

🟦 Aulnoye : du village des aulnes à la ville cheminote
Aulnoye était le village des « aulnes » dans lequel les habitants exploitaient les aulnes et les osiers rouges pour en faire des paniers et des corbeilles tressés à la main.
Il devint la ville des cheminots avec la création du chemin de fer Paris Bruxelles en 1854. Aulnoye prit un essor considérable : déjà en 1868, la gare devenue trop petite fut reconstruite et agrandie.
Au début du siècle dernier, les mutations se confirment. En 1907, la société métallurgique de Montbard crée une usine (étirage) et la compagnie des Chemins de fer français s’agrandit vers Bachant.
De 1900 à 1913, Aulnoye passe de 1 450 à 5 000 habitants. A partir de 1953, Aulnoye fusionne avec Aymeries. L’’usine de Montbard devient alors Vallourec. Dans les années 1970, près de 3 400 personnes travaillaient dans cette entreprise. Mais la crise économique est passée par là et 5 000 emplois ont été perdus en 25 ans.
Aulnoye devient alors l’un des plus grands nœuds ferroviaires du Nord, avec un triage immense et plusieurs cités cheminotes (Pierre‑Curie, chemin des Postes…) qui structurent encore le paysage urbain.
🟩 Aymeries : un village structuré par le prieuré et le château
Aymeries se développe dès le XIᵉ siècle autour de deux pôles complémentaires : le prieuré fondé par l’abbé Aymeric et le château fort établi un siècle plus tôt par un seigneur franc nommé Aymar, qui avait reçu ces terres à la fin de l’époque carolingienne.
Ce premier château, construit sur une presqu’île de la Sambre, prend la forme d’une motte féodale réinvestissant un ancien site celte puis romain. Ces deux institutions, religieuse et militaire, structurent le village pendant plus de sept siècles : le prieuré devient un centre agricole et spirituel important, tandis que le château, avec ses tours massives et ses douves profondes, contrôle le passage entre Berlaimont, Maubeuge et la forêt de Mormal. La motte féodale reste de nos jours perceptible dans le relief du terrain.

Le prieuré fut transformé en ferme dans laquelle subsistent les vestiges du cloître.
Les guerres du Hainaut frappent durement Aymeries. En 1543, les troupes de François Ier incendient prieuré et château. En 1658, Turenne achève ce qui subsistait encore. Malgré ces destructions, le prieuré conserve une partie de ses bâtiments, qui seront restaurés au XVIIIᵉ siècle.
🟫 Le prieuré d’Aymeries : cloître, ferme et reconstructions
Le prieuré est restauré en 1707 par le moine Dom Becquet (Tombe visible dans l’église). Sous la Révolution, il est vendu comme Bien National au censier de Renaut-Folie, Pierre Evrard, dont l’épitaphe est sur le mur Nord de l’église.
Les bâtiments agricoles attenants, aujourd’hui propriété de la famille Delvallée, perpétuent l’organisation monastique d’origine, le carré du cloître restant en effet lisible dans la cour de la ferme.
🟪 Le château d’Aymeries : de la forteresse médiévale à la demeure aristocratique
Le château, représenté dans les Albums de Croÿ vers 1600, apparaît encore comme une forteresse entourée d’eau, avec sa roquette quadrangulaire et ses tours d’angle.

Cette vue ancienne témoigne de l’importance stratégique du site avant sa transformation en demeure aristocratique.
Sous Pierre Bady puis sous l’intendant Bernières, Aymeries devient une résidence de prestige. Les jardins, terrasses et pièces d’eau redessinent complètement l’ancien château fort. Fénelon y séjourne, et les “Camps de la Sambre” font du domaine un véritable quartier général militaire sous Louis XV. Les “Camps de la Sambre” pouvaient accueillir jusqu’à 30 000 hommes, faisant d’Aymeries un centre militaire majeur.

À la veille de la Révolution, le château d’Aymeries est encore l’une des plus belles demeures du Val de Sambre. Mais les troubles politiques et l’émigration de ses propriétaires entraînent son abandon, puis son pillage. Les pierres sont revendues, les bâtiments démontés, et le domaine disparaît progressivement.

Aujourd’hui, le château a totalement disparu, mais son emplacement reste lisible dans le paysage : les anciennes douves, la ferme de la Basse‑Cour, les reliefs du terrain et les vestiges du prieuré permettent encore de comprendre l’organisation de ce vaste ensemble seigneurial.
Une notice historique complète figure en bas de cette page.
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🟧 L’église Notre‑Dame de l’Assomption : chapelle du prieuré et église paroissiale
L’église d’Aymeries est l’ancienne chapelle du prieuré bénédictin, fondé en 1088. Adossée aux bâtiments conventuels, elle n’avait de fenêtres que du côté sud, le mur nord étant entièrement collé au prieuré.
Cette chapelle servait à la fois aux moines et aux habitants : elle a toujours été l’église paroissiale du village.
Les Albums de Croÿ montrent qu’au début du XVIIᵉ siècle, le prieuré comportait deux volumes religieux accolés, réduits à un seul après les destructions de Turenne en 1658.
L’église actuelle est le résultat d’une reconstruction commencée en 1707 par le moine Dom Becquet, qui réutilisa les murs encore debout et réorganisa l’espace prieural. Les travaux récents ont mis au jour un porche voûté reliant le cloître à la chapelle, ainsi qu’une piscine liturgique, témoins précieux de l’ancien ensemble monastique.
Les tombes découvertes sous les stalles portent le vocable Sainte‑Marie d’Aimeries, utilisé aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. Les actes du prieuré confirment ce nom. Pourtant, l’église est aujourd’hui dédiée à Notre‑Dame de l’Assomption, célébrée le 15 août. Ce changement s’explique par l’évolution des vocables mariaux et surtout par le vœu de Louis XIII (1638), qui fit du 15 août une fête nationale et entraîna la multiplication des églises dédiées à l’Assomption. Dans le Hainaut, alors espagnol, ce vocable ne s’imposa qu’au début du XVIIIᵉ siècle, après l’intégration de la région au royaume de France.
Les documents diocésains attestent que l’église d’Aymeries est répertoriée sous le nom Notre‑Dame de l’Assomption au moins depuis le milieu du XIXᵉ siècle, probablement dès le XVIIIᵉ, époque de nombreuses redédicaces dans l’Avesnois. La reconnaissance du dogme de l’Assomption en 1950 a définitivement confirmé cette appellation.




