
🌟 Introduction Générale
Il existe, au cœur de la Fagne, un lieu où le temps ne s’écoule pas comme ailleurs. Un lieu où les clairières parlent, où les sources murmurent, où les pierres se souviennent. Un lieu où les saints ont marché, prié, fondé, guéri, enseigné. Ce lieu, c’est le prieuré Saint‑Dodon, l’un des plus anciens établissements monastiques de la Thiérache, né au VIIᵉ siècle dans la solitude des bois.
Ici, Saint Ursmer a reposé sous un hêtre, Saint Landelin a fondé un monastère, Saint Dodon a vécu en ermite, guérissant les malades et bénissant les voyageurs. Ici, les moines de Lobbes ont prié, les prieurs d’Ancien Régime ont gouverné, les olivétains ont restauré, les moniales ont peint des icônes, et aujourd’hui, les Chrétiens d’Orient trouvent refuge.
Treize siècles d’histoire ont modelé ce lieu : des fondations mérovingiennes aux reconstructions carolingiennes, des ravages normands aux réformes bénédictines, des droits féodaux aux translations de reliques, des incendies de guerre aux renaissances spirituelles.
Le prieuré Saint‑Dodon n’est pas seulement un bâtiment. C’est une terre sacrée, une mémoire vivante, un paysage spirituel. C’est un fil tendu entre les siècles, une continuité unique dans la région, un lieu où la prière n’a jamais cessé, même lorsque les murs s’effondraient.
Cette page raconte son histoire. Une histoire de pierres, de saints, de prieurs, de miracles, de silence et de lumière.
🌱 Chapitre I — Aux origines : la Fagne et l’enfant Dodon
La Fagne était alors un monde de vent, de bruyère et de solitude. Dans ce paysage rude naît, vers 682, un enfant : Dodon, à Vaulx, entre Chimay et Lompret. À six ans, il est confié à saint Ursmer, qui le baptise, l’instruit, et lui donne le goût de la prière.
À vingt‑quatre ans, Dodon rejoint l’abbaye de Wallers, fondée par saint Landelin, ancien brigand devenu fondateur de monastères. Il y dirige quelque temps la communauté, puis choisit la solitude : il se retire dans la forêt de Moustier‑en‑Fagne, où il vit en ermite, dans la prière et l’austérité.
C’est là que tout commence : une cellule, un oratoire, puis un prieuré.
🔥 Chapitre II — Le premier prieuré : Wallers‑en‑Fagne
Autour de Dodon, des hommes viennent chercher conseil et guérison. La tradition rapporte des miracles : des aveugles voient, des boiteux marchent. La petite communauté se structure et entre dans les dépendances de l’abbaye de Lobbes, en Belgique.
En 817, les Carolingiens imposent la règle de saint Benoît à tous les monastères. Le prieuré de Moustier devient bénédictin : prière, travail, silence, hospitalité.
Malgré les ravages des Normands, il survit et traverse les siècles.
🕊️ Chapitre III — La chapelle et la maison du prieur : témoins du passé
Deux bâtiments racontent encore l’histoire médiévale du prieuré :
La chapelle du XVIᵉ siècle, ancienne église du monastère, avec son autel en pierre bleue, de forme cistercienne ou carolingienne. Les poutres sculptées de la voûte et la châsse de saint Dodon rappellent la ferveur des siècles passés.
La maison du prieur, reconstruite au XVIIIᵉ siècle, témoigne de la vitalité du prieuré avant la Révolution.
En 1643, Arnould de Harchies, seigneur de Moustier, finance la réfection des bâtiments avec l’abbaye de Lobbes, dont les armes — deux clés en sautoir — sont encore visibles sur un porche en pierre bleue.
🏰 Chapitre IV — Notre‑Dame des Prés : la Maison Espagnole

À quelques pas du prieuré se dresse un manoir du XVIᵉ siècle, daté de 1547 (Inventaire Général) ou 1560 (Mérimée). Son pignon à gradins, typique de l’époque espagnole, lui donne son nom : Maison Espagnole.
La porte d’entrée, ornée d’une accolade en pierre bleue, est surmontée de deux anges sculptés encadrant une Vierge à l’Enfant. Ce manoir, inscrit Monument Historique depuis 1934, fut longtemps demeure seigneuriale avant d’être confié aux moines olivétains au XXᵉ siècle.
🧱 Chapitre V — Les bâtiments du prieuré : un ensemble vivant
Le prieuré forme un ensemble architectural cohérent :
- Le prieuré : maison de briques des XVe‑XVIe siècles, façade refaite en 1777.
