L’Avesnois dans les années 1960

La Situation de l’Arrondissement d’Avesnes dans le Département du Nord


La réputation du département du Nord n’est plus à faire. Tout le monde connait cette laborieuse région, à la fois industrielle, maritime et agricole, puissante par l’importance de sa production, par la densité de sa population et par son étendue. Le Nord industriel, c’est notamment la trépidante agglomération Lille-Roubaix-Tourcoing, capitale du textile sous toutes ses formes : laine, coton, lin, etc… ainsi que le Bassin Houiller et Industriel de Valenciennes ; le Nord maritime, c’est surtout Dunkerque, son activité portuaire rénovée et toute la région côtière environnante ; le Nord agricole enfin, ce sont principalement les vastes cultures des Flandres avec leurs magnifiques récoltes — qualité et quantité —de blé et de betteraves principalement, puis de pommes de terre, haricots, pois, houblon, tabac, etc… sans oublier les troupeaux de vaches laitières de pure race flamande.

Mais cet ensemble n’est cependant pas tout le département, qui n’est souvent connu et cité qu’entre Valenciennes et Lille ou entre Lille et la mer du Nord.

Il y a en effet, outre le Valencionnois, le Douaisis et le Cambrésis, le Sud du département, l’arrondissement d’AVESNES, qui réunit tout ce que l’on trouve dans sa partie septentrionale, exception faite évidemment de l’activité maritime, mais avec l’appoint de ses possibilités touristiques qui attirent chaque année, et de plus en plus, les populations des grandes villes précitées et de leurs environs.

Il y a, en un mot, l’AVESNOIS, à la fois industriel, agricole et touristique, et dont l’attrait est tel que celui qui l’a découvert y revient toujours. Nombreux sont en effet les touristes qui, n’ayant jamais soupçonné l’existence de cette belle région et ayant l’occasion d’y passer, éprouvent le désir d’en apprécier de nouveau les charmes a chacune de leurs périodes de liberté.


L’AVESNOIS a comme centre, surtout administratif puisqu’il s’agit du chef-lieu d’arrondissement comportant Sous-Préfecture, Palais de Justice, Recette des Finances, Chambre de Commerce et d’Industrie, Enregistrement, Hypotheques, Etablissements d’enseignement secondaire, etc… la yille d’AVESNES-SUR-HELPE, curieusement bâtie sur une colline dominant les environs, et dont le clocher de la massive collégiale Saint-Nicolas, s’élève orgueilleusement au point culminant de la cite ; abritant un des plus célèbres carillons du Nord, dont les ritournelles s’égrènent régulie-rement au cours des heures, à la satisfaction des touristes de passage qui en font la découverte inattendue.


AVESNES est une petite ville qui ne compte qu’un peu moins de 7.000 habitants, car l’étroite ceinture de ses fortifications construites par Vauban et le territoire proche des communes environnantes n’en ont pas, jusqu’à présent, permis l’extension qui s’avère cependant de plus en plus indispensable, mais qui a bénéficié d’un gros effort de construction et de modernisation depuis quelques années.

Mais si le chef-lieu est modeste, l’ensemble de l’arrondissement est puissant dans de nombreux domaines.

Il réunit en effet actuellement près de 240.000 habitants et sa superficie totale, qui s’étend sur plus de 140.000 hectares, est partagée en 12 cantons et 151 communes.

Dans sa situation actuelle, l’arrondissement d’AVESNES est plus peuple que 17 de nos départements pris isolement.

Toute sa partie Nord et Est, c’est-a-dire les cantons de Bavay, Maubeuge, Solre-le-Château et Trélon est limitrophe de la frontière belge ; sa partie sud appartient a la grasse hierache et est mitoyenne du departement de l’Aisne ; sa partie Ouest est voisine du Cambresis, avec, au Nord-Ouest, une quinzaine de kilometres jouxtant le Valenciennois.

