{"id":27056,"date":"2026-07-17T21:07:26","date_gmt":"2026-07-17T19:07:26","guid":{"rendered":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/?page_id=27056"},"modified":"2026-07-17T21:07:26","modified_gmt":"2026-07-17T19:07:26","slug":"de-la-nervie-a-lavesnois-2-000-ans-dhistoire-territoriale","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/de-la-nervie-a-lavesnois-2-000-ans-dhistoire-territoriale\/","title":{"rendered":"De la Nervie \u00e0 l\u2019Avesnois : 2 000 ans d\u2019histoire territoriale"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Histoire longue d\u2019un territoire, des Gaulois \u00e0 nos jours<\/em><\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"691\" height=\"770\" data-attachment-id=\"27065\" data-permalink=\"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/de-la-nervie-a-lavesnois-2-000-ans-dhistoire-territoriale\/image-2853\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-275.png?fit=691%2C770\" data-orig-size=\"691,770\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;,&quot;alt&quot;:&quot;&quot;}\" data-image-title=\"image\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-275.png?fit=691%2C770\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-275.png?resize=691%2C770&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-27065\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-275.png?w=691 691w, https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-275.png?resize=269%2C300 269w\" sizes=\"auto, (max-width: 691px) 85vw, 691px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Cadre g\u00e9ographique du territoire des Nerviens<\/strong> (I\u1d49\u02b3 si\u00e8cle av. J.-C.)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pr\u00e9face \u2014 \u00c0 la recherche d\u2019un territoire oubli\u00e9<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est des territoires que l\u2019on croit conna\u00eetre parce qu\u2019on les traverse chaque jour, parce qu\u2019on y vit, parce qu\u2019on y a grandi. L\u2019Avesnois fait partie de ceux\u2011l\u00e0. On le d\u00e9crit volontiers comme un pays de bocage, de for\u00eats profondes, de vall\u00e9es humides, un coin de France discret, presque retir\u00e9, nich\u00e9 entre la Sambre et la fronti\u00e8re belge. Mais derri\u00e8re cette apparente simplicit\u00e9 se cache une histoire que peu soup\u00e7onnent, une histoire longue, dense, stratifi\u00e9e, dont les racines plongent bien plus loin que les cartes modernes ne le laissent penser.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant longtemps, je n\u2019aurais jamais imagin\u00e9 que l\u2019on puisse relier l\u2019Avesnois \u00e0 la Nervie gauloise, \u00e0 la civitas romaine, aux pagi carolingiens, au comt\u00e9 m\u00e9di\u00e9val de Hainaut, aux guerres de Louis XIV, aux d\u00e9partements r\u00e9volutionnaires. Je croyais, comme beaucoup, que l\u2019histoire de ma r\u00e9gion commen\u00e7ait avec les fortifications d\u2019Avesnes, les industries de Fourmies, les villages de Thi\u00e9rache. Et puis, au fil des lectures, des cartes, des textes anciens, des travaux d\u2019historiens, une \u00e9vidence s\u2019est impos\u00e9e : l\u2019Avesnois n\u2019est pas un territoire r\u00e9cent. Il est l\u2019h\u00e9ritier direct d\u2019une continuit\u00e9 de deux mill\u00e9naires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette d\u00e9couverte a boulevers\u00e9 ma mani\u00e8re de regarder ce pays. Chaque vall\u00e9e, chaque clairi\u00e8re, chaque fronti\u00e8re, chaque village s\u2019est mis \u00e0 parler une langue ancienne. Les Nerviens, peuple farouche d\u00e9crit par C\u00e9sar, ont laiss\u00e9 leurs traces dans les reliefs. Les Romains ont structur\u00e9 les routes, les agglom\u00e9rations, les axes fluviaux. Les pagi carolingiens ont redessin\u00e9 les circonscriptions. Les comtes de Hainaut ont fix\u00e9 des fronti\u00e8res qui subsistent encore aujourd\u2019hui. Les trait\u00e9s de Louis XIV ont cr\u00e9\u00e9 le Hainaut fran\u00e7ais, dont l\u2019Avesnois est un fragment. Et la R\u00e9volution a simplement chang\u00e9 les noms, sans effacer les h\u00e9ritages.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce texte est n\u00e9 de cette prise de conscience. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une compilation, ni d\u2019une simple synth\u00e8se, mais d\u2019une tentative de <strong>restituer la longue dur\u00e9e<\/strong> d\u2019un territoire que l\u2019on croyait modeste, et qui se r\u00e9v\u00e8le d\u2019une profondeur exceptionnelle. Relier la Nervie \u00e0 l\u2019Avesnois, c\u2019est redonner \u00e0 ce pays la place qu\u2019il m\u00e9rite dans l\u2019histoire europ\u00e9enne. C\u2019est montrer que les paysages actuels ne sont pas seulement naturels, mais les t\u00e9moins silencieux d\u2019une m\u00e9moire ancienne. C\u2019est rappeler que les fronti\u00e8res modernes ne sont pas arbitraires, mais les h\u00e9riti\u00e8res de limites antiques, m\u00e9di\u00e9vales, carolingiennes, f\u00e9odales.