Les brasseries de l’Avesnois : histoire et géographie des 4 cantons

Une mémoire brassicole qui traverse les siècles et redessine aujourd’hui le territoire des quatre cantons.

INTRODUCTION

L’Avesnois compte aujourd’hui quatre cantons : Avesnes‑sur‑Helpe, Fourmies, Maubeuge et Aulnoye‑Aymeries. Cette organisation administrative est récente. Elle date de la réforme territoriale de 2015, qui a profondément redessiné la carte cantonale du territoire. Pourtant, l’histoire brassicole de l’Avesnois est bien plus ancienne. Elle s’étend sur plus d’un siècle et demi, depuis les petites brasseries agricoles du bocage jusqu’aux brasseries industrielles des bassins métallurgiques et verriers.

Au début du XXᵉ siècle, l’Avesnois comptait près de deux cent quarante brasseries. Elles étaient partout : dans les villages, dans les bourgs, dans les villes frontalières, dans les quartiers ouvriers. Elles ont disparu avant la création des cantons modernes, mais leur mémoire demeure, inscrite dans les cartes postales, les récits, les archives, les façades peintes et les souvenirs des habitants.

Replacer ces brasseries disparues dans la géographie actuelle permet de mieux comprendre l’évolution du territoire. C’est une manière de relier l’histoire à la carte d’aujourd’hui, de donner un cadre contemporain à un patrimoine ancien, et de montrer comment les quatre cantons actuels héritent d’une tradition brassicole qui a façonné l’Avesnois pendant plus d’un siècle.

I. LE CANTON D’AVESNES‑SUR‑HELPE

Le berceau rural des brasseries de l’Avesnois

Le canton d’Avesnes‑sur‑Helpe est le cœur historique de l’Avesnois. Il regroupe cinquante‑deux communes, depuis les vallées de l’Helpe jusqu’aux plateaux bocagers du Cambrésis. Ce territoire, rural, agricole et marqué par les petites industries locales, a connu une activité brassicole très dense entre le XIXᵉ et le XXᵉ siècle.

Les communes les plus importantes — Avesnes‑sur‑Helpe, Avesnelles, Landrecies, Le Quesnoy, Maroilles, Poix‑du‑Nord — ont concentré une partie notable de la production. On y trouvait des brasseries de bourg, des brasseries de faubourg, des malteries locales et des établissements modernisés au début du XXᵉ siècle.

Les villages du bocage — Boulogne‑sur‑Helpe, Cartignies, Dompierre‑sur‑Helpe, Dourlers, Étrœungt, Floyon, Grand‑Fayt, Larouillies, Marbaix, Petit‑Fayt, Prisches, Saint‑Aubin, Saint‑Hilaire‑sur‑Helpe, Semousies, Sepmeries, Taisnières‑en‑Thiérache, Vendegies‑au‑Bois — ont abrité des brasseries agricoles ou familiales, souvent installées dans les fermes ou dans les maisons de village.

Les communes du Quercitain et de Mormal — Beaudignies, Beaufort, Beaurepaire‑sur‑Sambre, Bousies, Croix‑Caluyau, Éclaibes, Englefontaine, Fontaine‑au‑Bois, Forest‑en‑Cambrésis, Ghissignies, Hecq, Jolimetz, Locquignol, Louvignies‑Quesnoy, Maresches, Neuville‑en‑Avesnois, Orsinval, Potelle, Preux‑au‑Bois, Raucourt‑au‑Bois, Robersart, Ruesnes, Salesches, Villers‑Pol — ont également possédé des brasseries, souvent modestes mais bien intégrées dans la vie locale.

Ce canton forme un ensemble brassicole très varié :

  • brasseries rurales, souvent familiales ;
  • brasseries de bourg, parfois modernisées ;
  • brasseries de faubourg, liées aux cafés et aux petites malteries ;
  • brasseries agricoles, héritières des fermes‑brasseries du XIXᵉ siècle.

Il constitue ainsi un territoire où se mêlent tradition agricole, héritage artisanal, mémoire locale et influences du Cambrésis.

