{"id":27890,"date":"2026-07-25T09:47:20","date_gmt":"2026-07-25T07:47:20","guid":{"rendered":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/?page_id=27890"},"modified":"2026-07-25T09:47:20","modified_gmt":"2026-07-25T07:47:20","slug":"lavesnois-devient-francais-1659-1678","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/lavesnois-devient-francais-1659-1678\/","title":{"rendered":"L\u2019Avesnois devient fran\u00e7ais (1659\u20131678)"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em>Chronique d\u2019un pays frontalier entre guerre, fatigue et int\u00e9gration<\/em><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>I. Introduction : un territoire \u00e9puis\u00e9 au seuil d\u2019un basculement<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au milieu du XVII\u1d49 si\u00e8cle, l\u2019Avesnois n\u2019est pas encore fran\u00e7ais. Il appartient au Hainaut espagnol, cet ensemble de terres frontali\u00e8res qui, depuis des g\u00e9n\u00e9rations, subissent les secousses des guerres entre les Habsbourg et le royaume de France. Les villes d\u2019Avesnes, de Landrecies, du Quesnoy et de Maubeuge sont des forteresses convoit\u00e9es, assi\u00e9g\u00e9es, incendi\u00e9es, reconstruites, puis de nouveau assi\u00e9g\u00e9es. Les campagnes, elles, vivent au rythme des passages de troupes, des r\u00e9quisitions de bl\u00e9, des incendies de fermes, des r\u00e9coltes d\u00e9truites avant m\u00eame d\u2019\u00eatre engrang\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les habitants ne pensent pas en termes de nations. Ils ne se sentent ni \u00ab espagnols \u00bb ni \u00ab fran\u00e7ais \u00bb au sens moderne. Ils sont hennuyers, attach\u00e9s \u00e0 leurs coutumes, \u00e0 leurs pairies, \u00e0 leurs seigneuries, \u00e0 leurs petites communaut\u00e9s villageoises. Ce qu\u2019ils redoutent, ce n\u2019est pas un changement de souverain, mais la guerre, la faim, l\u2019incertitude.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est dans ce contexte que surviennent deux trait\u00e9s qui vont bouleverser le destin du pays. En 1659, le trait\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es met fin \u00e0 la guerre entre la France et l\u2019Espagne et c\u00e8de \u00e0 Louis XIV une partie de l\u2019Avesnois. En 1678, le trait\u00e9 de Nim\u00e8gue ach\u00e8ve le processus : Maubeuge devient fran\u00e7aise, la fronti\u00e8re se stabilise, et l\u2019ensemble du territoire bascule d\u00e9finitivement dans le royaume.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre ces deux dates, l\u2019Avesnois vit pr\u00e8s de vingt ans de transition, d\u2019attente, de prudence, de fatigue aussi. C\u2019est cette p\u00e9riode que raconte cette page.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>II. Contexte historique juste avant 1659 : un pays ravag\u00e9 par les guerres<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Juste avant 1659, l\u2019Avesnois est un pays meurtri. Les d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par la guerre de Trente Ans, puis par les campagnes franco\u2011espagnoles qui ont transform\u00e9 la r\u00e9gion en champ de bataille. Les villages ont vu passer des r\u00e9giments espagnols, fran\u00e7ais, imp\u00e9riaux, parfois m\u00eame des mercenaires venus de loin. Les soldats prennent le bl\u00e9, le b\u00e9tail, le bois, les outils. Ils br\u00fblent les granges pour emp\u00eacher l\u2019ennemi de s\u2019y loger. Ils r\u00e9quisitionnent les chevaux, les charrettes, les hommes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les villes, elles, ont souffert davantage encore. Avesnes a \u00e9t\u00e9 assi\u00e9g\u00e9e, affam\u00e9e, bombard\u00e9e. Le Quesnoy a vu ses remparts \u00e9ventr\u00e9s. Landrecies a \u00e9t\u00e9 prise, reprise, puis de nouveau disput\u00e9e. Maubeuge, encore espagnole, vit dans la crainte permanente d\u2019un si\u00e8ge