{"id":31017,"date":"2026-11-07T13:40:57","date_gmt":"2026-11-07T12:40:57","guid":{"rendered":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/?page_id=31017"},"modified":"2026-11-07T13:48:31","modified_gmt":"2026-11-07T12:48:31","slug":"les-forets-de-lavesnois-propriete-usages-et-pouvoirs-du-moyen-age-a-la-revolution","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/les-forets-de-lavesnois-propriete-usages-et-pouvoirs-du-moyen-age-a-la-revolution\/","title":{"rendered":"Les for\u00eats de l\u2019Avesnois : propri\u00e9t\u00e9, usages et pouvoirs du Moyen \u00c2ge \u00e0 la R\u00e9volution"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;histoire des for\u00eats de l&rsquo;Avesnois ne se limite pas \u00e0 celle de la seule for\u00eat de Mormal. Derri\u00e8re les grands massifs bois\u00e9s qui couvraient autrefois la r\u00e9gion se cache un paysage complexe o\u00f9 s&rsquo;entrem\u00ealaient pouvoirs seigneuriaux, possessions eccl\u00e9siastiques, droits d&rsquo;usage villageois et int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques. Durant des si\u00e8cles, la for\u00eat constitua \u00e0 la fois une r\u00e9serve de bois, un territoire de chasse, un espace de p\u00e2turage, une ressource financi\u00e8re et un enjeu politique de premier ordre. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du Moyen \u00c2ge jusqu&rsquo;\u00e0 la R\u00e9volution, les bois de l&rsquo;Avesnois furent r\u00e9partis entre de nombreux propri\u00e9taires. \u00c0 l&rsquo;ouest dominaient les vastes possessions des comtes de Hainaut, dont la for\u00eat de Mormal constituait le principal domaine forestier. \u00c0 l&rsquo;est, les massifs appartenaient plus souvent \u00e0 de grandes familles seigneuriales ou \u00e0 de puissantes institutions religieuses, telles que les abbayes de Liessies, de Lobbes, de Cambron ou les Dames Chanoinesses de Maubeuge. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La propri\u00e9t\u00e9 foresti\u00e8re \u00e9tait loin d&rsquo;\u00eatre uniforme. Certains bois relevaient d&rsquo;un seul seigneur, tandis que d&rsquo;autres \u00e9taient d\u00e9tenus en indivision entre seigneurs la\u00efcs et \u00e9tablissements religieux. De nombreux massifs \u00e9taient \u00e9galement grev\u00e9s de droits d&rsquo;usage accord\u00e9s aux communaut\u00e9s rurales : p\u00e2turage des troupeaux, gland\u00e9e des porcs, r\u00e9colte du bois mort, cueillette ou extraction de mat\u00e9riaux. Ces droits, parfois tr\u00e8s anciens, furent souvent \u00e0 l&rsquo;origine de conflits entre propri\u00e9taires, usagers et autorit\u00e9s foresti\u00e8res. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les for\u00eats jouaient \u00e9galement un r\u00f4le \u00e9conomique essentiel. Les seigneurs y tiraient des revenus consid\u00e9rables gr\u00e2ce \u00e0 la vente du bois, aux locations de terrains, aux arrentements, aux droits de chasse ou encore aux activit\u00e9s m\u00e9tallurgiques qui consommaient d&rsquo;importantes quantit\u00e9s de charbon de bois. Les choix des propri\u00e9taires influen\u00e7aient directement l&rsquo;\u00e9volution des paysages forestiers : d\u00e9frichements, cr\u00e9ation de p\u00e2tures, essarts, taillis, r\u00e9serves de futaie ou exploitation industrielle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;annexion progressive de l&rsquo;Avesnois par la France au XVII\u1d49 si\u00e8cle bouleversa profond\u00e9ment cet \u00e9quilibre. L&rsquo;ordonnance des Eaux et For\u00eats de 1669, les interventions des ma\u00eetrises foresti\u00e8res, les conflits avec les communaut\u00e9s religieuses et les r\u00e9formes royales modifi\u00e8rent les modes de gestion h\u00e9rit\u00e9s du Moyen \u00c2ge. Malgr\u00e9 ces transformations, la for\u00eat demeura jusqu&rsquo;\u00e0 la R\u00e9volution un espace o\u00f9 s&rsquo;exprimaient simultan\u00e9ment les pouvoirs du roi, des seigneurs, des abbayes et des communaut\u00e9s villageoises. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 travers l&rsquo;\u00e9tude de la for\u00eat de Mormal, des bois de Gommegnies, de Tr\u00e9lon, de Fourmies, d&rsquo;Avesnes, de Beaumont ou encore des domaines des Dames Chanoinesses de Maubeuge, cette page propose de comprendre comment s&rsquo;organisait la propri\u00e9t\u00e9 foresti\u00e8re en Avesnois et comment elle a fa\u00e7onn\u00e9 durablement les paysages que nous connaissons aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-medium-brown-color has-text-color has-link-color wp-elements-1\">1. Les grandes r\u00e9gions foresti\u00e8res de l\u2019Avesnois<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Contrairement \u00e0 une id\u00e9e r\u00e9pandue, la for\u00eat de Mormal ne repr\u00e9sentait qu&rsquo;une partie d&rsquo;un ensemble forestier beaucoup plus vaste. Du Moyen \u00c2ge jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque moderne, l&rsquo;Avesnois formait une mosa\u00efque de massifs bois\u00e9s appartenant \u00e0 des propri\u00e9taires diff\u00e9rents : comtes de Hainaut, seigneurs locaux, abbayes, chapitres religieux ou communaut\u00e9s rurales. La r\u00e9partition de ces propri\u00e9t\u00e9s dessinait deux grands ensembles aux caract\u00e9ristiques bien distinctes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;ouest de l&rsquo;Avesnois : le pays de Mormal<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l&rsquo;ouest se concentraient les grandes possessions des comtes de Hainaut. La plus importante \u00e9tait naturellement la for\u00eat de Mormal, qui couvrait encore plus de 8 500 hectares au d\u00e9but du XVII\u1d49 si\u00e8cle. Autour d&rsquo;elle gravitaient plusieurs d\u00e9pendances foresti\u00e8res relevant du m\u00eame pouvoir comtal : la haie de Hourdeau, la haie des Lombards, le bois le Comte, le bois Borgne ou encore les Estoquies. Ces massifs formaient un ensemble coh\u00e9rent plac\u00e9 sous l&rsquo;autorit\u00e9 des souverains du Hainaut puis de leurs successeurs bourguignons, autrichiens, espagnols et enfin fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La for\u00eat de Mormal b\u00e9n\u00e9ficiait d&rsquo;un statut particulier de<strong>\u00ab franche for\u00eat \u00bb<\/strong>, h\u00e9rit\u00e9 probablement de l&rsquo;\u00e9poque carolingienne. R\u00e9serv\u00e9e \u00e0 la chasse princi\u00e8re et dot\u00e9e d&rsquo;une administration propre, elle constituait l&rsquo;un des principaux domaines forestiers du Hainaut. Les comtes y entretenaient des pavillons de chasse, des haras, des viviers et plusieurs \u00e9tablissements destin\u00e9s \u00e0 affirmer leur autorit\u00e9 au c\u0153ur du massif. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les propri\u00e9t\u00e9s eccl\u00e9siastiques et seigneuriales existaient \u00e9galement dans cette partie de l&rsquo;Avesnois, mais elles demeuraient g\u00e9n\u00e9ralement secondaires face \u00e0 l&rsquo;immense domaine comtal. On y rencontrait notamment les bois d\u00e9pendant de l&rsquo;abbaye de Maroilles, de l&rsquo;abbaye de Cambron, de l&rsquo;abbaye d&rsquo;Hautmont ou encore de l&rsquo;archev\u00each\u00e9 de Cambrai. <\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;est de l&rsquo;Avesnois : Fagnes, Val de Sambre et Thi\u00e9rache<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La situation \u00e9tait tr\u00e8s diff\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;est de l&rsquo;Avesnois. Ici, les grandes for\u00eats appartenaient principalement \u00e0 de puissantes familles seigneuriales ou \u00e0 des \u00e9tablissements religieux. Les seigneurs de Tr\u00e9lon, les seigneurs d&rsquo;Avesnes puis les Cro\u00ff, princes de Chimay, comptaient parmi les principaux propri\u00e9taires forestiers de la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les massifs de Tr\u00e9lon, Fourmies, Cartignies, F\u00e9ron, Neumont, Beaumont ou encore les bois entourant Avesnes formaient un paysage forestier plus fragment\u00e9 que celui de Mormal. De nombreuses propri\u00e9t\u00e9s y \u00e9taient d\u00e9tenues en indivision entre seigneurs la\u00efcs et communaut\u00e9s religieuses, notamment l&rsquo;abbaye de Liessies, l&rsquo;abbaye de Lobbes ou les Dames Chanoinesses de Maubeuge. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette organisation donnait naissance \u00e0 des situations parfois complexes o\u00f9 plusieurs propri\u00e9taires partageaient un m\u00eame massif forestier tout en se r\u00e9partissant les revenus, les droits d&rsquo;usage ou les responsabilit\u00e9s de gestion. Ces for\u00eats constituaient \u00e0 la fois des r\u00e9serves de bois, des territoires de chasse, des zones de p\u00e2turage et d&rsquo;importantes sources de revenus.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Deux mod\u00e8les forestiers compl\u00e9mentaires<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du Moyen \u00c2ge au XVIII\u1d49 si\u00e8cle, l&rsquo;Avesnois pr\u00e9sentait donc deux visages forestiers. \u00c0 l&rsquo;ouest dominait l&rsquo;immense domaine des comtes de Hainaut centr\u00e9 sur Mormal ; \u00e0 l&rsquo;est s&rsquo;\u00e9tendait un r\u00e9seau de for\u00eats plus morcel\u00e9es d\u00e9tenues par les seigneurs locaux, les grandes abbayes et les chapitres religieux. Cette distinction explique encore aujourd&rsquo;hui la diversit\u00e9 des paysages forestiers de l&rsquo;Avesnois et \u00e9claire les nombreuses rivalit\u00e9s de propri\u00e9t\u00e9, d&rsquo;usage et d&rsquo;exploitation qui marqu\u00e8rent l&rsquo;histoire de la r\u00e9gion<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-medium-brown-color has-text-color has-link-color wp-elements-2\">2. Les for\u00eats comtales du Hainaut<\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un vaste domaine forestier sous l&rsquo;autorit\u00e9 des comtes<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Durant tout le Moyen \u00c2ge, une grande partie de l&rsquo;ouest de l&rsquo;Avesnois est domin\u00e9e par les possessions foresti\u00e8res des comtes de Hainaut. Ces domaines constituent un ensemble coh\u00e9rent regroupant la for\u00eat de Mormal et plusieurs massifs satellites qui forment l&rsquo;un des plus importants patrimoines forestiers de la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi ces possessions figurent notamment la for\u00eat de Mormal, la haie de Hourdeau, la haie des Lombards, le bois le Comte, le bois Borgne et les Estoquies. Ces massifs demeurent pendant plusieurs si\u00e8cles dans le domaine comtal et suivent ensuite les destin\u00e9es politiques du Hainaut sous les maisons de Bourgogne, d&rsquo;Autriche puis d&rsquo;Espagne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette remarquable stabilit\u00e9 fonci\u00e8re explique la conservation de vastes ensembles forestiers alors que de nombreuses for\u00eats seigneuriales plus modestes connaissent au contraire des morcellements successifs.