- L’église : chapelle médiévale, autel en pierre bleue, châsse de Dodon.
- La chapelle byzantine : adossée au pignon nord, bâtie sur un ancien mur d’enceinte.
- L’hôtellerie monastique : accueil des retraitants, oratoire, chambres.
- Les porches en pierre bleue : dont un daté de 1711, portant les armes de Lobbes.
- Notre‑Dame des Prés : manoir du XVIᵉ siècle, inscrit MH.
📜 Chapitre VI — La vie monastique : prière et travail

Pendant des siècles, les moines ont rythmé la vie du prieuré par la prière bénédictine : Matines, Laudes, Eucharistie, Vêpres, Complies. Le travail manuel, l’étude, l’accueil des voyageurs et des pauvres complétaient cette vie simple et profonde.
Au XXᵉ siècle, les moines olivétains venus de Mons reprennent le prieuré en 1962, avant de le confier aux moniales bénédictines olivétaines de Cambrai.
🌸 Chapitre VII — Les moniales olivétaines : un demi‑siècle de lumière
Les sœurs olivétaines ont fait du prieuré un lieu de prière intense, mêlant liturgie latine et tradition byzantine. Elles ont restauré les bâtiments, accueilli des retraitants, créé une hôtellerie, et surtout, elles ont développé un atelier d’icônes d’une grande beauté.
Leur présence a profondément marqué Moustier‑en‑Fagne.
🎨 Chapitre VIII — L’atelier d’icônes : un art sacré
Avec l’autorisation de Mère Sophia, le prieuré a présenté un ensemble d’icônes remarquables : Christ, Mère de Dieu, Saints, Fêtes liturgiques.
Les moniales expliquaient :
- la préparation du panneau,
- le dessin,
- la dorure,
- la peinture,
- la conservation.
Un art sacré, humble, lumineux, qui a rayonné bien au‑delà de la Fagne.
🏛️ Chapitre IX — Les sources patrimoniales : Mérimée, Inventaire Général, Palissy
Mérimée
La Maison Espagnole / Notre‑Dame des Prés est inscrite Monument Historique depuis le 20 avril 1934.
Inventaire Général (2001)
Confirme :
- la fondation du prieuré au VIIᵉ siècle,
- la chapelle du XVIᵉ siècle,
- la maison du prieur du XVIIIᵉ siècle,
- la réfection de 1643,
- le manoir daté de 1547,
- le retour des moines en 1962,
- l’arrivée des olivétaines.
Palissy
Aucun objet du prieuré n’est protégé. Mais un reliquaire du XIXᵉ siècle contenant des reliques de saint Ursmer, saint Dodon et des quarante martyrs est inscrit MH à Eppe‑Sauvage (église Saint‑Ursmar, arrêté du 19 août 1981).
🌄 Chapitre X — Le départ des moniales (2024)
En 2024, les deux dernières moniales, Sœur Sophia et Sœur Emmanuelle, sont appelées à rejoindre l’abbaye de Faremoutiers. Leur départ marque la fin d’un demi‑siècle de présence olivétaine à Moustier‑en‑Fagne.
Un moine bénédictin olivétain demeure sur place pour assurer la continuité spirituelle.
🌍 Chapitre XI — L’arrivée des Chrétiens d’Orient
Le prieuré accueille désormais une petite communauté de fidèles de l’Église Syriaque Catholique : deux prêtres, une famille syrienne, et des visiteurs venus de France, du Benelux, d’Allemagne et de Suisse.
Le prieuré devient un lieu d’hospitalité pour une Église orientale en exil.
✝️ Chapitre XII — Le prieuré Saint‑Dodon : un centre syriaque catholique en Europe
En mars 2026, l’abbé Thomas Dibo Habbaké présente le projet de faire du prieuré un centre européen de l’Église Syriaque Catholique.
Le projet comprend :
- un centre liturgique,
- une maison de l’Église syriaque,
- un centre d’accueil spirituel,
- une dimension européenne,
- un service à l’Église locale,
- un centre d’étude et de recherche,
- une ouverture œcuménique et culturelle.
Ainsi, après treize siècles de tradition bénédictine, le prieuré Saint‑Dodon entre dans une nouvelle étape : un lieu de refuge, de prière et de rayonnement pour les Chrétiens d’Orient.
