{"id":8389,"date":"2019-09-18T19:29:58","date_gmt":"2019-09-18T17:29:58","guid":{"rendered":"http:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/?page_id=8389"},"modified":"2023-06-14T17:28:19","modified_gmt":"2023-06-14T15:28:19","slug":"lindustrie-en-avesnois-au-xviii-e-siecle","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/lindustrie-en-avesnois-au-xviii-e-siecle\/","title":{"rendered":"L&rsquo;industrie en Avesnois au XVIII\u00e8 si\u00e8cle"},"content":{"rendered":"\n<p>Au XVIII e si\u00e8cle, la r\u00e9gion d&rsquo;Avesnes \u2014 nous entendons la contr\u00e9e qui s&rsquo;\u00e9tend entre la Sambre et la fronti\u00e8re et aussi celle qui borde la rive gauche de la Sambre \u2014 est l&rsquo;une des plus industrielles de France. Si d&rsquo;autres r\u00e9gions fran\u00e7aises, Flandre, Picardie, Normandie, Champagne, pour ne citer que les provinces du Nord, sont aussi actives, il n&rsquo;en est point, celle de Lille except\u00e9e, o\u00f9 l\u2019activit\u00e9 des habitants rev\u00eat des formes plus diverses. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais ces \u00e9tablissements industriels ne ressemblent en rien \u00e0 ceux du XXe si\u00e8cle qui se groupent, se serrent aupr\u00e8s de certains points g\u00e9ographiques, voies ferr\u00e9es ou fluviales, bassins houillers, au point de constituer des agglom\u00e9rations monstrueuses o\u00f9 s&rsquo;agitent des milliers d&rsquo;ouvriers. On les trouve au contraire diss\u00e9min\u00e9s dans les petites cit\u00e9s, les bourgs, les plus petits villages ; ils affectent de rechercher les campagnes plus que les villes. Ce sont des \u00e9l\u00e9ments industriels tr\u00e8s humbles, petits ateliers avec quelques ouvriers, parfois un seul, dans lesquels, le machinisme n\u2019\u00e9tant encore qu&rsquo;a l\u2019\u00e9tat rudimentaire, le travail s&rsquo;effectue \u00e0 la force des bras et des outils. L&rsquo;industrie de l&rsquo;Avesnois, comme d&rsquo;ailleurs celle de toute la France du XVIIIe si\u00e8cle, est donc surtout rurale et compos\u00e9e d\u2019\u00e9l\u00e9ments modestes. C&rsquo;est l&rsquo;industrie des petits m\u00e9tiers \u00e9parpill\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p>Activit\u00e9 intense, activit\u00e9 \u00e9parpill\u00e9e, telle est la caract\u00e9ristique de la vie industrielle des anciens habitants de notre pays. Voyons maintenant :<\/p>\n\n\n\n<p>1\u00b0 Pourquoi la r\u00e9gion d&rsquo;Avesnes est industrielle;                                          2\u00b0 En quoi consiste cette industrie;                                                                        3\u00b0 Quels obstacles se sont oppos\u00e9s \u00e0 son d\u00e9veloppement et pourquoi elle a disparu. <\/p>\n\n\n\n<p>Si l&rsquo;industrie a pris naissance dans la r\u00e9gion d&rsquo;Avesnes au cours des si\u00e8cles pass\u00e9s, c&rsquo;est que le paysan y \u00e9tait pauvre.<\/p>\n\n\n\n<p>II est curieux de remarquer que le paysan d&rsquo;autrefois s&rsquo;occupe le plus activement d&rsquo;industrie dans les contr\u00e9es o\u00f9 le sol est le plus ingrat. Quand il ne peut trouver de quoi et se nourrir pour une ann\u00e9e enti\u00e8re sur le lopin de terre qui s&rsquo;abrite derri\u00e8re sa chaumi\u00e8re, force lui est bien de chercher ailleurs que dans l\u2019agriculture, c&rsquo;est \u00e0 dire dans le travail industriel, un compl\u00e9ment indispensable de ressources. Ainsi sa vie, celle de sa femme et ses enfants sont conditionn\u00e9es par le petit atelier qui voisine avec la grange et l\u2019\u00e9table. Les rapports officiels des intendants sont unanimes \u00e0 le constater. <\/p>\n\n\n\n<p>Or la r\u00e9gion d&rsquo;Avesnes nourrissait mal ses habitants. Une grande partie du sol \u00e9tait alors perdue pour l&rsquo;agriculture et l\u2019\u00e9levage : la foret de Tr\u00e9lon, plus vaste qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, la Hale d&rsquo;Avesnes qui s&rsquo;allongeait d&rsquo;Est en Ouest, entre Solre-le-Ch\u00e2teau et les bords de la Sambre et avait \u00e0 certains endroits plus de deux lieues de largeur, une quantit\u00e9 d&rsquo;autres bois, dont la haie de Cartignies, aujourd&rsquo;hui disparus, en faisaient alors un pays forestier. Dans les coins \u00e9cart\u00e9s, le sol \u00e9tait maigre : dans les fonds mal irrigu\u00e9s, il \u00e9tait humide et mar\u00e9cageux; sur les pentes et les croupes des collines, il \u00e9tait trop sec ; il \u00e9tait en outre mal fum\u00e9 parce que le paysan pauvre n&rsquo;avait qu&rsquo;un b\u00e9tail insuffisant et que point n\u2019\u00e9tait question alors d&rsquo;engrais chimiques. Au total, peu de surface cultivable et peu de fertilit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>De la pauvret\u00e9 de leur pays les habitants se rendaient bien compte lorsqu&rsquo;ils recommandaient, en 1790, \u00e0 leurs d\u00e9put\u00e9s, de ne pas les laisser surcharger d\u2019imp\u00f4ts par l\u2019Assembl\u00e9e Nationale ( <br> Observations int\u00e9ressantes pour servir d&rsquo;adjonctions au cahier des dol\u00e9ances, demandes et remontrances du baillage d&rsquo;Avesnes, 14-19 f\u00e9vrier 1790 :A. D. Nord. L. 714. dos. 10) : \u00ab Il sera tr\u00e8s essentiel de consid\u00e9rer que celui (le district) d&rsquo;Avesnes, compos\u00e9 de sa terre et de celle de