. Ses anciennes casemates, jug\u00e9es trop vuln\u00e9rables, sont obstru\u00e9es, tandis que de nouveaux espaces prot\u00e9g\u00e9s sont am\u00e9nag\u00e9s pour r\u00e9pondre aux exigences de la fortification moderne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pr\u00e8s de la Porte de France, symbole de la ville et point de passage strat\u00e9gique, un demi\u2011bastion casemat\u00e9 sur deux niveaux est \u00e9difi\u00e9. Cette construction, massive et ing\u00e9nieuse, t\u00e9moigne de la volont\u00e9 de renforcer la d\u00e9fense de la ville face \u00e0 une fronti\u00e8re devenue plus incertaine. La Porte de France elle\u2011m\u00eame est restaur\u00e9e, consolid\u00e9e, r\u00e9habilit\u00e9e pour retrouver son r\u00f4le de verrou et de fa\u00e7ade militaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces travaux transforment profond\u00e9ment Avesnes. La ville, encore marqu\u00e9e par les destructions de 1815, se reconstruit pierre apr\u00e8s pierre, bastion apr\u00e8s bastion, sous le regard des troupes russes qui y stationnent. Les habitants voient les ouvriers s\u2019activer, les mat\u00e9riaux affluer, les murs se relever. La pr\u00e9sence militaire, lourde mais disciplin\u00e9e, devient le cadre d\u2019une renaissance architecturale et strat\u00e9gique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En quelques ann\u00e9es, Avesnes passe du statut de ville meurtrie \u00e0 celui de place forte modernis\u00e9e, pr\u00eate \u00e0 assumer son r\u00f4le dans la d\u00e9fense du royaume restaur\u00e9. Cette transformation, n\u00e9e dans le contexte paradoxal d\u2019une occupation \u00e9trang\u00e8re, marque durablement l\u2019histoire de la cit\u00e9 et de tout l\u2019Avesnois.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-dark-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-019a54850459dd33b95666897bf1e5f6\">\ud83e\udd1d <strong>IV. Coexistence quotidienne dans l\u2019Avesnois occup\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant les ann\u00e9es d\u2019occupation, la vie quotidienne dans l\u2019Avesnois se d\u00e9roule sous le regard constant des troupes russes. Cette pr\u00e9sence, massive mais disciplin\u00e9e, impose un rythme nouveau aux villes et aux villages. Les habitants s\u2019habituent \u00e0 croiser des uniformes dans les rues, \u00e0 entendre les ordres donn\u00e9s en russe, \u00e0 voir les patrouilles passer au petit matin ou \u00e0 la tomb\u00e9e du jour. La fronti\u00e8re entre la vie civile et la vie militaire devient floue, et chacun doit composer avec cette cohabitation impos\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les rapports entre la population et les soldats refl\u00e8tent la singularit\u00e9 de cette occupation. Les Russes, soucieux de maintenir une discipline stricte, cherchent \u00e0 \u00e9viter les abus qui ont marqu\u00e9 le passage des Prussiens. Les officiers, souvent cultiv\u00e9s et curieux, n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 se m\u00ealer aux notables lors des f\u00eates locales. \u00c0 Avesnes, \u00e0 Landrecies, \u00e0 Maubeuge, ils assistent aux c\u00e9r\u00e9monies officielles, aux bals donn\u00e9s par les municipalit\u00e9s, aux c\u00e9l\u00e9brations religieuses. On les voit lever leur verre lors des toasts \u00e9chang\u00e9s en l\u2019honneur du duc de Berry ou du roi Louis XVIII, participer aux r\u00e9jouissances de la Saint\u2011Louis, ou simplement converser avec les habitants dans les salons des familles ais\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les campagnes, la pr\u00e9sence russe prend une autre forme. Les soldats sont log\u00e9s dans des casernements improvis\u00e9s, souvent am\u00e9nag\u00e9s dans des b\u00e2timents communaux ou dans des maisons r\u00e9quisitionn\u00e9es. Les habitants doivent fournir bois, paille, vivres, parfois