Les communes les plus peuplées sont les suivantes, d’après les chiffres du recensement de 1962 : Maubeuge, 27.287 habitants ; Hautmont, 18.632 ; Fourmies, 15.197 ; Jeumont, 9.660 ; Aulnoye-Aymeries : 9.609 ; Avesnes, 6.716 ; Feignies, 0.469 ; Louvroil, 6.313 ; Ferriere-la-Grande, 5.263 ; Le Ques-noy, 4.763 ; Landrecies, 4.577 ; Rousies, 4.286 ; Berlaimont, 3.980 ; Wignehies, 3.876 ; Anor, 3.797 ; Sains-du-Nord, 8.672 ; Bavay, 3.355 ; TreIon, 3.344 ; Boussois, 3.$19 ; Marpent, 3.123.

La plus petite commune, quant a la population, est Choisies, dans le canton de Sgolre-le-Chateau. Elle ne compte en effet que 93 habitants.

Quant à la superficie des communes, elle varie de 9.755 Hectares pour Locquignol (à qui appartient administrativement le territoire de la forêt de Mormal) a 103 hectares pour la commune de Raucourt-au-Bois, avec cette curieuse remarque que ces deux communes, la plus grande et la plus petite de l’arrondissement, appartiennent au même canton du Quesnoy-Est.

Apres Locquignol, les communes les plus étendues sont Trélon, avec 3.914 hectares ; Cartignies, 2.461 ; Etroeungt, 2.510 ; Prisches, 2.311 ; Fourmies, 2.297 ; Anor, 2.224 ; Landrecies, 2.170 ; Maroilles, 2.193 ; Cousolre, 2.098, etc… Pour le reste, 10 communes ont de 1.500 a 2.000 hectares ; 24 de 1.000 a 1.500 ; 65 de 500 a 1.000 et toutes les autres ont moins de 500 hectares.

L’ AVESNOIS INDUSTRIEL

Du point de vue industriel, deux centres se détachent nettement de l’ensemble : le BASSIN MÉTALLURGIQUE de la SAMBRE, et la Région de FOURMIES-AVESNES dont l’activite était autrefois presque entièrement consacrée à l’INDUSTRIE TEXTILE mais qui présente aujourd’hui un aspect quelque peu différent à la suite de l’implantation d’industries nouvelles.

On trouve ensuite le centre marbrier de COUSOLRE et environs dont l’activité et la prospérité furent autrefois très importantes, mais qui sont très diminuées à la suite de crises successives provoquées notamment par l’emploi d’autres matériaux tant pour le bâtiment que dans les autres domaines d’utilisation habituelle du marbre. Cependant, les productions utilitaires et artistiques des industriels et artisans marbriers de cette région sont encore appréciées et recherchées.

Le Bassin de la Sambre, dont le centre est MAUBEUGE, s’étend de Jeumont à Aulnoye-Aymeries en descendant du nord-est au sud-ouest.

Il comprend notamment, outre les localités précitées, Recquignies, Boussois, Marpent, Hautmont, Rousies, Louvroil, Feignies, Ferrière-la-Grande, etc… et forme une agglomeration de l’ordre de 110.000 habitants comprenant de puissantes usines et industries diverses.

C’est ainsi que l’on y trouve :

— des usines sidérurgiques (Acier Martin, acier Thomas, acier électrique) occupant près de 11.000 salaries soit 25 % des effectifs des usines de la C.E.C.A. des départements du Nord et du Pas-de-Calais. Dotés d’un équipement moderne comprenant notamment un haut-fourneau à fonctionnement entièrement automatique constituant l’une des unités les plus modernes d’Europe, ces établissements ont produit 543.000 tonnes d’acier en 1963.

–des usines transformatrices multiples : fonderies de fonte et d’acier, fabriques de matériel de chemin de fer, de machines-outils, de tubes, de tout le matériel électrique et de la câblerie, appareil de levage et de manutention, forges, chaudronneries et tôleries, moteurs mécaniques, tréfilage, étirage et laminage à froid, articles métalliques divers (boulonnerie, quincaillerie), ainsi que des fabriques de céramique, de mosaique, produits chimiques et d’isolation, glaces et verres spéciaux et articles d’optique, cette dernière activité étant localisée dans les puissantes usines de Boussois.

L’ensemble de ces productions comprend une centaine de firmes principales et occupe plus de 40.000 salaries.

