
🟦 Introduction
Bien avant les cadastres ou les cartes d’État‑major, le Hainaut a exprimé son identité à travers des signes visuels : les sceaux et les armoiries. Gravés dans le métal, apposés sur la cire chaude, conservés dans les coffres des églises ou des châteaux, ces symboles garantissaient l’autorité, protégeaient les droits et fixaient les limites.
Les villages du Hainaut n’obtiennent leur propre sceau qu’au XVIᵉ siècle, lorsque le scel échevinal devient obligatoire. Avant cela, ils dépendaient du sceau seigneurial, souvent celui des Avesnes dans l’Avesnois. La Révolution abolit ces emblèmes, l’Empire les rétablit : l’histoire du sceau est celle d’une longue évolution où les symboles passent du pouvoir féodal aux communes modernes.
Dans l’Avesnois, ces signes graphiques racontent les seigneuries, les métiers, les croyances, les paysages, les animaux, les rivières et les usages agricoles. Ils complètent les langues, les lieux‑dits et la microtoponymie. Ils donnent un visage au territoire, une couleur, une forme, une signature : ils sont la mémoire visuelle du Hainaut.
🟦 I. Les origines : quand les villages se dotent d’un visage
Les premiers sceaux apparaissent dans le Hainaut au XIIᵉ siècle. Ils sont d’abord l’apanage des comtes, des seigneuries rurales, des abbayes et des villes. Les villages, eux, n’adoptent des armoiries qu’à partir du XVIᵉ siècle, lorsque les communautés commencent à gérer leurs biens, leurs pâturages, leurs bois, leurs moulins et leurs terres communes.
Le sceau devient alors le visage officiel du village. Il authentifie les actes, garantit les transactions, scelle les accords, protège les droits. Il est la signature collective d’une communauté qui, souvent, ne possède pas encore d’écriture propre.
🟦 II. Les ateliers de Mons : les artisans du pouvoir
Dans tout le Hainaut, les matrices de sceaux étaient presque toujours fabriquées à Mons, capitale administrative du comté. Les orfèvres montois étaient réputés pour la finesse de leur gravure, la qualité de leurs métaux et la précision de leurs motifs. Ils travaillaient pour les seigneurs, les abbayes, les chapitres, les villes et les villages.
Les matrices étaient réalisées en cuivre pour les communautés modestes, et en argent pour les abbayes riches ou les seigneuries importantes. Ce choix de métal reflétait le statut du commanditaire.
Le sceau n’était pas une création libre : dans la plupart des cas, il était fourni par le seigneur, qui en garantissait la légitimité. Le seigneur décidait du symbole, de la forme, parfois même de la devise. Le sceau était donc un instrument de pouvoir autant qu’un outil administratif.
🟦 III. Le coffre de l’église : sanctuaire de la mémoire
Une fois réalisé, le sceau était conservé dans un coffre placé dans l’église du village. Ce coffre, souvent muni de deux serrures — l’une pour le curé, l’autre pour les échevins — était considéré comme un objet sacré.
L’église était le lieu le plus sûr, mais aussi le centre moral et administratif de la communauté. On y conservait :
- les terriers,
- les censiers,
- les chartes,
- les actes de vente,
- les délimitations de pâturages,
- les décisions collectives.
Le sceau n’était sorti que pour les actes importants. Il était manipulé avec une solennité qui témoigne de son rôle fondamental dans la vie du village.
🟦 IV. Les grandes familles d’armoiries : une typologie vivante
Les armoiries des villages du Hainaut se répartissent en plusieurs grandes familles, qui reflètent les forces ayant structuré le territoire.
🟥 1. Les armoiries seigneuriales
Elles reprennent les symboles des lignages qui ont dominé la région : le lion des comtes de Hainaut, la croix pattée des Bousies, la tour des Landrecies, les clefs du Cambrésis. Elles rappellent que le village vivait sous une autorité féodale.
