{"id":10350,"date":"2020-04-07T19:33:44","date_gmt":"2020-04-07T17:33:44","guid":{"rendered":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/?page_id=10350"},"modified":"2023-06-14T17:28:51","modified_gmt":"2023-06-14T15:28:51","slug":"le-pays-davesnes-au-xviii-e-siecle","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/le-pays-davesnes-au-xviii-e-siecle\/","title":{"rendered":"Le Pays d&rsquo;Avesnes au XVIII\u00e8 si\u00e8cle"},"content":{"rendered":"\n<p>Voici la transcription du discours de M. le Chanoine Peter lors de la conf\u00e9rence donn\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;Avesnes le samedi 28 mai 1932. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">Mesdames, Messieurs, <\/p>\n\n\n\n<p><br>Pour voyager dans l&rsquo;espace nous avons \u00e9t\u00e9 dot\u00e9s par la science d&rsquo;admirables machines roulantes et volantes. Je ne sais plus quel historien ou philosophe \u00e9mit un jour le regret que nous n&rsquo;ayons pas \u00e0 notre disposition une machine d&rsquo;un autre genre pour voyager, non pas dans l&rsquo;espace, mais dans le temps, dans le pass\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour nous faire remonter le cours des si\u00e8cles et nous porter, en observateurs curieux, au milieu des hommes qui ont v\u00e9cu longtemps avant nous.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est pourtant \u00e0 un voyage de ce genre que je vous convie ce soir, Mesdames et Messieurs. Sans que vous ayez en aucune fa\u00e7on \u00e0 risquer votre vie sur une machine dangereuse, et simplement \u00e0 l&rsquo;aide de documents patiemment recueillis par les membres de notre Soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;Histoire et d&rsquo;Arch\u00e9ologie, je voudrais remonter de deux cents ans en arri\u00e8re pour regarder avec vous le pays d&rsquo;Avesnes tel qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e0&rsquo; cette \u00e9poque si diff\u00e9rente de la n\u00f4tre. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Si vous le voulez bien nous commencerons par visiter la ville d&rsquo;Avesnes sans n\u00e9gliger pourtant les autres villes de la r\u00e9gion, puis nous ferons une excursion \u00e0 travers les villages de la campagne. Mon ambition de cic\u00e9rone serait que cette double visite \u00e9veill\u00e2t en vous quelque int\u00e9r\u00eat et f\u00fbt pour vous un d\u00e9lassement, comme une promenade que vous feriez aujourd&rsquo;hui \u00e0 travers nos riantes prairies de l&rsquo;Avesnois.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">I<\/p>\n\n\n\n<p>Imaginez que sous le r\u00e8gne de Louis XV, nous arrivons \u00e0 Avesnes avec la diligence, le matin d&rsquo;un jour de semaine, soit par la Porte de France, soit par la Porte de Mons, apr\u00e8s avoir franchi la rivi\u00e8re ou les foss\u00e9s des fortifications. Pr\u00e8s de chaque porte est un corps de garde qui hausse le pont-levis, le matin, \u00e0 la cloche de l&rsquo;Angelus, et l&rsquo;abaisse le soir, \u00e0 l&rsquo;heure de la retraite. Ainsi se gardent, la nuit, les places fortifi\u00e9es voisines des fronti\u00e8res. Et la consigne est si rigoureuse que si nous \u00e9tions arriv\u00e9s la veille, apr\u00e8s neuf heures du soir, notre seule ressource e\u00fbt, \u00e9t\u00e9 d&rsquo;aller demander un g\u00eete dans l&rsquo;une des rares maisons existant alors \u00e0 proximit\u00e9 de la ville, \u00e0 la fois auberges et relais de chevaux, soit \u00e0 la Bagatelle sur la route d&rsquo;Etr\u0153ungt, soit \u00e0 la maison Rouge, sur la route de Maubeuge. <\/p>\n\n\n\n<p>La porte franchie, nous sommes \u00e9tonn\u00e9s, d\u00e8s nos premiers pas, de voir combien les rues sont \u00e9troites et de sentir combien mal elles sont pav\u00e9es. Une seule voie principale traverse la ville de part en part, d&rsquo;une porte \u00e0 l&rsquo;autre c&rsquo;est la rue de Mons, la Grand&rsquo;Rue, la place d&rsquo;Armes et la rue de France, et elle est elle-m\u00eame si mal pav\u00e9&lt;\\ que pi\u00e9tons et charretiers se plaignent sans cesse, et que la municipalit\u00e9 (on disait alors le magistrat) se d\u00e9cide \u00e0 y mettre des pav\u00e9s neufs en 1781. Tout le reste de la ville n&rsquo;est qu&rsquo;un d\u00e9dale de ruelles grimpantes ou descendantes. <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;heure o\u00f9 sonne l&rsquo;Angelus du matin, o\u00f9 s&rsquo;ouvrent les premi\u00e8res portes et les premiers volets. Des m\u00e9nag\u00e8res \u00e0 la robe de futaine, longue et lourde, des hommes portant la culotte courte sur leurs bas de laine sortent des maisons avec des seaux de bois ou de m\u00e9tal accroch\u00e9s \u00e0 un appareil en bois pos\u00e9 sur les \u00e9paules, et descendent vers le bas de ville, au pied des anciens remparts. Ils vont faire leur provision journali\u00e8re d&rsquo;eau potable \u00e0 la seule et unique fontaine qui alimente et la population civile et toute la garnison. Il n&rsquo;existe en effet dans le haut de la ville aucune autre fontaine distributrice d&rsquo;eau potable. Une seule citerne se trouve vers le milieu de la Grand&rsquo; Place (elle existe encore aujourd&rsquo;hui) pour recevoir l&rsquo;eau des &lsquo;pluies tombant sur l&rsquo;\u00e9glise on n&rsquo;y touche qu&rsquo;en cas d&rsquo;incendie. Diff\u00e9rents projets pour faire venir l&rsquo;eau potable de sources se trouvant au Fourmanoir n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7us que plus tard, vers 1780, et n&rsquo;ont d&rsquo;ailleurs jamais \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s. Vous devinez ce que cette corv\u00e9e d&rsquo;eau quotidienne peut avoir de p\u00e9nible et de dangereux, l&rsquo;hiver, par les ruelles et les escaliers glissants : les chutes sont fr\u00e9quentes, et le chef de la garnison se plaint du grand nombre de cruches cass\u00e9es par les militaires. Quant aux bourgeois ais\u00e9s, ils se font apporter leur provision pour quelques liards par des marchands d&rsquo;eau. La profession de marchand d&rsquo;eau est un des petits m\u00e9tiers avesnois \u00e0 cette \u00e9poque. <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;heure aussi o\u00f9 les marchands ouvrent leur boutique : les marchands, c &lsquo;est-\u00e0-dire une vingtaine de marchands d&rsquo;\u00e9toffes et de nombreux cabaretiers ; o\u00f9 les ouvriers se rendent \u00e0 leur travail. Ne vous attendez pas cependant \u00e0 rencontrer comme aujourd&rsquo;hui des troupes d&rsquo;ouvriers allant vers une usine ou un grand atelier. Il n&rsquo;y a pas de place ni pour l&rsquo;une ni pour l&rsquo;autre, dans la petite cit\u00e9 ceinte de murailles, de foss\u00e9s, de bastions et qui n&rsquo;a pas de faubourgs. D&rsquo;ailleurs^ la grande industrie, raccoleuse d&rsquo;hommes et de machines, n&rsquo;existe pas encore. Avesnes ne compte que quelques artisans, quelques gens de m\u00e9tier qui travaillent dans un petit atelier, au fond de leur maison, dans leur cour ou dans leur cave, avec un ouvrier ou deux. Et comme ces avesnois sont individualistes (je crois bien que ceux d&rsquo;aujourd&rsquo;hui n&rsquo;ont pas chang\u00e9) ils ne sont pas unis en corporations comme le sont les ouvriers des autres villes de France. Il faut dire qu&rsquo;Avesnes est fran\u00e7aise depuis un si\u00e8cle \u00e0 peine, et que les corporations n&rsquo;\u00e9taient pas obligatoires sous le r\u00e9gime espagnol. Les Avesnois d&rsquo;un m\u00eame m\u00e9tier sont donc simplement unis en des confr\u00e9ries, soci\u00e9t\u00e9s religieuses plac\u00e9es sous le vocable d&rsquo;un saint, St-Joseph pour les menuisiers et charpentiers ; St-Cr\u00e9pin pour les cordonniers ; St-Eloi, pour les serruriers et forgerons, etc., et \u00e0 chacune de ces confr\u00e9ries est affect\u00e9e une des chapelles qui ornent l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;\u00e9glise. <\/p>\n\n\n\n<p>Avesnes n&rsquo;a donc pas d&rsquo;usine mais seulement de modestes ateliers pour artisans : des menuisiers, serruriers, cordonniers, comme partout, quelques tanneurs en bordure de la rivi\u00e8re ; huit tisseurs qui fabriquent \u00e0 domicile des serges et des caz\u00e9es. un fabricant de chapeaux qui travaille avec un seul ouvrier. Il y a aussi trois brasseries o\u00f9 les habitants vont faire leur bi\u00e8re eux-m\u00eames, \u00e0 tour de r\u00f4le, moyennant une l\u00e9g\u00e8re r\u00e9tribution. Pas davantage d&rsquo;usines \u00e0 Maubeuge au sens moderne du mot : quelques tanneries, quelques ouvriers tissant des \u00e9toffes, un atelier de chaudronnerie de cuivre, une manufacture d&rsquo;armes qui occupe une cinquantaine d&rsquo;ouvriers travaillant \u00e0 domicile. A Solre-le-Ch\u00e2teau on trouve aussi quelques tisseurs et tanneurs.