Maubeuge, Barbenson, Solre-le-Ch\u00e2teau, Tr\u00e9lon, Etroeungt, etc., est couvert de beaucoup de broussailles, de rochers, de bruy\u00e8res, et dune grande quantit\u00e9 de terrains presque incultes et que, par suite, les habitants se sentent de cette st\u00e9rilit\u00e9 ; qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas un douzi\u00e8me de terres labourables en \u00e9tat de germer du froment ; que ce douzi\u00e8me n&rsquo;est susceptible d&rsquo;en produire qu a force de d\u00e9penses; qu&rsquo;il n&rsquo;y a qu&rsquo;environ deux douzi\u00e8mes de bons p\u00e2turages, tant en clos qu&rsquo;en prairies, qui servent \u00e0 soutenir le commerce des bestiaux et de leur production : que le surplus, tant en terres qu&rsquo;en gazon, est d&rsquo;un produit si mince qu&rsquo;il ne vaut pas plus de 2, 3. 4, 5 et bien rarement 6 livres de France de rendage ( rapport) par rasi\u00e8re de 80 verges \u00e0 20 pieds du Hainaut par verge; qu&rsquo;enfin le levant du Hainaut, particuli\u00e8rement depuis la rivi\u00e8re Sambre jusqu&rsquo;aux Pays-Bas autrichiens et le pays de Li\u00e8ge, consiste en montagnes d&rsquo;un quart de lieue \u00e0 l&rsquo;autre, ce qui rend les sommets arides et les fonds fangeux, froids, humides et par cons\u00e9quent toujours ingrats. <\/p>\n\n\n\n<p>Et ce pays pauvre, on le verra plus loin, est \u00e0 l\u2019\u00e9cart des voies de transit, il est lui-m\u00eame presque sans routes, tout \u00e0 fait sans canaux ; il ne peut \u00eatre commer\u00e7ant. Les villes sont de petites places de guerre resserr\u00e9es dans leurs remparts : Avesnes n&rsquo;a que 2.900 habitants, Maubeuge, 5.600, Landrecies, 2.200 (A.D. Nord L 5485, d\u00e9cembre 1792). Leur \u00ab aisance d\u00e9pend uniquement du plus ou moins de garnison \u00bb qu&rsquo;elles abritent ( Cf. CAFFIAUX, op. cit. p. 298 ). <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:left\">De petites cit\u00e9s qui v\u00e9g\u00e8tent au milieu d&rsquo;une campagne pauvre, avec des relations commerciales difficiles, tel parait le pays d&rsquo;Avesnes au XVIIIe si\u00e8cle. \u00ab Son sol est si peu fertile que l&rsquo;industrie seule peut alimenter ses habitants \u00bb disait de sa commune la municipalit\u00e9 de Tr\u00e9lon, en 1790 ( M\u00e9moire de la municipalit\u00e9 de Tr\u00e9lon 10 nov 1790 A. D Nord, L. 5622), et cette parole est applicable \u00e0 tout le reste du pays. Ce sont les conditions naturelles qui obligent l&rsquo;habitant \u00e0 se  livrer \u00e0 l&rsquo;industrie. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">II <\/p>\n\n\n\n<p><br>Naturellement cette industrie est en d\u00e9pendance avec les produits du sous-sol. Or le sous-sol rec\u00e8le du fer. II existe, sur le territoire de Tr\u00e9lon, une poche de minerai, une mini\u00e8re, tr\u00e8s activement exploit\u00e9e en surface dans la premi\u00e8re partie du si\u00e8cle. Vers 1742, le minerai superficiel \u00e9tant \u00e9puis\u00e9, il faut travailler en profondeur et les eaux inondent les excavations. On instable des pompes mais les frais de l&rsquo;extraction deviennent trop lourds et on doit renvoyer les ouvriers. Il e\u00fbt fallu de longs et dispendieux travaux pour remettre la mine en \u00e9tat et personne n&rsquo;osait y risquer ses capitaux. Des ma\u00eetres de forges, en 1779, se faisaient forts de rendre l&rsquo;extraction possible et r\u00e9mun\u00e9ratrice en moins de trois ans si le gouvernement  voulait leur fournir un secours 100.000 livres (Ibid Cf CAFFIAUX, op cit, p 294). Le secours ne fut pas accord\u00e9, mais en  1785, !es travaux furent repris par le marquis de M\u00e9rode qui poss\u00e9dait un haut-fourneau aux environs. Il fit construire un vaste aqueduc souterrain pour l\u2019\u00e9coulement des eaux  de la mini\u00e8re; il y avait d\u00e9pens\u00e9 100 000 livres en 1790, et esp\u00e9rait reprendre l&rsquo;extraction \u00e0 la fin de 1791, utilisant en attendant les restes du minerai tir\u00e9 depuis longtemps et des gueuses de fer de Belgique ( Ibid., A. Nord, L. 5545. f\u00b0 22v. ). Mais il \u00e9migra au d\u00e9but de cette ann\u00e9e 1791, abandonnant et la mine inachev\u00e9e et les ouvriers. En 1794, un individu nomm\u00e9 D\u00e9pret demanda au d\u00e9partement l&rsquo;autorisation de poursuivre le travail avec les sommes provenant du s\u00e9questre des biens de la famille de M\u00e9rode ( D\u00e9pret \u00e0 Groslevin, 17 flor\u00e9al an 2. A. D. Nord. L. 5619 3), mais nous ne sachons pas qu&rsquo;il ait  \u00e9t\u00e9 \u00e9cout\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce fer de Tr\u00e9lon avait un d\u00e9faut : il \u00e9tait  \u00ab trop acre et pas assez nerveux \u00bb suivant l&rsquo;expression du temps, pour servir \u00ab aux ouvrages de fatigue \u00bb, comme les bandages de roues et les ferrements de voitures. II n\u2019\u00e9tait utilisable que pour la serrurerie, la fabrication des clous et autres produits similaires ( Direction des douanes de Lille au d\u00e9part., 12 avril 1791. A. D. Nord, L. 1489). Le fer dur \u00e9tait amen\u00e9 du pays de Li\u00e8ge \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de gueuses qui \u00e9taient repass\u00e9es a la fonderie ( M\u00e9moire des Ma\u00eetres des forges du Hainaut, 12 avril 1791. A. D. Nord, L. 1489) ; L. 5515, f\u00b022). <\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9sence