Dans l’Avesnois, la politique n’a jamais été un simple bulletin glissé dans une urne. Elle est une mémoire, un paysage, une manière d’habiter le monde. Les villages du bocage, les cités ouvrières de la Sambre, les usines, les campagnes et les bourgs ont façonné des fidélités profondes, des ruptures, des basculements. Ici, chaque époque a laissé une empreinte : les seigneurs, les notables, les ouvriers, les élus, les résistants, les militants. Comprendre l’histoire politique de l’Avesnois, c’est lire un territoire qui change, qui se cherche, qui se réinvente, mais qui ne renie jamais sa mémoire.
Chapitre I — Introduction : Huit siècles de vie politique dans l’Avesnois
L’Avesnois n’a jamais été un territoire neutre. À chaque époque, il a porté une couleur, une fidélité, une manière d’être au monde. Sa géographie, ses abbayes, ses seigneuries, ses villes industrielles, ses campagnes bocagères ont façonné une identité politique mouvante, parfois contradictoire, toujours singulière. Ici, les basculements ne sont jamais anodins : ils disent quelque chose de profond sur la société, sur les fractures, sur les espoirs, sur les colères.
Pendant des siècles, l’Avesnois fut d’abord une terre de fidélité féodale et catholique. Sous l’autorité des comtes de Hainaut, puis intégrée au vaste ensemble bourguignon‑espagnol, elle se reconnaissait dans un ordre ancien où les seigneurs, les abbayes et les officiers du roi structuraient la vie locale. Avesnes, ville frontière, ville de garnison, ville de résistance, manifesta longtemps un attachement viscéral à la maison de Bourgogne, au point de s’opposer aux ambitions de Louis XI. La Contre‑Réforme y trouva un terrain fertile : les abbayes de Maroilles, de Liessies, de Saint‑Michel, les chapitres, les confréries, les processions, tout concourait à faire de l’Avesnois un territoire profondément catholique, conservateur, attaché à ses rites et à ses hiérarchies.
L’intégration au royaume de France, au XVIIᵉ siècle, ne fit que renforcer cette dimension politique. Louis XIV transforma la région en une zone militarisée, verrouillée par les fortifications de Vauban. Les intendants, les gouverneurs, les baillis, les prévôts imposèrent une administration directe, rigoureuse, qui fit entrer l’Avesnois dans la modernité monarchique. Les grandes familles locales — Robaulx, Mérode, Ligne‑Arenberg, Hennin‑d’Alsace, Orléans, Preseau — incarnèrent cette droite féodale, monarchique, catholique, qui domina la vie politique jusqu’à la Révolution.
Lorsque 1789 éclata, l’Avesnois se trouva partagé. Les bourgs administratifs accueillirent favorablement les idées nouvelles, mais les campagnes restèrent attachées à la pratique religieuse, aux traditions terriennes, aux notables locaux. Ce clivage, né au XVIIIᵉ siècle, traversa tout le XIXᵉ : d’un côté, un républicanisme modéré, porté par les journaux comme L’Observateur, fondé à Avesnes en 1834 ; de l’autre, une droite rurale, monarchiste ou démocrate‑chrétienne, attachée à la terre, aux curés, aux familles influentes. L’Avesnois devint alors un territoire à double visage : un pays de bocage et d’élevage au sud, un bassin industriel en pleine mutation au nord, le long de la Sambre.
C’est dans ce bassin que se produisit, au XXᵉ siècle, l’un des plus grands basculements politiques de l’histoire locale. La métallurgie, le ferroviaire, les usines de Maubeuge, Louvroil, Jeumont, Aulnoye‑Aymeries créèrent un prolétariat dense, structuré, discipliné. L’usine n’était pas seulement un lieu de travail : c’était un espace de socialisation politique. Les syndicats, les cellules du PCF et du PS y formaient de véritables citadelles ouvrières, où le vote se transmettait de génération en génération. Le socialisme et le communisme y trouvèrent un terreau exceptionnel, au point de faire du bassin de la Sambre l’un des bastions les plus solides de la gauche ouvrière française.
Mais ce monde s’est effondré. La désindustrialisation a brisé les sociabilités qui faisaient tenir ensemble les quartiers, les ateliers, les familles. Le prolétariat syndiqué a laissé place à des travailleurs du tertiaire, souvent précaires, intérimaires, isolés politiquement. Le discours de la lutte des classes s’est dissous dans un sentiment d’abandon, nourri par les fermetures d’usines, le chômage massif, la pauvreté, le recul démographique. L’Avesnois, longtemps fier de sa production, s’est découvert relégué face à la puissance métropolitaine de Lille. Ce glissement a profité au Rassemblement National, devenu le premier parti ouvrier de la région, captant la colère née de l’insécurité économique et du sentiment d’être oublié.
Ainsi, en huit siècles, l’Avesnois a connu toutes les couleurs politiques : la fidélité féodale, le catholicisme militant, le républicanisme modéré, le socialisme triomphant, le communisme municipal, puis la recomposition contemporaine marquée par la désindustrialisation et le vote contestataire. Chaque époque a laissé une empreinte, chaque basculement a raconté une transformation sociale. L’Avesnois n’est pas un territoire immobile : c’est un pays qui change, qui se réinvente, qui se cherche, et dont l’histoire politique est l’un des meilleurs miroirs.