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Introduction g\u00e9n\u00e9rale \u2014 Aux origines d\u2019un territoire oubli\u00e9<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est des r\u00e9gions dont l\u2019histoire semble br\u00e8ve, limit\u00e9e aux d\u00e9coupages administratifs modernes, aux fronti\u00e8res fix\u00e9es par les trait\u00e9s r\u00e9cents, aux identit\u00e9s fa\u00e7onn\u00e9es par les \u00c9tats contemporains. L\u2019Avesnois, \u00e0 premi\u00e8re vue, pourrait appartenir \u00e0 cette cat\u00e9gorie : un pays de bocage, int\u00e9gr\u00e9 au d\u00e9partement du Nord \u00e0 la R\u00e9volution, situ\u00e9 aux marges de la France, loin des grands centres politiques. Pourtant, derri\u00e8re cette apparente modestie se cache l\u2019une des continuit\u00e9s territoriales les plus remarquables d\u2019Europe occidentale. Peu de r\u00e9gions fran\u00e7aises peuvent se pr\u00e9valoir d\u2019une m\u00e9moire aussi longue, aussi profonde, aussi stratifi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Car l\u2019Avesnois n\u2019est pas n\u00e9 en 1790, ni en 1815, ni m\u00eame au Moyen \u00c2ge. Il plonge ses racines dans un territoire bien plus ancien : celui des Nerviens, peuple gaulois que C\u00e9sar d\u00e9crivait comme farouche, aust\u00e8re, attach\u00e9 \u00e0 ses vall\u00e9es et \u00e0 ses for\u00eats. Ce territoire, structur\u00e9 par la Haine, la Sambre et la Selle, formait une entit\u00e9 coh\u00e9rente, dont les limites naturelles ont travers\u00e9 les si\u00e8cles. La civitas Nerviorum, puis le dioc\u00e8se de Cambrai, ont prolong\u00e9 cette coh\u00e9rence antique. Les pagi carolingiens l\u2019ont transform\u00e9e sans la d\u00e9truire. Le comt\u00e9 de Hainaut l\u2019a consolid\u00e9e. Les trait\u00e9s de Louis XIV l\u2019ont redessin\u00e9e. Le d\u00e9partement de Jemmapes l\u2019a r\u00e9organis\u00e9e. Et l\u2019Avesnois moderne en est l\u2019h\u00e9ritier direct.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Raconter l\u2019Avesnois, c\u2019est donc raconter une histoire longue, continue, o\u00f9 chaque \u00e9poque a laiss\u00e9 une empreinte visible dans le paysage, dans les limites, dans les noms, dans les structures administratives. C\u2019est raconter la Nervie gauloise, la romanisation, les pagi carolingiens, les expansions m\u00e9di\u00e9vales, les guerres de Louis XIV, les d\u00e9coupages r\u00e9volutionnaires, les fronti\u00e8res du XIX\u1d49 si\u00e8cle. C\u2019est montrer que ce territoire, loin d\u2019\u00eatre une cr\u00e9ation r\u00e9cente, est un palimpseste o\u00f9 les couches historiques se superposent sans s\u2019effacer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette page propose pour la premi\u00e8re fois une synth\u00e8se compl\u00e8te de cette continuit\u00e9. Elle relie la Nervie \u00e0 l\u2019Avesnois, la civitas \u00e0 Jemmapes, le pagus de la Haine au d\u00e9partement du Nord. Elle montre que les paysages actuels \u2014 for\u00eats profondes, vall\u00e9es encaiss\u00e9es, bocages serr\u00e9s \u2014 ne sont pas seulement des \u00e9l\u00e9ments naturels, mais les t\u00e9moins silencieux d\u2019une histoire de deux mill\u00e9naires. Elle montre que les fronti\u00e8res modernes ne sont pas des lignes arbitraires, mais les h\u00e9riti\u00e8res de limites antiques, m\u00e9di\u00e9vales, carolingiennes, f\u00e9odales.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Chapitre I \u2014 Le territoire nervien avant Rome<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien avant que l\u2019Avesnois ne prenne forme, la r\u00e9gion appartenait \u00e0 un peuple gaulois que C\u00e9sar nomme les Nerviens. Leur territoire, difficile \u00e0 cerner avec pr\u00e9cision, s\u2019organisait autour de trois rivi\u00e8res : la Haine au nord, la Sambre au centre, et la Selle au sud. Ces limites naturelles ne correspondent pas \u00e0 celles de l\u2019Avesnois moderne, mais elles d\u00e9finissent le cadre g\u00e9ographique dans lequel celui\u2011ci s\u2019inscrira plusieurs si\u00e8cles plus tard. Les Nerviens vivaient dans un pays de for\u00eats, de vall\u00e9es humides, de marais, un territoire rude qui fa\u00e7onnait leur caract\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u00e9sar les d\u00e9crit comme les plus farouches des Belges, refusant les marchands, le vin et les produits de luxe, estimant que ces biens amollissaient les \u00e2mes. Leur soci\u00e9t\u00e9, sans oppida, structur\u00e9e en clans, se distingue des peuples voisins par une aust\u00e9rit\u00e9 volontaire. Cette absence de centres urbains n\u2019est pas un signe de faiblesse, mais un choix culturel : les Nerviens se d\u00e9finissent par leur ind\u00e9pendance, leur sobri\u00e9t\u00e9, leur attachement \u00e0 un mode de vie rural et guerrier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le territoire nervien est \u00e9galement marqu\u00e9 par des zones de refuge, comme Thuin ou Rouveroy, o\u00f9 les populations se repliaient en cas de danger. Ces lieux, situ\u00e9s dans des vall\u00e9es encaiss\u00e9es ou des zones humides, t\u00e9moignent d\u2019une g\u00e9ographie d\u00e9fensive. La Sabis, longtemps confondue avec la Sambre, doit \u00eatre identifi\u00e9e \u00e0 la Selle, ce qui place la bataille de 57 av. J.