{"id":28206,"date":"2026-07-29T20:30:05","date_gmt":"2026-07-29T18:30:05","guid":{"rendered":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/?page_id=28206"},"modified":"2026-07-29T20:52:35","modified_gmt":"2026-07-29T18:52:35","slug":"le-bailliage-davesnes-1542-1790-embrefs-de-la-pairie-archives-notariales-et-judiciaires","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/le-bailliage-davesnes-1542-1790-embrefs-de-la-pairie-archives-notariales-et-judiciaires\/","title":{"rendered":"Le Bailliage d\u2019Avesnes (1542\u20131790) : embrefs de la pairie, archives notariales et judiciaires"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"655\" height=\"906\" data-attachment-id=\"28218\" data-permalink=\"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/le-bailliage-davesnes-1542-1790-embrefs-de-la-pairie-archives-notariales-et-judiciaires\/image-3140\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-553.png?fit=655%2C906&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"655,906\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;,&quot;alt&quot;:&quot;&quot;}\" data-image-title=\"image\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-553.png?fit=655%2C906&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-553.png?resize=655%2C906&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-28218\" style=\"aspect-ratio:0.7229693383539537;width:464px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-553.png?w=655&amp;ssl=1 655w, https:\/\/i0.wp.com\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-553.png?resize=217%2C300&amp;ssl=1 217w\" sizes=\"auto, (max-width: 655px) 85vw, 655px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-text-color has-link-color wp-elements-8d31693499f0cad8da541eb8ab20e960\" style=\"color:#0c3263\"><strong>Introduction<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il existe, au c\u0153ur de l\u2019Avesnois, une m\u00e9moire silencieuse qui traverse trois si\u00e8cles. Une m\u00e9moire faite de papiers, de registres, de cri\u00e9es, de sentences, de plaintes, de ventes, de fiefs, de voyages, de conflits, de tutelles, de successions, de chemins, de ch\u00eanes, de sergents, de notaires, de religieux, de laboureurs, de marchands, de meuniers, de confr\u00e9ries, de villages et de familles. Une m\u00e9moire qui commence bien avant que la France ne pose son sceau sur le territoire, et qui ne s\u2019\u00e9teint qu\u2019avec les premiers souffles de la R\u00e9volution. Cette m\u00e9moire, ce sont les <strong>embrefs de la pairie<\/strong>, les <strong>archives notariales<\/strong>, et les <strong>archives judiciaires<\/strong> du <strong>Bailliage d\u2019Avesnes<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avant 1661, avant le bailliage, avant l\u2019administration royale, avant les ordonnances, avant les notaires du roi, il y a les embrefs. Ils sont la premi\u00e8re trace \u00e9crite de la justice dans l\u2019Avesnois. Ils racontent la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9, les droits seigneuriaux, les cri\u00e9es f\u00e9odales, les obligations des tenanciers, les reliefs de fiefs, les adjudications, les conflits de voisinage, les ventes de terres, les saisies de biens, les plaintes des villages. Ils sont la voix de la pairie, encore vivante, encore souveraine, encore ma\u00eetresse de ses usages. Ils sont le pays avant la France.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis vient 1659. Le trait\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es ouvre une br\u00e8che. La France d\u00e9couvre un territoire o\u00f9 les pairies sont encore debout, o\u00f9 les seigneurs exercent leurs droits, o\u00f9 les villages vivent sous des coutumes anciennes. Elle observe, elle attend, elle avance sans brusquer. Et en 1661, elle cr\u00e9e le bailliage d\u2019Avesnes. C\u2019est un tournant. La justice royale s\u2019installe, s\u2019organise, se d\u00e9ploie. Les notaires du roi apparaissent. Les \u00e9dits sont transcrits. Les cri\u00e9es deviennent judiciaires. Les ventes sont enregistr\u00e9es. Les saisies sont consign\u00e9es. Les sentences sont prononc\u00e9es au nom du roi. Les proc\u00e9dures se multiplient. Les villages apprennent \u00e0 composer avec une nouvelle autorit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais les embrefs ne disparaissent pas. Ils continuent. Ils persistent. Ils s\u2019adaptent. Ils coexistent avec le bailliage. Ils t\u00e9moignent de la r\u00e9sistance des pairies, de la lente absorption des droits f\u00e9odaux, de la transformation progressive du territoire. Ils montrent comment l\u2019Avesnois passe d\u2019un monde seigneurial \u00e0 un monde administratif, d\u2019une justice locale \u00e0 une justice royale, d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 coutumi\u00e8re \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9glement\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et lorsque 1789 arrive, lorsque les paroisses r\u00e9digent leurs cahiers de dol\u00e9ances, lorsque les villages prennent la parole, lorsque les droits f\u00e9odaux s\u2019effacent, lorsque les anciennes juridictions s\u2019\u00e9teignent, les embrefs s\u2019arr\u00eatent. Le bailliage aussi. La R\u00e9volution referme un cycle de trois si\u00e8cles. Elle met fin \u00e0 la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9, \u00e0 la pairie, au bailliage, aux notaires royaux, aux cri\u00e9es f\u00e9odales, aux sentences du roi. Elle ouvre un autre monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que rassemble cette page, ce sont ces trois si\u00e8cles d\u2019histoire. Les embrefs de la pairie, qui forment la premi\u00e8re strate, la plus ancienne, la plus profonde. Les archives notariales, qui accompagnent la mont\u00e9e en puissance de la justice royale. Les archives judiciaires, qui montrent l\u2019administration du territoire, les conflits, les d\u00e9cisions, les voix des habitants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est une page sur la justice, mais aussi sur la soci\u00e9t\u00e9. Une page sur les institutions, mais aussi sur les villages. Une page sur les droits, mais aussi sur les vies. Une page sur l\u2019Avesnois, dans ce qu\u2019il a de plus intime, de plus ancien, de plus vrai.