{"id":28222,"date":"2026-07-30T13:21:49","date_gmt":"2026-07-30T11:21:49","guid":{"rendered":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/?page_id=28222"},"modified":"2026-07-30T13:21:49","modified_gmt":"2026-07-30T11:21:49","slug":"les-grandes-tendances-politiques-de-lavesnois-a-travers-les-siecles","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/les-grandes-tendances-politiques-de-lavesnois-a-travers-les-siecles\/","title":{"rendered":"Les grandes tendances politiques de l\u2019Avesnois \u00e0 travers les si\u00e8cles"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019Avesnois, la politique n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un simple bulletin gliss\u00e9 dans une urne. Elle est une m\u00e9moire, un paysage, une mani\u00e8re d\u2019habiter le monde. Les villages du bocage, les cit\u00e9s ouvri\u00e8res de la Sambre, les usines, les campagnes et les bourgs ont fa\u00e7onn\u00e9 des fid\u00e9lit\u00e9s profondes, des ruptures, des basculements. Ici, chaque \u00e9poque a laiss\u00e9 une empreinte : les seigneurs, les notables, les ouvriers, les \u00e9lus, les r\u00e9sistants, les militants. Comprendre l\u2019histoire politique de l\u2019Avesnois, c\u2019est lire un territoire qui change, qui se cherche, qui se r\u00e9invente, mais qui ne renie jamais sa m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-color has-link-color wp-elements-3580029e9a6b31adebf9c86da01d6915\" style=\"color:#3a5fb0\"><strong>Chapitre I \u2014 Introduction : Huit si\u00e8cles de vie politique dans l\u2019Avesnois<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019Avesnois n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un territoire neutre. \u00c0 chaque \u00e9poque, il a port\u00e9 une couleur, une fid\u00e9lit\u00e9, une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre au monde. Sa g\u00e9ographie, ses abbayes, ses seigneuries, ses villes industrielles, ses campagnes bocag\u00e8res ont fa\u00e7onn\u00e9 une identit\u00e9 politique mouvante, parfois contradictoire, toujours singuli\u00e8re. Ici, les basculements ne sont jamais anodins : ils disent quelque chose de profond sur la soci\u00e9t\u00e9, sur les fractures, sur les espoirs, sur les col\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant des si\u00e8cles, l\u2019Avesnois fut d\u2019abord une terre de fid\u00e9lit\u00e9 f\u00e9odale et catholique. Sous l\u2019autorit\u00e9 des comtes de Hainaut, puis int\u00e9gr\u00e9e au vaste ensemble bourguignon\u2011espagnol, elle se reconnaissait dans un ordre ancien o\u00f9 les seigneurs, les abbayes et les officiers du roi structuraient la vie locale. Avesnes, ville fronti\u00e8re, ville de garnison, ville de r\u00e9sistance, manifesta longtemps un attachement visc\u00e9ral \u00e0 la maison de Bourgogne, au point de s\u2019opposer aux ambitions de Louis XI. La Contre\u2011R\u00e9forme y trouva un terrain fertile : les abbayes de Maroilles, de Liessies, de Saint\u2011Michel, les chapitres, les confr\u00e9ries, les processions, tout concourait \u00e0 faire de l\u2019Avesnois un territoire profond\u00e9ment catholique, conservateur, attach\u00e9 \u00e0 ses rites et \u00e0 ses hi\u00e9rarchies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019int\u00e9gration au royaume de France, au XVII\u1d49 si\u00e8cle, ne fit que renforcer cette dimension politique. Louis XIV transforma la r\u00e9gion en une zone militaris\u00e9e, verrouill\u00e9e par les fortifications de Vauban. Les intendants, les gouverneurs, les baillis, les pr\u00e9v\u00f4ts impos\u00e8rent une administration directe, rigoureuse, qui fit entrer l\u2019Avesnois dans la modernit\u00e9 monarchique. Les grandes familles locales \u2014 Robaulx, M\u00e9rode, Ligne\u2011Arenberg, Hennin\u2011d\u2019Alsace, Orl\u00e9ans, Preseau \u2014 incarn\u00e8rent cette droite f\u00e9odale, monarchique, catholique, qui domina la vie politique jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque 1789 \u00e9clata, l\u2019Avesnois se trouva partag\u00e9. Les bourgs administratifs accueillirent favorablement les id\u00e9es nouvelles, mais les campagnes rest\u00e8rent attach\u00e9es \u00e0 la pratique religieuse, aux traditions terriennes, aux notables locaux. Ce clivage, n\u00e9 au XVIII\u1d49 si\u00e8cle, traversa tout le XIX\u1d49 : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, un r\u00e9publicanisme mod\u00e9r\u00e9, port\u00e9 par les journaux comme <em>L\u2019Observateur<\/em>, fond\u00e9 \u00e0 Avesnes en 1834 ; de l\u2019autre, une droite rurale, monarchiste ou d\u00e9mocrate\u2011chr\u00e9tienne, attach\u00e9e \u00e0 la terre, aux cur\u00e9s, aux familles influentes. L\u2019Avesnois devint alors un territoire \u00e0 double visage : un pays de bocage et d\u2019\u00e9levage au sud, un bassin industriel en pleine mutation au nord, le long de la Sambre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est dans ce bassin que se produisit, au XX\u1d49 si\u00e8cle, l\u2019un des plus grands basculements politiques de l\u2019histoire locale. La m\u00e9tallurgie, le ferroviaire, les usines de Maubeuge, Louvroil, Jeumont, Aulnoye\u2011Aymeries cr\u00e9\u00e8rent un prol\u00e9tariat dense, structur\u00e9, disciplin\u00e9. L\u2019usine n\u2019\u00e9tait pas seulement un lieu de travail : c\u2019\u00e9tait un espace de socialisation politique. Les syndicats, les cellules du PCF et du PS y formaient de v\u00e9ritables citadelles ouvri\u00e8res, o\u00f9 le vote se transmettait de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Le socialisme et le communisme y trouv\u00e8rent un terreau exceptionnel, au point de faire du bassin de la Sambre l\u2019un des bastions les plus solides de la gauche ouvri\u00e8re fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais ce monde s\u2019est effondr\u00e9. La d\u00e9sindustrialisation a bris\u00e9 les sociabilit\u00e9s qui faisaient tenir ensemble les quartiers, les ateliers, les familles. Le prol\u00e9tariat syndiqu\u00e9 a laiss\u00e9 place \u00e0 des travailleurs du tertiaire, souvent pr\u00e9caires, int\u00e9rimaires, isol\u00e9s politiquement. Le discours de la lutte des classes s\u2019est dissous dans un sentiment d\u2019abandon, nourri par les fermetures d\u2019usines, le ch\u00f4mage massif, la pauvret\u00e9, le recul d\u00e9mographique. L\u2019Avesnois, longtemps fier de sa production, s\u2019est d\u00e9couvert rel\u00e9gu\u00e9 face \u00e0 la puissance m\u00e9tropolitaine de Lille. Ce glissement a profit\u00e9 au Rassemblement National, devenu le premier parti ouvrier de la r\u00e9gion, captant la col\u00e8re n\u00e9e de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique et du sentiment d\u2019\u00eatre oubli\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, en huit si\u00e8cles, l\u2019Avesnois a connu toutes les couleurs politiques : la fid\u00e9lit\u00e9 f\u00e9odale, le catholicisme militant, le r\u00e9publicanisme mod\u00e9r\u00e9, le socialisme triomphant, le communisme municipal, puis la recomposition contemporaine marqu\u00e9e par la d\u00e9sindustrialisation et le vote contestataire. Chaque \u00e9poque a laiss\u00e9 une empreinte, chaque basculement a racont\u00e9 une transformation sociale. L\u2019Avesnois n\u2019est pas un territoire immobile : c\u2019est un pays qui change, qui se r\u00e9invente, qui se cherche, et dont l\u2019histoire politique est l\u2019un des meilleurs miroirs.