du minerai de fer \u00e0 Tr\u00e9lon et dans la Belgique autrichienne voisine de la fronti\u00e8re avait fait \u00e9clore dans la partie orientale de la r\u00e9gion de l&rsquo;Avesnois, bon nombre de petits \u00e9tablissements m\u00e9tallurgiques qui s\u2019\u00e9taient \u00e9chelonn\u00e9s tout le long des ruisseaux et des rivi\u00e8res, les uns tr\u00e8s anciens, les autres n\u00e9s seulement au XVIIIe si\u00e8cle : quatre hauts-fourneaux \u00e9taient en activit\u00e9 en 1737, ceux du Pont-de-Sains, de F\u00e9ron (aux moines de Liessies), de la Galopperie (pr\u00e8s d&rsquo;Anor), et de Hayon (territoire de Tr\u00e9lon, au marquis de M\u00e9rode ( Correspondance Darche-Massart. A. D. Nord. C. 270). Mais ce dernier seul subsiste encore en 1790; les autres ont \u00e9t\u00e9 transform\u00e9s en forges et on les retrouvera plus loin ( <br>H. et G. BOURGIN, op. cit, p. 327 ). De modestes usines disons plut\u00f4t des ateliers, fabriquent le fer en barres, qu&rsquo;on appelait aussi le fer fendu d&rsquo;o\u00f9 leur nom de fenderies , \u00e0 Cousolre et \u00e0 Jeumont ( Tableau des forges et aci\u00e9ries du district d&rsquo;Avesnes  13 frim II A D Nord L 5507 f\u00b0 11, L 5545 f\u00b0 22, 22 f\u00e9vr 1791) Une vingtaine de forges : quatre \u00e0 Eppe-Sauvage (P\u00e9tition de la Municipalit\u00e9 d&rsquo;Eppe-Sauvage 29 nov 1790 A D Nord L 5621 dos 26), une au Pont -de-Sains, une \u00e0 Glageon, trois \u00e0 Tr\u00e9lon (celle de Laudrissart, de Hayon, du Fourneau), une \u00e0 Fourmies (Bas-Fourneau), cinq \u00e0 Anor ( la Galopperie, forge d&rsquo;Anor ou Vieille-Forge, Milourd, Neuve-Forge, la Lobiette) , une \u00e0 Willies, une \u00e0 Liessies (la Mothe, aux moines), une \u00e0 F\u00e9ron, deux \u00e0 Cousolre et une \u00e0 Bousignies. (A D Nord L 5619; 5545 f\u00b0 21 v 22, L 1497).  A l&rsquo;exception de cette derni\u00e8re qui produisait du fer en plaques, toutes les autres travaillaient le fer en barres et employaient par cons\u00e9quent la mati\u00e8re premi\u00e8re venue d&rsquo;au del\u00e0 de la fronti\u00e8re. Leur combustible \u00e9tait le bois, exclusivement.<\/p>\n\n\n\n<p>Chacun de ces \u00e9tablissements n&rsquo;occupaient gu\u00e8re que six ou huit ouvriers forgerons, mais autour de ceux-ci, plus ou moins pr\u00e8s de l&rsquo;atelier, s&rsquo;agitaient une cinquantaine d&rsquo;autres travailleurs, b\u00fbcherons pour abattre les arbres des for\u00eats, charbonniers pour pr\u00e9parer le charbon de bois, voituriers pour le transport du combustible, des gueuses, des fers fabriqu\u00e9s (P\u00e9tition de la Municipalit\u00e9 d&rsquo;Eppe-Sauvage 29 nov 1790 A D Nord L 5621 dos 26), etc\u2026 Quel salaire recevaient-ils ? Les documents ne permettent pas de pr\u00e9ciser.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7\u00e0 et l\u00e0, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des forges, se sort parfois install\u00e9es des platineries qui produisent de la t\u00f4le et du fer en feuilles : deux \u00e0 Cousolre, trois \u00e0 Villers-Sire-Nicole, une \u00e0 Jeumont, avec chacune une demi-douzaine d&rsquo;ouvriers. A Maubeuge, une clouterie-platinerie-quincaillerie, l\u2019\u00e9tablissement m\u00e9tallurgique de beaucoup le plus important de la r\u00e9gion, fait travailler 500 ouvriers, dont quarante habitent en ville et les autres dans les villages voisins, qui on presque tous un atelier \u00e0 leur domicile, viennent chercher \u00e0 l&rsquo;usine la mati\u00e8re premi\u00e8re et y rapportent le produit fabriqu\u00e9. Une masse de fer d&rsquo;un poids de 900.000 livres est amen\u00e9e pour elle chaque ann\u00e9e du comte de Namur, de la Su\u00e8de et de la Russie (requ\u00eate de Massart 16 mars 1791 A D Nord L 1497) ; Vibert au d\u00e9part 2 janv 1792 L 1500). Aux portes m\u00eames de Maubeuge, mais sur le territoire de Ferri\u00e8re-la-Grande, fonctionne depuis 1794, une manufacture royale d&rsquo;armes comptant elle aussi 500 ouvriers \u00e0 domicile, fournissant annuellement aux troupes fran\u00e7aises et aux civils plus de 20.000 fusils et rapportant 270.000 livres. Elle aussi fait venir la mati\u00e8re premi\u00e8re du pays de Li\u00e8ge et de Namur (A D Nord L 5545 f\u00b0 24v)<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait ni vers la France ni vers les Pays-Bas que pouvaient s\u2019\u00e9couler tous ces produits m\u00e9tallurgiques, fers en barres ou en plaques, articles divers de serrurerie, ustensiles de m\u00e9nage, etc\u2026 Les Pays-Bas n&rsquo;avaient que faire de nos articles : ils en fabriquaient plus que nous et \u00e0 meilleur march\u00e9 ; leurs \u00e9tablissements \u00e9taient plus prosp\u00e8res que les n\u00f4tres. Quant \u00e0 la France, elle avait eu soin de maintenir, entre le Hainaut devenu fran\u00e7ais en 1668 et la Picardie, les anciennes barri\u00e8res douani\u00e8res qui depuis la conqu\u00eate n&rsquo;avaient plus de raison d\u2019\u00eatre, lui coupant tout trafic vers le sud et ne lui laissant de d\u00e9bouch\u00e9 commercial que vers la Flandre et le Cambr\u00e9sis. C&rsquo;est donc de ce seul c\u00f4t\u00e9 que les fabricants du pays d&rsquo;Avesnes peuvent vendre leurs marchandises et ils les m\u00e8nent \u00e0 Cambrai, \u00e0 Valenciennes et \u00e0 Lille (C.f. CAFFIAUX, op. cit. p 298 ). <\/p>\n\n\n\n<p>Au