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-text-color has-link-color wp-elements-6eff3021f0c88fd731630febf544738a\" style=\"color:#0c3263\"><strong>Chapitre I \u2014 Les embrefs de la pairie : la justice avant la France (1542\u20131661)<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les embrefs sont la premi\u00e8re respiration de la justice dans l\u2019Avesnois. Avant les notaires du roi, avant les sentences du bailliage, avant les ordonnances transcrites dans les registres royaux, avant m\u00eame que la France ne prenne possession du territoire, les villages de l\u2019Avesnois vivaient sous un syst\u00e8me judiciaire qui leur \u00e9tait propre. Un syst\u00e8me ancien, enracin\u00e9, coutumier, profond\u00e9ment local. Ce syst\u00e8me, c\u2019\u00e9tait celui de la pairie, et les embrefs en \u00e9taient la trace \u00e9crite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ces registres, parfois en cahiers, parfois en feuilles volantes, parfois lac\u00e9r\u00e9s par le temps, se trouvent les premi\u00e8res voix de l\u2019Avesnois. On y lit les cri\u00e9es f\u00e9odales, les ventes de terres, les saisies de biens, les obligations des tenanciers, les reliefs de fiefs, les adjudications, les plaintes, les conflits de voisinage, les reconnaissances de dettes, les publications obligatoires. On y voit les villages se gouverner eux\u2011m\u00eames, selon leurs usages, leurs coutumes, leurs droits seigneuriaux. On y voit la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9 d\u2019Avesnes exercer une justice qui n\u2019est pas encore royale, mais f\u00e9odale, locale, enracin\u00e9e dans les pratiques du pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les premiers embrefs datent de 1542. Ils sont ant\u00e9rieurs de plus d\u2019un si\u00e8cle \u00e0 la cr\u00e9ation du bailliage. Ils appartiennent \u00e0 un monde o\u00f9 les seigneurs tiennent encore leurs cours, o\u00f9 les hommes de fief rendent la justice, o\u00f9 les villages se r\u00e9unissent pour publier les cri\u00e9es, o\u00f9 les terres changent de mains selon les r\u00e8gles de la mainferme, o\u00f9 les obligations se transmettent avec les h\u00e9ritages. Ce sont les archives d\u2019un pays qui n\u2019est pas encore fran\u00e7ais, mais hennuyer, li\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9, \u00e0 la pairie, \u00e0 la coutume.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ces registres, les villages apparaissent un \u00e0 un, comme autant de petites juridictions vivantes. Anor, Cartignies, Dimont, Favril, Felleries, Fourmies, Glageon, Limont\u2011Fontaine, Prisches, Ramousies, Sains\u2011du\u2011Nord, Saint\u2011Hilaire, Sars\u2011Poteries, Wignehies, et tant d\u2019autres. Chacun poss\u00e8de ses embrefs, ses cahiers, ses feuilles, ses r\u00e9pertoires. Chacun publie ses cri\u00e9es, enregistre ses ventes, consigne ses obligations. Chacun vit sa justice, \u00e0 son rythme, selon ses usages.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les embrefs ne sont pas seulement des actes. Ils sont des paysages. Ils montrent les chemins, les bois, les p\u00e2tures, les terres labour\u00e9es, les moulins, les \u00e9tangs, les maisons, les fermes. Ils montrent les familles, leurs alliances, leurs transmissions, leurs conflits, leurs dettes, leurs h\u00e9ritages. Ils montrent les seigneuries, leurs droits, leurs redevances, leurs fiefs, leurs reliefs. Ils montrent la vie rurale dans ce qu\u2019elle a de plus concret, de plus quotidien, de plus vrai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils montrent aussi un monde qui va bient\u00f4t changer. Car en 1659, le trait\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es ouvre la voie \u00e0 l\u2019int\u00e9gration fran\u00e7aise. Et en 1661, la France cr\u00e9e le bailliage d\u2019Avesnes. \u00c0 partir de ce moment, les embrefs ne disparaissent pas, mais ils changent de nature. Ils deviennent les t\u00e9moins d\u2019une coexistence, puis d\u2019une transition, puis d\u2019une absorption progressive. Ils montrent comment la justice f\u00e9odale se maintient, se transforme, puis s\u2019efface devant la justice royale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais avant cette transformation, avant cette coexistence, avant cette absorption, il y a un si\u00e8cle entier o\u00f9 les embrefs sont la seule m\u00e9moire judiciaire du pays. Un si\u00e8cle o\u00f9 la pairie est encore souveraine. Un si\u00e8cle o\u00f9 les villages vivent sous leurs coutumes. Un si\u00e8cle o\u00f9 l\u2019Avesnois se raconte dans ses registres, dans ses cri\u00e9es, dans ses fiefs, dans ses obligations, dans ses ventes, dans ses conflits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce premier chapitre est celui de ce monde ancien. Celui de la justice avant la France. Celui des embrefs de la pairie. Celui de l\u2019Avesnois dans sa forme la plus originelle.