Eth

Panorama d’Eth

Eth : vue sur l’étang et la forêt

Eth est un joli petit village enfoui dans la verdure. Il est comme Bry, son voisin, d’origine fort ancienne car des vestiges gallo-romains y ont été découverts.

L’étymologie est la même que pour la ville d’Ath (d’ailleurs il s’appelait Ath au XII e  siècle). Il tire son nom du germanique « haitha » qui signifie les bruyères.

Eth apparaît dès 1186 parmi les paroisses du décanat de Valenciennes. Avant le XVe siècle, les sources demeurent lacunaires : aucun seigneur n’est clairement identifié. Le village relevait de la prévôté du Quesnoy, dépendance administrative du comte de Hainaut, et devait les services d’ost et de chevauchée. Au tournant du XVe siècle, plusieurs membres de la Maison de Sars occupent les plus hautes charges du Hainaut : Allard « Lion » de Sars (1352‑1409) puis son fils Guillaume (1370/1390‑1428/1438) furent prévôts du Quesnoy. C’est dans ce contexte que la seigneurie d’Eth entre dans leur patrimoine.

La seigneurie passe ensuite à Eustache de Sars (1412‑1438), fils de Guillaume, qui est le premier de la famille à être explicitement mentionné comme seigneur d’Eth. Mort sans enfant, Eustache laisse la seigneurie à son frère Georges de Sars (1420‑1481). À cette génération, la succession change de branche : la sœur de Georges, Jeanne de Sars (v1420‑v1476), épouse Baudry XII de Roisin (v1410‑v1472). Par ce mariage, la seigneurie d’Eth entre dans la Maison de Roisin, qui la conserve au milieu du XVe siècle. Leur fils ou petit‑fils procède à la vente d’Eth peu avant 1484.

À cette date, Gilles de Reulin, bourgeois de Mons, est déjà seigneur d’Eth. En 1484, il acquiert auprès de Charles de Croy, comte de Chimay, la terre voisine de Bry, qui relevait alors de la paroisse d’Eth. La famille Ruelin conserve la seigneurie durant plusieurs générations : Étienne de Ruelin (?-v1534), François de Ruelin (né à Eth en 1501), puis Gilles (ou Guillaume) de Ruelin, Antoine de Ruelin (né en 1589), et enfin Louise de Ruelin, dame héritière au début du XVIIe siècle.

Par alliances, Eth passe ensuite dans la Maison de Haynin, grande famille hennuyère. Plusieurs branches se succèdent : Charles de Haynin, époux de Louise de Ruelin ; leur fille Anne de Haynin, mariée à Jacques de Haynin, cité en 1659 ; puis François Philippe de Haynin (?-1709), baron d’Amelincourt et de Wambrechies, époux en 1659 de Louise Anne Françoise de Haynin, dame d’Eth. Leur fils Philippe Charles de Haynin (?-1709) meurt sans postérité, ce qui met fin à la lignée seigneuriale directe.

Au XVIIIe siècle, la seigneurie d’Eth est alors acquise par Bernard François Le Ducq, écuyer, époux de Jeanne Thérèse Thireau. Leur fils Philippe François Le Ducq, né en 1709, hérite du domaine et le transmet à son tour à Simon François Le Ducq. La lignée se poursuit avec Charles Joseph Marie Leducq (1770‑1848), écuyer d’Eth, chevalier de l’Ordre royal et militaire de Saint‑Louis, qui exerce également la fonction de maire en 1824. Avec lui s’achève l’histoire seigneuriale d’Eth à l’époque contemporaine.

L’église d’Eth Photo Google 2021 Vue latérale Sud

Historique architectural

L’église Saint‑Denis, dont les origines remontent aux XIᵉ‑XIIᵉ siècles, conserve les bases de pilastres romans et des chapiteaux à crochets du XIIIᵉ siècle, proches de ceux de Saint‑Géry de Valenciennes. Le plan médiéval, visible sur les Albums de Croÿ (1605), fut modifié par l’ajout d’une travée occidentale au XVIᵉ siècle. Le XVIIIᵉ siècle marque une étape majeure : reconstruction du chœur (1714), doublement de la façade et construction du porche monumental par Philippe Le Ducq (1773). Le XIXᵉ siècle apporte restaurations et création d’une chapelle seigneuriale (1845). Après la Grande Guerre, l’édifice reçoit des vitraux et des baies néogothiques. À partir de 1983, une série de restaurations ambitieuses redonne progressivement à l’église son caractère du XVIIIᵉ siècle : clocher, colonnes, autels, façade orientale. Entre 2011 et 2013, sous la direction de François Bisman, Architecte du Patrimoine, les travaux restituent le rouge‑barre originel, les arcs en plein cintre, les baies occidentales dans leurs proportions anciennes, et installent de nouveaux vitraux dans le chœur. En 2016, l’édifice est distingué par les Rubans du Patrimoine, consacrant la qualité de cette restauration exemplaire.