lieu de se tenir \u00e0 proximit\u00e9 de la fronti\u00e8re belge, comme l&rsquo;industrie m\u00e9tallurgique, l&rsquo;industrie textile s&rsquo;est au contraire r\u00e9pandue davantage dans les villes et les villages du pays tout entier et elle occupe par cons\u00e9quent un plus grand nombre de bras. Filer et tisser la laine des moutons de l&rsquo;Avesnois et du pays voisin de Namur est l&rsquo;occupation des paysannes et m\u00eame des paysans en presque toutes les paroisses. Aux environs de Solre-le-Ch\u00e2teau, par exemple, 400 ouvriers des deux sexes en filent \u00e0 peu pr\u00e8s 100.000 livres. Une partie de cette laine fil\u00e9e, retordue \u00e0 Avesnes et \u00e0 Fourmies ( (C.f. CAFFIAUX, op. cit. p 316), est tiss\u00e9e dans les petits ateliers des villes et des bourgs. On en fait des \u00e9toffes grossi\u00e8res appel\u00e9es serges et cas\u00e9es : \u00e0 Avesnes, en 1779, 8 m\u00e9tiers et 80 personnel en fabriquent annuellement 400 pi\u00e8ces d&rsquo;une valeur totale de 28.000 livres ( C.f. CAFFIAUX, op. cit. p 325) ; dans le pays de Solre, 50 m\u00e9tiers et 500 ouvriers en fournissent 3.000 pi\u00e8ces estim\u00e9es 210.000 livres parfois m\u00eame 300.000 ; dans celui de Maubeuge, 250 tisseurs avec 12 m\u00e9tiers en produisent 1100 pi\u00e8ces pour 72 000 livres (A D Nord L 5545 f\u00b0 16-17); Etroeungt a 6 m\u00e9tiers (Municipalit\u00e9 d&rsquo;Etroeungt au d\u00e9part 30 pluvi\u00f4se an 3,  18 F\u00e9v 1795 A D Nord L 1407). Comme les produits m\u00e9tallurgiques et pour les m\u00eames raisons, ces serges et ces cas\u00e9es prennent presque toutes le chemin de la Flandre et du Cambr\u00e9sis.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre partie de la laine fil\u00e9e dans les campagnes est utilis\u00e9e pour la fabrication des bas. Avesnes poss\u00e8de 2 m\u00e9tiers qui donnent chacun 9 paires de bas par semaine, \u00e0 30 sous la paire; \u00e0 Tr\u00e9lon et dans les villages voisins, 150 ouvriers en confectionnent plus de 80.000 paires chaque ann\u00e9e; de la ville et des environs de Solre-le-Ch\u00e2teau, sont lanc\u00e9es sur les march\u00e9s 160 000 paires de bas d&rsquo;une valeur  de 240.000 livres, produit du travail de 800 ouvri\u00e8res et de 250 m\u00e9tiers. On y tricote aussi de gros gants appel\u00e9s mouffes \u00e0 20 sous la paire ( CAFFIAUX op cit p 327-328). <\/p>\n\n\n\n<p>En m\u00eame temps que la laine, les paysans filent le coton  \u00ab venu des Iles et de Marseille \u00bb ; ils en font des bas et des flanelles, pour une somme de 21.000 livres ( BONNASSIEUX et LELONG Inventaires et proc\u00e8s-verbaux du Conseil du Commerce, Paris,1900 P 443 b). Sur cette industrie du coton, nos renseignements sont tr\u00e8s succincts comme d&rsquo;ailleurs sur celle de la toile que fabriquent, dans le canton de Prisches, une cinquantaine de tisserands \u00e0 domicile (A D Nord L 5545 f\u00b0 16-17). <\/p>\n\n\n\n<p>Ces \u00e9toffes, ces toiles, ces fils \u00e9taient en grande partie blanchis par les Fourmisiens qui \u00e9taient all\u00e9s en Hollande s&rsquo;initier aux m\u00e9thodes de blanchissage et r\u00e9ussissaient presque aussi bien que les Valenciennois, si r\u00e9put\u00e9s pour leur savoir-faire (CAFFIAUX op cit p 363). <\/p>\n\n\n\n<p>Pour ne rien omettre, il convient de mentionner aussi une petite fabrique de chapeaux, \u00e0 Avesnes. Elle appartenait \u00e0 un ma\u00eetre fabricant, aid\u00e9 d&rsquo;un seul ouvrier, qui faisait pour 22.000 livres d&rsquo;affaires avec les 800 chapeaux qu&rsquo;il vendait \u00e0 ses compatriotes (CAFFIAUX op cit p 335). <\/p>\n\n\n\n<p>Travail du fer, travail de la laine, telles sont indiscutablement les occupations principales des anciens habitants de la r\u00e9gion d&rsquo;Avesnes, particuli\u00e8rement autour de Solre et de Tr\u00e9lon : c&rsquo;est l\u00e0 que se trouve le minerai de fer et que les mati\u00e8res premi\u00e8res de Belgique arrivent le plus facilement, mais c&rsquo;est l\u00e0 aussi que le sol est le plus pauvre et le plus plus couvert de for\u00eats : double raison pour que les paysans y soient en m\u00eame temps des artisans.<\/p>\n\n\n\n<p>Outre ces industries qui ont totalement disparu, d&rsquo;autres moins r\u00e9pandues, \u00e9taient aussi tr\u00e8s actives et subsistent encore aujourd&rsquo;hui, au moins partiellement. La fabrication des poteries de terre existe d\u00e8s le XVII e si\u00e8cle, non seulement \u00e0 Sars-Poteries qui exp\u00e9die ses produits jusqu\u2019\u00e0 Paris,mais aussi \u00e0 Ferri\u00e8re-la-Grande  qui envoie les siens dans les Pays-Bas autrichiens et m\u00eame, par Dunkerque, jusqu&rsquo;en Am\u00e9rique (Ibid p 265 p 331). <\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des verriers \u00e0 Fourmies (verrerie du Houy, 34 ouvriers) qui \u00e9coulent leurs gros verres blancs dans le Soissonnais; il y en a davantage \u00e0 Anor (190 ouvriers) qui produisent glaces et vitres communes, verres de table et environ 350.000 bouteilles exp\u00e9di\u00e9es surtout vers Reims. Faute de charbon, les fourneaux des verreries \u00e9taient eux aussi chauff\u00e9s au bois : l&rsquo;usine d&rsquo;Anor en consommait 900 cordes par an, celle de Fourmies 1100 que 120 b\u00fbcherons pr\u00e9paraient dans les for\u00eats voisines au cours de l&rsquo;hiver (Ibid p 303 p 305). <\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;anciennes marbreries \u00e9taient encore prosp\u00e8res \u00e0 Tr\u00e9lon, \u00e0 Wallers et \u00e0 Cousolre (M\u00e9m de la munic de Tr\u00e9lon 10 nov 1790 A.D. Nord L 56223). <\/p>\n\n\n\n<p>Enfin des tanneries \u00e9taient diss\u00e9min\u00e9es dans les petites cit\u00e9s : \u00e0 Solre-le-Ch\u00e2teau, une trentaine d&rsquo;ouvriers repartis en plusieurs \u00e9tablissements pr\u00e9paraient en 1790, 14.908. peaux ; Avesnes en travaillait 2.388 et Maubeuge 2.076. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans les villes, les petits bourgeois rivalisent donc avec les paysans des villages \u00e9gaill\u00e9s par les prairies et les for\u00eats : les uns et les autres fondent le minerai de fer, mart\u00e8lent l&rsquo;enclume, tissent la laine fil\u00e9e par les femmes, polissent le marbre, soufflent le verre, abattent les arbres,pr\u00e9parent le charbon de bois, tannent les peaux du b\u00e9tail \u00e9lev\u00e9 dans le pays. L\u2019\u00e9t\u00e9, les villageois se livrent aux travaux de la fenaison et de la moisson. Voila le tableau de l\u2019activit\u00e9 industrielle des habitants de l&rsquo;Avesnois au XVIIIe si\u00e8cle, harmonis\u00e9e aux avantages et aux exigences du sol. Comme dans les autres r\u00e9gions fran\u00e7aises, c&rsquo;est bien l&rsquo;industrie des petits ateliers \u00e9parpill\u00e9s, en un mot l&rsquo;industrie rurale. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">III<\/p>\n\n\n\n<p><br> Elle eut prosp\u00e9r\u00e9 si elle avait \u00e9t\u00e9 favoris\u00e9e par les conditions \u00e9conomiques. Or elle n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 second\u00e9e par la nature et elle a \u00e9t\u00e9 contrari\u00e9e par les \u00e9v\u00e9nements. <\/p>\n\n\n\n<p>Quel n&rsquo;eut pas \u00e9t\u00e9 son essor si le pays avait poss\u00e9d\u00e9 de la houille ! On s\u2019\u00e9tait imagine, au XVIII e si\u00e8cle, que le sous-sol en recelait \u00e0 une petite profondeur et l&rsquo;on s\u2019\u00e9tait mis \u00e0 faire de nombreux sondages : en 1735, en 1756 et en 1771, aux environs du Quesnoy ; en 1772, \u00e0 Obies, en 1775,\u00e0 Glageon (Couplevoie), \u00e0 Tr\u00e9lon, \u00e0 Jeumont, \u00e0 Aulnoye, \u00e0 Sassegnies, \u00e0 Landrecies, \u00e0 Saint-R\u00e9mi-Chauss\u00e9e ; en 1782, Aulnoye encore et, en 1783, encore \u00e0 Saint-R\u00e9mi. En ces deux derni\u00e8res localit\u00e9s et \u00e0 Glageon, les chercheurs avaient trouv\u00e9 des veines, avaient \u00e9t\u00e9 transport\u00e9s d\u2019all\u00e9gresse et fait chanter des Te Deum, puis en \u00e9taient rest\u00e9s l\u00e0. Tout le monde fut intrigu\u00e9 de leur inaction inexplicable apr\u00e8s des d\u00e9buts si engageants. Des gens qui se disaient bien inform\u00e9s cont\u00e8rent que les entrepreneurs s\u2019\u00e9taient trouv\u00e9s \u00e0 court d&rsquo;argent et que l\u00a0\u00bbextraction eut \u00e9t\u00e9 trop co\u00fbteuse ; d&rsquo;autres que l&rsquo;exploitation \u00e9tait emp\u00each\u00e9e par une coalition des marchands de charbon d\u00e9sireux de maintenir les prix \u00e9lev\u00e9s du combustible ( Projet du district d&rsquo;Avesnes contre la mendicit\u00e9, 1791. A. D. Nord, L. 481, n* 9. CAFFIAUX, op. cit., p. 347. ). Mais dans ces racontars, o\u00f9 est la v\u00e9rit\u00e9 ? <\/p>\n\n\n\n<p>II parait certain que les sondages de Saint-R\u00e9mi ont fait rencontrer une veinule de houille. En 1786, le 16 mai, un habitant de Maroilles, Deulin, obtient du Conseil royal l&rsquo;autorisation d&rsquo;exploiter \u00ab seul pendant vingt ans les mines qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvertes \u00e0 Saint-R\u00e9mi \u00bb. Ce privil\u00e8ge n&rsquo;eut d&rsquo;autre effet que de procurer \u00e0 Deulin l&rsquo;occasion d&rsquo;engloutir tout son avoir dans la fosse qu&rsquo;il faisait approfondir. La veine \u00e9puis\u00e9e, il continua de creuser et se trouva, en 1792, \u00e0 bout de ressources, oblig\u00e9 de qu\u00e9mander un secours au d\u00e9partement ( A. D. Nord. L. 549o, f\u00b0 26 ; 5563). Rien ne dit qu&rsquo;il l&rsquo;obtint et de guerre lasse sans doute, il abandonna ses recherches qui l&rsquo;avaient ruin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>A Glageon, en 1776, un individu nomm\u00e9 Puissant avait aussi \u00ab fait enfoncer une fouille\u00bb et d\u00e9couvert un excellent combustible, mais il \u00e9tait d\u00e9c\u00e9d\u00e9 presque aussit\u00f4t ; le trou du charbon avait \u00e9t\u00e9 recouvert et \u00e9tait encore \u00e0 l&rsquo;abandon en 1790 ( A. D. Nord, L. 5545, f\u00b0 24 v-25, Tableau des mines de charbon existant dans le district d&rsquo;Avesnes, 13 frim. an 2 (A. D. Nord, L. 5597, f\u00b0 10v). D autre part, \u00e0 Tr\u00e9lon, un habitant qui approfondissait une mini\u00e8re de fer en 1750, avait mis \u00e0 jour  \u00ab une esp\u00e8ce de houille qui br\u00fblait bien \u00bb. Mais lui aussi avait tr\u00e9pass\u00e9, laissant les travaux en suspens. En 1785, lorsque le marquis de M\u00e9rode fit commencer l&rsquo;aqueduc dont nous avons parl\u00e9 plus haut, les ouvriers rencontr\u00e8rent encore \u00ab les indices d&rsquo;une terre houille qui br\u00fblait sans flamener \u00bb. C\u2019\u00e9tait la troisi\u00e8me d\u00e9couverte en l&rsquo;espace de trente-cinq ans. On comprend que les