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La for\u00eat de Mormal, c\u0153ur du domaine comtal<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La for\u00eat de Mormal constitue le principal massif forestier des comtes de Hainaut. D\u00e8s le Moyen \u00c2ge, elle b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;un statut particulier de <strong>\u00ab franche for\u00eat \u00bb<\/strong>, probablement h\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9poque carolingienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette d\u00e9signation ne signifie pas seulement qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une for\u00eat r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 la chasse princi\u00e8re. Elle poss\u00e8de \u00e9galement une administration propre et se trouve largement ind\u00e9pendante des pr\u00e9v\u00f4t\u00e9s voisines. Mormal dispose ainsi de son propre baillage forestier charg\u00e9 de faire respecter les r\u00e8glements, de surveiller les coupes de bois et de prot\u00e9ger les droits du comte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les souverains hennuyers y affirment leur pr\u00e9sence par diverses installations :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>le pavillon de chasse du Locquignol ;<\/li>\n\n\n\n<li>des haras destin\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9levage des chevaux ;<\/li>\n\n\n\n<li>plusieurs viviers ;<\/li>\n\n\n\n<li>des maisons foresti\u00e8res ;<\/li>\n\n\n\n<li>des r\u00e9serves cyn\u00e9g\u00e9tiques.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La for\u00eat constitue \u00e0 la fois une r\u00e9serve de chasse, une source importante de revenus et un symbole du pouvoir comtal.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les apanages et les concessions seigneuriales<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les comtes de Hainaut utilisent fr\u00e9quemment leurs domaines forestiers comme instruments politiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Selon les circonstances, certaines parties de leurs possessions sont attribu\u00e9es \u00e0 des membres de leur famille ou \u00e0 de grands seigneurs sous forme d&rsquo;apanages ou de dotations. Ces concessions permettent de r\u00e9compenser la fid\u00e9lit\u00e9 d&rsquo;un parent ou d&rsquo;un alli\u00e9 sans pour autant ali\u00e9ner d\u00e9finitivement le domaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toutefois, ces b\u00e9n\u00e9ficiaires ne disposent g\u00e9n\u00e9ralement que d&rsquo;un droit d&rsquo;usage sur une partie des revenus de la for\u00eat. Les produits consid\u00e9r\u00e9s comme meubles, tels que les taillis, les gland\u00e9es ou certaines redevances, peuvent leur \u00eatre attribu\u00e9s. En revanche, les grandes futaies demeurent sous le contr\u00f4le direct du comte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette distinction entre propri\u00e9t\u00e9 du sol et perception des revenus montre la volont\u00e9 constante des comtes de pr\u00e9server l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de leur patrimoine forestier.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La for\u00eat au service du pouvoir<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les for\u00eats comtales ne sont pas seulement des espaces naturels. Elles jouent un r\u00f4le essentiel dans la politique du Hainaut.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les revenus tir\u00e9s des coupes de bois, des locations, des droits de chasse, des p\u00e2turages ou des viviers alimentent les finances princi\u00e8res. Les for\u00eats servent \u00e9galement de r\u00e9serves strat\u00e9giques lors des conflits et offrent des lieux s\u00fbrs pour les d\u00e9placements des souverains.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 plusieurs reprises, les comtes accordent des droits ou des revenus forestiers \u00e0 des chevaliers et \u00e0 de puissants seigneurs en \u00e9change de leur service militaire. La for\u00eat devient alors un instrument de fid\u00e9lisation des grandes familles hennuy\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une stabilit\u00e9 exceptionnelle<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre le Moyen \u00c2ge et le XVII\u1d49 si\u00e8cle, les for\u00eats comtales de l&rsquo;ouest de l&rsquo;Avesnois connaissent une remarquable continuit\u00e9. Alors que de nombreuses terres changent r\u00e9guli\u00e8rement de propri\u00e9taires par h\u00e9ritages, ventes ou mariages, Mormal et ses d\u00e9pendances demeurent attach\u00e9es \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 souveraine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette permanence explique que la for\u00eat de Mormal soit rest\u00e9e le principal massif forestier de l&rsquo;Avesnois jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours. Elle constitue l&rsquo;h\u00e9riti\u00e8re directe de ces anciennes for\u00eats comtales qui ont longtemps form\u00e9 l&rsquo;ossature foresti\u00e8re du Hainaut occidental.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-medium-brown-color has-text-color has-link-color wp-elements-3\">3. Les grandes seigneuries foresti\u00e8res<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 c\u00f4t\u00e9 des vastes domaines des comtes de Hainaut, l&rsquo;Avesnois comptait de nombreuses seigneuries poss\u00e9dant leurs propres bois, haies et massifs forestiers. Ces domaines constituaient des ressources \u00e9conomiques essentielles, fournissant du bois de construction, du bois de chauffage, des p\u00e2turages forestiers et des revenus tir\u00e9s de la chasse ou des droits d&rsquo;usage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si la for\u00eat de Mormal dominait largement l&rsquo;ouest du territoire, l&rsquo;est de l&rsquo;Avesnois pr\u00e9sentait une situation beaucoup plus morcel\u00e9e. Les massifs forestiers y \u00e9taient r\u00e9partis entre plusieurs grandes familles seigneuriales dont les possessions se transmettaient par h\u00e9ritages, mariages, ventes ou donations.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les seigneurs de Gommegnies<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi les principaux propri\u00e9taires forestiers figuraient les seigneurs de Gommegnies. Leurs possessions s&rsquo;\u00e9tendaient principalement \u00e0 l&rsquo;ouest de la for\u00eat de Mormal et comprenaient notamment les bois d&rsquo;Erpion, des Mesnils ainsi que les haies de Gommegnies et de Bailleul.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La puissance de cette seigneurie reposait autant sur ses terres agricoles que sur ses ressources foresti\u00e8res. Les bois constituaient un \u00e9l\u00e9ment essentiel de son patrimoine et participaient \u00e0 l&rsquo;importance \u00e9conomique de la baronnie puis du comt\u00e9 de Gommegnies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certaines propri\u00e9t\u00e9s \u00e9taient m\u00eame partag\u00e9es avec les souverains hennuyers. C&rsquo;\u00e9tait notamment le cas de la haie de Quelipont, dont une partie relevait du comte de Hainaut tandis que le reste appartenait au seigneur de Gommegnies.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les seigneurs de Tr\u00e9lon<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus \u00e0 l&rsquo;est, les seigneurs de Tr\u00e9lon figuraient parmi les plus importants propri\u00e9taires forestiers de l&rsquo;Avesnois. Leurs domaines comprenaient de vastes espaces bois\u00e9s autour de Tr\u00e9lon, Fourmies et de la Fagne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils poss\u00e9daient notamment la grande Fagne de Tr\u00e9lon, le Grand Chaumont, le Rond Bois, les Auvenelles, les Voyaulx et plusieurs autres massifs qui formaient un ensemble coh\u00e9rent au c\u0153ur du sud-est de l&rsquo;Avesnois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La ma\u00eetrise de ces domaines forestiers constituait une source importante de revenus gr\u00e2ce aux coupes de bois, aux locations de terres, aux p\u00e2turages et aux activit\u00e9s m\u00e9tallurgiques fortement consommatrices de charbon de bois.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les seigneurs d&rsquo;Avesnes et les Cro\u00ff<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La terre et pairie d&rsquo;Avesnes poss\u00e9dait elle aussi d&rsquo;importants domaines forestiers. Ces biens pass\u00e8rent progressivement sous le contr\u00f4le de la puissante maison de Cro\u00ff, qui devint l&rsquo;un des plus grands propri\u00e9taires forestiers de l&rsquo;Avesnois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Cro\u00ff contr\u00f4laient ainsi plusieurs massifs situ\u00e9s dans le Val de Sambre et les Fagnes. Leur influence s&rsquo;\u00e9tendait sur une grande partie de l&rsquo;est du territoire, o\u00f9 ils partageaient parfois certaines propri\u00e9t\u00e9s avec des \u00e9tablissements religieux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette concentration fonci\u00e8re renfor\u00e7ait leur pouvoir politique tout en leur assurant des revenus consid\u00e9rables tir\u00e9s de l&rsquo;exploitation des bois.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les seigneurs de Berlaimont<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le comte de Berlaimont poss\u00e9dait \u00e9galement plusieurs domaines forestiers, notamment les haies de Berlaimont et de Mastaing. Comme beaucoup de grandes familles nobles de la r\u00e9gion, les Berlaimont consid\u00e9raient les for\u00eats comme une composante essentielle de leur patrimoine seigneurial.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces espaces \u00e9taient g\u00e9r\u00e9s avec soin car ils repr\u00e9sentaient des r\u00e9serves de revenus \u00e0 long terme, bien souvent plus stables que certaines activit\u00e9s agricoles.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une propri\u00e9t\u00e9 en constante \u00e9volution<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les for\u00eats seigneuriales de l&rsquo;Avesnois chang\u00e8rent fr\u00e9quemment de mains au fil des si\u00e8cles. Les successions, les alliances matrimoniales, les ventes ou les \u00e9v\u00e9nements politiques modifi\u00e8rent r\u00e9guli\u00e8rement la carte des propri\u00e9taires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La seigneurie de Gommegnies en offre un bon exemple. Elle passa successivement entre les mains des maisons d&rsquo;Esnes, de Cro\u00ff, des Bonard, des Albenbroeck, des Helfenstein, des Hamal, des Van Etten, des Furstenberg puis des Franeau de Gommegnies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces changements de propri\u00e9taires influen\u00e7aient souvent la gestion des bois. Chaque famille appliquait en effet ses propres choix \u00e9conomiques, favorisant tant\u00f4t la conservation des futaies, tant\u00f4t les coupes ou les d\u00e9frichements destin\u00e9s \u00e0 accro\u00eetre les revenus du domaine.