🟥 2. Les armoiries religieuses
Elles montrent un saint, une croix, une clef, une roue, un calice. Elles expriment la puissance de la paroisse, des chapitres, des abbayes et des ordres religieux.
🟥 3. Les armoiries hydronymiques
Elles représentent une rivière, une onde, un pont, une source. Dans l’Avesnois, elles évoquent l’Helpe, la Riviérette, le Grand Rieu, le Waterlin.
🟥 4. Les armoiries animales
Elles forment un véritable bestiaire rural : loup, chevreuil, oie, ours, bœuf, cheval. Elles sont souvent parlantes : Louvignies, Chevireuil, Ourdriaux, Louvière.
🟥 5.Les armoiries agricoles
Elles montrent des gerbes, des charrues, des meules, des roues de moulin. Elles rappellent que le village est d’abord une communauté de travail.
🟥 6. Les armoiries parlantes
Elles représentent visuellement le nom du village : Boué (boue), Maroilles (roue ou fromage stylisé), Louvignies (loup).
🟦 V. Les villages de l’Avesnois : un atlas symbolique
Dans l’Avesnois, chaque village possède une identité visuelle qui reflète son histoire.
Prisches évoque ses hydronymes, ses gerbes, ses croix, ses roues. Le Favril rappelle la fabrerie, les censes, les moulins, les sources. Cartignies déploie un bestiaire complet — loup, oie, chevreuil, ours — et des symboles religieux liés à ses rues anciennes.
Avesnes porte le lion du comté. Landrecies montre ses murailles. Bousies affiche sa croix pattée. Trélon et Anor évoquent la forêt. Sains‑du‑Nord, Étrœungt, Dompierre rappellent leurs paroisses et leurs rivières.
Chaque blason est une petite histoire, un fragment de mémoire, un écho des usages anciens.
🟦 VI. Les sceaux seigneuriaux du Hainaut médiéval : formes, usages et héritages
Avant que les villages ne possèdent leurs propres armoiries, le Hainaut médiéval était structuré par un réseau dense de seigneuries dont les sceaux constituaient la signature du pouvoir. Apposés sur les chartes, les donations ou les accords féodaux, ils engageaient un lignage, un fief, une justice.
🟥 1. Les symboles seigneuriaux : lion, croix, tour, clefs
Les sceaux seigneuriaux reprennent les grands motifs des lignages dominants :
- le lion des comtes de Hainaut,
- la croix pattée des Bousies,
- la tour des Landrecies,
- les clefs des chapitres du Cambrésis.
Les abbayes et prieurés utilisent des saints, des crosses, des mitres ou des calices. Ces symboles, gravés dans le métal, seront repris plus tard par les villages lorsqu’ils obtiendront leurs propres sceaux.
🟥 2. Les formes de sceaux dans le Hainaut
✔ Majesté : souverain assis, rare dans le Hainaut. ✔ Équestre : seigneur à cheval, puissance militaire. ✔ En pied : saint ou ecclésiastique debout, très fréquent. ✔ Armorié : écu occupant toute la surface, forme la plus répandue.
Ces formes expriment la nature du pouvoir : souveraineté, force militaire, légitimité spirituelle ou identité héréditaire.
🟥 3. L’exemple d’Avesnes : un sceau devenu emblème du territoire
Les armes des Avesnes, attribuées à Gérard d’Avesnes, apparaissent dès 1186 puis en 1238 et 1243. Leur sceau, armorié et puissant, a marqué l’Avesnois : plusieurs villages de leur mouvance l’utilisaient avant 1534. Il a servi de modèle à de nombreuses armoiries communales, qui en ont repris les couleurs ou l’esprit.
🟥 4. Fixation et matières : la pratique seigneuriale
Les sceaux seigneuriaux sont le plus souvent pendants, suspendus par des lanières de parchemin ou de soie. Les sceaux plaqués sont plus fréquents dans les actes paroissiaux ou administratifs.