Chapitre II — La droite féodale (XIIIᵉ–XVIIIᵉ siècle)
Pendant plusieurs siècles, l’Avesnois fut un territoire façonné par les fidélités féodales, les lignages nobles, les abbayes puissantes et les grandes maisons seigneuriales du Hainaut. Avant d’être français, avant d’être une place forte de Vauban, avant d’être un arrondissement administratif, l’Avesnois fut d’abord une terre hennuyère, profondément marquée par les comtes de Hainaut et par la dynastie des Avesnes, dont la ville porte encore le nom. Sous leur autorité, le pays se structure : les droits féodaux se fixent, les abbayes de Liessies et de Maroilles prospèrent, les bailliages s’organisent, les coutumes s’enracinent. Bouchard d’Avesnes, puis son fils Jean, donnent à la ville un statut privilégié, une place dans le réseau politique hennuyer, une identité qui survivra longtemps après leur disparition.
Cette première architecture féodale, solide, cohérente, va pourtant être bouleversée au XVe siècle. Avesnes, fidèle à la maison de Bourgogne, se retrouve au cœur des tensions entre Louis XI et les ducs bourguignons. C’est dans ce contexte qu’apparaît l’une des figures les plus marquantes de l’histoire locale : Alain d’Albret. Seigneur d’Avesnes par héritage, allié du roi de France, il assaille la ville en 1477, la soumet, la détruit en partie, brisant une fidélité bourguignonne que les habitants avaient défendue avec acharnement. Son intervention marque une rupture : Avesnes cesse d’être un bastion bourguignon pour entrer dans l’orbite française. La féodalité n’est plus seulement une affaire de lignages ; elle devient une affaire de puissances.
Mais l’histoire féodale de l’Avesnois ne se résume pas à des conflits. Elle est aussi faite de reconstructions, de mécénat, de renaissance. Après les destructions du XVe siècle, une femme redonne vie à la ville : Louise d’Albret. Dame d’Avesnes, héritière d’une lignée prestigieuse, elle entreprend de reconstruire la cité, de relever les murs, de restaurer les institutions religieuses. Sous son impulsion, la Collégiale Saint‑Nicolas retrouve son éclat, un chapitre de chanoines est fondé, un béguinage est établi. Louise d’Albret incarne cette noblesse qui, loin des champs de bataille, façonne la ville par la pierre, la prière et l’organisation sociale. Sa présence marque profondément l’identité d’Avesnes, au point que son nom demeure l’un des plus importants de la mémoire locale.
À la Renaissance, une autre grande maison seigneuriale domine le territoire : les Croÿ. Leur influence dépasse largement les frontières de l’Avesnois, mais leur présence à Avesnes est décisive. Ils renforcent les bastions, modernisent les défenses, consolident la place forte. Sous leur autorité, la ville devient un point stratégique dans les marches du Hainaut, un verrou entre les puissances européennes. Leur prestige, leur puissance, leurs alliances donnent à l’Avesnois une dimension politique qui dépasse le cadre local.
Plus au sud, à Trélon, les Mérode règnent sur un marquisat qui s’étend jusqu’aux portes de la Thiérache. Leur château, leurs terres, leurs alliances font d’eux l’une des familles les plus influentes de la région. Ils incarnent une noblesse stable, enracinée, qui traverse les siècles sans perdre son autorité. Leur présence complète le paysage féodal de l’Avesnois, où chaque maison noble occupe une place précise, une fonction, une mémoire.
Autour d’Avesnes, d’autres familles structurent la vie locale. Les Préseau, baillis, prévôts, gouverneurs, tiennent les charges les plus prestigieuses du territoire pendant plus d’un siècle. Leur maison, située sur le grand marché, est un lieu de pouvoir où se décident les affaires du pays. Les d’Anneux de Wargnies, noblesse plus discrète mais bien ancrée, apparaissent dans les actes, les arbitrages, les alliances, témoignant d’une présence féodale authentique, locale, continue.
Au XVIIIᵉ siècle, un dernier visage aristocratique domine la terre d’Avesnes : celui de Philippe d’Orléans. Propriétaire du fief entre 1706 et 1789, il incarne la haute noblesse française dans un territoire longtemps marqué par les influences hennuyères. Sa présence symbolise la fin de la féodalité traditionnelle et l’intégration définitive de l’Avesnois dans la sphère monarchique française. Sous son autorité, les anciennes seigneuries s’effacent, les structures féodales se transforment, les charges locales se modernisent. La féodalité avesnoise, née des comtes de Hainaut, nourrie par les Albret, consolidée par les Croÿ, prolongée par les Mérode et les Preseau, s’achève dans l’ombre d’un prince du sang.
Ainsi, du XIIIᵉ au XVIIIᵉ siècle, l’Avesnois fut un pays de seigneurs, de baillis, de chapitres, de bastions, de lignages, de fidélités. Un territoire où la politique se vivait dans les châteaux, les abbayes, les marchés, les fiefs. Un territoire où la droite féodale n’était pas une idéologie, mais une manière d’habiter le monde, une continuité, une mémoire. Une mémoire qui, malgré les ruptures, demeure encore perceptible dans les pierres, les archives, les paysages, et dans la manière dont l’Avesnois regarde son histoire.