Les pierres tombales du mur nord
🟦 Les pierres tombales du mur nord
Deux pierres du XIXᵉ siècle sont scellées dans le mur nord de l’église, provenant de l’ancien cimetière aujourd’hui disparu.
Elles commémorent
- Pierre Joseph Evrard, acheteur du prieuré comme Bien National,
- son épouse Marie‑Thérèse Hostelart,
- Théodore Carlier, curé de la paroisse.
Le cimetière nord a disparu au XIXᵉ siècle lors de l’agrandissement du presbytère.
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🟨 Les autres églises d’Aulnoye ‑Aymeries
• Saint‑Martin


Construite en 1908 par les paroissiens, elle devient en 1938 salle des fêtes lorsque l’église du Sacré Cœur devient opérationnelle. Elle redevient église en 1940 après le bombardement et l’incendie du Sacré Cœur, avant de redevenir salle des fêtes en 1950.
En 1975 la sécurité de l’église du Sacré Cœur oblige à la fermeture de celle-ci. Saint Martin redevient église.
La Rénovation de l’église Saint-Martin eut lieu en 2007.
Son clocher, très contemporain a fait beaucoup parler. Finalement il a pris sa place dans le paysage aulnésien.

En avril 2017, l’une des cloches de l’église Saint-Martin d’Aulnoye-Aymeries ne sonnait plus comme il se devait. Elle fut remplacée par la cloche de l’ancienne église Saint-Éloi – aujourd’hui devenue immeuble locatif.
• Sacré‑Cœur


L’église du Sacré‑Cœur et le pensionnat Jeanne‑d’Arc formaient autrefois un ensemble religieux et éducatif majeur d’Aulnoye‑Aymeries. Implantés au cœur du quartier, ces bâtiments accueillaient à la fois un lieu de culte très fréquenté et un établissement scolaire tenu par une communauté de religieuses. Pendant plusieurs décennies, ils ont rythmé la vie spirituelle, scolaire et sociale de nombreuses familles de la commune.
L’église, construite dans un style sobre et fonctionnel, servait de point de rassemblement pour la paroisse. À ses côtés, le pensionnat Jeanne‑d’Arc offrait un enseignement structuré aux jeunes filles, dans un cadre où discipline, éducation et vie religieuse étaient étroitement liées. Les religieuses qui y enseignaient jouaient un rôle essentiel. Dévouées à leur mission, elles assuraient les cours, les études surveillées, les activités manuelles et les temps de prière. Leur présence constante, au sein même du pensionnat où elles résidaient, constituait un repère rassurant pour les élèves. Beaucoup d’anciennes pensionnaires gardent le souvenir de leur exigence bienveillante, de leur sens du devoir et de leur engagement auprès des familles du quartier.
Au fil du temps, la baisse des effectifs et l’évolution des besoins éducatifs ont conduit à la fermeture progressive de l’établissement. En 1986, l’église du Sacré‑Cœur et le pensionnat Jeanne‑d’Arc sont démolis, mettant fin à une longue histoire religieuse et scolaire. Il n’en subsiste aujourd’hui que la mémoire, encore vive chez les habitants qui ont connu ce lieu emblématique de l’histoire locale.
• Saint‑Raphaël

L’église Saint‑Raphaël est édifiée vers 1960 pour desservir la cité de cheminots d’Aulnoye‑Aymeries. Sa construction, financée conjointement par l’archevêché de Cambrai et la paroisse, répond à la volonté d’offrir un lieu de culte de proximité aux familles installées dans ce nouveau quartier. Le projet est confié à l’architecte lillois Fernand Dumont, qui conçoit un édifice sobre, fonctionnel et représentatif de l’architecture religieuse de l’après‑guerre.
Située rue Pierre‑Curie, l’église est construite en brique, matériau traditionnel du Nord. Elle s’avance légèrement en retrait de la rue et bénéficie d’un vaste parvis qui la met à distance de la circulation, lui donnant une présence calme et dégagée dans le paysage urbain. L’absence de clocher, remplacé par une simple croix apposée sur la façade, témoigne de la volonté de simplicité qui caractérise les édifices religieux de cette période.
L’intérieur se présente sous la forme d’un unique vaisseau, large et épuré. La nef est éclairée par une bande régulière de fenêtres rectangulaires disposées en hauteur, qui diffusent une lumière douce et continue tout au long de la journée. Cette luminosité latérale, typique des constructions des années 1950‑1960, met en valeur la sobriété des volumes et crée une atmosphère propice au recueillement.
Les murs intérieurs, laissés volontairement nus ou simplement enduits, soulignent la simplicité du lieu. Le mobilier liturgique, souvent en bois clair, s’inscrit dans la même logique de dépouillement. Le chœur, légèrement surélevé, est mis en valeur par un éclairage naturel plus direct et par une mise en scène minimaliste centrée sur l’autel. Quelques éléments décoratifs discrets, parfois ajoutés après la construction, viennent ponctuer l’espace sans en rompre l’harmonie.
• Saint‑Éloi

L’église Saint‑Éloi a été édifiée au cœur d’un quartier résidentiel en plein développement à Aulnoye‑Aymeries, afin d’accompagner l’expansion urbaine de la commune. Son financement est assuré conjointement par l’archevêché de Cambrai, le doyenné et la paroisse. En 1960, la maîtrise d’œuvre est confiée à l’architecte Joseph Philippe, originaire de Saint‑Omer, formé dans la tradition architecturale du moine‑architecte Dom Bellot de l’abbaye de Wisques (Pas‑de‑Calais). Les travaux de construction se déroulent en 1961 et 1962.
L’édifice regroupe, dans un même volume en brique, l’espace liturgique et les salles paroissiales. L’entrée principale, protégée par un large auvent à pan de couverture unique, distribue directement les deux parties du bâtiment. La nef, de plan rectangulaire, offre une capacité d’accueil d’environ 400 fidèles.
L’éclairage naturel est traité de manière différenciée :
- dans le chœur, un vaste panneau de dalles de verre colorées diffuse une lumière filtrée ;
- dans la nef, une bande vitrée continue, placée sous la ligne de toiture, assure un éclairage longitudinal régulier.
Le vitrail du chœur est l’œuvre du verrier Allain, installé à Meudon, tandis que la statue de saint Éloi est due au sculpteur RP Gossens.
🟩 Patrimoine civil : Hôtel de Ville, kiosque, théâtre Léo Ferré