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-color has-link-color wp-elements-960b740d3c943da43d8874ba2eb5efa6\" style=\"color:#3a5fb0\"><strong>Chapitre II \u2014 La droite f\u00e9odale (XIII\u1d49\u2013XVIII\u1d49 si\u00e8cle)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant plusieurs si\u00e8cles, l\u2019Avesnois fut un territoire fa\u00e7onn\u00e9 par les fid\u00e9lit\u00e9s f\u00e9odales, les lignages nobles, les abbayes puissantes et les grandes maisons seigneuriales du Hainaut. Avant d\u2019\u00eatre fran\u00e7ais, avant d\u2019\u00eatre une place forte de Vauban, avant d\u2019\u00eatre un arrondissement administratif, l\u2019Avesnois fut d\u2019abord une terre hennuy\u00e8re, profond\u00e9ment marqu\u00e9e par les comtes de Hainaut et par la dynastie des Avesnes, dont la ville porte encore le nom. Sous leur autorit\u00e9, le pays se structure : les droits f\u00e9odaux se fixent, les abbayes de Liessies et de Maroilles prosp\u00e8rent, les bailliages s\u2019organisent, les coutumes s\u2019enracinent. Bouchard d\u2019Avesnes, puis son fils Jean, donnent \u00e0 la ville un statut privil\u00e9gi\u00e9, une place dans le r\u00e9seau politique hennuyer, une identit\u00e9 qui survivra longtemps apr\u00e8s leur disparition.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette premi\u00e8re architecture f\u00e9odale, solide, coh\u00e9rente, va pourtant \u00eatre boulevers\u00e9e au XVe si\u00e8cle. Avesnes, fid\u00e8le \u00e0 la maison de Bourgogne, se retrouve au c\u0153ur des tensions entre Louis XI et les ducs bourguignons. C\u2019est dans ce contexte qu\u2019appara\u00eet l\u2019une des figures les plus marquantes de l\u2019histoire locale : <strong>Alain d\u2019Albret<\/strong>. Seigneur d\u2019Avesnes par h\u00e9ritage, alli\u00e9 du roi de France, il assaille la ville en 1477, la soumet, la d\u00e9truit en partie, brisant une fid\u00e9lit\u00e9 bourguignonne que les habitants avaient d\u00e9fendue avec acharnement. Son intervention marque une rupture : Avesnes cesse d\u2019\u00eatre un bastion bourguignon pour entrer dans l\u2019orbite fran\u00e7aise. La f\u00e9odalit\u00e9 n\u2019est plus seulement une affaire de lignages ; elle devient une affaire de puissances.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais l\u2019histoire f\u00e9odale de l\u2019Avesnois ne se r\u00e9sume pas \u00e0 des conflits. Elle est aussi faite de reconstructions, de m\u00e9c\u00e9nat, de renaissance. Apr\u00e8s les destructions du XVe si\u00e8cle, une femme redonne vie \u00e0 la ville : <strong>Louise d\u2019Albret<\/strong>. Dame d\u2019Avesnes, h\u00e9riti\u00e8re d\u2019une lign\u00e9e prestigieuse, elle entreprend de reconstruire la cit\u00e9, de relever les murs, de restaurer les institutions religieuses. Sous son impulsion, la Coll\u00e9giale Saint\u2011Nicolas retrouve son \u00e9clat, un chapitre de chanoines est fond\u00e9, un b\u00e9guinage est \u00e9tabli. Louise d\u2019Albret incarne cette noblesse qui, loin des champs de bataille, fa\u00e7onne la ville par la pierre, la pri\u00e8re et l\u2019organisation sociale. Sa pr\u00e9sence marque profond\u00e9ment l\u2019identit\u00e9 d\u2019Avesnes, au point que son nom demeure l\u2019un des plus importants de la m\u00e9moire locale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la Renaissance, une autre grande maison seigneuriale domine le territoire : <strong>les Cro\u00ff<\/strong>. Leur influence d\u00e9passe largement les fronti\u00e8res de l\u2019Avesnois, mais leur pr\u00e9sence \u00e0 Avesnes est d\u00e9cisive. Ils renforcent les bastions, modernisent les d\u00e9fenses, consolident la place forte. Sous leur autorit\u00e9, la ville devient un point strat\u00e9gique dans les marches du Hainaut, un verrou entre les puissances europ\u00e9ennes. Leur prestige, leur puissance, leurs alliances donnent \u00e0 l\u2019Avesnois une dimension politique qui d\u00e9passe le cadre local.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus au sud, \u00e0 Tr\u00e9lon, <strong>les M\u00e9rode<\/strong> r\u00e8gnent sur un marquisat qui s\u2019\u00e9tend jusqu\u2019aux portes de la Thi\u00e9rache. Leur ch\u00e2teau, leurs terres, leurs alliances font d\u2019eux l\u2019une des familles les plus influentes de la r\u00e9gion. Ils incarnent une noblesse stable, enracin\u00e9e, qui traverse les si\u00e8cles sans perdre son autorit\u00e9. Leur pr\u00e9sence compl\u00e8te le paysage f\u00e9odal de l\u2019Avesnois, o\u00f9 chaque maison noble occupe une place pr\u00e9cise, une fonction, une m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Autour d\u2019Avesnes, d\u2019autres familles structurent la vie locale. <strong>Les Pr\u00e9seau<\/strong>, baillis, pr\u00e9v\u00f4ts, gouverneurs, tiennent les charges les plus prestigieuses du territoire pendant plus d\u2019un si\u00e8cle. Leur maison, situ\u00e9e sur le grand march\u00e9, est un lieu de pouvoir o\u00f9 se d\u00e9cident les affaires du pays. Les d\u2019Anneux de Wargnies, noblesse plus discr\u00e8te mais bien ancr\u00e9e, apparaissent dans les actes, les arbitrages, les alliances, t\u00e9moignant d\u2019une pr\u00e9sence f\u00e9odale authentique, locale, continue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au XVIII\u1d49 si\u00e8cle, un dernier visage aristocratique domine la terre d\u2019Avesnes : celui de <strong>Philippe d\u2019Orl\u00e9ans<\/strong>. Propri\u00e9taire du fief entre 1706 et 1789, il incarne la haute noblesse fran\u00e7aise dans un territoire longtemps marqu\u00e9 par les influences hennuy\u00e8res. Sa pr\u00e9sence symbolise la fin de la f\u00e9odalit\u00e9 traditionnelle et l\u2019int\u00e9gration d\u00e9finitive de l\u2019Avesnois dans la sph\u00e8re monarchique fran\u00e7aise. Sous son autorit\u00e9, les anciennes seigneuries s\u2019effacent, les structures f\u00e9odales se transforment, les charges locales se modernisent. La f\u00e9odalit\u00e9 avesnoise, n\u00e9e des comtes de Hainaut, nourrie par les Albret, consolid\u00e9e par les Cro\u00ff, prolong\u00e9e par les M\u00e9rode et les Preseau, s\u2019ach\u00e8ve dans l\u2019ombre d\u2019un prince du sang.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, du XIII\u1d49 au XVIII\u1d49 si\u00e8cle, l\u2019Avesnois fut un pays de seigneurs, de baillis, de chapitres, de bastions, de lignages, de fid\u00e9lit\u00e9s. Un territoire o\u00f9 la politique se vivait dans les ch\u00e2teaux, les abbayes, les march\u00e9s, les fiefs. Un territoire o\u00f9 la droite f\u00e9odale n\u2019\u00e9tait pas une id\u00e9ologie, mais une mani\u00e8re d\u2019habiter le monde, une continuit\u00e9, une m\u00e9moire. Une m\u00e9moire qui, malgr\u00e9 les ruptures, demeure encore perceptible dans les pierres, les archives, les paysages, et dans la mani\u00e8re dont l\u2019Avesnois regarde son histoire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-color has-link-color wp-elements-221a4a95ad56b9264c5f994a11a86494\" style=\"color:#3a5fb0\"><strong>Chapitre III \u2014 Les notables et monarchistes du XIX\u1d49 si\u00e8cle<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le XIX\u1d49 si\u00e8cle ouvre dans l\u2019Avesnois une p\u00e9riode de transition profonde. Le vieux monde f\u00e9odal, encore visible dans les grandes familles nobles et dans les structures h\u00e9rit\u00e9es des comtes de Hainaut, s\u2019efface lentement sous l\u2019effet de la R\u00e9volution, de l\u2019Empire et des r\u00e9gimes successifs qui se succ\u00e8dent \u00e0 un rythme vertigineux. Pourtant, dans ce territoire longtemps attach\u00e9 \u00e0 