Chapitre III — Les notables et monarchistes du XIXᵉ siècle
Le XIXᵉ siècle ouvre dans l’Avesnois une période de transition profonde. Le vieux monde féodal, encore visible dans les grandes familles nobles et dans les structures héritées des comtes de Hainaut, s’efface lentement sous l’effet de la Révolution, de l’Empire et des régimes successifs qui se succèdent à un rythme vertigineux. Pourtant, dans ce territoire longtemps attaché à ses traditions, la rupture n’est jamais brutale : elle prend la forme d’un glissement, d’un rééquilibrage, d’une recomposition où les notables locaux deviennent les véritables arbitres de la vie politique.
La Révolution de 1789 est accueillie avec prudence. Dans les bourgs administratifs comme Avesnes, les idées nouvelles trouvent un écho favorable : les hommes de loi, les magistrats, les propriétaires éclairés voient dans la fin des privilèges une modernisation nécessaire. Mais les campagnes, profondément catholiques, restent attachées à leurs curés, à leurs rites, à leurs traditions terriennes. Ce clivage, né dans les années révolutionnaires, structure toute la vie politique du XIXᵉ siècle : une opposition douce mais persistante entre les bourgs républicains et les villages conservateurs.
Dans ce paysage, une figure domine la droite monarchiste locale : Louis‑Marie de La Haye Saint‑Hilaire. Propriétaire à Avesnes, député ultra‑royaliste du Nord sous la Restauration, il incarne une droite respectée, travailleuse, patrimoniale, qui accompagne la transition entre l’ordre féodal et la modernité républicaine. Royaliste mais jamais extrémiste, il représente cette génération d’hommes qui, tout en restant fidèles à la monarchie, savent composer avec les réalités nouvelles du territoire. Dans les archives locales, son nom apparaît comme celui d’un homme de devoir, attaché à la stabilité, soucieux de préserver l’équilibre entre les forces sociales. Sa présence marque durablement la mémoire politique d’Avesnes, où il demeure l’un des visages les plus emblématiques de la droite du XIXᵉ siècle.
Mais le XIXᵉ siècle n’est pas seulement celui des notables monarchistes. Il est aussi celui de l’émergence d’un capitalisme industriel qui transforme profondément la société locale. À Fourmies, un homme incarne cette révolution : Théophile Legrand. En 1825, il installe la première filature mécanique de laine peignée de la région. Son initiative, audacieuse, visionnaire, ouvre une ère nouvelle. Autour de lui, la ville se métamorphose : les ateliers se multiplient, les ouvriers affluent, les fortunes industrielles se construisent. Legrand n’est pas seulement un entrepreneur ; il est un bâtisseur de territoire, un acteur politique indirect, dont les décisions économiques influencent les votes, les alliances, les équilibres sociaux.
Dans son sillage, d’autres familles industrielles s’imposent : les Divry, les Hubinet, les Falleur, les Doyen. Elles fondent des filatures, agrandissent des ateliers, modernisent des machines. Leur influence dépasse les murs de l’usine : elles financent des œuvres sociales, soutiennent des candidats, orientent des municipalités. Dans une région où l’industrie devient la première source de richesse, ces familles structurent un patronat local qui, sans toujours s’afficher politiquement, exerce une influence réelle sur la vie publique. Leur présence marque la naissance d’une droite industrielle, pragmatique, paternaliste, qui coexiste avec la droite monarchiste traditionnelle.
Plus au sud, dans les bourgs ruraux, une autre dynastie incarne la transition entre l’ancien monde et la modernité : la famille de Colnet. Maîtres de forges, verriers, industriels, les de Colnet traversent le siècle en accompagnant les transformations économiques de l’Avesnois et de la Thiérache. Leur influence est discrète mais constante : ils tiennent des charges locales, soutiennent des projets, participent aux comités électoraux. Leur présence témoigne d’une noblesse industrielle qui, sans renier ses racines, s’adapte aux réalités nouvelles du territoire.
Dans les années 1830, une voix nouvelle apparaît dans le paysage politique : celle de la presse locale. En 1834, L’Observateur est fondé à Avesnes. Ce journal républicain modéré devient rapidement l’un des principaux vecteurs de diffusion des idées libérales dans le territoire. Il défend la liberté de conscience, l’instruction, la modernisation administrative, tout en s’opposant aux courants royalistes les plus intransigeants. Sa présence témoigne d’un basculement : l’Avesnois n’est plus seulement un pays de seigneurs et de curés, mais un territoire où l’opinion publique commence à jouer un rôle. Dans les cafés, les ateliers, les maisons bourgeoises, on lit, on commente, on débat. La presse devient un acteur politique à part entière.
Pourtant, malgré cette montée du républicanisme, la droite monarchiste et catholique reste puissante. Dans les villages, les curés conservent une influence considérable. Les familles terriennes, attachées à la propriété et à la tradition, votent pour les candidats conservateurs. Les grandes familles nobles, même affaiblies, continuent d’exercer un prestige social. Le XIXᵉ siècle est ainsi un siècle de coexistence : les idées nouvelles progressent, mais les anciennes fidélités ne disparaissent pas.
Cette dualité se retrouve dans la géographie politique du territoire. Le sud de l’Avesnois, rural, bocager, agricole, reste majoritairement conservateur. Le nord, plus urbanisé, plus administratif, plus ouvert aux circulations d’idées, s’oriente vers un républicanisme modéré. Cette fracture douce prépare les grands basculements du XXᵉ siècle, lorsque l’industrialisation de la vallée de la Sambre fera émerger une classe ouvrière puissante, organisée, qui transformera radicalement les équilibres politiques.