-C. aux marches m\u00e9ridionales du territoire nervien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Nerviens ne sont pas isol\u00e9s : ils sont entour\u00e9s des Atr\u00e9bates, des Viromanduens, des Ambiens, des Atuatuques et des \u00c9burons. Leur position centrale dans la Belgique gauloise en fait un peuple strat\u00e9gique, dont le territoire forme une zone charni\u00e8re entre les plaines flamandes, les plateaux braban\u00e7ons et les vall\u00e9es de la Sambre et de la Meuse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, avant Rome, la Nervie est un territoire coh\u00e9rent, structur\u00e9 par les rivi\u00e8res, habit\u00e9 par un peuple farouche, attach\u00e9 \u00e0 son identit\u00e9, et occupant un espace qui correspond en grande partie au futur Hainaut et \u00e0 la frange sud\u2011est de celui\u2011ci : l\u2019actuel Avesnois.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Chapitre II \u2014 Les monnaies nerviennes et la g\u00e9ographie du pouvoir<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les d\u00e9couvertes mon\u00e9taires constituent un t\u00e9moignage essentiel pour comprendre le territoire nervien. Les tr\u00e9sors de Ledringhem, Thuin, Amougies ou Kwaremont, malgr\u00e9 leurs biais, dessinent une aire coh\u00e9rente : celle d\u2019un peuple occupant les vall\u00e9es humides, les plateaux bois\u00e9s et les zones de marais. Les types VIROS, VERCIO, rameau, epsilon, qu\u2019ils soient en or, en bronze ou en potin, montrent une densit\u00e9 particuli\u00e8rement forte entre la Haine et la Sambre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La cartographie des monnaies, r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 partir de plus de mille lieux de d\u00e9couvertes, r\u00e9v\u00e8le une coh\u00e9rence remarquable. Les densit\u00e9s les plus fortes se situent dans la vall\u00e9e de la Haine, s\u2019\u00e9tendant vers le sud jusqu\u2019\u00e0 la Sambre. Cette zone correspond au c\u0153ur du territoire nervien. L\u2019Avesnois, situ\u00e9 au sud\u2011est de cette aire, appara\u00eet comme une r\u00e9gion p\u00e9riph\u00e9rique mais pleinement int\u00e9gr\u00e9e dans la Nervie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les monnaies nerviennes ne circulent pas au hasard. Elles refl\u00e8tent des zones d\u2019influence politique, des r\u00e9seaux \u00e9conomiques internes, des liens client\u00e9listes entre les \u00e9lites et les populations. Leur r\u00e9partition montre que les Nerviens contr\u00f4laient un territoire bien d\u00e9fini, dont les limites naturelles \u2014 Haine, Sambre, Eau d\u2019Heure \u2014 jouent un r\u00f4le structurant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les tr\u00e9sors d\u2019or, souvent d\u00e9pos\u00e9s dans des lieux humides, t\u00e9moignent de pratiques religieuses ou de crises. Les monnaies de bronze, retrouv\u00e9es sur des sites ruraux ou des agglom\u00e9rations, refl\u00e8tent la vie quotidienne. Leur chronologie, situ\u00e9e dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du Ier si\u00e8cle av. J.-C., correspond \u00e0 la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dant la conqu\u00eate romaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, les monnaies nerviennes permettent de reconstituer un territoire coh\u00e9rent, structur\u00e9, dont l\u2019Avesnois constitue la frange sud\u2011orientale. Elles montrent que la Nervie n\u2019est pas une abstraction litt\u00e9raire, mais une r\u00e9alit\u00e9 g\u00e9ographique, \u00e9conomique et politique.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Chapitre III \u2014 La civitas Nerviorum : la Nervie romanis\u00e9e<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec la conqu\u00eate romaine, la Nervie devient une entit\u00e9 administrative : la civitas Nerviorum, dont la capitale est Bavay. Le forum monumental, les sanctuaires, les voies romaines qui relient Bavay \u00e0 Reims ou \u00e0 Cologne, les agglom\u00e9rations secondaires comme Pont\u2011sur\u2011Sambre ou \u00c9tr\u0153ungt, t\u00e9moignent de l\u2019int\u00e9gration du territoire dans l\u2019Empire. Bavay, Bagacum, devient un centre politique, religieux et \u00e9conomique majeur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les rivi\u00e8res jouent un r\u00f4le essentiel dans l\u2019organisation romaine. La Sambre, navigable au moins jusqu\u2019\u00e0 Pont\u2011sur\u2011Sambre, permet le transport de c\u00e9ramiques, de mat\u00e9riaux, de denr\u00e9es. L\u2019Escaut, dont le cours moyen est navigable jusqu\u2019\u00e0 Cambrai, favorise le d\u00e9veloppement de cette agglom\u00e9ration, qui deviendra chef\u2011lieu au Bas\u2011Empire. La Haine, o\u00f9 les chalands de Pommeroeul attestent une activit\u00e9 fluviale soutenue, constitue un axe de circulation important.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les voies romaines structurent le territoire. La route Bavay\u2013Reims traverse l\u2019Avesnois, passant par Pont\u2011sur\u2011Sambre et \u00c9tr\u0153ungt. La route Bavay\u2013Cologne traverse la vall\u00e9e de la Haine. Ces voies, rectilignes, puissantes, organisent l\u2019espace et relient les agglom\u00e9rations entre elles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La civitas Nerviorum conserve globalement les limites naturelles de la Nervie gauloise. Les fronti\u00e8res administratives romaines correspondent aux limites m\u00e9di\u00e9vales du dioc\u00e8se de Cambrai. Cette continuit\u00e9 territoriale est remarquable : la Nervie survit sous la forme d\u2019une entit\u00e9 administrative pendant plus de mille ans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, la romanisation ne d\u00e9truit pas la Nervie : elle la transforme, l\u2019organise, la structure, et lui donne une coh\u00e9rence administrative qui perdurera jusqu\u2019au Moyen \u00c2ge.