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne peut donc pas dire qu&rsquo;Avesnes soit une ville active. Elle ne trouve d&rsquo;animation que les jours de march\u00e9. Il y a un march\u00e9 aux herbes les lundis et mercredis, sur la petite place. Un march\u00e9 plus consid\u00e9rable se tient le vendredi : ce jour-l\u00e0 les paysans des environs apportent leurs produits fermiers, et des marchands \u00e9trangers (du Cambr\u00e9sis ou du pays de Vervins) viennent vendre du bl\u00e9, car les habitants ach\u00e8tent leur bl\u00e9 \u00e0 la halle qui se trouve sur la grand place, \u00e0 l&rsquo;endroit occup\u00e9 aujourd&rsquo;hui par un magasin de porcelaine et de cristallerie. Ce bl\u00e9, ils le font moudre au moulin de la ville, (il \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de la rue de Mons, sur l&#8217;emplacement du monuments aux Morts) ou bien au moulin d&rsquo;Avesnelles, et font leur pain eux-m\u00eames presque chaque maison ayant son four. <\/p>\n\n\n\n<p>Il y a aussi un march\u00e9 au poisson, le vendredi. Il se tenait dans la rue St-Louis. Mais un beau jour, un officier qui logeait par l\u00e0, et qui \u00e9tait le fr\u00e8re du commandante de la garnison, fit rosser par ses soldats les marchands de poisson qu&rsquo;il accusait d&#8217;empuantir avec leur marchandise l&rsquo;atmosph\u00e8re de la rue et de son appartement. C&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre exact car, avec les seuls transports par chariots, usit\u00e9s alors, on se demande en quel \u00e9tat devait se trouver le poisson d\u00e9bit\u00e9 aux Avesnois, les vendredis de canicule ! A la suite de cette algarade, le march\u00e9 au poisson fut rel\u00e9gu\u00e9 sur la petite place. <\/p>\n\n\n\n<p>Chaque petite ville du pays avait de m\u00eame son march\u00e9 hebdomadaire, calqu\u00e9 sur celui d&rsquo;Avesnes. (A Solre-le-Ch\u00e2teau, la halle au bl\u00e9, bien conserv\u00e9e, se voit encore aujourd&rsquo;hui). Etr\u0153ungt cependant n&rsquo;avait pas le sien : en 1750, les habitants firent une p\u00e9tition pour obtenir eux aussi un march\u00e9 au bl\u00e9 chaque semaine, mais n&rsquo;obtinrent pas satisfaction, l&rsquo;autorit\u00e9 provinciale ne voulant pas faire tort \u00e0 la halle d&rsquo;Avesnes. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Avesnes a aussi une foire franche au b\u00e9tail, chaque ann\u00e9e, le mercredi apr\u00e8s Quasimodo. Cette foire avait \u00e9t\u00e9 octroy\u00e9e par l&rsquo;archiduc Maximilien, \u00e0 la fin du XV e si\u00e8cle, pour d\u00e9dommager les habitants ruin\u00e9s apr\u00e8s le deuxi\u00e8me incendie de la ville. Elle a subsist\u00e9 jusqu&rsquo;environ 1880.<\/p>\n\n\n\n<p> <br>La foire ou le march\u00e9 termin\u00e9, les \u00e9trangers s&rsquo;en vont et Avesnes retombe dans sa vie paisible et morne dont nous avons parfois la vive sensation \u00e0 notre \u00e9poque, le vendredi apr\u00e8s-midi, quand, apr\u00e8s l&rsquo;agitation du matin, nous ne voyons plus dans les rues que les balayeurs. Pas de grandes affaires, pas de commerce prosp\u00e8re. \u00ab Les habitants de cette ville, dit un document de 1756, n&rsquo;ont aucun commerce particulier et aucune fabrique qui m\u00e9rite attention ; tout y est marchand (et parmi ces marchands, nous l&rsquo;avons vu il y a surtout des cabaretiers) ou manouvrier\u2026. d&rsquo;ailleurs une partie des bourgs et autres paroisses des environs fabrique, commerce, ce qui emp\u00eache m\u00eame le commerce de cette ville. \u00bb Avesnes n&rsquo;est qu&rsquo;une petite cit\u00e9 qui n&rsquo;a pu se d\u00e9velopper car elle a \u00e9t\u00e9 et est encore \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des grandes r\u00e9gions de passage. Elle a v\u00e9cu repli\u00e9e sur elle-m\u00eame. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Au XVIII e si\u00e8cle, elle ne compte que 2.500 habitants environ, comme Maubeuge d&rsquo;ailleurs. Ses commer\u00e7ants font de petites affaires avec les habitants de la ville et ceux des environs imm\u00e9diats ; ses cabaretiers avec les 300 soldats de la garnison. Seul le passage des rouliers, des charretiers qui traversent la ville d&rsquo;une porte \u00e0 l&rsquo;autre vient interrompre de temps en temps la monotonie de son existence. <\/p>\n\n\n\n<p>Si vous n&rsquo;\u00eates pas press\u00e9s de quitter la ville, nous attendrons jusqu&rsquo;au dimanche pour la voir sous un autre aspect. Rassurez-vous, nous ne passerons pas la nuit \u00e0 la belle \u00e9toile. Nous avons le choix entre plusieurs auberges, dans la Grand Rue <em>Le Lion d&rsquo;or et le Pot d&rsquo;\u00e9tain <\/em>; dans la rue de Mons (Entre deux Ponts) <em>la T\u00eate de B\u0153uf <\/em>et le<em> Cheval blanc<\/em> ; dans la rue Cambr\u00e9sienne l&rsquo; <em>Ecu de France<\/em> ; et l&rsquo;<em>Aigle Noir<\/em> dans \u00ab la rue descendante derri\u00e8re l&rsquo;\u00e9glise\u2026. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Mais le soir, apr\u00e8s le souper, si nous voulons faire une petite promenade digestive, nous aurons soin de nous munir d&rsquo;une lanterne car la ville est plong\u00e9e dans la plus profonde obscurit\u00e9, et il existe maint endroit que l&rsquo;on pourrait appeler Casse-cou. Elle n&rsquo;a pas d&rsquo;\u00e9clairage public. C&rsquo;est seulement en 1786 que la municipalit\u00e9 se d\u00e9cide \u00e0 faire la d\u00e9pense de 810 livres pour \u00e9tablir neuf r\u00e9verb\u00e8res, afin \u00ab d&rsquo;illuminer, dit-elle les rues principales et les plus fr\u00e9quent\u00e9es\u2026. L&rsquo;\u00e9tablissement des lanternes publiques est d&rsquo;une utilit\u00e9 reconnue et d\u00e9sir\u00e9 de la ville d&rsquo;Avesnes dont le pav\u00e9 est d\u00e9fectueux dans presque toutes les rues. \u00bb <\/p>\n\n\n\n<p><br>Le dimanche, le repos est g\u00e9n\u00e9ral : la loi divine et la loi civile sont alors d&rsquo;accord pour interdire tout travail. La loi civile d\u00e9fend m\u00eame aux cabaretiers d&rsquo;ouvrir leur porte aux clients pendant les heures des offices. Toute la population se porte donc vers l&rsquo;\u00e9glise , l&rsquo;\u00e9glise qui est la m\u00eame qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui mais qui n&rsquo;a cependant pas le m\u00eame aspect ext\u00e9rieur car alors \u00e0 ses murailles, des deux c\u00f4t\u00e9s sont accol\u00e9es des maisons dont la plupart ont disparu. A chaque messe, la foule est nombreuse, surtout \u00e0 la grand messe chant\u00e9e par le doyen en pr\u00e9sence du chapitre de douze chanoines fond\u00e9 deux si\u00e8cles auparavant par Louise d&rsquo;Albret, devant le maire, les \u00e9chevins. le