Ainsi, le XIXᵉ siècle est un moment de transition. L’Avesnois quitte l’ordre féodal sans le renier, adopte la République sans rompre avec ses traditions, modernise ses institutions sans perdre son identité. Les notables monarchistes, les industriels pionniers, les familles de maîtres de forges, les élus républicains et la presse locale y jouent un rôle essentiel : ils sont les passeurs entre deux mondes, les gardiens d’une continuité qui permet au territoire d’entrer dans la modernité sans se déchirer.
Chapitre IV — Le socialisme dans l’Avesnois
Au tournant du XXᵉ siècle, l’Avesnois se scinde en deux mondes. Au sud, le bocage, les fermes, les villages, les clochers, les notables, les curés, les traditions terriennes. Au nord, le long de la Sambre, un autre pays apparaît : un pays d’usines, de hauts‑fourneaux, de laminoirs, de dépôts ferroviaires, de cités ouvrières serrées autour des cheminées. Ce monde nouveau, né de la métallurgie et du rail, va bouleverser l’histoire politique du territoire.
Dans les années 1900–1930, la vallée de la Sambre devient l’un des bastions les plus solides du socialisme français. Maubeuge, Louvroil, Jeumont, Aulnoye‑Aymeries, Ferrière‑la‑Grande, Hautmont forment une constellation industrielle où la classe ouvrière s’organise, se structure, se politise. Les syndicats y sont omniprésents, les coopératives y prospèrent, les mutuelles y protègent les familles, les réunions politiques y rassemblent des centaines de personnes. L’usine n’est pas seulement un lieu de travail : c’est un espace de socialisation politique, un monde où l’on apprend à voter, à débattre, à se mobiliser. Dans les ateliers, les figures ouvrières locales — contremaîtres militants, délégués d’atelier, syndicalistes — deviennent les premiers relais du socialisme naissant.
À Fourmies, où l’industrie textile s’est imposée dès le XIXᵉ siècle, les grandes familles industrielles — Divry, Hubinet, Falleur, Doyen — ont structuré le patronat local. Leur présence, leur paternalisme, leurs œuvres sociales ont façonné une société où le monde ouvrier se politise en réaction à l’ordre industriel. C’est dans ce contexte que s’impose une figure majeure du socialisme municipal : Ephrem Coppeaux, ouvrier du textile devenu comptable, puis maire de Fourmies de 1908 à 1931. Son action, son ancrage, sa proximité avec les ouvriers font de lui l’un des visages les plus emblématiques du socialisme avesnois. À ses côtés, Alfred Derigny, qui lui succède en 1931, prolonge cette tradition d’un socialisme municipal solide, enraciné, attentif aux réalités du territoire.
La scission de 1920, lors du Congrès de Tours, provoque un effondrement temporaire des sections socialistes. Mais cet effondrement n’est qu’un creux. Dès le milieu des années 1920, l’Avesnois connaît une résurrection politique spectaculaire. Les fédérations socialistes se réorganisent, les réunions se multiplient, les adhésions explosent. Les années 1930 sont un âge d’or : le socialisme s’implante dans les bourgs, gagne les campagnes, triomphe dans les villes industrielles. Les premiers maires socialistes de la vallée de la Sambre — à Hautmont, Louvroil, Jeumont — incarnent cette montée en puissance. À Hautmont, Lucien Madeleine, secrétaire de la section socialiste, joue un rôle essentiel dans la structuration du militantisme local. À Larouillies, Charles Paul incarne un socialisme rural, discret mais solide, capable de s’imposer dans un canton longtemps conservateur.
Dans cette dynamique, une figure se détache : Léo Lagrange. En 1932, il parcourt les cinquante‑cinq communes de sa circonscription, rencontre les ouvriers, les paysans, les commerçants, les syndicalistes. Son discours, fondé sur la paix, la jeunesse, le sport, la dignité ouvrière, trouve un écho profond dans un territoire où la vie est dure, mais où la solidarité est forte. Lagrange incarne un socialisme humaniste, moderne, qui parle autant aux ouvriers qu’aux familles rurales. Son passage dans l’Avesnois laisse une empreinte durable, encore perceptible dans les récits familiaux et dans la mémoire politique locale.
Pendant les Trente Glorieuses, le socialisme devient une force municipale. Les villes industrielles votent massivement à gauche. Les mairies socialistes ou communistes s’installent, parfois pour plusieurs décennies. À Fourmies, Georges Coppeaux, maire de 1945 à 1953, incarne la continuité d’un socialisme municipal qui traverse les générations. À Maubeuge, Rémi Pauvros prolonge cette tradition au tournant du XXIᵉ siècle, dans un contexte où les anciennes fidélités ouvrières se recomposent. Dans les cantons, des figures comme le docteur Forest (Maubeuge‑Nord) ou Adolphe Cappe (Trélon) incarnent une SFIO locale solide, enracinée, attentive aux réalités sociales.
Les syndicats, notamment la CGT, structurent la vie quotidienne. Les cellules du PCF et du PS deviennent des lieux de sociabilité autant que des lieux de militantisme. Le vote ouvrier se transmet de génération en génération, comme un héritage familial, une tradition, une fierté. Dans les cités ouvrières, les figures anonymes — militants du dimanche, secrétaires de section, responsables syndicaux — jouent un rôle essentiel dans la structuration du vote de gauche.