Certaines de ces usines, dont Peffeetif atteint et parfois depasse 3 a 4.000 ouvriers, sont dotées d’un outillage puissant et perfectionné qui permet de les comparer aux installations les plus modernes de tous les pays. L’une d’elles, dont l’outillage va du pilon de 500 kg. à la presse de 3.000 tonnes peut fabriquer des pièces de quelques centaines de grammes jusqu’à 40 tonnes. Elle possède un train de laminoirs le plus puissant du monde capable de laminer des frettes sans soudure jusqu’à 6 m. de diamètre, 1 m. 40 de largeur et d’un poids unitaire maximum de 30 tonnes.

Quant à la région de FOURMIES-AVESNES, dont la qualité des productions lainières avait porté bien avant 1914, le renom de Fourmies dans le monde entier, elle ne consacre plus qu’environ la moitié de son activité au travail des fibres textiles et présente actuellement un important éventail d’activités nouvelles, ce qui la rend moins sensible aux crises cycliques spécifiques du marche lainier.

Le textile englobe encore une vingtaine de firmes (filatures et tissages) situées a Fourmies, Wignehies, Ohain, Trélon, Glageon, Sains-du-Nord, Avesnelles et Avesnes, occupant 2.600 salaries et traitant mensuellement un contingent de matière de l’ordre d’un million de kg.

A côté de cette industrie traditionnelle, on trouve également dans cette région des forges et aciéries, visserie, fabriques d’appareils managers et électriques, de matériel pour la photo et le cinéma, de meubles, de confections, de bonneterie, gobeleterie, cartonnerie, brosses métalliques, produits exothermiques, caravanes, sucre de lait, etc…

En dehors de ces deux principales zones industrielles, il existe encore dans l’arrondissement d’Avesnes de très nombreuses productions, depuis les appareils de chauffage et machines agricoles jusqu’aux carrières de pierrs calcaires, de dolomie, de sables, en passant par le conditionnement et l’emballage, les beurreries et fromageries, la brasserie, la cidrerie, la confiserie, des fabriques de chaussures, de bonneterie, d’engrais, de feutre, d’amiante, de chicorée, de céramique, émailleries, marbreries, gobeleterie, ferblanterie, boissellerie et aussi plusieurs exploitations forestières écoulant la production de l’immense Forêt de Mormal et autres forêts domaniales et bois communaux de Fourmies, Sains-du-Nord, Trélon, Glageon, Anor, etc…

Les industries de arrondissement d’Avesnes sont par ailleurs largement exportatrices et contribuent, pour une part relativement importante, à l’équilibre de notre balance commerciale.

C’est ainsi que les factures d’exportation visées par la Chambre de Commerce et d’Industrie en 1963 — et toutes ne sont pas obligatoirement soumises au visa — représentaient un total de 38.000 tonnes de marchandises pour une valeur d’ensemble de 35 millions de francs.

Ces exportations sont principalement constituées par des produits sidérurgiques et de la transformation des métaux, des productions des firmes textiles, des industries laitières et diverses de la région, notamment des glaces et verres spéciaux, céramiques, etc… et sont expédiées à des-tination des cinq parties du monde.

Ces chiffres, la nature des marchandises et leur destination soulignent l’importance des nombreuses productions industrielles qui donnent tout son relief à l’activité économique de l’arrondissement d’Avesnes.

L’AVESNOIS AGRICOLE

Mais si l’Avesnois est industriel, il est également et largement agricole et se caractérise précisément par un remarquable équilibre de ces deux activités principales qui lui donne une certaine indépendance économique.

Toute la partie nord de l’arrondissement montre en effet surtout des cheminées d’usine, mais toute sa partie sud, où s’active une importante industrie laitière, beurrière et fromagère, englobe l’essentiel de ses 50.000 hectares de bois ,de forêts et de cultures diverses, et de ses 80.000 hectares de pâtures plantées d’arbres fruitiers et notamment de pommiers, séparées par des haies vives, peuplées de magnifiques troupeaux de vaches laitières et de bêtes à l’engrais où dominent principalement les races hollandaise, flamande, bleue du Nord et surtout, depuis quelques années, la magnifique race frisonne pie-noire dont un important contours annuel groupant à Avesnes plusieurs centaines de bêtes souligne le constant développement.