ses traditions, la rupture n\u2019est jamais brutale : elle prend la forme d\u2019un glissement, d\u2019un r\u00e9\u00e9quilibrage, d\u2019une recomposition o\u00f9 les notables locaux deviennent les v\u00e9ritables arbitres de la vie politique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La R\u00e9volution de 1789 est accueillie avec prudence. Dans les bourgs administratifs comme Avesnes, les id\u00e9es nouvelles trouvent un \u00e9cho favorable : les hommes de loi, les magistrats, les propri\u00e9taires \u00e9clair\u00e9s voient dans la fin des privil\u00e8ges une modernisation n\u00e9cessaire. Mais les campagnes, profond\u00e9ment catholiques, restent attach\u00e9es \u00e0 leurs cur\u00e9s, \u00e0 leurs rites, \u00e0 leurs traditions terriennes. Ce clivage, n\u00e9 dans les ann\u00e9es r\u00e9volutionnaires, structure toute la vie politique du XIX\u1d49 si\u00e8cle : une opposition douce mais persistante entre les bourgs r\u00e9publicains et les villages conservateurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce paysage, une figure domine la droite monarchiste locale : <strong>Louis\u2011Marie de La Haye Saint\u2011Hilaire<\/strong>. Propri\u00e9taire \u00e0 Avesnes, d\u00e9put\u00e9 ultra\u2011royaliste du Nord sous la Restauration, il incarne une droite respect\u00e9e, travailleuse, patrimoniale, qui accompagne la transition entre l\u2019ordre f\u00e9odal et la modernit\u00e9 r\u00e9publicaine. Royaliste mais jamais extr\u00e9miste, il repr\u00e9sente cette g\u00e9n\u00e9ration d\u2019hommes qui, tout en restant fid\u00e8les \u00e0 la monarchie, savent composer avec les r\u00e9alit\u00e9s nouvelles du territoire. Dans les archives locales, son nom appara\u00eet comme celui d\u2019un homme de devoir, attach\u00e9 \u00e0 la stabilit\u00e9, soucieux de pr\u00e9server l\u2019\u00e9quilibre entre les forces sociales. Sa pr\u00e9sence marque durablement la m\u00e9moire politique d\u2019Avesnes, o\u00f9 il demeure l\u2019un des visages les plus embl\u00e9matiques de la droite du XIX\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais le XIX\u1d49 si\u00e8cle n\u2019est pas seulement celui des notables monarchistes. Il est aussi celui de l\u2019\u00e9mergence d\u2019un capitalisme industriel qui transforme profond\u00e9ment la soci\u00e9t\u00e9 locale. \u00c0 Fourmies, un homme incarne cette r\u00e9volution : <strong>Th\u00e9ophile Legrand<\/strong>. En 1825, il installe la premi\u00e8re filature m\u00e9canique de laine peign\u00e9e de la r\u00e9gion. Son initiative, audacieuse, visionnaire, ouvre une \u00e8re nouvelle. Autour de lui, la ville se m\u00e9tamorphose : les ateliers se multiplient, les ouvriers affluent, les fortunes industrielles se construisent. Legrand n\u2019est pas seulement un entrepreneur ; il est un b\u00e2tisseur de territoire, un acteur politique indirect, dont les d\u00e9cisions \u00e9conomiques influencent les votes, les alliances, les \u00e9quilibres sociaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans son sillage, d\u2019autres familles industrielles s\u2019imposent : les Divry, les Hubinet, les Falleur, les Doyen. Elles fondent des filatures, agrandissent des ateliers, modernisent des machines. Leur influence d\u00e9passe les murs de l\u2019usine : elles financent des \u0153uvres sociales, soutiennent des candidats, orientent des municipalit\u00e9s. Dans une r\u00e9gion o\u00f9 l\u2019industrie devient la premi\u00e8re source de richesse, ces familles structurent un patronat local qui, sans toujours s\u2019afficher politiquement, exerce une influence r\u00e9elle sur la vie publique. Leur pr\u00e9sence marque la naissance d\u2019une droite industrielle, pragmatique, paternaliste, qui coexiste avec la droite monarchiste traditionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus au sud, dans les bourgs ruraux, une autre dynastie incarne la transition entre l\u2019ancien monde et la modernit\u00e9 : la famille <strong>de Colnet<\/strong>. Ma\u00eetres de forges, verriers, industriels, les de Colnet traversent le si\u00e8cle en accompagnant les transformations \u00e9conomiques de l\u2019Avesnois et de la Thi\u00e9rache. Leur influence est discr\u00e8te mais constante : ils tiennent des charges locales, soutiennent des projets, participent aux comit\u00e9s \u00e9lectoraux. Leur pr\u00e9sence t\u00e9moigne d\u2019une noblesse industrielle qui, sans renier ses racines, s\u2019adapte aux r\u00e9alit\u00e9s nouvelles du territoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les ann\u00e9es 1830, une voix nouvelle appara\u00eet dans le paysage politique : celle de la presse locale. En 1834, <em>L\u2019Observateur<\/em> est fond\u00e9 \u00e0 Avesnes. Ce journal r\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9 devient rapidement l\u2019un des principaux vecteurs de diffusion des id\u00e9es lib\u00e9rales dans le territoire. Il d\u00e9fend la libert\u00e9 de conscience, l\u2019instruction, la modernisation administrative, tout en s\u2019opposant aux courants royalistes les plus intransigeants. Sa pr\u00e9sence t\u00e9moigne d\u2019un basculement : l\u2019Avesnois n\u2019est plus seulement un pays de seigneurs et de cur\u00e9s, mais un territoire o\u00f9 l\u2019opinion publique commence \u00e0 jouer un r\u00f4le. Dans les caf\u00e9s, les ateliers, les maisons bourgeoises, on lit, on commente, on d\u00e9bat. La presse devient un acteur politique \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, malgr\u00e9 cette mont\u00e9e du r\u00e9publicanisme, la droite monarchiste et catholique reste puissante. Dans les villages, les cur\u00e9s conservent une influence consid\u00e9rable. Les familles terriennes, attach\u00e9es \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 et \u00e0 la tradition, votent pour les candidats conservateurs. Les grandes familles nobles, m\u00eame affaiblies, continuent d\u2019exercer un prestige social. Le XIX\u1d49 si\u00e8cle est ainsi un si\u00e8cle de coexistence : les id\u00e9es nouvelles progressent, mais les anciennes fid\u00e9lit\u00e9s ne disparaissent pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette dualit\u00e9 se retrouve dans la g\u00e9ographie politique du territoire. Le sud de l\u2019Avesnois, rural, bocager, agricole, reste majoritairement conservateur. Le nord, plus urbanis\u00e9, plus administratif, plus ouvert aux circulations d\u2019id\u00e9es, s\u2019oriente vers un r\u00e9publicanisme mod\u00e9r\u00e9. Cette fracture douce pr\u00e9pare les grands basculements du XX\u1d49 si\u00e8cle, lorsque l\u2019industrialisation de la vall\u00e9e de la Sambre fera \u00e9merger une classe ouvri\u00e8re puissante, organis\u00e9e, qui transformera radicalement les \u00e9quilibres politiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, le XIX\u1d49 si\u00e8cle est un moment de transition. L\u2019Avesnois quitte l\u2019ordre f\u00e9odal sans le renier, adopte la R\u00e9publique sans rompre avec ses traditions, modernise ses institutions sans perdre son identit\u00e9. Les notables monarchistes, les industriels pionniers, les familles de ma\u00eetres de forges, les \u00e9lus r\u00e9publicains et la presse locale y jouent un r\u00f4le essentiel : ils sont les passeurs entre deux mondes, les gardiens d\u2019une continuit\u00e9 qui permet au territoire d\u2019entrer dans la modernit\u00e9 sans se d\u00e9chirer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-color has-link-color