Les matériaux reflètent le statut de l’autorité :
- cire (rouge ou verte) : la plus courante,
- plomb : actes ecclésiastiques ou administratifs,
- cuivre : villages modestes,
- argent : abbayes riches, seigneuries importantes,
- or : actes souverains.
👉 Cette hiérarchie matérielle révèle la place du village dans l’économie locale et la puissance de l’autorité qui scellait l’acte.
Les matrices étaient presque toujours fabriquées à Mons, dont les orfèvres ont durablement influencé l’esthétique des sceaux.
🟥 5. Un héritage transmis aux villages
Lorsque les villages obtiennent leur propre sceau au XVIᵉ siècle, ils reprennent les motifs seigneuriaux en les simplifiant : lion, croix, tour, clefs, roue, onde.
Les sceaux seigneuriaux constituent ainsi une mémoire graphique du pouvoir, racine des armoiries modernes de l’Avesnois.
🟦 VII. Sceau, scel et cachet : l’authentification des actes dans le Hainaut (XIIᵉ–XIXᵉ siècle)
Dans le Hainaut, comme dans l’ensemble des Pays‑Bas méridionaux, le sceau fut longtemps le seul moyen d’authentifier un acte. On distinguait :
- le sceau, objet de métal servant à sceller ;
- le scel, l’empreinte apposée dans la cire ;
- le cachet, terme plus tardif, utilisé à l’époque moderne.
Pendant des siècles, la validité d’un acte dépendait entièrement de la présence de ce signe matériel.
🟥 1. Avant 1534 : le monopole seigneurial
Jusqu’en 1534, les villages n’avaient pas le droit d’utiliser leur propre sceau. Seul le sceau du seigneur avait valeur légale. Même lorsqu’elles géraient des pâturages, des bois, des moulins ou des biens communs, les communautés rurales devaient passer par l’autorité seigneuriale pour sceller leurs décisions.
Dans l’Avesnois, de nombreuses chartes anciennes portent ainsi le sceau des Avesnes, sceau “par défaut” garantissant la légitimité des actes. Certaines seigneuries locales conservaient toutefois leurs propres matrices pour les villages dépendants.
🟥 2. 1534 : naissance du sceau échevinal
L’année 1534 marque un tournant décisif. La princesse Louise d’Albret, dame d’Avesnes et de Landrecies, impose l’usage d’un sceau échevinal pour les actes législatifs des communautés.
Dès lors, les villages peuvent sceller eux‑mêmes :
- leurs décisions,
- leurs délimitations de pâturages,
- leurs ventes de terres,
- leurs reconnaissances de cens.
Le sceau échevinal devient la signature officielle de la communauté, distincte de celle du seigneur.
🟥 3. Changement de sceau : un rituel de légitimité
Lorsqu’un village obtenait un nouveau sceau, l’ancien devait être brisé solennellement, en présence des hommes de fief. Ce rituel symbolisait la fin d’une autorité et le début d’une nouvelle légitimité. Le sceau n’était jamais détruit en secret : la communauté entière devait savoir que l’ancien signe n’avait plus valeur juridique.
🟥 4. Les guerres : disparition et protection des sceaux
En période de guerre, les villages prenaient parfois des précautions extrêmes pour protéger leur sceau. On le cachait si bien qu’il arrivait qu’on ne le retrouve plus.
Certains sceaux disparurent ainsi :
- pendant les guerres de religion,
- la guerre de Trente Ans,
- les conflits franco‑espagnols.
Sans sceau, un village perdait temporairement sa capacité à authentifier ses actes : c’était une véritable paralysie administrative.
🟥 5. Révolution et Empire : rupture et renaissance
La Révolution française bouleverse cet ordre ancien. En 1790, les armoiries, sceaux, emblèmes et signes féodaux sont abolis. Les communes perdent leurs symboles historiques, remplacés par des cachets républicains uniformisés.