Description architecturale

L’église d’Eth Photo Google 2023 Vue latérale Nord

L’édifice présente un plan allongé terminé par un chevet à pans coupés. La nef à collatéraux compte quatre travées, le chœur cinq. Une chapelle latérale du XIXᵉ siècle complète l’ensemble. La façade occidentale, percée d’un portail en plein cintre, est surmontée d’une baie en arc brisé et d’un clocher à flèche polygonale entièrement couvert d’ardoise.Les murs gouttereaux présentent quatre baies en plein cintre de chaque côté, et le chevet est éclairé par deux ouvertures similaires. La nef est couverte d’un toit à double pente, le chœur d’une toiture en croupe.

Chevet de l’église d’Eth

L’église Saint‑Denis d’Eth est un édifice composite dont les strates successives — roman, gothique, néoclassique, restaurations néogothiques, puis restitution patrimoniale contemporaine — forment un ensemble d’une grande richesse. Les travaux menés depuis la fin du XXᵉ siècle ont permis de retrouver l’équilibre architectural et la cohérence stylistique que l’église présentait à la fin du XVIIIᵉ siècle.


Le porche de 1773

Intérieur de l’église : répétition du concert de Noel 2017 JCB WebDesign

A l’intérieur, les collatéraux sont séparés du vaisseau central par des arcs formerets. La nef est couverte d’une voûte en carène de navire renversée, tandis que le chœur s’ouvre sous un arc triomphal. Les restaurations récentes ont restitué les proportions d’origine des baies et la lecture des arcs en plein cintre.

L’église conserve un riche mobilier :

– un maître autel surmonté d’un retable (Vierge triomphante) attribué à Gaspard de Crayer (peintre flamand élève de Rubens) et surmonté d’une curieuse statue de St Denis.

– À gauche du cœur, la chapelle seigneuriale et au dessus de l’entrée de cette chapelle, un très beau monument funéraire, mais très délabré, avec défunts agenouillés.

–un Christ du XVIIᵉ siècle

–des statues de Saint Roch (XVIIᵉ), Saint Denis (XVIIIᵉ) et une Vierge à l’Enfant (XIXᵉ).

– une statue de St Antoine ermite du XVIème siècle Dans le bas-côté gauche.

– des pierres tombales dont celle de Marguerite Van Does, épouse de Gilles de Ruelin, seigneur d’Eth, de Bry et de Rombie, dite « la belle Hollandaise » qui trépassa le 26 décembre de l’an 1573.


Dalle funéraire de Marguerite van Does. Photo DG

***

La mairie d’Eth Rue d’En Haut

La mairie d’Eth, absente du cadastre de 1896, a très probablement été construite vers 1910, dans le grand mouvement des édifices civiques de la IIIᵉ République. Le bâtiment présente une composition symétrique centrée sur un corps principal surmonté d’un fronton décoré d’un médaillon circulaire portant un grand R, interprété comme l’initiale de la République, selon l’usage fréquent dans les mairies construites ou rénovées à cette époque.

Les deux ailes latérales complètent cette symbolique républicaine par des reliefs sculptés caractéristiques du vocabulaire civique de la fin du XIXᵉ siècle : l’un consacré au Travail, figuré par des outils agricoles et attributs industriels, l’autre dédié aux Arts, représentés par les instruments de la création artistique et évoquant la création, la culture et l’éducation républicaine. Ces trois médaillons — République, Travail, Arts — forment un ensemble décoratif cohérent, exprimant les valeurs fondamentales de la IIIᵉ République et affirmant la vocation civique et éducative du bâtiment. L’inscription « Liberté – Égalité – Fraternité » sur la façade principale parachève cette identité républicaine, conférant à la mairie d’Eth son caractère architectural typique des édifices publics du début du XXᵉ siècle.

