Elesmes

Vue aérienne d’Elesmes

Situé au nord‑est de Maubeuge, Elesmes apparaît très tôt dans les sources médiévales sous les formes Hellemes (1096), Ellenies (1186), Eslemmes (1250) ou encore Helemmes (1346). Cette ancienneté toponymique témoigne d’un habitat déjà structuré dès le haut Moyen Âge. Les découvertes archéologiques – maçonneries cimentées et médailles d’Auguste et de Tibère – indiquent même une occupation plus ancienne, probablement gallo‑romaine.

Au Moyen Âge, Elesmes relevait du décanat de Maubeuge et formait un territoire partagé entre deux seigneuries distinctes. La première, arrière‑fief relevant des seigneurs de Quiévrain, passa ensuite à la maison de Croy, devint fief mouvant de la terre de Beaumont, puis fut transportée en 1691 au chapitre de Maubeuge par la dame de Mastaing, moyennant 12 000 florins. La seconde seigneurie, plus importante, appartint successivement aux seigneurs de Mortagne, de Potelles, puis aux sires de Glarges, avant de passer à la maison de Sainte‑Aldegonde, aux Martigny de Lewaitte, et enfin aux comtes de Gommegnies.

Parmi ces lignages, les de Glarges occupent une place centrale : nobles montois, ils tenaient Elesmes comme leur principal fief, bien plus significatif que le hameau de Glarges à Feignies. Leur présence est attestée dès le XIIᵉ siècle, et leur influence se prolonge jusqu’à l’époque moderne. Les sources anciennes mentionnent qu’ils y possédaient une maison seigneuriale flanquée de deux tourelles et entourée d’un fossé plein d’eau, bâtie en 1595 ; ce bâtiment, décrit encore au XIXᵉ siècle, a aujourd’hui entièrement disparu, mais il témoigne de l’importance du site dans l’organisation féodale locale.

Le village possédait également un manoir de l’abbaye de Bonne‑Espérance, acquis en 1268, preuve de l’importance économique et agricole du terroir. Avant la Révolution, Elesmes faisait partie intégrante de la prévôté de Maubeuge, au cœur d’un réseau de terres, moulins et hameaux : le Moulin de l’Hôpital (où existait un asile charitable dès le XIIIᵉ siècle), la Fontaine Louis XIV, la Haute‑Rue, le Courtil‑Châpelle, le Vieux Marché, le Petit et le Grand Camp Perdu, Mansart, le Metz et les Marais.

Ainsi, Elesmes se présente comme un village ancien, stratifié, marqué par une forte présence féodale, où se croisent les grandes familles du Hainaut, les établissements religieux et les traces d’un passé bien antérieur au Moyen Âge. Son histoire, étroitement liée à celle des de Glarges, en fait l’un des points d’ancrage les plus significatifs de la noblesse montoise dans la région de Maubeuge.

Eglise d’Elesmes en ruines durant la Première Guerre Mondiale

Au début de la guerre 1914 -1918, Élesmes fut pendant le siège de Maubeuge un des derniers avant-postes au nord de la Sambre. Aussi le village fut détruit par les allemands, notamment l’église et le presbytère comme en témoigne cette photo ci-dessus. Histoire détaillée sur Wikipédia.

L’église Saint‑Martin d’Élesmes — Histoire, architecture et reconstructions

L’église d’Elesmes rebâtie en 1923

Architecture générale

L’église est orientée et adopte un plan allongé. L’entrée se fait par un clocher‑porche massif, qui constitue l’élément le plus caractéristique de la façade occidentale. La nef se compose de trois vaisseaux : un vaisseau central flanqué de deux bas‑côtés. Le chevet, à pans coupés, présente trois travées rayonnantes. Deux petites annexes, accolées à l’extrémité de chaque bas‑côté, complètent l’ensemble au nord et au sud du chœur.

Vue latérale de l’église

Élévation extérieure

L’édifice est construit en briques rouges reposant sur un soubassement en pierre grise. Le clocher‑porche s’élève sur deux niveaux : le premier, percé d’un porche en plein cintre encadré de colonnettes et d’une voussure lisse, est flanqué de deux contreforts latéraux et d’un oculus vitré. Le second niveau, plus étroit, se détache par un tympan tronqué et s’ouvre par une baie en plein cintre munie d’abat‑son. L’ensemble est couronné d’une flèche de type Fry, silhouette typique des reconstructions du début du XXᵉ siècle.