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un \u00e9l\u00e9ment fondamental du pouvoir seigneurial<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour les grandes familles de l&rsquo;Avesnois, la for\u00eat repr\u00e9sentait bien davantage qu&rsquo;une simple r\u00e9serve de bois. Elle constituait un signe de puissance, une source de prestige et un instrument de domination \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Poss\u00e9der une for\u00eat signifiait exercer des droits de chasse, percevoir des redevances, accorder des usages aux habitants, louer des terrains ou encore alimenter les forges et les activit\u00e9s artisanales. Les grands massifs forestiers formaient ainsi l&rsquo;un des fondements de la richesse et de l&rsquo;influence des seigneuries de l&rsquo;Avesnois<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-medium-brown-color has-text-color has-link-color wp-elements-4\">4. Les abbayes et les grandes propri\u00e9t\u00e9s eccl\u00e9siastiques<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 c\u00f4t\u00e9 des comtes de Hainaut et des grandes familles seigneuriales, les \u00e9tablissements religieux figuraient parmi les principaux propri\u00e9taires forestiers de l&rsquo;Avesnois. D\u00e8s le haut Moyen \u00c2ge, les abbayes, chapitres et communaut\u00e9s religieuses accumul\u00e8rent d&rsquo;importants domaines bois\u00e9s gr\u00e2ce aux donations, aux achats, aux h\u00e9ritages et aux privil\u00e8ges consentis par les souverains et les seigneurs locaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces for\u00eats procuraient des ressources essentielles. Le bois servait au chauffage, \u00e0 la construction, aux forges, aux verreries et \u00e0 l&rsquo;entretien des b\u00e2timents monastiques. Les revenus tir\u00e9s des coupes, des p\u00e2turages, des locations ou des droits d&rsquo;usage contribuaient au financement des communaut\u00e9s religieuses et de leurs \u0153uvres.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;abbaye de Liessies<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;abbaye de Liessies fut l&rsquo;un des plus grands propri\u00e9taires forestiers de l&rsquo;est de l&rsquo;Avesnois. Ses possessions s&rsquo;\u00e9tendaient bien au-del\u00e0 des environs imm\u00e9diats du monast\u00e8re et comprenaient de nombreux bois r\u00e9partis dans les Fagnes et la Thi\u00e9rache.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;abbaye d\u00e9tenait notamment des droits sur plusieurs massifs importants tels que les haies de Fourmies, de Cartignies et de F\u00e9ron. Dans certains cas, elle partageait m\u00eame la propri\u00e9t\u00e9 avec les seigneurs locaux, notamment les seigneurs d&rsquo;Avesnes puis les princes de Chimay de la maison de Cro\u00ff.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces possessions foresti\u00e8res constituaient l&rsquo;une des bases de la puissance \u00e9conomique de Liessies. L&rsquo;exploitation raisonn\u00e9e du bois, les locations de terrains et les droits accord\u00e9s aux populations voisines procuraient des revenus r\u00e9guliers \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;abbaye de Lobbes<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;abbaye de Lobbes exer\u00e7ait une influence importante dans le nord-est de l&rsquo;Avesnois. Elle poss\u00e9dait notamment le bois de Neumont ainsi que plusieurs droits forestiers associ\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme dans de nombreuses r\u00e9gions de l&rsquo;Avesnois, ces domaines donnaient parfois lieu \u00e0 des situations complexes o\u00f9 la propri\u00e9t\u00e9 \u00e9tait partag\u00e9e entre l&rsquo;abbaye et un seigneur la\u00efc. Les accords conclus entre les deux parties d\u00e9finissaient pr\u00e9cis\u00e9ment la r\u00e9partition des revenus, des coupes de bois, des p\u00e2turages et des droits de chasse.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;abbaye de Cambron<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;abbaye cistercienne de Cambron comptait \u00e9galement parmi les propri\u00e9taires forestiers de l&rsquo;ouest de l&rsquo;Avesnois. Ses possessions comprenaient notamment le bois de Cambron ainsi que plusieurs d\u00e9pendances foresti\u00e8res situ\u00e9es \u00e0 proximit\u00e9 de la for\u00eat de Mormal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces domaines \u00e9taient exploit\u00e9s selon les principes traditionnels de l&rsquo;\u00e9conomie monastique, associant gestion des bois, \u00e9levage et exploitation agricole.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;abbaye de Maroilles<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;abbaye de Maroilles poss\u00e9dait plusieurs biens forestiers dans le sud-ouest de l&rsquo;Avesnois, notamment autour de Renaut-Folie et de Marbaix.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme d&rsquo;autres \u00e9tablissements b\u00e9n\u00e9dictins, elle tirait parti des ressources foresti\u00e8res pour alimenter son \u00e9conomie et assurer l&rsquo;entretien de ses terres et de ses b\u00e2timents.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;archev\u00each\u00e9 de Cambrai<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;archev\u00each\u00e9 de Cambrai figurait \u00e9galement parmi les grands propri\u00e9taires forestiers r\u00e9gionaux. Son patrimoine comprenait notamment le bois l&rsquo;\u00c9v\u00eaque ainsi que plusieurs domaines r\u00e9partis dans la ch\u00e2tellenie du Cateau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;importance de ces biens suscita au XVIII\u1d49 si\u00e8cle plusieurs conflits avec l&rsquo;administration royale lorsque les r\u00e9formes foresti\u00e8res cherch\u00e8rent \u00e0 imposer de nouvelles r\u00e8gles de gestion et de conservation.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-medium-brown-color has-text-color has-link-color wp-elements-5\">5. Les Dames Chanoinesses de Maubeuge<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aucune institution religieuse ne joua en Avesnois un r\u00f4le comparable \u00e0 celui du prestigieux chapitre noble des Dames Chanoinesses de Maubeuge. Fond\u00e9e selon la tradition par sainte Aldegonde, cette communaut\u00e9 f\u00e9minine b\u00e9n\u00e9ficia durant tout le Moyen \u00c2ge et l&rsquo;Ancien R\u00e9gime d&rsquo;un statut exceptionnel qui lui permit d&rsquo;accumuler un vaste patrimoine foncier, comprenant terres agricoles, seigneuries, revenus f\u00e9odaux et d&rsquo;importants domaines forestiers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Leur influence s&rsquo;\u00e9tendait dans une grande partie du Val de Sambre. \u00c0 la diff\u00e9rence des abbayes monastiques, dont les domaines restaient souvent group\u00e9s autour de leurs \u00e9tablissements, les possessions des Chanoinesses \u00e9taient dispers\u00e9es sur un vaste territoire et formaient un v\u00e9ritable r\u00e9seau de propri\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi leurs domaines forestiers figuraient notamment les bois de Beaumont, de Maubeuge, de Branleux, de Demeries, de Villeule, de Fesu, de la Halle, des Comagnes et des Houssi\u00e8res. Ces massifs procuraient \u00e0 la communaut\u00e9 du bois de construction, des revenus de coupe et de nombreux droits d&rsquo;usage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans plusieurs secteurs, les Dames Chanoinesses partageaient \u00e9galement la propri\u00e9t\u00e9 de certains bois avec de puissantes familles seigneuriales. Ces situations d&rsquo;indivision r\u00e9sultaient souvent d&rsquo;anciens accords conclus au Moyen \u00c2ge afin d&rsquo;assurer la protection militaire ou juridique de leurs biens. Les princes de Cro\u00ff et les seigneurs d&rsquo;Avesnes figur\u00e8rent parmi leurs principaux partenaires dans ce type d&rsquo;organisation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le patrimoine forestier des Chanoinesses ne constituait cependant qu&rsquo;une partie de leur puissance. Leur influence se retrouvait \u00e9galement dans de nombreuses localit\u00e9s de l&rsquo;Avesnois et du Bavaisis o\u00f9 elles d\u00e9tenaient des terres, des droits de justice, des cens, des rentes et parfois m\u00eame de v\u00e9ritables seigneuries.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les recherches men\u00e9es sur plusieurs communes de l&rsquo;Avesnois montrent d&rsquo;ailleurs la permanence de cette influence. \u00c0 Bettignies, Mairieux, Villers-Sire-Nicole, Bersillies ou encore dans les environs de Maubeuge, les archives r\u00e9v\u00e8lent r\u00e9guli\u00e8rement la pr\u00e9sence des biens du chapitre parmi les principaux propri\u00e9taires fonciers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au XVIII\u1d49 si\u00e8cle, les Dames Chanoinesses figurent encore parmi les plus grands propri\u00e9taires forestiers de la r\u00e9gion. La R\u00e9volution fran\u00e7aise mettra fin \u00e0 cette situation en nationalisant leurs biens et en supprimant l&rsquo;institution elle-m\u00eame. N\u00e9anmoins, leur empreinte demeure profond\u00e9ment inscrite dans l&rsquo;histoire fonci\u00e8re de l&rsquo;Avesnois, o\u00f9 de nombreux bois, terres et anciennes seigneuries rappellent encore l&rsquo;importance de leur ancien domaine.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-medium-brown-color has-text-color has-link-color wp-elements-6\">6. Les for\u00eats en indivision<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;une des particularit\u00e9s les plus originales du paysage forestier de l&rsquo;Avesnois r\u00e9sidait dans l&rsquo;existence de nombreuses for\u00eats d\u00e9tenues en indivision. Contrairement \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 classique, appartenant \u00e0 un seul seigneur ou \u00e0 une seule abbaye, certains massifs \u00e9taient partag\u00e9s entre plusieurs propri\u00e9taires disposant chacun d&rsquo;une partie des droits sur le m\u00eame territoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce syst\u00e8me appara\u00eet d\u00e8s le Moyen \u00c2ge et se rencontre principalement dans l&rsquo;est de l&rsquo;Avesnois, dans les Fagnes, le Val de Sambre et la Thi\u00e9rache. Il associait g\u00e9n\u00e9ralement de puissants seigneurs la\u00efcs \u00e0 des \u00e9tablissements eccl\u00e9siastiques, chacun participant \u00e0 la gestion du massif et percevant une part des revenus.