Ancienne grange à colombages, restaurée. Rue d’En Haut
Fontaine Eth Septembre 2021

Monument aux Morts Eth (1920) dans le cimetière d’Eth

Érigé en 1920, le monument aux morts d’Eth se présente sous la forme d’un pilier commémoratif traité en obélisque, typique des édifices funéraires de l’après‑Grande Guerre. Sa façade porte une palme, symbole du sacrifice et de la victoire. L’ensemble est entouré de bornes reliées par des chaînes, délimitant l’espace mémoriel. L’ouvrage fut réalisé par le marbrier Fernand Gilles, né en 1871 à Autreppe (Belgique) et installé à Quiévrechain, qui signa son travail sous la forme « Gille‑Delgrange », rappelant son union avec Julia Delgrange.

Le Monument aux Morts d’Eth

Une plaque commémorative a été ajoutée ultérieurement sur le monument, portant les noms de Rodolphe Lacquement et Paul Portier, deux habitants d’Eth morts durant la Seconde Guerre mondiale (1939‑1945). Une seconde plaque, apposée en dessous, rend hommage aux combattants du 54ᵉ R.I.F., les défenseurs des forts d’Eth en mai 1940, rappelant l’engagement des troupes de forteresse dans les combats de l’invasion. Ces ajouts témoignent de l’évolution du monument, devenu au fil du temps un lieu de mémoire élargi, associant les sacrifices de 1914‑1918 à ceux de 1939‑1945 et aux combats locaux de 1940.

Oratoire du Frère Mutien Marie (dans l'entrée du Château d'Eth)
Oratoire du Frère Mutien Marie (dans l’entrée du Château d’Eth)
IMG_0196

Chapelle N.D de Grâce et des Petits Enfants (1713)
Chapelle N.D de Grâce et des Petits Enfants (1713)
Intérieur de l’église

Chapelle de la fin du règne de Louis XIV. Sur une pierre est gravée la date de 1713. Chapelle octogonale de 4 m de hauteur avec une épaisseur des murs de 35 à 45 cm sous la corniche. Elle est dédiée à Notre Dame de Grâce et des Petits Enfants. Elle devait probablement être consacrée le Premier dimanche de Mai aux petits enfants baptisés pendant l’année écoulée.

Chapelle St Hubert
Chapelle St Hubert (1727)
Intérieur de la chapelle St Hubert
Intérieur de la chapelle St Hubert
Chapelle St Hubert (3)

***

CHÂTEAU D’ETH :

Le château d’Eth, au décor brique et pierre, est reconstruit en 1766 sur des fondations médiévales par Philippe François Le Ducq (né en 1709), écuyer et seigneur d’Eth. La date portée sur la grille d’entrée correspond à cette campagne de reconstruction. Entouré de douves, l’édifice se compose d’un corps de bâtiment principal du côté ouest, auquel se soudent des dépendances dominées par un colombier au nord. On accède à la cour d’honneur par cette grille en fer forgé du XVIIIᵉ siècle et un pont à quatre arches en pierre bleue.

Le château d’Eth. Le château d’Eth. Par Codepem — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=34601629

La façade principale est percée de huit fenêtres irrégulièrement espacées au premier étage, de six fenêtres et de deux portes au rez‑de‑chaussée. Un pavillon carré en légère saillie marque l’extrémité sud. Les toitures à hauts combles sont indépendantes, selon une composition typique des demeures rurales du Hainaut au XVIIIᵉ siècle.

Le château demeure dans la famille Leducq jusqu’à la mort de Charles Joseph Marie Leducq (1770‑1848), écuyer d’Eth, chevalier de Saint‑Louis et maire en 1824, dernier propriétaire de la lignée, décédé célibataire dans la demeure familiale, rue du Château.

Après 1848, le domaine est acquis par Frédéric Simon Gando (1800‑1883), propriétaire, établi à Valenciennes. Sa fille Jeanne Anaïs Elisabeth Gando (1839‑1916) épouse en 1859 le notaire Alfred Amédée Guillaume Merlin d’Estrœux de Beaugrenier (1832‑1906), par lequel le château entre dans la famille d’Estrœux de Beaugrenier.

Acte de naissance au château d’Eth de
François Marie Paul MERLIN d’ESTREUX de BEAUGRENIER 1913-1974

Leur fils Henri Denis Marie Merlin d’Estrœux de Beaugrenier (1868‑1955), comte de Beaugrenier, en hérite et y réside avec son épouse Juliette Marie‑Caroline Desjardins. Leur fils François Marie Paul Merlin d’Estrœux de Beaugrenier y naît le 17 juillet 1913. Le recensement de 1931 confirme encore la résidence du couple Henri & Juliette ainsi que de leur fils François au domaine, tandis que celui de 1946 atteste la présence de ce dernier, de son épouse Cécile Dons de Lovendeghem (mariés en 1937), et de leurs enfants (Régis, Michel, Jacques).