m\u00eame des suppl\u00e9ments que les soldats r\u00e9clament malgr\u00e9 les rations officielles. Les r\u00e9quisitions demeurent lourdes, mais la discipline impos\u00e9e par les officiers limite les exc\u00e8s. Il arrive m\u00eame que la troupe pr\u00eate main\u2011forte : des soldats interviennent pour \u00e9teindre des incendies criminels, participent \u00e0 des patrouilles de nuit pour contenir le vagabondage n\u00e9 de la crise des subsistances, ou se distinguent par des actes de bravoure. L\u2019un d\u2019eux sauve un enfant tomb\u00e9 dans un \u00e9tang de l\u2019Avesnois, un geste qui marque durablement les esprits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette proximit\u00e9 donne parfois naissance \u00e0 des liens inattendus. Plusieurs mariages sont contract\u00e9s entre soldats russes et habitantes de l\u2019arrondissement, certains c\u00e9l\u00e9br\u00e9s pendant l\u2019occupation, d\u2019autres apr\u00e8s le d\u00e9part des troupes. Ces unions t\u00e9moignent d\u2019une forme de familiarit\u00e9 qui s\u2019installe peu \u00e0 peu, malgr\u00e9 les contraintes et les tensions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Car la cohabitation n\u2019est pas toujours paisible. La disette de 1816 rend la pr\u00e9sence des troupes plus difficile \u00e0 supporter. Les habitants, d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9s par les mauvaises r\u00e9coltes, voient les prix s\u2019envoler et les r\u00e9quisitions s\u2019alourdir. La lassitude s\u2019installe, et en 1817, les incidents se multiplient : insultes, heurts, provocations, parfois m\u00eame agressions contre les soldats russes, pourtant mieux per\u00e7us que les Prussiens ou les Anglais. Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises, soucieuses de maintenir l\u2019ordre, r\u00e9priment s\u00e9v\u00e8rement les d\u00e9bordements et appellent les maires \u00e0 la vigilance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 ces tensions, l\u2019occupation russe laisse dans l\u2019Avesnois une impression singuli\u00e8re. Les habitants retiennent la discipline, la religiosit\u00e9, la rusticit\u00e9, parfois la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de ces soldats venus de si loin. Ils se souviennent de leurs bains pris en plein hiver, de leur go\u00fbt pour le geni\u00e8vre, de leurs chants graves, de leur mani\u00e8re de prier avant les repas. Cette pr\u00e9sence, lourde mais stable, devient le cadre d\u2019une vie quotidienne o\u00f9 l\u2019on apprend \u00e0 composer, \u00e0 s\u2019adapter, \u00e0 coexister. Et c\u2019est dans ce contexte paradoxal que l\u2019Avesnois se reconstruit, se modernise, et pr\u00e9pare la fin d\u2019une occupation qui aura profond\u00e9ment marqu\u00e9 son histoire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-dark-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-71e83c089f19a27a171e1a71578270de\">\ud83c\udf3e <strong>V. La crise de 1816\u20111817 dans l\u2019Avesnois<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019occupation russe, malgr\u00e9 sa discipline et ses efforts pour maintenir une coexistence pacifique, se d\u00e9roule dans un contexte \u00e9conomique particuli\u00e8rement difficile. L\u2019ann\u00e9e 1816 est marqu\u00e9e par une mauvaise r\u00e9colte qui plonge l\u2019Avesnois dans une crise des subsistances. Les march\u00e9s se vident, les prix s\u2019envolent, et les habitants, d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9s par les r\u00e9quisitions impos\u00e9es par les troupes, voient leur quotidien devenir plus lourd encore. Dans les villages, les familles doivent choisir entre nourrir leurs enfants ou fournir les vivres exig\u00e9s par les autorit\u00e9s militaires. Les maires, pris entre les demandes des commissaires des guerres et la d\u00e9tresse de leurs administr\u00e9s, tentent