Quelques chiffres donneront une idée de l’importance agricole de l’arrondissement d’Avesnes :

— son troupeau bovin compte environ 180.000 têtes de bétail, dont plus de 85.000 vaches laitières, soit près de 50 % du troupeau de tout le département du Nord, et l’élevage du porc y est également très important ; — on y recolte souvent plus de 50.000 quintaux de pommes, ainsi que d’autres fruits, notamment des prunes et des cerises ;

— on y traite annuellement plus de 180 millions de litres de lait une production beurrière et fromagère très importante : une dizaine d’entreprises coopératives ou privées expédient leurs fabrications (Edam, Mimolette, Gouda, Galantine, Bébé, Saint-Paulin) dans de nombreuses régions de la métropole, en Afrique du Nord, voire à l’étranger; et certains « Maroilles » ou un de ces succulents « Dauphins » aromatisés, mais qui deviennent malheureusement de plus en plus rares, font les délices des gourmets.

Quant aux marches au beurre d’Avesnes, Landrecies, Berlaimont, et de certaines autres localités de la région, ils sent fréquentés par de nombreux acheteurs, grossistes, détaillants et particuliers ; les tours des marches au beurre d’Avesnes et de Landrecies servent d’ailleurs de base officielle pour le règlement des fermages.

Et si l’ensemble des exploitations agricoles de l’Avesnois et de la Thiérache évoque parfaitement le bocage normand, avec ses pâtures peuplées de bêtes à cornes et entourées de haies vives, de nombreux connaisseurs y ont trouvé un peu plus de « fini », un peu plus de soin — pour ne pas dire plus de coquetterie — dans la tenue et la présentation du cheptel, des bâtiments de ferme, des clôtures naturelles et des arbres fruitiers.

L’AVESNOIS TOURISTIQUE

Et nous arrivons au chapitre le plus agréable, en belle saison, pour nos visiteurs : celui des possibilités touristiques offertes par l’arrondissement d’Avesnes.

Il est indéniable qu’au printemps, à l’époque de la floraison, l’aspect de l’Avesnois est enchanteur, et la beauté de ses sites vallonnés, de ses ombrages, de ses bois, de ses forêts, surprend agréablement ceux qui n’imaginent le Nord qu’obscurci par des fumées d’usines et parsemé de terrils miniers.

Qui dira en effet le charme d’une randonnée — à pied, à bicyclette ou en automobile — au début de mai, alors que les pâtures sont couvertes de boutons d’or et que les pommiers sont en fleurs, a travers cette « Petite Suisse du Nord « , orgueil de l’Avesnois, qui prend naissance à Ramousies, pour s’étendre jusqu’à Eppe-Sauvage, par Liessies et les environs, entre la forêt de Trélon, le bois l’Abbé, le bois de Belleux, le bois de Nostrimont, jusqu’aux abords de la forêt de Rance, en Belgique ?

Qui dira l’attrait d’une promenade sous bois dans cette splendide forêt de Mormal, totalisant plus de 9.000 hectares et dont les vertes frondaisons, les allées bordées de chênes séculaires vous conduisent par Locquignol vers les cerisiers de Jolimetz, vers cette douce, vieillotte et accueillante ville du Quesnoy qui, a l’abri de ses anciennes fortifications de Vauban, heureusement préservées en partie de la destruction et des « urbanistes », vous permettra de délicieuses flâneries, d’agréables parties de pêche, de canotage, de camping, sur ses étangs et sur ses lacs, sous ses délicieux ombrages, au surplus parfaitement aménagés par les soins du Syndicat d’Initiative local qui a su déceler tout le parti et tout le profit qu’on en pouvait espérer ?

Les touristes trouveront également dans l’Avesnois, parmi tant de sites charmants, comme par exemple tous les environs de Soire-le-Château, de Clairfayts à Lez-Fontaine, la fine et chantante Vallée de la Thure, qui va d’Hestrud à Cousolre en longeant la frontiere beige.

Ilss y trouveront encore d’agréables promenades aux environs immédiats d’Avesnes, par Guersignies et Waudrechies ; par Godin, Belle-Fontaine, Coutant, Fuchau, hameaux et lieux-dits niches dans la verdure et dont la découverte est toujours agréable.