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-text-color has-link-color wp-elements-ff918abbcf50b72e786320932fbdd533\" style=\"color:#0c3263\"><strong>Chapitre II \u2014 1659\u20131700 : les pairies du Hainaut face \u00e0 l\u2019int\u00e9gration fran\u00e7aise<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque le trait\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es est sign\u00e9 en 1659, l\u2019Avesnois change de souverainet\u00e9. Le territoire passe de la domination espagnole \u00e0 la couronne de France. Mais ce changement politique ne signifie pas, loin de l\u00e0, un changement imm\u00e9diat des institutions locales. La France d\u00e9couvre un pays o\u00f9 les pairies sont encore debout, o\u00f9 les seigneurs exercent leurs droits, o\u00f9 les villages vivent sous des coutumes anciennes, o\u00f9 la justice f\u00e9odale est encore la norme. Elle d\u00e9couvre un monde qui n\u2019est pas le sien, un monde qu\u2019elle ne conna\u00eet pas, un monde qu\u2019elle ne peut pas brusquer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les ann\u00e9es qui suivent, la France observe. Elle mesure. Elle \u00e9value. Elle comprend que les pairies du Hainaut sont des structures anciennes, enracin\u00e9es, respect\u00e9es, et qu\u2019elles ne peuvent \u00eatre abolies d\u2019un trait de plume. Les villages sont attach\u00e9s \u00e0 leurs usages. Les seigneurs d\u00e9fendent leurs pr\u00e9rogatives. Les hommes de fief tiennent leurs plaids. Les embrefs continuent d\u2019\u00eatre publi\u00e9s. Les cri\u00e9es f\u00e9odales rythment la vie rurale. Les reliefs de fiefs sont encore exig\u00e9s. Les adjudications se font selon les r\u00e8gles coutumi\u00e8res. Le pays vit comme il a toujours v\u00e9cu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1661, pourtant, un \u00e9v\u00e9nement majeur survient : la cr\u00e9ation du bailliage royal d\u2019Avesnes. C\u2019est la premi\u00e8re fissure dans le monde des pairies. La justice du roi s\u2019installe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la justice f\u00e9odale. Les notaires royaux apparaissent. Les \u00e9dits commencent \u00e0 \u00eatre transcrits. Les cri\u00e9es deviennent judiciaires. Les ventes sont enregistr\u00e9es au greffe. Les proc\u00e9dures civiles et criminelles prennent une forme nouvelle. Les villages doivent d\u00e9sormais composer avec deux autorit\u00e9s : celle de la pairie, et celle du bailliage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette coexistence n\u2019est pas un affrontement. Elle est une transition. Pendant plusieurs d\u00e9cennies, pairie et bailliage vivent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Les embrefs continuent d\u2019\u00eatre tenus dans les villages, comme ils l\u2019\u00e9taient avant 1659. Les seigneurs conservent leurs droits. Les hommes de fief poursuivent leurs activit\u00e9s. Les plaids f\u00e9odaux sont encore organis\u00e9s. Les reliefs sont encore exig\u00e9s. Les cri\u00e9es f\u00e9odales sont encore publi\u00e9es. Mais, parall\u00e8lement, la justice royale gagne du terrain. Les notaires du roi enregistrent les actes. Les sentences du bailliage s\u2019imposent. Les proc\u00e9dures deviennent plus nombreuses. Les villages apprennent \u00e0 naviguer entre deux mondes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La baronnie d\u2019\u00c9tr\u0153ungt est l\u2019exemple le plus embl\u00e9matique de cette p\u00e9riode. Elle r\u00e9siste, elle s\u2019adapte, elle n\u00e9gocie. Ses embrefs montrent une activit\u00e9 f\u00e9odale intense, m\u00eame apr\u00e8s 1661. Ses clains et recours t\u00e9moignent de la vitalit\u00e9 de sa juridiction. Ses plaids montrent une justice encore vivante. Ses registres r\u00e9v\u00e8lent une pairie qui refuse de dispara\u00eetre. Mais, peu \u00e0 peu, la justice royale s\u2019impose. Les rapports des sergents messiers deviennent plus fr\u00e9quents. Les apostilles du bailliage interviennent dans les affaires locales. Les sentences royales commencent \u00e0 encadrer les d\u00e9cisions f\u00e9odales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre 1659 et 1700, l\u2019Avesnois vit donc une p\u00e9riode de transition unique. Un monde ancien se maintient, un monde nouveau s\u2019installe. Les embrefs montrent la r\u00e9sistance des pairies. Les archives notariales montrent la mont\u00e9e en puissance du bailliage. Les archives judiciaires montrent l\u2019emprise progressive de la justice royale. C\u2019est un moment o\u00f9 l\u2019Avesnois est encore hennuyer, mais d\u00e9j\u00e0 fran\u00e7ais. Un moment o\u00f9 les villages vivent entre deux souverainet\u00e9s, deux syst\u00e8mes, deux m\u00e9moires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce chapitre est celui de cette coexistence. Celui d\u2019un pays qui ne renonce pas \u00e0 ses usages, mais qui apprend \u00e0 vivre avec une nouvelle autorit\u00e9. Celui des pairies du Hainaut, encore debout, encore actives, encore ma\u00eetresses de leurs droits, mais d\u00e9j\u00e0 travers\u00e9es par les premiers souffles de la France.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-text-color has-link-color wp-elements-dfbc661c667500f2374a9ad29adc7d9a\" style=\"color:#0c3263\"><strong>Chapitre III \u2014 Le bailliage royal d\u2019Avesnes (1661\u20131790)<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque le bailliage royal d\u2019Avesnes est cr\u00e9\u00e9 en 1661, la justice du roi entre v\u00e9ritablement dans l\u2019Avesnois. Elle ne remplace pas imm\u00e9diatement les juridictions f\u00e9odales, mais elle s\u2019installe, elle s\u2019organise, elle se d\u00e9ploie. Elle apporte une nouvelle mani\u00e8re de juger, une nouvelle mani\u00e8re d\u2019enregistrer, une nouvelle mani\u00e8re de gouverner les conflits. Elle apporte une administration, une structure, une r\u00e9gularit\u00e9. Elle apporte la France.