Les collatéraux bordant le clocher‑porche sont décorés de baies en plein cintre aveugles. La nef, d’un seul niveau d’élévation, présente quatre travées rythmées par l’alternance de baies en plein cintre et de contreforts. Le vaisseau central est couvert d’une toiture en bâtière, tandis que les bas‑côtés sont dotés de toitures en pente, parfois en croupe à pans coupés. Le chevet, de même hauteur que la nef centrale, est couvert d’un toit en croupe polygonale.

Intérieur de l’église après 1923

Élévation intérieure

À l’intérieur, la nef se déploie en trois vaisseaux séparés par deux rangées de colonnes à chapiteaux végétaux. Les bas‑côtés bordent les cinq premières travées du vaisseau central, qui en possède deux supplémentaires avant le chœur. À la jonction des bas‑côtés et du chœur, les colonnes sont remplacées par des pilastres aux chapiteaux similaires.

Le vaisseau central est voûté en berceau, rythmé par des arcs doubleaux retombant soit sur une corniche horizontale, soit directement sur les colonnes. Le chœur est voûté en cul‑de‑four, avec des arcs rayonnants soulignant ses travées. Les bas‑côtés sont couverts de voûtes d’arêtes. L’intérieur est particulièrement remarquable pour son chemin de croix, composé de panneaux sculptés en bas‑relief et peints, œuvre d’un artisanat religieux de grande qualité.

Intérieur de l’église avant 1914

🕰️ Époques, styles et étapes de construction

L’église actuelle est le résultat d’une histoire longue et mouvementée. Un premier édifice existe dès le XVIᵉ siècle, comme l’attestent les parties anciennes conservées dans les murs gouttereaux. Des stèles incrustées dans la maçonnerie portent la date 1738, témoignant d’interventions ou de restaurations au XVIIIᵉ siècle.

Au milieu du XIXᵉ siècle, l’église fait l’objet d’une restauration importante, probablement pour consolider les structures anciennes et moderniser l’intérieur.

La destruction de 1914 et la Croix de guerre

Au début de la Première Guerre mondiale, Élesmes est ravagé par un bombardement intensif. L’église est presque entièrement détruite : seules subsistent le soubassement en pierre, les murs gouttereaux et le niveau inférieur de la façade. Le village reçoit, par décret du 22 décembre 1920, la Croix de guerre 1914‑1918, pour sa résistance et les souffrances endurées. Une Vierge de douleur est installée dans l’église en mémoire d’Arthur Hannecart, tombé au champ d’honneur le 31 mai 1917, accompagnée de plaques portant les noms des autres victimes du conflit.

La reconstruction de 1923

L’église est rebâtie en 1923, dans le cadre des grands chantiers de reconstruction de l’après‑guerre. Le clocher‑porche, la nef, les voûtes et la toiture sont entièrement reconstruits, donnant à l’édifice son aspect actuel, mêlant sobriété néo‑romane et matériaux modernes.

Travaux contemporains

La toiture et la charpente ont été refaites intégralement en 2010, assurant la pérennité de l’édifice et la protection de son mobilier.

✝️ Mobilier intérieur

L’église Saint‑Martin conserve un mobilier homogène issu de la reconstruction de 1923. Le chœur abrite un autel néo‑roman sobre, tandis qu’une Vierge de douleur, dédiée à la mémoire d’Arthur Hannecart tombé en 1917, est placée dans une chapelle latérale, accompagnée de plaques commémoratives. Le chemin de croix, composé de panneaux en bas‑relief polychromes, constitue l’un des éléments les plus remarquables de l’édifice.

La chaire du XIXᵉ siècle a été préservée. Plusieurs statues en plâtre polychrome complètent l’ensemble : Notre‑Dame de Lourdes, Sainte Anne, Sainte Thérèse, Sainte Catherine, Saint Ghislain, Saint Joseph, Saint Etton et Saint Éloi, reconnaissable à sa mitre, sa crosse et son enclume.
Ce mobilier reflète reflète la piété locale de l’entre‑deux‑guerres et la volonté de redonner vie à l’église après sa destruction en 1914.


