L’économie forestière autour de Mormal : charbonnage, verreries et exploitation du bois

PRÉFACE

La forêt de Mormal occupe une place singulière dans l’histoire de l’Avesnois. Plus vaste massif forestier du Nord, elle a longtemps été un espace de travail, de ressources et de savoir‑faire. Charbonniers, verriers, sabotiers, bûcherons et artisans y ont façonné un paysage économique et culturel aujourd’hui en grande partie disparu. Ce dossier s’attache à retracer cette histoire, à comprendre les activités qui ont animé le massif et à mettre en lumière les enjeux contemporains liés à sa gestion. Il constitue une contribution à la connaissance d’un patrimoine forestier qui, bien que discret, demeure essentiel à l’identité du territoire.

INTRODUCTION

La forêt de Mormal, avec plus de 9 000 hectares, constitue le plus vaste massif forestier du Nord et l’un des espaces naturels les plus emblématiques de l’Avesnois. Depuis des siècles, elle est au cœur d’une économie forestière riche et diversifiée, fondée sur l’exploitation du bois, le charbonnage et le développement d’une industrie verrière florissante. Ces activités ont profondément marqué les paysages, les savoir‑faire et l’organisation sociale du territoire. L’étude de cette économie forestière permet de comprendre comment un massif boisé a pu devenir un moteur économique régional, tout en révélant les tensions contemporaines entre exploitation, préservation et usages multiples. Cet exposé propose d’examiner l’évolution de ces activités, leurs interactions et leur héritage, depuis les premières verreries forestières du XVe siècle jusqu’aux enjeux actuels de gestion durable.

PLAN DÉTAILLÉ

I. La forêt de Mormal : un massif structurant de l’Avesnois II. Le charbonnage : une activité essentielle jusqu’au XIXᵉ siècle III. Les verreries : une industrie fondée sur les ressources forestières IV. L’exploitation du bois : de la saboterie à la gestion contemporaine V. Enjeux contemporains : tensions, débats et perspectives VI. Conclusion Annexes Bibliographie

I. 🌳 La forêt de Mormal : un massif structurant de l’Avesnois

La forêt de Mormal est un héritage de l’ancienne « forêt charbonnière » qui couvrait largement la Sambre‑Avesnois à l’époque gallo‑romaine. Elle constitue aujourd’hui un espace naturel majeur, inscrit dans le réseau Natura 2000 et reconnu pour sa biodiversité. Majoritairement composée de feuillus, dont près de 80 % de chênes, elle a très tôt été exploitée pour ses ressources en bois, indispensables à la construction, au chauffage et aux activités artisanales. Les études historiques montrent que la forêt a connu des transformations importantes entre le XVIᵉ et le XVIIIᵉ siècle, liées aux politiques de reboisement et aux usages multiples du massif . Elle est également un espace de chasse, de pâturage, de circulation et de vie pour les populations locales, ce qui en fait un territoire à la fois économique, social et culturel.

II. 🔥 Le charbonnage : une activité essentielle jusqu’au XIXᵉ siècle

Avant l’essor du charbon minier, le charbon de bois constituait le principal combustible pour les foyers domestiques, les forges et les verreries. Les charbonniers de Mormal maîtrisaient un savoir‑faire complexe consistant à brûler le bois lentement, à l’abri de l’air, dans des meules soigneusement montées. Cette activité mobilisait une main‑d’œuvre nombreuse vivant souvent en forêt, dans des huttes temporaires. Le charbonnage a façonné les paysages et les usages du massif jusqu’au XIXᵉ siècle, avant de décliner avec l’arrivée du charbon de terre et l’industrialisation.