lieutenant du roi, les officiers de la garnison et ceux qu&rsquo;on appelle les officiers du bailliage, c&rsquo;est-\u00e0-dire les juges et les avocats du tribunal du bailliage qui ont chacun leur place, leur banc, leur fauteuil, leur stalle r\u00e9serv\u00e9e. C&rsquo;est la messe officielle \u00e0 laquelle nul personnage ne voudrait ou n&rsquo;oserait manquer, tant est grande alors la comp\u00e9n\u00e9tration de l&rsquo;Eglise et de l&rsquo;Etat. <\/p>\n\n\n\n<p><br>La messe termin\u00e9e, les jeunes gens et les hommes valides se r\u00e9unissent sur la place. C&rsquo;est la compagnie de l&rsquo;Arquebuse ou de St S\u00e9bastien, esp\u00e8ce de soci\u00e9t\u00e9 de pr\u00e9paration militaire, bien que le service militaire obligatoire n&rsquo;existe pas. Cette compagnie, o\u00f9 entrent les plus notables bourgeois et les magistrats, a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e, plusieurs si\u00e8cles auparavant \u00ab pour donner lieu \u00e0 la jeunesse de se perfectionner dans l&rsquo;exercice et le maniement des armes \u00bb, et qui a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e par des lettres royales, s&rsquo;exerce ainsi chaque dimanche dans un jardin situ\u00e9 entre la rue des Pr\u00e9s et les casernes. En cas de si\u00e8ge, elle pourrait aider efficacement la garnison aux remparts. Des compagnies bourgeoises du m\u00eame genre existent dans toutes les villes \u00e0 Maubeuge, elle porte le m\u00eame nom qu&rsquo;\u00e0 Avesnes ; \u00e0 Solre, c&rsquo;est la compagnie des Chevaliers de St-Georges. On en trouve m\u00eame une au village de Maroilles qui n&rsquo;a cependant pas de remparts \u00e0 d\u00e9fendre. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Pendant que les confr\u00e8res de St-S\u00e9bastien s&rsquo;exercent \u00e0 tirer de l&rsquo;arc ou de l&rsquo;arquebuse, voulez-vous que je vous conduise visiter rapidement les autres \u00e9tablissements religieux de la ville ? Derri\u00e8re l&rsquo;\u00e9glise, pr\u00e8s du cimeti\u00e8re (l&rsquo;actuel March\u00e9 aux Bestiaux) se trouve le b\u00e9guinage, \u00e0 l&#8217;emplacement de la maison du Dr Triquenaux il y a l\u00e0 quelques b\u00e9guines qui sont des femmes retir\u00e9es du monde et menant une vie quasi religieuse. Dans le bas de la ville, au bord de la rivi\u00e8re et contre les remparts, se trouve un couvent de s\u0153urs grises ou Recollectines (c&rsquo;est l&rsquo;h\u00f4pital d&rsquo;aujourd&rsquo;hui). Dans la rue des Pr\u00e9s, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole actuelle des filles, \u00e9tait le couvent des R\u00e9collets. Quant au coll\u00e8ge, dirig\u00e9 par des pr\u00eatres, il se trouvait dans la rue Sainte-Croix, au bas des Grands Degr\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p> <br>Le dimanche apr\u00e8s-midi, en \u00e9t\u00e9, les v\u00eapres termin\u00e9es, les Avesnois sortent en grand nombre par la porte de France et vont \u00e9couter la musique de la garnison qui donne un concert \u00ab sur la redoute \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire au Jeu de Balle actuel. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Ainsi se passent les dimanches \u00e0 Avesnes. A certains jours, la ville est plus anim\u00e9e et prend des d\u00e9cors de f\u00eate. Ce sont les jours de f\u00eates religieuses et de processions. On fait alors cinq grandes processions par an le mardi de P\u00e2ques (procession des Saintes-Huiles ; le Dimanche du Saint-Sacrement (F\u00eate Dieu) et le Dimanche suivant ; le jour de la ducasse c&rsquo;est la Procession de la ville ; et le 15 ao\u00fbt apr\u00e8s-midi, la Procession de la Reine. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Alors toute la ville est sur pied et c&rsquo;est le cort\u00e8ge innombrable des fid\u00e8les, des enfants, des confr\u00e9ries, des fonctionnaires, des magistrats, des officiers, du clerg\u00e9, qui d\u00e9filent en grand apparat \u00e0 travers les rues pavois\u00e9es, pr\u00e9c\u00e9dent le St-Sacrement ou la statue de la Vierge, tandis que les soldats font la haie et que les chants religieux alternent avec les morceaux jou\u00e9s par la musique militaire et la musique civile. <br> Ce sont l\u00e0 les f\u00eates pr\u00e9vues par le calendrier. Mais il y a aussi les f\u00eates impr\u00e9vues ordonn\u00e9es par le gouvernement \u00e0 l&rsquo;occasion de certains \u00e9v\u00e8nements heureux survenus au cours d&rsquo;une guerre ou dans la famille royale. Ces f\u00eates commencent par un Te Deum \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise et s&rsquo;ach\u00e8vent en r\u00e9jouissances populaires, en feux de joie. Des feux de joie sont ainsi ordonn\u00e9s en 1746, lors de la guerre de la succession d&rsquo;Autriche, \u00e0 l&rsquo;occasion de la prise de Charleroi, de Namur, de Mons et d&rsquo;Anvers..La m\u00eame ann\u00e9e, 9 Te Deum sont chant\u00e9s pour les victoires des arm\u00e9es et pour la convalescence du roi qui avait \u00e9t\u00e9 gravement malade \u00e0 Metz. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Ainsi, Mesdames, Messieurs, se d\u00e9roule la vie des habitants d&rsquo;Avesnes. Voulez-vous que nous prenions contact d&rsquo;un peu plus pr\u00e8s avec eux ? Comme dans toute ville, \u00e0 Avesnes. il y a le petit peuple et il y a la bourgeoisie. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Le peuple avesnois est alors d\u00e9favorablement r\u00e9put\u00e9, \u00ab le caract\u00e8re g\u00e9n\u00e9ral des habitants, dit un rapport de 1756, est assez bon, born\u00e9 d&rsquo;ailleurs et paresseux, ne songeant qu&rsquo;\u00e0 la chasse et n\u00e9gligeant pour icelle les occupations les plus int\u00e9ressantes. La fermet\u00e9, plus que la douceur, doit s&rsquo;exercer pour conduire ce peuple qui tire encore de l&rsquo;espagnole. \u00bb C&rsquo;est l\u00e0, certes, une appr\u00e9ciation peu flatteuse encore qu&rsquo;elle soit officielle. Je me demande \u00e0 ce propos comment les Avesnois pouvaient satisfaire leur go\u00fbt extravagant pour la chasse ils tenaient ou croyaient tenir de Marguerite de Flandre (et en fait&rsquo; ils en jouirent jusqu&rsquo;\u00e0 la R\u00e9volution) le droit de p\u00eache dans la rivi\u00e8re et le droit de chasse sur les glacis de la ville. Leur terrain de chasse ne devait pas s&rsquo;\u00e9tendre au-del\u00e0 de ces glacis car, pas plus qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, Avesnes n&rsquo;avait de banlieue : en 1739, les trois mayeurs d&rsquo;Avesnelles, de Haut-lieu et de St-Hilaire d\u00e9clarent que les territoires de leur commune sont \u00ab contigus aux glacis de la ville d&rsquo;Avesnes.. \u00bb Quant au jugement port\u00e9 en 1756, repr\u00e9sentant le peuple d&rsquo;Avesnes comme assez bon, born\u00e9 d&rsquo;esprit et paresseux, et devant \u00eatre conduit avec s\u00e9v\u00e9rit\u00e9, je laisse \u00e0 votre sagacit\u00e9 et \u00e0 votre amour propre le soin de l&rsquo;appr\u00e9cier \u00e0 sa valeur. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Il y a aussi des bourgeois dans nos petites villes et le nom de quelques-uns s&rsquo;est conserv\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours. A Avesnes, on conna\u00eet alors Gossuin, Ofarel, Amaniou, B\u00e9vi\u00e8re, Pillot, Faussabry, Fabry, Pasqual, Hannoye, Moutier, Lebeau, Deremme, Godefroy; Manesse, etc\u2026. <\/p>\n\n\n\n<p><br>A Maubeuge : Pouillaude (de Thierry), Laloux, Prisse de Boulery, Boulanger de Saint-Aubin, Hennet, Salengros, etc.. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Tous ces gens sont des notaires, des m\u00e9decins, des avocats, des juges au Tribunal, des fonctionnaires (car si Avesnes a un tribunal de Bailliage, Maubeuge est le si\u00e8ge d&rsquo;une Pr\u00e9v\u00f4t\u00e9). <\/p>\n\n\n\n<p><br>C&rsquo;est naturellement parmi ces personnages que sont choisis le maire (mayeur) et les \u00e9chevins (conseillers municipaux) : le maire est nomm\u00e9 par le roi et, au XVIII\u00a0\u00bb si\u00e8cle, il est m\u00eame propri\u00e9taire de sa charge ; les \u00e9chevins qui sont 4 seulement, sont nomm\u00e9s : \u00e0 Avesnes par l&rsquo;intendant de la province de Hainaut, qui est une esp\u00e8ce de pr\u00e9fet r\u00e9sidant \u00e0 Valenciennes, et \u00e0 Maubeuge, par l&rsquo;abbesse de Sainte-Aldegonde. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Souvent, trop souvent, les familles bourgeoises d&rsquo;Avesnes sont brouill\u00e9es par de profondes inimiti\u00e9s. Dans une petite ville o\u00f9 on vit les uns sur les autres, o\u00f9 les \u00e9v\u00e8nements sont rares et o\u00f9 par cons\u00e9quent on s&rsquo;occupe beaucoup des voisins et on cancane facilement ; dans une soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 et le privil\u00e8ge comme celle de l&rsquo;Ancien R\u00e9gime, les rivalit\u00e9s sont fr\u00e9quentes pour les affaires, pour la client\u00e8le, pour les honneurs. Par exemple, il y a entre les bourgeois d&rsquo;Avesnes des comp\u00e9titions ardentes d\u00e8s qu&rsquo;une place d&rsquo;\u00e9chevin devient vacante. C&rsquo;est \u00e0 qui fera intervenir, pour obtenir la place, non pas les \u00e9lecteurs car le suffrage populaire est alors inconnu, mais des parents, des amis, de) protecteurs influents aupr\u00e8s de l&rsquo;intendant, s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;Avesnes ; aupr\u00e8s de l&rsquo;abbesse de Ste Aldegonde s&rsquo;il s&rsquo;agit de Maubeuge.<\/p>\n\n\n\n<p> <br>Il y a aussi des querelles de pr\u00e9s\u00e9ance aux f\u00eates civiles, \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise, dans les processions c&rsquo;est \u00e0 qui voudra marcher ou si\u00e9ger devant son voisin ou son rival. A Avesnes, en 1750, le roi lui-m\u00eame intervient pour assigner leur place respective dans l&rsquo;\u00e9glise aux \u00e9chevins, aux officiers du bailliage et au gouverneur militaire ; en 1785, une nouvelle rivalit\u00e9 de pr\u00e9s\u00e9ance \u00e9clate pour les si\u00e8ges du th\u00e9\u00e2tre, entre les officiers du bailliage et la municipalit\u00e9 ; en 1787, entre le gouverneur militaire, M. de Cabri\u00e8res, et les officiers du bailliage pour les places dans les processions. <\/p>\n\n\n\n<p><br>A Maubeuge, en 1756, \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;un Te Deum chant\u00e9 pour l&rsquo;heureuse naissance du comte de Provence (le futur Louis XVIII) l&rsquo;abbesse de Ste-Aldegonde soul\u00e8ve toute une histoire et fait des r\u00e9clamations \u00e0 Versailles parce que les pr\u00e9v\u00f4ts de la ville ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9glise par la grande porte avec leurs huissiers qu&rsquo;ils auraient d\u00fb, d&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9tiquette, laisser dehors. En 1778, la municipalit\u00e9 de Maubeuge d\u00e9missionne \u00e0 cause d&rsquo;un conflit de pr\u00e9s\u00e9ance avec le procureur g\u00e9n\u00e9ral de la subd\u00e9l\u00e9gation. Bourgeois d&rsquo;Avesnes et de Maubeuge, vous le voyez, sont alors des fanatiques de l&rsquo;\u00e9tiquette, du privil\u00e8ge. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Dans l&rsquo;ensemble, Avesnes nous appara\u00eet donc comme une ville d&rsquo;importance m\u00e9diocre, dont l&rsquo;activit\u00e9 est presque nulle. Ses 2.500 habitants vivent les uns sur les autres, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des murs. Elle n&rsquo;a pas de faubourgs comme aujourd&rsquo;hui, pas de maisons hors des remparts. Quelques familles bourgeoises de m\u00e9decins, d&rsquo;avocats, de juges, assez divis\u00e9es entre elles ; des petits commer\u00e7ants qui ne font gu\u00e8re d&rsquo;affaires que les jours de march\u00e9 ; des cabaretiers qui vendent la bi\u00e8re aux soldats, et beaucoup de menu peuple qui vivote du travail de ses mains. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Dans ces conditions, ses habitants ne sont pas riches. Ils habitent des maisons dont beaucoup sont encore couvertes de chaume ou de bois, dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle. Ces maisons v\u00e9tust\u00e9s, il a fallu une catastrophe pour les faire dispara\u00eetre le 16 ao\u00fbt 1748, un incendie d\u00e9vora une vingtaine de maisons de la Grand&rsquo;Rue. Avec les toits si inflammables et le manque d&rsquo;eau (il faut la prendre \u00e0 la rivi\u00e8re o\u00f9 \u00e0 la citerne de la Grand&rsquo;Place) un incendie mettait toujours en p\u00e9ril un quartier tout entier. Alors la municipalit\u00e9 ordonna de couvrir toutes les maisons en tuiles ou en ardoises dans un d\u00e9lai de trois mois. Ce fut un bon temps pour les couvreurs ! <\/p>\n\n\n\n<p><br>Si les habitants ne sont pas riches, la ville elle-m\u00eame ne l&rsquo;est pas davantage. Ses ressources, environ 13.000 livres par an, sont fournies par les octrois, mais sont insuffisantes. C&rsquo;est pour les augmenter, ou au moins pour les conserver, qu&rsquo;elle demande vers 1770, que la route projet\u00e9e de Landrecies \u00e0 Tr\u00e9lon et Chimai soit d\u00e9tourn\u00e9e et vienne aboutir \u00e0 la porte de Mons. Ainsi le trafic passerait n\u00e9cessairement par ses bureaux d&rsquo;octroi. Vous savez comme moi qu&rsquo;elle ne fut pas \u00e9cout\u00e9e. Elle souffre de la g\u00eane durant tout le XVIII\u00a0\u00bb si\u00e8cle, d&rsquo;abord apr\u00e8s le bouleversement financier cr\u00e9\u00e9 par l&rsquo;exp\u00e9rience du syst\u00e8me de Law, qui provoque une baisse de la monnaie ; puis apr\u00e8s la guerre de la succession d&rsquo;Autriche qui lui occasionne d&rsquo;\u00e9normes d\u00e9penses : en effet, une grande partie de l&rsquo;arm\u00e9e qui se rendait alors dans les Pays-Bas passa par Avesnes et la ville d\u00fbt lui fournir vivres et fourrages que le gouvernement royal oublia de rembourser. Le remboursement des dommages de guerre \u00e9tait alors ignor\u00e9. <br> Elle est donc dans la g\u00eane et en voici plusieurs preuves que je prends en dehors de ses livres de comptabilit\u00e9 <br> \u2014 Elle fait b\u00e2tir un H\u00f4tel-de-Ville en 1757 (celui que nous avons aujourd&rsquo;hui): il a co\u00fbt\u00e9 pr\u00e8s de 43.000 livres ; elle a obtenu de le payer par annuit\u00e9s et chaque ann\u00e9e elle est forc\u00e9e de demander des d\u00e9lais de paiement. <br> \u2014 Elle doit loger, \u00e0 ses frais, le gouverneur militaire. Elle le loge en effet dans le ch\u00e2teau, un b\u00e2timent construit sur l&#8217;emplacement de l&rsquo;ancien ch\u00e2teau des seigneurs d&rsquo;Avesnes et qui se trouvait l\u00e0 o\u00f9 est maintenant le Tribunal. Or le gouverneur. quel qu&rsquo;il soit, envoie toujours des r\u00e9clamations \u00e0 la municipalit\u00e9 qui, faute d&rsquo;argent, ne fait pas les r\u00e9parations n\u00e9cessaires. <br> Dans le clocher de l&rsquo;\u00e9glise, elle a un carillon qui marche bien (c&rsquo;est le carillon qui sera remplac\u00e9 \u00e0 la R\u00e9volution par celui que nous avons aujourd&rsquo;hui et qui vient de l&rsquo;abbaye de Liessies) ; mais elle a aussi une horloge qui marche mal, quoi qu&rsquo;elle ait \u00e9t\u00e9 mont\u00e9e par un ma\u00eetre-horloger de Valenciennes, appel\u00e9 Posteau. Il lui en co\u00fbte chaque ann\u00e9e 500 1. pour la faire r\u00e9parer. En 1768, elle prend le parti de ne plus faire de r\u00e9parations et fait apposer contre le mur de l&rsquo;\u00e9glise \u00ab pour suppl\u00e9er au