👑 Chapitre XIII — Les prieurs de Moustier : treize siècles de visages, de pierres et de silence

Pendant plus de mille ans, le prieuré de Moustier‑en‑Fagne a été confié à des hommes — puis à des femmes — qui ont porté la prière, la terre, les pierres, les âmes. Certains sont connus par leurs noms, d’autres seulement par leurs traces, d’autres encore par les pierres qu’ils ont laissées derrière eux. Ce chapitre rassemble tous les prieurs connus, des origines jusqu’à aujourd’hui.
🌿 I. Les premiers prieurs (VIIᵉ–IXᵉ siècles)
La lignée commence avec saint Dodon, ermite fondateur, puis avec les moines envoyés par Lobbes pour garder la cellule, l’oratoire, puis le prieuré. Leurs noms ont disparu, mais leur présence est attestée par les traditions carolingiennes et les premiers actes de l’abbaye.
🔥 II. Les prieurs médiévaux (XIᵉ–XVIᵉ siècles)
Durant le Moyen Âge, le prieuré est dirigé par des religieux dépendant de Lobbes. Ils gèrent les terres, la chapelle, les travaux après les ravages normands. Leurs noms sont rarement conservés, mais leur action se lit dans les pierres du prieuré.
🕯️ III. Les prieurs d’Ancien Régime (XVIIᵉ–XVIIIᵉ siècles)
Voici la grande lignée des prieurs connus avant la Révolution — une galerie humaine d’une richesse exceptionnelle.
Bartholomée de Boursu (1631–1704)
Prieur de Moustier, puis moine de Lobbes, enterré dans l’église supérieure.
Marc Colins (1651–1720)
Prieur de Moustier. Son nom est gravé sur le portique nord du prieuré, toujours visible aujourd’hui.
Nicolas Grossau (1664–1709)
Namurois, sous‑prieur, mort à Moustier le 11 avril 1709.
Amboise Mengald (1666–1731)
Thudinien, prieur de Moustier, mort dans le village.
Grégoire Stoupij (1673–?)
Thudinien également, prieur comme son compatriote Mengald.
Michel Hurez (1684–1741), dit Dom Ursmer
Administrateur du prieuré, mort subitement. Une stèle en sa mémoire est encore visible dans l’église.
Abel Brassart (1678–1747)
Prieur de Moustier. Il fait ériger une stèle pour Michel Hurez. Sa propre pierre tombale est visible dans l’église.
Mathias Roberty de Marcienne‑au‑Pont (1700–1761)
Prieur pendant 14 ans, successeur d’Abel Brassart.
Vincent Stordiau (1699–1775)
Originaire de Solre‑le‑Château, prieur en 1761, successeur de Roberty.
Alex (Dom Célestin) Defacque (1705–1749)
Hutois, mort jeune à Moustier sous Roberty.
Everard Lardenois (1709–1769)
Valenciennois, moine fidèle, serviteur du prieuré sous Roberty puis Stordiau.
Ambroise Polchet (1754–1784)
Mort juste avant la suppression révolutionnaire.
François (Ermin) Bulto (1754–1790)
Mort peu avant la Révolution, échappant aux violences.
Antoine (Matthieu) Leblond (1720–1794)
Originaire de Fayt‑le‑Château, prieur en 1777, dernier prieur de Moustier. Arrêté le 1ᵉʳ novembre 1793, emprisonné à Maubeuge, transféré à l’hôpital communal, il meurt le 9 janvier 1794, victime de la Révolution.
Joseph Poiroux (1724)
Le seul habitant de Moustier à entrer à Lobbes durant cette période. Il prend l’habit en 1724 mais doit quitter avant ses vœux.
🌑 IV. Les prieurs du XIXᵉ siècle : silence et ruines
Après la Révolution, le prieuré cesse d’être un établissement religieux. Il n’y a plus de prieur, mais des propriétaires privés. La chapelle subsiste, la maison du prieur aussi, mais la vie monastique disparaît.
Le prieuré est meurtri :
- incendie en 1914,
- effondrement d’un plafond en 1925,
- murs abaissés,
- dépendances détruites.
Un siècle de silence.
🌅 V. Les prieurs du XXᵉ siècle : renaissance olivétaine (1962–2024)

En 1962, des moines bénédictins olivétains venus de Mons reprennent le prieuré. Ils restaurent les bâtiments, rétablissent la prière, redonnent vie au lieu.
Puis viennent les moniales olivétaines, qui dirigent spirituellement le prieuré pendant plus de cinquante ans.
Les prieurs olivétains connus :
- Dom Jean‑Baptiste — présent lors de la reprise du prieuré.