L’Empire rétablit partiellement l’usage des armoiries :
- en 1804, Napoléon autorise les particuliers à reprendre des armoiries ;
- en 1809, les communes peuvent à nouveau posséder un sceau propre, dans un cadre strictement codifié.
Les villages du Hainaut retrouvent alors un visage graphique, souvent inspiré de leurs anciens symboles, mais adapté aux normes impériales.
🟥 6. Une conquête progressive de l’autonomie
Ainsi, du sceau seigneurial médiéval au cachet communal impérial, l’histoire du scel dans le Hainaut est celle d’une lente conquête de l’autonomie :
- d’abord signe du pouvoir féodal,
- il devient progressivement la signature des communautés,
- puis l’emblème des communes modernes.
🟦 VIII. Couleurs et métaux du Hainaut : une grammaire visuelle ancienne
L’héraldique du Hainaut repose sur un système de couleurs et de métaux qui n’est pas arbitraire : il reflète une histoire, une géographie et une mémoire féodale. Chaque couleur porte un sens, chaque métal une valeur, chaque combinaison une identité. Dans l’Avesnois comme dans tout le Hainaut, ces teintes ne sont pas de simples choix esthétiques : elles sont héritées des sceaux seigneuriaux, des blasons des lignages, des symboles des abbayes et des marques des communautés rurales.
🟥 1. Les métaux : or et argent
Les métaux sont les couleurs les plus anciennes et les plus nobles de l’héraldique.
Or (jaune) Symbole de lumière, de richesse et de puissance. Très présent dans les armes seigneuriales (Avesnes, Croÿ).
Argent (blanc) Symbole de pureté, de clarté et de paix. Couleur dominante des blasons villageois (Clairfayts, Solre‑le‑Château, Rousies).
🟥 2. Les couleurs : gueules, azur, sable, sinople
Gueules (rouge) Couleur de force et de courage. Très fréquente dans les lignages du Hainaut (Avesnes, Croÿ, Renty).
Azur (bleu) Couleur de fidélité et de stabilité. Souvent utilisée par les paroisses et les villages.
Sable (noir) Couleur de constance et de prudence. Présente dans certains blasons seigneuriaux (annelet de Solre‑le‑Château).
Sinople (vert) Couleur des terres et des bois. Rare dans l’héraldique médiévale du Hainaut.
🟥 3. Couleurs des blasons / matériaux des sceaux
Il ne faut pas confondre les couleurs héraldiques (or, argent, gueules, azur…) avec les matériaux des sceaux (cuivre, plomb, argent, or).
- Or et argent dans un blason sont des couleurs symboliques.
- Cuivre, plomb, argent dans un sceau sont des matières physiques.
Ainsi, un village peut avoir un blason “d’or et d’argent” tout en utilisant un sceau en cuivre. L’héraldique exprime l’identité ; la sigillographie exprime le statut matériel de la communauté.
Cette distinction est essentielle pour comprendre l’histoire visuelle du Hainaut.
🟥 4. Les combinaisons typiques du Hainaut
Or + gueules La combinaison la plus emblématique du Hainaut (Avesnes, Croÿ).
Argent + azur La combinaison des villages et des paroisses (Clairfayts).
Argent + gueules Très fréquente dans les lignages (Croÿ, Renty).
Argent + sable + gueules Signature de Solre‑le‑Château.
🟥 5. Héritages seigneuriaux et adaptations communales
Les couleurs du Hainaut ne sont pas des créations modernes : elles viennent directement des sceaux seigneuriaux.
- Les Avesnes ont diffusé l’or et le rouge dans tout l’Avesnois.
- Les Croÿ ont imposé l’argent et le rouge dans six communes.
- Les Renty ont ajouté les doloires rouges dans les écus écartelés.
- Les Croix de Drumez ont transmis l’argent et l’azur à Clairfayts.