Le conseil municipal approuve, le 24 avril 1927, la construction d’un nouvel hôtel de ville et valide les plans établis en mars 1927 par les architectes Joseph Ségers et Albert Rouzé. Lors de l’examen du projet, la commission des bâtiments civils émet plusieurs réserves : elle juge l’épaisseur des murs de façade insuffisante pour un édifice public, relève un éclairage naturel et une ventilation inadéquats dans certaines pièces, et critique la conception du beffroi, estimé en rupture d’échelle et d’harmonie avec la composition générale.
Les modifications demandées portent notamment sur la couverture et sur un nouveau projet de beffroi, conçu sous forme de belvédère. Malgré ces ajustements, les moyens financiers disponibles ne permettent pas de réaliser l’édifice tel qu’il avait été prévu : la profondeur du bâtiment est réduite et la toiture initialement imaginée n’est pas exécutée.
Sur le plan architectural, l’édifice s’inscrit dans la tradition des hôtels de ville de l’entre‑deux‑guerres, mêlant un vocabulaire encore marqué par le classicisme républicain (composition symétrique, hiérarchie des volumes, importance donnée à l’axe central) et des éléments plus modernes, hérités du régionalisme en brique propre au Nord de la France. Les façades, réalisées en brique rouge locale, sont probablement animées de bandeaux, chaînages ou encadrements en pierre calcaire ou en brique moulurée, typiques de l’architecture publique de cette période.
La charpente, prévue à l’origine comme une structure plus ambitieuse, est simplifiée pour des raisons budgétaires. Elle prend vraisemblablement la forme d’une charpente traditionnelle à fermes et pannes, ou d’une structure mixte bois‑métal, supportant une couverture plus légère que celle initialement projetée. Le beffroi, élément symbolique des édifices civils du Nord, est repensé sous forme de belvédère, ce qui traduit une volonté d’alléger la silhouette tout en conservant un repère vertical.
En 1929, le conseil municipal se prononce sur les travaux décoratifs : la ferronnerie est confiée à M. Alexandre, tandis que les moulurations et éléments intérieurs sont attribués à M. Steyaert. L’horloge municipale, fournie par la maison Henry‑Lepaute, est installée en 1934. La même année, l’ingénieur municipal Dubus procède à la création de la rue, à l’alignement et au classement de la place destinée à accueillir l’hôtel de ville, finalisant ainsi l’intégration urbaine de l’édifice dans son environnement.
Le beffroi accueille aujourd’hui un carillon, installé lors des restaurations du début des années 2000.
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Aulnoye‑Aymeries dispose depuis 1983 d’un théâtre municipal portant le nom de Léo Ferré, inauguré le 20 novembre 1983 en présence de l’artiste. Conçu comme un équipement culturel polyvalent, il devient rapidement un lieu central de la vie artistique locale.
Le bâtiment présente une architecture caractéristique des équipements culturels de la fin du XXᵉ siècle, mêlant volumes simples, fonctionnalité et matériaux durables. L’édifice adopte une composition horizontale marquée, avec un corps principal abritant la salle et un volume secondaire dédié aux espaces techniques et d’accueil. Les façades, traitées en béton enduit et brique, sont rythmées par de larges baies vitrées qui assurent la transparence du hall et renforcent la relation entre l’espace public et l’intérieur du théâtre. La toiture, à faible pente, repose sur une structure porteuse en charpente métallique, permettant de dégager un volume scénique important et une salle sans poteaux intermédiaires.
Au début des années 2000, une première modernisation est entreprise, suivie d’un programme d’extension et de mise aux normes dans les années 2010. Ces travaux portent sur l’agrandissement du hall, la rénovation des gradins, l’amélioration de l’acoustique, la modernisation des équipements scéniques et la mise en accessibilité. L’extension s’intègre au bâtiment d’origine par un traitement contemporain : façades vitrées élargies, matériaux plus légers, et volumes épurés permettant de distinguer clairement l’ancien du nouveau.
Le théâtre rénové est inauguré une seconde fois le 9 octobre 2021 par le maire Bernard Baudoux, en présence de Marie‑Christine Ferré, veuve du poète‑chanteur. Très émue, elle assiste au dévoilement dans le hall d’une photographie de l’inauguration de 1983, rappelant le lien fort entre la commune et l’artiste.
Aujourd’hui, le théâtre Léo‑Ferré constitue l’un des principaux équipements culturels du Val de Sambre, accueillant une programmation pluridisciplinaire et jouant un rôle essentiel dans la diffusion artistique à l’échelle du territoire.
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🟥 Patrimoine mémoriel : monuments aux morts et mémorial anglais