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les premiers registres du bailliage montrent une justice qui se met en place progressivement. Les \u00e9dits royaux sont transcrits. Les cri\u00e9es deviennent judiciaires. Les ventes sont enregistr\u00e9es au greffe. Les saisies sont consign\u00e9es. Les affirmations de voyage sont contr\u00f4l\u00e9es. Les proc\u00e9dures civiles et criminelles prennent une forme nouvelle. Les notaires du roi deviennent les acteurs essentiels de la vie juridique. Les villages apprennent \u00e0 se pr\u00e9senter devant une autorit\u00e9 qui n\u2019est plus seigneuriale, mais royale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les archives judiciaires du bailliage sont d\u2019une richesse exceptionnelle. Elles montrent les plaintes, les rapports, les baux judiciaires, les soumissions de cautions, les comparutions, les dictums, les sentences, les audiences. Elles montrent les conflits entre voisins, les litiges de propri\u00e9t\u00e9, les affaires de succession, les querelles de famille, les dettes impay\u00e9es, les violences rurales, les d\u00e9lits commis dans les fermes, les contestations entre marchands, les diff\u00e9rends entre confr\u00e9ries, les affaires impliquant des religieux, des laboureurs, des meuniers, des voiturier, des journaliers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elles montrent aussi la vie \u00e9conomique du territoire. Les cri\u00e9es judiciaires r\u00e9v\u00e8lent les ventes de terres, de maisons, de bois, de ch\u00eanes, de r\u00e9coltes. Les saisies r\u00e9elles montrent les difficult\u00e9s financi\u00e8res des familles. Les comptes des sergents et des commissaires montrent l\u2019activit\u00e9 du greffe. Les ventes judiciaires montrent les circulations de biens. Les rencharges montrent les engagements. Les consignations montrent les garanties. Les proc\u00e9dures montrent les tensions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les archives notariales compl\u00e8tent cette image. Elles montrent les contrats, les ventes, les baux, les obligations, les reconnaissances, les testaments, les inventaires apr\u00e8s d\u00e9c\u00e8s. Elles montrent les alliances familiales, les transmissions de biens, les strat\u00e9gies \u00e9conomiques, les solidarit\u00e9s villageoises. Elles montrent la vie priv\u00e9e, dans ce qu\u2019elle a de plus intime, de plus concret, de plus humain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant plus d\u2019un si\u00e8cle, pairie et bailliage coexistent. Mais, peu \u00e0 peu, la justice royale s\u2019impose. Les embrefs continuent, mais ils changent de nature. Ils deviennent les t\u00e9moins d\u2019une justice f\u00e9odale qui s\u2019efface. Les registres de plaids de la cour f\u00e9odale montrent une activit\u00e9 qui d\u00e9cline. Les reliefs de fiefs deviennent plus rares. Les adjudications f\u00e9odales perdent de leur importance. Les villages se tournent vers le bailliage pour leurs conflits, leurs ventes, leurs saisies, leurs proc\u00e9dures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque 1789 arrive, le bailliage est \u00e0 son apog\u00e9e. Les cahiers de dol\u00e9ances montrent les attentes des villages, leurs revendications, leurs difficult\u00e9s, leurs espoirs. Ils montrent un pays qui s\u2019appr\u00eate \u00e0 changer de monde. Et en 1790, le bailliage dispara\u00eet. Les embrefs s\u2019arr\u00eatent. Les pairies s\u2019\u00e9teignent. Les notaires royaux cessent leurs activit\u00e9s. La justice f\u00e9odale et la justice royale laissent place \u00e0 une nouvelle organisation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce chapitre est celui de la justice du roi. Celui de la France dans l\u2019Avesnois. Celui des registres, des proc\u00e9dures, des sentences, des notaires, des cri\u00e9es, des saisies, des conflits, des vies. Celui d\u2019un pays qui entre dans la modernit\u00e9 administrative, mais qui n\u2019oublie jamais ses racines.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-text-color has-link-color wp-elements-f43552e518836aedc000bc20a3679a79\" style=\"color:#0c3263\"><strong>Chapitre IV \u2014 Les registres religieux vers\u00e9s au bailliage : communaut\u00e9s, conflits et contr\u00f4le royal<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque la justice royale s\u2019installe durablement dans l\u2019Avesnois, elle ne se contente pas d\u2019encadrer les villages, les terres, les ventes et les conflits civils. Elle \u00e9tend aussi son autorit\u00e9 sur les communaut\u00e9s religieuses, qui jouent un r\u00f4le essentiel dans la vie du territoire. Les abbayes, les couvents, les confr\u00e9ries, les chapelles, les h\u00f4pitaux, les maisons religieuses sont autant de lieux o\u00f9 se prennent des d\u00e9cisions, o\u00f9 se g\u00e8rent des biens, o\u00f9 se r\u00e8glent des litiges, o\u00f9 se transmettent des h\u00e9ritages, o\u00f9 se vivent des engagements. Et ces lieux, la justice royale les surveille, les contr\u00f4le, les enregistre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les registres de v\u00eature sont les t\u00e9moins les plus pr\u00e9cieux de cette surveillance. Ils montrent les professions religieuses, les entr\u00e9es