wp-elements-7bae38ca97f58bf68fc6d3376863504b\" style=\"color:#3a5fb0\"><strong>Chapitre IV \u2014 Le socialisme dans l\u2019Avesnois<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au tournant du XX\u1d49 si\u00e8cle, l\u2019Avesnois se scinde en deux mondes. Au sud, le bocage, les fermes, les villages, les clochers, les notables, les cur\u00e9s, les traditions terriennes. Au nord, le long de la Sambre, un autre pays appara\u00eet : un pays d\u2019usines, de hauts\u2011fourneaux, de laminoirs, de d\u00e9p\u00f4ts ferroviaires, de cit\u00e9s ouvri\u00e8res serr\u00e9es autour des chemin\u00e9es. Ce monde nouveau, n\u00e9 de la m\u00e9tallurgie et du rail, va bouleverser l\u2019histoire politique du territoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les ann\u00e9es 1900\u20131930, la vall\u00e9e de la Sambre devient l\u2019un des bastions les plus solides du socialisme fran\u00e7ais. Maubeuge, Louvroil, Jeumont, Aulnoye\u2011Aymeries, Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, Hautmont forment une constellation industrielle o\u00f9 la classe ouvri\u00e8re s\u2019organise, se structure, se politise. Les syndicats y sont omnipr\u00e9sents, les coop\u00e9ratives y prosp\u00e8rent, les mutuelles y prot\u00e8gent les familles, les r\u00e9unions politiques y rassemblent des centaines de personnes. L\u2019usine n\u2019est pas seulement un lieu de travail : c\u2019est un espace de socialisation politique, un monde o\u00f9 l\u2019on apprend \u00e0 voter, \u00e0 d\u00e9battre, \u00e0 se mobiliser. Dans les ateliers, les figures ouvri\u00e8res locales \u2014 contrema\u00eetres militants, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s d\u2019atelier, syndicalistes \u2014 deviennent les premiers relais du socialisme naissant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Fourmies, o\u00f9 l\u2019industrie textile s\u2019est impos\u00e9e d\u00e8s le XIX\u1d49 si\u00e8cle, les grandes familles industrielles \u2014 Divry, Hubinet, Falleur, Doyen \u2014 ont structur\u00e9 le patronat local. Leur pr\u00e9sence, leur paternalisme, leurs \u0153uvres sociales ont fa\u00e7onn\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le monde ouvrier se politise en r\u00e9action \u00e0 l\u2019ordre industriel. C\u2019est dans ce contexte que s\u2019impose une figure majeure du socialisme municipal : <strong>Ephrem Coppeaux<\/strong>, ouvrier du textile devenu comptable, puis maire de Fourmies de 1908 \u00e0 1931. Son action, son ancrage, sa proximit\u00e9 avec les ouvriers font de lui l\u2019un des visages les plus embl\u00e9matiques du socialisme avesnois. \u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, <strong>Alfred Derigny<\/strong>, qui lui succ\u00e8de en 1931, prolonge cette tradition d\u2019un socialisme municipal solide, enracin\u00e9, attentif aux r\u00e9alit\u00e9s du territoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La scission de 1920, lors du Congr\u00e8s de Tours, provoque un effondrement temporaire des sections socialistes. Mais cet effondrement n\u2019est qu\u2019un creux. D\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 1920, l\u2019Avesnois conna\u00eet une r\u00e9surrection politique spectaculaire. Les f\u00e9d\u00e9rations socialistes se r\u00e9organisent, les r\u00e9unions se multiplient, les adh\u00e9sions explosent. Les ann\u00e9es 1930 sont un \u00e2ge d\u2019or : le socialisme s\u2019implante dans les bourgs, gagne les campagnes, triomphe dans les villes industrielles. Les premiers maires socialistes de la vall\u00e9e de la Sambre \u2014 \u00e0 Hautmont, Louvroil, Jeumont \u2014 incarnent cette mont\u00e9e en puissance. \u00c0 Hautmont, <strong>Lucien Madeleine<\/strong>, secr\u00e9taire de la section socialiste, joue un r\u00f4le essentiel dans la structuration du militantisme local. \u00c0 Larouillies, <strong>Charles Paul<\/strong> incarne un socialisme rural, discret mais solide, capable de s\u2019imposer dans un canton longtemps conservateur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cette dynamique, une figure se d\u00e9tache : <strong>L\u00e9o Lagrange<\/strong>. En 1932, il parcourt les cinquante\u2011cinq communes de sa circonscription, rencontre les ouvriers, les paysans, les commer\u00e7ants, les syndicalistes. Son discours, fond\u00e9 sur la paix, la jeunesse, le sport, la dignit\u00e9 ouvri\u00e8re, trouve un \u00e9cho profond dans un territoire o\u00f9 la vie est dure, mais o\u00f9 la solidarit\u00e9 est forte. Lagrange incarne un socialisme humaniste, moderne, qui parle autant aux ouvriers qu\u2019aux familles rurales. Son passage dans l\u2019Avesnois laisse une empreinte durable, encore perceptible dans les r\u00e9cits familiaux et dans la m\u00e9moire politique locale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant les Trente Glorieuses, le socialisme devient une force municipale. Les villes industrielles votent massivement \u00e0 gauche. Les mairies socialistes ou communistes s\u2019installent, parfois pour plusieurs d\u00e9cennies. \u00c0 Fourmies, <strong>Georges Coppeaux<\/strong>, maire de 1945 \u00e0 1953, incarne la continuit\u00e9 d\u2019un socialisme municipal qui traverse les g\u00e9n\u00e9rations. \u00c0 Maubeuge, <strong>R\u00e9mi Pauvros<\/strong> prolonge cette tradition au tournant du XXI\u1d49 si\u00e8cle, dans un contexte o\u00f9 les anciennes fid\u00e9lit\u00e9s ouvri\u00e8res se recomposent. Dans les cantons, des figures comme <strong>le docteur Forest<\/strong> (Maubeuge\u2011Nord) ou <strong>Adolphe Cappe<\/strong> (Tr\u00e9lon) incarnent une SFIO locale solide, enracin\u00e9e, attentive aux r\u00e9alit\u00e9s sociales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les syndicats, notamment la CGT, structurent la vie quotidienne. Les cellules du PCF et du PS deviennent des lieux de sociabilit\u00e9 autant que des lieux de militantisme. Le vote ouvrier se transmet de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, comme un h\u00e9ritage familial, une tradition, une fiert\u00e9. Dans les cit\u00e9s ouvri\u00e8res, les figures anonymes \u2014 militants du dimanche, secr\u00e9taires de section, responsables syndicaux \u2014 jouent un r\u00f4le essentiel dans la structuration du vote de gauche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais ce monde, si solide, si structur\u00e9, si coh\u00e9rent, va s\u2019effondrer en quelques d\u00e9cennies. La d\u00e9sindustrialisation frappe l\u2019Avesnois avec une violence rare. Les hauts\u2011fourneaux ferment, les usines m\u00e9tallurgiques disparaissent, les d\u00e9p\u00f4ts ferroviaires se vident, les ateliers se taisent. Ce n\u2019est pas seulement une crise \u00e9conomique : c\u2019est une rupture du lien social. Les \u201csyndicats\u2011citadelles\u201d, ces forteresses ouvri\u00e8res o\u00f9 se construisait le vote de gauche, s\u2019effritent. Le prol\u00e9tariat syndiqu\u00e9 laisse place \u00e0 une mosa\u00efque de travailleurs du tertiaire, souvent pr\u00e9caires, int\u00e9rimaires, isol\u00e9s politiquement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le discours politique change. Autrefois, le vote \u00e0 gauche reposait sur la fiert\u00e9 productive, sur l\u2019id\u00e9e que l\u2019usine \u00e9tait un lieu de progr\u00e8s collectif. Aujourd\u2019hui, il se d\u00e9place vers un sentiment d\u2019abandon. Les tournants \u00e9conomiques des gouvernements de gauche des d\u00e9cennies pass\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 v\u00e9cus comme une