de n\u00e9gocier, d\u2019apaiser, de r\u00e9partir les charges. Mais la disette ne laisse gu\u00e8re de marge de man\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au printemps 1817, la situation atteint son paroxysme. Les march\u00e9s de l\u2019Avesnois connaissent des troubles : des attroupements se forment, des cris s\u2019\u00e9l\u00e8vent, des sacs de farine sont disput\u00e9s, parfois arrach\u00e9s. Les habitants ne peuvent ignorer que la pr\u00e9sence des troupes contribue au rench\u00e9rissement des denr\u00e9es. Les soldats, eux, ne sont pas responsables de la crise, mais leur nombre, leurs besoins, leurs r\u00e9quisitions accentuent une tension d\u00e9j\u00e0 vive. Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises redoutent que ces troubles ne d\u00e9g\u00e9n\u00e8rent. Elles renforcent la surveillance, multiplient les patrouilles, rappellent aux maires leur devoir de vigilance. Les Russes eux\u2011m\u00eames, soucieux de maintenir l\u2019ordre, participent \u00e0 des rondes nocturnes pour pr\u00e9venir les vols et les violences n\u00e9s de la mis\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce climat de p\u00e9nurie, la lassitude gagne les esprits. Les habitants, qui avaient accueilli les Russes avec une certaine bienveillance en raison de leur discipline, commencent \u00e0 manifester de l\u2019agacement, parfois de l\u2019hostilit\u00e9. Les incidents se multiplient : des insultes sont prof\u00e9r\u00e9es contre des soldats, des heurts \u00e9clatent dans les rues, des provocations bonapartistes circulent dans les cabarets. L\u2019Avesnois, r\u00e9put\u00e9 pour son patriotisme, devient un terrain fertile pour les rumeurs et les chansons s\u00e9ditieuses venues de Belgique. Les autorit\u00e9s judiciaires doivent intervenir, r\u00e9primer, sanctionner, afin d\u2019\u00e9viter que ces tensions ne compromettent les n\u00e9gociations en cours pour la lib\u00e9ration du territoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 ces difficult\u00e9s, la crise de 1816\u20111817 ne brise pas l\u2019Avesnois. Elle r\u00e9v\u00e8le au contraire la r\u00e9silience d\u2019un territoire habitu\u00e9 aux \u00e9preuves, capable de traverser les p\u00e9nuries, les r\u00e9quisitions et les occupations successives sans perdre son identit\u00e9. Lorsque les r\u00e9coltes de 1817 reviennent \u00e0 la normale, le calme se r\u00e9installe peu \u00e0 peu. Les tensions s\u2019apaisent, les march\u00e9s reprennent vie, et l\u2019horizon s\u2019\u00e9claircit. L\u2019Avesnois peut enfin envisager la fin de l\u2019occupation et le retour \u00e0 une souverainet\u00e9 pleine et enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-dark-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-22ae5b9529acb8fdb924110c6449b6da\">\ud83d\udd4a\ufe0f <strong>VI. 1818 : la fin de l\u2019occupation dans l\u2019Avesnois<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1818, l\u2019Avesnois vit encore au rythme des troupes russes, mais l\u2019atmosph\u00e8re a chang\u00e9. Les tensions de 1817 ont laiss\u00e9 des traces, les habitants sont las, les autorit\u00e9s fran\u00e7aises s\u2019impatientent, et les Alli\u00e9s eux\u2011m\u00eames souhaitent clore une occupation qui p\u00e8se sur leurs finances autant que sur celles du royaume. Les n\u00e9gociations engag\u00e9es depuis plusieurs mois aboutissent enfin : la lib\u00e9ration du territoire est proche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La d\u00e9cision est prise lors de la conf\u00e9rence d\u2019Aix\u2011la\u2011Chapelle, en octobre 1818. Les souverains alli\u00e9s conviennent que l\u2019occupation cessera le 30 novembre, \u00e0 condition que la France r\u00e8gle le reliquat des indemnit\u00e9s pr\u00e9vues par le trait\u00e9 de 1815. Le gouvernement de Louis XVIII, d\u00e9sireux de tourner