Ils y trouveront aussi la forêt de Trélon, la fagne de Sains, le bois de Glageon, la haie d’Anor, le bois de Fourmies, etc… qui rassemblent,toutes les possibilités de randonnées variées, de calmes et vivifiants repos ou d’ébats sportifs chers aux jeunes générations, sans oublier l’attrait, au printemps, d’odorantes moissons de clochettes de blanc muguet et, aux approches de l’automne, d’abondantes cueillettes de champignons de pâture qui, dégustés avec du pain frais bien garni de bon beurre avesnois, constituent un véritable dejeuner de roi !

Et si, parmi les visiteurs, il en est qui sont amateurs d’archéologie, l’AVESNOIS leur offre également dans ce domaine des ressources insoupçonnées car toutes leurs promenades seront jalonnées de souvenirs historiques de toutes les époques.

Ils y verront, un peu partout, ces nombreuses petites chapelles qui ont toutes leur légende ou leur histoire. Ils y verront, par exemple, à Solre-le-Château, l’ancienne église avec son curieux clocher à bulbes et ses jolis vitraux ; l’Hôtel-de-ville non moins ancien, flanqué d’une ancienne halle sur la façade de laquelle ils déchiffreront, inscrites en belle gothique dorée, des devises rappelant aux marchands de ce temps les préceptes de probité tenus pour règle de leurs transactions commerciales

Ils découvriront dans toutes les églises des villes et des villages soit des tableaux anciens, soit de vieilles boiseries sculptées, soit des statues de pierre ou de bois dont l’origine date souvent de plusieurs siècles.

ils trouveront à Avesnelles et à Flaumont-Waudrechies les vestiges du « camp de César » ; à l’exterieur de l’église de Sémeries, un « Dieu de Pitié » du XV° siècle ; dans l’église de Ramousies, d’admirables tryptiques de la Renaissance ; dans l’église de Liessies, l’évocation d’un riche passé tant sur la toile que dans le bois ou la pierre, et, non loin de là, la chapelle de Sainte-Hiltrude dont ils aimeront la légende.

Dans une autre direction, ils trouveront le coquet village de Floursies et sa fontaine romaine dont les eaux étaient autrefois dirigées sur Bavay par un aqueduc de 20 kilomètres ; Beaufort et les ruines d’un donjon construit en 1173 par un Comte du Hainaut : Eclaibes avec son étang et les vestiges imposants d’un château-fort du moyen-age, etc…

Ces quelques citations sont faites au hasard, car la simple énumeration de toutes les curiosités anciennes qui se trouvent dans l’Avesnois serait fastidieuse, mais on peut encore signaler, à Sains-du-Nord, un château qui fut autrefois une des résidences du Prince de Talleyrand-Périgord, ancien Évêque d’Autun et Grand Chambellan de Napoléon ; à Poix-du-Nord, la maison natale du grand tragédien Talma, lui aussi familier de Napoléon 1er dont il fut le comédien préféré.

Enfin, les touristes épris d’archéologie iront admirer les vestiges de ce que fut à l’époque gallo-romaine l’ancienne capitale des Nerviens, l’antique cité de Bagacum, aujourd’hui ville de Bavay, où se rencontrent les sept chaussées Brunehaut sur lesquelles ont cheminé pendant plus de quatre siècles les légions, les denrées, les œuvres d’art et tous les produits de la civilisation, matérielle et morale, de l’antiquité.

Les fouilles entreprises à Bavay il y a déjà de nombreuses années, et qui ont permis de curieuses trouvailles réunies dans un intéressant musée local très frequenté, furent reprises avec plus d’intensité depuis 1947 et provoquèrent la mise a jour d’une véritable ville antique avec des murs encore debout, des arcs hauts de 5 mètres et un ensemble de monuments dont l’harmonieuse disposition, la construction soignée et la riche décoration font l’admiration des visiteurs de plus en plus nombreux.

Ajoutons que l’attrait touristique de notre région s’est encore accru depuis quelques années par la création à Maubeuge, d’un jardin zoologique qui fait la joie des petits et provoque aussi l’intérêt des grands par le nombre et la diversité de ses pensionnaires.

Bien sur, le « Zoo » de Maubeuge ne prétend pas rivaliser avec celui du Bois de Vincennes, mais ses créateurs sont très attentifs à son développement et il est d’ores et déjà classe le 3eme de France.