Le monument aux morts d’Aulnoye‑Aymeries se présente sous la forme d’un monument commémoratif en pierre, implanté dans un espace dégagé qui lui confère une bonne visibilité. Il adopte une composition verticale simple et solennelle, typique des monuments érigés dans l’entre‑deux‑guerres.
L’ouvrage repose sur un socle à plusieurs degrés, surmonté d’un fût rectangulaire élancé. La face principale porte les noms des soldats de la commune morts pour la France, gravés en colonnes. La dédicace républicaine, placée en partie supérieure, rappelle l’hommage de la commune à ses disparus.
L’élément sculpté principal est une figure féminine en haut‑relief, représentée debout, drapée à l’antique. Elle tient une palme du souvenir, symbole de paix et de reconnaissance, et incarne l’allégorie de la Patrie ou de la Victoire. Son attitude recueillie renforce le caractère funéraire et mémoriel du monument.
La partie supérieure du fût est ornée d’un motif de croix latine, soulignant la dimension sacrée du sacrifice des soldats. L’ensemble est traité dans un style sobre, privilégiant la lisibilité des noms et la dignité de la composition.
Le monument est entouré d’un aménagement paysager simple, permettant de marquer l’espace commémoratif lors des cérémonies patriotiques. Il constitue aujourd’hui un repère mémoriel important de la commune, rappelant les pertes humaines des conflits du XXᵉ siècle.
Le monument aux morts d’Aymeries est érigé en 1921 afin d’honorer les habitants de la commune tombés lors des deux conflits mondiaux. Installé sur une place publique, il prend la forme d’un obélisque en pierre, posé sur un socle simple et entouré d’une haie végétale qui délimite l’espace commémoratif. Une palme, symbole du sacrifice et de la victoire, orne la structure, conformément à l’esthétique funéraire de l’entre‑deux‑guerres. Il reflète une commune encore indépendante.
La dédicace gravée en façade, « La commune d’Aymeries à ses morts glorieux – 1914‑1918 », rappelle le lourd tribut payé par la population locale durant la Grande Guerre. Les noms des soldats morts pour la France y sont inscrits, répartis entre les deux conflits : quatre pour 1914‑1918 et cinq pour 1939‑1945. Ces inscriptions constituent un témoignage direct de l’histoire de la commune et de ses familles.
La construction du monument fait l’objet d’un marché de gré à gré signé le 3 mai 1921 entre la municipalité et le marbrier M. Lenne, installé à Aulnoye. Le financement est assuré par une combinaison de ressources locales : une souscription publique de 1 000 francs, un crédit communal de 2 500 francs et une subvention de l’État de 500 francs, pour un coût total de 4 000 francs. Cette mobilisation financière illustre l’importance accordée par les habitants à la mémoire de leurs disparus.
Le monument s’inscrit dans un contexte où Aulnoye et Aymeries étaient encore deux villages distincts, avant leur réunion progressive au cours du XXᵉ siècle. Il demeure aujourd’hui un repère historique essentiel, rappelant l’identité propre d’Aymeries avant la fusion et perpétuant la mémoire des soldats qui ont donné leur vie pour la France.

Situé dans le cimetière communal d’Aulnoye‑Aymeries, rue Parmentier, le mémorial anglais de la Première Guerre mondiale correspond au carré militaire britannique aménagé à la fin du conflit. Cet espace, sobre et parfaitement entretenu, rend hommage aux soldats du Commonwealth tombés dans les derniers jours de la guerre.
Le carré militaire regroupe 44 tombes britanniques, dont 43 identifiées, ainsi qu’une tombe inconnue. La plupart de ces soldats sont morts lors des combats d’octobre et de novembre 1918, alors que la commune était encore occupée et que les opérations de libération se déroulaient dans tout le secteur du Val de Sambre. Quelques tombes allemandes, issues des inhumations réalisées par l’armée impériale durant l’occupation, ont également été conservées.
L’aménagement du lieu suit les standards de la Commonwealth War Graves Commission. À l’entrée se dresse la Croix du Sacrifice, haute croix de pierre caractéristique des cimetières britanniques, symbole de mémoire et de reconnaissance. Les stèles, alignées avec une grande rigueur, sont réalisées en pierre calcaire claire et portent chacune l’emblème du régiment, le nom du soldat, son unité et la date de son décès. L’ensemble est organisé selon une composition simple et symétrique, privilégiant la lisibilité et la dignité du lieu.
Ce carré militaire a été conçu par l’architecte William Harrison Cowlishaw, qui a réalisé de nombreux cimetières britanniques en France et en Belgique après 1918. Son style se reconnaît dans la sobriété des lignes, l’importance donnée à la verticalité de la croix et la volonté de créer un espace de recueillement ouvert, lumineux et accessible.
Aujourd’hui, le mémorial anglais de la rue Parmentier constitue un lieu de mémoire essentiel pour la commune. Il rappelle la présence des troupes britanniques dans la région, les combats de la fin de la guerre et le sacrifice des soldats tombés loin de leur pays. Chaque année, il est intégré aux cérémonies commémoratives du 11 novembre et demeure un témoignage précieux de l’histoire locale durant la Grande Guerre.
🟫 Patrimoine rural : croix, oratoires, fermes, brasseries


A la date de 1822, et ce depuis les temps les plus anciens, le chemin du Noir Dieu était la « frontière » entre les terres d’Aymeries et celles d’Aulnoye. La parcelle sur laquelle est érigée cette croix appartenait au patrimoine de la famille MARY DELVALLEE (Source : Gérald Collet CHGB- SIAA).
5 oratoires sont présents sur la commune.
Le Chapitre de Maubeuge détenait à Aulnoye la ferme de Mérimont qui fut vendue comme bien national à un dénommé Gau le 15 Thermidor An 4 (ADN 1 Q 21/1010).


Les brasseries d’Aulnoye‑Aymeries
Aulnoye‑Aymeries a longtemps compté plusieurs brasseries qui ont marqué la vie économique et sociale de la commune. Parmi elles, la brasserie Carpentier et la brasserie coopérative L’Émancipatrice occupent une place particulière dans la mémoire locale.

La brasserie Carpentier
Située au 146 rue de l’Hôtel‑de‑Ville, la brasserie Carpentier est fondée en 1851 par Adrien Carpentier, à une époque où la production de bière artisanale connaît un essor important dans le Nord. Installée au cœur du bourg, elle devient rapidement une entreprise reconnue, approvisionnant les cafés et les foyers de la région. Sa production repose sur un savoir‑faire traditionnel, transmis au fil des générations, et adapté aux besoins croissants d’une population ouvrière en pleine expansion.
La brasserie Carpentier fonctionne plus d’un siècle, jusqu’en 1954, date à laquelle elle cesse définitivement son activité. Elle laisse derrière elle le souvenir d’une entreprise familiale emblématique, représentative de ces petites brasseries locales qui ont longtemps animé la vie économique des communes du Nord avant l’industrialisation massive du secteur brassicole.
La brasserie coopérative L’Émancipatrice
La seconde grande brasserie de la commune est L’Émancipatrice, installée au 5 rue de Dourlers. Fondée en 1926, elle fonctionne selon un modèle coopératif, très en vogue dans l’entre‑deux‑guerres. Les sociétaires, souvent ouvriers ou petits commerçants, participent à la gestion et au financement de l’établissement, qui devient un symbole de solidarité économique locale. L’Émancipatrice est un exemple rare de brasserie coopérative dans le Hainaut.
La brasserie est dirigée d’abord par Michel Mathieu jusqu’en 1934, puis par M. Naveaux. Sous leur direction, L’Émancipatrice produit une bière appréciée dans tout le secteur d’Aulnoye et contribue à la vie sociale du quartier. Son activité est brutalement interrompue en juin 1944, lorsqu’un bombardement endommage gravement les bâtiments. Incapable de reprendre une production normale, la coopérative finit par fusionner avec l’Union de Coopérateurs de Caudry, mettant fin à près de vingt ans d’existence.
Ces deux brasseries, l’une familiale et l’autre coopérative, témoignent de la richesse du patrimoine brassicole d’Aulnoye‑Aymeries. Elles rappellent une époque où chaque commune du Nord possédait ses propres lieux de production, véritables marqueurs de l’identité locale et de la vie quotidienne.
🟦 Patrimoine industriel : four à chaux, Vallourec, Montbard