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Chapitre IV \u2014 Le dioc\u00e8se de Cambrai : continuit\u00e9 d\u2019un territoire antique<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le dioc\u00e8se de Cambrai, h\u00e9ritier direct de la civitas Nerviorum, reprend presque int\u00e9gralement son \u00e9tendue. Il s\u2019\u00e9tend vers le nord jusqu\u2019\u00e0 Anvers et Turnhout, vers l\u2019ouest jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Escaut, et vers l\u2019est jusqu\u2019\u00e0 la Dyle et la Sambre. Cette entit\u00e9 territoriale, n\u00e9e de la Nervie, perdure jusqu\u2019en 1559, date de la cr\u00e9ation des dioc\u00e8ses de Malines et d\u2019Anvers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant plus de mille ans, la Nervie survit donc sous la forme d\u2019un dioc\u00e8se. Les limites eccl\u00e9siastiques correspondent aux limites administratives romaines. Les pagi du Haut Moyen \u00c2ge s\u2019inscrivent dans ce cadre. Le dioc\u00e8se de Cambrai constitue une entit\u00e9 territoriale stable, coh\u00e9rente, structur\u00e9e par les rivi\u00e8res et les voies romaines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le dioc\u00e8se joue un r\u00f4le essentiel dans l\u2019organisation du territoire. Il structure les paroisses, les archidiacon\u00e9s, les juridictions eccl\u00e9siastiques. Il organise la vie religieuse, mais aussi la vie sociale, \u00e9conomique et politique. Les \u00e9v\u00eaques de Cambrai exercent une autorit\u00e9 consid\u00e9rable, qui d\u00e9passe le cadre strictement religieux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La continuit\u00e9 entre la civitas et le dioc\u00e8se est remarquable. Elle montre que la Nervie n\u2019est pas une entit\u00e9 \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, mais un territoire durable, dont les limites survivent pendant plus de mille ans. Cette continuit\u00e9 territoriale pr\u00e9pare la naissance du Hainaut.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, le dioc\u00e8se de Cambrai constitue un pont entre l\u2019Antiquit\u00e9 et le Moyen \u00c2ge, entre la civitas Nerviorum et le comt\u00e9 de Hainaut.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Chapitre V \u2014 Les pagi carolingiens : naissance du Hainaut<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019\u00e9poque franque, le territoire est divis\u00e9 en pagi. Dans l\u2019ancienne Nervie, on trouve le pagus de Cambrai, le pagus de Famars, le pagus de Brabant et le pagus de Ryen. Le pagus de Famars, dont le nom d\u00e9rive de Fanum Martis, devient progressivement le pagus de la Haine. Ce glissement toponymique refl\u00e8te l\u2019importance nouvelle des vall\u00e9es fluviales apr\u00e8s l\u2019\u00e9poque romaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au Xe si\u00e8cle, le chroniqueur Folcuin note que les anciens disaient <em>Fanum-martinse<\/em>, mais que les modernes appellent <em>Haynau<\/em> d\u2019apr\u00e8s le nom du cours d\u2019eau. Le Hainaut est donc une cr\u00e9ation franque, h\u00e9riti\u00e8re directe de la Nervie. La Haine, affluent de l\u2019Escaut, donne son nom au pagus, puis au comt\u00e9, puis \u00e0 la province.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les pagi carolingiens jouent un r\u00f4le essentiel dans l\u2019organisation du territoire. Ils structurent les circonscriptions administratives, fiscales, militaires. Ils pr\u00e9parent la naissance des comt\u00e9s, des principaut\u00e9s, des seigneuries. Le pagus de la Haine devient le comt\u00e9 de Hainaut, tandis que le pagus de Cambrai devient la principaut\u00e9 \u00e9piscopale du Cambr\u00e9sis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La transition entre l\u2019Antiquit\u00e9 et le Moyen \u00c2ge est marqu\u00e9e par un glissement des centres administratifs. Bavay, centre romain, est supplant\u00e9 par Cambrai, centre eccl\u00e9siastique, et par Famars, centre militaire. Les vall\u00e9es fluviales deviennent les axes structurants du territoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, les pagi carolingiens constituent une \u00e9tape essentielle dans la formation du Hainaut. Ils montrent que le Hainaut n\u2019est pas une cr\u00e9ation m\u00e9di\u00e9vale, mais une transformation de la Nervie.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Chapitre VI \u2014 Le comt\u00e9 de Hainaut : construction d\u2019une puissance m\u00e9di\u00e9vale<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 partir de l\u2019an mil, le Hainaut devient un comt\u00e9 puissant, structur\u00e9 autour de Mons, capitale historique. Le comt\u00e9 s\u2019\u00e9tend progressivement vers le nord, vers l\u2019est et vers l\u2019ouest. En 1047, un accord entre Herman de Hainaut et Baudouin V de Flandre fixe une fronti\u00e8re majeure, celle qui court d\u2019Escanaffles \u00e0 Oetingen. Cette fronti\u00e8re, h\u00e9riti\u00e8re de limites nerviennes, restera en vigueur jusqu\u2019en 1795.