CommuneBrasseries
Avesnelles 3 brasseries1 Chantreuil → 1890–1895
2 Staincq Louis → 1902–1926
3 Brasserie‑malterie d’Avesnelles → jusqu’en 1940
Avesnes‑sur‑Helpe 7 brasseries1 Brasserie Hazard → 1890–1960
2 Brasserie Herbecq‑Delhaye → 1865–1914
3 Malterie de l’Helpe → jusqu’en 1939 4 Brasserie Matton → 1890–1914
5 Brasserie Gaux → 1926–1931
6 Brasserie Stavaux → 1890–1905
7 Brasserie Ducarne & Ledieu → 1890–1895
Bas‑Lieu 3 brasseries1 Renoirt → 1890–1902
2 Bonnevie → 1890–1914
3 Dindin → jusqu’en 1940
Beugnies 1 brasserieBrasserie Hazard → 1890–1908
Boulogne‑sur‑Helpe 1 brasserieBrasserie Morere → jusqu’en 1914
Cartignies 2 brasseries1 Choteau → 1890–1900 Derombise → jusqu’en 1939
2 Godiniaux & Lecomte → 1890–1926 Pol Lecomte → jusqu’en 1939
Dompierre‑sur‑Helpe 1 brasserieNeuilly → 1890–1902 Borgiet → jusqu’en 1914 Borgiet Alfred → jusqu’en 1939
Dourlers 2 brasseries1 Bruyère → 1890–1900 Demade‑ Leporc → jusqu’en 1914 Marant → jusqu’en 1940
2 Pierart → 1890–1902 Leroy → jusqu’en 1914 Mary → jusqu’en 1950
Étrœungt 4 brasseries1 Bévière → 1890–1902
Allaire‑Fortier‑Valentin → 1890–1900 2 Valentin → jusqu’en 1908 Brasserie d’Étrœungt → jusqu’en 1914
3 Lahanier → 1890–1900 Moreau → jusqu’en 1908 Margerin → jusqu’en 1914
4 Maton Alberic → 1890–1905 Maton Frères → jusqu’en 1914
Felleries 2 brasseries1 Dubois Frères → 1885–1908
2 Danhiez → jusqu’en 1914
Floyon 3 brasseries1 Mercier‑Lemoine → 1890–1900 2 Mangin → 1890–1902
3 Caton → jusqu’en 1914
Grand‑Fayt 1 brasserieDessaint → 1890–1900 Wittrant Alfred → jusqu’en 1935 Larousserie‑Wittrant → jusqu’en 1940
Larouillies 3 brasseries1 Contesse → 1890–1905
2 Duvivier → 1890–1905
3 Emond Vve → 1890–1908 Fourdrin‑Poulet → jusqu’en 1914
Marbaix 2 brasseries1 Jules Wéry → 1890–1900 H. Wéry → jusqu’en 1908
2 Willot → 1890–1900
Sains‑du‑Nord 6 brasseries1 Le Barbier → 1880–1900
2 Victor Happe → 1880–1914
3 Houyet → 1890–1914
4 Boulanger → 1895–1914
5 Souris → 1890–1914
6 Marcoux → 1903–1914
Saint‑Aubin 2 brasseries1 Seroubard → 1890–1910 puis Drouin‑Seroubard → jusqu’en 1914 2 Chapet → 1902–1908
Sermeries 2 brasseries1 Derkenne → 1890–1900
2 Leclercq Léon → 1902–1905 Leclercq Paul → 1910–1914
Taisnières‑en‑Thiérache 2 brasseries1 Bantegnies → 1902–1905 Seroubard → 1890–1910 Bantegnies‑Bois → jusqu’en 1939 Bantegnies Fernand → jusqu’en 1939
2 Martin Edmond & Maria → 1890–1914

II. LE CANTON DE FOURMIES

Les brasseries ouvrières et industrielles

Le canton de Fourmies est le plus étendu de l’Avesnois. Il regroupe quarante‑six communes, depuis les plateaux bocagers de la Thiérache jusqu’aux vallées forestières de Mormal et de la Fagne. Ce territoire, rural, frontalier et marqué par l’industrie textile, a connu une activité brassicole dense entre le XIXᵉ et le XXᵉ siècle.

Les communes les plus importantes — Fourmies, Anor, Trélon, Glageon, Sars‑Poteries, Ohain, Wignehies — ont concentré une partie notable de la production. On y trouvait des brasseries de faubourg, des brasseries liées aux cafés ouvriers, aux verreries, aux ateliers textiles et aux petites malteries locales.