Le four à chaux d’Aulnoye‑Aymeries — Histoire et disparition
Le four à chaux situé à Aulnoye‑Aymeries remonte aux années 1870‑1880, période durant laquelle de nombreux fours de ce type sont construits dans le Nord pour répondre aux besoins croissants de l’industrie et de l’agriculture. Ces installations servaient à produire de la chaux vive, obtenue par la cuisson du calcaire à très haute température. La chaux était alors utilisée :
- dans le bâtiment (mortiers, enduits),
- dans l’agriculture (amendement des sols),
- dans certaines industries locales.
Le four cesse son activité en 1924, probablement en raison de la concurrence de sites plus modernes et de l’évolution des procédés industriels. Il est ensuite vendu et passe entre les mains de plusieurs propriétaires. Parmi eux, on retrouve Thierry Desgardin, lié aux meubles Lecomte, puis Jean‑Louis Dormigny, qui ouvrira plus tard le magasin Shopi situé juste à côté.
Comme beaucoup de fours à chaux du XIXᵉ siècle, l’édifice était construit en maçonnerie de brique et de pierre, avec une chambre de cuisson verticale et un système d’alimentation par le haut. Avec le temps, l’ensemble s’est fortement dégradé : voûtes effondrées, parois instables, végétation envahissante. Devenu dangereux, il est finalement démoli entre fin avril et mi‑mai 2022.
Sa disparition laisse place à un nouveau projet commercial : l’installation prochaine d’un Leclerc Drive, marquant la transformation progressive de ce secteur autrefois industriel en zone de services.
Contexte historique : le rôle des fours à chaux dans la région
- Le Val de Sambre comptait plusieurs fours à chaux au XIXᵉ siècle, souvent liés à de petites exploitations de calcaire ou à des entreprises locales.
- Ces fours fonctionnaient en continu, alimentés en charbon et en pierre calcaire.
- Leur architecture était robuste mais simple : un massif de maçonnerie, une gueule de chargement en partie haute, et une ouverture de défournement en bas.
- Beaucoup ont disparu après 1914‑1918, remplacés par des installations plus modernes ou abandonnés faute de rentabilité.
Le four d’Aulnoye‑Aymeries était l’un des derniers témoins de cette activité artisanale‑industrielle dans la commune.
Histoire ferroviaire d’Aulnoye‑Aymeries

La station d’Aulnoye est mise en service le 21 octobre 1855 par la Compagnie des chemins de fer du Nord, lors de l’ouverture de la ligne reliant Saint‑Quentin à Hautmont. En 1865, elle ne dispose encore que d’un bâtiment voyageurs provisoire, signe d’une installation en pleine évolution. En août 1885, le Conseil général du Nord est informé de travaux destinés à améliorer les voies et les dispositifs de signalisation, preuve de l’importance croissante du site dans le réseau régional.
Après la Première Guerre mondiale, la gare devient le siège d’un important dépôt ferroviaire. Son poste d’aiguillage est alors installé au sommet d’une tour singulière, surnommée la tour florentine, conçue par les architectes Gustave Umbdenstock et Raoul Dautry. Cette tour emblématique, restaurée en 2002, domine encore aujourd’hui le paysage ferroviaire local. Depuis 2010, les installations de sécurité, aiguillages et signaux, sont centralisées dans un PIPC, remplaçant les deux anciens postes mécaniques.
Le dépôt ferroviaire et la tour florentine

Après la Première Guerre mondiale, la Compagnie des chemins de fer du Nord entreprend une profonde réorganisation de ses infrastructures. Les sites détruits ou devenus inadaptés sont reconstruits sur de nouveaux emplacements, dégagés et plus fonctionnels, comme ce fut le cas à Aulnoye‑Aymeries. Propriété de la famille Rothschild, la Compagnie du Nord cherche alors à standardiser ses installations afin de remettre rapidement en service un réseau fortement endommagé.
Les ingénieurs conçoivent des plans‑types de dépôts, rotondes, ateliers et postes d’aiguillage, destinés à être reproduits sur plusieurs sites du réseau, notamment à Lens, Béthune, Lille‑Délivrance, Laon ou Saint‑Denis. Le dépôt d’Aulnoye‑Aymeries est reconstruit dès 1920 selon ces modèles et s’étend progressivement jusqu’à la commune voisine de Bachant.
Dans une région de relief plat, les postes d’aiguillage doivent être surélevés pour offrir une visibilité optimale sur les faisceaux de voies. C’est ainsi qu’apparaît la tour florentine, véritable beffroi ferroviaire dont la silhouette verticale rappelle les architectures municipales du Nord. Elle permettait d’actionner à distance les aiguillages grâce au système Mors, un dispositif électromécanique sophistiqué. La manœuvre d’un levier déclenchait une série de moteurs, d’arbres, de poulies et de câbles, jusqu’au contact final entre deux rails modifiant l’itinéraire de la locomotive. Ce système offrait une sécurité accrue aux agents et une meilleure fluidité des mouvements de trains.
La tour florentine d’Aulnoye‑Aymeries est l’œuvre de l’architecte alsacien Gustave Umbdenstock, appelé à collaborer avec les chemins de fer grâce à Raoul Dautry, son ancien professeur à Polytechnique et alors ingénieur en chef‑adjoint du réseau. Leur collaboration marque durablement l’architecture ferroviaire française de l’entre‑deux‑guerres et confère à Aulnoye‑Aymeries l’un de ses bâtiments les plus emblématiques.
L’usine Vallourec
L’histoire industrielle d’Aulnoye‑Aymeries débute en 1839, lorsque la société de l’Espérance implante les premiers hauts fourneaux, alimentés en minerai de fer provenant du gisement de Saint‑Aubin. Cette implantation marque le point de départ d’un développement métallurgique qui façonnera durablement le paysage économique de la commune.
En 1906, le groupe Montbard‑Aulnoye construit la première usine de fabrication de tubes sans soudure, ouvrant une nouvelle phase d’industrialisation. Cet établissement, bientôt surnommé la « vieille usine », sera en grande partie détruit en 1990. .