d\u00e9sillusion, parfois comme une trahison sociale. La rel\u00e9gation g\u00e9ographique, face \u00e0 la puissance m\u00e9tropolitaine de Lille, devient un th\u00e8me central. L\u2019Avesnois, longtemps fier de son industrie, se d\u00e9couvre p\u00e9riph\u00e9rique, oubli\u00e9, fragilis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce glissement profite directement au Rassemblement National, devenu le premier parti ouvrier de la r\u00e9gion. Il capte la col\u00e8re n\u00e9e du ch\u00f4mage, de la pr\u00e9carit\u00e9, de la disparition des usines, du sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique. Le vote socialiste, autrefois massif, se fragmente, se disperse, s\u2019efface. Le monde ouvrier, autrefois structur\u00e9 par les syndicats et les partis de gauche, devient un monde \u00e9clat\u00e9, o\u00f9 chacun cherche une r\u00e9ponse \u00e0 sa solitude sociale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, le socialisme dans l\u2019Avesnois n\u2019est pas une simple parenth\u00e8se : c\u2019est une \u00e9pop\u00e9e. Une mont\u00e9e, un triomphe, une domination, puis un effondrement. Une histoire qui raconte la naissance, la vie et la disparition d\u2019un monde ouvrier qui a fa\u00e7onn\u00e9 l\u2019identit\u00e9 politique du territoire pendant pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle. Une histoire qui explique, mieux que toute autre, les recompositions contemporaines.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-color has-link-color wp-elements-57da09e5951c8375decbbbcc6be07839\" style=\"color:#3a5fb0\"><strong>Chapitre V \u2014 Le communisme dans le bassin de la Sambre<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il existe dans l\u2019Avesnois un territoire qui, pendant plus d\u2019un demi\u2011si\u00e8cle, a v\u00e9cu sous une couleur politique si forte qu\u2019elle en est devenue une identit\u00e9 : le bassin industriel de la Sambre. De Maubeuge \u00e0 Jeumont, de Louvroil \u00e0 Hautmont, d\u2019Aulnoye\u2011Aymeries \u00e0 Ferri\u00e8re\u2011la\u2011Grande, les usines, les laminoirs, les ateliers de m\u00e9canique, les d\u00e9p\u00f4ts ferroviaires ont fa\u00e7onn\u00e9 un monde o\u00f9 la classe ouvri\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas seulement une cat\u00e9gorie sociale, mais une civilisation. Dans ce monde, le communisme n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 une option : il a \u00e9t\u00e9 une \u00e9vidence. On lit <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, on commente les discours, on d\u00e9bat. Le communisme n\u2019est pas un dogme : c\u2019est une sociabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le communisme s\u2019est implant\u00e9 dans la vall\u00e9e de la Sambre comme une force naturelle. Les usines \u00e9taient des citadelles. Les ateliers, des lieux de fraternit\u00e9. Les cit\u00e9s ouvri\u00e8res, des villages serr\u00e9s autour des chemin\u00e9es. Les caf\u00e9s, des salles de r\u00e9union. Les syndicats, des \u00e9coles politiques. Les cellules du PCF structuraient la vie quotidienne : on y discutait, on y d\u00e9battait, on y organisait les f\u00eates, les gr\u00e8ves, les solidarit\u00e9s. Le vote communiste se transmettait comme un h\u00e9ritage, comme une fiert\u00e9, comme une mani\u00e8re de dire que l\u2019on appartenait \u00e0 un monde o\u00f9 l\u2019on travaillait dur, o\u00f9 l\u2019on se serrait les coudes, o\u00f9 l\u2019on ne se laissait pas faire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce paysage, une figure s\u2019impose d\u00e8s l\u2019apr\u00e8s\u2011guerre : <strong>Adonis Brichot<\/strong>, ouvrier, r\u00e9sistant, dirigeant des milices patriotiques, \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 communiste du Nord en octobre 1945. N\u00e9 \u00e0 Douzies\u2011Maubeuge, il incarne ce communisme de terrain, n\u00e9 dans les ateliers, forg\u00e9 dans la R\u00e9sistance, port\u00e9 par une l\u00e9gitimit\u00e9 populaire. Son \u00e9lection \u00e0 la premi\u00e8re Assembl\u00e9e nationale constituante t\u00e9moigne de la force du vote communiste dans la r\u00e9gion de Maubeuge, o\u00f9 les ouvriers voient en lui un homme qui parle leur langue, conna\u00eet leur vie, partage leurs combats.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelques ann\u00e9es plus tard, une autre figure majeure appara\u00eet : <strong>Andr\u00e9 Pierrard<\/strong>, n\u00e9 \u00e0 Cousolre en 1916, instituteur, r\u00e9sistant, d\u00e9put\u00e9 du Nord, membre du comit\u00e9 central du PCF. Son engagement est profond\u00e9ment marqu\u00e9 par celui de son p\u00e8re, ajusteur, militant communiste. Pierrard incarne un communisme intellectuel, structur\u00e9, nourri par l\u2019\u00e9cole, par la R\u00e9sistance, par une vision politique exigeante. Sa pr\u00e9sence dans l\u2019Avesnois donne au parti une dimension nouvelle : celle d\u2019un mouvement capable de produire des \u00e9lus nationaux, des figures de premier plan, tout en restant enracin\u00e9 dans les r\u00e9alit\u00e9s locales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les ann\u00e9es 1950\u20131970, le bassin de la Sambre devient l\u2019un des bastions les plus solides du Parti communiste fran\u00e7ais. Hautmont, Louvroil, Aulnoye\u2011Aymeries, Jeumont votent massivement pour les candidats communistes. Les municipalit\u00e9s rouges s\u2019installent, parfois pour plusieurs d\u00e9cennies. Les maires communistes deviennent des figures locales, respect\u00e9es, parfois redout\u00e9es, toujours pr\u00e9sentes. Ils incarnent une politique de proximit\u00e9, de solidarit\u00e9, de d\u00e9fense des ouvriers, de lutte contre les injustices patronales. Le PCF n\u2019est pas seulement un parti : c\u2019est une culture, une sociabilit\u00e9, une mani\u00e8re de vivre ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les grands noms du communisme national \u2014 Maurice Thorez, Georges Marchais \u2014 r\u00e9sonnent dans les ateliers de Maubeuge comme des voix famili\u00e8res. Leurs discours, leurs tourn\u00e9es, leurs interventions sont suivis avec attention. Ils incarnent une fiert\u00e9 ouvri\u00e8re, une dignit\u00e9, une promesse de progr\u00e8s. Dans les cit\u00e9s de Louvroil ou de Hautmont, on conna\u00eet leurs phrases, leurs combats, leurs col\u00e8res. Le communisme n\u2019est pas une abstraction : il est une pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais ce monde, si puissant, si structur\u00e9, si coh\u00e9rent, va \u00eatre frapp\u00e9 par un s\u00e9isme. La d\u00e9sindustrialisation, amorc\u00e9e dans les ann\u00e9es 1980, frappe la vall\u00e9e de la Sambre avec une violence rare. Les hauts\u2011fourneaux ferment. Les usines m\u00e9tallurgiques disparaissent. Les ateliers se vident. Les d\u00e9p\u00f4ts ferroviaires se r\u00e9duisent. Ce n\u2019est pas seulement une crise \u00e9conomique : c\u2019est une rupture du lien social. Les \u201csyndicats\u2011citadelles\u201d, ces forteresses ouvri\u00e8res o\u00f9 se construisait le vote communiste, s\u2019effritent. Le prol\u00e9tariat syndiqu\u00e9 laisse place \u00e0 des travailleurs du tertiaire, souvent pr\u00e9caires, int\u00e9rimaires, isol\u00e9s politiquement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce nouveau monde, le discours communiste perd son ancrage. Autrefois, il reposait sur la fiert\u00e9 productive, sur l\u2019id\u00e9e que l\u2019usine \u00e9tait un lieu de progr\u00e8s collectif. Aujourd\u2019hui, il se heurte \u00e0 un sentiment d\u2019abandon. Les ouvriers, priv\u00e9s de leur usine, de leur syndicat, de leur cellule, se retrouvent seuls face au ch\u00f4mage, \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9, \u00e0 la disparition des solidarit\u00e9s. Le discours de la lutte des classes se dissout dans une col\u00e8re plus diffuse, plus am\u00e8re, plus territoriale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce glissement profite directement au Rassemblement National, devenu le premier parti ouvrier de la r\u00e9gion. Il capte la col\u00e8re n\u00e9e de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique, de la disparition des usines, du sentiment d\u2019\u00eatre oubli\u00e9 par les m\u00e9tropoles dynamiques comme Lille. Le vote communiste, autrefois massif, se fragmente, se disperse, s\u2019efface. Dans les cit\u00e9s de Hautmont ou de Louvroil, les affiches du PCF ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9es par celles du RN. Le rouge a laiss\u00e9 place au bleu marine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, le communisme dans le bassin de la Sambre n\u2019est pas une simple parenth\u00e8se : c\u2019est une \u00e9pop\u00e9e. Une mont\u00e9e, une domination, un \u00e2ge d\u2019or, puis un effondrement. Une histoire qui raconte la naissance, la vie et la disparition d\u2019un monde ouvrier qui a fa\u00e7onn\u00e9 l\u2019identit\u00e9 politique de l\u2019Avesnois pendant plus d\u2019un demi\u2011si\u00e8cle. Une histoire qui explique, mieux que toute autre, les recompositions contemporaines et le basculement vers le vote contestataire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-color has-link-color wp-elements-8f051f33470107389566bcdecf8ab5db\" style=\"color:#3a5fb0\"><strong>Chapitre VI \u2014 Le gaullisme et la droite r\u00e9publicaine<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque l\u2019Avesnois entre dans la seconde moiti\u00e9 du XX\u1d49 si\u00e8cle, un nouveau visage de la droite se dessine. Ce n\u2019est plus la droite f\u00e9odale des seigneurs, ni la droite monarchiste des notables du XIX\u1d49 si\u00e8cle. C\u2019est une droite r\u00e9publicaine, enracin\u00e9e, structur\u00e9e par la R\u00e9sistance, port\u00e9e par le gaullisme, puis consolid\u00e9e par une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019\u00e9lus locaux qui vont durablement marquer le territoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Seconde Guerre mondiale joue un r\u00f4le fondateur. L\u2019Avesnois, travers\u00e9 par les colonnes allemandes, bombard\u00e9, occup\u00e9, voit na\u00eetre une R\u00e9sistance discr\u00e8te mais d\u00e9termin\u00e9e. Dans les bourgs, les fermes, les ateliers, des hommes et des femmes s\u2019engagent, parfois au p\u00e9ril de leur vie. Cette m\u00e9moire r\u00e9sistante pr\u00e9pare le terrain \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion au gaullisme apr\u00e8s 1945. Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle devient une figure morale, un rep\u00e8re, une promesse de continuit\u00e9 nationale. Dans les campagnes de l\u2019Avesnois, son nom r\u00e9sonne comme une \u00e9vidence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est dans ce contexte que s\u2019impose l\u2019une des grandes figures de la droite locale : <strong>Arthur Moulin<\/strong>. Gaulliste de la premi\u00e8re heure, d\u00e9put\u00e9, s\u00e9nateur, maire de Saint\u2011Aubin, il incarne pendant plusieurs d\u00e9cennies la colonne vert\u00e9brale de la droite dans l\u2019arrondissement. Moulin n\u2019est pas seulement un \u00e9lu : il est un organisateur, un strat\u00e8ge, un b\u00e2tisseur. Il structure les r\u00e9seaux, conseille les jeunes cadres, accompagne les carri\u00e8res, et contribue \u00e0 installer durablement la droite gaulliste dans les cantons ruraux. C\u2019est lui qui, d\u00e8s les ann\u00e9es 1970 et 1980, encourage et soutient l\u2019ascension d\u2019Alain Poyart, futur pilier de la droite r\u00e9publicaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Autour de Moulin, une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019\u00e9lus fa\u00e7onne la droite locale. <strong>Andr\u00e9 Ducarne<\/strong>, d\u00e9put\u00e9 et conseiller g\u00e9n\u00e9ral du canton de Landrecies, repr\u00e9sente cette droite rurale, s\u00e9rieuse, mod\u00e9r\u00e9e, attach\u00e9e \u00e0 la terre et aux r\u00e9alit\u00e9s du territoire. Son influence d\u00e9passe son canton : il incarne une mani\u00e8re de gouverner, faite de proximit\u00e9, de constance, de fid\u00e9lit\u00e9 aux habitants. <strong>Ren\u00e9 Locoche<\/strong>, conseiller g\u00e9n\u00e9ral du Quesnoy\u2011Ouest, est l\u2019autre visage de cette droite mod\u00e9r\u00e9e. Pendant de longues ann\u00e9es, il tient son canton avec une stabilit\u00e9 remarquable, incarnant une droite tranquille, enracin\u00e9e, attentive aux besoins des communes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le bassin de la Sambre, longtemps domin\u00e9 par le socialisme et le communisme, une autre figure s\u2019impose : <strong>Jo\u00ebl Wilmotte<\/strong>. Maire de Hautmont, conseiller g\u00e9n\u00e9ral UMP, il parvient \u00e0 installer durablement la droite r\u00e9publicaine dans une ville ouvri\u00e8re o\u00f9 cela semblait impossible. Sa long\u00e9vit\u00e9 politique, sa capacit\u00e9 \u00e0 incarner une droite de proximit\u00e9, son ancrage personnel dans la vie municipale font de lui un acteur majeur de la recomposition politique du bassin industriel. Wilmotte repr\u00e9sente cette droite capable de s\u2019adapter \u00e0 un territoire en mutation, de parler aux ouvriers, aux familles, aux commer\u00e7ants, dans un contexte o\u00f9 les anciennes fid\u00e9lit\u00e9s politiques s\u2019effritent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 partir des ann\u00e9es 1980, <strong>Alain Poyart<\/strong> devient l\u2019un des visages les plus connus de la droite r\u00e9publicaine dans l\u2019Avesnois. H\u00e9ritier politique d\u2019Arthur Moulin, il incarne une droite pragmatique, enracin\u00e9e, attentive aux r\u00e9alit\u00e9s locales. Pendant pr\u00e8s de quarante ans, il accompagne la modernisation des communes, la transformation des intercommunalit\u00e9s, la gestion des crises industrielles. Sa pr\u00e9sence constante, son influence, sa capacit\u00e9 \u00e0 f\u00e9d\u00e9rer font de lui un rep\u00e8re politique dans tout l\u2019arrondissement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les cantons ruraux, la droite r\u00e9publicaine conserve longtemps une position solide. Elle s\u2019appuie sur les agriculteurs, les commer\u00e7ants, les artisans, les professions lib\u00e9rales. Elle incarne une forme de stabilit\u00e9 dans un territoire boulevers\u00e9 par la d\u00e9sindustrialisation. Alors que le bassin de la Sambre bascule massivement \u00e0 gauche, puis vers le vote contestataire, les cantons d\u2019Avesnes, de Landrecies, du Quesnoy, de Tr\u00e9lon restent attach\u00e9s \u00e0 une droite mod\u00e9r\u00e9e, souvent d\u00e9mocrate\u2011chr\u00e9tienne, parfois gaulliste, toujours r\u00e9publicaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette droite locale n\u2019est pas id\u00e9ologique : elle est territoriale. Elle parle de routes, d\u2019\u00e9coles, de commerces, de s\u00e9curit\u00e9, de services publics. Elle incarne une proximit\u00e9 que les habitants appr\u00e9cient. Elle est le contrepoint du monde ouvrier, le miroir du socialisme industriel, l\u2019autre visage de l\u2019Avesnois. Dans les ann\u00e9es 1980\u20132000, alors que le socialisme d\u00e9cline et que le communisme s\u2019effondre, la droite r\u00e9publicaine devient le dernier pilier stable du paysage politique local.