Mais ce monde, si solide, si structuré, si cohérent, va s’effondrer en quelques décennies. La désindustrialisation frappe l’Avesnois avec une violence rare. Les hauts‑fourneaux ferment, les usines métallurgiques disparaissent, les dépôts ferroviaires se vident, les ateliers se taisent. Ce n’est pas seulement une crise économique : c’est une rupture du lien social. Les “syndicats‑citadelles”, ces forteresses ouvrières où se construisait le vote de gauche, s’effritent. Le prolétariat syndiqué laisse place à une mosaïque de travailleurs du tertiaire, souvent précaires, intérimaires, isolés politiquement.
Le discours politique change. Autrefois, le vote à gauche reposait sur la fierté productive, sur l’idée que l’usine était un lieu de progrès collectif. Aujourd’hui, il se déplace vers un sentiment d’abandon. Les tournants économiques des gouvernements de gauche des décennies passées ont été vécus comme une désillusion, parfois comme une trahison sociale. La relégation géographique, face à la puissance métropolitaine de Lille, devient un thème central. L’Avesnois, longtemps fier de son industrie, se découvre périphérique, oublié, fragilisé.
Ce glissement profite directement au Rassemblement National, devenu le premier parti ouvrier de la région. Il capte la colère née du chômage, de la précarité, de la disparition des usines, du sentiment d’insécurité économique. Le vote socialiste, autrefois massif, se fragmente, se disperse, s’efface. Le monde ouvrier, autrefois structuré par les syndicats et les partis de gauche, devient un monde éclaté, où chacun cherche une réponse à sa solitude sociale.
Ainsi, le socialisme dans l’Avesnois n’est pas une simple parenthèse : c’est une épopée. Une montée, un triomphe, une domination, puis un effondrement. Une histoire qui raconte la naissance, la vie et la disparition d’un monde ouvrier qui a façonné l’identité politique du territoire pendant près d’un siècle. Une histoire qui explique, mieux que toute autre, les recompositions contemporaines.
Chapitre V — Le communisme dans le bassin de la Sambre
Il existe dans l’Avesnois un territoire qui, pendant plus d’un demi‑siècle, a vécu sous une couleur politique si forte qu’elle en est devenue une identité : le bassin industriel de la Sambre. De Maubeuge à Jeumont, de Louvroil à Hautmont, d’Aulnoye‑Aymeries à Ferrière‑la‑Grande, les usines, les laminoirs, les ateliers de mécanique, les dépôts ferroviaires ont façonné un monde où la classe ouvrière n’était pas seulement une catégorie sociale, mais une civilisation. Dans ce monde, le communisme n’a pas été une option : il a été une évidence. On lit L’Humanité, on commente les discours, on débat. Le communisme n’est pas un dogme : c’est une sociabilité.
Le communisme s’est implanté dans la vallée de la Sambre comme une force naturelle. Les usines étaient des citadelles. Les ateliers, des lieux de fraternité. Les cités ouvrières, des villages serrés autour des cheminées. Les cafés, des salles de réunion. Les syndicats, des écoles politiques. Les cellules du PCF structuraient la vie quotidienne : on y discutait, on y débattait, on y organisait les fêtes, les grèves, les solidarités. Le vote communiste se transmettait comme un héritage, comme une fierté, comme une manière de dire que l’on appartenait à un monde où l’on travaillait dur, où l’on se serrait les coudes, où l’on ne se laissait pas faire.
Dans ce paysage, une figure s’impose dès l’après‑guerre : Adonis Brichot, ouvrier, résistant, dirigeant des milices patriotiques, élu député communiste du Nord en octobre 1945. Né à Douzies‑Maubeuge, il incarne ce communisme de terrain, né dans les ateliers, forgé dans la Résistance, porté par une légitimité populaire. Son élection à la première Assemblée nationale constituante témoigne de la force du vote communiste dans la région de Maubeuge, où les ouvriers voient en lui un homme qui parle leur langue, connaît leur vie, partage leurs combats.
Quelques années plus tard, une autre figure majeure apparaît : André Pierrard, né à Cousolre en 1916, instituteur, résistant, député du Nord, membre du comité central du PCF. Son engagement est profondément marqué par celui de son père, ajusteur, militant communiste. Pierrard incarne un communisme intellectuel, structuré, nourri par l’école, par la Résistance, par une vision politique exigeante. Sa présence dans l’Avesnois donne au parti une dimension nouvelle : celle d’un mouvement capable de produire des élus nationaux, des figures de premier plan, tout en restant enraciné dans les réalités locales.
Dans les années 1950–1970, le bassin de la Sambre devient l’un des bastions les plus solides du Parti communiste français. Hautmont, Louvroil, Aulnoye‑Aymeries, Jeumont votent massivement pour les candidats communistes. Les municipalités rouges s’installent, parfois pour plusieurs décennies. Les maires communistes deviennent des figures locales, respectées, parfois redoutées, toujours présentes. Ils incarnent une politique de proximité, de solidarité, de défense des ouvriers, de lutte contre les injustices patronales. Le PCF n’est pas seulement un parti : c’est une culture, une sociabilité, une manière de vivre ensemble.
Les grands noms du communisme national — Maurice Thorez, Georges Marchais — résonnent dans les ateliers de Maubeuge comme des voix familières. Leurs discours, leurs tournées, leurs interventions sont suivis avec attention. Ils incarnent une fierté ouvrière, une dignité, une promesse de progrès. Dans les cités de Louvroil ou de Hautmont, on connaît leurs phrases, leurs combats, leurs colères. Le communisme n’est pas une abstraction : il est une présence.