habitants apr\u00e8s avoir vu et mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve le combustible, se soient obstin\u00e9s \u00e0 croire en la richesse immense de leurs pays et d\u00e9sir\u00e9 que le puits commenc\u00e9 \u00e0 Tr\u00e9lon fut approfondi. \u00ab Si on parvient \u00e0 le perfectionner, \u00e9crivait le district d&rsquo;Avesnes en 1791, les forges y trouveront l&rsquo;avantage de se procurer sans beaucoup de frais la houille qui leur est n\u00e9cessaire \u00bb. Et \u00e0 propos de la mine de Glageon : \u00ab il est prouv\u00e9 que cette mine est de bonne qualit\u00e9 et qu&rsquo;elle serait abondante si elle \u00e9tait suivie \u00bb ( A. D. Nord, L. 5545, P 22 V, f\u00b0 24,25. ). Mais qui se chargerait de la suivre ? Le marquis avait \u00e9migr\u00e9 au d\u00e9but de 1791. Au mois d&rsquo;Avril de cette m\u00eame ann\u00e9e, le receveur de la r\u00e9gie de Tr\u00e9lon, Walkiers, se hasarda \u00e0 courir l&rsquo;aventure : il obtint de l&rsquo;intendant du Hainaut le privil\u00e8ge exclusif de \u00ab fouiller dans les entrailles de la terre pour la d\u00e9couverte du charbon de terre \u00bb \u00e0 Tr\u00e9lon et \u00e0 quatre lieues de distance ( Requ\u00eate de Walkiers, 2 nov. 1790 A.D. Nord, L. 383, n\u00b0 86; L. 5562, f\u00b0 11 v-12 ; 5488, f\u00b0 3o). Nous ne sachons pas qu&rsquo;il ait mieux r\u00e9ussi que Deulin \u00e0 Saint-R\u00e9mi. <\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9pit des apparences prometteuses, le sous-sol avesnois n&rsquo;avait d\u00e9cid\u00e9ment pas \u00e9t\u00e9 dot\u00e9 de charbon par la nature; et ce fut tans pis pour l&rsquo;industrie, qui d&rsquo;ailleurs souffrait aussi du manque de moyens de communications.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce pays montueux et difficile , les routes \u00e9taient rares au XVIII e si\u00e8cle. Une seule le traversait du Nord au Sud, celle de Maubeuge \u00e0 La Capelle par Avesnes, pav\u00e9e en 1739 de Maubeuge Larouillies (CAFFIAUX op cit p 274)\u2022 Comme toutes les autres routes, elle \u00e9tait ferm\u00e9e en plusieurs endroits: \u00e0 Beaufort et Mont-Dourlers notamment, par des barri\u00e8res qu&rsquo;on ne pouvait franchir qu&rsquo;en payant des droits et qui restaient closes obstin\u00e9ment \u00e0 la mauvaise saison ( A. D. Nord. L. registre 142, f\u00a0\u00bb 74-75 ; 141, n\u00b0 12. ). Partout ailleurs, des chemins de terre plus ou moins tortueux, escarp\u00e9s et ravin\u00e9s, coup\u00e9s de gu\u00e9s, difficiles \u00e0 la belle saison, totalement impraticable par le d\u00e9gel et par la pluie ( A. D. Nord, L. 481, n\u00b0 2.). Le canal de la Sambre \u00e0 l&rsquo;Oise, commenc\u00e9 en 1781, n&rsquo;est pas ach\u00e8ve en 1799 (Ibid). La route de Landrecies \u00e0 Avesnes n&rsquo;est commenc\u00e9e qu&rsquo;en 1783 ( Regist. des d\u00e9lib\u00e9rations du d\u00e9part., 28 f\u00e9vr. 1793 A. D. Nord. L. 107, f\u00b0 192v-193) ) ; de Landrecies \u00e0 Berlaimont, il n&rsquo;existe en 1791 qu&rsquo;un petit sentier dans lequel les voitures ne peuvent s&rsquo;engager ( C&rsquo;est Rochambeau qui, voulant \u00e9tablir en 1791 un camp de 40.000 hommes \u00e0 Berlaimont, fit construire cette route de Landrecies \u00e0 Berlaimont par le Sarbaras. II y employa 250 chasseurs du Gevaudan. A. D. Nord, L. 11 1, 1&prime; 75). ; Etroeungt n&rsquo;est r\u00e9uni au Nouvion que par une piste ( A. D. Nord. L. 107, f\u00b0 194 v) ; aux portes m\u00eame d&rsquo;Avesnes, les chariots s\u2019emp\u00eatrent dans des fondri\u00e8res ( A. D. Nord. L. 123,f\u00b0 239 ). Le canton de Tr\u00e9lon, le plus industriel peut-titre, est encore a peu pr\u00e8s isol\u00e9 du reste du district en 1790. On a bien six ans auparavant, au temps de l&rsquo;intendant S\u00e9nac de Meilhan, adjug\u00e9 \u00e0 des entrepreneurs la construction d&rsquo;une large route en gravier depuis Avesnes jusqu\u2019\u00e0 la fronti\u00e8re belge par Tr\u00e9lon, mais les travaux se sont born\u00e9s \u00e0 presque rien : on a \u00e9difi\u00e9 quelques ponts sur les ruisseaux ; on a fait quelques d\u00e9blaiements et des amoncellements de cailloux qui reposent encore sur les champs et les pr\u00e8s voisins. L&rsquo;ancien chemin, l&rsquo;unique, est si d\u00e9grad\u00e9 qu&rsquo;au cours de l&rsquo;hiver 1790-1791, on ne peut charger les voitures attel\u00e9es de huit ou dix chevaux que de 1500 livres au plus, sous peine de rester embourb\u00e9.(En mai 1812, la route d&rsquo;Avesnes \u00e0 Chimai n&rsquo;est pas encore ouverte : le d\u00e9partement, qui manque d&rsquo;argent, pr\u00e9f\u00e8re entreprendre celle d&rsquo;Avesnes \u00e0 Philippeville par Solre-le-Ch\u00e2teau qui co\u00fbtera beaucoup moins cher. C&rsquo;est seulement en 1831 que le Conseil d arrondissement d&rsquo;Avesnes propose la construction des routes de Berlaimont \u00e0 Avesnes ; de Maroilles \u00e0 Maubeuge avec embranchement sur Hachette ; d&rsquo;Avesnes \u00e0 Willies ; de Glageon \u00e0 Hirson ; de Solre-le-Ch\u00e2teau \u00e0 Ferri\u00e8re-la-Grande ; d&rsquo;Etroeungt aux Fayts. La d\u00e9pense totale est estim\u00e9e \u00e0 500.000 francs. Le 3 ao\u00fbt 1833, le Conseil g\u00e9n\u00e9ral vote les cr\u00e9dits de la route Solre-le-Ch\u00e2teau-Maubeuge, et le 18 juillet 1834, ceux de la route Berlaimont-Le Quesnoy par le Sarbaras. (A. D. Nord, 2\/6, f\u00b0 46, 131 ; 2\/17, f\u00b0 198 ; 2\/ 2\/23, f\u00b0 209).  <\/p>\n\n\n\n<p>La plupart des villages sont inaccessibles aux v\u00e9hicules pendant six mois de l&rsquo;ann\u00e9e (A. D. Nord. L. 5547, f\u00b0 20 V-21 ). Les transports sont effectu\u00e9s \u00e0 dos d&rsquo;\u00e2ne, de mule ou \u00e0 dos d&rsquo;homme. Et c&rsquo;est au fonds de ce pays perdu que s&rsquo; \u00e9taient fix\u00e9es les industries du fer et du verre pour \u00eatre \u00e0 proximit\u00e9 de la mati\u00e8re premi\u00e8re et aussi parce que le gouvernement royal, estimant que ces industries consommaient trop de bois, les avait rel\u00e9gu\u00e9es, par arr\u00eat du 9 ao\u00fbt, 1723, bien loin des voies navigables et des routes, afin qu&rsquo;elles ne pussent utiliser que les bois  dont l&rsquo;exportation \u00e9tait impossible (CAFFIAUX op cit p 304). Ainsi d\u00e9pourvues de routes et de voies navigables, quel essor pouvaient prendre les industries du pays d&rsquo;Avesnes?<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre entrave encore : la concurrence \u00e9trang\u00e8re, qui fut dommageable \u00e0 toutes les industries avesnoises \u00e0 la fin de l&rsquo;Ancien r\u00e9gime. Les marbreries virent leurs produits supplant\u00e9s par ceux des marbreries \u00e9trang\u00e8res o\u00f9 l&rsquo;exploitation \u00e9tait plus facile et dont le marbre \u00e9tait \u00e0 la mode : celle de Tr\u00e9lon ne gardait plus, en 1789, que des sculpteurs et des polisseurs ; celle de Wallers ferma ses portes.. Les verreries de Fourmies et d&rsquo;Anor se virent priv\u00e9es d&rsquo;une partie de leurs d\u00e9bouch\u00e9s lorsque les \u00e9tablissements rivaux de l\u2019\u00e9tranger, m\u00eame de l&rsquo;Allemagne, furent autoris\u00e9es par le pouvoir royal \u00e0 amener leurs verres et leurs glaces \u00e0 Lille, \u00e0 Valenciennes et \u00e0 Dunkerque ; elles furent r\u00e9duites au ch\u00f4mage pendant une partie de l\u2019ann\u00e9e. A leur tour, les fabriques de cas\u00e9es eurent \u00e0 lutter, et avec d\u00e9savantage, contre les cas\u00e9es de Thuin qui \u00e9taient moins ch\u00e8res. Pour les prot\u00e9ger, le gouvernement royal soumit les \u00e9toffes \u00e9trang\u00e8res \u00e0 un droit de douane, mais, les fronti\u00e8res \u00e9tant mal gard\u00e9es, il ouvrit ainsi la porte \u00e0 la fraude et ses mesures protectrices furent inefficaces. (CAFFIAUX op cit p 324).<\/p>\n\n\n\n<p>Inefficaces aussi, et pour la m\u00eame raison, ses efforts pour d\u00e9fendre la m\u00e9tallurgie. En 1759, les fabriques de clous jusque l\u00e0 prosp\u00e8res, avaient d\u00fb augmenter leurs produits de dix pour cent par suite d&rsquo;une augmentation correspondante pr\u00e9lev\u00e9e par le gouvernement li\u00e9geois sur les gueuses export\u00e9es. Du m\u00eame coup, elles virent les clous de Li\u00e8ge et de Namur vendus \u00e0 meilleur compte que les leurs sur les march\u00e9s fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9carter cette f\u00e2cheuse concurrence, les propri\u00e9taires d&rsquo;une clouterie r\u00e9cemment install\u00e9e \u00e0 Marly pr\u00e8s de Valenciennes, qui avaient de hautes relations, firent frapper tous les clous \u00e9trangers d&rsquo;un droit prohibitif, mesure excellente si les fronti\u00e8res avaient \u00e9t\u00e9 surveill\u00e9es mais qui fut funeste parce que les douaniers ne gardaient rien. Tout le long de la fronti\u00e8re, depuis Hirson jusqu&rsquo;\u00e0 Charleville, \u00e0 Saint-Michel, \u00e0 Neuville, \u00e0 Marquenoise, les contrebandiers transport\u00e8rent \u00e0 travers bois leurs nombreux ballots de clous \u00e0 bon marche, au grand pr\u00e9judice des clouteries du pays d&rsquo;Avesnes qui commenc\u00e8rent \u00e0 v\u00e9g\u00e9ter ( Mem des ma\u00eetres de forges du district d&rsquo;Avesnes, sans date. A. D. Nord, L. 1497 ; 5545, f\u00b0 23. Cf. CAFFIAUX, op. cit., p. 297. ). Puis vint le tour des forgerons que la concurrence \u00e9trang\u00e8re obligea \u00e0 diminuer leur production. Quelques uns m\u00eame renonc\u00e8rent \u00e0 travailler. Vers 1770, les quatre ma\u00eetres de forge d&rsquo;Eppe-Sauvage ferm\u00e8rent leur petit atelier et ce fut la ruine du village ou presque tous les hommes \u00e9taient batteurs de fer, ou voituriers, ou b\u00fbcherons, ou  \u00ab&nbsp; faiseurs de charbon \u00bb. Deux cents d&rsquo;entre eux perdirent leur gagne-pain : les uns s&rsquo;en all\u00e8rent au loin chercher de l&rsquo;ouvrage, d&rsquo;autres abandonn\u00e8rent le m\u00e9tier et s\u2019embauch\u00e8rent comme ouvriers agricoles, faucheurs, faneurs, r\u00e9sign\u00e9s \u00e0  \u00ab gagner de tr\u00e8s petites journ\u00e9es encore que tr\u00e8s rarement \u00bb, jusqu&rsquo;au jour o\u00f9, devenus de pauvres h\u00e8res, ils s&rsquo;expatri\u00e8rent \u00e0 leur tour. Et ainsi, en chacune des derni\u00e8res ann\u00e9es de l&rsquo;Ancien r\u00e9gime, la petite paroisse vit s&rsquo;\u00e9loigner quelques uns de ses habitants devenus des sans-travail ( P\u00e9tition de la munic. d&rsquo;Eppe-Sauvage, 27 nov. 1790. A. D. Nord, L 5621, dos. 26 ). <\/p>\n\n\n\n<p>Tous ces \u00e9tablissements industriels, d\u00e9j\u00e0 fortement \u00e9branl\u00e9s dans le dernier tiers du XVIII e si\u00e8cle&rsquo; s\u2019\u00e9croul\u00e8rent pendant la R\u00e9volution. La Constituante porta aux m\u00e9tallurgistes