la page, mobilise les ressources n\u00e9cessaires. Les Chambres votent les cr\u00e9dits, les banques de Londres et d\u2019Amsterdam apportent leur concours, et les derniers obstacles diplomatiques sont lev\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019Avesnois, la nouvelle se r\u00e9pand rapidement. Les maires re\u00e7oivent les instructions, les commissaires des guerres organisent les d\u00e9parts, les habitants observent les pr\u00e9paratifs avec un m\u00e9lange de soulagement et d\u2019appr\u00e9hension. Les troupes russes, qui avaient pris leurs habitudes dans les villes et les villages, commencent \u00e0 plier bagage. Les cosaques quittent leurs postes, les r\u00e9giments d\u2019Apcheronsky, d\u2019Alexiopolsky, de Smolensk et de Nerwa se rassemblent pour la marche vers la fronti\u00e8re. Le d\u00e9part se fait par \u00e9tapes. Les Anglais quittent le Nord d\u00e8s le mois d\u2019octobre, les Saxons et les Danois suivent en novembre, et les Russes ferment la marche. \u00c0 Avesnes, \u00e0 Landrecies, \u00e0 Maubeuge, les habitants voient les colonnes s\u2019\u00e9branler, les chevaux s\u2019aligner, les chariots s\u2019\u00e9loigner. Les rues, soudain plus silencieuses, semblent retrouver leur rythme d\u2019autrefois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La reprise de possession des places fortes se d\u00e9roule avec solennit\u00e9. Le duc d\u2019Angoul\u00eame, repr\u00e9sentant du roi, parcourt la fronti\u00e8re pour marquer officiellement le retour de la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise. \u00c0 Maubeuge, \u00e0 Landrecies, \u00e0 Avesnes, les c\u00e9r\u00e9monies rassemblent les autorit\u00e9s civiles, les notables, les anciens combattants, les habitants curieux ou \u00e9mus. Les drapeaux fran\u00e7ais sont hiss\u00e9s sur les portes, les garnisons nationales reprennent leurs quartiers, et les registres militaires consignent la fin d\u2019une p\u00e9riode qui aura profond\u00e9ment marqu\u00e9 le territoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour l\u2019Avesnois, la fin de l\u2019occupation n\u2019est pas seulement un \u00e9v\u00e9nement politique : c\u2019est un soulagement mat\u00e9riel, une respiration \u00e9conomique, une transition vers un avenir plus stable. Les r\u00e9quisitions cessent, les charges financi\u00e8res s\u2019all\u00e8gent, les march\u00e9s retrouvent leur \u00e9quilibre. Les travaux engag\u00e9s pendant l\u2019occupation \u2014 casernements, fortifications, reconstructions \u2014 demeurent, t\u00e9moignant de ces ann\u00e9es o\u00f9 la r\u00e9gion a v\u00e9cu sous le regard des arm\u00e9es alli\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque les derniers soldats franchissent la fronti\u00e8re, l\u2019Avesnois retrouve son autonomie, son calme, son horizon. Les habitants referment une parenth\u00e8se lourde mais fondatrice, conscients que ces quatre ann\u00e9es ont fa\u00e7onn\u00e9 durablement le visage de leur territoire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-dark-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-b85c326c3f949427c93b62d67294229c\">\ud83d\udcdc <strong>VII. Conclusion : un \u00e9pisode fondateur pour l\u2019Avesnois<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre 1814 et 1818, l\u2019Avesnois traverse une p\u00e9riode qui, sans \u00eatre la plus connue de son histoire, en est pourtant l\u2019une des plus structurantes. En quatre ann\u00e9es, le territoire voit passer les arm\u00e9es prussiennes et russes, subit des r\u00e9quisitions, des destructions, des tensions, mais aussi des gestes de solidarit\u00e9 inattendus. Il endure une crise des subsistances, des heurts, des inqui\u00e9tudes, puis retrouve peu \u00e0 peu son \u00e9quilibre. Cette succession d\u2019\u00e9preuves forge une m\u00e9moire particuli\u00e8re, faite de