- Les Le Brun de La Vigne ont donné les brèmes d’argent à Ferrière‑la‑Petite.
Les villages n’ont pas inventé leurs couleurs : 👉 ils les ont héritées.
🟥 6. Une identité visuelle propre au Hainaut
Les couleurs du Hainaut forment une palette reconnaissable :
- rouge puissant des lignages,
- bleu calme des villages,
- blanc clair des paroisses,
- jaune éclatant des seigneuries,
- noir discret des symboles de justice.
Cette palette est locale, historique, héritée, cohérente. Elle donne au Hainaut une identité visuelle unique, où chaque couleur raconte une histoire, où chaque métal porte une mémoire, où chaque écu est un fragment du territoire.
🟦 IX. Figures et symboles du Hainaut : une iconographie du pouvoir et du territoire
L’héraldique et la sigillographie du Hainaut forment un langage visuel cohérent, où chaque figure porte un sens, une histoire, une mémoire. Les sceaux seigneuriaux, paroissiaux, échevinaux et les armoiries communales ont transmis, de siècle en siècle, des symboles qui racontent les lignages, les métiers, les croyances, les paysages et les pouvoirs du territoire.
Ces figures ne sont pas décoratives : 👉 elles sont les mots d’une langue graphique, 👉 les signes d’une identité, 👉 les témoins d’un monde disparu.
🟥 1. Les animaux : force, vigilance, noblesse
✔ Le lion Symbole majeur du Hainaut, hérité des comtes. Il exprime la puissance et la continuité dynastique. Présent dans les sceaux seigneuriaux, les armoiries de villes et plusieurs blasons villageois.
✔ Le lionceau Dans les armes de Solre‑le‑Château : filiation noble, branche cadette ou adaptation locale du lion comtal.
✔ Le poisson Très fréquent dans l’Avesnois (Ferrière‑la‑Petite : les brèmes). Il évoque rivières, étangs, moulins et métiers de l’eau.
✔ Le cerf, le sanglier, le loup Animaux des seigneuries forestières : chasse, bois, droits seigneuriaux.
🟥 2. Les objets du pouvoir : armes, outils, insignes
✔ La croix pattée Symbole des Bousies : puissance militaire et tradition chevaleresque.
✔ La tour Figure des Landrecies : défense, fortification, contrôle d’un passage stratégique.
✔ Les clefs Emblème des chapitres du Cambrésis : autorité spirituelle et garde des reliques.
✔ Les doloires Armes des Renty, intégrées dans l’écartelé des Croÿ : travail du bois et puissance foncière.
✔ L’annelet Dans les armes de Solre‑le‑Château : fidélité, alliance, continuité d’un lignage.
🟥 3. Les figures religieuses : saints, crosses, mitres
Le Hainaut est profondément marqué par ses abbayes et chapitres.
✔ Les saints Représentés en pied sur les sceaux ecclésiastiques : protection, légitimation, sacralisation des actes.
✔ La crosse Symbole de l’autorité abbatiale.
✔ La mitre Insigne des évêques et abbés : puissance spirituelle et juridiction.
✔ Le calice Figure des prieurés : liturgie, sacré, centralité de l’église dans la vie rurale.
🟥 4. Les symboles du territoire : eau, bois, chemins, métiers
✔ La roue Symbole des moulins, métiers du bois, ateliers ruraux. Très fréquente dans les sceaux échevinaux.
✔ L’onde Figure des rivières de l’Avesnois : Helpe, Sambre, Rivières de l’Oise. Marque les villages construits autour de l’eau.
✔ L’arbre Symbole des bois, forêts, droits de coupe.
✔ Les outils agricoles Faucilles, fléaux, hoyaux : ruralité, censes, métiers du sol.
🟥 5. Les formes géométriques : croix, fasces, bandes, chevrons
✔ Les fasces Très présentes chez les Croÿ : stabilité, continuité, stratification des lignages.