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le comt\u00e9 de Hainaut s\u2019\u00e9tend vers le nord, int\u00e9grant Braine\u2011le\u2011Comte, Braine\u2011le\u2011Ch\u00e2teau, Hal et Castre. Ces annexions se font par le biais de l\u2019autorit\u00e9 abbatiale de Sainte\u2011Waudru de Mons. Le comt\u00e9 s\u2019\u00e9tend \u00e9galement vers l\u2019est, dans l\u2019Entre\u2011Sambre\u2011et\u2011Meuse, int\u00e9grant Beaumont, Chimay et Couvin. Ces expansions montrent la puissance des comtes de Hainaut.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les fronti\u00e8res m\u00e9di\u00e9vales du Hainaut sont complexes. Elles sont h\u00e9rit\u00e9es des pagi, des dioc\u00e8ses, des cit\u00e9s gauloises, des principaut\u00e9s voisines. Certaines sections sont mill\u00e9naires : la fronti\u00e8re Macquenoise\u2013L\u2019Escaill\u00e8re, qui s\u00e9pare d\u2019abord Nerviens et R\u00e8mes, puis Cambrai et Li\u00e8ge, puis Hainaut et France ; la fronti\u00e8re de l\u2019Escaut, qui s\u00e9pare Nerviens et M\u00e9napiens, puis Cambrai et Tournai, puis Hainaut et Tournaisis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le comt\u00e9 de Hainaut joue un r\u00f4le essentiel dans l\u2019histoire m\u00e9di\u00e9vale. Il constitue une puissance territoriale, politique, \u00e9conomique. Il est int\u00e9gr\u00e9 dans les Pays\u2011Bas bourguignons, puis espagnols. Il joue un r\u00f4le dans les conflits entre Flandre, Brabant, Li\u00e8ge, Namur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, le comt\u00e9 de Hainaut constitue une \u00e9tape essentielle dans la formation de l\u2019Avesnois. Il montre que l\u2019Avesnois n\u2019est pas une entit\u00e9 isol\u00e9e, mais un fragment d\u2019un territoire puissant, structur\u00e9, coh\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Chapitre VII \u2014 Le Tournaisis : un voisin puissant et singulier<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Tournaisis, centr\u00e9 sur Tournai, constitue une entit\u00e9 distincte du Hainaut. Il poss\u00e8de des enclaves jusqu\u2019\u00e0 Lille, des villages sur la rive droite de l\u2019Escaut, et des territoires disput\u00e9s comme Flobecq ou Ellezelles. Les trait\u00e9s de 1668, 1678 et 1713 modifient profond\u00e9ment ses limites.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Tournaisis joue un r\u00f4le essentiel dans l\u2019histoire territoriale de la r\u00e9gion. Il constitue une entit\u00e9 eccl\u00e9siastique, administrative, politique. Il est int\u00e9gr\u00e9 dans les Pays\u2011Bas espagnols, puis autrichiens. Il joue un r\u00f4le dans les conflits entre France et Pays\u2011Bas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les enclaves tournaisiennes autour de Lille montrent la complexit\u00e9 des fronti\u00e8res m\u00e9di\u00e9vales. Elles t\u00e9moignent de l\u2019histoire des seigneuries, des ch\u00e2tellenies, des pr\u00e9v\u00f4t\u00e9s. Elles montrent que les fronti\u00e8res ne sont pas des lignes, mais des zones, des espaces, des territoires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Tournaisis constitue un voisin puissant du Hainaut. Il joue un r\u00f4le dans les conflits entre Hainaut et Flandre. Il constitue une entit\u00e9 distincte, mais li\u00e9e au Hainaut par des relations complexes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, le Tournaisis constitue une \u00e9tape essentielle dans la formation de l\u2019Avesnois. Il montre que l\u2019Avesnois n\u2019est pas une entit\u00e9 isol\u00e9e, mais un fragment d\u2019un territoire complexe, structur\u00e9, coh\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Chapitre VIII \u2014 Les fronti\u00e8res m\u00e9di\u00e9vales : h\u00e9ritages de la Nervie<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les fronti\u00e8res m\u00e9di\u00e9vales du Hainaut sont h\u00e9rit\u00e9es des pagi, des dioc\u00e8ses, des cit\u00e9s gauloises, des principaut\u00e9s voisines. Certaines sections sont mill\u00e9naires : la fronti\u00e8re Macquenoise\u2013L\u2019Escaill\u00e8re, qui s\u00e9pare d\u2019abord Nerviens et R\u00e8mes, puis Cambrai et Li\u00e8ge, puis Hainaut et France ; la fronti\u00e8re de l\u2019Escaut, qui s\u00e9pare Nerviens et M\u00e9napiens, puis Cambrai et Tournai, puis Hainaut et Tournaisis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces fronti\u00e8res montrent la continuit\u00e9 territoriale entre la Nervie, la civitas, les pagi, le comt\u00e9. Elles montrent que les limites ne sont pas des cr\u00e9ations modernes, mais des h\u00e9ritages antiques. Elles montrent que le territoire est structur\u00e9 par les rivi\u00e8res, les vall\u00e9es, les plateaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les fronti\u00e8res m\u00e9di\u00e9vales jouent un r\u00f4le essentiel dans l\u2019histoire territoriale de la r\u00e9gion. Elles structurent les seigneuries, les ch\u00e2tellenies, les pr\u00e9v\u00f4t\u00e9s. Elles organisent les juridictions, les fiscalit\u00e9s, les lev\u00e9es d\u2019imp\u00f4ts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, les fronti\u00e8res m\u00e9di\u00e9vales constituent une \u00e9tape essentielle dans la formation de l\u2019Avesnois. Elles montrent que l\u2019Avesnois n\u2019est pas une entit\u00e9 isol\u00e9e, mais un fragment d\u2019un territoire structur\u00e9, coh\u00e9rent, durable.