prudence, de r\u00e9silience et d\u2019une certaine lucidit\u00e9 face aux bouleversements du monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019occupation russe, plus stable et plus disciplin\u00e9e que les passages prussiens, laisse une empreinte singuli\u00e8re. Les habitants se souviennent de ces soldats venus de si loin, de leurs chants graves, de leurs bains pris en plein hiver, de leur mani\u00e8re de prier avant les repas, de leur go\u00fbt pour le geni\u00e8vre, de leur discipline presque aust\u00e8re. Ils se souviennent aussi des f\u00eates partag\u00e9es, des toasts \u00e9chang\u00e9s, des mariages inattendus, des patrouilles nocturnes, des interventions lors d\u2019incendies. Cette cohabitation, impos\u00e9e mais souvent pacifique, donne \u00e0 l\u2019Avesnois une exp\u00e9rience unique : celle d\u2019un territoire o\u00f9 la vie civile et la vie militaire se m\u00ealent, o\u00f9 l\u2019on apprend \u00e0 composer, \u00e0 s\u2019adapter, \u00e0 coexister.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais l\u2019h\u00e9ritage le plus visible de ces ann\u00e9es reste la transformation des places fortes. Avesnes, meurtrie par l\u2019explosion de 1815, se reconstruit et se modernise. Landrecies et Maubeuge renforcent leurs d\u00e9fenses. Les bastions sont remis \u00e0 neuf, les casemates obstru\u00e9es, les magasins reconstruits, les portes restaur\u00e9es. La perte de Philippeville et de Mariembourg redessine la fronti\u00e8re, et l\u2019Avesnois devient un \u00e9l\u00e9ment essentiel de la d\u00e9fense du royaume restaur\u00e9. Ainsi, l\u2019occupation, paradoxalement, contribue \u00e0 la renaissance architecturale et strat\u00e9gique du territoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque les derniers soldats franchissent la fronti\u00e8re en novembre 1818, l\u2019Avesnois retrouve son autonomie, son calme, son horizon. Les habitants referment une parenth\u00e8se lourde mais fondatrice, conscients que ces ann\u00e9es ont fa\u00e7onn\u00e9 durablement le visage de leur r\u00e9gion. Ce chapitre de l\u2019histoire locale, longtemps rel\u00e9gu\u00e9 au second plan, m\u00e9rite d\u2019\u00eatre red\u00e9couvert : il raconte comment un territoire rural, frontalier, souvent discret, a v\u00e9cu au rythme des arm\u00e9es alli\u00e9es, a travers\u00e9 les crises, a reconstruit ses villes, et a su, malgr\u00e9 tout, pr\u00e9server son identit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-dark-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-e41bbf9d2c0065100e4e815d4cc7f680\"><strong>\u2e19 La loge militaire russe de Maubeuge (1817\u20111818)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant l\u2019occupation russe, Maubeuge abrita une loge ma\u00e7onnique tout \u00e0 fait singuli\u00e8re : <strong>Saint\u2011Georges le Victorieux<\/strong>, compos\u00e9e exclusivement d\u2019officiers du corps russe du comte Vorontsov. Active de <strong>mars 1817 \u00e0 octobre 1818<\/strong>, elle fut la <strong>seule loge directement rattach\u00e9e \u00e0 une ob\u00e9dience russe<\/strong> ayant jamais travaill\u00e9 en France. Ses archives ont disparu, mais les sources lat\u00e9rales montrent qu\u2019elle servait de lieu de sociabilit\u00e9, d\u2019\u00e9changes culturels et de rencontres entre officiers russes, ma\u00e7ons belges et quelques ma\u00e7ons fran\u00e7ais. Cette loge, install\u00e9e \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de la fronti\u00e8re belge, t\u00e9moigne de la <strong>vitalit\u00e9 ma\u00e7onnique de la r\u00e9gion<\/strong> et de la <strong>dimension culturelle<\/strong> de la pr\u00e9sence russe dans l\u2019Avesnois.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-dark-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-6950478f8904601ece878dfecb383be1\">\ud83d\udcda <strong>Bibliographie<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Bruchet, Max.