✔ Les bandes Figure des Avesnes (bandé d’or et de gueules) : puissance féodale, mémoire des croisades.
✔ Les chevrons Moins fréquents : charpente, construction, protection.
✔ Les croix Pattée, latine, potencée : foi, justice, protection.
🟥 6. Une iconographie cohérente et continue
Les figures du Hainaut forment un système cohérent, transmis par :
- les sceaux seigneuriaux,
- les sceaux paroissiaux,
- les sceaux échevinaux,
- les matrices montoises,
- les armoiries modernes.
Elles racontent les lignages, les métiers, les paysages, les croyances, les alliances, les conflits et les héritages. Elles sont la mémoire visuelle du Hainaut, une langue graphique qui traverse les siècles et donne au territoire son identité profonde.
🟦 X. Motifs locaux et micro‑symboles de l’Avesnois
La petite iconographie rurale : signes du quotidien, mémoire des villages
L’Avesnois possède une iconographie propre, distincte de celle du Hainaut comtal. À côté des lions, des croix pattées, des tours et des clefs, on trouve une multitude de micro‑symboles nés du quotidien rural : outils, objets, végétaux, animaux, signes de métiers, éléments de paysage.
Ces motifs, souvent modestes, parfois naïfs, racontent la vie des villages, leurs activités, leurs croyances, leurs ressources et leurs paysages.
🟥 1. Les outils agricoles : la signature des villages ruraux
Les sceaux échevinaux et les premières armoiries communales reprennent souvent les outils du travail quotidien :
✔ La faucille — moissons, prés, faucheurs. ✔ Le fléau — battages, granges, fermes. ✔ Le hoyau — potagers, terres légères, lopins dispersés. ✔ La fourche — étables, prés, troupeaux.
👉 Ces outils sont la signature des communautés rurales, la marque de leur économie et la mémoire de leurs métiers.
🟥 2. Les objets du quotidien : une iconographie domestique
✔ La roue — moulins, charretiers, ateliers de bois. ✔ Le seau — puits, fontaines, sources. ✔ Le marteau — forgerons, ateliers, ferrières. ✔ Le tonneau — brasseries rurales, tavernes, marchés.
Ces objets expriment la vie domestique et artisanale des villages.
🟥 3. Les symboles de l’eau : rivières, fontaines, étangs
L’Avesnois est un territoire d’eau : Helpe, Sambre, Rivières de l’Oise, étangs, moulins.
✔ L’onde — villages construits autour d’un gué ou d’un moulin. ✔ La fontaine — lieu central de sociabilité. ✔ Le poisson — brèmes, brochets, truites ; étangs, pêcheries, moulins.
Ces symboles sont très locaux, souvent propres à un seul village.
🟥 4. Les végétaux : haies, arbres, fleurs, bocage
✔ L’arbre — bois, forêts, droits de coupe. ✔ La feuille — haies bocagères, talus, chemins creux. ✔ La fleur — héritage des sceaux paroissiaux ; ruralité, simplicité. ✔ Le chêne — force, longévité, forêt profonde.
L’Avesnois est un pays de bocage : ces symboles en sont l’écho direct.
🟥 5. Les animaux locaux : une faune rurale discrète
✔ Le cheval — fermes, attelages, charretiers. ✔ Le bœuf — élevage, prés, pâturages. ✔ Le coq — vigilance, lever du jour, vie rurale. ✔ Le chien — fidélité ; parfois présent dans les sceaux paroissiaux.
Ces animaux racontent la vie quotidienne, loin des emblèmes féodaux.
🟥 6. Les micro‑symboles religieux : une foi locale
✔ La croix simple — paroisses rurales. ✔ Le calice — petites chapelles. ✔ La cloche — églises, processions, fêtes locales. ✔ Le cœur — dévotion ; présent dans certains sceaux paroissiaux.