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Chapitre IX \u2014 Les trait\u00e9s de Louis XIV et la naissance du Hainaut fran\u00e7ais<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les guerres de Louis XIV entra\u00eenent une s\u00e9rie d\u2019annexions : en 1659, la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9 du Quesnoy et la terre d\u2019Avesnes ; en 1668, la ch\u00e2tellenie de Lille ; en 1678, Maubeuge, Bavay et Valenciennes ; en 1713, la rectification de la Lys. Au terme de ces trait\u00e9s, 43 % du Hainaut devient fran\u00e7ais. C\u2019est la naissance du Hainaut fran\u00e7ais, dont l\u2019Avesnois fait partie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces annexions montrent la puissance de la France. Elles montrent la complexit\u00e9 des fronti\u00e8res. Elles montrent que le territoire est structur\u00e9 par les rivi\u00e8res, les vall\u00e9es, les plateaux. Elles montrent que les fronti\u00e8res ne sont pas des lignes, mais des zones, des espaces, des territoires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les trait\u00e9s de Louis XIV jouent un r\u00f4le essentiel dans l\u2019histoire territoriale de la r\u00e9gion. Ils structurent les fronti\u00e8res, les seigneuries, les ch\u00e2tellenies, les pr\u00e9v\u00f4t\u00e9s. Ils organisent les juridictions, les fiscalit\u00e9s, les lev\u00e9es d\u2019imp\u00f4ts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, les trait\u00e9s de Louis XIV constituent une \u00e9tape essentielle dans la formation de l\u2019Avesnois. Ils montrent que l\u2019Avesnois n\u2019est pas une entit\u00e9 isol\u00e9e, mais un fragment d\u2019un territoire structur\u00e9, coh\u00e9rent, durable.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Chapitre X \u2014 Jemmapes, la fronti\u00e8re franco\u2011belge et l\u2019Avesnois moderne<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1795, la France r\u00e9volutionnaire supprime les anciennes provinces et cr\u00e9e les d\u00e9partements. Ce geste administratif, d\u2019apparence technique, marque en r\u00e9alit\u00e9 une rupture profonde : il efface des entit\u00e9s territoriales pluris\u00e9culaires, dont le comt\u00e9 de Hainaut, et les remplace par des d\u00e9coupages nouveaux, con\u00e7us pour rompre avec l\u2019Ancien R\u00e9gime. Le Hainaut fran\u00e7ais, n\u00e9 des trait\u00e9s de Louis XIV et structur\u00e9 autour de Maubeuge, Avesnes, Valenciennes, Cond\u00e9, Bavay et Le Quesnoy, devient le <strong>d\u00e9partement de Jemmapes<\/strong>. Le Tournaisis, longtemps distinct du Hainaut, est int\u00e9gr\u00e9 au m\u00eame ensemble, ce qui constitue une nouveaut\u00e9 historique majeure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette r\u00e9organisation ne modifie pourtant pas la r\u00e9alit\u00e9 profonde du territoire. Les populations de l\u2019Avesnois, d\u00e9sormais int\u00e9gr\u00e9es au d\u00e9partement du Nord apr\u00e8s 1793\u20131795, continuent \u00e0 se percevoir comme \u00ab Hainuy\u00e8res \u00bb. Elles restent attach\u00e9es \u00e0 une identit\u00e9 forg\u00e9e par des si\u00e8cles d\u2019appartenance au comt\u00e9 de Hainaut, dont Mons avait \u00e9t\u00e9 la capitale et dont les juridictions avaient structur\u00e9 la vie quotidienne. Le d\u00e9partement de Jemmapes n\u2019est qu\u2019une parenth\u00e8se : d\u00e8s 1815, la r\u00e9gion est divis\u00e9e entre France et Pays\u2011Bas, puis entre France et Belgique, mais les continuit\u00e9s territoriales demeurent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fronti\u00e8re franco\u2011belge, fix\u00e9e en 1815 puis l\u00e9g\u00e8rement rectifi\u00e9e en 1820, reprend en grande partie les trac\u00e9s h\u00e9rit\u00e9s des trait\u00e9s du XVII\u1d49 si\u00e8cle. Certaines sections sont d\u2019une anciennet\u00e9 exceptionnelle. La ligne de Macquenoise \u00e0 L\u2019Escaill\u00e8re, par exemple, fut successivement limite entre Nerviens et R\u00e8mes, entre dioc\u00e8ses de Cambrai et de Li\u00e8ge, entre pagus de Hainaut et pagus de Lomme, entre comt\u00e9 de Hainaut et royaume de France, entre France et Lotharingie, entre France et Empire germanique, entre France et Pays\u2011Bas autrichiens, et enfin entre France et Belgique. Peu de fronti\u00e8res europ\u00e9ennes peuvent se pr\u00e9valoir d\u2019une telle continuit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019Avesnois moderne, int\u00e9gr\u00e9 au d\u00e9partement du Nord, est l\u2019h\u00e9ritier direct de cette histoire longue. Ses paysages \u2014 for\u00eats profondes, vall\u00e9es encaiss\u00e9es, bocages serr\u00e9s, prairies humides \u2014 refl\u00e8tent encore la structure territoriale nervienne. Rien n\u2019y \u00e9voque les grandes plaines flamandes ou les plateaux braban\u00e7ons : l\u2019Avesnois est un pays de reliefs doux, de rivi\u00e8res rapides, de sources nombreuses, un pays o\u00f9 la g\u00e9ographie ancienne demeure