en communaut\u00e9, les engagements spirituels, les dotations, les biens apport\u00e9s par les novices, les obligations financi\u00e8res, les r\u00e8gles internes. Ils montrent les jeunes femmes qui entrent chez les R\u00e9colletines d\u2019Avesnes, les s\u0153urs grises de Berlaimont, les hospitali\u00e8res du Quesnoy, les conceptionnistes, les religieuses de Sainte\u2011\u00c9lisabeth, les tertiaires franciscains de Bavay. Ils montrent les hommes qui rejoignent les R\u00e9collets de Mormal ou de Liessies. Ils montrent les abbayes de Maroilles et de Hautmont, dont les registres sont vers\u00e9s au bailliage en ex\u00e9cution des d\u00e9clarations royales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces registres ne sont pas seulement des documents religieux. Ils sont des actes juridiques. Ils engagent des biens, des terres, des rentes, des obligations. Ils impliquent des familles, des h\u00e9ritages, des transmissions. Ils montrent les liens entre les communaut\u00e9s et les villages. Ils montrent les tensions, parfois, entre les cur\u00e9s et les paroissiens, entre les chapelles et les confr\u00e9ries, entre les religieux et les habitants. Ils montrent les contentieux qui naissent autour des d\u00eemes, des droits de s\u00e9pulture, des fondations pieuses, des chapelles priv\u00e9es, des obligations de pri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bailliage intervient dans ces affaires avec une autorit\u00e9 nouvelle. Il enregistre les plaintes, les m\u00e9moires, les requ\u00eates. Il tranche les litiges. Il impose des d\u00e9cisions. Il contr\u00f4le les comptes. Il v\u00e9rifie les dotations. Il surveille les engagements. Il s\u2019assure que les r\u00e8gles sont respect\u00e9es. Il devient le garant de l\u2019ordre religieux, non pas dans son essence spirituelle, mais dans sa dimension juridique et patrimoniale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les registres religieux vers\u00e9s au bailliage sont donc une fen\u00eatre unique sur la vie spirituelle de l\u2019Avesnois. Ils montrent les vocations, les engagements, les conflits, les transmissions. Ils montrent la place des communaut\u00e9s dans la soci\u00e9t\u00e9. Ils montrent la mani\u00e8re dont la justice royale encadre, surveille et r\u00e9gule ces institutions. Ils montrent un monde o\u00f9 le religieux et le juridique se croisent, se m\u00ealent, se r\u00e9pondent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce chapitre est celui de cette rencontre. Celui des abbayes et des couvents, des chapelles et des confr\u00e9ries, des novices et des religieuses, des cur\u00e9s et des paroissiens. Celui d\u2019un territoire o\u00f9 la foi est omnipr\u00e9sente, mais o\u00f9 la justice du roi veille, en arri\u00e8re\u2011plan, sur les biens, les engagements et les obligations.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-text-color has-link-color wp-elements-2e6fe77c4e1458f19cabac9c5a660047\" style=\"color:#0c3263\"><strong>Chapitre V \u2014 Les cahiers de dol\u00e9ances de 1789 : la voix des paroisses du bailliage<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque l\u2019ann\u00e9e 1789 s\u2019ouvre, l\u2019Avesnois est encore un territoire de pairies survivantes, de registres f\u00e9odaux, de notaires royaux, de cri\u00e9es judiciaires, de proc\u00e9dures civiles, de sentences du bailliage. Mais un vent nouveau souffle sur le royaume. Les paroisses sont appel\u00e9es \u00e0 r\u00e9diger leurs cahiers de dol\u00e9ances. Elles doivent exprimer leurs besoins, leurs plaintes, leurs attentes, leurs revendications. Elles doivent prendre la parole. Et cette parole, pour la premi\u00e8re fois, est enregistr\u00e9e, transmise, conserv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les cahiers de dol\u00e9ances du bailliage d\u2019Avesnes sont d\u2019une richesse exceptionnelle. Ils montrent les villages dans leur diversit\u00e9, dans leur humanit\u00e9, dans leurs difficult\u00e9s. Anor, Avesnelles, Bas\u2011Lieu, Boulogne, Cartignies, Damousies, Dimont, Dompierre, \u00c9troeungt, Favril, Fayt, Felleries, Fourmies, Glageon, Limont\u2011Fontaine, Prisches, Ramousies, Sains, Saint\u2011Hilaire, Sars\u2011Poteries, Sepmeries, Vieux\u2011Reng, Wignehies, et tant d\u2019autres. Chacun r\u00e9dige son cahier. Chacun exprime sa voix. Chacun raconte son monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ces cahiers, les villages parlent des imp\u00f4ts, des charges, des corv\u00e9es, des droits f\u00e9odaux, des difficult\u00e9s agricoles, des injustices, des abus, des besoins. Ils parlent des chemins impraticables, des bois mal g\u00e9r\u00e9s, des moulins en mauvais \u00e9tat, des terres disput\u00e9es, des seigneurs trop exigeants, des d\u00eemes trop lourdes. Ils parlent des notaires, des sergents, des greffiers. Ils parlent de la justice, de ses lenteurs, de ses co\u00fbts, de ses d\u00e9cisions. Ils parlent de la vie quotidienne, dans ce qu\u2019elle a de plus concret, de plus rude, de plus vrai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les cahiers montrent aussi les aspirations. Les villages demandent plus de justice, plus d\u2019\u00e9quit\u00e9, plus de transparence. Ils demandent la r\u00e9duction des droits f\u00e9odaux, la simplification des proc\u00e9dures, la baisse des imp\u00f4ts, la r\u00e9paration des chemins, la protection des biens communs. Ils demandent une justice plus proche, plus rapide, plus accessible. Ils demandent un monde nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque ces cahiers sont r\u00e9unis au