Une seconde usine, également appartenant au groupe Montbard‑Aulnoye, est édifiée entre 1928 et 1930. Les archives Lafitte mentionnent la construction de bureaux, de logements de cadres et de cités ouvrières, témoignant de l’importance sociale et économique du site.
Les deux usines d’Aulnoye fusionnent en 1932, puis en 1937, les groupes Louvroil et Montbard‑Aulnoye s’unissent à leur tour. En 1957, la société des Tubes de Valenciennes et Denain à Louvroil est intégrée au groupe Montbard‑Aulnoye, qui prend alors le nom de Vallourec, acronyme de Valenciennes, Louvroil et Recquignies.

Dans ce contexte de modernisation, un centre de recherches est construit entre 1959 et 1960 par l’architecte Édouard Albert, figure majeure de l’architecture industrielle de l’après‑guerre. Ce centre accompagne l’évolution technologique du site, notamment dans la production de tubes destinés à l’industrie pétrolière et énergétique.
Les installations industrielles d’Aulnoye‑Aymeries comptaient plusieurs machines emblématiques du travail du métal, mentionnées dans les sources du ministère de la Culture : un four tournant, un perceur d’origine allemande datant des années 1930, ainsi que l’élongateur, le lisseur, le calibreur et un laminoir, illustrant les différentes étapes de transformation du tube d’acier.
En 1990, la tuberie et l’usine de filetés se séparent pour former deux entités distinctes. L’usine de filetés devient en 1994 la société Vallourec Oil & Gas, tandis que la tuberie poursuit son activité sous le nom de Tubes. Cette dernière fusionne en 1997 avec le groupe allemand Mannesmann, donnant naissance à Tubes Mannesmann, spécialisé dans la fabrication de tubes d’acier à haute performance destinés au secteur pétrolier.
Le centre de recherches, conçu pour soutenir l’innovation et la maîtrise des procédés métallurgiques, demeure un témoin essentiel de cette longue histoire industrielle. Il rappelle la place majeure qu’a occupée Aulnoye‑Aymeries dans la production tubulaire européenne tout au long du XXᵉ siècle.
La Cité ouvrière
Dès son implantation, l’usine métallurgique d’Aulnoye‑Aymeries entreprend la construction d’une cité destinée à loger ses employés au plus près de leur lieu de travail. Cet ensemble d’habitat ouvrier se développe progressivement entre 1928 et 1955, accompagnant l’essor de l’industrie tubulaire et l’augmentation constante des effectifs.
La cité s’étend dans un périmètre bien défini, bordé par les rues Saint‑Martin, Anatole‑France, des Fleurs, Ampère, de l’Industrie, de Leval et l’impasse d’Arsonval. L’îlot principal, qui compte environ 240 maisons, adopte une organisation inspirée des principes de la cité‑jardin. Les habitations, mitoyennes ou semi‑mitoyennes, sont alignées le long des rues. Elles présentent un étage surmonté de combles et ne disposent pas de garage à l’origine. Chaque maison est prolongée à l’arrière par un jardin étroit, conçu pour l’usage domestique et potager, élément essentiel de la vie ouvrière de l’époque.
L’architecture est volontairement sobre. Les maisons destinées aux ouvriers à revenus modestes ne comportent que peu d’ornementation, conformément aux standards des logements industriels du début du XXᵉ siècle. En revanche, les habitations réservées aux cadres, contremaîtres ou ingénieurs se distinguent par un léger recul par rapport à la rue, une volumétrie parfois plus généreuse et quelques éléments décoratifs tels que des lucarnes ou des menuiseries plus travaillées. Les dernières constructions, édifiées dans les années 1950, intègrent un garage, signe de l’évolution des modes de vie.
Cette cité ouvrière, documentée notamment par les études du projet Beauregard et l’Inventaire général de 2001, constitue un témoignage précieux de l’urbanisme social lié à l’industrie métallurgique. Elle illustre la volonté des entreprises de l’époque d’encadrer non seulement le travail, mais aussi le cadre de vie de leurs employés, en créant de véritables quartiers structurés autour de l’usine.
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En novembre 2008, l’ancien pont a tiré sa révérence laissant définitivement la place à un équipement moderne et sécurisé.


