Circulations, ruptures et recompositions d’un territoire frontalier
Dossier thématique Année : 2026 Présenté par : Jean Pierre Carré Territoire étudié : Avesnois – Hauts-de-France
PRÉFACE
L’Avesnois est un territoire de frontières, de passages et de ruptures. Depuis des siècles, il voit circuler des soldats, des artisans, des ouvriers, des réfugiés, des familles venues chercher du travail ou fuir les guerres. Ces mouvements, parfois choisis, souvent imposés, ont façonné les paysages humains du territoire. Ce dossier s’attache à retracer ces migrations et déplacements de populations, à comprendre leurs causes, leurs rythmes et leurs conséquences, et à mettre en lumière la manière dont elles ont contribué à construire l’identité de l’Avesnois. Il constitue une exploration historique et humaine d’un territoire où les mobilités ont toujours été au cœur de la vie sociale.
INTRODUCTION
Entre le XVIᵉ et le XXᵉ siècle, l’Avesnois a connu de profondes transformations démographiques liées aux migrations et aux déplacements de populations. Situé à la frontière des Pays-Bas espagnols, puis de la Belgique, traversé par les armées, marqué par les guerres, les crises économiques et l’essor industriel, le territoire a été le théâtre de mobilités multiples. Les migrations y prennent des formes variées : déplacements forcés lors des conflits, migrations ouvrières vers les centres industriels, mobilités saisonnières, exodes massifs lors des guerres mondiales, mais aussi départs vers les grandes villes après 1945. Étudier ces mouvements permet de comprendre comment l’Avesnois s’est construit, comment ses populations se sont renouvelées, et comment les identités locales se sont forgées au fil des siècles. Ce dossier propose une analyse chronologique et thématique de ces migrations, en s’appuyant sur les archives, les études historiques et les témoignages locaux.
PLAN DÉTAILLÉ
I. 🌍 L’Avesnois, un territoire de passage et de frontières (XVIᵉ–XVIIIᵉ siècle)
– Frontières mouvantes, guerres et circulations – Mobilités économiques : artisans, colporteurs, soldats – Déplacements liés aux crises agricoles et aux épidémies
II. ⚔️ Les guerres et leurs déplacements de populations (XVIIᵉ–XIXᵉ siècle)
– Guerre de Trente Ans – Guerres franco-espagnoles – Révolution et Empire – Déplacements forcés, destructions, reconstructions
III. 🧵 L’essor industriel et les migrations ouvrières (XIXᵉ siècle)
– Textile à Fourmies, verreries, métallurgie – Arrivée de Belges, Ardennais, Picards – Mobilités saisonnières et ouvrières – Naissance d’une société industrielle
IV. 🕊️ Les crises, l’exode et les réfugiés (1914–1945)
– Exode de 1914 – Occupation allemande – Déportations, évacuations, travailleurs forcés – Retours et reconstructions
V. 🚶 Mobilités rurales et transformations sociales (1945–1980)
– Déclin industriel – Départs vers Lille, Valenciennes, Paris – Arrivée de nouvelles populations – Migrations internes à l’Avesnois
VI. 🌿 Conclusion
Annexes Bibliographie
I. 🌍 L’Avesnois, un territoire de passage et de frontières (XVIᵉ–XVIIIᵉ siècle)
Entre le XVIᵉ et le XVIIIᵉ siècle, l’Avesnois occupe une position stratégique au cœur des conflits européens. Situé aux marges du royaume de France, en contact direct avec les Pays‑Bas espagnols puis autrichiens, le territoire est traversé par les armées, les marchands, les colporteurs et les artisans itinérants. Les frontières y sont mouvantes, redessinées au gré des traités et des guerres, ce qui entraîne des déplacements fréquents de populations.
Les mobilités ne sont pas seulement militaires. Les crises agricoles, les épidémies et les famines poussent régulièrement les habitants à se déplacer vers les villes ou les régions voisines. Les artisans spécialisés — tisserands, verriers, charpentiers — circulent d’un atelier à l’autre, parfois au rythme des foires et des saisons. L’Avesnois apparaît ainsi comme un espace de passage, où les populations se croisent, se mélangent et se renouvellent.
II. ⚔️ Les guerres et leurs déplacements de populations (XVIIᵉ–XIXᵉ siècle)
Du XVIIᵉ au XIXᵉ siècle, les guerres transforment profondément la démographie de l’Avesnois. La guerre de Trente Ans, les conflits franco‑espagnols, puis les guerres révolutionnaires et napoléoniennes provoquent des destructions massives, des pillages et des déplacements forcés. Les villages sont incendiés, les récoltes détruites, les habitants fuient vers les forêts, les bourgs fortifiés ou les régions plus sûres.