bailliage d\u2019Avesnes, ils forment un ensemble unique. Ils montrent un territoire qui s\u2019appr\u00eate \u00e0 changer. Ils montrent la fin d\u2019un cycle. Ils montrent la disparition prochaine des pairies, des embrefs, des notaires royaux, des cri\u00e9es f\u00e9odales, des sentences du bailliage. Ils montrent un pays qui entre dans la R\u00e9volution, non pas avec violence, mais avec une parole claire, pos\u00e9e, r\u00e9fl\u00e9chie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce chapitre est celui de cette parole. Celui des villages qui prennent la plume. Celui des habitants qui expriment leurs besoins. Celui d\u2019un territoire qui s\u2019appr\u00eate \u00e0 entrer dans un monde nouveau. Celui de la fin des embrefs, de la fin du bailliage, de la fin de la justice f\u00e9odale et royale. Celui du d\u00e9but d\u2019une autre histoire.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-text-color has-link-color wp-elements-a77c54c6eb24125f83c06eed818f0acf\" style=\"color:#0c3263\"><strong>Chapitre VI \u2014 La fin des pairies et de la justice royale (1789\u20131790)<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque l\u2019ann\u00e9e 1789 s\u2019ouvre, l\u2019Avesnois est encore un territoire o\u00f9 coexistent les derni\u00e8res traces de la justice f\u00e9odale et l\u2019autorit\u00e9 bien \u00e9tablie du bailliage royal. Les embrefs continuent d\u2019\u00eatre tenus dans certains villages. Les notaires du roi enregistrent les actes. Les cri\u00e9es judiciaires rythment les ventes. Les proc\u00e9dures civiles et criminelles se succ\u00e8dent au greffe. Les sentences sont prononc\u00e9es au nom du roi. Les registres religieux sont encore vers\u00e9s \u00e0 l\u2019administration. Tout semble fonctionner comme il l\u2019a toujours fait. Et pourtant, tout est sur le point de basculer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les cahiers de dol\u00e9ances, r\u00e9dig\u00e9s au printemps 1789, sont les premiers signes visibles de ce basculement. Les villages prennent la parole. Ils expriment leurs besoins, leurs plaintes, leurs attentes. Ils d\u00e9noncent les droits f\u00e9odaux, les charges trop lourdes, les corv\u00e9es, les lenteurs de la justice, les abus de certains seigneurs, les difficult\u00e9s \u00e9conomiques. Ils demandent une r\u00e9forme profonde. Ils demandent un monde nouveau. Ils demandent la fin d\u2019un syst\u00e8me qui, pour eux, n\u2019est plus adapt\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux se r\u00e9unissent, lorsque les premi\u00e8res d\u00e9cisions sont prises, lorsque les droits f\u00e9odaux sont abolis, l\u2019Avesnois entre dans une nouvelle \u00e8re. Les pairies, qui avaient r\u00e9sist\u00e9 pendant plus d\u2019un si\u00e8cle \u00e0 l\u2019int\u00e9gration fran\u00e7aise, disparaissent. Les embrefs, qui avaient travers\u00e9 trois si\u00e8cles, s\u2019arr\u00eatent. Les notaires royaux cessent leurs activit\u00e9s. Les cri\u00e9es f\u00e9odales ne sont plus publi\u00e9es. Les reliefs de fiefs ne sont plus exig\u00e9s. Les adjudications f\u00e9odales ne sont plus n\u00e9cessaires. Les registres de la cour f\u00e9odale se ferment. Les plaids ne sont plus tenus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bailliage royal, lui aussi, dispara\u00eet. Il avait \u00e9t\u00e9 la colonne vert\u00e9brale de la justice dans l\u2019Avesnois pendant plus d\u2019un si\u00e8cle. Il avait encadr\u00e9 les villages, les ventes, les saisies, les proc\u00e9dures, les conflits, les transmissions. Il avait enregistr\u00e9 les \u00e9dits, les ordonnances, les plaintes, les rapports, les sentences. Il avait surveill\u00e9 les communaut\u00e9s religieuses. Il avait accompagn\u00e9 la transformation du territoire. Mais en 1790, il cesse d\u2019exister. La R\u00e9volution met fin \u00e0 son autorit\u00e9. Une nouvelle organisation judiciaire se met en place. Les anciennes structures sont abolies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fin des pairies et du bailliage n\u2019est pas seulement un changement administratif. C\u2019est un changement de monde. C\u2019est la fin d\u2019un syst\u00e8me o\u00f9 les villages vivaient sous des coutumes anciennes. C\u2019est la fin d\u2019un syst\u00e8me o\u00f9 les seigneurs exer\u00e7aient leurs droits. C\u2019est la fin d\u2019un syst\u00e8me o\u00f9 la justice f\u00e9odale et la justice royale coexistaient. C\u2019est la fin d\u2019un syst\u00e8me o\u00f9 les embrefs \u00e9taient la m\u00e9moire du pays. C\u2019est la fin d\u2019un syst\u00e8me o\u00f9 les notaires du roi \u00e9taient les garants des actes. C\u2019est la fin d\u2019un syst\u00e8me o\u00f9 les registres racontaient la vie rurale dans ses moindres d\u00e9tails.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce chapitre est celui de cette disparition. Celui d\u2019un pays qui tourne une page. Celui d\u2019un territoire qui laisse derri\u00e8re lui trois si\u00e8cles de justice, de coutumes, de droits, de conflits, de transmissions. Celui d\u2019un monde ancien qui s\u2019efface pour laisser place \u00e0 un monde nouveau.