fran\u00e7ais. Les bourgeois fuient parfois vers Valenciennes ou Mons. Les paysans se r\u00e9fugient dans les bois ou dans les caves des fermes fortifi\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La famine n\u2019est jamais loin. Les r\u00e9coltes sont d\u00e9truites avant d\u2019\u00eatre m\u00fbres. Les troupeaux disparaissent. Les villages se vident. Certains habitants partent vers le Hainaut int\u00e9rieur, d\u2019autres vers la Flandre, esp\u00e9rant trouver un peu de paix. L\u2019Avesnois, en 1659, est un pays \u00e9puis\u00e9, un pays qui n\u2019attend plus qu\u2019une chose : que la guerre cesse enfin.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>III. La conqu\u00eate en deux temps : 1659 et 1678<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1659, le trait\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es change la carte du Nord. La France obtient plusieurs places fortes du Hainaut, dont Avesnes, Le Quesnoy et Landrecies. Maubeuge, en revanche, reste espagnole. Le pays est coup\u00e9 en deux. Une partie devient fran\u00e7aise, l\u2019autre demeure sous la souverainet\u00e9 des Habsbourg. Les habitants vivent alors dans une situation \u00e9trange : certains villages rel\u00e8vent d\u00e9j\u00e0 du roi de France, tandis que d\u2019autres, parfois \u00e0 quelques kilom\u00e8tres, restent espagnols.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette premi\u00e8re conqu\u00eate ne se fait pas dans la violence. Les villes, \u00e9puis\u00e9es par les si\u00e8ges, ouvrent leurs portes. Les campagnes, ravag\u00e9es, ne r\u00e9sistent pas. La France installe des garnisons, r\u00e9pare les fortifications, stabilise les imp\u00f4ts. Le pays commence \u00e0 respirer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut pourtant attendre pr\u00e8s de vingt ans pour que l\u2019int\u00e9gration soit compl\u00e8te. En 1678, le trait\u00e9 de Nim\u00e8gue ach\u00e8ve le processus. Maubeuge devient fran\u00e7aise. La fronti\u00e8re se fixe. L\u2019Avesnois, dans son ensemble, entre d\u00e9finitivement dans le royaume. Ce basculement, loin d\u2019\u00eatre brutal, se fait dans une atmosph\u00e8re de lassitude, de prudence, mais aussi d\u2019espoir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>IV. Comment les habitants ont v\u00e9cu le passage \u00e0 la France<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les villages, la r\u00e9action est souvent celle de l\u2019indiff\u00e9rence. Les paysans ont vu tant de drapeaux, tant de soldats, tant de souverains se disputer leurs terres qu\u2019ils ne s\u2019attachent plus \u00e0 ces changements. Ce qu\u2019ils veulent, c\u2019est la paix. La fin des pillages. La s\u00e9curit\u00e9 des r\u00e9coltes. La stabilit\u00e9 des imp\u00f4ts. Lorsque la France arrive, elle apporte une administration plus r\u00e9guli\u00e8re, une justice plus pr\u00e9visible, une fiscalit\u00e9 moins arbitraire. Les campagnes accueillent ce changement avec fatigue, mais aussi avec soulagement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les villes, la r\u00e9action est plus complexe. Les bourgeois ont souffert des si\u00e8ges, des incendies, des famines. Ils ont vu leurs maisons d\u00e9truites, leurs commerces ruin\u00e9s, leurs familles dispers\u00e9es. Lorsque la France r\u00e9pare les remparts, installe des garnisons r\u00e9guli\u00e8res, prot\u00e8ge les march\u00e9s, stabilise les taxes, les citadins y voient un avantage. Ils restent prudents, mais ils reconnaissent que la France apporte une forme d\u2019ordre que l\u2019Espagne, affaiblie, ne pouvait plus garantir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La noblesse, elle, vit ce basculement avec inqui\u00e9tude. Les seigneurs hennuyers sont li\u00e9s aux Habsbourg, aux Pays\u2011Bas espagnols, \u00e0 des r\u00e9seaux f\u00e9odaux anciens. Ils craignent la perte de leurs juridictions, la disparition des pairies, la centralisation fran\u00e7aise. Mais Louis XIV, comme en Alsace, adopte une politique habile. Il maintient les privil\u00e8ges locaux, conserve les droits seigneuriaux, rassure les \u00e9lites. Les nobles s\u2019adaptent. Ils ne se r\u00e9voltent pas. Ils apprennent \u00e0 vivre sous un nouveau souverain.