Aussi bien, l’acclimatation des diverses familles d’animaux qu’il renferme semble donner d’excellents résultats si l’on s’en rapporte au nombre des naissances régulièrement enregistrées.

Les touristes de passage dans l’Avesnois peuvent donc, s’ils le désirent, se détourner de leur chemin pour une visite au Zoo de Maubeuge : ils ne seront pas déçus

En terminant cet aperçu des possibilités touristiques de l’Avesnois, il est juste de rendre hommage à celui qui est sans doute a l’origine de l’afflux toujours croissant des visiteurs dans notre belle région. Nous voulons nommer le regretté M. Charles-Narcisse PELTRISOT, ancien Maire d’Avesnes, ancien Président du Syndicat d’Initiative de cette ville qui, inlassablement, pendant de nombreuses années, vanta sur tous les tons et en toutes occasions, par la plume et par la parole, à l’aide de brochures, d’affiches ou de discours, les charmes de sa petite Patrie et de tous ses environs.

Il semble donc utile de rappeler, en l’affirmant, que c’est à M. PELTRISOT et à son travail opiniâtre et désintéressé que notre arrondissement doit en grande partie la flatteuse renommée touristique qu’il a pu acquérir et qui ne cesse de s’amplifier.

Pour conclure, nous dirons que l’AVESNOIS, par la valeur de son travail et de ses productions, par la richesse de son sol, par l’intérêt de son passé, présente un attrait certain pour toutes les classes de la Société et mérite quelque attention de la part de ceux qui en ignorent encore les ressources et le charme.

AVESNES et tout L’AVESNOIS sont à environ 200 km. de Paris, à 100 km. de Lille et de Bruxelles : toute la région est bien desservie tant par le rail que par la route, notamment la R.N. 2 de Paris h Bruxelles qui la traverse tout entière en ligne droite, de Larouillies à Bettignies en passant par Avesnes et Maubeuge.

Et dans cette traversée, il est bon de souligner que les amateurs de bonne chère trouveront des restaurants accueillants ou l’art du « bien manger » est encore respecté.

L’AVESNOIS, surtout dans sa partie sud, est le séjour idéal pour les vacances. C’est l’air pur, le calme, le repos, la tranquillité, la santé.

Et rappelons, comme point final à ce tour d’horizon régional, la flatteuse appréciation d’un haut fonctionnaire en tournée d’inspection dans notre arrondissement et qui, découvrant ses richesses naturelles et son attrait, dit à son entourage : « Lorsqu’on arrive dans le Nord par AVESNES, on entre par le coté jardin ».

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Introduction

Ce document, publié en 1960 dans la revue L’Utile et l’Agréable, présente un panorama complet de l’arrondissement d’Avesnes au moment où l’Avesnois atteint son apogée industrielle, agricole et touristique. Il offre une photographie fidèle des Trente Glorieuses : un territoire puissant, équilibré, dynamique, où la sidérurgie, le textile, l’agriculture laitière et le tourisme composent un ensemble unique dans le Nord de la France.

Synthèse du texte (1960)

Le document de 1960 présente un panorama complet de l’arrondissement d’Avesnes au moment où l’Avesnois atteint son apogée économique, agricole et touristique. Il décrit un territoire puissant, équilibré et dynamique, bien différent de l’image industrielle souvent associée au Nord.

Sur le plan industriel, deux pôles dominent :

  • le bassin métallurgique de la Sambre, centré sur Maubeuge, Jeumont, Ferrière‑la‑Grande et Hautmont, qui regroupe plus de 40 000 salariés et produit plus d’un demi‑million de tonnes d’acier par an ;
  • la région textile de Fourmies‑Avesnes, encore très active, avec une vingtaine de filatures et tissages, complétée par des industries nouvelles (mécanique, optique, céramique, cartonnerie, etc.).

L’Avesnois est aussi un territoire agricole majeur, marqué par un bocage dense, 180 000 bovins, 85 000 vaches laitières, une production laitière considérable (180 millions de litres par an), des marchés au beurre réputés, et une diversité de fromages (Maroilles, Mimolette, Gouda, Saint‑Paulin). Les vergers, les pâtures et les haies vives composent un paysage soigné, souvent comparé à une “Normandie plus élégante”.