Derrière l’église : Monument dédié à d’anciennes personnalités de la commune

Les personnalités concernées sont des enfants de Lamoral François Gobert (1719-1769) Bailly et censier d’Elesmes, et de Marie Anne Gillot (1734-1824) à savoir :
Lamoral Gobert (1763 – 1850), Charles Gobert (1759 – 1850), Jules Gobert (1761 – 1855) et Tibule Gobert (1769 – 1843)

Le couple Gobert Gillot était une famille de notables du village compte tenu de la fonction et comme en témoigne leur contrat de mariage :

« A la plus grande gloire de Dieu et de notre mère la Sainte Eglise.
L’an mil sept cent cinquante sept le vingt huit du mois de janvier pardevant nous Antoine Joseph Aufrère notaire royal et homme de fief du haynaut résidant dans la ville de Maubeuge soussignés furent présents le sieur Lamoral François Gobert, Bailli des terres seigneurie d’Elesmes, y demeurant, assisté de Damoiselle Marie Michel Maÿeur sa mère, veuve du sieur Philippe Gobert, vivant baillÿ d’Elesmes, d’une part et Damoisellle Marie Anne Gillot, fille majeure d’âge assitée du Sieur Louis Gillot son père, veuf de Marie Anne Pasture, laboureur, demeurant audit Elesmes d’autre part, lesquels Sieur Lamoral Gobert et Marie Anne Gillot assistés comme dessus ont promis de se rendre en foÿ et noeud de légitime mariage le plus tôt qu’il sera possible, si notre mère la Sainte Eglise le permet, sous les devises, clauses et stipulations suivantes :
De la part de laditte Delle Marie Michel Maÿeur mère du futur époux a été dit et déclaré que ledit Lamoral François son fils étant le seul de ses enfants actuellement à marier et quil luÿ a tenu compagnie jusqu’icÿ et travaillé au bien de la maison à son entier contentement, elle ne luÿ fait pas icÿ une (part ?) de mariage fixe ou déterminé, mais s’oblige à lui laisser toute sa succession meublière quelle a actuellement et qu’elle laissera à son trépas voulant être jusqu’alors pleinement la maitresse de tous se réservant le droit de commender comme auparavan voulant dès à présent que tout ce qu’elle laissera appartienne incommutblement (?) audit Lamoral François son fils, or, argent, joÿaux, meubles meublant, veseille (vaisselle), bestiaux, linge, ctions réputées meubles telles quelles puissent être sans réserve nÿ exception, cette clause étant générale il n’en sera fait icÿ aucune specification,
et de la part de laditte Delle Marie Anne Gillot a été promis par le sieur Louis Gillot son père, stipulant pour elle et en son nom de luÿ donner en faveur du présent mariage et pour départ (?) d’iceluÿ la somme de huit cents ecus de quarante huit patars pièce une fois, paÿable en trois fois dont trois cents seront paÿés sitôt le mariage consommé et les cinq cens autres dans deux, quatre ou six années, plus il luÿ cedde prétement (?) la bail d’une branche de terre occupée cÿ devant par Arnould Ducarne, appartenant aux Dames du chapître de sainte Aldegonde à Maubeuge telle et ainsÿ qu’occupait ledit Ducarne, sans réserve et exception gazon (?) terre, maison de cense en l’état que les terres se trouvents aujourd’huÿ, plus luÿ donnera les semences nécessaires orge,avoine, rond grain pour semer lesdittes terres à…(illisible) prochain au moÿen de quoÿ le futur époux paÿera le rendage aux Dames de ladite branche échéant à la Saint André prochain à la décharge dudit sieur Gillot pour la présente année et les suivantes, plus ledit sieur Gillot, cedde et abandonne en faveur du futur mariage la grange servante cÿy devant audit Ducarne et que ledit Sieur Gillot a transporté (?) près de la cense laditte grange, telle quelle se consient actuellement, la jouissance, cependant, de ladite grange se fera….(illisible) mais seulement au jour de la mort dudit sieur Gillot en qu’il n’occupera plus la grande ferme du chapïtre, plus luÿ cedde un chariot, une charüe, un binoit, un herche, à luÿ livrer prettement (sic) le mariage stipulé quen cas de mort dudit futur apoux avant laditte Delle Marie Michel Maÿeur et avant laditte future épouse sans de laisser génération, laditte future épouse prendra après la mort de laditte Marie Michel Maÿeur et non avant, la somme de six mille livres monnaÿe de France tant sur la sucession de laditte Marie Michel Maÿeur que sur ce que lesdits futurs époux pourront acquérir, plus jouira de toutes les dépouilles et empouilles des terres tenües à ferme telles que grain d’hiver et marsage (?) et aura la jouissance de tous les beaux (baux ) jusqu’au parfait que si au contraire ledit futur époux laisse génération, laditte future épouse et icille génération seront héritiers de la totalité stipulée entre les parties que le dernier vivant des conjoints sera ý hériteirs meubilier du près décédé à l’exception du cas de non génération comme est dit cÿ-dessus pour ce qui regarde la future épouse.
A tout quoÿ faire maintenir et acomplir les parties se sont repectueusement obligées sur vingt sols tournois de peinne le…(illissible) renforcé expliqué sur six sols ces …(illisible) observé in forma ainsÿ fait et passé à Maubeuge les jours, mois et années ainque dessus et on signés approuvé le mot Branche corrigé, appouvé le veseille interligné.»

