Locquignol

Vue aérienne de Locquignol
Autre vue aérienne de Locquignol

Locquignol est un village isolé au milieu de la forêt de Mormal. Il doit son origine à un pavillon de chasse dont il est parlé dans un acte de 1274 que les comtes de Hainaut y possédaient et autour duquel les habitations ses ont regroupées. À la fin de cette page, une étude détaillée retrace l’histoire du relais de chasse des comtes de Hainaut, devenu au fil des siècles le château de Locquignol, disparu à la Révolution et dont l’église actuelle occupe aujourd’hui l’emplacement.
Ce village est le plus étendu de l’arrondissement car il comprend la forêt toute entière et les prairies qui s’étendent de Sassegnies à Landrecies, sur la rive gauche de la Sambre.

Il y avait à Locquignol des bûcherons, des scieurs de long, des sabotiers mais aussi des sculpteurs sur bois qui s’étaient spécialisés dans la fabrication des statues pieuses. On les appelait « les faiseux d’bons dieux ».

L’église a été reconstruite suite à l’ouragan de 1876 qui l’avait fortement endommagée.

L’ Eglise Saint Pierre et Saint Paul de Locquignol.

Le projet de l’architecte Jules Fiévet fut adopté en 1877 et les travaux terminés en 1881 (réception définitive en 1882) pour un coût de 62 000 francs. Ils ont été réalisés par l’entrepreneur d’Englefontaine Xavier Vaille.

L’Eglise de Locquignol
L’intérieur
Le Maître-Autel et le buffet d’orgue.
Le Chœur
Le tabernacle
Bas relief de l’autel principal
Pupitre Saint Pierre
Pupitre Saint Paul
Autel latéral gauche
Bas relief
Autel latéral droit
Bas relief
L’orgue
Stalles
Confessionnal
Autel au fonds de l’église
Autre autel au fonds de l’église
Tableau du Chemin de Croix
la Mairie et son site, la Salle des fêtes et le Syndicat d’Initiative
Le Monument aux Morts 1914 1918. Université Lille 3
Mémorial érigé en souvenir du Garde Delcourt du Sars Bara, Sous-Lieutenant au 59ème RI, mort pour la France au combat du Four de Paris le 10 décembre 1914. 

Ce bombardier B 17 le Charley Horse s’écrasa dans la forêt de Mormal le 20 octobre 1943 à 14h30. Il avait pour mission avec 18 autres de bombarder Düren en Allemagne après avoir décollé d’Angleterre. Il se composait de 11 membres d’équipage. Dix ont sauté en parachute avant le crash tandis que le mitrailleur Charles J Dove fut tué en essuyant les tirs allemands. Il y eu six prisonniers et quatre évadés, aidés par le réseau Comète, un groupe de résistants franco-belges. Deux ont rejoint l’Ecosse via l’Espagne : le pilote William Hartigan et le navigateur Lorin Douthett.

Stèle à la mémoire du crash Charley Horse en 1943

Une stèle a été dressée en leur mémoire à la pâture d’Haisne et inaugurée le dimanche 10 octobre 2021.

Calvaire route de Hachette
Calvaire route de Hachette
Calvaire route de Hachette
Calvaire route de Hachette

Le calvaire des Grandes Pâtures En 1776, Antoine Renard, fermier à Locquignol, fit bâtir un calvaire au milieu du carrefour des « Croisettes du Loskignot ». Le carrefour prit alors le nom de « carrefour du calvaire ». Un siècle plus tard, le calvaire fut transféré à l’endroit actuel qui prit le nom de « carrefour de la Tourelle » puis de « la Touraille » ou des « Grandes Pâtures ». Il fut restauré en 1834 par Grégoire Baligand, curé à Locquignol, en 1876 par Désiré Lesnes, curé à Locquignol, après la guerre 1914-18 par la commune et en 1979 également par la commune (propriété communale). Au pied du calvaire existe une pierre sur laquelle on peut lire : « Calver pausé en 1776 par le sieur Antoine Renard fermier au Locquignol ».

Article de Marc LAVIE provenant du site de la Communauté de Communes du Pays de Mormal et de Maroilles.

Fontaine face à la mairie
Le sanglier, symbole de la forêt de Mormal.
Le cerf, autre symbole de la forêt de Mormal.

Hameaux et lieux dits : Hachette (Haches, 1231, Lettre de Fernand et de Jeanne de Hainaut). Le Calvaire. Le Vert Donjon. La Grande Pâture. La Pâture Fiévet. Les Capiaux. Les Étoquis.

Hachette :  un hameau de Locquignol, en bordure de la Sambre

Hachette, un délicieux coin de verdure
La Machine Elévatoire

Vers 1838 fut entreprise la construction d’un canal qui devait relier la Sambre à l’Oise. Pour alimenter en eau cette voie artificielle, 6 stations élévatoires furent implantées.

La station élévatoire d’Hachette fut installée vers 1859.

Elle a fonctionné avec un moteur à vapeur conçue par l’ingénieur écossais James Watt jusqu’en 1974, soit pendant 110 années !