Ces symboles expriment une foi locale, modeste, quotidienne.
🟥 7. Une iconographie profondément locale
Les micro‑symboles de l’Avesnois ne sont pas des motifs héraldiques classiques : 👉 ce sont des signes du quotidien, des objets de la vie rurale, des fragments de paysage, des métiers, des croyances, des gestes.
Ils forment une iconographie unique, locale, rurale, qui complète les grands symboles seigneuriaux du Hainaut.
Ils sont la petite mémoire graphique des villages, celle qui raconte la vie réelle et donne à l’Avesnois son identité profonde.
🟦 Conclusion
Les sceaux et armoiries des villages du Hainaut ne sont pas de simples ornements. Ils sont les témoins d’un monde où l’image avait valeur de loi, où le symbole garantissait l’acte, où le métal scellait la mémoire. Pendant des siècles, le sceau fut la voix officielle des communautés : il engageait les décisions, protégeait les droits, fixait les limites et consacrait les alliances. Qu’il soit seigneurial, échevinal ou communal, il portait l’autorité d’un territoire entier.
Dans l’Avesnois, ces signes graphiques racontent une histoire longue : celle des seigneuries médiévales, des paroisses puissantes, des métiers ruraux, des paysages bocagers, des animaux emblématiques et des rivières structurantes. Ils disent aussi l’évolution des pouvoirs : le temps où seul le seigneur pouvait sceller, l’apparition du scel échevinal en 1534, la disparition révolutionnaire des emblèmes, puis leur renaissance sous l’Empire.
Les armoiries complètent les langues, les lieux‑dits, les origines villageoises et la microtoponymie. Elles donnent un visage au territoire, une couleur, une forme, une signature. Elles sont la mémoire visuelle de l’Avesnois, un héritage transmis de la cire au métal, du parchemin au papier, du sceau au blason.
Aujourd’hui encore, chaque village porte dans ses symboles un fragment de son passé. Les armoiries ne sont pas seulement des images : elles sont la survivance d’un monde où le signe faisait loi, où le territoire se disait en couleurs, où l’histoire se scellait dans la cire chaude. Elles rappellent que l’Avesnois est un pays de mémoire — une mémoire longtemps enfermée dans les coffres des églises, et qui continue de vivre dans les blasons des communes modernes.
🟦 Notes, Commentaires et Bibliographie
🟥 Avesnes et les communes portant ses armes
Les travaux du chanoine Théodore Leuridan (Armorial des communes du Département du Nord, 1909, rééd. 2011, p. 21) sont essentiels pour comprendre la diffusion des armoiries seigneuriales dans le Hainaut français. Il rappelle que les armes d’Avesnes — bandé d’or et de gueules — remontent à Gérard d’Avesnes, compagnon de Godefroy de Bouillon. Selon la tradition, le rouge évoquerait le sang versé en Terre sainte, l’or le nerf de la guerre. Ces armes apparaissent sur les sceaux des successeurs de Gérard en 1186, 1238 et 1243.
Leuridan attribue ces armes à plusieurs communes dépendant des Avesnes : Damousies, Dimechaux, Dimont, Cartignies, Felleries, Larouillies, Avesnes‑sur‑Helpe, ainsi que Lomme pour une raison distincte. Au total, huit communes portent les armes d’Avesnes, ce que Jacques Dulphy juge “beaucoup”, et qui aurait pu justifier l’usage de brisures.
Ce cas montre combien l’héritage des Avesnes a marqué l’Avesnois, même si l’usage de leur sceau avant 1534 ne doit pas être généralisé à toutes les localités.
🟥 Ferrière‑la‑Petite : les Le Brun de La Vigne et les Bousies
Selon la tradition locale, Lebrun Lamoral de La Vigne donna au village son blason — les trois brèmes — et fit construire sa demeure secondaire, aujourd’hui la mairie. Celle‑ci passa ensuite à son gendre Charles de Bousies, acteur majeur de la création de la faïencerie en 1798.