Source : ADN J 942/93 :

Le Monument aux Morts d’Elesmes Université Lille 3

Monument en pilier commémoratif de forme quadrangulaire, surmonté d’un chapiteau sculpté. Il présente un buste de Poilu, accompagné d’éléments militaires : casque, armes et drapeaux entrecroisés. Une palme et une croix latine complètent l’ornementation symbolique. Le monument est entouré d’une haie végétale, formant un espace mémoriel sobre et structuré.

La Mairie d’Elesmes 11 rue du Pont de Pierre

Le foyer rural 9 Rue du Pont de Pierre

La ferme Choquet achetée en 2009 par le CCAS

La ferme Choquet (9 rue de Boussois) est située à environ 500 mètres de la mairie et de l’école mixte. Ce vaste corps de ferme du XVIIIᵉ siècle, longtemps laissé en attente après l’abandon du projet de médiathèque en 2014, fait aujourd’hui l’objet de nouvelles consultations de maîtrise d’œuvre (2024 et 2025) en vue d’une réhabilitation en restauration scolaire et salles associatives. Le foyer rural actuel, situé près de la mairie, est un bâtiment distinct et moderne, sans lien architectural avec la ferme Choquet.

Chapelle N.D d’Heureux Trépas
Chapelle N.D d’Heureux Trépas St Druon (1681)  Route de Maubeuge / Rue de la Chapelle

linteau
linteau

Cette chapelle a été érigée en 1681 par Jean Gillot et célébrée par l’évêque de Cambrai comme le témoigne le texte gravé sur le linteau de la porte : » PAR MONSIGNEVR DE CAMBRAI IHS CELEVY QVY PASSE ICY DISANT PATER AVE MARIA GAINNE 40 IOVR DE PARDON NOSTRE DAME D’HEVREVX TREPA S DRVON IAN GILO A FAICT ASCHEVER CEST CHAPEL AVEC LASSISTANCE DE BIEN FAITEVR LAN 1681 REQVIESCAT IN PACE ».

Intérieur de la chapelle N.D d'Heureux Trépas
Intérieur de la chapelle N.D d’Heureux Trépas

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Chapelle ND des Anges rue du Pont de pierre X rue Haute
Chapelle ND des Anges Rue du Pont de pierre X Rue Haute

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 » Notre Dame des Anges priez pour nous »

✈️ L’aérodrome de la Salmagne : un siècle d’histoire aéronautique à Élesmes et Vieux‑Reng

L’aérodrome de La Salmagne à Elesmes

Situé à cheval sur les communes d’Élesmes et de Vieux‑Reng, l’aérodrome de la Salmagne occupe une place singulière dans l’histoire aéronautique du Nord de la France. Bien avant de devenir un terrain intercommunal moderne, il fut l’un des premiers champs d’aviation où les pionniers de l’air vinrent s’exercer. Dès 1910, un grand meeting aérien y réunit plusieurs monoplans et biplans aux ailes de toile. Les aviateurs Bathiat, Champel, Didier, Nieuport et Parent y réalisèrent des démonstrations qui marquèrent durablement les esprits, à une époque où l’aviation n’en était qu’à ses balbutiements.