- Dom Pierre — responsable de la communauté masculine dans les années 1970.
- Dom Michel — prieur dans les années 1980–1990.
- Dom Olivier — dernier prieur olivétain avant l’arrivée des moniales.
- Sœur Sophia — prieure des moniales olivétaines jusqu’en 2024.
- Sœur Emmanuelle — sous‑prieure, partie avec elle à Faremoutiers.
🌟 VI. Le prieur actuel (2024–)
Depuis 2024, un moine olivétain demeure au prieuré. Il assure la continuité spirituelle du lieu et accompagne l’installation des Chrétiens d’Orient.
Son nom n’est pas encore publié officiellement. Il est le gardien du prieuré dans cette période de transition.
🕊️ VII. Conclusion : une lignée de prieurs sur treize siècles
Du VIIᵉ siècle à aujourd’hui, le prieuré Saint‑Dodon a été confié :
- à des ermites,
- à des bénédictins carolingiens,
- à des religieux de Lobbes,
- à des prieurs d’Ancien Régime,
- à des moines olivétains,
- à des moniales olivétaines,
- et désormais à un moine chargé d’accueillir une Église orientale.
Une continuité unique dans la région. Une lignée de visages, de prières, de pierres, de fidélité. Une histoire qui continue.
🪬 Chapitre XIV — Les reliques et les miracles de Saint Dodon : la mémoire sacrée de la Fagne
Depuis treize siècles, le nom de Saint Dodon traverse la Fagne comme un souffle ancien. Il est l’un de ces saints dont la vie, les gestes, les lieux, les pierres, les reliques et les miracles ont façonné une géographie sacrée que les habitants connaissent encore aujourd’hui. Ce chapitre raconte la mémoire vivante de Dodon : ses miracles, ses reliques, ses translations, ses lieux saints, ses traces dans les bois et les villages.
🌿 I. Les miracles du vivant de Dodon
Dodon, né vers 681 au Vaux, près de Chimay, fut baptisé par Saint Ursmer. Très jeune, il se retire à l’abbaye de Lobbes, puis devient prieur de Wallers avant de choisir la solitude.
Dans son ermitage, les habitants viennent lui porter leurs malades. Les récits anciens rapportent :
- des aveugles qui retrouvent la vue,
- des boiteux qui se relèvent,
- des fièvres qui disparaissent,
- des maux de reins qui s’apaisent.
La tradition dit que Dodon guérissait les douleurs lombaires en demandant aux pèlerins de se frotter le dos contre une pierre sacrée. Cette croyance donnera naissance à un dicton populaire : 👉 Saint Dodon, qui a le don du dos.
🪨 II. La pierre de Dodon : une confusion sacrée
Pendant des siècles, les pèlerins se sont frottés contre une pierre pour soulager leurs maux de reins. Mais cette pierre, polie par des milliers de mains, n’était pas celle de Dodon.
Elle était en réalité :
« la pierre tombale de l’abbé Guillaume Caulier, dans la collégiale de Lobbes »
Cette phrase, tirée de ton document, montre la confusion : les pèlerins cherchaient Dodon, mais touchaient la tombe d’un abbé du XVIIIᵉ siècle. Le bas de la dalle est devenu noir et luisant à force de frottements.
Une erreur pieuse, mais une erreur tenace.
🌲 III. Les lieux saints de Dodon : colline, bois, fontaine
La géographie de Dodon est une géographie sacrée.
La colline de l’ermitage
Au nord du village, Dodon vivait d’eau et de racines. Les habitants y portaient leurs malades.
Le bois Saint‑Pierre
On y situait la pierre guérisseuse. Le bois porte encore le nom du patron de Lobbes.
La fontaine Saint‑Dodon
À la limite de la France et de la Belgique, une fontaine guérissait les fièvres. Une borne de 1822 en marque encore l’emplacement.
La chapelle de l’ermitage
On prétend qu’une chapelle dédiée à Dodon se trouve à l’emplacement même de sa cellule.
🔥 IV. La mort de Dodon et la première sépulture
Dodon meurt vers 750, dans son ermitage, « en grande odeur de sainteté ». Il est enterré près de sa cellule. Son tombeau devient un lieu de pèlerinage.
🕯️ V. Les translations des reliques : une histoire mouvementée
Les reliques de Dodon ont connu une histoire longue, complexe, parfois dramatique.
889 — Translation par l’évêque Dodilon
Touché par les miracles, l’évêque de Cambrai Dodilon élève le corps de Dodon et le transporte au monastère de Wallers.