Mais ce monde, si puissant, si structuré, si cohérent, va être frappé par un séisme. La désindustrialisation, amorcée dans les années 1980, frappe la vallée de la Sambre avec une violence rare. Les hauts‑fourneaux ferment. Les usines métallurgiques disparaissent. Les ateliers se vident. Les dépôts ferroviaires se réduisent. Ce n’est pas seulement une crise économique : c’est une rupture du lien social. Les “syndicats‑citadelles”, ces forteresses ouvrières où se construisait le vote communiste, s’effritent. Le prolétariat syndiqué laisse place à des travailleurs du tertiaire, souvent précaires, intérimaires, isolés politiquement.
Dans ce nouveau monde, le discours communiste perd son ancrage. Autrefois, il reposait sur la fierté productive, sur l’idée que l’usine était un lieu de progrès collectif. Aujourd’hui, il se heurte à un sentiment d’abandon. Les ouvriers, privés de leur usine, de leur syndicat, de leur cellule, se retrouvent seuls face au chômage, à la précarité, à la disparition des solidarités. Le discours de la lutte des classes se dissout dans une colère plus diffuse, plus amère, plus territoriale.
Ce glissement profite directement au Rassemblement National, devenu le premier parti ouvrier de la région. Il capte la colère née de l’insécurité économique, de la disparition des usines, du sentiment d’être oublié par les métropoles dynamiques comme Lille. Le vote communiste, autrefois massif, se fragmente, se disperse, s’efface. Dans les cités de Hautmont ou de Louvroil, les affiches du PCF ont été remplacées par celles du RN. Le rouge a laissé place au bleu marine.
Ainsi, le communisme dans le bassin de la Sambre n’est pas une simple parenthèse : c’est une épopée. Une montée, une domination, un âge d’or, puis un effondrement. Une histoire qui raconte la naissance, la vie et la disparition d’un monde ouvrier qui a façonné l’identité politique de l’Avesnois pendant plus d’un demi‑siècle. Une histoire qui explique, mieux que toute autre, les recompositions contemporaines et le basculement vers le vote contestataire.
Chapitre VI — Le gaullisme et la droite républicaine
Lorsque l’Avesnois entre dans la seconde moitié du XXᵉ siècle, un nouveau visage de la droite se dessine. Ce n’est plus la droite féodale des seigneurs, ni la droite monarchiste des notables du XIXᵉ siècle. C’est une droite républicaine, enracinée, structurée par la Résistance, portée par le gaullisme, puis consolidée par une génération d’élus locaux qui vont durablement marquer le territoire.
La Seconde Guerre mondiale joue un rôle fondateur. L’Avesnois, traversé par les colonnes allemandes, bombardé, occupé, voit naître une Résistance discrète mais déterminée. Dans les bourgs, les fermes, les ateliers, des hommes et des femmes s’engagent, parfois au péril de leur vie. Cette mémoire résistante prépare le terrain à l’adhésion au gaullisme après 1945. Le général de Gaulle devient une figure morale, un repère, une promesse de continuité nationale. Dans les campagnes de l’Avesnois, son nom résonne comme une évidence.
C’est dans ce contexte que s’impose l’une des grandes figures de la droite locale : Arthur Moulin. Gaulliste de la première heure, député, sénateur, maire de Saint‑Aubin, il incarne pendant plusieurs décennies la colonne vertébrale de la droite dans l’arrondissement. Moulin n’est pas seulement un élu : il est un organisateur, un stratège, un bâtisseur. Il structure les réseaux, conseille les jeunes cadres, accompagne les carrières, et contribue à installer durablement la droite gaulliste dans les cantons ruraux. C’est lui qui, dès les années 1970 et 1980, encourage et soutient l’ascension d’Alain Poyart, futur pilier de la droite républicaine.
Autour de Moulin, une génération d’élus façonne la droite locale. André Ducarne, député et conseiller général du canton de Landrecies, représente cette droite rurale, sérieuse, modérée, attachée à la terre et aux réalités du territoire. Son influence dépasse son canton : il incarne une manière de gouverner, faite de proximité, de constance, de fidélité aux habitants. René Locoche, conseiller général du Quesnoy‑Ouest, est l’autre visage de cette droite modérée. Pendant de longues années, il tient son canton avec une stabilité remarquable, incarnant une droite tranquille, enracinée, attentive aux besoins des communes.
Dans le bassin de la Sambre, longtemps dominé par le socialisme et le communisme, une autre figure s’impose : Joël Wilmotte. Maire de Hautmont, conseiller général UMP, il parvient à installer durablement la droite républicaine dans une ville ouvrière où cela semblait impossible. Sa longévité politique, sa capacité à incarner une droite de proximité, son ancrage personnel dans la vie municipale font de lui un acteur majeur de la recomposition politique du bassin industriel. Wilmotte représente cette droite capable de s’adapter à un territoire en mutation, de parler aux ouvriers, aux familles, aux commerçants, dans un contexte où les anciennes fidélités politiques s’effritent.
À partir des années 1980, Alain Poyart devient l’un des visages les plus connus de la droite républicaine dans l’Avesnois. Héritier politique d’Arthur Moulin, il incarne une droite pragmatique, enracinée, attentive aux réalités locales. Pendant près de quarante ans, il accompagne la modernisation des communes, la transformation des intercommunalités, la gestion des crises industrielles. Sa présence constante, son influence, sa capacité à fédérer font de lui un repère politique dans tout l’arrondissement.