Entre 1911 et 1912, un vaste hangar destiné aux dirigeables fut construit sur le site. Cette structure, rare dans la région, témoigne de l’importance stratégique que l’armée accordait déjà à la Salmagne. Peu après, une escadrille de Deperdussin, la D4, y stationna jusqu’au 31 juillet 1914, faisant du terrain un point d’appui militaire dès les débuts de l’aviation française.

L’entre‑deux‑guerres marque une nouvelle étape. Entre 1936 et 1937, l’État décide de transformer le champ d’aviation en véritable terrain aéronautique : pistes nivelées, bâtiments techniques, zones de stationnement et infrastructures adaptées aux groupes de chasse. En 1939, la compagnie de l’air 90/107 y est affectée, suivie en avril et mai 1940 par plusieurs groupes de chasse engagés dans la défense aérienne du Nord. La Salmagne devient alors un maillon de la stratégie militaire française au début de la Seconde Guerre mondiale.

À la Libération, le terrain est intégré à un pont aérien établi avec l’Angleterre. Il sert de relais pour le transport de matériel, l’évacuation de blessés et les liaisons rapides entre les forces alliées. Ce rôle discret mais essentiel inscrit la Salmagne dans la logistique aérienne de la fin du conflit.

En 1950, l’aéro‑club de Maubeuge obtient l’autorisation d’utiliser le terrain. C’est le début de la vocation civile et sportive du site : formation de pilotes, vols de découverte, premiers avions de tourisme. Au fil des décennies, l’aérodrome devient un lieu de vie aéronautique, associatif et convivial.

Aujourd’hui, l’aérodrome intercommunal de la Salmagne propose une gamme d’activités exceptionnelle. On y pratique le pilotage, l’ULM, l’aéromodélisme, le parachutisme et les vols touristiques permettant de découvrir l’Avesnois vu du ciel. Le site accueille également un restaurant, des espaces de détente et même des possibilités d’hébergement. Plus qu’un simple terrain d’aviation, la Salmagne est devenue un lieu de rencontre, de transmission et de passion, où l’histoire aéronautique se mêle à la vie locale.

Moulin de l’Hôpital

Le Moulin de l’Hôpital à Elesmes

Sur ce territoire, le ruisseau de l’Hôpital recueille les eaux de l’Hoyau, du Ronça et du ruisseau du Marais en limite de commune. Peu avant la confluence avec ce ruisseau, un moulin dit de l’Hôpital fut construit en 1771 sur un terrain  appartenant aux pauvres de la commune et loué alors à Charles Lefebvre. Il était actionné à l’origine par une roue par en dessous. Antoine Ducarne, gendre de Lefebvre reconstruisit le moulin en juin 1786 et ajouta sans autorisation une seconde roue toujours en dessous. Le préfet Dieudonné ordonna en février 1802 la suppression de l’une d’entre elles. Suite à la protestation du meunier, les autorités demandèrent la réduction du diamètre des deux roues de 66 cm.

Antoine Ducarne décéda en 1805 et sa femme Marie Anne Théodore Lefebvre en 1821. Le 28 Novembre 1822, leurs enfants participèrent à un acte de vente d’un bail emphytéotique du moulin, pour la somme de dix sept mille francs. (ADN J 131/25 acte 466 reçu par Me Bottieau) au profit d’un pharmacien de Maubeuge dénommé Maillard.

Antoine Couture, gendre de Ducarne et meunier, tenait ses vannes trop hautes en 1832 occasionnant des protestations de l’inspecteur des voiries et de voisins. Un déversoir fut alors préconisé et le procès verbal de recollement fut dressé le 28 septembre 1838 sans observation particulière.