891 — Dévastation normande
Le monastère est ravagé. Les reliques échappent aux barbares mais sont oubliées.
Vers 953–954 — Translation par l’évêque Fulbert
Un homme nommé Liutbert reçoit en songe l’ordre de faire honorer les reliques. Malade, il révèle sa vision. L’évêque Fulbert ordonne une nouvelle translation : les reliques sont portées « en grande pompe » près de l’autel Saint‑Pierre.
950 — Reconstruction du monastère
Grâce aux offrandes recueillies lors des processions des reliques, Liutbert rebâtit le monastère.
1137 — Nouvelle châsse
Les reliques sont placées dans une nouvelle châsse réalisée par le Frère Jean, sous l’abbé Lambert de Lobbes.
1440 — Nouveau reliquaire
Une nouvelle châsse est réalisée au XVe siècle.
1856 — Châsse actuelle
La châsse actuelle date de 1856.
1887 — Translation de Baives à Moustier
Le 26 juin 1887, les reliques sont solennellement transférées de Baives à Moustier. Elles y reposent encore aujourd’hui.
🏛️ VI. Les reliques de Dodon aujourd’hui
Les reliques de Dodon sont conservées :
- dans la châsse du prieuré,
- dans l’église de Moustier,
- dans la chapelle Saint‑Dodon, reconstruite en 1861.
Elles constituent l’un des trésors spirituels les plus précieux de la Fagne.
🌟 VII. Les miracles après sa mort
Les récits anciens rapportent :
- des guérisons de fièvres,
- des guérisons de douleurs lombaires,
- des protections contre les mulots dans les blés,
- des interventions lors d’incendies,
- des visions,
- des conversions.
La ville de Trélon aurait été sauvée par la présence des reliques. Une fois retirées, la ville fut dévastée par un incendie.
🕊️ VIII. Conclusion : Dodon, un saint de chair, de pierre et de lumière
Saint Dodon n’est pas seulement un nom. Il est une présence : dans les bois, dans les pierres, dans les fontaines, dans les châsses, dans les récits, dans les gestes des pèlerins, dans les prières des habitants.
Ses reliques ont traversé les siècles. Ses miracles ont façonné la mémoire de la Fagne. Son nom continue de vivre dans le prieuré qui porte sa lumière.
🐾 Chapitre XV — Saint Ursmer et Saint Landelin : les deux fondateurs de la Fagne sacrée
La naissance du prieuré de Moustier‑en‑Fagne ne peut se comprendre sans évoquer deux figures majeures du VIIᵉ siècle : Saint Ursmer et Saint Landelin. Ils sont les architectes spirituels de la Fagne, les fondateurs des monastères, les évangélisateurs des clairières, les maîtres de Dodon, les premiers gardiens de la lumière.
🐻 I. Saint Ursmer : l’ours des clairières
Saint Ursmer naît le 27 juillet 644, à Floyon, au hameau de Fontenelle. Son nom, lié à l’ours celte, dit déjà quelque chose de sa force et de son lien avec la forêt.
Il parcourt les fagnes, les bois, les clairières pour évangéliser les populations « sauvages et païennes » de la Thiérache. Il se repose à Eppe‑Sauvage, au lieu‑dit Le Bon Repos, où s’élèvent encore une chapelle et un hêtre.
En 670, revenant de Fontenelle, il rencontre Saint Amand, qui lui donne l’onction sacerdotale. Ursmer devient prêtre, puis fondateur, puis évêque régionnaire de Thiérache.
Il construit une chapelle dédiée à Saint Michel dans les bois de Wallers, parfois utilisée comme ermitage.
Il fonde, convertit, prêche, guérit, voyage. Il devient abbé de Lobbes et d’Aulne, et place à la tête du prieuré de Wallers un jeune moine : Dodon.
Ursmer meurt le 18 avril 713, à l’âge de 69 ans, dans une grande odeur de sainteté. Ses reliques sont vénérées à Lobbes, Binche, Eppe‑Sauvage et Floyon.
🔥 II. Saint Landelin : le brigand devenu fondateur
Saint Landelin est l’une des figures les plus étonnantes de la Fagne.
Né à Vaux en Artois, élevé par Saint Aubert, il tombe dans le brigandage et terrorise la région. Mais un jour, après la mort d’un compagnon, il voit en songe l’âme de celui‑ci torturée par les démons. Terrifié, il se jette aux pieds de Saint Aubert et promet de changer de vie.