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une protection mutuelle<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;origine de ces indivisions remonte souvent aux XII\u1d49 et XIII\u1d49 si\u00e8cles. De nombreuses abbayes et communaut\u00e9s religieuses recherchaient alors la protection des grands seigneurs voisins afin de d\u00e9fendre leurs biens contre les pillages, les usurpations ou les conflits f\u00e9odaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En \u00e9change de cette protection, elles c\u00e9daient une partie de leurs droits sur certains bois. Le seigneur devenait ainsi copropri\u00e9taire du massif tout en assurant sa d\u00e9fense et sa repr\u00e9sentation devant les juridictions seigneuriales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce partage permit souvent de pr\u00e9server l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de vastes domaines forestiers pendant plusieurs si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les principaux massifs concern\u00e9s<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce mode de propri\u00e9t\u00e9 concernait plusieurs for\u00eats importantes de l&rsquo;Avesnois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;abbaye de Liessies partageait ainsi avec les seigneurs d&rsquo;Avesnes puis les princes de Chimay plusieurs bois situ\u00e9s autour de Fourmies, Cartignies, F\u00e9ron et Cattelaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;abbaye de Lobbes poss\u00e9dait en indivision avec les seigneurs de Tr\u00e9lon le bois de Neumont ainsi que d&rsquo;autres d\u00e9pendances foresti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Dames Chanoinesses de Maubeuge partageaient quant \u00e0 elles plusieurs massifs avec les seigneurs de Beaumont puis avec les Cro\u00ff, notamment dans les secteurs de Beaufort, Bompaire et Maubeuge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette organisation cr\u00e9ait une v\u00e9ritable mosa\u00efque de droits et de responsabilit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un partage des revenus et des usages<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les propri\u00e9taires ne se partageaient pas n\u00e9cessairement la for\u00eat de mani\u00e8re g\u00e9ographique. Bien souvent, chacun d\u00e9tenait une quote-part de l&rsquo;ensemble du massif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les produits forestiers \u00e9taient alors r\u00e9partis selon des accords pr\u00e9cis :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>revenus des coupes de bois ;<\/li>\n\n\n\n<li>p\u00e2turages ;<\/li>\n\n\n\n<li>gland\u00e9es ;<\/li>\n\n\n\n<li>droits de pacage ;<\/li>\n\n\n\n<li>revenus des ventes ;<\/li>\n\n\n\n<li>amendes foresti\u00e8res.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9partition variait selon les lieux. Certaines indivisions reposaient sur un partage \u00e9gal tandis que d&rsquo;autres accordaient les deux tiers de la propri\u00e9t\u00e9 au seigneur la\u00efc et un tiers seulement \u00e0 la communaut\u00e9 religieuse.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La chasse et la justice<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00eame lorsque les revenus \u00e9taient partag\u00e9s, tous les droits n&rsquo;\u00e9taient pas r\u00e9partis \u00e9quitablement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La haute justice et la chasse demeuraient g\u00e9n\u00e9ralement des privil\u00e8ges seigneuriaux. Les seigneurs conservaient ainsi le contr\u00f4le des proc\u00e8s forestiers, des d\u00e9lits de chasse et des poursuites contre les contrevenants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00e9tablissements religieux conservaient davantage les revenus tir\u00e9s des terres, du p\u00e2turage ou de certains usages accord\u00e9s aux habitants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette dualit\u00e9 explique la complexit\u00e9 de nombreuses chartes et conventions foresti\u00e8res conserv\u00e9es dans les archives.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une source fr\u00e9quente de conflits<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La propri\u00e9t\u00e9 indivise favorisait in\u00e9vitablement les contestations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les litiges portaient sur :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>l&#8217;emplacement des limites ;<\/li>\n\n\n\n<li>le partage des recettes ;<\/li>\n\n\n\n<li>les autorisations de coupe ;<\/li>\n\n\n\n<li>les droits de p\u00e2turage ;<\/li>\n\n\n\n<li>les r\u00e9serves de bois ;<\/li>\n\n\n\n<li>les usages accord\u00e9s aux habitants.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour \u00e9viter les abus, de nombreux accords furent r\u00e9guli\u00e8rement renouvel\u00e9s entre les parties. Ces conventions pr\u00e9cisaient avec minutie les droits de chacun et les modalit\u00e9s de gestion des massifs concern\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une sp\u00e9cificit\u00e9 de l&rsquo;Avesnois<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors que l&rsquo;ouest de l&rsquo;Avesnois demeurait largement domin\u00e9 par les grandes for\u00eats comtales de Mormal et de ses d\u00e9pendances, l&rsquo;est du territoire d\u00e9veloppa progressivement ce syst\u00e8me complexe de copropri\u00e9t\u00e9 foresti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les for\u00eats en indivision constituent ainsi l&rsquo;une des caract\u00e9ristiques les plus originales du patrimoine forestier avesnois. Elles t\u00e9moignent des liens \u00e9troits qui unirent pendant des si\u00e8cles les grandes familles seigneuriales, les abbayes et les institutions religieuses dans la gestion des ressources foresti\u00e8res de la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-medium-brown-color has-text-color has-link-color wp-elements-7\">7. Les droits d&rsquo;usage dans les for\u00eats de l&rsquo;Avesnois<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sous l&rsquo;Ancien R\u00e9gime, la for\u00eat n&rsquo;\u00e9tait pas seulement la propri\u00e9t\u00e9 des seigneurs, des abbayes ou des communaut\u00e9s religieuses. Les habitants des villages voisins b\u00e9n\u00e9ficiaient souvent de <strong>droits d&rsquo;usage<\/strong> qui leur permettaient d&rsquo;exploiter certaines ressources foresti\u00e8res indispensables \u00e0 leur vie quotidienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces usages, parfois tr\u00e8s anciens, remontaient souvent aux chartes rurales m\u00e9di\u00e9vales ou \u00e0 des concessions accord\u00e9es par les seigneurs. Ils constituaient pour les populations rurales une n\u00e9cessit\u00e9 \u00e9conomique, dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le bois repr\u00e9sentait la principale source d&rsquo;\u00e9nergie et o\u00f9 l&rsquo;\u00e9levage d\u00e9pendait largement des ressources foresti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le bois de chauffage<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le droit le plus r\u00e9pandu \u00e9tait la possibilit\u00e9 de ramasser le bois mort. Les habitants pouvaient g\u00e9n\u00e9ralement recueillir les branches tomb\u00e9es au sol, les arbres renvers\u00e9s par les temp\u00eates ou certaines essences de faible valeur destin\u00e9es au chauffage domestique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce privil\u00e8ge \u00e9tait \u00e9troitement contr\u00f4l\u00e9 afin d&rsquo;\u00e9viter les abus. Les gardes forestiers surveillaient les coupes illicites et les habitants ne pouvaient normalement pas abattre eux-m\u00eames des arbres vivants sans autorisation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans de nombreuses communaut\u00e9s rurales, ce droit repr\u00e9sentait une ressource essentielle durant l&rsquo;hiver.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le panage et la gland\u00e9e<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les for\u00eats de ch\u00eanes constituaient \u00e9galement une importante r\u00e9serve alimentaire pour les animaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chaque automne, lorsque les glands recouvraient le sol, les habitants pouvaient conduire leurs porcs dans certaines parties des bois. Cette pratique, appel\u00e9e <strong>panage<\/strong> ou <strong>gland\u00e9e<\/strong>, permettait l&rsquo;engraissement des troupeaux avant l&rsquo;hiver.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les p\u00e9riodes d&rsquo;ouverture \u00e9taient strictement r\u00e9glement\u00e9es. Les seigneurs ou les officiers forestiers fixaient les dates, le nombre d&rsquo;animaux autoris\u00e9s et les redevances \u00e9ventuelles \u00e0 acquitter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans certaines r\u00e9gions de l&rsquo;Avesnois, la valeur \u00e9conomique de la gland\u00e9e \u00e9tait consid\u00e9rable.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le pacage et la paisson<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les bovins, chevaux et moutons pouvaient \u00e9galement b\u00e9n\u00e9ficier de certains droits de p\u00e2turage forestier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La <strong>paisson<\/strong> permettait au b\u00e9tail de se nourrir des herbes et des jeunes pousses pr\u00e9sentes dans les clairi\u00e8res ou \u00e0 la lisi\u00e8re des bois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le <strong>pacage<\/strong> concernait plus largement l&rsquo;acc\u00e8s des troupeaux aux espaces forestiers ouverts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces usages faisaient souvent l&rsquo;objet de contestations car un p\u00e2turage excessif pouvait compromettre la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration naturelle des arbres et endommager les jeunes plantations.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les essarts et les d\u00e9frichements<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans certaines circonstances, les seigneurs autorisaient des habitants \u00e0 d\u00e9fricher temporairement des parcelles foresti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces terrains, appel\u00e9s <strong>essarts<\/strong>, \u00e9taient mis en culture pendant quelques ann\u00e9es avant d&rsquo;\u00eatre rendus \u00e0 la for\u00eat ou transform\u00e9s en p\u00e2tures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce proc\u00e9d\u00e9 permit parfois la cr\u00e9ation de nouveaux hameaux, de terres agricoles ou de futures exploitations rurales. Il contribua \u00e9galement \u00e0 modifier progressivement les limites de certains massifs forestiers.