Six heures étaient nécessaires à l’allumage et à la mise sous pression. La vis d’Archimède (vis sans fin), puisait l’eau à l’aval du barrage et la remontait à l’amont. Selon les périodes, en particulier pendant la sécheresse, la machine tournait jours et nuits.

Elle a été la dernière de ce type à fonctionner en Europe, elle fut définitivement remplacée en 1974 par des moteurs électriques.

Elle est appelée familièrement « machine à Robert » en référence à Robert Deflond, le mécanicien chargé de son fonctionnement.

En aval de la rivière, on trouve une station de pompage destinée à remonter de bief en bief l’eau fournie par l’Helpe, affluent de la Sambre, en vue d’assurer l’alimentation du bief de partage du canal de la Sambre à l’Oise en période de sécheresse.

L’écluse d’Hachette
La Sambre à Hachette
Paradis des pécheurs qui viennent taquiner le goujon.
Locquignol

Reconnu par la mairie « trop petit, vétuste et non couvert », elle le fit enlever en 1950-1951.

Maisons forestières

La maison forestière de Maroilles   (située à Hachette hameau de Locquignol)

Détail du linteau de la porte principale. culture.gouv

Le linteau porte un numéro illisible, la date 1783, ainsi que des armoiries : trois fleurs de lys surmontées d’une couronne ceinte de feuilles de chêne (?). La forme des ouvertures en calcaire marbrier, légèrement cintrée, confirme cette datation.
Sur le cadastre établi en 1805, la maison adopte une forme en L (le retour doit être en cours de construction car il apparaît en blanc sur le relevé), tandis que sur les cadastres de 1831 et 1930, elle est de plan rectangulaire comme aujourd’hui. En 1805 est visible un petit volume indépendant implanté à l’est, reconstruit avec plus d’ampleur en 1831 et aujourd’hui disparu, sans doute une grange et une porcherie d’après la tradition orale.

Peu transformée depuis le 18e siècle, la maison forestière de Maroilles se développe tout en longueur. Le soubassement et les chaînes d’angle sont en calcaire marbrier, ainsi que l’encadrement des ouvertures et les emmarchements. A la maison est attaché un hectare de pâture.

Source du texte : Cultur.gouv

Maison forestière d’Hachette

Cense d’Hachette

La cense de Hachette

C’était  une ferme située près de la forêt de Mormal, composée de la maison de ferme, de 2 parties de pâtures de 33 rasières, de 8 parties de pré et d’une pièce de terres labourables. En 1557, un grand nombre de religieux de Maroilles fuyant une maladie contagieuse, se réfugièrent dans cette cense. Elle était louée 1025 livres à la Révolution.

De nos jours la ferme adopte un plan général en U et se compose de trois bâtiments.

Détail du blason remployé dans la maçonnerie du logis. culture.gouv

A l’ouest se trouve un volume abritant le logis et une étable surmontée d’un fenil. Perpendiculairement, est implanté au nord un bâtiment presque entièrement en moellons de calcaire marbrier, ayant fonction d’étables, de fenil et de laiterie. (La seule partie subsistante du XVIII e siècle). Face au logis se situe un vaste bâtiment abritant des étables et la grange, ainsi qu’une porcherie. Il alterne étables, espace de grange, étables et grange. Les voûtes des étables sont sur pendentifs et sont soutenues par des colonnes en calcaire marbrier.
(Source : Culture.gouv)

L’auberge du Godelot

Locquignol
Le centre du village 2017 Photo de © Raimond Spekking & Elke Wetzig / CC BY-SA 4.0 (via Wikimedia Commons), CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=60044036

🌲 Du relais de chasse au château de Locquignol : six siècles d’histoire

Au cœur de la forêt de Mormal, là où les futaies se referment comme des murailles végétales, une clairière s’ouvrait autrefois : Locquignol. Ce n’était pas un village. Ce n’était pas encore un domaine agricole. C’était un lieu de chasse, un point d’appui discret où les comtes de Hainaut venaient se retirer, loin des tumultes de Mons ou du Quesnoy.

On y trouvait un logis simple, mais solide, une petite chapelle dédiée à Saint Guénolé, quelques dépendances pour les veneurs, les chevaux, les chiens. Le relais vivait au rythme des saisons, des battues, des séjours comtaux. La forêt était immense, dangereuse, presque souveraine. Locquignol n’était qu’une clairière, mais une clairière comtale.

🌿 1277 — Huart, le premier visage du domaine

Un jour de septembre 1277, la comtesse Marguerite de Hainaut prit une décision qui allait donner un visage humain à ce lieu. Elle confia sa maison de Locquignol à un bourgeois de Forest : Huart don Louskenet.

Le contrat est d’une précision étonnante. Huart devait cultiver les terres, marner les champs, entretenir les bâtiments, partager le fumier des bestiaux de la comtesse, fournir de la paille si nécessaire. En échange, il jouissait :

  • des maisons,
  • du manoir,
  • des granges bien closes,
  • des jardins,
  • des bois dans l’enclos,
  • et d’un chemin réservé vers Mormal.

Huart n’était pas un seigneur. Il était le gardien du relais de chasse, celui qui vivait dans la maison comtale, qui en respirait les odeurs de bois, de terre, de bêtes, qui en entretenait les murs et les usages.

