Saint-Rémy-du-Nord

Vues aériennes

Saint‑Rémy‑le‑Mal‑Battu apparaît dans les textes médiévaux comme un hameau discret, une excroissance de Boussières‑sur‑Sambre dont il partage la paroisse, les chemins et les hommes.

Un acte de 1188 éclaire soudain ce territoire : Baudouin VIII, comte de Flandre et de Hainaut, confirme une donation de six muids de terre à l’abbaye d’Hautmont. L’année suivante, Régnier d’Artra, seigneur d’Hargnies, cède aux moines la moitié du moulin de Saint‑Rémy, avec ses viviers et ses terres. Ces donations, confirmées par Jacques d’Avesnes, avoué de l’abbaye, installent durablement les bénédictins comme maîtres fonciers du lieu. Dès le XIIᵉ siècle, Saint‑Rémy n’est pas une seigneurie : c’est un territoire monastique, façonné par les religieux d’Hautmont.

À partir du XVe siècle, l’abbaye d’Hautmont délègue la gestion de son fief principal à la châtellenie de Solre‑le‑Château, dont dépend Ferrière‑la‑Petite. Par ce jeu féodal, Saint‑Rémy passe sous l’influence des grandes maisons de l’Avesnois. Les Lannoy‑Molembaix, chevaliers de la Toison d’Or et gouverneurs du Hainaut, y exercent les droits de justice et de terre : Baudouin Ier, Baudouin II, Philippe, puis Jean de Lannoy. Leur héritière, Marie de Lannoy, transmet ensuite la seigneurie à son époux, Jean IV de Glymes, marquis de Berghes, qui administre Saint‑Rémy jusqu’à sa mort en captivité en 1567. À l’extinction de la branche, en 1580, les terres patrimoniales des Lannoy — dont Saint‑Rémy — reviennent à Yolande de Lannoy, tante de Marie, et épouse de Jacques III de Croÿ, faisant entrer le village dans la prestigieuse Maison de Croÿ‑Solre.

Les Croÿ conservent le fief principal de Saint‑Rémy tout au long du XVIIᵉ siècle. Ils y exercent les droits féodaux au nom de l’abbaye d’Hautmont, perçoivent les cens, arbitrent les litiges ruraux et maintiennent l’organisation traditionnelle du territoire. Saint‑Rémy demeure alors un village sans château, sans haute justice propre, mais solidement intégré dans le vaste ensemble seigneurial de Solre‑le‑Château. Son économie repose sur les terres monastiques, les prés, les bois et les petites exploitations familiales qui ponctuent la vallée.

Au XVIIIᵉ siècle, le grand fief historique — celui qui donnait jadis la haute justice — est relevé par François‑Bonaventure du Mont, marquis de Gages, seigneur du château de la Puissance à Bachant. Figure influente des Pays‑Bas autrichiens, franc‑maçon et homme de réseaux, il devient le dernier seigneur féodal de Saint‑Rémy‑du‑Nord. À la veille de la Révolution, le village se compose de deux pôles : le fief principal, tenu par Gages, et la Cense des Granges, vaste domaine ecclésiastique appartenant à l’abbaye d’Hautmont et exploité depuis plusieurs générations par la famille Fauveau, seule grande exploitation structurée du territoire.

La Révolution française abolit les droits féodaux et nationalise les possessions de l’abbaye d’Hautmont. Saint‑Rémy est détaché de Boussières‑sur‑Sambre et devient une commune indépendante. Rebaptisé Saint‑Rémy‑de‑la‑Bâti en 1793, puis Saint‑Rémy‑Mal‑Baty au XIXᵉ siècle, le village adopte en 1912 son nom moderne : Saint‑Rémy‑du‑Nord, scellant son identité autour de l’exploitation de ses carrières de pierre et de marbre. Occupé par les Autrichiens en 1792, puis par les armées allemandes en 1914–1918 et 1940–1944, le village a traversé les siècles avec la discrétion des lieux modestes, mais la profondeur des territoires façonnés par une longue histoire.