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les droits de cueillette<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les usages forestiers ne concernaient pas uniquement le bois ou le b\u00e9tail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les populations rurales pouvaient \u00e9galement r\u00e9colter :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>les baies sauvages ;<\/li>\n\n\n\n<li>les fruits forestiers ;<\/li>\n\n\n\n<li>les champignons ;<\/li>\n\n\n\n<li>les foug\u00e8res ;<\/li>\n\n\n\n<li>les gen\u00eats ;<\/li>\n\n\n\n<li>certaines plantes destin\u00e9es \u00e0 la liti\u00e8re des animaux.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces pratiques faisaient partie int\u00e9grante de l&rsquo;\u00e9conomie domestique des villages forestiers.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des droits jalousement d\u00e9fendus<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les droits d&rsquo;usage constituaient un \u00e9l\u00e9ment essentiel de la vie quotidienne. Les communaut\u00e9s rurales s&rsquo;effor\u00e7aient donc de les pr\u00e9server lorsque les seigneurs ou les administrations tentaient de les limiter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De nombreux proc\u00e8s oppos\u00e8rent ainsi habitants, propri\u00e9taires forestiers et officiers des Eaux et For\u00eats. Les chartes anciennes, les coutumes locales et les privil\u00e8ges accord\u00e9s depuis plusieurs si\u00e8cles servaient r\u00e9guli\u00e8rement d&rsquo;arguments pour d\u00e9fendre ces usages traditionnels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certaines communaut\u00e9s de l&rsquo;Avesnois conserv\u00e8rent ainsi des droits forestiers h\u00e9rit\u00e9s du Moyen \u00c2ge jusqu&rsquo;\u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un \u00e9quilibre fragile<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les droits d&rsquo;usage t\u00e9moignent de la complexit\u00e9 du monde forestier ancien. Une m\u00eame for\u00eat pouvait appartenir \u00e0 un seigneur ou \u00e0 une abbaye tout en \u00e9tant utilis\u00e9e quotidiennement par les habitants des villages voisins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Trouver un \u00e9quilibre entre l&rsquo;exploitation \u00e9conomique du bois, les besoins des populations et la pr\u00e9servation du domaine forestier constituait un d\u00e9fi permanent. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment pour r\u00e9glementer ces pratiques que les souverains mirent progressivement en place une l\u00e9gislation foresti\u00e8re de plus en plus stricte, notamment \u00e0 partir du XVII\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;histoire des droits d&rsquo;usage rappelle ainsi que la for\u00eat de l&rsquo;Ancien R\u00e9gime n&rsquo;\u00e9tait pas un espace sauvage et d\u00e9sert, mais un territoire vivant o\u00f9 se croisaient en permanence les int\u00e9r\u00eats des seigneurs, des communaut\u00e9s religieuses et des populations rurales.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-medium-brown-color has-text-color has-link-color wp-elements-8\">8. D\u00e9frichements, arrentements et exploitation des bois<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant des si\u00e8cles, les for\u00eats de l&rsquo;Avesnois ne constitu\u00e8rent pas des espaces immuables. Sous l&rsquo;action des seigneurs, des communaut\u00e9s religieuses et des habitants, leur superficie, leur composition et leurs usages \u00e9volu\u00e8rent constamment. Les besoins en terres agricoles, en p\u00e2turages, en combustible et en mat\u00e9riaux de construction entra\u00een\u00e8rent de nombreux d\u00e9frichements qui modifi\u00e8rent progressivement les paysages.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les propri\u00e9taires forestiers consid\u00e9raient leurs bois comme une source de revenus qu&rsquo;il convenait de valoriser. Selon les p\u00e9riodes, ils choisirent de conserver les futaies, de d\u00e9velopper les taillis, de louer certaines parcelles ou de transformer des espaces bois\u00e9s en terres agricoles.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les d\u00e9frichements<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis le Moyen \u00c2ge, de nombreuses portions foresti\u00e8res furent d\u00e9frich\u00e9es afin de cr\u00e9er des champs, des p\u00e2tures ou de nouveaux \u00e9tablissements ruraux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans certaines r\u00e9gions de l&rsquo;Avesnois, les lisi\u00e8res recul\u00e8rent progressivement sous l&rsquo;effet de l&rsquo;expansion agricole. Des clairi\u00e8res permanentes apparurent, donnant naissance \u00e0 des \u00e9carts, des censes et parfois \u00e0 de v\u00e9ritables hameaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces d\u00e9frichements r\u00e9pondirent \u00e0 plusieurs objectifs :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>accro\u00eetre les surfaces cultivables ;<\/li>\n\n\n\n<li>d\u00e9velopper l&rsquo;\u00e9levage ;<\/li>\n\n\n\n<li>installer de nouvelles exploitations ;<\/li>\n\n\n\n<li>augmenter les revenus seigneuriaux ;<\/li>\n\n\n\n<li>r\u00e9pondre \u00e0 la croissance d\u00e9mographique.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toutefois, les op\u00e9rations demeuraient g\u00e9n\u00e9ralement contr\u00f4l\u00e9es afin d&rsquo;\u00e9viter une disparition excessive des ressources foresti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;arrentement : un outil de mise en valeur<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;un des moyens les plus utilis\u00e9s pour exploiter les marges foresti\u00e8res \u00e9tait l&rsquo;<strong>arrentement<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par ce syst\u00e8me, un seigneur ou un propri\u00e9taire eccl\u00e9siastique conc\u00e9dait \u00e0 un particulier une parcelle de terrain moyennant le versement d&rsquo;une rente annuelle. Le b\u00e9n\u00e9ficiaire pouvait alors d\u00e9fricher, b\u00e2tir, cultiver ou mettre en p\u00e2ture la terre qui lui \u00e9tait confi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette pratique connut un d\u00e9veloppement important \u00e0 partir du XVI\u1d49 si\u00e8cle, notamment dans les domaines d\u00e9pendant des seigneurs de Tr\u00e9lon.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les b\u00e9n\u00e9ficiaires appartenaient \u00e0 des cat\u00e9gories tr\u00e8s diverses :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>paysans ;<\/li>\n\n\n\n<li>laboureurs ;<\/li>\n\n\n\n<li>marchands ;<\/li>\n\n\n\n<li>ma\u00eetres de forge ;<\/li>\n\n\n\n<li>bourgeois ;<\/li>\n\n\n\n<li>artisans.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;arrentement constituait \u00e0 la fois un moyen de valoriser les espaces peu exploit\u00e9s et une source de revenus r\u00e9guliers pour les propri\u00e9taires.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;expansion des p\u00e2turages<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une grande partie des terrains d\u00e9frich\u00e9s \u00e9tait transform\u00e9e en p\u00e2tures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette \u00e9volution accompagnait le d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00e9levage bovin qui caract\u00e9rise progressivement les paysages de l&rsquo;Avesnois. Dans certaines zones, les anciennes surfaces foresti\u00e8res laiss\u00e8rent place \u00e0 des herbages permanents entour\u00e9s de haies, pr\u00e9figurant le bocage actuel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette transformation fut particuli\u00e8rement visible aux abords des grandes for\u00eats et dans les secteurs o\u00f9 les sols se r\u00e9v\u00e9laient plus favorables \u00e0 l&rsquo;\u00e9levage qu&rsquo;aux cultures c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;exploitation du bois<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bois constituait l&rsquo;une des principales richesses de l&rsquo;Avesnois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les coupes alimentaient :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>les besoins domestiques ;<\/li>\n\n\n\n<li>les constructions rurales ;<\/li>\n\n\n\n<li>les fours \u00e0 chaux ;<\/li>\n\n\n\n<li>les verreries ;<\/li>\n\n\n\n<li>les forges ;<\/li>\n\n\n\n<li>les ateliers d&rsquo;artisans ;<\/li>\n\n\n\n<li>les villes voisines.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;exploitation concernait aussi bien le bois de chauffage que le bois d&rsquo;\u0153uvre destin\u00e9 \u00e0 la charpente, \u00e0 la menuiserie ou \u00e0 la fabrication d&rsquo;outils.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les propri\u00e9taires cherchaient en permanence \u00e0 \u00e9quilibrer les revenus imm\u00e9diats procur\u00e9s par les coupes et la conservation des futaies n\u00e9cessaires \u00e0 la production future.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les forges et la consommation de charbon de bois<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;industrie m\u00e9tallurgique exer\u00e7a une influence consid\u00e9rable sur les for\u00eats avesnoises.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les forges consommaient d&rsquo;importantes quantit\u00e9s de charbon de bois obtenu par la carbonisation du bois dans des meules. Cette activit\u00e9 n\u00e9cessitait des coupes r\u00e9guli\u00e8res et favorisait souvent le d\u00e9veloppement des taillis, capables de se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer plus rapidement que les futaies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Autour des grands centres m\u00e9tallurgiques, les besoins en combustible contribu\u00e8rent fortement \u00e0 l&rsquo;exploitation intensive de certains massifs forestiers.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une transformation progressive des paysages<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les choix des propri\u00e9taires eurent des cons\u00e9quences durables sur l&rsquo;aspect des for\u00eats.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Selon les secteurs, ils favoris\u00e8rent :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>la conservation des futaies ;<\/li>\n\n\n\n<li>l&rsquo;extension des taillis ;<\/li>\n\n\n\n<li>la cr\u00e9ation de p\u00e2tures ;<\/li>\n\n\n\n<li>l&rsquo;ouverture de clairi\u00e8res ;<\/li>\n\n\n\n<li>l&rsquo;installation d&rsquo;exploitations agricoles ;<\/li>\n\n\n\n<li>le d\u00e9veloppement des activit\u00e9s industrielles.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, les paysages forestiers de l&rsquo;Avesnois ne r\u00e9sultent pas uniquement de ph\u00e9nom\u00e8nes naturels. Ils sont aussi le produit de plusieurs si\u00e8cles de d\u00e9cisions \u00e9conomiques, sociales et politiques prises par les seigneurs, les abbayes, les communaut\u00e9s rurales et les administrations foresti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les d\u00e9frichements, les arrentements et l&rsquo;exploitation du bois ont profond\u00e9ment model\u00e9 le territoire et pr\u00e9par\u00e9 l&rsquo;\u00e9mergence du paysage bocager qui caract\u00e9rise encore aujourd&rsquo;hui une grande partie de l&rsquo;Avesnois.