Les armées en campagne réquisitionnent vivres, chevaux et logements, ce qui accentue les mouvements de population. Certaines familles quittent définitivement le territoire, tandis que d’autres s’y installent après les conflits, attirées par les terres disponibles ou les opportunités économiques liées à la reconstruction. Ces migrations successives contribuent à remodeler la composition sociale de l’Avesnois, où se mêlent anciens habitants, réfugiés revenus après les combats et nouveaux arrivants venus des régions voisines.
III. 🧵 L’essor industriel et les migrations ouvrières (XIXᵉ siècle)
Le XIXᵉ siècle marque une rupture majeure. L’Avesnois entre dans l’ère industrielle, avec l’essor du textile à Fourmies et Wignehies, des verreries à Trélon et Boussois, et de la métallurgie dans la vallée de la Sambre. Ces industries attirent une main‑d’œuvre nombreuse, venue de Belgique, des Ardennes, de Picardie et parfois même de plus loin.
Les migrations ouvrières transforment profondément les bourgs industriels. Les quartiers se densifient, les cités ouvrières apparaissent, les écoles et les commerces se multiplient. Les mobilités saisonnières sont également fréquentes : ouvriers agricoles l’été, ouvriers du textile l’hiver. Cette période voit naître une véritable société industrielle, marquée par la diversité des origines et par une culture ouvrière commune.
IV. 🕊️ Les crises, l’exode et les réfugiés (1914–1945)
Les deux guerres mondiales bouleversent à nouveau l’Avesnois. En 1914, l’exode est massif : des milliers d’habitants fuient l’avancée allemande. Le territoire est ensuite occupé pendant quatre ans, entraînant réquisitions, déportations de travailleurs et déplacements forcés. À la fin de la guerre, les retours sont difficiles : villages détruits, industries à reconstruire, familles dispersées.
La Seconde Guerre mondiale provoque de nouveaux déplacements. Certains habitants sont évacués vers le sud de la France en 1940, d’autres sont déportés pour le travail forcé en Allemagne. L’occupation entraîne également des mouvements clandestins liés à la Résistance. À la Libération, les retours s’échelonnent, mais les cicatrices démographiques et sociales sont profondes.
V. 🚶 Mobilités rurales et transformations sociales (1945–1980)
Après 1945, l’Avesnois connaît une nouvelle phase de migrations, cette fois internes et économiques. Le déclin progressif du textile et de la verrerie pousse de nombreux habitants à partir vers Lille, Valenciennes, Paris ou la Belgique. Les campagnes se vident partiellement, tandis que les bourgs se transforment. Les mobilités deviennent plus individuelles, liées à l’automobile, aux études ou à l’emploi.
Parallèlement, de nouvelles populations arrivent : travailleurs étrangers dans les années 1960, familles belges attirées par le coût du foncier, citadins cherchant un cadre de vie rural. Ces mouvements redessinent la sociologie du territoire et contribuent à la diversité culturelle de l’Avesnois contemporain.
VI. 🌿 Conclusion
Entre le XVIᵉ et le XXᵉ siècle, l’Avesnois a été façonné par des migrations multiples : mobilités économiques, déplacements forcés, exodes, migrations ouvrières, départs vers les villes et arrivées de nouvelles populations. Ces mouvements ont construit un territoire profondément marqué par les circulations humaines, où se mêlent héritages ruraux, influences frontalières et cultures industrielles. Comprendre ces migrations, c’est comprendre l’Avesnois lui‑même : un espace de passage, de travail, de ruptures et de recompositions permanentes.
ANNEXES
Annexe 1 : Chronologie des migrations en Avesnois XVIᵉ siècle : mobilités artisanales et militaires XVIIᵉ siècle : guerres et déplacements forcés XIXᵉ siècle : migrations ouvrières 1914–1918 : exode, occupation, déportations 1939–1945 : évacuations, travail forcé, retours 1945–1980 : départs vers les villes, nouvelles arrivées
Annexe 2 : Carte textuelle des flux migratoires Belgique → Fourmies, Maubeuge Ardennes → Trélon, Wignehies Picardie → Avesnes, Le Quesnoy Avesnois → Lille, Paris, Valenciennes (après 1950)
Annexe 3 : Portraits de migrations ouvrières Familles belges dans le textile Familles ardennaises dans les verreries Mobilités saisonnières agricoles
BIBLIOGRAPHIE
– Archives départementales du Nord, séries sur les guerres et les migrations – Études sur l’histoire sociale de l’Avesnois – Travaux sur Fourmies, Trélon, Maubeuge et la vallée de la Sambre – Ouvrages sur les migrations frontalières franco‑belges – Publications sur les exodes de 1914 et 1940 – Études démographiques sur les mobilités rurales après 1945