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais elle aussi va \u00eatre bouscul\u00e9e. La mont\u00e9e du vote contestataire, nourrie par la d\u00e9sindustrialisation, le ch\u00f4mage, la pr\u00e9carit\u00e9, le sentiment d\u2019abandon, fragilise les \u00e9quilibres anciens. Les cantons ruraux, longtemps fid\u00e8les \u00e0 la droite mod\u00e9r\u00e9e, voient appara\u00eetre de nouvelles forces politiques. Le gaullisme, qui avait structur\u00e9 la vie politique pendant un demi\u2011si\u00e8cle, s\u2019efface peu \u00e0 peu. La droite r\u00e9publicaine, autrefois dominante dans les campagnes, doit d\u00e9sormais composer avec un vote protestataire qui traverse toutes les cat\u00e9gories sociales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, le gaullisme et la droite r\u00e9publicaine dans l\u2019Avesnois ne sont pas des parenth\u00e8ses : ce sont des h\u00e9ritages. Ils prolongent les fid\u00e9lit\u00e9s anciennes, accompagnent les modernisations, r\u00e9sistent aux crises, puis s\u2019effacent devant les recompositions contemporaines. Ils racontent un territoire o\u00f9 la droite n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un bloc, mais une mosa\u00efque : monarchiste au XIX\u1d49 si\u00e8cle, gaulliste au XX\u1d49, r\u00e9publicaine au tournant du XXI\u1d49. Une droite qui, comme l\u2019Avesnois lui\u2011m\u00eame, change, se transforme, se r\u00e9invente.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-color has-link-color wp-elements-30a1f3e1fdba0fadea810bebc75a5921\" style=\"color:#3a5fb0\"><strong>Chapitre VII \u2014 La recomposition politique contemporaine<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fin du XX\u1d49 si\u00e8cle ouvre dans l\u2019Avesnois une p\u00e9riode de basculement profond. Les grandes forces politiques qui avaient structur\u00e9 le territoire \u2014 le socialisme industriel, le communisme municipal, la droite gaulliste rurale \u2014 commencent \u00e0 se fissurer. Ce n\u2019est pas un changement brutal, mais une lente \u00e9rosion, un glissement, une recomposition qui s\u2019op\u00e8re au rythme des fermetures d\u2019usines, des d\u00e9parts de population, des crises sociales, des transformations \u00e9conomiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La d\u00e9sindustrialisation frappe la vall\u00e9e de la Sambre avec une violence rare. Les hauts\u2011fourneaux se taisent, les ateliers se vident, les d\u00e9p\u00f4ts ferroviaires se r\u00e9duisent, les laminoirs disparaissent. Ce n\u2019est pas seulement une perte d\u2019emplois : c\u2019est une rupture du lien social. Pendant des d\u00e9cennies, l\u2019usine avait \u00e9t\u00e9 un espace de sociabilit\u00e9 politique, un lieu o\u00f9 l\u2019on apprenait \u00e0 voter, \u00e0 d\u00e9battre, \u00e0 se mobiliser. Les syndicats, les cellules du PCF et du PS formaient des citadelles ouvri\u00e8res o\u00f9 le vote se transmettait de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Lorsque ces citadelles s\u2019effondrent, c\u2019est tout un monde qui dispara\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le prol\u00e9tariat syndiqu\u00e9 laisse place \u00e0 une mosa\u00efque de travailleurs du tertiaire, souvent pr\u00e9caires, int\u00e9rimaires, isol\u00e9s politiquement. Le discours de la lutte des classes, autrefois puissant, se dissout dans un sentiment d\u2019abandon. Les tournants \u00e9conomiques des gouvernements de gauche des d\u00e9cennies pass\u00e9es sont v\u00e9cus comme une d\u00e9sillusion, parfois comme une trahison sociale. Le vote \u00e0 gauche, qui reposait sur la fiert\u00e9 productive et le progr\u00e8s collectif, se fragmente. La rel\u00e9gation g\u00e9ographique, face \u00e0 la puissance m\u00e9tropolitaine de Lille, devient un th\u00e8me central. L\u2019Avesnois, longtemps fier de son industrie, se d\u00e9couvre p\u00e9riph\u00e9rique, oubli\u00e9, fragilis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce paysage boulevers\u00e9, le vote contestataire s\u2019impose. Le Rassemblement National capte la col\u00e8re n\u00e9e du ch\u00f4mage, de la pr\u00e9carit\u00e9, de la disparition des usines, du sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique. Il devient le premier parti ouvrier de la r\u00e9gion, un paradoxe apparent qui r\u00e9v\u00e8le en r\u00e9alit\u00e9 une transformation profonde : le monde ouvrier n\u2019est plus structur\u00e9 par les syndicats, mais par la solitude sociale. Le vote RN n\u2019est pas un vote id\u00e9ologique : c\u2019est un vote de rupture, un vote de col\u00e8re, un vote de territoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La droite r\u00e9publicaine, longtemps solide dans les cantons ruraux, doit elle aussi composer avec cette recomposition. Les figures historiques \u2014 Arthur Moulin, Andr\u00e9 Ducarne, Ren\u00e9 Locoche, Alain Poyart \u2014 ont incarn\u00e9 une droite mod\u00e9r\u00e9e, enracin\u00e9e, pragmatique, capable de tenir les communes et les cantons pendant plusieurs d\u00e9cennies. Mais cette droite, fond\u00e9e sur la proximit\u00e9, la stabilit\u00e9, la gestion, se trouve fragilis\u00e9e par l\u2019\u00e9mergence d\u2019un vote protestataire qui traverse toutes les cat\u00e9gories sociales. Les cantons ruraux, autrefois fid\u00e8les \u00e0 la droite mod\u00e9r\u00e9e, voient appara\u00eetre de nouvelles forces politiques. Le gaullisme s\u2019efface. La droite r\u00e9publicaine doit se r\u00e9inventer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le socialisme, autrefois triomphant dans le bassin industriel, s\u2019effondre \u00e0 son tour. Les municipalit\u00e9s de gauche perdent leurs bastions. Les sections se vident. Les r\u00e9seaux militants disparaissent. Le communisme, qui avait \u00e9t\u00e9 une force municipale majeure, ne survit que dans quelques enclaves. Le monde ouvrier, autrefois structur\u00e9 par les partis de gauche, devient un monde \u00e9clat\u00e9, o\u00f9 chacun cherche une r\u00e9ponse \u00e0 sa solitude sociale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, la recomposition politique contemporaine de l\u2019Avesnois n\u2019est pas une simple \u00e9volution : c\u2019est un basculement. Un passage d\u2019un monde structur\u00e9 \u00e0 un monde fragment\u00e9. D\u2019une politique de classes \u00e0 une politique de territoires. D\u2019un vote d\u2019appartenance \u00e0 un vote de rupture. L\u2019Avesnois entre dans le XXI\u1d49 si\u00e8cle avec une identit\u00e9 politique nouvelle, faite de contrastes, de fractures, de recompositions, mais aussi d\u2019une m\u00e9moire profonde qui continue de fa\u00e7onner les comportements \u00e9lectoraux.