Rainsars : La Fontaine d’un temps immémorial et l’abreuvoir public de 1857

La Fontaine et l’abreuvoir public : (Journal de Fourmies 24/05/1896)

Une fête exceptionnelle a eu lieu à Rainsars ce dimanche 17 mai, à l’occasion de l’heureux résultat obtenu par la commune dans le procès à elle intenté par le sieur Bailly E., concernant la fontaine et l’abreuvoir publics qu’il prétendait accaparer. Une délégation de la musique de Sains vint prêter son concours pour le baptême des dits abreuvoir et fontaine.

Il reste à croire que messire Bailly a eu certainement beaucoup de peine à digérer la carte à payer ses folies.

La nuit précédant ce baptême, certain personnage avait fait placarder un petit poulet fielleux qui frise l’insulte, la menace et la diffamation ; en outre, faisant allusion à des personnalités mortes depuis longtemps, et cela sans avoir osé mettre sa signature.

Ceci donne la mesure de son courage. Le soir un petit banquet réunissait les membres du conseil municipal et un bon nombre d’électeurs. Au déssert, M. Détrée, maire, y prononça le discours suivant :

Messieurs,

Je ne saurais laisser terminer cette soirée sans vous dire combien je suis heureux de présider cette petite réunion, inutile de vous répéter le motif qui nous a poussés à organiser cette petite fête d’aujourd’hui, qui se termine par ce banquet auquel un assez grand nombre ont bien voulu souscrire. Je les en remercie sincèrement.

Soucieux du devoir qui m’a été imposé en acceptant le mandat de conseiller municipal et les délicates fonctions de maire, je crois pouvoir dire que je n’y ai pas failli. J’ai fait droit A tous j’ai soutenu les intérêts de chacun dans la même proportion et principalement ceux de la commune. Vous en avez la preuve, Messieurs, dans ce qui a été fait au sujet de notre fontaine et de notre abreuvoir publics qui avaient été construits par nos ancêtres avec les deniers de la commune, au profit de tous les habitants. La fontaine existait depuis un temps immémorial sur le terrain communal, l’abreuvoir fut construit en 1857, en partie sur le terrain communal et en partie sur le petit bout de terrain échangé à l’amiable.

Tout cela se passait très bien ; tout le monde était content de se servir de l’eau pour abreuver ses bestiaux en temps de sécheresse. Rappeliez- vous les années 1892 et l893, quels services ce réservoir nous a rendus.

Eh bien ! au moment où l’on se croyait tranquille, où le conseil municipal, se trouvant fort de son union, dirigeait les nuances de la commune le mieux possible, cherchant à faire le bien- être de tout le monde, il réussissait à mener à bonne fin les travaux suivants :

1 Remplacement de l’institutrice par un instituteur ; „

2 Prolongement et empierrement d environ 1300 mètres de chemins ruraux et servitudes ;

3 Entrée de 550 mètres de chemins ruraux dans le service vicinal (dit chemins des combes et de Noire terre).

4 Entourage de la place publique ;

5 Arrangement de la cour de la mairie, citerne et pompe pour aménagement de l’instituteur ;

6 Meilleur entretien de nos routes, etc.

Et cela sans augmentation de centimes additionnels…

En quatre années, au moment dis je, Messieurs, où l’esprit d’apaisement et de tranquillité commençait à régner dans notre commune, une personne que vous connaissez tous, a eu la malheureuse idée de réclamer la fontaine et l’abreuvoir comme lui appartenant. Elle a voulu nous empêcher d’y accéder. Qui aurait jamais pu croire que quelqu’un aurait osé faire une réclamation aussi saugrenue ! Et cependant elle a été faite.

Mais aussitôt, Messieurs, votre maire réunissait son conseil municipal en séance extraordinaire. Le conseil, à l’unanimité, décida de poursuivre par les voies de droit et par les tribunaux compétents, ce perturbateur.

Pas d’hésitation ! La bataille fut aussitôt engagée. Le maire a, comme un général commandant un corps d’armée en cas de mobilisation, monté sur son cheval de bataille, accompagné de ses aides de camp, pris la décision de déployer toutes ses forces pour répondre à un ennemi redoutable, puisqu’il est retors en cette matière.

Nous étant mis sur la défensive et nos positions étant bien choisies, nous étions redoutables aussi. Nous étions à même de riposter. Notre adversaire ne croyait pas que nous aurions résisté jusqu’au bout, sans doute. Il ne savait pas que nous avions, derrière nous, une armée de réserve aussi redoutable que la première.

Cette deuxième armée, Messieurs, était composée de vieux grenadiers, à la moustache grise, à la démarche branlante, mais à l’œil vif et ne reculant devant aucun danger. C étaient les vieillards de notre commune que l’on voyait arriver à la mairie, la tète baute, montant les escaliers péniblement, mais courageusement, tiers de leur mission. Ils venaient faire une déposition libre, nette, sincère, écrasante. Ils donnaient ainsi le coup décisif qui a été terrible pour l’adversaire, puisqu’il a battu en retraite.

Eli bien ! Messieurs, c’est à nous, jeunes encore, de profiter de la leçon que nous ont donnée ces vieillards. C’est l’exemple de la justice, du droit, du devoir auxquels tout bon citoyen français ne doit jamais faillir.

Je vous engage, Messieurs, à lever vos verres à la santé de la justice et à celle de nos vieux braves.

Vive Rainsars ! Vive la France ! Vive la République ! DETRÈE Ernest.