Locquignol devenait une maison forte forestière, un petit monde autonome, protégé par la forêt.

🌿 Du Moyen Âge à l’époque espagnole — Le domaine seigneurial

Les siècles passèrent. Le relais de chasse devint une maison forte, puis un domaine seigneurial. Les granges s’agrandirent, les jardins se structurèrent, la tuilerie comtale produisit pour Le Quesnoy. Charbonniers, scieurs, débardeurs, menuisiers, charrons… Toute une économie forestière gravitait autour de Locquignol.

La chapelle du manoir restait le seul lieu de culte. Les habitants, peu nombreux, vivaient dans l’ombre du domaine.

🌿 1664 — Jean Talon, le grand seigneur de Locquignol

Portrait de Jean Talon, par Claude François (dit Frère Luc)

Puis vint le XVIIᵉ siècle, et avec lui un homme : Jean Talon. Intendant du Hainaut, secrétaire du cabinet du Roi, maître particulier des Eaux et Forêts du Quesnoy.

En 1664, Louis XIV lui accorda le domaine de Locquignol, avec le château et la ferme de la Motte, pour en jouir sa vie durant.

Talon transforma le relais de chasse en véritable château forestier :

  • logis agrandi,
  • jardins ordonnés,
  • verger immense,
  • potager rationnel,
  • dépendances rénovées,
  • chapelle entretenue.

Vue agrandie du plan du château 1712

Le plan de 1716 révèle un domaine parfaitement structuré : un rectangle noble, une cour intérieure, une vaste basse‑cour, une brasserie, une grange, un bassin et un verger clos. Locquignol n’était plus un simple relais de chasse, mais un véritable domaine seigneurial.

Le château se présente sous la forme de deux ailes reliées par un bâtiment central muni d’un perron. L’accès se fait par l’aile orientale, dont l’extrémité semble former une véranda ou galerie ouverte. L’ensemble dessine une cour noble, prolongée par la basse‑cour et une terrasse aménagée.

Jean Talon mourut en 1694, laissant derrière lui un château à son apogée, parfaitement représenté sur le plan de 1716. Il transmit également à Locquignol son blason — “d’azur à trois macles d’argent” — dont les macles, attributs de chasse, devinrent le symbole du village.

🌿 1703–1717 — Le château devient lieu de culte

Après la mort de Jean Talon, le domaine de Locquignol, concédé à titre viager, revint à la Couronne. Sous l’administration royale, le château commença à décliner, faute d’entretien. Pourtant, le bâtiment restait debout et sa chapelle demeurait le seul lieu de culte du village, ce qui explique la nomination d’un chapelain royal en 1703. Ce prêtre officiait dans la chapelle du château, confirmant que le domaine, désormais royal, continuait d’assurer le service religieux. En 1717, les habitants, toujours dépourvus d’église, demandèrent au Roi l’envoi d’un curé attitré. Leur requête fut acceptée : Locquignol devint une paroisse… mais sans église. Le curé dut, comme le chapelain avant lui, célébrer les offices dans la chapelle du manoir.

🌿 1750–1790 — Le château s’efface

Au XVIIIᵉ siècle, le domaine, toujours sous administration royale, continua de se dégrader. Le château, déjà affaibli depuis la mort de Jean Talon, ne bénéficiait plus d’aucun entretien sérieux : la chapelle cessa progressivement d’être utilisée, les toitures se détériorèrent et les bâtiments perdirent leur cohérence. La carte de Cassini, dressée vers 1750–1780, montre encore un symbole religieux : il s’agit de la chapelle du château, ultime vestige du lieu de culte, et non d’une église paroissiale. À cette époque, le domaine n’était plus qu’une ombre de ce qu’il avait été sous Talon.

🌿 1793 — Le feu

En 1793, pendant les guerres révolutionnaires, les Autrichiens incendièrent Locquignol. Le château disparut dans les flammes. La ferme survécut. Quelques murs restèrent, comme des cicatrices.

Plan Consulaire ADN 203P 30 / 203

Le plan du Consulat (1808–1813) montre encore l’emprise du château, mais plus de bâtiment religieux.

🌿 1800–1830 — Le château devient église

Au début du XIXᵉ siècle, les habitants décidèrent de bâtir une église. Ils la construisirent exactement sur l’emplacement du château, là où se dressait autrefois le manoir de Huart, la maison forte, le domaine de Talon.

Cadastre 1831 ADN P 31 / 734

Cadastre 1930 ADN P 31 / 734

Le cadastre de 1831 montre cette église (parcelle 185). Le cadastre de 1930 la confirme.

Le château avait disparu. Mais son emplacement, lui, était devenu le cœur du village.

🌿 Conclusion

Ainsi s’achève l’histoire du relais de chasse de Locquignol : né dans une clairière médiévale, devenu maison forte, puis château seigneurial, lieu de culte, ruine, et enfin église.

Chaque époque a laissé une trace : Huart, Talon, le chapelain royal, les plans anciens, les cadastres… Et sous l’église actuelle, sous les pierres et les dalles, dort encore le château de Locquignol.