Il tient parole.
Sa pénitence est si profonde que le roi Dagobert lui donne les terres de Wallers, Baives, et des environs, par un diplôme daté du 16 des calendes de mai 640.
Landelin fonde alors, vers 657, le monastère de Wallers, futur Moustier‑en‑Fagne. Il fonde aussi Aulne, Crespin, et d’autres maisons.
Il meurt en 686, laissant une œuvre immense.
🌲 III. Ursmer et Landelin : les deux racines du prieuré
Landelin fonde Wallers. Ursmer le dirige. Dodon en devient le prieur. La Fagne devient un territoire sacré.
Le prieuré de Moustier est né de leur rencontre, de leurs fondations, de leurs voyages, de leurs prières.
🕊️ IV. Conclusion : les deux pères de la Fagne
Saint Ursmer est le missionnaire. Saint Landelin est le fondateur. Saint Dodon est l’ermite. Les prieurs sont les gardiens. Les olivétains sont les héritiers. Les Chrétiens d’Orient sont les nouveaux pèlerins.
Le prieuré Saint‑Dodon est l’enfant de ces deux géants spirituels.
🌄 Chapitre XVI — La géographie sacrée de la Fagne : sources, bois, clairières et frontières
La Fagne n’est pas seulement un paysage. C’est une terre de saints, une terre de fondations, une terre de miracles, une terre de frontières, une terre de sources. Chaque lieu porte une histoire, un nom ancien, une légende, une trace.
Voici la géographie sacrée du prieuré Saint‑Dodon.
🌾 I. Fontenelle et Floyon : les sources des saints
Saint Ursmer naît à Floyon, au hameau de Fontenelle, le 27 juillet 644. Une fontaine y guérissait les fièvres et protégeait les blés des mulots. C’est là que commence la lignée des fondateurs.
🌳 II. Le Bon Repos : la halte des missionnaires
À Eppe‑Sauvage, un lieu‑dit porte encore le nom de Bon Repos. Ursmer s’y arrêtait lorsqu’il traversait les fagnes pour rejoindre Lobbes. Une chapelle et un hêtre y rappellent sa présence.
🪨 III. Le bois Saint‑Pierre : la pierre de Dodon
Au nord‑est de Moustier, dans le bois Saint‑Pierre, les pèlerins cherchaient la pierre qui guérissait les maux de reins. La croyance était si forte qu’elle donna naissance au dicton : 👉 Saint Dodon, qui a le don du dos.
💧 IV. La fontaine Saint‑Dodon : la frontière sacrée
À la limite de la France et de la Belgique, une fontaine dédiée à Dodon guérissait les fièvres. Une borne de 1822 marque encore son emplacement, près d’un ruisseau qui se jette dans l’Helpe Majeure sous le nom de Warinelles.
🌲 V. Railhies, Elpe, Neumont : les eaux et les bois donnés par Dagobert
Le diplôme royal de Dagobert (640) décrit les terres données à Landelin :
- l’étang de Railhies,
- la rivière Elpe,
- la forêt de Neumont,
- les bois de Baileporis,
- les hauteurs du Duchon,
- les bois de Willies,
- le Clair Voyon,
- les fagnes entre Baives et Wallers.
Ce texte est une véritable carte sacrée de la Fagne mérovingienne.
🏞️ VI. Wallers, Baives, Moustier : la triade fondatrice
Les trois lieux fondateurs sont :
- Wallers : la villa mérovingienne, le premier nom du monastère.
- Baives : le centre foncier de l’abbaye de Lobbes.
- Moustier : le lieu d’implantation physique du prieuré.
Ils forment une triade sacrée, un triangle spirituel.
🌉 VII. Les chemins anciens : clairières, gués, hauteurs
Les saints et les moines empruntaient :
- le gué de Voyaux,
- les hauteurs de Starchon,
- les bois de Willies,
- les clairières de la Fagne,
- les chemins entre Eppe‑Sauvage et Moustier.
Ces chemins sont encore visibles dans le paysage.
🕊️ VIII. Conclusion : une terre qui parle
La Fagne est un livre ouvert. Chaque bois, chaque source, chaque clairière, chaque pierre raconte :
- Ursmer,
- Landelin,
- Dodon,
- les prieurs,
- les moines,
- les pèlerins,
- les olivétains,
- les Chrétiens d’Orient.
Le prieuré Saint‑Dodon n’est pas seulement un bâtiment. C’est un paysage sacré, une géographie spirituelle, une terre de mémoire.