d\u00e9faut de l&rsquo;horloge \u00bb un cadran solaire qui s&rsquo;y voit encore aujourd&rsquo;hui. Force lui est bien cependant de faire monter l&rsquo;ann\u00e9e suivante, une nouvelle horloge, pour le prix de 4810 1. Elle re\u00e7oit du gouvernement 1000 l. sur la fondation Penthi\u00e8vre, 100 pistoles de l&rsquo;intendant ; mais, malgr\u00e9 ces subsides, elle est oblig\u00e9e d&#8217;emprunter et ne peut payer que par tr\u00e8s petites annuit\u00e9s. <br> \u2014 Chaque ann\u00e9e ses d\u00e9penses d\u00e9passent ses recettes elle a \u00e0 payer des rentes \u00e0 des particuliers qui lui ont pr\u00eat\u00e9 des sommes d&rsquo;argent d\u00e9j\u00e0 au XVIe si\u00e8cle, (par exemple elle doit une rente de 125 livres aux h\u00e9ritiers de Gille de Forest et de Jean Gossuin depuis 1592) ; elle doit les rentes des fondations faites en faveur de l&rsquo;h\u00f4pital, de l&rsquo;\u00e9glise, du coll\u00e8ge, du bureau des pauvres ; elle doit payer des salaires \u00e0 des employ\u00e9s et \u00e0 des ouvriers ; or elle n&rsquo;arrive pas \u00e0 s&rsquo;acquitter ; elle est toujours en d\u00e9ficit ; elle emprunte chaque ann\u00e9e et chaque ann\u00e9e s&rsquo;endette ainsi un peu plus. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Elle a un coll\u00e8ge dont je vous ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9, coll\u00e8ge bien r\u00e9put\u00e9 et o\u00f9 l&rsquo;on fait de bonnes \u00e9tudes. Il est petit, il est vieux, il a besoin de r\u00e9parations. Elle se tourne vers l&rsquo;abbaye de Liesses et l&rsquo;abbaye de Maroilles pour avoir des fonds, sans succ\u00e8s d&rsquo;ailleurs. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Elle est si pauvre qu&rsquo;aux premiers jours de la R\u00e9volution quand les octrois sont supprim\u00e9s, afin d&rsquo;avoir quelque argent en caisse elle vend des pr\u00e9s mar\u00e9cageux qu&rsquo;elle poss\u00e8de au bord de la rivi\u00e8re et qu&rsquo;on appelle les Laguettes. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Ni les gens d&rsquo;Avesnes, ni l&rsquo;administration municipale n&rsquo;ont donc roul\u00e9 sur l&rsquo;or, au XVIII e si\u00e8cle. Pour tout. le monde la vie est m\u00e9diocre, \u00ab vu le d\u00e9faut de commerce dans la ville et le peu de ressource du pays \u00bb explique un document de 1772. Cette petite cit\u00e9 fronti\u00e8re, sans industrie, sans commerce et nous le verrons tout \u00e0 l&rsquo;heure, sans voies de communications, plac\u00e9e au milieu d&rsquo;un pays qui est alors un pays pauvre, ne pouvait ni devenir prosp\u00e8re ni se d\u00e9velopper. Maubeuge et Landrecies, ses voisines, ne font pas meilleure figure : \u00ab Leur aisance, rapporte un intendant, d\u00e9pend uniquement du plus ou moins de garnison qu&rsquo;elles renferment. \u00bb Ce qui revient \u00e0 dire que c&rsquo;est le militaire qui y fait vivre le civil. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">II<\/p>\n\n\n\n<p><br> Et maintenant que nous connaissons un peu la ville, nous irons, si vous le voulez bien, faire un tour \u00e0 la campagne. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Ne vous attendez pas \u00e0 voir la campagne avesnoise sous l&rsquo;aspect riant et enchanteur qu&rsquo;elle rev\u00eat aujourd&rsquo;hui. Au premier coup d&rsquo;\u0153il, elle est plut\u00f4t s\u00e9v\u00e8re. Elle appara\u00eet comme tr\u00e8s bois\u00e9e, beaucoup plus que vous ne l&rsquo;imaginez. Une for\u00eat s&rsquo;\u00e9tend au nord de la ville, au del\u00e0 du Bas-Lieu, depuis le pays de Solre-le-Ch\u00e2teau jusqu&rsquo;\u00e0 la Sambre c&rsquo;est la Haie d&rsquo;Avesnes, qui, en certains endroits, a deux lieues de largeur. Tous les bois ou bosquets qui subsistent encore de ce c\u00f4t\u00e9, comme les bois de Felleries, de Beugnies, de la Taquinerie, le bois Robert, etc\u2026 sont des restes de la Haie d&rsquo;Avesnes. A cette \u00e9poque, la moiti\u00e9 du village de Saint-Hilaire est encore couverte de bois. Au sud s&rsquo;\u00e9tend la Haie de Cartignies et, vers l&rsquo;est, la r\u00e9gion foresti\u00e8re de Liessies-Tr\u00e9lon et Anor o\u00f9 r\u00f4dent des bandes de loups contre lesquelles on fait des battues chaque ann\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p><br>La campagne para\u00eet s\u00e9v\u00e8re aussi parce que le sol est peu fertile : dans les fonds mal drain\u00e9s, il est humide et mar\u00e9cageux ; sur les pentes et les croupes, il est trop sec. Il porte quelques champs de bl\u00e9, d&rsquo;avoine, et des prairies. Dans l&rsquo;ensemble, il est pauvre : \u00ab Le pays d&rsquo;Avesnes et celui de Maubeuge, de Solre, de Tr\u00e9lon, d&rsquo;Etr\u0153ungt, rapporte un document de 1790, est couvert de broussailles, de rochers, de bruy\u00e8res et d&rsquo;une grande quantit\u00e9 de terrains presque incultes et les habitants se sentent de cette st\u00e9rilit\u00e9 ; il n&rsquo;y a pas un douzi\u00e8me de terres labourables en \u00e9tat de germer du froment ; deux douzi\u00e8mes de bons p\u00e2turages, et le surplus, tant en terre qu&rsquo;en gazon, est d&rsquo;un produit tr\u00e8s faible. \u00bb <\/p>\n\n\n\n<p><br>La terre est aux mains d&rsquo;une foule de propri\u00e9taires. Il y a de grands propri\u00e9taires qui sont les nobles et les abbayes. Parmi les nobles, les principaux sont le duc d&rsquo;Orl\u00e9ans, seigneur de la terre d&rsquo;Avesnes, qui poss\u00e8de toute la Haie d&rsquo;Avesnes \u00e0 Dourlers, Bady de Normont, \u00e0 qui appartient une partie du village ; Marguerite Bady a des biens \u00e0 Lez-Fontaine, \u00e0 SarsPoteries et \u00e0 Beaurieux ; un autre Bady poss\u00e8de le tiers du village de Rainrars. A Anor, le Chevalier d&rsquo;Hennezel est propri\u00e9taire dans la m\u00eame proportion ; Pr\u00e9seau d&rsquo;Hug\u00e9mont a des domaines importants \u00e0 Dompierre et \u00e0 Floyon, et il faut ajouter aussi la famille des Robaulx de Beaurieux. Parmi les grands propri\u00e9taires eccl\u00e9siastiques, il convient de citer surtout l&rsquo;abbaye de Liessies \u00e0 qui appartient le village du m\u00eame nom et le bois l&rsquo;Abb\u00e9 ; l&rsquo;abbaye de Maroilles qui d\u00e9tient tout le sol \u00e0 Maroilles et en partie \u00e0 Noyelles et \u00e0 Taisni\u00e8res ; l&rsquo;abbaye d&rsquo;Hautmont (toutes trois de l&rsquo;Ordre b\u00e9n\u00e9dictin) ; et enfin le chap\u00eetre de Ste-Aldegonde de Maubeuge. Chacune de ces institutions poss\u00e8de un bloc domanial attenant au monast\u00e8re et une foule d&rsquo;autres propri\u00e9t\u00e9s \u00e9parpill\u00e9es en de nombreux villages. Mais il y a aussi un grand nombre de petits propri\u00e9taires roturiers, bourgeois et paysans. Les paysans poss\u00e8dent les 2\/3 du sol autour de Maroilles ; les 3\/4 \u00e0 S\u00e9meries et \u00e0 Ramousies, les 4\/5 \u00e0 Felleries. Autour d&rsquo;Avesnes, sur 100 propri\u00e9taires il y a 91 paysans, chiffre qui \u00e9tonnera peut \u00eatre les personnes  qui sur la foi de certains manuels d&rsquo;histoire se sont figur\u00e9 jusqu&rsquo;ici que sous l&rsquo;ancien r\u00e9gime le paysan n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un serf taillable et corv\u00e9able \u00e0 merci. Mais il faut remarquer qu&rsquo;entre les mains des paysans de l&rsquo;Avesnois, la terre est extr\u00eamement morcel\u00e9e. Sur 10o paysans, pr\u00e8s de 50 ont \u00e0 peine 1 hectare ceux-l\u00e0 sont des pauvres n&rsquo;ayant qu&rsquo;un lopin de terre attenant \u00e0 leur chaumi\u00e8re ; 38 poss\u00e8dent de 1 \u00e0 5 hectares et vivent aussi avec difficult\u00e9 ; 13 ont de 5 \u00e0 10 hectares ; 9 seulement ont plus de 10 hectares et sont ais\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p> <br>Pauvres ou ais\u00e9s, ils habitent en des maisons construites en pierres du pays et couvertes de chaume. A cause de ces toits de chaume, dans les villages comme dans les villes, les incendies tournent aussi \u00e0 la catastrophe : A Etr\u0153ungt en 1744, une vingtaine de maisons sont an\u00e9anties en m\u00eame temps ; \u00e0 Villerspol, le 15 mars 1790, 34 maisons et ii granges \u00e0 la fois ; \u00e0 Pont-sur-Sambre, le 24 mai 1790, 28 maisons dont 5 fermes sont br\u00fbl\u00e9es d&rsquo;un seul coup. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Voulez-vous maintenant, Mesdames et Messieurs, que nous fassions connaissance d&rsquo;un peu plus pr\u00e8s avec ces paysans des campagnes avesnoises ? <\/p>\n\n\n\n<p><br>Je ne les flatte pas en disant que ce sont de braves gens, de tr\u00e8s braves gens une enqu\u00eate polici\u00e8re men\u00e9e quelques ann\u00e9es avant la R\u00e9volution dans tous les villages au sud d&rsquo;Avesnes, depuis la r\u00e9gion de Landrecies jusqu&rsquo;au pays de Chimai, a prouv\u00e9 que, durant deux ans, en aucun de ces villages, aucun crime, aucun vol, aucun d\u00e9lit n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 commis ; que tous les habitants, sans exception, sont honorables, sauf un seul qui vit \u00e0 Tr\u00e9lon en concubinage et qu&rsquo;on soup\u00e7onne de faire la fraude. Ce brevet d&rsquo;honorabilit\u00e9 d\u00e9livr\u00e9 \u00e0 vos anc\u00eatres par le chef policier de la province d\u00e9montre bien qu&rsquo;ils \u00e9taient des gens honn\u00eates et paisibles. Ils sont d&rsquo;ailleurs tr\u00e8s religieux. Ils observent tous le repos du dimanche et s&#8217;empressent aux offices de leur paroisse, la messe le matin et les v\u00eapres apr\u00e8s-midi. C&rsquo;est \u00e0 la messe du dimanche qu&rsquo;ils apprennent les nouvelles du royaume, annonc\u00e9es par le cur\u00e9 du haut de la chaire ou affich\u00e9es \u00e0 la porte de l&rsquo;\u00e9glise, et aussi les communications officielles de la province, m\u00eame celles qui concernent les imp\u00f4ts ; car ils n&rsquo;ont aucun journal et se d\u00e9placent rarement. C&rsquo;est leur cur\u00e9 qui leur sert d&rsquo;informateur, d&rsquo;interm\u00e9diaire avec l&rsquo;autorit\u00e9 administrative. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Certes leur foi n&rsquo;est pas toujours tr\u00e8s \u00e9clair\u00e9e et se m\u00eale souvent d&rsquo;un brin de superstition, mais elle est r\u00e9elle et profonde. Aux jours de f\u00eates religieuses, ils s&rsquo;approchent des sacrements tous sans exception. <\/p>\n\n\n\n<p><br>J&rsquo;ajoute qu&rsquo;ils savent aussi s&rsquo;amuser. Chaque dimanche apr\u00e8s les v\u00eapres, les jeunes dansent aux accords d&rsquo;un violoneux ; les autres s&rsquo;amusent au jeu de quilles qui est tr\u00e8s en vogue et fait m\u00eame l&rsquo;objet de concours de village \u00e0 village. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Dans quelle condition sont-ils vis-\u00e0-vis de l&rsquo;Etat et de leurs seigneurs ? <\/p>\n\n\n\n<p><br>A tout prendre, on peut dire que leur condition est \u00e0 peu pr\u00e8s celle des paysans d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Ils choisissent eux-m\u00eames leur mayeur et leurs \u00e9chevins. Ils ont \u00e0 accomplir chaque ann\u00e9e quelques jours de corv\u00e9e comme les prestations d&rsquo;aujourd&rsquo;hui mais ils s&rsquo;en dispensent moyennant une petite compensation en esp\u00e8ces. Ils paient des imp\u00f4ts \u00e0 l&rsquo;Etat, s&rsquo;ils sont ais\u00e9s, des imp\u00f4ts au seigneur dont ils d\u00e9pendent, et aussi l&rsquo;imp\u00f4t de la d\u00eeme \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise sur leurs produits fermiers. Mais je me h\u00e2te de le dire, ces imp\u00f4ts sont l\u00e9gers et n&rsquo;on rien de comparable \u00e0 ceux d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Il n&rsquo;en reste pas moins qu&rsquo;ils les acquittent toujours de mauvais gr\u00e9 et qu&rsquo;ils cherchent tous les moyens de les esquiver. La mentalit\u00e9 du contribuable n&rsquo;a jamais chang\u00e9 \u00e0 travers les si\u00e8cles. <\/p>\n\n\n\n<p><br>En g\u00e9n\u00e9ral, ils ne se plaignent pas des nobles, sauf d&rsquo;un seul Pr\u00e9seau d&rsquo;Hug\u00e9mont, seigneur \u00e0 Floyon et \u00e0 Dompierre ; \u00e0 Floyon, ce Pr\u00e9seau, chasse en toute saison sur leurs terres, \u00e0 cheval, avec une meute de 30 \u00e0 40 chiens ; en 1736, ils se plaignent qu&rsquo;il d\u00e9vaste leurs r\u00e9coltes ; \u00e0 Dompierre, Pr\u00e9seau m\u00e9contente aussi les habitants en 1750, je ne sais pour quel motif, et la plupart d&rsquo;entre eux se mettent \u00e0 attaquer les domestiques du ch\u00e2teau. Pr\u00e9seau appelle les gendarmes et fait incarc\u00e9rer les mutins \u00e0 Avesnes. <br> Ce sont .l\u00e0 des \u00e9v\u00e8nements tr\u00e8s rares dans la vie paysanne. Le paysan de l&rsquo;Avesnois reste d&rsquo;ordinaire courb\u00e9 sur la terre car c&rsquo;est un laborieux et le sol qui est pauvre r\u00e9clame tous ses soins. <\/p>\n\n\n\n<p><br>De tout temps, le pays d&rsquo;Avesnes a eu quelques prairies et les paysans ont pratiqu\u00e9 l&rsquo;\u00e9levage. Non pas l&rsquo;\u00e9levage du mouton, car un \u00e9dit royal de 1723 rappelle qu&rsquo;il est interdit d&rsquo;avoir plus de 10 moutons par bonnier de terre (afin d&#8217;emp\u00eacher les moutons de d\u00e9vaster les bois o\u00f9 on peut les conduire en p\u00e2ture \u00e0 certaines \u00e9poques de l&rsquo;ann\u00e9e), mais l&rsquo;\u00e9levage du gros b\u00e9tail. Et c&rsquo;est ainsi que le pays d&rsquo;Avesnes a toujours produit du beurre, du fromage, notamment le fromage de Maroilles. Ce fromage de Maroilles, qui devait \u00eatre \u00e0 l&rsquo;origine une sp\u00e9cialit\u00e9 des fermes de l&rsquo;abbaye, est d\u00e9j\u00e0 r\u00e9put\u00e9 vers l&rsquo;an 1400. On en trouve mention dans plusieurs documents, notamment dans les comptes de l&rsquo;abbaye de Liessies. A cette \u00e9poque, on l&rsquo;ach\u00e8te comme une denr\u00e9e pr\u00e9cieuse. Offrir \u00e0 quelqu&rsquo;un un fromage de Maroilles, c&rsquo;est toujours faire un cadeau appr\u00e9ci\u00e9. Vers , 1580, un abb\u00e9 de Maroilles en envoie r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 Bruxelles aux membres du gouvernement des Pays-Bas ; au XVIIIC si\u00e8cle, la municipalit\u00e9 d&rsquo;Avesnes en offre de temps en temps au lieutenant du roi, chef de la garnison avec qui elle tient \u00e0 conserver de bonnes relations ; en 1722, l&rsquo;abbaye de Liessies adresse \u00e0 un de ses hommes d&rsquo;affaires, \u00e0 Ath, en Belgique, un superbe dauphin qui est vol\u00e9 en cours de route, ce qui d\u00e9montre que ce genre de fromage \u00e9tait estim\u00e9 par d&rsquo;autres que le destinataire. <\/p>\n\n\n\n<p><br>J&rsquo;ai d\u00fb vous \u00e9tonner en vous disant tout \u00e0 l&rsquo;heure que &lsquo;le pays d&rsquo;Avesnes avait alors quelques prairies. C&rsquo;est qu&rsquo;il porte encore beaucoup de champs. Il \u00e9tait auparavant livr\u00e9 \u00e0 la culture dans les endroits d\u00e9frich\u00e9s, mais il est en train de se transformer lentement en un pays de p\u00e2tures, car les paysans qui semaient du bl\u00e9, de l&rsquo;avoine, de l&rsquo;\u00e9peautre, se sont aper\u00e7us que la culture rendait mal. D&rsquo;une part le sol trop lourd ne s&rsquo;y pr\u00eatait pas ; de l&rsquo;autre, ils n&rsquo;avaient pas assez de b\u00e9tail pour obtenir le fumier n\u00e9cessaire et l&rsquo;engrais chimique est alors inconnu. Au contraire, en ce pays humide, la p\u00e2ture \u00e9tait d&rsquo;un rapport meilleur. Ils se sont mis alors \u00e0 transformer les terres cultiv\u00e9es