Dans les cantons ruraux, la droite républicaine conserve longtemps une position solide. Elle s’appuie sur les agriculteurs, les commerçants, les artisans, les professions libérales. Elle incarne une forme de stabilité dans un territoire bouleversé par la désindustrialisation. Alors que le bassin de la Sambre bascule massivement à gauche, puis vers le vote contestataire, les cantons d’Avesnes, de Landrecies, du Quesnoy, de Trélon restent attachés à une droite modérée, souvent démocrate‑chrétienne, parfois gaulliste, toujours républicaine.
Cette droite locale n’est pas idéologique : elle est territoriale. Elle parle de routes, d’écoles, de commerces, de sécurité, de services publics. Elle incarne une proximité que les habitants apprécient. Elle est le contrepoint du monde ouvrier, le miroir du socialisme industriel, l’autre visage de l’Avesnois. Dans les années 1980–2000, alors que le socialisme décline et que le communisme s’effondre, la droite républicaine devient le dernier pilier stable du paysage politique local.
Mais elle aussi va être bousculée. La montée du vote contestataire, nourrie par la désindustrialisation, le chômage, la précarité, le sentiment d’abandon, fragilise les équilibres anciens. Les cantons ruraux, longtemps fidèles à la droite modérée, voient apparaître de nouvelles forces politiques. Le gaullisme, qui avait structuré la vie politique pendant un demi‑siècle, s’efface peu à peu. La droite républicaine, autrefois dominante dans les campagnes, doit désormais composer avec un vote protestataire qui traverse toutes les catégories sociales.
Ainsi, le gaullisme et la droite républicaine dans l’Avesnois ne sont pas des parenthèses : ce sont des héritages. Ils prolongent les fidélités anciennes, accompagnent les modernisations, résistent aux crises, puis s’effacent devant les recompositions contemporaines. Ils racontent un territoire où la droite n’a jamais été un bloc, mais une mosaïque : monarchiste au XIXᵉ siècle, gaulliste au XXᵉ, républicaine au tournant du XXIᵉ. Une droite qui, comme l’Avesnois lui‑même, change, se transforme, se réinvente.
Chapitre VII — La recomposition politique contemporaine
La fin du XXᵉ siècle ouvre dans l’Avesnois une période de basculement profond. Les grandes forces politiques qui avaient structuré le territoire — le socialisme industriel, le communisme municipal, la droite gaulliste rurale — commencent à se fissurer. Ce n’est pas un changement brutal, mais une lente érosion, un glissement, une recomposition qui s’opère au rythme des fermetures d’usines, des départs de population, des crises sociales, des transformations économiques.
La désindustrialisation frappe la vallée de la Sambre avec une violence rare. Les hauts‑fourneaux se taisent, les ateliers se vident, les dépôts ferroviaires se réduisent, les laminoirs disparaissent. Ce n’est pas seulement une perte d’emplois : c’est une rupture du lien social. Pendant des décennies, l’usine avait été un espace de sociabilité politique, un lieu où l’on apprenait à voter, à débattre, à se mobiliser. Les syndicats, les cellules du PCF et du PS formaient des citadelles ouvrières où le vote se transmettait de génération en génération. Lorsque ces citadelles s’effondrent, c’est tout un monde qui disparaît.
Le prolétariat syndiqué laisse place à une mosaïque de travailleurs du tertiaire, souvent précaires, intérimaires, isolés politiquement. Le discours de la lutte des classes, autrefois puissant, se dissout dans un sentiment d’abandon. Les tournants économiques des gouvernements de gauche des décennies passées sont vécus comme une désillusion, parfois comme une trahison sociale. Le vote à gauche, qui reposait sur la fierté productive et le progrès collectif, se fragmente. La relégation géographique, face à la puissance métropolitaine de Lille, devient un thème central. L’Avesnois, longtemps fier de son industrie, se découvre périphérique, oublié, fragilisé.
Dans ce paysage bouleversé, le vote contestataire s’impose. Le Rassemblement National capte la colère née du chômage, de la précarité, de la disparition des usines, du sentiment d’insécurité économique. Il devient le premier parti ouvrier de la région, un paradoxe apparent qui révèle en réalité une transformation profonde : le monde ouvrier n’est plus structuré par les syndicats, mais par la solitude sociale. Le vote RN n’est pas un vote idéologique : c’est un vote de rupture, un vote de colère, un vote de territoire.
La droite républicaine, longtemps solide dans les cantons ruraux, doit elle aussi composer avec cette recomposition. Les figures historiques — Arthur Moulin, André Ducarne, René Locoche, Alain Poyart — ont incarné une droite modérée, enracinée, pragmatique, capable de tenir les communes et les cantons pendant plusieurs décennies. Mais cette droite, fondée sur la proximité, la stabilité, la gestion, se trouve fragilisée par l’émergence d’un vote protestataire qui traverse toutes les catégories sociales. Les cantons ruraux, autrefois fidèles à la droite modérée, voient apparaître de nouvelles forces politiques. Le gaullisme s’efface. La droite républicaine doit se réinventer.
Le socialisme, autrefois triomphant dans le bassin industriel, s’effondre à son tour. Les municipalités de gauche perdent leurs bastions. Les sections se vident. Les réseaux militants disparaissent. Le communisme, qui avait été une force municipale majeure, ne survit que dans quelques enclaves. Le monde ouvrier, autrefois structuré par les partis de gauche, devient un monde éclaté, où chacun cherche une réponse à sa solitude sociale.