Leuridan confirme que Ferrière relève les armes des Le Brun de La Vigne. Il rappelle que François‑Lamoral Le Brun de Miraumont, dit de La Vigne, mort en 1693 sans descendance masculine, transmit la seigneurie à sa fille Marie‑Anne Josèphe et à son gendre Léon‑Charles de Bousies. Leur fils, Charles‑Alexandre Ferdinand, fut le dernier seigneur du lieu.
Les armes des Le Brun figurent encore sur une cloche de 1745 de l’église Saint‑Médard, preuve matérielle de la transmission héraldique. (Notes de Jacques Dulphy)
🟥 Clairfayts : les Croix de Drumez
Le blason de Clairfayts — d’argent à la croix d’azur — reprend les armes du chevalier Nicolas de Croix de Drumez, grand prévôt de Maubeuge, dont la seigneurie fut érigée en comté en 1686 par Charles II d’Espagne (Leuridan, p. 21).
Ce cas illustre un phénomène fréquent dans l’Avesnois : 👉 le blason communal reprend directement les armes du seigneur, sans création propre. (Notes de Jacques Dulphy)
🟥 Preux‑au‑Sart : les De Hamal et le scel échevinal
Selon Leuridan (p. 37), le scel échevinal de Preux, avant la Révolution, portait déjà les armes des De Hamal. Guillaume de Hamal avait acquis en 1613 la terre de Preux aux De Helfenstein.
La famille De Hamal possédait plusieurs versions de ses armes. Ce cas illustre une situation fréquente : 👉 le scel échevinal reprend directement les armes du seigneur, sans création propre. (Notes de Jacques Dulphy)
🟥 Rousies : un village dépendant portant l’écartelé Croÿ‑Renty
Le blason de Rousies — écartelé Croÿ‑Renty — reprend intégralement les armes de la maison de Croÿ, dans leur forme écartelée avec les Renty.
Cet écartelé remonte au mariage, en 1354, de Guillaume de Croÿ avec Isabeau de Renty : les trois doloires des Renty furent ajoutées aux trois fasces des Croÿ, et l’écu composite resta en usage dans toute la descendance.
Selon Leuridan, Rousies fait partie des six communes du Nord ayant repris les armes des Croÿ sans brisure : Féron, Ferrière‑la‑Grande, Lez‑Fontaine, Solre‑le‑Château, Solrinnes, Rousies, ainsi que Bermerain.
Rousies illustre parfaitement un phénomène fréquent : 👉 un village dépendant adopte les armes de son seigneur sans modification. (Notes de Jacques Dulphy)
🟥 Solre‑le‑Château : les Croÿ‑Solre, seigneurs majeurs de l’Avesnois
Le blason de Solre‑le‑Château — d’argent à un annelet de sable accompagné de trois lionceaux de gueules — est lié à la présence historique des Croÿ‑Solre, l’une des branches les plus prestigieuses de la maison de Croÿ. Solre‑le‑Château fut leur siège seigneurial : château, justice, prévôté, terres considérables.
Contrairement à d’autres communes portant les armes des Croÿ sans brisure, Solre‑le‑Château possède un écu propre, attesté dès l’époque moderne, associé à la branche locale des Croÿ‑Solre.
Ce cas illustre une situation rare : 👉 une commune dont le blason est directement lié à une branche princière, et non à une simple dépendance féodale. (Notes de Jacques Dulphy, d’après Leuridan)
🟥 Bibliographie
– Théodore Leuridan, Armorial des communes du Département du Nord, 1909, rééd. 2011. – Jacques Dulphy, commentaires sur les armoiries communales du Nord. – Archives communales de Ferrière‑la‑Petite (cloche de 1745, faïencerie, maison seigneuriale). – Études sigillographiques sur les sceaux du Hainaut médiéval (abbayes, seigneuries, comtes).