Aibes entre dans l’histoire au XIIIᵉ siècle avec Gilles de Montigny de Glarges, chevalier et seigneur local. Le 9 novembre 1292, Gilles déclare que lui et ses hoirs tiendront désormais en fief et hommage du comte de Hainaut, Jean d’Avesnes, la petite ville de Montigny, qu’il possédait jusque‑là en franc‑alleu, c’est‑à‑dire en pleine propriété libre. Ce Montigny, aujourd’hui disparu, était un hameau rural situé entre Aibes et Quiévelon, dans la zone des terres tenues par la branche hennuyère des Montigny de Glarges.
Cette famille, implantée à Glarges (Feignies) et à Élesmes, appartenait à la noblesse du Hainaut et portait les armes : « Burelé d’argent et d’azur de douze pièces, au franc quartier de sable chargé d’une tête de bouc d’argent accornée d’or. » Ces armoiries, reprises par la commune d’Aibes, rappellent la présence de cette lignée dans le village à la fin du XIIIᵉ siècle.
Après Gilles, la seigneurie d’Aibes disparaît des possessions des Glarges. À partir du XIVᵉ siècle, Aibes n’apparaît plus dans les reliefs féodaux de la famille, dont les fiefs principaux deviennent Élesmes, Glarges et Mons.
Cette disparition précoce s’explique probablement par la combinaison de deux facteurs : l’influence foncière de l’abbaye d’Aulne, déjà propriétaire de Coulmie et du Maisnil, et la forte structuration de la communauté rurale d’Aibes, qui fonctionnait sans seigneur résident. Dans ce type de villages de l’Avesnois oriental, les petits fiefs non entretenus s’éteignent souvent au profit des abbayes ou des communautés elles‑mêmes.
Aux XVIᵉ–XVIIIᵉ siècles, les pierres tombales de l’église d’Aibes ne mentionnent plus aucun seigneur, mais seulement des maïeurs, pasteurs, censiers et habitants, confirmant que le village est devenu une communauté rurale dépendante des seigneuries voisines (Solre‑le‑Château, Lez‑Fontaine, Choisies) intégrée à la prévôté de Maubeuge.
Aibes conserve ainsi la mémoire d’une seigneurie médiévale brève mais bien attestée, centrée sur le hameau disparu de Montigny et sur la famille Montigny de Glarges, avant de devenir un village agricole typique de l’Avesnois oriental.
Et comme dans tout l’Avesnois oriental, l’histoire locale ne se limite pas aux seigneuries laïques : elle s’inscrit aussi dans l’influence des grandes puissances religieuses. Parmi elles, l’abbaye d’Aulne, dont les possessions s’étendaient largement au sud de Maubeuge, a joué un rôle structurant dans l’organisation des terres et des exploitations rurales.
L’abbaye d’Aulne possédait à Aibes des biens importants, entre autres la ferme de Coulmie, à laquelle étaient annexés un moulin et une brasserie et la cense Le Maisnil.
Ces domaines monastiques, très anciens, ont profondément marqué l’économie rurale du village : ils fixaient les pâtures, les corvées, les cens, et structuraient les relations entre exploitants, censiers et autorités religieuses.
Et comme souvent dans les villages de l’Avesnois, les grands domaines agricoles et l’église paroissiale se répondent : l’un organise la terre, l’autre organise la communauté. Ainsi, en passant du Maisnil ou de Coulmie à l’église d’Aibes, on quitte le monde du travail rural pour entrer dans celui de la mémoire collective.
L’église reconstruite vers 1700 et le clocher en 1825 dispose d’une pierre tombale du mayeur Moran Teste (1598) avec l’inscription « Regarde à la mort » (MH). Elle possède également de fonts baptismaux muraux (bois sculpté et peint du XVIII e siècle), spécimen fort rare car les règles liturgiques exigeaient que les fonts soient isolés de toute muraille.




© Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diffusion RMN-GP
Ils ont été classés MH au titre d’objet mobilier le 17/03/1934.
La porte en bois représentant le Baptême du Christ a été volée dans la nuit des 17 et 18 novembre 1978.
Le village d’Aibes possède 4 oratoires une chapelle et un calvaire.
Signalons la présence d’une fontaine qui est un lavoir du XIXᵉ siècle, construit grâce à la loi de 1851, dédié à Saint Martin, patron de la paroisse, associée à une fausse légende sur la source de la Solre. (la Solre prend sa source au hameau de l’Épine, à Solre‑le‑Château).


Érigé dans les années 1920, le monument d’Aibes adopte la forme d’un obélisque sobre, typique des villages ruraux de l’Avesnois. Il porte les noms des soldats du village morts durant la Grande Guerre, dont plusieurs jeunes hommes issus de familles agricoles. Le monument a ensuite été complété pour intégrer les victimes des conflits ultérieurs. Situé au cœur du village, il demeure un lieu central des commémorations du 11 novembre.