Les villages du bocage — Aibes, Baives, Bérelles, Beugnies, Choisies, Clairfayts, Damousies, Dimechaux, Dimont, Eccles, Felleries, Féron, Lez‑Fontaine, Liessies, Moustier‑en‑Fagne, Obrechies, Quiévelon, Rainsars, Ramousies, Wallers‑en‑Fagne, Wattignies‑la‑Victoire, Willies — ont abrité des brasseries agricoles ou familiales, souvent installées dans les fermes ou dans les maisons de village.

Les communes de la vallée de la Solre et de la Sambre — Bousignies‑sur‑Roc, Cerfontaine, Cousolre, Flaumont‑Waudrechies, Hestrud, Recquignies, Rousies, Solre‑le‑Château, Solrinnes — ont également possédé des brasseries, parfois influencées par les traditions belges toutes proches.

Ce canton forme un ensemble brassicole très varié :

  • brasseries rurales, souvent familiales ;
  • brasseries de faubourg, liées aux cafés et aux petites malteries ;
  • brasseries de frontière, influencées par la Belgique ;
  • brasseries de bourg, parfois modernisées au début du XXᵉ siècle.

Il constitue ainsi un territoire où se mêlent tradition agricole, héritage industriel, influences transfrontalières et mémoire ouvrière.

III. LE CANTON DE MAUBEUGE

Les brasseries urbaines et frontalières

Le canton de Maubeuge regroupe quatorze communes situées autour de la vallée de la Sambre, entre la frontière belge et les anciens bassins industriels de la région. Ce territoire, marqué par l’activité métallurgique, ferroviaire et militaire, a vu naître de nombreuses brasseries entre le XIXᵉ et le XXᵉ siècle.

Les communes les plus urbanisées — Maubeuge, Jeumont, Louvroil, Ferrière‑la‑Grande et Marpent — ont concentré l’essentiel de la production. On y trouvait des brasseries de faubourg, des brasseries liées aux cafés ouvriers, aux cafés de gare, aux cafés militaires, ainsi que des établissements modernisés au début du XXᵉ siècle.

Les communes plus rurales — Bersillies, Bettignies, Vieux‑Reng, Villers‑Sire‑Nicole, Mairieux, Assevent, Boussois, Élesmes, Gognies‑Chaussée — ont également possédé leurs propres brasseries, souvent familiales, parfois très anciennes, toujours bien intégrées dans la vie locale.

L’ensemble forme un paysage brassicole varié :

  • brasseries urbaines, parfois modernisées ;
  • brasseries villageoises, souvent familiales ;
  • brasseries de frontière, influencées par les traditions belges toutes proches ;
  • brasseries de faubourg, liées aux cafés et aux petites malteries.

Ce canton constitue ainsi un espace où se mêlent tradition locale, influences transfrontalières et héritage industriel.

IV. LE CANTON D’AULNOYE‑AYMERIES

Les brasseries des bourgs agricoles et des petites industries

Le canton d’Aulnoye‑Aymeries est le plus vaste des quatre cantons de l’Avesnois. Il regroupe trente‑huit communes, allant des bourgs industriels de la vallée de la Sambre aux villages du plateau de Mormal. Ce territoire, à la fois rural, forestier et marqué par l’activité métallurgique, a connu une forte densité de brasseries entre le XIXᵉ et le XXᵉ siècle.

Les communes de la vallée — Aulnoye‑Aymeries, Bachant, Berlaimont, Leval, Pont‑sur‑Sambre, Noyelles‑sur‑Sambre, Neuf‑Mesnil — ont accueilli des brasseries liées aux cafés ouvriers, aux gares, aux faubourgs et aux petites malteries locales. Certaines ont atteint une taille notable avant la Première Guerre mondiale.

Les communes du plateau de Mormal — Bavay, Bellignies, Gommegnies, Gussignies, Frasnoy, Jenlain, Preux‑au‑Sart, Villereau, Wargnies‑le‑Grand, Wargnies‑le‑Petit — ont abrité des brasseries villageoises, souvent familiales, parfois très anciennes, parfois liées aux fermes‑brasseries du bocage.

Les communes intermédiaires — Hon‑Hergies, Houdain‑lez‑Bavay, La Longueville, Mecquignies, Monceau‑Saint‑Waast, Saint‑Rémy‑Chaussée, Saint‑Waast, Taisnières‑sur‑Hon, Vieux‑Mesnil, Obies, Audignies, Écuélin, Bettrechies, Sassegnies, Bry, Boussières‑sur‑Sambre, La Flamengrie — ont elles aussi possédé des brasseries, souvent modestes mais bien intégrées dans la vie locale.