Enfin, le document met en valeur un Avesnois touristique en plein essor : la “Petite Suisse du Nord”, les forêts de Mormal et de Trélon, les vallées de la Thure et de l’Helpe, les chapelles rurales, les églises anciennes, les vestiges gallo‑romains de Bavay, les fortifications de Vauban au Quesnoy, et le zoo de Maubeuge, alors classé troisième de France. L’ensemble compose un territoire verdoyant, vallonné, riche en patrimoine et en promenades.

Cette synthèse montre un Avesnois des années 1960 à la fois industriel, agricole et touristique, au sommet de sa vitalité, avant les grandes mutations économiques des décennies suivantes.

Conclusion sur le document de 1960

Ce texte de 1960 témoigne d’un Avesnois à son sommet, avant les crises industrielles des années 1970–1980. Il permet de mesurer l’ampleur des transformations du territoire, mais aussi la force de son identité : un pays de travail, de paysages, de mémoire et de résilience.

Avesnois 1960 vs Avesnois 2026 — Analyse historique

Lorsque l’on relit aujourd’hui le panorama de l’arrondissement d’Avesnes tel qu’il était présenté en 1960, on a l’impression de contempler un territoire au sommet de sa puissance. L’Avesnois des Trente Glorieuses est un pays où les cheminées d’usine rythment les vallées de la Sambre, où les filatures de Fourmies tournent encore à plein régime, où les marchés au beurre d’Avesnes et de Landrecies fixent les prix du lait pour tout le département, où les touristes découvrent émerveillés une “Petite Suisse du Nord” encore intacte. C’est un territoire dense, jeune, actif, où l’industrie, l’agriculture et le tourisme composent un équilibre rare.

Mais plus de soixante ans ont passé, et l’Avesnois de 2026 n’est plus celui de 1960. Il n’est ni moins beau, ni moins vivant, mais il est profondément transformé. Les grandes usines sidérurgiques qui faisaient la fierté de Maubeuge, Jeumont, Ferrière‑la‑Grande ou Hautmont ont fermé leurs hauts‑fourneaux, abandonné leurs laminoirs géants, et laissé derrière elles des friches immenses. Les filatures de Fourmies, Wignehies, Trélon ou Sains‑du‑Nord ont cessé de battre, emportées par la crise du textile, la concurrence internationale et la fin d’un monde. Les chiffres de 1960, qui évoquaient des dizaines de milliers d’ouvriers, paraissent aujourd’hui presque irréels.

Pourtant, l’Avesnois n’a pas disparu. Il s’est réinventé. Les anciennes usines ont laissé place à des entreprises plus petites, plus spécialisées, souvent plus innovantes. À Jeumont, l’industrie électrique et ferroviaire a survécu en se modernisant. À Boussois, le verre spécial et l’optique ont trouvé de nouveaux débouchés. À Maubeuge, l’automobile a pris le relais de la sidérurgie, avec des chaînes de montage qui ont remplacé les hauts‑fourneaux. À Fourmies, les friches textiles sont devenues des lieux de culture, de formation, de mémoire, ou des incubateurs d’entreprises. Le tissu industriel n’a plus la puissance de 1960, mais il a gagné en diversité, en technicité, en résilience.

L’agriculture, elle aussi, a changé. Les chiffres de 1960 évoquaient un bocage dense, des milliers de pommiers, des troupeaux immenses, des marchés au beurre qui faisaient la loi. Aujourd’hui, les haies ont reculé, les vergers ont diminué, les exploitations se sont agrandies, les troupeaux se sont modernisés. Le Maroilles, autrefois produit dans une dizaine de laiteries, est devenu un fromage AOP, protégé, valorisé, symbole de l’identité locale. Les exploitations laitières sont moins nombreuses, mais plus techniques, plus performantes, mieux équipées. Le bocage n’a pas disparu : il s’est transformé, parfois fragilisé, parfois restauré, souvent réinventé.