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-medium-brown-color has-text-color has-link-color wp-elements-9\">9. L&rsquo;annexion fran\u00e7aise et la r\u00e9volution foresti\u00e8re<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le XVII\u1d49 si\u00e8cle marque un tournant majeur dans l&rsquo;histoire des for\u00eats de l&rsquo;Avesnois. Jusqu&rsquo;alors int\u00e9gr\u00e9es aux possessions des comtes de Hainaut et aux Pays-Bas espagnols, elles se retrouvent progressivement au c\u0153ur des rivalit\u00e9s entre la France et l&rsquo;Espagne. Les changements de souverainet\u00e9 qui accompagnent les conqu\u00eates de Louis XIV ne modifient pas uniquement les fronti\u00e8res : ils bouleversent \u00e9galement les r\u00e8gles de propri\u00e9t\u00e9, les modes de gestion et l&rsquo;exploitation des ressources foresti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;administration royale fran\u00e7aise entend mieux contr\u00f4ler les for\u00eats, accro\u00eetre les revenus du domaine et renforcer la surveillance des massifs bois\u00e9s. Cette p\u00e9riode voit ainsi na\u00eetre une v\u00e9ritable politique foresti\u00e8re qui transforme profond\u00e9ment l&rsquo;organisation h\u00e9rit\u00e9e du Moyen \u00c2ge.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les trait\u00e9s des Pyr\u00e9n\u00e9es et de Nim\u00e8gue<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le trait\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es de 1659 puis le trait\u00e9 de Nim\u00e8gue de 1678 modifient profond\u00e9ment la carte politique de la r\u00e9gion. Les places fortes du Quesnoy, d&rsquo;Avesnes et de Landrecies passent progressivement sous domination fran\u00e7aise, entra\u00eenant avec elles une partie importante des domaines forestiers de l&rsquo;Avesnois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette transition ne se fait pas sans difficult\u00e9s. Pendant plusieurs d\u00e9cennies, certaines for\u00eats d\u00e9pendent encore d&rsquo;anciennes juridictions ou restent revendiqu\u00e9es par plusieurs autorit\u00e9s. Les administrations doivent alors d\u00e9terminer avec pr\u00e9cision quelles terres appartiennent au roi de France, quels droits demeurent aux anciens propri\u00e9taires et quelles limites doivent \u00eatre fix\u00e9es entre les diff\u00e9rents domaines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les for\u00eats deviennent ainsi des enjeux strat\u00e9giques, \u00e9conomiques et administratifs de premier ordre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le cas particulier de Mormal<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aucune for\u00eat n&rsquo;illustre mieux cette situation que la for\u00eat de Mormal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ancienne for\u00eat des comtes de Hainaut, elle poss\u00e8de depuis des si\u00e8cles un statut particulier de \u00ab franche for\u00eat \u00bb qui lui conf\u00e8re une large autonomie administrative. Son appartenance soul\u00e8ve cependant de nombreuses interrogations apr\u00e8s l&rsquo;arriv\u00e9e des Fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant plusieurs ann\u00e9es, juristes, historiens et administrateurs cherchent \u00e0 d\u00e9terminer si Mormal doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une d\u00e9pendance directe de la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9 du Quesnoy ou comme un domaine distinct. La question rev\u00eat une importance consid\u00e9rable puisqu&rsquo;elle conditionne la perception des revenus, l&rsquo;exercice de la justice foresti\u00e8re et l&rsquo;autorit\u00e9 administrative.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La for\u00eat de Mormal devient ainsi l&rsquo;un des principaux dossiers forestiers de l&rsquo;Avesnois durant toute la seconde moiti\u00e9 du XVII\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les conflits de propri\u00e9t\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;annexion fran\u00e7aise fait appara\u00eetre de nombreux conflits entre les diff\u00e9rents d\u00e9tenteurs de droits forestiers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les seigneurs locaux, les communaut\u00e9s religieuses, les Dames Chanoinesses de Maubeuge, les abbayes et les repr\u00e9sentants du roi d\u00e9fendent chacun leurs privil\u00e8ges. Les anciennes chartes, les accords d&rsquo;indivision, les droits d&rsquo;usage et les privil\u00e8ges accord\u00e9s au cours des si\u00e8cles se heurtent parfois aux nouvelles r\u00e8gles impos\u00e9es par l&rsquo;administration royale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les litiges concernent notamment :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>les limites des propri\u00e9t\u00e9s ;<\/li>\n\n\n\n<li>les droits de coupe ;<\/li>\n\n\n\n<li>les revenus forestiers ;<\/li>\n\n\n\n<li>les p\u00e2turages ;<\/li>\n\n\n\n<li>les bois en indivision ;<\/li>\n\n\n\n<li>les droits de chasse ;<\/li>\n\n\n\n<li>les comp\u00e9tences judiciaires.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette situation entra\u00eene une multiplication des enqu\u00eates, expertises, proc\u00e8s et arbitrages tout au long des XVII\u1d49 et XVIII\u1d49 si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les domaines royaux<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec l&rsquo;int\u00e9gration de l&rsquo;Avesnois au royaume de France, plusieurs for\u00eats deviennent des domaines royaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La for\u00eat de Mormal constitue naturellement le c\u0153ur de cet ensemble, mais elle n&rsquo;est pas la seule. D&rsquo;autres massifs autrefois d\u00e9pendants des comtes de Hainaut passent progressivement sous l&rsquo;autorit\u00e9 du souverain fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces for\u00eats sont d\u00e9sormais soumises aux r\u00e8gles de l&rsquo;administration royale. Leur gestion est confi\u00e9e aux officiers des Eaux et For\u00eats qui veillent au respect des r\u00e8glements, \u00e0 la conservation des futaies et \u00e0 l&rsquo;exploitation rationnelle des ressources.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;objectif est double :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>prot\u00e9ger un patrimoine forestier strat\u00e9gique ;<\/li>\n\n\n\n<li>assurer des revenus r\u00e9guliers au Tr\u00e9sor royal.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette centralisation marque une rupture importante avec les pratiques m\u00e9di\u00e9vales.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les ali\u00e9nations de for\u00eats<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 le principe d&rsquo;inali\u00e9nabilit\u00e9 du domaine royal, les difficult\u00e9s financi\u00e8res conduisent parfois l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 c\u00e9der certains bois ou certaines parts de for\u00eats.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plusieurs massifs ou portions de massifs sont ainsi vendus ou conc\u00e9d\u00e9s \u00e0 des particuliers, \u00e0 des seigneurs locaux ou \u00e0 de riches bourgeois. Ces op\u00e9rations touchent notamment des d\u00e9pendances de Mormal telles que la haie de Quelipont, la haie de Hourdeau ou encore la haie des Lombards.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les administrations foresti\u00e8res s&rsquo;opposent souvent \u00e0 ces ventes. Elles consid\u00e8rent que ces bois jouent un r\u00f4le essentiel dans la protection des grands massifs et craignent qu&rsquo;une exploitation priv\u00e9e trop intensive ne compromette leur conservation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 ces r\u00e9serves, plusieurs ali\u00e9nations sont r\u00e9alis\u00e9es au cours des XVII\u1d49, XVIII\u1d49 et XIX\u1d49 si\u00e8cles, contribuant \u00e0 modifier profond\u00e9ment la carte foresti\u00e8re h\u00e9rit\u00e9e des comtes de Hainaut.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Vers une nouvelle gestion foresti\u00e8re<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;annexion fran\u00e7aise ne transforme pas seulement les propri\u00e9taires ; elle modifie \u00e9galement la mani\u00e8re de g\u00e9rer la for\u00eat. La monarchie souhaite encadrer plus strictement les coupes, renforcer la protection des futaies et garantir un renouvellement durable des peuplements.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette volont\u00e9 aboutit progressivement \u00e0 la mise en place d&rsquo;une l\u00e9gislation foresti\u00e8re de plus en plus pr\u00e9cise, qui culminera avec les grandes r\u00e9formes des Eaux et For\u00eats sous le r\u00e8gne de Louis XIV.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;Avesnois entre alors dans une nouvelle p\u00e9riode de son histoire foresti\u00e8re : celle de la gestion administrative moderne, o\u00f9 la conservation des bois devient une pr\u00e9occupation aussi importante que leur exploitation.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-medium-brown-color has-text-color has-link-color wp-elements-10\">10. Colbert et l&rsquo;ordonnance de 1669<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi tous les \u00e9v\u00e9nements qui ont marqu\u00e9 l&rsquo;histoire foresti\u00e8re de l&rsquo;Avesnois, peu eurent un impact aussi profond que l&rsquo;ordonnance des Eaux et For\u00eats promulgu\u00e9e en 1669 sous le r\u00e8gne de Louis XIV. Inspir\u00e9e par Colbert, cette r\u00e9forme visait \u00e0 mettre fin \u00e0 des si\u00e8cles d&rsquo;exploitation souvent anarchique des bois et \u00e0 assurer la conservation durable des ressources foresti\u00e8res du royaume.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;Avesnois, r\u00e9cemment rattach\u00e9 \u00e0 la France, fut directement concern\u00e9 par ces nouvelles dispositions. Les for\u00eats royales, seigneuriales, eccl\u00e9siastiques et m\u00eame certaines propri\u00e9t\u00e9s communales furent progressivement soumises \u00e0 une r\u00e9glementation beaucoup plus stricte. Cette intervention de l&rsquo;\u00c9tat transforma profond\u00e9ment les usages et provoqua de nombreux conflits avec les propri\u00e9taires locaux habitu\u00e9s \u00e0 g\u00e9rer librement leurs domaines.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La r\u00e9forme des Eaux et For\u00eats<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;objectif principal de la monarchie \u00e9tait de restaurer les grands massifs forestiers du royaume dont beaucoup avaient souffert des guerres, des d\u00e9frichements excessifs et des exploitations abusives.