Ce canton forme un ensemble brassicole très diversifié :

  • brasseries rurales, souvent familiales ;
  • brasseries de faubourg, liées aux cafés et aux petites malteries ;
  • brasseries de bourg, parfois modernisées ;
  • brasseries de vallée, influencées par l’activité industrielle et ferroviaire.

Il constitue ainsi un territoire où se mêlent tradition agricole, héritage industriel et influences transfrontalières.

V. UNE HISTOIRE DU NOMBRE DE BRASSERIES

Un siècle de déclin, puis une renaissance artisanale

Au début du XXᵉ siècle, l’Avesnois comptait environ deux cent quarante brasseries. Après la Première Guerre mondiale, il n’en restait plus qu’une centaine. Après la Seconde Guerre mondiale, trente‑cinq seulement. Dans les années 1960, dix‑huit. Dans les années 1970, sept. Dans les années 1980, quatre.

Ces quatre brasseries encore actives en 1973 étaient celles de Felleries, Jenlain, Monceau‑Saint‑Waast et Bavay. Elles représentaient les derniers témoins d’un patrimoine en voie d’extinction.

À partir des années 2000, une renaissance artisanale a commencé. En 2010, l’Avesnois comptait cinq brasseries. En 2019, sept. En 2023, treize brasseries étaient en activité, témoignant d’un renouveau, d’un dynamisme et d’un attachement profond à la tradition brassicole.

CONCLUSION

L’histoire des brasseries de l’Avesnois est une histoire de proximité, de travail, de sociabilité, de fêtes, de villages, d’usines et de frontières. C’est une histoire qui a disparu avant la création des cantons modernes, mais qui continue de vivre dans les archives, les récits, les cartes postales et les brasseries artisanales d’aujourd’hui.

En replaçant ce patrimoine dans la géographie actuelle des quatre cantons, on redonne une cohérence contemporaine à une histoire ancienne. On relie le passé au présent. On montre que l’Avesnois, malgré la disparition de ses brasseries historiques, demeure une terre de bière, une terre de mémoire, une terre de savoir‑faire.

BIBLIOGRAPHIE NARRATIVE

L’histoire brassicole de l’Avesnois repose sur un ensemble de travaux, d’ouvrages et de recherches qui ont permis de reconstituer la mémoire des brasseries disparues. Les études de Robert Dutin, consacrées aux brasseries françaises du XXᵉ siècle, aux collections brassicoles et aux annuaires professionnels, offrent un panorama précieux de l’évolution des brasseurs et des malteurs. Les travaux de Pierre‑André Dubois, menés dans le cadre du Musée ethnologique régional du Nord–Pas‑de‑Calais et du programme de recherche sur le patrimoine brassicole, constituent une référence majeure pour comprendre la diversité des brasseries de l’Avesnois, leurs implantations, leurs productions et leurs transformations au fil des décennies.

Les ouvrages consacrés au Nord et au Hainaut, aux communes de Jeumont, Marpent, Ferrière‑la‑Grande, à la Thiérache ou à Maubeuge, ainsi que les collections « Mémoire en images », apportent un éclairage local essentiel. Ils permettent de replacer les brasseries dans leur contexte social, industriel et géographique, en montrant comment elles s’inscrivaient dans la vie quotidienne des villages, des bourgs et des villes frontalières.

Les publications spécialisées, comme Brasseurs et bières en Nord, La Gazette des Amis de la Bière, Bière Magazine, ou encore les annuaires professionnels du début du XXᵉ siècle, complètent cette documentation en offrant des données techniques, des inventaires, des descriptions de styles et des témoignages sur les pratiques brassicoles. Les archives du ministère de la Culture, notamment la base Mérimée, ainsi que les travaux universitaires consacrés aux écoles de brasserie et de malterie, enrichissent encore cette mémoire en apportant une dimension patrimoniale et institutionnelle.

Enfin, les publications locales, les hors‑séries consacrés à la kermesse de la bière de Maubeuge, les ouvrages de Daniel Despéghel ou d’André Hanot, et les études topographiques du XIXᵉ siècle, permettent de relier l’histoire brassicole à celle des communes, des industries, des paysages et des habitants de l’Avesnois.

Cette bibliographie, diverse et complémentaire, constitue la base documentaire qui permet aujourd’hui de retracer, de comprendre et de transmettre l’histoire des brasseries de l’Avesnois, replacée dans la géographie contemporaine de ses quatre cantons.