L’église Saint-Rémy de 1771

Jean Mossay décrit l’église de Saint-Rémy-du-Nord de la façon suivante :

« La situation de cette église, curieusement encastrée dans un pâté de maisons,suffirait à justifier l’ancien nom du village : le Mal Bati !
Sa nef en plein centre et ses colonnes rondes ne permettent pas de lui assigner une origine antérieure au XVIIème siècle. Mais il s’agit là sans doute d’une reconstruction : car on remarque dans le choeur une porte de repositoire en pierre sculptée qui est du XVIème siècle.

Deux statues intéressantes : Saint Rémy, patron de la paroisse, et Saint Eloi (XVIIIème siècle) »

Saint-Remy-du-Nord
Mairie et école
Monument aux Morts photo Micheline Casier Université Lille 3
Le calvaire de 1948 rue de la Place/ chemin de la Valaudière
Calvaire au cimetière
Calvaire au cimetière Photo Thérèse Trouillet CHGB
Tombes de guerre de la CWGC

Le mur des Sarrazins :

Le mur des Sarrazyns Photo Gizyfr.free

Au Sud-Ouest du village (lieu-dit La Cavée), le long d’un sentier qui, partant de la route de Maubeuge à Aulnoye se dirige vers la Sambre, on retrouve les vestiges de l’aqueduc romain de Floursies à Bavay.
C’est un mur de 55 m de long et large d’environ 1 m. Mais, comme le mur de Dourlers, il a été dépouillé de son parement, et il ne reste que le remplissage intérieur, formé de pierres bleues, de débris de briques et de tuiles liés par un mortier rosé.
A proximité, ont été découvert les vestiges d’une fonderie de plomb, de même origine, et qui a dû être utilisée pour la construction de l’ouvrage.

La Cense des Granges

Au début du XVIe siècle, la cense de la Grange appartenait aux religieux d’Hautmont.

Au XVIIIe siècle, les censiers de Saint-Pierre d’Hautmont dans le village étaient des Fauveau comme à Forest et à Boussières. Il s’agissait d’une famille de laboureurs particulièrement puissante. Ignace Fauveau exploitait la « Cense des Granges », levait la dîme et le terrage et s’occupait également des terres appartenant à la cure de Saint-Rémy, annexe de Boussières, de la collation de notre abbaye. L’ensemble des terres gérées par Fauveau avoisinait 60 hectares et était réparti en 50 parcelles ! Le rendage en argent s’élevait à 440 livres auxquelles s’ajoutaient 12 muids de grains, quelques bétails et quelques corvées. Le censier devait entretenir le chœur de l’église et devait rendre au curé de Boussières pour les terres de la cure qu’il exploitait 200 livres et 3 muids de céréales. Il était également meunier. Dans le bail de 1772 il est stipulé qu’Ignace Fauveau était tenu de faire moudre ses grains de toutes espèces au moulin d’Hautmont si son moulin venait à ne pas être en mesure de le faire.

Ignace Fauveau, « fermier des granges à Saint-Rémy-Malbâty » exploitait en plus « toutes les parties de biens appartenant à la pitance de Saint-Pierre d’Hautmont ». Cet ensemble était assez important : 3 hectares de prés et pâtures en 8 pièces et 15 hectares de terres labourables en 60 pièces Les moines possédaient ainsi à Saint-Rémy-mal-Bâti presque 80 hectares de terres diverses en 110 parcelles.

En 1922 la grange et une partie du moulin brulèrent. Le moulin fut reconstruit vers 1926 bien que s’arrêtant de fonctionner en 1928, mais de la grange incendiée, il ne reste de nos jours, qu’un haut mur présent en forme d’enclos. Le moulin proprement dit est sur trois niveaux tandis que les constructions se trouvant de l’autre côté de la cour sont les anciennes écuries et étables.

L’ancienne ferme moulin Fauveau 12 rue de Limont
Ecuries et étables sur la gauche