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les nouvelles r\u00e8gles imposaient :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>un contr\u00f4le plus strict des coupes ;<\/li>\n\n\n\n<li>la surveillance des ventes de bois ;<\/li>\n\n\n\n<li>le bornage des propri\u00e9t\u00e9s foresti\u00e8res ;<\/li>\n\n\n\n<li>des visites r\u00e9guli\u00e8res des for\u00eats ;<\/li>\n\n\n\n<li>une meilleure conservation des futaies ;<\/li>\n\n\n\n<li>la limitation des abus li\u00e9s aux droits d&rsquo;usage.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;administration royale entendait ainsi pr\u00e9server une ressource devenue indispensable \u00e0 la construction navale, aux besoins militaires, \u00e0 l&rsquo;industrie et \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie du royaume.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le quart de r\u00e9serve<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;une des mesures les plus importantes de l&rsquo;ordonnance concernait le <strong>quart de r\u00e9serve<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les propri\u00e9taires de grands domaines forestiers devaient conserver une partie de leurs bois \u00e0 l&rsquo;abri des coupes ordinaires. Cette r\u00e9serve devait permettre le maintien de grands arbres capables d&rsquo;assurer le renouvellement des peuplements et la production future de bois d&rsquo;\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette disposition constituait une v\u00e9ritable r\u00e9volution pour de nombreux propri\u00e9taires qui avaient l&rsquo;habitude d&rsquo;exploiter leurs bois selon leurs propres besoins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En Avesnois, la mise en r\u00e9serve suscita rapidement des contestations, notamment de la part des \u00e9tablissements religieux qui voyaient une partie de leurs revenus leur \u00e9chapper.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les contestations des abbayes<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les abbayes et communaut\u00e9s eccl\u00e9siastiques figur\u00e8rent parmi les principaux opposants \u00e0 l&rsquo;application de l&rsquo;ordonnance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis des si\u00e8cles, elles administraient librement leurs for\u00eats et consid\u00e9raient celles-ci comme des biens leur appartenant en pleine propri\u00e9t\u00e9. Les nouvelles obligations impos\u00e9es par l&rsquo;administration royale furent souvent per\u00e7ues comme une atteinte \u00e0 leurs anciens privil\u00e8ges.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00e9tablissements religieux contestaient notamment :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>la mise en quart de r\u00e9serve ;<\/li>\n\n\n\n<li>les inspections des officiers royaux ;<\/li>\n\n\n\n<li>les limitations impos\u00e9es aux coupes ;<\/li>\n\n\n\n<li>l&rsquo;obligation de solliciter des autorisations pour certaines exploitations.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;archev\u00each\u00e9 de Cambrai, les abbayes de Liessies, de Maroilles ou encore de Saint-Andr\u00e9 du Cateau furent concern\u00e9s par ces tensions qui se prolong\u00e8rent durant plusieurs d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les r\u00e9sistances locales<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les communaut\u00e9s rurales accueillirent elles aussi ces r\u00e9formes avec m\u00e9fiance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans de nombreux villages, les habitants vivaient depuis des g\u00e9n\u00e9rations gr\u00e2ce aux droits d&rsquo;usage exerc\u00e9s dans les bois : ramassage du bois mort, p\u00e2turage, gland\u00e9e, pacage ou pr\u00e9l\u00e8vement de certains produits forestiers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les nouvelles r\u00e9glementations furent souvent per\u00e7ues comme une menace pour ces pratiques traditionnelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les propri\u00e9taires la\u00efcs ne se montr\u00e8rent pas davantage enthousiastes. Beaucoup consid\u00e9raient que les agents des Eaux et For\u00eats empi\u00e9taient sur leurs droits seigneuriaux et limitaient leur libert\u00e9 de gestion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette r\u00e9sistance explique la multiplication des proc\u00e8s, des requ\u00eates et des n\u00e9gociations qui marqu\u00e8rent la fin du XVII\u1d49 si\u00e8cle et une bonne partie du XVIII\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La ma\u00eetrise du Quesnoy<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour appliquer cette politique foresti\u00e8re, la monarchie s&rsquo;appuya sur la <strong>ma\u00eetrise des Eaux et For\u00eats du Quesnoy<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette administration devint l&rsquo;un des principaux instruments du pouvoir royal en Avesnois. Ses officiers \u00e9taient charg\u00e9s :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>d&rsquo;inspecter les bois ;<\/li>\n\n\n\n<li>de contr\u00f4ler les coupes ;<\/li>\n\n\n\n<li>de v\u00e9rifier les r\u00e9serves ;<\/li>\n\n\n\n<li>de poursuivre les infractions ;<\/li>\n\n\n\n<li>d&rsquo;arbitrer certains conflits forestiers ;<\/li>\n\n\n\n<li>d&rsquo;assurer l&rsquo;ex\u00e9cution des r\u00e8glements royaux.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La ma\u00eetrise intervenait aussi bien dans les for\u00eats royales que dans les propri\u00e9t\u00e9s eccl\u00e9siastiques ou seigneuriales lorsque la l\u00e9gislation l&rsquo;autorisait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette pr\u00e9sence administrative renfor\u00e7a consid\u00e9rablement l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat sur les espaces forestiers de l&rsquo;Avesnois.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une \u00e9tape d\u00e9cisive dans l&rsquo;histoire des for\u00eats avesnoises<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;ordonnance de 1669 marque le passage d&rsquo;une gestion essentiellement seigneuriale et locale \u00e0 une gestion de plus en plus encadr\u00e9e par l&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si elle fut souvent combattue par les propri\u00e9taires et les communaut\u00e9s rurales, elle contribua aussi \u00e0 limiter certaines surexploitations et \u00e0 pr\u00e9server de nombreux massifs forestiers. Les principes de conservation qu&rsquo;elle introduisit constituent l&rsquo;une des bases de la gestion foresti\u00e8re moderne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 travers les d\u00e9bats qu&rsquo;elle suscita, elle r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement l&rsquo;importance \u00e9conomique, sociale et politique que repr\u00e9sentaient les for\u00eats de l&rsquo;Avesnois \u00e0 la fin de l&rsquo;Ancien R\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-medium-brown-color has-text-color has-link-color wp-elements-11\">11. Les bois communaux<\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le cas particulier des communaut\u00e9s villageoises<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 c\u00f4t\u00e9 des for\u00eats royales, seigneuriales et eccl\u00e9siastiques, l&rsquo;Avesnois connaissait une forme de propri\u00e9t\u00e9 plus discr\u00e8te mais essentielle pour les populations rurales : les <strong>bois communaux<\/strong>. Ces espaces appartenaient collectivement aux habitants d&rsquo;un village ou d&rsquo;une communaut\u00e9 d&rsquo;habitants qui y exer\u00e7aient divers droits d&rsquo;usage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Longtemps rest\u00e9e marginale par rapport aux immenses domaines des seigneurs et des abbayes, cette propri\u00e9t\u00e9 communale prit une importance croissante au cours du XVIII\u1d49 si\u00e8cle. Elle r\u00e9pondait aux besoins quotidiens des populations rurales qui d\u00e9pendaient \u00e9troitement de la for\u00eat pour leur chauffage, leur \u00e9levage et leurs activit\u00e9s domestiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ces bois, les habitants pouvaient souvent b\u00e9n\u00e9ficier de droits collectifs de pacage, de ramassage du bois mort ou encore de pr\u00e9l\u00e8vement de certains mat\u00e9riaux n\u00e9cessaires \u00e0 la vie du village. Cette organisation traduisait une gestion communautaire des ressources naturelles particuli\u00e8rement adapt\u00e9e aux besoins locaux.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Anor<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Anor poss\u00e9dait l&rsquo;un des plus importants patrimoines forestiers communaux de l&rsquo;Avesnois. Situ\u00e9e au c\u0153ur d&rsquo;une r\u00e9gion riche en boisements, la communaut\u00e9 villageoise g\u00e9rait des espaces forestiers qui constituaient une ressource pr\u00e9cieuse pour les habitants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les bois communaux compl\u00e9taient les vastes massifs appartenant aux seigneurs et aux \u00e9tablissements religieux de la r\u00e9gion. Ils contribuaient \u00e0 maintenir un \u00e9quilibre entre les int\u00e9r\u00eats des grands propri\u00e9taires et les besoins de la population locale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Cousolre<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Cousolre, la for\u00eat communale jouait \u00e9galement un r\u00f4le \u00e9conomique important. Les habitants b\u00e9n\u00e9ficiaient collectivement des revenus et des usages li\u00e9s \u00e0 ces bois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La proximit\u00e9 des massifs forestiers du Val de Sambre favorisait le maintien de pratiques communautaires anciennes, notamment pour l&rsquo;alimentation du b\u00e9tail, le chauffage et certaines activit\u00e9s artisanales d\u00e9pendantes du bois.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Tr\u00e9lon<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La commune de Tr\u00e9lon constitue un cas int\u00e9ressant car elle se situe dans un secteur fortement marqu\u00e9 par les possessions seigneuriales. Malgr\u00e9 la puissance des seigneurs de Tr\u00e9lon, la communaut\u00e9 conserva certains espaces forestiers relevant directement de son patrimoine collectif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces bois permettaient aux habitants de b\u00e9n\u00e9ficier de ressources propres dans un territoire o\u00f9 la for\u00eat demeurait un \u00e9l\u00e9ment fondamental de l&rsquo;\u00e9conomie locale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Wignehies<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Wignehies, les bois communaux participaient \u00e0 l&rsquo;organisation traditionnelle des usages forestiers. Ils procuraient des ressources compl\u00e9mentaires aux habitants et contribuaient \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie du village.