<\/strong> <em>L\u2019invasion et l\u2019occupation du d\u00e9partement du Nord par les Alli\u00e9s (1814\u20111818).<\/em> Revue du Nord, t. 24 (1920), p. 261\u2011299 ; t. 25 (1921), p. 30\u201161. \u00c9tude fondamentale sur les op\u00e9rations militaires, les charges financi\u00e8res, la r\u00e9partition des troupes et les effets de l\u2019occupation dans le Nord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>M\u00e9nager, Bernard.<\/strong> \u00ab L\u2019occupation du Nord apr\u00e8s Waterloo \u00bb, dans <em>Histoire du Nord et du Pas\u2011de\u2011Calais<\/em>, p. 113\u2011122. Analyse des relations entre populations et troupes alli\u00e9es, des comportements, des tensions et des repr\u00e9sentations sociales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Archives d\u00e9partementales du Nord.<\/strong> S\u00e9ries M, K, R (1814\u20111818). Documents administratifs relatifs aux r\u00e9quisitions, aux casernements, aux travaux de fortification, aux incidents entre habitants et troupes, et aux circulaires pr\u00e9fectorales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Dinaux, A.<\/strong> \u00ab Destruction des places fortes dans le Nord en 1815 \u00bb, <em>Archives historiques du Nord<\/em>, 3e s\u00e9rie, t. III, p. 308. \u00c9tude sur les projets prussiens de d\u00e9molition des fortifications de Maubeuge, Landrecies et Avesnes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Robin, Paul.<\/strong> <em>Des occupations militaires en dehors des occupations de guerre.<\/em> Paris, 1913. Ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence sur les occupations militaires du XIXe si\u00e8cle, incluant des d\u00e9veloppements sur la p\u00e9riode 1815\u20111818.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Breuillard, Jean.<\/strong> \u00ab\u202fLa loge militaire russe de Maubeuge (1817\u20111818)\u202f\u00bb, <em>Slavica Occitania<\/em>, n\u00b0\u202f24, Toulouse, 2007, p.\u202f307\u2011342. \u00c9tude d\u00e9taill\u00e9e sur la loge Saint\u2011Georges le Victorieux, compos\u00e9e d\u2019officiers du corps d\u2019occupation russe install\u00e9 \u00e0 Maubeuge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Annuaire du d\u00e9partement du Nord.<\/strong> \u00c9ditions 1816\u20111818. Renseignements administratifs, statistiques et notices sur les travaux, les d\u00e9penses et les mouvements de troupes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u2726 Avant\u2011propos Au d\u00e9but du XIX\u1d49 si\u00e8cle, l\u2019Avesnois traverse une p\u00e9riode singuli\u00e8re, souvent \u00e9clips\u00e9e par les grands r\u00e9cits napol\u00e9oniens. Entre 1814 et 1818, ce territoire frontalier voit passer, s\u2019installer, puis repartir des arm\u00e9es venues de toute l\u2019Europe. Prussiens, Russes, Anglais, Danois, Saxons, Hanovriens : autant de uniformes, de langues et de disciplines qui se croisent &hellip; <a href=\"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/quand-lavesnois-vivait-sous-les-armees-alliees-1814-1818\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Quand l\u2019Avesnois vivait sous les arm\u00e9es alli\u00e9es (1814\u20111818)&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-26391","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/PaOEkN-6RF","jetpack-related-posts":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/26391","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=26391"}],"version-history":[{"count":10,"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/26391\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":26405,"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/26391\/revisions\/26405"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=26391"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}