visible dans chaque courbe du terrain. Les villages de la vall\u00e9e de la Sambre, comme Pont\u2011sur\u2011Sambre ou \u00c9tr\u0153ungt, portent encore les traces de la romanisation ; les bourgs de la vall\u00e9e de l\u2019Helpe, comme Avesnes, Fourmies ou Sains\u2011du\u2011Nord, t\u00e9moignent de l\u2019organisation m\u00e9di\u00e9vale du comt\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, l\u2019Avesnois n\u2019est pas une cr\u00e9ation moderne. Il est le produit d\u2019une continuit\u00e9 territoriale de deux mill\u00e9naires, depuis la Nervie gauloise jusqu\u2019au Hainaut m\u00e9di\u00e9val, depuis le d\u00e9partement de Jemmapes jusqu\u2019au Nord contemporain. Cette continuit\u00e9 fait de l\u2019Avesnois un espace unique, o\u00f9 se superposent les limites des cit\u00e9s gauloises, les fronti\u00e8res des pagi, les trac\u00e9s des comt\u00e9s, les d\u00e9coupages des trait\u00e9s et les fronti\u00e8res modernes. Peu de r\u00e9gions fran\u00e7aises peuvent se pr\u00e9valoir d\u2019une telle profondeur historique, o\u00f9 chaque \u00e9poque a laiss\u00e9 une empreinte visible, lisible, encore perceptible dans le paysage et dans la m\u00e9moire collective.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion g\u00e9n\u00e9rale \u2014 La longue m\u00e9moire d\u2019un territoire<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Relier la Nervie gauloise \u00e0 l\u2019Avesnois moderne, c\u2019est parcourir deux mill\u00e9naires d\u2019histoire continue, o\u00f9 chaque \u00e9poque a laiss\u00e9 une empreinte visible dans le paysage, dans les limites, dans les noms, dans les structures administratives et dans la m\u00e9moire des habitants. Peu de r\u00e9gions fran\u00e7aises offrent une telle profondeur historique, o\u00f9 les fronti\u00e8res actuelles se superposent \u00e0 celles des cit\u00e9s antiques, des dioc\u00e8ses m\u00e9di\u00e9vaux, des pagi carolingiens, des comt\u00e9s f\u00e9odaux et des d\u00e9partements r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce territoire, que C\u00e9sar d\u00e9crivait comme rude et farouche, structur\u00e9 par les vall\u00e9es de la Haine, de la Sambre et de la Selle, n\u2019a jamais cess\u00e9 d\u2019exister. Il a chang\u00e9 de nom, de statut, de souverainet\u00e9, mais il n\u2019a jamais disparu. La civitas Nerviorum a prolong\u00e9 la Nervie ; le dioc\u00e8se de Cambrai a prolong\u00e9 la civitas ; le pagus de Famars a prolong\u00e9 le dioc\u00e8se ; le comt\u00e9 de Hainaut a prolong\u00e9 le pagus ; le d\u00e9partement de Jemmapes a prolong\u00e9 le comt\u00e9 ; et l\u2019Avesnois moderne prolonge aujourd\u2019hui le Hainaut fran\u00e7ais. \u00c0 chaque \u00e9tape, les limites ont \u00e9t\u00e9 redessin\u00e9es, mais jamais effac\u00e9es : elles ont gliss\u00e9, se sont adapt\u00e9es, mais elles sont rest\u00e9es reconnaissables.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019histoire de l\u2019Avesnois n\u2019est donc pas celle d\u2019une cr\u00e9ation r\u00e9cente, ni celle d\u2019un territoire isol\u00e9. C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un fragment d\u2019un ensemble beaucoup plus vaste, dont les racines plongent dans la Gaule ind\u00e9pendante, dans l\u2019Empire romain, dans la chr\u00e9tient\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale, dans les principaut\u00e9s f\u00e9odales, dans les guerres de Louis XIV, dans les r\u00e9formes de la R\u00e9volution et dans les fronti\u00e8res du XIX\u1d49 si\u00e8cle. \u00c0 travers ces transformations, l\u2019Avesnois a conserv\u00e9 une identit\u00e9 singuli\u00e8re : un pays de for\u00eats, de bocages, de vall\u00e9es, o\u00f9 la g\u00e9ographie ancienne demeure perceptible dans chaque courbe du terrain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette continuit\u00e9 territoriale explique la force de l\u2019attachement local. Les habitants de l\u2019Avesnois ont longtemps continu\u00e9 \u00e0 se dire \u00ab Hainuyers \u00bb, m\u00eame apr\u00e8s l\u2019int\u00e9gration au d\u00e9partement du Nord. Ils ont conserv\u00e9 la m\u00e9moire d\u2019un comt\u00e9 dont Mons \u00e9tait la capitale, d\u2019un dioc\u00e8se dont Cambrai \u00e9tait le centre, d\u2019un pagus dont la Haine \u00e9tait l\u2019axe, d\u2019une civitas dont Bavay \u00e9tait le c\u0153ur. Cette m\u00e9moire n\u2019est pas un folklore : elle est le reflet d\u2019une histoire longue, profonde, structur\u00e9e, qui a fa\u00e7onn\u00e9 les paysages, les villages, les limites et les mentalit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui encore, l\u2019Avesnois porte les traces de cette histoire. Les vall\u00e9es encaiss\u00e9es de l\u2019Helpe, les plateaux bois\u00e9s de la Thi\u00e9rache, les prairies humides de la Sambre, les bourgs fortifi\u00e9s d\u2019Avesnes ou de Maubeuge, les anciennes voies romaines qui traversent les campagnes, les fronti\u00e8res mill\u00e9naires qui s\u00e9parent la France de la Belgique : tout cela t\u00e9moigne d\u2019un territoire dont la coh\u00e9rence d\u00e9passe largement les d\u00e9coupages modernes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, raconter l\u2019Avesnois, c\u2019est raconter la Nervie. Raconter la Nervie, c\u2019est raconter