Le château reste dans le patrimoine familial bien au‑delà du milieu du XXᵉ siècle : lors du décès de François en 1974, une SCI familiale liée au domaine — associant François et ses enfants Jacques, Régis et Myriam — est encore en activité, et sa liquidation en 1977 atteste la persistance de la propriété au sein de la famille.

***

MOULINS :

Du point de vue industriel, la commune accueilli entre 1851 et 1885 une sucrerie et deux moulins à eau étaient situés sur le ruisseau du Sart au cours du XIXe siècle :

1 Le moulin à eau de Théodore Lenglet

Plan des lieux ADN Série S 5352

Le 4 avril 1779, le sieur Debonnaire Deforges, de Paris, renvoie une requête de Théodore Lenglet, au subdélégué du Quesnoy, pour avoir son avis, sur la demande de permission de faire construire un moulin à eau à moudre blé à Eth, requête accompagnée d’un jugement favorable du Bureau des Finances de Lille du 31 décembre 1778.

Le 25 mai 1779, Lefebvre de Belleperche lui répond qu’il a confirmation qu’un moulin est érigé depuis plusieurs années, et n’est pas nuisible, au contraire d’une grande utilité. Debonnaire Deforges, donne son accord, Théodore Joseph Lenglet s’engageant à payer 15 florins, redevance annuelle depuis qu’il a tourné. En fait le moulin fut construit en 1762.

Théodore-Joseph Lenglet loue le moulin à son fils Félix Lenglet, époux de Catherine-Joseph Mandron pour 9 ans par acte du 4 floréal an 7 (23 avril 1799.

En Novembre 1853 surgit une plainte de Théodore Lenglet fils contre le sieur Langlumé, propriétaire d’un nouveau moulin à Eth. L’objet du litige est une pièce de bois que comporte une des quatre vannes de ce nouveau moulin, le sieur Langlumé surmontant ainsi par ce madrier en chêne de 20 cm  la tenue d’eau de la rivière.

Ce litige durera jusqu’au 25 février 1856, date d’un arrêté préfectoral qui termine l’affaire.

Le moulin est acquis par Langlumé et cesse de fonctionner vers 1870.

Plan des lieux ADN Série S 5352

2 Le moulin à eau d’Ernest Langlumé

Par lettre du 18 juillet 1846 adressée au préfet, Ernest Langlumé des Angles sollicite l’autorisation d’ériger un moulin à eau à moudre les grains sur la petite rivière d’Eth, à quelques mètres de la ligne qui sépare la commune d’Eth de celle de Sebourg, dans un parc appartenant à son beau père Mr Leducq.

Le 17 septembre, le maire certifie que l’enquête a été réalisée, sans aucune opposition. Elle est renvoyée à la préfecture qui, le 26 septembre, l’adresse à l’ingénieur. Celui-ci renvoie son rapport accompagné de plans le 25 février 1847. L’arrêté d’autorisation est signé le 29 octobre, indiquant les modalités techniques, et l’ordonnance royale le 19 juillet 1848.

Suite aux plaintes du meunier Lenglet, une enquête est ouverte du 8 au 28 juillet 1855. Ernest Langlumé, par une longue lettre du 27juillet, les réfute. Le projet de règlement est établi le 6 novembre, avec un rapport très détaillé de l’ingénieur. Une nouvelle enquête est ordonnée, ouverte du 23 décembre 1855 au 6 janvier 1856, sans observation. L’arrêté du 25 mars 1856 autorise le sieur Langlumé à conserver son moulin.

Ernest Langlumé des Angles, né à Beauvais le 10 ventôse an 11 (29 février 1803), fils de Nicolas-Louis Langlumé des Angles, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, et de la Légion d’honneur, rentier à Paris, et de Jeanne-Rose-Antoinette Dessaulx, se marie à Eth le 19 novembre 1834 avec Sidonie-Thérèse-Henriette Leducq, née à Eth le 5 mai 1817.

Le 2 mai 1859, Me Lustrement notaire à Jenlain, procède en son étude à la vente aux enchères  « d’un moulin à eau, faisant de blé farine avec maison d’habitation, bâtiments et terrain bien, planté d’arbres fruitiers et de haute futaie, contenant le tout en superficie 1 hectare 56 ares, situés à Eth, tenant à M. Langlumé des Angles ».

Il s’agit du moulin Lenglet, que rachète Ernest Langlumé. Les deux moulins sont convertis en bâtiments ruraux vers 1870.

Eth Le Sart