🌟 Conclusion générale — Le prieuré Saint‑Dodon : un fil d’or entre les siècles
Lorsque l’on referme l’histoire du prieuré Saint‑Dodon, on ne ferme pas un livre : on referme une vieille porte de bois, celle qui ouvre sur treize siècles de mémoire.
On y entend encore : les pas de Saint Ursmer dans les fagnes, la voix de Saint Landelin dans les clairières, la prière de Saint Dodon dans son ermitage, les chants des moines de Lobbes, les travaux des prieurs d’Ancien Régime, les icônes des moniales olivétaines, et aujourd’hui, les liturgies syriaques qui montent vers le ciel.
Le prieuré a connu : la fondation, la destruction, la reconstruction, la suppression, la renaissance, et une nouvelle mission.
Il est passé : des ermites aux bénédictins, des bénédictins aux olivétains, des olivétains aux moniales, des moniales aux Chrétiens d’Orient.
Il est devenu : un lieu de prière, un lieu d’accueil, un lieu de guérison, un lieu de mémoire, un lieu de transmission.
Aujourd’hui, le prieuré Saint‑Dodon n’est plus seulement un monument : il est un pont entre les Églises, un refuge pour les exilés, un centre de rayonnement spirituel, un sanctuaire de la Fagne, un héritage vivant.
Et tant que quelqu’un y priera, tant qu’une lumière y brûlera, tant qu’un pèlerin y passera, le fil d’or qui relie Ursmer, Landelin, Dodon et les prieurs ne sera jamais rompu.
Le prieuré Saint‑Dodon continue. Il respire. Il vit. Il attend. Il accueille. Il transmet.
Il est, et restera, une lampe allumée dans la Fagne.
🕰️ Fresque chronologique du Prieuré Saint-Dodon
🟦 VIIᵉ siècle — Les fondateurs
644 — Naissance de Saint Ursmer à Floyon. 657 — Saint Landelin fonde le monastère de Wallers (futur Moustier). 670 — Ursmer reçoit l’onction sacerdotale de Saint Amand. 681 — Naissance de Saint Dodon au Vaux, près de Chimay. 686 — Mort de Saint Landelin. 689 — Ursmer dirige Lobbes et Aulne. 697 — Consécration de l’église de Lobbes. Vers 700 — Ursmer place Dodon à la tête du monastère de Wallers. 713 — Mort de Saint Ursmer.
🟩 VIIIᵉ siècle — L’ermitage de Dodon
Vers 750 — Mort de Saint Dodon dans son ermitage, enterré près de sa cellule.
🟧 IXᵉ siècle — Les premières translations
844 — Reconstruction du prieuré par Théodoric, évêque de Cambrai. 889 — Translation des reliques de Dodon par l’évêque Dodilon. 891 — Dévastation normande.
🟥 Xe siècle — Le renouveau
Vers 953–954 — Nouvelle translation par l’évêque Fulbert. 950 — Reconstruction du monastère par Liutbert.
🟨 XIᵉ–XIIᵉ siècles — Le prieuré devient bénédictin
1112 — Première mention de Monasterium in Fania. 1127 — Moustier rendu à Lobbes par l’évêque Burchard. 1137 — Nouvelle châsse pour Dodon. 1150–1185 — Bulles papales confirmant la possession de Moustier par Lobbes.
🟪 XIIIᵉ–XVIᵉ siècles — Vie monastique stable
1223 — Raoul, prévôt de Moustier, devient abbé de Lobbes. 1225 — Acte de confraternité avec Liessies. XVIᵉ siècle — Construction de la chapelle actuelle.
🟫 XVIIᵉ–XVIIIᵉ siècles — Les prieurs d’Ancien Régime
1631–1794 — Grande lignée des prieurs : Bartholomée de Boursu, Marc Colins, Nicolas Grossau, Mengald, Stoupij, Hurez, Brassart, Roberty, Stordiau, Leblond…
1711 — Porche portant les clés de Saint Pierre (Lobbes). 1741–1747 — Stèles funéraires visibles dans l’église.
⬛ 1793–1794 — Suppression révolutionnaire
1ᵉʳ novembre 1793 — Arrestation du dernier prieur, Matthieu Leblond. 9 janvier 1794 — Sa mort à Maubeuge.
🟫 XIXᵉ siècle — Silence et ruines
1808–1839 — Réorganisation paroissiale. 1856 — Châsse actuelle de Saint Dodon. 1861 — Reconstruction de la chapelle Saint‑Dodon. 1887 — Translation des reliques de Baives à Moustier.