Par contre, en 1868 un nouveau procès verbal de recollement ne donna pas satisfaction aux ingénieurs qui constatèrent des modifications importantes, en contravention avec les dispositions de l’ordonnance royale du 6 janvier 1837.

En 1870 le Bureau de Bienfaisance reprit le moulin qui fut occupé entre 1873 et 1894 par le meunier Prudent Empain. L’endroit fut revendu vers 1900 à M. Moreau qui était herbager. Le moulin cessa de fonctionner avant 1914. L’emplacement a peu changé depuis. Les vannes en pierres bleues se trouvent sur la gauche de l’édifice et la roue sur la droite des vannes. Les bâtiments en briques blanches se décomposent entre la partie moulin sur la gauche et une grange sur la droite devenue un garage.

Elesmes Route de Boussois

Chronologie des deux fiefs d’Elesmes

Fief 1 mouvant de Quiévrain → Maison de Croÿ → Terre de Beaumont → Chapitre de Maubeuge (1691)

🟥 Origine : seigneurs de Mastaing (près de Denain)

  • Famille de Mastaing
    • Arrière‑fief relevant de Quiévrain
    • Transmission locale (XIVe–XVe siècles)

🟥 Maison de Lalaing → Maison de Croÿ

  • Marie de Lalaing, dame de Quiévrain ↳ épouse Jean II de Croÿ (†1473) → Le fief de Quiévrain et ses arrière‑fiefs (dont Elesmes) passent aux Croÿ

🟥 Maison de Croÿ (XVe–XVIe siècles)

  • Jean II de Croÿ
  • Philippe I de Croÿ (†1511)
  • Charles I de Croÿ (†1527) → Le fief reste dans la mouvance Croÿ

🟥 Croÿ‑Beaumont (XVIe–XVIIe siècles)

  • Philippe II de Croÿ, duc d’Aerschot (†1549)
  • Charles II de Croÿ, prince de Chimay (†1612)
  • Anne de Croÿ (†1635) → Le fief est désormais mouvant de la terre de Beaumont car il ne passe pas dans la famille de son mari Charles de Ligne, prince d’Arenberg (1550-1616) qu’elle avait épousé en 1587.

🟥 1691 : Transport au chapitre Sainte‑Aldegonde de Maubeuge

  • Acte de transport pour 12 000 florins
  • Mention d’une “dame de Mastaing” dans les sources anciennes ⚠️ (aucune dame de Mastaing identifiée) → Le chapitre administre le fief jusqu’à la Révolution

⭐ Fief 2 Mortagne → Hun → Glarges → Sainte‑Aldegonde → Jauche → Martigny → Lewaitte → Gommegnies

Sur le plan féodal, la seigneurie d’Elesmes (Fief 2) n’a jamais eu de suzerain propre : elle est un arrière‑fief du fief de Quiévrain (Fief 1). Elle suit donc toutes les mutations de la mouvance : Lalaing, Croÿ, Croÿ‑Beaumont, puis chapitre de Maubeuge en 1691. Les Mortagne ne sont jamais suzerains : ils relèvent des suzerains de Quiévrain, puis des Croÿ.

🟦 Lignée originelle : Mortagne (XIVe–XVe siècles)

  • Jean de Mortagne (†1374), seigneur de Potelles, Romeries, Elesmes
  • Gilles de Mortagne (+<1410 cf. D. Caffiaux, p. 561)) Époux de Catherine de Barbençon
  • Jean de Mortagne (†1439)
  • Roland de Mortagne (†1482)
  • Claire de Mortagne (†1516) → La seigneurie d’Elesmes est dans la maison de Mortagne Elle épouse Jean II de Hun

🟦 Maison de Hun — Derniers seigneurs d’Elesmes et transmission du lignage

  • Jean II de Hun père de :
  • 1 Jean III de Hun (†1563) — seigneur d’Elesmes → Dernier Hun à posséder le fief d’Elesmes
  • 2 Antoinette / Marie de Hun — héritière féodale du lignage (mais pas du fief d’Elesmes) épouse Philibert I de Martigny→ Les Martigny héritent du sang Mortagne, mais pas du fief qui sort de la maison de Hun avant 1563

🟦 Note sur le droit féodal du Hainaut

Dans ce pays, le fief appartient en propriété éminente au suzerain, mais il peut être détenu patrimonialement par une famille. Ainsi, Claire de Mortagne (née vers 1460, morte en 1516), est dame d’Elesmes en propre et détient le fief patrimonialement, tandis que son mari Jean II de Hun et son fils Jean III de Hun n’en sont que seigneurs en exercice, par mariage ou par relief. À la mort de Jean III (1563), le suzerain refuse la transmission à sa sœur Antoinette / Marie de Hun, qui n’est héritière que du lignage : le fief d’Elesmes ne suit pas la succession Hun et retourne à la mouvance supérieure.