III. 🟡 Les verreries : une industrie fondée sur les ressources forestières

L’industrie verrière s’est développée en Avesnois dès le XVe siècle grâce à l’abondance du bois, du sable, de l’argile et de la fougère, indispensables à la fabrication du verre . Les verreries forestières produisaient d’abord du verre à vitre puis des bouteilles. Elles fonctionnaient selon le modèle du « gentilhomme verrier », artisan hautement qualifié bénéficiant de privilèges. Aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, l’industrie se modernise et se déplace vers les bourgs proches du massif. L’arrivée du chemin de fer au XIXᵉ siècle permet l’essor de grandes verreries comme celles de Trélon, Boussois, Hirson ou Garmouzet, spécialisées dans le verre plat, les flacons ou les bouteilles de champagne. Les crises du XXᵉ siècle entraînent la fermeture progressive de nombreuses verreries, mais la verrerie de Boussois demeure un témoin majeur de ce patrimoine industriel.

IV. 🪵 L’exploitation du bois : de la saboterie à la gestion contemporaine

La forêt de Mormal a longtemps fourni la matière première à une activité sabotière importante, aujourd’hui disparue . Le bois était également utilisé pour la construction, la fabrication d’outils, les charpentes et les usages agricoles. Aujourd’hui, l’exploitation du bois est encadrée par l’Office national des forêts (ONF), qui organise les coupes et les ventes. Le massif constitue un véritable « château d’eau » régional, ce qui renforce les enjeux de préservation des sols et de la ressource en eau. La gestion forestière doit concilier production, biodiversité, accueil du public et préservation des paysages.

V. ⚖️ Enjeux contemporains : tensions, débats et perspectives

Depuis plusieurs années, des inquiétudes se manifestent autour d’une possible intensification de l’exploitation du bois dans la forêt de Mormal. Des associations locales dénoncent des coupes rases, des ornières profondes laissées par les engins, et l’exportation de grumes vers l’étranger, notamment via le port d’Anvers . Un comité de défense, « Mormal forêt agir », s’est constitué pour alerter sur les risques d’une gestion trop orientée vers la production au détriment de la biodiversité. Ces tensions révèlent la difficulté de concilier les trois fonctions assignées à la forêt : économique, écologique et sociale. Elles posent la question de la durabilité des pratiques actuelles, de la place du public dans la gouvernance forestière et de la nécessité d’une gestion plus transparente.

VI. 🌿 Conclusion

L’économie forestière autour de Mormal est le résultat d’une longue histoire où se mêlent exploitation du bois, charbonnage, industrie verrière et enjeux contemporains de gestion durable. Ce massif a façonné les paysages, les métiers et les identités locales. Aujourd’hui encore, il demeure un espace vivant, au cœur des débats sur l’équilibre entre production, patrimoine et protection de la nature. Comprendre cette histoire permet de mieux appréhender les défis actuels et d’imaginer des formes de valorisation respectueuses du territoire.

ANNEXES

Annexe 1 : Chronologie synthétique – XVe siècle : apparition des verreries forestières – XVIᵉ–XVIIIᵉ siècle : transformations du massif et politiques de reboisement Temporalités – XVIIIᵉ–XIXᵉ siècle : essor des verreries industrielles – XIXᵉ siècle : déclin du charbonnage – XXᵉ siècle : fermeture progressive des verreries – XXIᵉ siècle : débats sur la gestion forestière

Annexe 2 : Ressources naturelles de Mormal Bois, eau, sable, argile, fougère, faune et flore diversifiées.

Annexe 3 : Sites verriers emblématiques Trélon, Boussois, Hirson, Garmouzet .

BIBLIOGRAPHIE

Sources historiques et patrimonialesEmpreintes industrielles : verreries de l’Avesnois et de la ThiéracheLivre ouvert sur le patrimoine verrier de l’Avesnois‑Thiérache

Études forestières – CAUE du Nord, Forêt de Mormal : exploitation forestière et enjeux écologiques – Marie Delcourte Debarre, Reconstituer l’évolution des paysages forestiers : la forêt de Mormal entre le XVIᵉ et le XVIIIᵉ siècle

Enjeux contemporains – Reporterre, La forêt de Mormal menacée par l’industrialisation