Le pont bleu d’Aulnoye‑Aymeries :
Le pont bleu, inauguré en novembre 2008, remplace l’ancien pont en béton qui avait longtemps assuré la traversée du faisceau ferroviaire. L’ancien ouvrage, construit dans la première moitié du XXᵉ siècle, était typique des ponts en béton armé de l’entre‑deux‑guerres. Sa structure massive répondait aux besoins d’une époque où le trafic ferroviaire était intense et où l’industrie locale connaissait un essor considérable. Conçu pour résister aux vibrations des locomotives à vapeur et au passage régulier des convois industriels, il a servi plusieurs générations d’usagers.
Avec le temps, l’ouvrage montrait des signes de fatigue. Les normes de sécurité avaient évolué, la circulation automobile s’était densifiée et l’entretien devenait de plus en plus complexe. L’ancien pont, devenu étroit et structurellement fragilisé, ne répondait plus aux exigences modernes. Sa démolition a été décidée afin de garantir la sécurité des usagers et de permettre la construction d’un équipement plus adapté.
La déconstruction de l’ancien pont s’est déroulée en plusieurs étapes. Les équipes ont d’abord procédé à la coupure progressive des accès, puis au démontage contrôlé des éléments de béton armé. Les travaux ont été réalisés de manière à ne pas perturber le trafic ferroviaire situé en contrebas, ce qui a nécessité une coordination étroite avec les services techniques et la SNCF. Une fois l’ouvrage entièrement retiré, le site a été préparé pour accueillir la nouvelle structure.
Le nouveau pont, rapidement surnommé le « pont bleu » en raison de sa couleur caractéristique, a été conçu selon des techniques contemporaines privilégiant la légèreté, la résistance et la sécurité. Il s’agit d’un ouvrage métallique moderne, assemblé en plusieurs tronçons puis posé à l’aide de grues de grande capacité. Sa structure en acier permet une portée plus large et une meilleure résistance aux contraintes dynamiques. Le tablier, plus large que celui de l’ancien pont, offre une circulation plus fluide et sécurisée, tandis que les garde‑corps et les aménagements latéraux répondent aux normes actuelles de visibilité et de protection.
L’architecture du pont bleu s’intègre harmonieusement dans le paysage urbain tout en affirmant une identité contemporaine. Il symbolise la transition entre un ouvrage industriel du XXᵉ siècle et une infrastructure moderne, pensée pour répondre aux besoins d’une ville en pleine transformation. Sa mise en service marque une étape importante dans la modernisation des équipements de la commune et dans l’amélioration de la circulation entre les quartiers.
Le pont bleu, en modernisant l’un des principaux axes de circulation de la commune, s’inscrit dans une longue histoire d’aménagements liés au développement industriel et ferroviaire d’Aulnoye‑Aymeries. Car si cet ouvrage contemporain témoigne de la volonté de la ville de s’adapter aux mobilités actuelles, il prend place dans un territoire profondément façonné, depuis le XIXᵉ siècle, par l’essor des usines, du chemin de fer et des cités ouvrières.
Pour comprendre pleinement l’évolution du paysage urbain et social de la commune, il faut revenir sur cette histoire industrielle exceptionnelle, qui a marqué durablement l’identité d’Aulnoye‑Aymeries.
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🟪 Nuits Secrètes : le grand festival du Val de Sambre
Les Nuits Secrètes est un festival de musiques actuelles qui se déroule chaque année à Aulnoye‑Aymeries, durant trois jours, le dernier week‑end de juillet. Créé en 2002 sous le nom des Estivales, il adopte dès 2003 son nom actuel et s’impose rapidement comme l’un des rendez‑vous culturels majeurs de la région Hauts‑de‑France.
L’une des particularités du festival réside dans ses célèbres « parcours secrets ». Les Parcours Secrets sont une invention unique en France. Les spectateurs montent à bord d’un bus sans connaître ni la destination ni les artistes qu’ils vont découvrir. Le trajet les conduit vers des lieux insolites du territoire Sambre‑Avesnois, spécialement aménagés pour l’occasion : une église, une grange, un château, un champ isolé ou encore des sites patrimoniaux méconnus. Cette expérience immersive, unique en France, fait la renommée du festival et contribue à son identité singulière.
Fidèle à sa vocation de découverte, Les Nuits Secrètes offrent également une scène aux artistes émergents. Des tremplins sont organisés en amont afin de sélectionner de jeunes groupes encore inconnus du grand public, leur permettant de se produire aux côtés de têtes d’affiche nationales et internationales. Cette volonté de mettre en lumière de nouveaux talents fait partie intégrante de l’ADN du festival.
Au fil des années, Les Nuits Secrètes ont su conserver leur esprit d’origine tout en se développant. Le festival attire par édition plus de 50 000 spectateurs venus de toute la région et d’au‑delà, séduits par son ambiance conviviale, son éclectisme musical et son ancrage fort dans le territoire d’Aulnoye‑Aymeries.
Le festival a révélé des artistes comme Stromae, Christine and the Queens, Feu! Chatterton, etc.
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🔗 Le château et le prieuré d’Aymeries
Aymeries est l’un des sites les plus anciens et les plus singuliers de la vallée de la Sambre. Bien avant la fusion avec Aulnoye, ce petit village possédait une identité forte, façonnée par un prieuré bénédictin et un château fort dont l’histoire se confond avec celle du Hainaut médiéval. Installé sur une presqu’île naturelle, au croisement d’axes fluviaux et routiers majeurs, Aymeries fut tour à tour lieu de culte, place militaire, résidence aristocratique et quartier général royal. Ses ruines ont disparu, mais son empreinte demeure dans le paysage, les archives et la mémoire locale. La notice qui suit retrace, de manière détaillée, l’évolution de ce site exceptionnel, depuis ses origines carolingiennes jusqu’à sa disparition à la Révolution.
Notice historique complète : le château et le prieuré d'Aymeries
⭐ 1. Origines : un site religieux… et un verrou stratégique depuis l’Antiquité
Bien avant l’arrivée des moines d’Anchin, le site d’Aymeries occupe une position stratégique exceptionnelle. La Sambre y forme une île naturelle, protégée par des bras secondaires et des zones d’inondation. Ce relief particulier, associé à la proximité de la forêt de Mormal et au contrôle du passage entre Maubeuge, Berlaimont et Landrecies, en fait un point de surveillance idéal. Les archéologues et les historiens du CHGB rappellent que la presqu’île fut un site celte, puis réinvesti par les Romains, probablement comme poste de contrôle sur un axe gallo‑romain.
À la fin de l’époque carolingienne, un seigneur franc nommé Aymar / Aymer reçoit ces terres « pour services rendus au souverain ». Il y fait ériger une motte féodale, premier château fort d’Aymeries, et donne son nom au lieu : Aymar → Aymer → Aymeries.