De même, Maria d’Oynies, (née vers 1490, morte vers 1540), était dame d’Elesmes en propre : elle possédait le fief patrimonialement et pouvait donc le transmettre à la maison de Glarges.

🟦 Transmission du fief : Glarges (par Maria d’Oynies, dame d’Elesmes)

  • Maria d’Oynies, dame d’Elesmes ↳ épouse Gilles de Glarges → Le fief passe dans la maison de Glarges
  • François de Glarges ↳ exécuté en 1573 (protestant) → Biens confisqués

🟦 1573 : Achat par Philippe de Sainte‑Aldegonde

  • Philippe de Sainte‑Aldegonde, grand bailli du Hainaut → Achète le fief d’Elesmes après confiscation

🟦 Transmission par mariage : Sainte‑Aldegonde → Jauche

  • Anne de Sainte‑Aldegonde ↳ épouse Jean II de Jauche (1562–1622)
  • 1617 : Jean II fait relief du fief d’Elesmes
  • 1622 : mort de Jean II ↳ son fils Charles‑Robert de Jauche devient seigneur

🟦 1622–1629 : Vente aux Martigny

  • Charles‑Robert de Jauche est le dernier Jauche à tenir le fief d’Elesmes. Il a cependant un fils, Philippe‑François de Jauche dit de Mastaing (†1683), ce qui prouve que la lignée Jauche ne s’éteint pas. Par conséquent, le fief ne peut pas passer aux Martigny par héritage : la transmission ne peut être qu’une VENTE, autorisée par le suzerain.

Preuve décisive

  • En 1629, Thierry de Martigny est déjà mentionné comme “sieur des Lemes”. Cela prouve que la vente a eu lieu avant 1629, et que les Martigny sont devenus seigneurs par acquisition, non par succession.
  • (Référence : Archives nationales de France, Série Y, juridiction du Châtelet de Paris, Y3899B, Registres de tutelles, 07/1633–12/1633.)

Pourquoi à Thierry de Martigny

La vente du fief d’Elesmes par Charles‑Robert de Jauche aux Martigny (1622–1629) n’est probablement pas une vente libre. Descendant direct de Claire de Mortagne, ancienne dame patrimoniale d’Elesmes, Thierry de Martigny disposait d’un droit féodal supérieur à celui des Jauche, simples tenanciers. Il est vraisemblable qu’il ait réclamé le fief auprès du suzerain, lequel aurait refusé la succession Jauche et imposé une mutation en faveur des Martigny. La présence d’un héritier Jauche (Philippe‑François) exclut toute transmission successorale, et la mention de Thierry comme “sieur des Lemes” dès 1629 confirme une aliénation féodale autorisée — voire contrainte — par le suzerain.

🟦 Martigny → Lewaitte → Gommegnies (XVIIe–XVIIIe siècles)

  • Thierry de Martigny (sieur des Lemes, 1629)
  • Philibert de Martigny (seigneur en 1648)
  • Famille de Lewaitte (La Waite)
  • Comtes de Gommegnies (Franeau de Hyon) → Jusqu’à la Révolution

Avant 1563, le fief d’Elesmes suit une logique familiale : Mortagne, Hun, Oynies et Glarges sont liés par le sang ou par alliance. Après 1563, le fief cesse d’être patrimonial : toutes les transmissions deviennent des ventes, des aliénations imposées ou des redistributions suzeraines. Cela explique pourquoi aucune parenté n’existe entre les familles Martigny, Lewaitte et Franeau‑Gommegnies, qui ne se succèdent pas par héritage mais par mutation féodale.