le Hainaut. Et raconter le Hainaut, c\u2019est raconter une histoire europ\u00e9enne, o\u00f9 les fronti\u00e8res, les pouvoirs, les peuples et les paysages se sont succ\u00e9d\u00e9 sans jamais rompre la continuit\u00e9 du territoire. L\u2019Avesnois n\u2019est pas seulement un pays : c\u2019est une m\u00e9moire, une stratification, une survivance. C\u2019est un palimpseste o\u00f9 chaque \u00e9poque a \u00e9crit son texte sans effacer celui qui le pr\u00e9c\u00e9dait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette page historique, qui relie pour la premi\u00e8re fois la Nervie \u00e0 l\u2019Avesnois, montre que les territoires ne naissent pas d\u2019un d\u00e9cret, mais d\u2019une longue dur\u00e9e. Elle montre que l\u2019Avesnois est l\u2019h\u00e9ritier d\u2019un pass\u00e9 profond, complexe, coh\u00e9rent. Elle montre que, dans ce coin de France, les paysages parlent encore la langue des Nerviens.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Sources et r\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019ensemble de cette synth\u00e8se repose sur un corpus vari\u00e9, constitu\u00e9 de documents anciens, de travaux d\u2019historiens, de publications institutionnelles et de sources arch\u00e9ologiques. Les textes relatifs \u00e0 la Nervie gauloise et \u00e0 la civitas Nerviorum s\u2019appuient sur les travaux classiques consacr\u00e9s aux peuples belges, aux d\u00e9couvertes mon\u00e9taires et aux structures administratives romaines, ainsi que sur les \u00e9tudes men\u00e9es autour du Forum antique de Bavay. Les donn\u00e9es concernant les pagi carolingiens, le dioc\u00e8se de Cambrai et la transition entre Antiquit\u00e9 et Moyen \u00c2ge proviennent des chroniques m\u00e9di\u00e9vales, notamment celles de Folcuin, et des analyses territoriales r\u00e9alis\u00e9es par les historiens du Hainaut.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les chapitres consacr\u00e9s au comt\u00e9 de Hainaut, \u00e0 ses fronti\u00e8res, \u00e0 ses expansions et \u00e0 ses relations avec le Tournaisis reposent sur les monographies communales, les travaux des soci\u00e9t\u00e9s historiques locales, les publications de la R\u00e9gion Hauts\u2011de\u2011France et les \u00e9tudes de r\u00e9f\u00e9rence portant sur les principaut\u00e9s m\u00e9di\u00e9vales des Pays\u2011Bas. Les limites anciennes, qu\u2019elles soient nerviennes, carolingiennes ou f\u00e9odales, sont \u00e9clair\u00e9es par les cartes anciennes, les cadastres, les archives communales et les dossiers territoriaux conserv\u00e9s dans les d\u00e9p\u00f4ts d\u2019Avesnes, Maubeuge, Valenciennes et Cambrai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les chapitres relatifs aux trait\u00e9s de Louis XIV, aux annexions du XVII\u1d49 si\u00e8cle et \u00e0 la naissance du Hainaut fran\u00e7ais s\u2019appuient sur les documents diplomatiques, les analyses g\u00e9opolitiques des guerres de Flandre et les travaux consacr\u00e9s aux fronti\u00e8res franco\u2011autrichiennes. Les rectifications de 1769 et 1779, ainsi que les modifications de 1962\u20111963, sont \u00e9clair\u00e9es par les archives administratives et les publications officielles relatives aux limites nationales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, la partie consacr\u00e9e au d\u00e9partement de Jemmapes, \u00e0 la fronti\u00e8re franco\u2011belge et \u00e0 l\u2019Avesnois moderne repose sur les textes r\u00e9volutionnaires, les d\u00e9crets de la Convention, les cartes du XIX\u1d49 si\u00e8cle, les \u00e9tudes territoriales contemporaines et les documents communaux que tu m\u2019as transmis. Les t\u00e9moignages locaux, les dossiers historiques des communes de l\u2019Avesnois et les sources familiales compl\u00e8tent ce corpus, donnant \u00e0 cette synth\u00e8se une profondeur humaine et territoriale qui d\u00e9passe le cadre strict des archives.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Histoire longue d\u2019un territoire, des Gaulois \u00e0 nos jours Pr\u00e9face \u2014 \u00c0 la recherche d\u2019un territoire oubli\u00e9 Il est des territoires que l\u2019on croit conna\u00eetre parce qu\u2019on les traverse chaque jour, parce qu\u2019on y vit, parce qu\u2019on y a grandi. L\u2019Avesnois fait partie de ceux\u2011l\u00e0. On le d\u00e9crit volontiers comme un pays de bocage, de &hellip; <a href=\"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/de-la-nervie-a-lavesnois-2-000-ans-dhistoire-territoriale\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;De la Nervie \u00e0 l\u2019Avesnois : 2 000 ans d\u2019histoire territoriale&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-27056","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/PaOEkN-72o","jetpack-related-posts":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/27056","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=27056"}],"version-history":[{"count":8,"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/27056\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":27066,"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/27056\/revisions\/27066"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=27056"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}