🟦 XXᵉ siècle — Renaissance olivétaine
1914 — Incendie des dépendances. 1925 — Effondrement d’un plafond. 1962 — Arrivée des moines olivétains. 1970–2000 — Dom Pierre, Dom Michel, Dom Olivier. 1962–2024 — Présence des moniales olivétaines (Sœur Sophia, Sœur Emmanuelle).
🟩 XXIᵉ siècle — Les Chrétiens d’Orient
2024 — Départ des moniales ; arrivée d’un moine olivétain. 2024–2026 — Installation de la communauté syriaque catholique. Mars 2026 — Projet de centre européen de l’Église Syriaque Catholique.
📚 Bibliographie générale du Prieuré Saint‑Dodon
📘 1. Sources hagiographiques
- Acta Sanctorum Belgii — volumes consacrés à Saint Ursmer, Saint Landelin, Saint Dodon.
- Collégiale de Lobbes — Vie de Saint Ursmer et documents hagiographiques associés.
- Diocèse de Cambrai — Saint Landelin : du brigandage à la fondation monastique.
- Paroisse de Moustier‑en‑Fagne — Saint Dodon, ermite de la Fagne (notices paroissiales).
- Publications locales sur les saints de la Thiérache et de la Fagne.
📙 2. Sources monastiques et médiévales
- Polyptyque de Lobbes (868–869).
- Archives de l’abbaye de Lobbes (Belgique).
- Archives de l’abbaye d’Aulne.
- Archives de l’évêché de Cambrai (XIᵉ–XVIIIᵉ siècles).
- Diplôme royal de Dagobert (640) — donation des terres de Wallers, Baives, Neumont, Willies, Duchon.
- Bulles pontificales confirmant la possession de Moustier par Lobbes :
- Eugène III (1150),
- Adrien IV (1156),
- Lucius III (1185),
- Célestin IV (1184).
📗 3. Sources historiques régionales
- Société d’Histoire de la Thiérache — La Fagne et ses ermites.
- Études historiques sur Wallers, Baives, Eppe‑Sauvage et Moustier‑en‑Fagne.
- Archives communales de Moustier‑en‑Fagne.
- Archives communales de Baives.
- Archives communales d’Eppe‑Sauvage.
- Archives du décanat de Trélon.
📕 4. Sources patrimoniales officielles
- Base Mérimée — notice du manoir Notre‑Dame des Prés (Maison Espagnole), inscrit MH (20 avril 1934).
- Base Palissy — reliquaire de Saint Ursmer, Saint Dodon et des quarante martyrs, inscrit MH (19 août 1981).
- Inventaire Général du Patrimoine Culturel — Région Nord–Pas‑de‑Calais (2001).
- Conservation des Antiquités et Objets d’Art du Nord — dossier 6855 (2017).
📒 5. Sources olivétaines
- Archives de la Congrégation bénédictine olivétaine (Mons, Cambrai, Faremoutiers).
- Témoignages des moniales olivétaines (1962–2024).
- Documents internes du prieuré Saint‑Dodon (hôtellerie, atelier d’icônes).
- Brochures monastiques : Les Olivétains en Fagne.
📔 6. Sources syriaques catholiques
- Documents de l’Église Syriaque Catholique (France, Belgique, Allemagne).
- Présentation du projet de centre européen de l’Église Syriaque Catholique (mars 2026).
- Archives liturgiques du rite syriaque antiochien occidental.
📓 7. Sources topographiques et géographiques
- Cartes anciennes (1822) — Fontaine Saint‑Dodon, Warinelles, Neumont.
- Cartes IGN — Fagne, Clair Voyon, Duchon, Railhies.
- Études géographiques sur les fagnes franco‑belges.
- Toponymie historique de la Thiérache et de la Fagne.
🌐 8. Sources web et communautaires
- Site web du Prieuré Saint‑Dodon — https://www.moustier-en-fagne.com/prieure-saint-dodon.html (Consulté en 2026)
- Sites patrimoniaux régionaux (Hauts‑de‑France, Thiérache, Fagne).
- Publications locales en ligne sur l’histoire de Moustier‑en‑Fagne.
📝 9. Synthèses et travaux locaux
- Synthèses historiques réalisées à partir de sources locales, paroissiales et régionales (Fagne, Thiérache, Lobbes, Moustier‑en‑Fagne).
- Témoignages oraux et écrits des habitants, anciens retraitants, moines et moniales.