un coup tr\u00e8s sensible en frappant les gueuses \u00e9trang\u00e8res d&rsquo;un droit de treize sous au quintal (22 mars 1790), droit qu elle r\u00e9duisit d&rsquo;ailleurs de moiti\u00e9 aux cris d&rsquo;alarme pouss\u00e9s par les fabricants (9 octobre 1790) ( D\u00e9cret du 26 oct. 1790, placard ; D\u00e9part. au distr. d&rsquo;Avesnes, 14 avril 1791. Direct des douanes de Lille au d\u00e9part.. 12 avril 1791 AD Nord L 4489). En m\u00eame temps, le trouble politique s&rsquo;aggravant sans cesse, la vie \u00e9conomique fut suspendue ; les laines \u00e9trang\u00e8res, \u00e0 plus raison le coton, n&rsquo;arriv\u00e8rent plus et les ouvriers textiles ralentirent puis arr\u00eat\u00e8rent leurs m\u00e9tiers. Solre-le-Ch\u00e2teau n&rsquo;a plus en 1790, que trente-quatre m\u00e9tiers en activit\u00e9 au lieu de cinquante (CAFFIAUX op cit p 326-329) ; Avesnes a laisse tomber de moitie sa production de cas\u00e9es et de serges, Maubeuge des deux tiers et Tr\u00e9lon des trois cinqui\u00e8mes. En 1791, Avesnes n&rsquo;a m\u00eame plus que deux ateliers avec six tisseurs (A D Nord 5545 f\u00b0 16-17). Et \u00e0 mesure que s\u2019\u00e9teignent aussi les feux des industries m\u00e9tallurgiques, le commerce du bois s&rsquo;assoupit ( M\u00e9m.de la munic de Tr\u00e9lon 10 nov 1790 A D Nord L 5622). C&rsquo;est le ch\u00f4mage ! Les enr\u00f4lements de 1792, la conscription de 1793, le manque de num\u00e9raire accentuent encore la crise (A D Nord L 5597 f\u00b011), mais le coup de gr\u00e2ce, c&rsquo;est l&rsquo;invasion.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1793, l&rsquo;ennemi qui bloquait Maubeuge arriva aux portes d&rsquo;Avesnes. Rejet\u00e9 sur la rive gauche de la Sambre apr\u00e8s Wattignies, iL s&rsquo;y maintint pendant l&rsquo;hiver et, au printemps, prit Landrecies, poussa jusqu&rsquo;au Nouvion et d\u00e9vasta la vall\u00e9e de la petite Helpe en m\u00eame temps qu&rsquo;il razziait les-cantons si industriels de Maubeuge, de Solre et de Tr\u00e9lon. On sait quels ravages entra\u00eenait avec soi l&rsquo;occupation d&rsquo;un pays par l&rsquo;ennemi et m\u00eame par les troupes amies : forges, ateliers textiles de tout genre, verreries, tanneries,. tout fut pille par l&rsquo;ennemi ou abandonn\u00e9e par les habitants ( A D Nord L 5597 f\u00b011 ). Avec la disette qui suivit la lib\u00e9ration du territoire, et qui dura deux ans (1794-1796), dans le district d&rsquo;Avesnes qui fut le plus \u00e9prouv\u00e9 de la r\u00e9gion du Nord parce qu&rsquo;il \u00e9tait le plus d\u00e9pourvu de c\u00e9r\u00e9ales, les derniers ouvriers refus\u00e8rent de travailler, faute de pain et s&rsquo;expatri\u00e8rent avec une foule de paysans et de bourgeois pour trouver des vivres ( District \u00e0 Gossuin 22 pluviose an 3 A D Nord L 5590 f\u00b0 80v). A cette \u00e9poque de famine et de mis\u00e8re, o\u00f9 le pain manquait au point que le district d&rsquo;Avesnes d\u00e9clarait que \u00ab la mort attendait les habitants des villes et des trois. quarts des cornmunes \u00bb, o\u00f9 les hommes \u00e9taient en r\u00e9quisition permanents avec quelques rares chevaux \u00e9chapp\u00e9s aux rafles op\u00e9r\u00e9es par les Autrichiens et surtout par les Fran\u00e7ais, pouvait-il encore \u00eatre question de prosp\u00e9rit\u00e9 industrielle et commerciale.<\/p>\n\n\n\n<p> Ainsi donc tous les \u00e9l\u00e9ments de cette petite industrie rurale, \u00e9pars jusque dans le moindre village, qui avaient pris naissance dans le pays d&rsquo;Avesnes par la force m\u00eame des conditions naturelles et s\u2019\u00e9taient d\u00e9velopp\u00e9es autant que l&rsquo;avaient permis les conditions \u00e9conomiques du XVIIIe si\u00e8cle, tous sombr\u00e8rent dans la tourmente r\u00e9volutionnaire. L&rsquo;industrie se releva-t-elle ensuite et dans quelle mesure ? Quelles furent ses vicissitudes jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 elle fut d\u00e9finitivement \u00e9cras\u00e9e par le machinisme du XIXe si\u00e8cle, il serait int\u00e9ressant de le rechercher. Abb\u00e9 J. PETER, Docteur es-Lettres. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au XVIII e si\u00e8cle, la r\u00e9gion d&rsquo;Avesnes \u2014 nous entendons la contr\u00e9e qui s&rsquo;\u00e9tend entre la Sambre et la fronti\u00e8re et aussi celle qui borde la rive gauche de la Sambre \u2014 est l&rsquo;une des plus industrielles de France. Si d&rsquo;autres r\u00e9gions fran\u00e7aises, Flandre, Picardie, Normandie, Champagne, pour ne citer que les provinces du Nord, &hellip; <a href=\"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/lindustrie-en-avesnois-au-xviii-e-siecle\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;L&rsquo;industrie en Avesnois au XVIII\u00e8 si\u00e8cle&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"footnotes":""},"class_list":["post-8389","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/PaOEkN-2bj","jetpack-related-posts":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/8389","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8389"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/8389\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/patrimoine-avesnois.fr\/chemin\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8389"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}