Ainsi, la recomposition politique contemporaine de l’Avesnois n’est pas une simple évolution : c’est un basculement. Un passage d’un monde structuré à un monde fragmenté. D’une politique de classes à une politique de territoires. D’un vote d’appartenance à un vote de rupture. L’Avesnois entre dans le XXIᵉ siècle avec une identité politique nouvelle, faite de contrastes, de fractures, de recompositions, mais aussi d’une mémoire profonde qui continue de façonner les comportements électoraux.
Conclusion générale — Un territoire qui change, une mémoire qui demeure
L’Avesnois est un territoire où la politique n’a jamais été un simple choix électoral. Elle est une histoire, une mémoire, une géographie, une sociologie, une manière d’habiter le monde. En huit siècles, il a connu toutes les couleurs : la fidélité féodale, le catholicisme militant, le républicanisme modéré, le socialisme triomphant, le communisme municipal, le gaullisme rural, puis la recomposition contemporaine marquée par la désindustrialisation et le vote contestataire.
Chaque époque a laissé une empreinte. Les seigneurs du Moyen Âge ont façonné les premières structures du pouvoir. Les notables du XIXᵉ siècle ont accompagné la modernité républicaine. Les ouvriers du XXᵉ siècle ont construit une identité politique unique, faite de solidarité, de luttes, de fierté. Les élus gaullistes et républicains ont tenu les cantons, structuré les communes, accompagné les transitions. Les recompositions contemporaines révèlent les fractures d’un territoire confronté à la disparition de son industrie et à l’émergence de nouvelles colères.
Mais malgré ces basculements, une constante demeure : l’Avesnois est un territoire qui ne cesse de se réinventer. Il change, il se transforme, il se cherche, mais il ne se renie jamais. Sa mémoire politique est profonde, complexe, vivante. Elle raconte un pays où les identités ne disparaissent pas : elles se transforment. Un pays où la politique est un miroir de la société, un reflet des espoirs, des peurs, des luttes, des fractures. Un pays où chaque époque éclaire la suivante.
L’Avesnois n’est pas un territoire immobile. C’est un territoire en mouvement. Et c’est précisément ce mouvement qui fait sa richesse.
Synthèse finale sous forme de tableau
(version adaptée à toute ta fresque politique, du XIIIᵉ au XXIᵉ siècle)
Synthèse des couleurs politiques de l’Avesnois (XIIIᵉ–XXIᵉ siècle)
Version 4 colonnes (optimisée)
| Période | Couleur dominante | Forces sociales | Figures majeures |
|---|---|---|---|
| XIIIᵉ–XVIIIᵉ | Droite féodale, catholicisme | Noblesse, abbayes, bailliages | Comtes de Hainaut, Albret, Croÿ, Mérode, Ligne‑Arenberg, Preseau, d’Anneux, Orléans |
| XIXᵉ | Monarchisme rural & républicanisme modéré | Notables, curés, presse | La Haye Saint‑Hilaire, Legrand, Guillemin, familles industrielles |
| 1900–1930 | Socialisme industriel | Ouvriers, syndicats | Coppeaux, Derigny, Madeleine, Paul |
| 1930–1970 | Socialisme & communisme municipaux | Prolétariat structuré | Lagrange, G. Coppeaux, Forest, Cappe |
| 1945–1980 | Communisme ouvrier | Métallurgie, rail | Brichot, Pierrard |
| 1950–2000 | Gaullisme & droite républicaine | Agriculteurs, commerçants | Moulin, Ducarne, Locoche, Wilmotte, Poyart |
| 2000–2024 | Vote contestataire | Travailleurs précaires | Michaël Taverne (député RN de la 12ᵉ circonscription du Nord) |
Synthèse des basculements politiques
| Basculement | Cause | Effet | Nouvelle couleur |
|---|---|---|---|
| Féodalité → Monarchie | Intégration au royaume | Droite catholique | Monarchisme |
| Monarchie → République | Révolution, presse | Dualité rural/urbain | Républicanisme |
| République → Socialisme | Industrialisation | Bastion ouvrier | Socialisme |
| Socialisme → Communisme | Radicalisation ouvrière | Citadelles PCF | Communisme |
| Communisme → Gaullisme | Stabilisation rurale | Droite modérée | Gaullisme |
| Gaullisme → RN | Déclin industriel | Vote protestataire | Contestation |
Synthèse des figures politiques majeures
| Siècle | Forces dominantes | Figures clés | Territoires |
|---|---|---|---|
| XIIIᵉ–XVIIIᵉ | Féodalité | Albret, Croÿ, Mérode, Ligne‑Arenberg | Avesnes, Trélon |
| XIXᵉ | Monarchisme & République | La Haye Saint‑Hilaire, Legrand, Guillemin | Avesnes, Fourmies |
| XXᵉ (1900–1950) | Socialisme & Communisme | Coppeaux, Derigny, Lagrange, Brichot, Pierrard | Fourmies, Sambre |
| XXᵉ (1950–2000) | Gaullisme | Moulin, Ducarne, Locoche, Wilmotte, Poyart | Avesnes, Landrecies |
| XXIᵉ | Contestation | Michaël Taverne (député RN) | Sambre & cantons ruraux |