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-text-color has-link-color wp-elements-d46f11003ee325122d232be7783b6a46\" style=\"color:#0c3263\"><strong>Chapitre VII \u2014 Conclusion g\u00e9n\u00e9rale : trois si\u00e8cles de justice, de soci\u00e9t\u00e9 et de m\u00e9moire dans l\u2019Avesnois<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que r\u00e9v\u00e8le l\u2019ensemble des embrefs, des archives notariales et des archives judiciaires du bailliage d\u2019Avesnes, c\u2019est une histoire d\u2019une profondeur exceptionnelle. Une histoire qui commence bien avant la France, dans les registres de la pairie, o\u00f9 les villages vivent sous leurs coutumes, o\u00f9 les seigneurs exercent leurs droits, o\u00f9 les cri\u00e9es f\u00e9odales rythment la vie rurale, o\u00f9 les reliefs de fiefs sont encore exig\u00e9s, o\u00f9 les obligations se transmettent avec les h\u00e9ritages. Une histoire o\u00f9 la justice est locale, enracin\u00e9e, coutumi\u00e8re, profond\u00e9ment li\u00e9e au territoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est ensuite une histoire de transition, lorsque la France d\u00e9couvre les pairies du Hainaut, lorsqu\u2019elle cr\u00e9e le bailliage d\u2019Avesnes, lorsqu\u2019elle installe sa justice royale, lorsqu\u2019elle impose ses notaires, ses \u00e9dits, ses proc\u00e9dures. Une histoire o\u00f9 pairie et bailliage coexistent, se croisent, se r\u00e9pondent, se compl\u00e8tent. Une histoire o\u00f9 les embrefs continuent d\u2019\u00eatre tenus, mais o\u00f9 les registres du bailliage gagnent du terrain. Une histoire o\u00f9 les villages apprennent \u00e0 naviguer entre deux syst\u00e8mes, entre deux autorit\u00e9s, entre deux m\u00e9moires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est enfin une histoire de disparition, lorsque la R\u00e9volution met fin aux droits f\u00e9odaux, lorsque les cahiers de dol\u00e9ances expriment les besoins des villages, lorsque les pairies s\u2019\u00e9teignent, lorsque les embrefs cessent, lorsque le bailliage dispara\u00eet, lorsque les notaires royaux ferment leurs registres. Une histoire o\u00f9 un monde ancien s\u2019efface, o\u00f9 un monde nouveau s\u2019ouvre, o\u00f9 les anciennes structures laissent place \u00e0 une organisation diff\u00e9rente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais au\u2011del\u00e0 des institutions, au\u2011del\u00e0 des juridictions, au\u2011del\u00e0 des registres, ce que ces archives r\u00e9v\u00e8lent, c\u2019est la vie. La vie des villages, la vie des familles, la vie des terres, la vie des conflits, la vie des transmissions, la vie des engagements, la vie des communaut\u00e9s religieuses, la vie des hommes et des femmes qui ont habit\u00e9 ce territoire. Elles r\u00e9v\u00e8lent les paysages, les chemins, les bois, les moulins, les fermes. Elles r\u00e9v\u00e8lent les alliances, les h\u00e9ritages, les dettes, les ventes, les saisies. Elles r\u00e9v\u00e8lent les tensions, les solidarit\u00e9s, les espoirs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que raconte cette page, c\u2019est l\u2019Avesnois dans ce qu\u2019il a de plus intime, de plus ancien, de plus vrai. C\u2019est un territoire qui a travers\u00e9 trois si\u00e8cles de justice, de coutumes, de droits, de transformations. C\u2019est un territoire qui a su conserver sa m\u00e9moire, dans ses registres, dans ses embrefs, dans ses actes, dans ses proc\u00e9dures. C\u2019est un territoire qui, aujourd\u2019hui encore, porte en lui les traces de ce pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce chapitre est celui de cette m\u00e9moire. Celui d\u2019un pays qui se raconte \u00e0 travers ses archives. Celui d\u2019un territoire qui, malgr\u00e9 les changements, n\u2019a jamais cess\u00e9 d\u2019\u00eatre lui\u2011m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-text-color has-link-color wp-elements-e179fce5f8afe27eb43bd194f7d6ee7a\" style=\"color:#0c3263\"><strong>Chapitre VIII \u2014 Annexe : Sources du Bailliage d\u2019Avesnes (1542\u20131790)<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Typologie semi\u2011d\u00e9taill\u00e9e des registres et documents<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les archives du bailliage d\u2019Avesnes forment un ensemble d\u2019une ampleur exceptionnelle. Elles couvrent pr\u00e8s de deux si\u00e8cles et demi de vie judiciaire, f\u00e9odale, administrative et religieuse. Cette annexe pr\u00e9sente les grandes typologies du fonds, dans leur coh\u00e9rence, leur chronologie et leur fonction. Elle ne cherche pas \u00e0 reproduire chaque article un par un, mais \u00e0 offrir une vision claire, structur\u00e9e et fid\u00e8le de la mati\u00e8re documentaire. Elle est le socle sur lequel repose le r\u00e9cit, la base scientifique qui permet de comprendre la profondeur du corpus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les <strong>embrefs<\/strong> constituent la premi\u00e8re strate du fonds. Ils sont les registres de la pairie, puis des villages, puis des fiefs. Ils couvrent la p\u00e9riode 1542\u20131790. On y trouve les cri\u00e9es f\u00e9odales, les ventes de terres, les obligations des tenanciers, les reliefs de fiefs, les adjudications, les reconnaissances, les publications obligatoires. Ils t\u00e9moignent de la justice coutumi\u00e8re avant la France, puis de sa coexistence avec la justice royale. Les embrefs des villages \u2014 Anor, Fourmies, Tr\u00e9lon, Wignehies, Prisches, Cartignies, Felleries, Sains, Saint\u2011Hilaire, Sars\u2011Poteries, et tant d\u2019autres \u2014 montrent la vie rurale dans sa forme la plus concr\u00e8te. Les embrefs de fiefs r\u00e9v\u00e8lent les droits seigneuriaux, les transmissions, les obligations f\u00e9odales. Les plaids f\u00e9odaux, tenus jusqu\u2019\u00e0 la fin du XVIII\u1d49 si\u00e8cle, compl\u00e8tent cet ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les <strong>cri\u00e9es<\/strong> forment une typologie essentielle. Les cri\u00e9es f\u00e9odales, ant\u00e9rieures \u00e0 