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>V. Les principaux changements pour la population<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le changement le plus profond est administratif. Les pairies, ces anciennes juridictions f\u00e9odales du Hainaut, disparaissent progressivement. En 1661, la France cr\u00e9e le bailliage royal d\u2019Avesnes, qui remplace la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9 et devient le centre de la justice royale. De 1661 \u00e0 1678, il d\u00e9pend du pr\u00e9sidial de Sedan, lui\u2011m\u00eame rattach\u00e9 au Parlement de Metz. Apr\u00e8s 1678, il rel\u00e8ve du Conseil souverain de Tournai, puis du Parlement de Flandre. Le pays entre dans la logique administrative fran\u00e7aise, avec ses intendants, ses subd\u00e9l\u00e9gu\u00e9s, ses r\u00e8glements, ses enqu\u00eates, ses contr\u00f4les.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, la France ne bouleverse pas tout. Elle maintient les coutumes locales, les usages du Hainaut, les droits seigneuriaux. Elle sait que l\u2019int\u00e9gration d\u2019un pays conquis doit se faire sans brutalit\u00e9. Les habitants continuent \u00e0 vivre selon leurs r\u00e8gles, leurs traditions, leurs structures communautaires. Le changement est r\u00e9el, mais il n\u2019est pas violent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fin des guerres permet enfin la reprise \u00e9conomique. Les paysans reviennent dans les villages. Les march\u00e9s se rouvrent. Les prix se stabilisent. Les routes sont s\u00e9curis\u00e9es. Les villes se reconstruisent. Comme en Alsace apr\u00e8s 1648, la France encourage le repeuplement, la r\u00e9paration des fortifications, la renaissance des bourgs. L\u2019Avesnois, longtemps ravag\u00e9, retrouve peu \u00e0 peu une forme de prosp\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>VI. Conclusion : un pays conquis, mais int\u00e9gr\u00e9 sans rupture<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le passage de l\u2019Avesnois \u00e0 la France n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 une r\u00e9volution. Il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 une rupture. Il a \u00e9t\u00e9 une transition, lente, progressive, presque silencieuse. Les villages ont accueilli la paix. Les villes ont accueilli la stabilit\u00e9. Les nobles ont accueilli la continuit\u00e9 de leurs privil\u00e8ges. La France a apport\u00e9 une administration plus r\u00e9guli\u00e8re, une justice plus centralis\u00e9e, une fiscalit\u00e9 plus pr\u00e9visible. Elle a laiss\u00e9 vivre les coutumes locales. Elle a r\u00e9par\u00e9 les villes. Elle a s\u00e9curis\u00e9 les campagnes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, entre 1659 et 1678, l\u2019Avesnois est devenu fran\u00e7ais sans perdre son \u00e2me. Il a chang\u00e9 de souverain, mais il a conserv\u00e9 ses traditions. Il a quitt\u00e9 les Habsbourg, mais il a gard\u00e9 son identit\u00e9. Il est devenu un territoire-fronti\u00e8re du royaume, un pays de garnisons, de march\u00e9s, de coutumes anciennes, un pays o\u00f9 l\u2019histoire s\u2019est \u00e9crite dans la fatigue, la prudence, mais aussi dans l\u2019espoir d\u2019une paix durable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chronique d\u2019un pays frontalier entre guerre, fatigue et int\u00e9gration I. Introduction : un territoire \u00e9puis\u00e9 au seuil d\u2019un basculement Au milieu du XVII\u1d49 si\u00e8cle, l\u2019Avesnois n\u2019est pas encore fran\u00e7ais. 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