Le tourisme, lui, a pris une place que personne n’imaginait en 1960. La “Petite Suisse du Nord”, les forêts de Mormal et de Trélon, les vallées de la Thure et de l’Helpe, les étangs du Quesnoy, les chemins de randonnée, les circuits vélo, les musées, les sites gallo‑romains de Bavay, les fortifications de Vauban, les églises rurales, les chapelles, les oratoires, tout cela compose aujourd’hui un territoire recherché pour son calme, sa nature, son patrimoine. Le Parc naturel régional de l’Avesnois, créé en 1998, a donné une cohérence nouvelle à cette vocation touristique. Il a protégé les paysages, valorisé les savoir‑faire, encouragé les circuits courts, soutenu les producteurs, restauré les chemins, mis en lumière les villages.

L’Avesnois de 2026 n’est plus un territoire industriel dominant : c’est un territoire de nature, de patrimoine, de mémoire, de qualité de vie. Les touristes ne viennent plus seulement pour les paysages : ils viennent pour les musées, les circuits historiques, les produits locaux, les fermes pédagogiques, les ateliers d’artisans, les fêtes rurales, les marchés de terroir. Le zoo de Maubeuge, cité en 1960 comme une nouveauté prometteuse, est devenu un équipement majeur, modernisé, réinventé, intégré dans une politique de conservation.

La démographie, elle aussi, a changé. L’arrondissement d’Avesnes comptait près de 240 000 habitants en 1960. Il en compte moins aujourd’hui. Les grandes villes ont perdu des habitants, les villages ont parfois vieilli, les jeunes sont partis vers Lille, Valenciennes ou Bruxelles. Mais le territoire attire désormais une nouvelle population : des familles en quête de nature, des retraités, des télétravailleurs, des artisans, des entrepreneurs. L’Avesnois n’est plus un pays d’usines : c’est un pays de paysages, de maisons de briques, de chemins creux, de prairies, de forêts, de silence.

Entre 1960 et 2026, l’Avesnois a donc vécu une transformation profonde. Il est passé d’un territoire industriel puissant à un territoire rural valorisé, d’un pays d’usines à un pays de nature, d’un bassin ouvrier à un espace de qualité de vie. Ce n’est pas une disparition : c’est une métamorphose. L’Avesnois a perdu des cheminées, mais il a gagné des arbres. Il a perdu des filatures, mais il a gagné des musées. Il a perdu des hauts‑fourneaux, mais il a gagné des circuits touristiques. Il a perdu des milliers d’ouvriers, mais il a gagné une identité nouvelle, fondée sur la mémoire, le paysage, le patrimoine, la nature, le terroir.

L’Avesnois de 2026 n’est plus celui de 1960, mais il porte encore en lui la même force : la capacité de se relever, de se réinventer, de transformer les épreuves en avenir. C’est un territoire qui a changé de visage, mais pas d’âme. Un territoire qui a perdu ses usines, mais pas son courage. Un territoire qui a vu disparaître ses filatures, mais pas sa lumière. Un territoire qui, comme toujours, avance, se transforme, et continue d’exister entre travail, nature, mémoire et espérance.

Ce que l’Avesnois a perdu / Ce qu’il a gagné

(tableau de synthèse final)

Ce que l’Avesnois a perdu (1960 → 2026)Ce que l’Avesnois a gagné (1960 → 2026)
Les hauts‑fourneaux, les laminoirs, les grandes usines sidérurgiquesUne industrie plus diversifiée, plus technique, plus innovante
Les filatures, les tissages, les ateliers lainiersDes friches réhabilitées, des lieux culturels, des incubateurs d’entreprises
Les foules ouvrières, les sirènes d’usine, le rythme industrielLe calme, la lumière, des paysages restaurés, une qualité de vie recherchée
Les marchés au beurre qui fixaient les prix du laitUne agriculture modernisée, des produits AOP, une valorisation du terroir
Les vergers immenses, les haies très denses du bocage traditionnelUn bocage recomposé, protégé, intégré au Parc naturel régional
Une démographie forte, liée à l’industrieUne population nouvelle : familles, artisans, télétravailleurs, néo‑ruraux
Une image industrielle dominanteUne identité fondée sur la nature, le patrimoine, la mémoire et le tourisme
Un territoire d’usinesUn territoire de paysages, de circuits touristiques, de musées et de savoir‑faire