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme dans de nombreuses communaut\u00e9s de l&rsquo;Avesnois, l&rsquo;existence de ces espaces traduisait la volont\u00e9 des habitants de pr\u00e9server certains droits collectifs face aux grands propri\u00e9taires fonciers.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une \u00e9volution vers une gestion collective<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au XVIII\u1d49 si\u00e8cle, les bois communaux occupent une place plus visible dans les documents administratifs. Cette \u00e9volution accompagne le d\u00e9veloppement des communaut\u00e9s rurales et l&rsquo;affirmation de leurs droits collectifs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00eame si leur superficie demeure modeste compar\u00e9e aux vastes domaines de Mormal, des Cro\u00ff ou des Dames Chanoinesses de Maubeuge, ces bois constituent un \u00e9l\u00e9ment important du patrimoine forestier avesnois. Ils illustrent une autre mani\u00e8re de g\u00e9rer la for\u00eat, fond\u00e9e non sur les privil\u00e8ges seigneuriaux mais sur les besoins collectifs des communaut\u00e9s villageoises.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-medium-brown-color has-text-color has-link-color wp-elements-12\">12. H\u00e9ritages et paysages forestiers actuels<\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ce qui subsiste aujourd&rsquo;hui<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les paysages forestiers actuels de l&rsquo;Avesnois sont les h\u00e9ritiers directs de plusieurs si\u00e8cles d&rsquo;histoire fonci\u00e8re, \u00e9conomique et politique. Derri\u00e8re chaque massif subsistent les traces des d\u00e9cisions prises par les comtes de Hainaut, les seigneurs locaux, les abbayes, les Dames Chanoinesses de Maubeuge ou encore les communaut\u00e9s villageoises.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si les anciennes structures f\u00e9odales ont disparu depuis longtemps, nombre de limites \u00e9tablies au Moyen \u00c2ge ou sous l&rsquo;Ancien R\u00e9gime ont profond\u00e9ment influenc\u00e9 l&rsquo;organisation actuelle des bois et des campagnes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Anciennes haies devenues bois<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De nombreux noms mentionn\u00e9s dans les archives d\u00e9signaient autrefois des <strong>haies<\/strong>, c&rsquo;est-\u00e0-dire des massifs forestiers bien plus importants qu&rsquo;une simple haie moderne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La haie des Lombards, la haie de Quelipont, la haie de Bailleul ou encore la haie de Gommegnies constituaient de v\u00e9ritables ensembles bois\u00e9s. Certaines ont disparu sous l&rsquo;effet des d\u00e9frichements et des mises en culture, tandis que d&rsquo;autres ont surv\u00e9cu sous forme de bois ou de for\u00eats plus modestes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces anciennes d\u00e9nominations permettent aujourd&rsquo;hui de reconstituer la g\u00e9ographie foresti\u00e8re de l&rsquo;Avesnois d&rsquo;autrefois.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Grandes for\u00eats conserv\u00e9es<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi les h\u00e9ritages les plus spectaculaires figure naturellement la for\u00eat de Mormal. Dernier grand t\u00e9moin des vastes for\u00eats comtales du Hainaut, elle demeure le principal massif forestier du d\u00e9partement du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D&rsquo;autres ensembles bois\u00e9s, plus modestes, conservent \u00e9galement le souvenir des anciennes possessions seigneuriales, eccl\u00e9siastiques ou communales qui structuraient autrefois le territoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 les d\u00e9frichements, les guerres, les ventes et les r\u00e9formes administratives, une partie importante du patrimoine forestier avesnois a ainsi travers\u00e9 les si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les traces des anciens droits et limites<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les limites foresti\u00e8res actuelles conservent souvent la m\u00e9moire des anciennes fronti\u00e8res de propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certains chemins forestiers, foss\u00e9s, bornes ou alignements de haies correspondent encore \u00e0 d&rsquo;anciens partages r\u00e9alis\u00e9s entre seigneurs, abbayes ou communaut\u00e9s rurales. De m\u00eame, plusieurs noms de lieux rappellent les usages forestiers d&rsquo;autrefois : gardes, viviers, essarts, haies ou r\u00e9serves de chasse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;observation attentive du paysage permet parfois de retrouver la trace de ces anciennes organisations fonci\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ce que les archives nous apprennent sur les paysages d&rsquo;autrefois<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les documents conserv\u00e9s dans les archives offrent une vision pr\u00e9cieuse de l&rsquo;Avesnois ancien. Ils r\u00e9v\u00e8lent un territoire bien plus bois\u00e9 qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, o\u00f9 la for\u00eat occupait une place centrale dans la vie \u00e9conomique et sociale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils montrent \u00e9galement que ces bois n&rsquo;\u00e9taient pas des espaces sauvages laiss\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames. Chaque for\u00eat faisait l&rsquo;objet d&rsquo;une gestion pr\u00e9cise, parfois complexe, associant seigneurs, communaut\u00e9s religieuses, habitants et administrations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gr\u00e2ce \u00e0 ces sources, il est possible de comprendre comment les choix effectu\u00e9s durant des si\u00e8cles ont fa\u00e7onn\u00e9 les paysages actuels. Les for\u00eats de l&rsquo;Avesnois apparaissent ainsi comme le r\u00e9sultat d&rsquo;une longue histoire o\u00f9 se m\u00ealent pouvoir, \u00e9conomie, exploitation des ressources et adaptation constante des soci\u00e9t\u00e9s humaines \u00e0 leur environnement.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-medium-brown-color has-text-color has-link-color wp-elements-13\">Conclusion<\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une for\u00eat, plusieurs propri\u00e9taires<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;histoire foresti\u00e8re de l&rsquo;Avesnois montre qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais exist\u00e9 de mod\u00e8le unique de propri\u00e9t\u00e9. Aux c\u00f4t\u00e9s des vastes for\u00eats comtales domin\u00e9es par Mormal coexistaient les domaines des grandes familles seigneuriales, les possessions des abbayes, les biens des Dames Chanoinesses de Maubeuge, les for\u00eats indivises et les bois communaux. Cette diversit\u00e9 fonci\u00e8re explique la complexit\u00e9 des paysages forestiers anciens et la multitude des droits qui s&rsquo;exer\u00e7aient sur un m\u00eame territoire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une histoire de pouvoirs et d&rsquo;usages<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La for\u00eat fut bien davantage qu&rsquo;un simple espace bois\u00e9. Elle constitua une ressource \u00e9conomique fondamentale, une r\u00e9serve de chasse, une source de combustible, un lieu de p\u00e2turage et parfois m\u00eame un enjeu politique ou militaire. Seigneurs, souverains, religieux et communaut\u00e9s villageoises y d\u00e9fendirent leurs int\u00e9r\u00eats, donnant naissance \u00e0 un enchev\u00eatrement de droits, d&rsquo;usages et de privil\u00e8ges qui marqua profond\u00e9ment l&rsquo;histoire de l&rsquo;Avesnois. Les r\u00e9formes engag\u00e9es par la monarchie fran\u00e7aise \u00e0 partir du XVII\u1d49 si\u00e8cle transform\u00e8rent progressivement cet \u00e9quilibre h\u00e9rit\u00e9 du Moyen \u00c2ge sans toutefois effacer totalement les pratiques anciennes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;h\u00e9ritage forestier de l&rsquo;Avesnois<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les for\u00eats actuelles conservent encore les traces de cette longue histoire. La for\u00eat de Mormal demeure l&rsquo;h\u00e9riti\u00e8re directe des anciennes for\u00eats comtales, tandis que de nombreux bois, chemins, limites territoriales et noms de lieux rappellent les anciens domaines seigneuriaux ou eccl\u00e9siastiques. Derri\u00e8re les paysages que nous connaissons aujourd&rsquo;hui subsistent les marques laiss\u00e9es par plusieurs si\u00e8cles de gestion foresti\u00e8re, de d\u00e9frichements, de conflits fonciers et d&rsquo;usages collectifs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comprendre l&rsquo;histoire des for\u00eats de l&rsquo;Avesnois, c&rsquo;est donc comprendre une part essentielle de l&rsquo;histoire du territoire lui-m\u00eame. Des comtes de Hainaut aux communaut\u00e9s villageoises, des abbayes aux officiers royaux des Eaux et For\u00eats, chaque g\u00e9n\u00e9ration a contribu\u00e9 \u00e0 fa\u00e7onner un patrimoine forestier dont nous sommes aujourd&rsquo;hui les h\u00e9ritiers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;histoire des for\u00eats de l&rsquo;Avesnois ne se limite pas \u00e0 celle de la seule for\u00eat de Mormal. Derri\u00e8re les grands massifs bois\u00e9s qui couvraient autrefois la r\u00e9gion se cache un paysage complexe o\u00f9 s&rsquo;entrem\u00ealaient pouvoirs seigneuriaux, possessions eccl\u00e9siastiques, droits d&rsquo;usage villageois et int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques. Durant des si\u00e8cles, la for\u00eat constitua \u00e0 la fois une r\u00e9serve &hellip; <a href=\"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/les-forets-de-lavesnois-propriete-usages-et-pouvoirs-du-moyen-age-a-la-revolution\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Les for\u00eats de l\u2019Avesnois : propri\u00e9t\u00e9, usages et pouvoirs du Moyen \u00c2ge \u00e0 la R\u00e9volution&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_jetpack_hide_featured_image":false,"_jetpack_featured_image_duplicate_dismissed":0,"footnotes":""},"class_list":["post-31017","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/PaOEkN-84h","jetpack-related-posts":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/31017","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=31017"}],"version-history":[{"count":14,"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/31017\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":31032,"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/31017\/revisions\/31032"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=31017"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}