en p\u00e2tures, et en p\u00e2tures closes de haies vives o\u00f9 le b\u00e9tail pouvait \u00eatre abandonn\u00e9 en libert\u00e9, et o\u00f9 ils plant\u00e8rent des pommiers. Cette transformation du champ en p\u00e2ture enclose s&rsquo;appelle l&rsquo;accourtillage, si vous voulez, la mise en courtil. Elle s&rsquo;op\u00e8re durant les XVII e et XVIII e  si\u00e8cles, et elle donne \u00e0 notre pays d&rsquo;Avesnes cet aspect de bocage qu&rsquo;il a aujourd&rsquo;hui et qu&rsquo;il a mis deux cents ans \u00e0 acqu\u00e9rir. Les premiers accourtillages ont lieu en 1593 \u00e0 Cartignies ; beaucoup d&rsquo;autres sont relev\u00e9s dans les villages de l&rsquo;Avesnois jusqu&rsquo;\u00e0 la R\u00e9volution. Ils furent souvent l&rsquo;occasion de proc\u00e8s entre les paysans et les abbayes : les paysans pr\u00e9tendaient ne plus devoir la d\u00eeme sur les terres accourtill\u00e9es puisqu&rsquo;elles ne produisaient plus de moisson ; les abbayes, Liessies et Maroilles notamment, r\u00e9clamaient une \u00e9quivalence en argent, et, appuy\u00e9es sur les textes des chartres g\u00e9n\u00e9rales du Hainaut, eurent toujours gain de cause devant les tribunaux royaux qui furent appel\u00e9s \u00e0 trancher les diff\u00e9rends : la d\u00eeme de chaque rasi\u00e8re mise en p\u00e2ture fut remplac\u00e9e par une indemnit\u00e9 de 5 sous, soit environ 5 francs de notre monnaie actuelle. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Mais l&rsquo;agriculture et l&rsquo;\u00e9levage ne procurent pas aux gens de la campagne des ressources suffisantes pour nourrir leur famille : ils n&rsquo;ont pas assez de terre, nous l&rsquo;avons vu et cette terre n&rsquo;est pas riche. Ils sont donc oblig\u00e9s de chercher ailleurs un compl\u00e9ment indispensable de ressources, et ils le cherchent dans l&rsquo;industrie. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Mais un genre d&rsquo;industrie que nous ne connaissons plus aujourd&rsquo;hui ; c&rsquo;est une industrie \u00e9parpill\u00e9e dans chaque village, dans chaque maison, et qui est d&rsquo;autant plus active que le sol est plus pauvre et plus avare. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Une industrie textile d&rsquo;abord pour les femmes et pour les hommes. Les rouets et les quenouilles dont vous ornez maintenant votre salon, Mesdames, et dont, soit dit sans vous offenser. vous seriez bien incapables de vous servir, \u00e9taient, il- y a deux cents ans, les instruments de travail de vos arri\u00e8re-grands-m\u00e8res. Elles s&rsquo;en servaient presque tous les jours et presque toute la journ\u00e9e pour gagner quelques sous qui \u00e9taient les bienvenus dans le budget de leur m\u00e9nage. Elles filaient la laine des moutons du pays ou du pays de Namur. En certains villages comme Haut-Lieu, S\u00e9meries, Felleries, presque toutes les femmes \u00e9taient file uses ; ailleurs, les fileuses sont en grande majorit\u00e9, surtout dans le pays de Solre-le-Ch\u00e2teau. La laine fil\u00e9e, elle la vendent \u00e0 des tisseurs du voisinage, travailleurs \u00e0 domicile eux aussi, qui fabriquent des \u00e9toffes grossi\u00e8res appel\u00e9es serges ou caz\u00e9es, ou bien elles la tricotent pour en faire des bas qu&rsquo;elles vendent \u00e9galement : \u00e0 Tr\u00e9lon et aux environs, on fabriquait par an plus de 80.000 paires de bas ; autour de Solre, plus de 160.000 ; elles font aussi de gros gants appel\u00e9s mouffes, qui co\u00fbtent 20 sous la paire. Une fileuse du pays d&rsquo;Avesnes gagne environ douze sous par jour. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Pendant que la femme fait son m\u00e9nage, file ou tricote, l&rsquo;homme travaille son lopin de terre puis il va offrir ses bras o\u00f9 il peut. Il extrait des pierres dans les carri\u00e8res, car il y a beaucoup de carri\u00e8res dans la campagne et m\u00eame aux portes d&rsquo;Avesnes ; \u00e0 Tr\u00e9lon, \u00e0 Wallers, \u00e0 Cousolre, il besogne dans les marbreries qui sont prosp\u00e8res ; \u00e0 Fourmies et \u00e0 Anor, dans les deux verreries ; \u00e0 Sars-Poteries et \u00e0 Ferri\u00e8re, dans les poteries, mais surtout ii travaille le bois : il est b\u00fbcheron, scieur de long, car les for\u00eats sont \u00e9tendues et tout le monde a besoin de bois, le chauffage au charbon \u00e9tant encore inconnu. En maint village, il travaille aussi le fer, car l&rsquo;industrie du fer est tr\u00e8s active. En notre XX e si\u00e8cle, elle est repr\u00e9sent\u00e9e par d&rsquo;importantes usines concentr\u00e9es dans le bassin de la Sambre, depuis Aulnoye jusqu&rsquo;\u00e0 Jeumont. Au XVIII e si\u00e8cle, au contraire, elle appara\u00eet sous la forme de petits ateliers r\u00e9partis de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du pays, c&rsquo;est-\u00e0-dire le long de la fronti\u00e8re belge entre Jeumont et Fourmies. C&rsquo;est l\u00e0 que se trouvent le mieux rassembl\u00e9es les conditions n\u00e9cessaires alors \u00e0 l&rsquo;industrie du fer : 1\u00b0 les poches de minerai appel\u00e9es ferri\u00e8res ou mini\u00e8res ; 2\u00b0 le bois, car les forges et fourneaux sont chauff\u00e9s au bois ; 3\u00b0 enfin les rivi\u00e8res ou ruisseaux faciles \u00e0 barrer pour cr\u00e9er des \u00e9tangs-r\u00e9servoirs et obtenir le courant d&rsquo;eau indispensable. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Pourtant le plus ancien fourneau du pays \u00e9tait \u00e0 Avesnes. Il servait dit un document \u00ab \u00e0 fondre les mines et couler la gueuse, mais il a d\u00e9p\u00e9ri \u00bb et, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque qui nous occupe, il est disparu depuis tr\u00e8s longtemps. En 1724, il y a quatre fourneaux en activit\u00e9 (il y en avait huit en 1675) le Ier \u00e0 la Galopperie pr\u00e8s d&rsquo;Anor ; le 2\u00e8 Hayon sur le territoire de Tr\u00e9lon ; le 3\u00e8 \u00e0 F\u00e9ron, aux moines de Liessies ; et le 4\u00e8 au Pont-de-Sains, appartenant \u00e0 un nomm\u00e9 Poschet. Ces quatre fourneaux sont aliment\u00e9s par le minerai extrait dans les mini\u00e8res du voisinage ou amen\u00e9 du Hainaut autrichien. Pour leur fourneau de F\u00e9ron, les moines de Liessies prenaient leur minerai \u00e0 F\u00e9ron m\u00eame, \u00e0 Glageon et \u00e0 Wignehies. Certains fourneaux donnent de la fonte coul\u00e9e en gueuse ; en d&rsquo;autres on fabrique des tacques de chemin\u00e9es. Un fourneau coulait environ 45 gueuses par mois et pouvait rapporter, s&rsquo;il marchait bien, au moins 6.000 livres de b\u00e9n\u00e9fices net par ann\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Outre ces quatre fourneaux, on comptait une vingtaine de forges : 4 \u00e0 Eppe-Sauvage, \u00e9chelonn\u00e9es le long de la rivi\u00e8re. une au Pont-de-Sains, une \u00e0 Glageon, 3 \u00e0 Tr\u00e9lon (appartenant \u00e0 la duchesse d&rsquo;Holstein et g\u00e9r\u00e9es par un nomm\u00e9 Goulart), une \u00e0 Fourmies, cinq \u00e0 Anor, o\u00f9 subsistent encore les noms \u00e9vocateurs de Vieille-Forge et de Neuve-Forge, une \u00e0 Willies, une \u00e0 Liessies (aux moines de l&rsquo;abbaye), une \u00e0 F\u00e9ron, deux \u00e0 Cousolre, une \u00e0 Bousignies. Chacune de ces forges n&rsquo;occupait gu\u00e8re que 4 \u00e0 6 forgerons suivant qu&rsquo;elle avait un seul ou deux feux, mais elle fournissait du travail \u00e0 une trentaine d&rsquo;autres ouvriers, des b\u00fbcherons qui abattaient le bois, des charbonniers pour pr\u00e9parer le charbon de bois, des voituriers pour le transport du combustible, des gueuses, des fers fabriqu\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Dans le pays de Maubeuge, l&rsquo;industrie du fer est aussi active : il y a deux fenderies \u00e0 Cousolre et \u00e0 Jeumont (on appelle ainsi ces ateliers parce qu&rsquo;ils fabriquent du fer en barres ou fer fendu) ; des platineries produisant de la t\u00f4le, \u00e0 Cousolre, \u00e0 Jeumont, \u00e0 Villers-Sire-Nicole, Maubeuge a une clouterie-quincaillerie qui occupe 500 ouvriers travaillant \u00e0 domicile, dont une cinquantaine en ville ; et aussi une manufacture d&rsquo;armes comptant \u00e9galement 500 ouvriers \u00e9parpill\u00e9s et fabriquant 20.000 fusils par an. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Tous ces fourneaux, forges, et autres ateliers du fer fournissent donc aussi de l&rsquo;occupation aux paysans de la r\u00e9gion d&rsquo;Avesnes, \u00e0 la fois travailleurs de la terre et ouvriers sp\u00e9cialis\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Il y aurait un chapitre d&rsquo;histoire int\u00e9ressant \u00e0 \u00e9crire sur l&rsquo;industrie ancienne du fer en notre pays, sur les ma\u00eetres des forges et leur famille, sur leurs rivalit\u00e9s, leurs ambitions, les fraudes qu&rsquo;ils commettent pour tromper le fisc, la lutte qu&rsquo;ils soutiennent contre la concurrence, mais ceci nous entra\u00eenerait trop loin et j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 trop abus\u00e9 de votre patience. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Notre excursion dans le pays d&rsquo;Avesnes a \u00e9t\u00e9 un peu longue et il est temps de songer \u00e0 revenir au point de d\u00e9part. Et pour revenir, il nous faudra du temps car les chemins sont rares et mauvais. On peut dire que le pays d&rsquo;Avesnes ne poss\u00e8de alors qu&rsquo;une seule route, celle de Maubeuge \u00e0 La Capelle par Avesnes, qui le traverse du nord au sud et qui, en 1739, est pav\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 Larouillies. La route d&rsquo;Avesnes \u00e0 Landrecies n&rsquo;existe pas ; ni celle qui va \u00e0 Sains et \u00e0 Tr\u00e9lon ; ni celle de Solre par les Trois-Pav\u00e9s ; ni celle de Berlaimont \u00e0 Avesnes ; ni m\u00eame celle qui m\u00e8ne d&rsquo;Avesnes \u00e0 Liessies en passant par le TaillePied, Flaumont, S\u00e9meries et Ramousies ni celle de Solre \u00e0 Maubeuge. Les voies de communications ne sont que chemins de terre, tortueux, escarp\u00e9s, ravin\u00e9s, que personne n&rsquo;a souci d&rsquo;entretenir, coup\u00e9s de gu\u00e9s, difficiles d\u00e9j\u00e0 en \u00e9t\u00e9 et totalement impraticables \u00e0 la mauvaise saison. On va de Landrecies \u00e0 Berlaimont par un sentier o\u00f9 les voitures ne peuvent s&rsquo;engager ; d&rsquo;Avesnelles \u00e0 Sains, par un chemin de terre qui part du \u00ab Sib\u00e9rie \u00bb. D&rsquo;Etr\u0153ungt au Nouvion, il n&rsquo;y a qu&rsquo;une piste. Aux portes m\u00eame d&rsquo;Avesnes, les chariots s&#8217;embourbent dans des fondri\u00e8res. D\u00e9j\u00e0 alors, le chemin de Cartignies est r\u00e9put\u00e9 pour \u00eatre tr\u00e8s vieux et particuli\u00e8rement difficile, hormis aux beaux jours de l&rsquo;\u00e9t\u00e9. On voyage donc bien peu en voiture \u00e0 travers le pays d&rsquo;Avesnes. On circule \u00e0 pied si l&rsquo;on est pauvre, avec un cheval si on a le moyen de s:Cn payer un ; on transporte les marchandises sur des chariots attel\u00e9s de nombreux chevaux et l\u00e9g\u00e8rement charg\u00e9s, ou \u00e0 dos d&rsquo;\u00e2ne, de mule, \u00e0 dos d&rsquo;homme. Par endroits, il faut passer \u00e0 gu\u00e9 des rivi\u00e8res ou des ruisseaux car les ponts n&rsquo;existent pas. L&rsquo;\u00e9t\u00e9, on en est quitte pour un bain rafra\u00eechissant, mais \u00e0 la mauvaise saison, quand les cours d&rsquo;eau sont gonfl\u00e9s par les pluies, les communications sont impossibles. Boulogne est alors compl\u00e8tement coup\u00e9 de Cartignies, car entre les deux villages coule la petite Helpe qu&rsquo;on ne franchit que \u00ab sur une perche \u00bb et plus d&rsquo;un imprudent ou maladroit s&rsquo;y est d\u00e9j\u00e0 noy\u00e9. Le cur\u00e9 d&rsquo;Avesne!!e:; qui doit desservir, le dimanche, la chapelle de Waudrechies est oblig\u00e9, en hiver, quand la rivi\u00e8re est grosse, de faire le tour par Avesnes et Guersignies parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de pont \u00e0 Waudrechies. Faute de chemins praticables, certains villages de l&rsquo;Avesnois sont presque inaccessibles pendant plusieurs mois de l&rsquo;ann\u00e9e. Vous comprenez, maintenant, Mesdames et Messieurs, toute la valeur de l&rsquo;expression avesnoise \u00ab passer par les p\u00e2tures \u00bb. Revenons donc, si vous le voulez, \u00ab par les p\u00e2tures \u00bb et notre promenade sera termin\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Vous avez bien voulu me suivre attentivement et je vous exprime mes vifs remerciements. Vous garderez, je l&rsquo;esp\u00e8re, une impression parfaitement nette de notre pays d&rsquo;Avesnes du XVIIIe si\u00e8cle. Un pays en grande partie silvestre o\u00f9 la culture dispara\u00eet, o\u00f9 la p\u00e2ture gagne du terrain ; un pays qui se coupe de haies, se couvre d&rsquo;arbres, en un mot qui s&rsquo;habille, prend le v\u00eatement port\u00e9 encore aujourd&rsquo;hui. Un pays peupl\u00e9 de gens actifs, honn\u00eates, trouvant leurs moyens d&rsquo;existence \u00e0 la fois dans le travail de la terre et dans le travail industriel des hommes et des femmes, o\u00f9 les cit\u00e9s n&rsquo;ont d&rsquo;autre importance que celle de leurs remparts, o\u00f9 les voies de communications, rares et difficiles, entravent le commerce et les relations ext\u00e9rieures ; en un mot un pays o\u00f9 l&rsquo;on vit beaucoup repli\u00e9 sur soi-m\u00eame. <br> Si je suis parvenu \u00e0 vous le faire conna\u00eetre d&rsquo;un peu plus pr\u00e8s, mon but est atteint, Mesdames et Messieurs. Et s&rsquo;il est vrai qu&rsquo;on aime d&rsquo;autant plus son pays qu&rsquo;on conna\u00eet mieux son histoire, je serais doublement heureux que vous l&rsquo;aimiez plus encore dans l&rsquo;avenir et que vous vous attachiez \u00e0 lui davantage. <\/p>\n\n\n\n<p><br>Soci\u00e9t\u00e9 Arch\u00e9ologique et Historique de l&rsquo;arrondissement d&rsquo;Avesnes. Bulletin Annuel N \u00b0 3 (Comptes-rendus des S\u00e9ances, Excursions et Divers) F\u00eate du Centenaire de la Soci\u00e9t\u00e9. Ann\u00e9e 1932 Source <a aria-label=\"Gallica  (opens in a new tab)\" href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k9754474t\/f55.item.r=f\u00eates%20avesnois\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Gallica <\/a><\/p>\n\n\n\n<p> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici la transcription du discours de M. le Chanoine Peter lors de la conf\u00e9rence donn\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;Avesnes le samedi 28 mai 1932. Mesdames, Messieurs, Pour voyager dans l&rsquo;espace nous avons \u00e9t\u00e9 dot\u00e9s par la science d&rsquo;admirables machines roulantes et volantes. Je ne sais plus quel historien ou philosophe \u00e9mit un jour le regret que &hellip; <a href=\"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/le-pays-davesnes-au-xviii-e-siecle\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Le Pays d&rsquo;Avesnes au XVIII\u00e8 si\u00e8cle&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"footnotes":""},"class_list":["post-10350","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/PaOEkN-2GW","jetpack-related-posts":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/10350","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10350"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/10350\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10350"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}