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-color has-link-color wp-elements-fd05c0c884a783b07081489249f46399\" style=\"color:#3a5fb0\"><strong>Conclusion g\u00e9n\u00e9rale \u2014 Un territoire qui change, une m\u00e9moire qui demeure<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019Avesnois est un territoire o\u00f9 la politique n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un simple choix \u00e9lectoral. Elle est une histoire, une m\u00e9moire, une g\u00e9ographie, une sociologie, une mani\u00e8re d\u2019habiter le monde. En huit si\u00e8cles, il a connu toutes les couleurs : la fid\u00e9lit\u00e9 f\u00e9odale, le catholicisme militant, le r\u00e9publicanisme mod\u00e9r\u00e9, le socialisme triomphant, le communisme municipal, le gaullisme rural, puis la recomposition contemporaine marqu\u00e9e par la d\u00e9sindustrialisation et le vote contestataire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chaque \u00e9poque a laiss\u00e9 une empreinte. Les seigneurs du Moyen \u00c2ge ont fa\u00e7onn\u00e9 les premi\u00e8res structures du pouvoir. Les notables du XIX\u1d49 si\u00e8cle ont accompagn\u00e9 la modernit\u00e9 r\u00e9publicaine. Les ouvriers du XX\u1d49 si\u00e8cle ont construit une identit\u00e9 politique unique, faite de solidarit\u00e9, de luttes, de fiert\u00e9. Les \u00e9lus gaullistes et r\u00e9publicains ont tenu les cantons, structur\u00e9 les communes, accompagn\u00e9 les transitions. Les recompositions contemporaines r\u00e9v\u00e8lent les fractures d\u2019un territoire confront\u00e9 \u00e0 la disparition de son industrie et \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de nouvelles col\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais malgr\u00e9 ces basculements, une constante demeure : l\u2019Avesnois est un territoire qui ne cesse de se r\u00e9inventer. Il change, il se transforme, il se cherche, mais il ne se renie jamais. Sa m\u00e9moire politique est profonde, complexe, vivante. Elle raconte un pays o\u00f9 les identit\u00e9s ne disparaissent pas : elles se transforment. Un pays o\u00f9 la politique est un miroir de la soci\u00e9t\u00e9, un reflet des espoirs, des peurs, des luttes, des fractures. Un pays o\u00f9 chaque \u00e9poque \u00e9claire la suivante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019Avesnois n\u2019est pas un territoire immobile. C\u2019est un territoire en mouvement. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce mouvement qui fait sa richesse.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-color has-link-color wp-elements-57106a4d2d2b2469c9a99e7727dd6c6b\" style=\"color:#3a5fb0\">Synth\u00e8se finale sous forme de tableau<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>(version adapt\u00e9e \u00e0 <\/em><em><strong>toute ta fresque politique<\/strong><\/em><em>, du XIII\u1d49 au XXI\u1d49 si\u00e8cle)<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Synth\u00e8se des couleurs politiques de l\u2019Avesnois (XIII\u1d49\u2013XXI\u1d49 si\u00e8cle)<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Version 4 colonnes (optimis\u00e9e)<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><thead><tr><th>P\u00e9riode<\/th><th>Couleur dominante<\/th><th>Forces sociales<\/th><th>Figures majeures<\/th><\/tr><\/thead><tbody><tr><th>XIII\u1d49\u2013XVIII\u1d49<\/th><td>Droite f\u00e9odale, catholicisme<\/td><td>Noblesse, abbayes, bailliages<\/td><td>Comtes de Hainaut, Albret, Cro\u00ff, M\u00e9rode, Ligne\u2011Arenberg, Preseau, d\u2019Anneux, Orl\u00e9ans<\/td><\/tr><tr><th>XIX\u1d49<\/th><td>Monarchisme rural &amp; r\u00e9publicanisme mod\u00e9r\u00e9<\/td><td>Notables, cur\u00e9s, presse<\/td><td>La Haye Saint\u2011Hilaire, Legrand, Guillemin, familles industrielles<\/td><\/tr><tr><th>1900\u20131930<\/th><td>Socialisme industriel<\/td><td>Ouvriers, syndicats<\/td><td>Coppeaux, Derigny, Madeleine, Paul<\/td><\/tr><tr><th>1930\u20131970<\/th><td>Socialisme &amp; communisme municipaux<\/td><td>Prol\u00e9tariat structur\u00e9<\/td><td>Lagrange, G. Coppeaux, Forest, Cappe<\/td><\/tr><tr><th>1945\u20131980<\/th><td>Communisme ouvrier<\/td><td>M\u00e9tallurgie, rail<\/td><td>Brichot, Pierrard<\/td><\/tr><tr><th>1950\u20132000<\/th><td>Gaullisme &amp; droite r\u00e9publicaine<\/td><td>Agriculteurs, commer\u00e7ants<\/td><td>Moulin, Ducarne, Locoche, Wilmotte, Poyart<\/td><\/tr><tr><th>2000\u20132024<\/th><td>Vote contestataire<\/td><td>Travailleurs pr\u00e9caires<\/td><td>Micha\u00ebl Taverne (d\u00e9put\u00e9 RN de la 12\u1d49 circonscription du Nord)<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Synth\u00e8se des basculements politiques <\/strong><\/h3>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><thead><tr><th>Basculement<\/th><th>Cause<\/th><th>Effet<\/th><th>Nouvelle couleur<\/th><\/tr><\/thead><tbody><tr><th>F\u00e9odalit\u00e9 \u2192 Monarchie<\/th><td>Int\u00e9gration au royaume<\/td><td>Droite catholique<\/td><td>Monarchisme<\/td><\/tr><tr><th>Monarchie \u2192 R\u00e9publique<\/th><td>R\u00e9volution, presse<\/td><td>Dualit\u00e9 rural\/urbain<\/td><td>R\u00e9publicanisme<\/td><\/tr><tr><th>R\u00e9publique \u2192 Socialisme<\/th><td>Industrialisation<\/td><td>Bastion ouvrier<\/td><td>Socialisme<\/td><\/tr><tr><th>Socialisme \u2192 Communisme<\/th><td>Radicalisation ouvri\u00e8re<\/td><td>Citadelles PCF<\/td><td>Communisme<\/td><\/tr><tr><th>Communisme \u2192 Gaullisme<\/th><td>Stabilisation rurale<\/td><td>Droite mod\u00e9r\u00e9e<\/td><td>Gaullisme<\/td><\/tr><tr><th>Gaullisme \u2192 RN<\/th><td>D\u00e9clin industriel<\/td><td>Vote protestataire<\/td><td>Contestation<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Synth\u00e8se des figures politiques majeures <\/strong><\/h3>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><thead><tr><th>Si\u00e8cle<\/th><th>Forces dominantes<\/th><th>Figures cl\u00e9s<\/th><th>Territoires<\/th><\/tr><\/thead><tbody><tr><th>XIII\u1d49\u2013XVIII\u1d49<\/th><td>F\u00e9odalit\u00e9<\/td><td>Albret, Cro\u00ff, M\u00e9rode, Ligne\u2011Arenberg<\/td><td>Avesnes, Tr\u00e9lon<\/td><\/tr><tr><th>XIX\u1d49<\/th><td>Monarchisme &amp; R\u00e9publique<\/td><td>La Haye Saint\u2011Hilaire, Legrand, Guillemin<\/td><td>Avesnes, Fourmies<\/td><\/tr><tr><th>XX\u1d49 (1900\u20131950)<\/th><td>Socialisme &amp; Communisme<\/td><td>Coppeaux, Derigny, Lagrange, Brichot, Pierrard<\/td><td>Fourmies, Sambre<\/td><\/tr><tr><th>XX\u1d49 (1950\u20132000)<\/th><td>Gaullisme<\/td><td>Moulin, Ducarne, Locoche, Wilmotte, Poyart<\/td><td>Avesnes, Landrecies<\/td><\/tr><tr><th>XXI\u1d49<\/th><td>Contestation<\/td><td>Micha\u00ebl Taverne (d\u00e9put\u00e9 RN)<\/td><td>Sambre &amp; cantons ruraux<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans l\u2019Avesnois, la politique n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un simple bulletin gliss\u00e9 dans une urne. Elle est une m\u00e9moire, un paysage, une mani\u00e8re d\u2019habiter le monde. Les villages du bocage, les cit\u00e9s ouvri\u00e8res de la Sambre, les usines, les campagnes et les bourgs ont fa\u00e7onn\u00e9 des fid\u00e9lit\u00e9s profondes, des ruptures, des basculements. Ici, chaque \u00e9poque a &hellip; <a href=\"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/les-grandes-tendances-politiques-de-lavesnois-a-travers-les-siecles\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Les grandes tendances politiques de l\u2019Avesnois \u00e0 travers les si\u00e8cles&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-28222","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/PaOEkN-7lc","jetpack-related-posts":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/28222","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=28222"}],"version-history":[{"count":15,"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/28222\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":28237,"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/28222\/revisions\/28237"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=28222"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}