1661, montrent les ventes de terres, les publications obligatoires, les adjudications coutumi\u00e8res. Les cri\u00e9es judiciaires, post\u00e9rieures \u00e0 la cr\u00e9ation du bailliage, montrent les ventes ordonn\u00e9es par la justice royale, les saisies, les adjudications publiques. Les cri\u00e9es de la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9, ant\u00e9rieures \u00e0 l\u2019int\u00e9gration fran\u00e7aise, r\u00e9v\u00e8lent les usages locaux. Les cri\u00e9es du bailliage, tr\u00e8s nombreuses, couvrent la p\u00e9riode 1664\u20131780 et montrent l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique du territoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les <strong>ventes judiciaires<\/strong> constituent une typologie \u00e0 part enti\u00e8re. Elles couvrent la p\u00e9riode 1683\u20131791. Elles montrent les ventes de maisons, de terres, de bois, de r\u00e9coltes, de biens saisis. Elles r\u00e9v\u00e8lent les difficult\u00e9s financi\u00e8res des familles, les transmissions forc\u00e9es, les adjudications publiques. Elles sont un miroir de la vie \u00e9conomique de l\u2019Avesnois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les <strong>saisies r\u00e9elles<\/strong> sont un ensemble massif. Elles couvrent la p\u00e9riode 1686\u20131792. Elles montrent les biens saisis, les terres engag\u00e9es, les maisons confisqu\u00e9es, les obligations non tenues. Elles r\u00e9v\u00e8lent les tensions \u00e9conomiques, les dettes, les litiges, les engagements. Elles sont l\u2019une des typologies les plus riches du fonds.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les <strong>affirmations de voyage<\/strong> couvrent la p\u00e9riode 1706\u20131791. Elles montrent les d\u00e9placements des habitants, les contr\u00f4les, les d\u00e9clarations obligatoires. Elles r\u00e9v\u00e8lent la mobilit\u00e9 rurale, les voyages commerciaux, les d\u00e9placements professionnels. Elles sont un t\u00e9moignage unique de la circulation des personnes dans l\u2019Avesnois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les <strong>dictums et sentences<\/strong> couvrent la p\u00e9riode 1672\u20131790. Elles montrent les d\u00e9cisions de justice, les jugements civils et criminels, les arbitrages, les condamnations, les relaxes. Elles r\u00e9v\u00e8lent les conflits entre voisins, les litiges de propri\u00e9t\u00e9, les affaires de succession, les querelles de famille, les d\u00e9lits ruraux. Elles sont le c\u0153ur de la justice royale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les <strong>audiences<\/strong> couvrent la p\u00e9riode 1705\u20131792. Elles montrent les comparutions, les interrogatoires, les d\u00e9bats, les d\u00e9cisions interm\u00e9diaires. Elles r\u00e9v\u00e8lent la vie du greffe, les affaires quotidiennes, les tensions locales. Elles compl\u00e8tent les dictums et les sentences.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les <strong>proc\u00e9dures civiles et criminelles<\/strong> couvrent la p\u00e9riode 1741\u20131790. Elles montrent les plaintes, les m\u00e9moires, les requ\u00eates, les interrogatoires, les rapports, les d\u00e9cisions. Elles r\u00e9v\u00e8lent les conflits, les litiges, les affaires complexes. Elles sont l\u2019une des typologies les plus d\u00e9taill\u00e9es du fonds.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les <strong>dossiers de contentieux<\/strong> couvrent la p\u00e9riode 1740\u20131789. Ils montrent les affaires longues, les litiges persistants, les conflits entre familles, les disputes de propri\u00e9t\u00e9, les affaires de dettes. Ils r\u00e9v\u00e8lent les tensions profondes du territoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les <strong>registres religieux<\/strong> constituent une typologie \u00e0 part. Ils couvrent les abbayes de Liessies, Maroilles, Hautmont, Mormal, les communaut\u00e9s d\u2019Avesnes, du Quesnoy, de Berlaimont, de Bavay. Ils montrent les v\u00eatures, les professions, les engagements, les dotations, les contentieux religieux. Ils r\u00e9v\u00e8lent la place des communaut\u00e9s dans la vie du territoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les <strong>cahiers de dol\u00e9ances<\/strong> de 1789 montrent les voix des paroisses du bailliage. Ils r\u00e9v\u00e8lent les plaintes, les besoins, les revendications, les espoirs. Ils sont le dernier souffle de l\u2019Ancien R\u00e9gime dans l\u2019Avesnois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les <strong>documents divers<\/strong> compl\u00e8tent le fonds. Rapports, apostilles, productions, comptes, baux judiciaires, soumissions de cautions, d\u00e9clarations, rencharges, consignations. Ils montrent la vie administrative du bailliage, les d\u00e9tails, les obligations, les engagements. Ils sont la mati\u00e8re fine du greffe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette annexe, organis\u00e9e par typologie, offre une vision claire et fid\u00e8le du fonds XI B. Elle permet de comprendre la structure profonde de la justice dans l\u2019Avesnois, depuis les embrefs de la pairie jusqu\u2019aux cahiers de dol\u00e9ances de 1789. Elle est la base documentaire de la page, la fondation scientifique du r\u00e9cit, la m\u00e9moire brute d\u2019un territoire qui a travers\u00e9 trois si\u00e8cles de justice, de coutumes et de transformations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Il existe, au c\u0153ur de l\u2019Avesnois, une m\u00e9moire silencieuse qui traverse trois si\u00e8cles. 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