En 1088, Ermengarde de Mons, veuve de Gossuin Ier, seigneur de Hainaut, offre le domaine à l’abbaye d’Anchin. L’abbé Aymeric y fonde un prieuré accolé à la chapelle existante. Ce choix n’est pas anodin :
👉 les moines d’Anchin installent toujours leurs prieurés sur des points de contrôle fluviaux ou routiers. Aymeries devient ainsi à la fois un site religieux et un site militaire, un double pôle qui structure le village pendant plus de sept siècles.
⭐ 2. Le château‑fort médiéval : un verrou défensif majeur du Hainaut
Le château médiéval d’Aymeries est décrit avec une précision exceptionnelle par Du Bellay, sieur de Langey, dans ses Mémoires (p. 1015). Il s’agit d’une forteresse typique des XIIᵉ–XIIIᵉ siècles, organisée autour d’une roquette quadrangulaire, c’est‑à‑dire un donjon massif de plan carré, flanqué de quatre grosses tours aux quatre angles. Cette roquette est entourée d’un grand fossé à fond de cuve, profond et constamment rempli d’eau, qui rend toute attaque directe impossible.
Autour de ce noyau central se déploie une seconde enceinte, appelée « ceinture », composée de quatre courtines d’environ 50 toises de circonférence chacune. Chacune de ces courtines est elle‑même renforcée par une tour d’angle, portant à huit le nombre total de tours défensives. Un portail fortifié commande l’accès à l’ensemble.
Du Bellay insiste sur un point capital : la roquette ne peut être battue depuis la rive, car elle est entièrement protégée par la douve de la ceinture extérieure. L’ensemble est assis sur une île formée par la Sambre, ce qui renforce encore son caractère imprenable. Cette architecture fait d’Aymeries l’un des verrous défensifs majeurs du Hainaut, comparable aux forteresses de Trélon, Glageon, Lobiette et Berlaimont, qui forment une ligne de protection contre les armées venant de France ou de Flandre.
⭐ 3. Les seigneurs : un château au cœur des guerres féodales
Du XIIᵉ au XVe siècle, le château d’Aymeries se trouve au centre des rivalités féodales qui secouent le Hainaut. Sa position stratégique sur la Sambre en fait un enjeu convoité par les grandes maisons seigneuriales. Il passe d’abord aux Avesnes, puissants seigneurs du Hainaut, puis à la maison de Luxembourg, dont les possessions s’étendent sur une large partie des Pays-Bas médiévaux. Par héritages et alliances, il entre ensuite dans le domaine des princes d’Anjou, notamment sous l’autorité de René d’Anjou, dit le « bon roi René », duc de Lorraine, comte de Provence et figure majeure de la politique européenne du XVe siècle.
Mais René d’Anjou est en conflit ouvert avec les ducs de Bourgogne, dont l’influence domine alors le Hainaut. Dans ce contexte de tensions, Philippe le Bon, l’un des plus puissants souverains d’Europe, décide de frapper René en s’attaquant à ses possessions hennuyères. Aymeries, par sa position militaire, devient une cible directe : le duc de Bourgogne saisit féodalement le château, acte politique autant que militaire, destiné à affaiblir René et à consolider la présence bourguignonne dans la vallée de la Sambre.
Vers 1430, Philippe le Bon vend le château à son chancelier Nicolas de Rollin, fondateur des Hospices de Beaune et véritable pilier de l’État bourguignon. Sous les Rollin, Aymeries change de statut : d’une forteresse défensive, il devient une résidence aristocratique prestigieuse, un centre administratif et un symbole du pouvoir bourguignon dans la région. Les Rollin y exercent une autorité forte, marquée par un épisode célèbre : en 1490, Antoine Rollin, fils du chancelier, y emprisonne le « bâtard de Berlaimont », chef de bande redouté, capturé après la destruction du château voisin. Une pierre commémorative datée de 1497, classée Monument Historique, rappelle encore cet événement sur le parvis de l’église d’Aymeries.
Ainsi, du Moyen Âge à la Renaissance, Aymeries n’est pas seulement un château : c’est un instrument de pouvoir, un enjeu politique, un marqueur territorial, au cœur des luttes entre Avesnes, Luxembourg, Anjou et Bourgogne. Sa possession reflète les équilibres et les conflits qui structurent l’histoire du Hainaut.
⭐ 4. Les destructions : un château martyr de l’histoire
Du XVIᵉ au XVIIᵉ siècle, Aymeries se trouve au cœur des conflits européens qui ravagent le Hainaut. Sa position stratégique sur la Sambre, entre Landrecies et Maubeuge, en fait une cible privilégiée pour les armées françaises et espagnoles. La première destruction majeure survient en 1543, lors de la campagne de François Ier contre Charles Quint. Après la chute de Landrecies, les troupes françaises progressent dans la vallée de la Sambre : le château d’Aymeries est incendié, ses défenses abattues, et le prieuré est ravagé. Les chroniques rapportent que l’ensemble du secteur est dévasté, les villages pillés, les terres brûlées. Cette première ruine marque profondément le site, qui ne retrouvera jamais son rôle militaire initial.
Un siècle plus tard, Aymeries subit une seconde destruction, encore plus radicale. En 1658, dans le cadre de la guerre franco‑espagnole, le maréchal Turenne mène une campagne méthodique pour éliminer les points d’appui espagnols dans le Hainaut. Sa stratégie est claire : détruire toutes les places secondaires susceptibles d’abriter une garnison ennemie. Aymeries, déjà affaibli par les destructions précédentes, ne peut opposer aucune résistance. Le château est rasé, les bâtiments du prieuré sont démolis ou incendiés, et l’ensemble du domaine est laissé en ruines. Cette seconde destruction achève définitivement la forteresse médiévale et met fin à son rôle militaire dans la région.
Ainsi, en l’espace de cent ans, Aymeries est deux fois anéanti, devenant l’un des sites les plus meurtris de la vallée de la Sambre. Ces ruines successives expliquent pourquoi si peu d’élévations médiévales subsistent aujourd’hui.
⭐ 5. Le prieuré : un centre religieux et économique majeur
Malgré les destructions répétées, le prieuré d’Aymeries demeure l’un des établissements les plus importants de l’abbaye d’Anchin. Depuis sa fondation au XIᵉ siècle, il possède un vaste ensemble de terres agricoles, des moulins, des bois, ainsi que des droits seigneuriaux sur une partie du village. Il constitue un centre économique essentiel, assurant la gestion des récoltes, des rentes et des exploitations locales. Sa position, au cœur du village et à proximité immédiate de la Sambre, en fait également un lieu de passage et d’échanges.
Après les destructions de 1543 et 1658, le prieuré est en grande partie ruiné. Cependant, en 1707, le moine Dom Becquet entreprend une reconstruction ambitieuse. Il restaure les bâtiments conventuels, réorganise les dépendances agricoles et redonne vie au domaine. Sa tombe, visible dans l’église d’Aymeries, rappelle l’importance de son œuvre. Les bâtiments du prieuré, aujourd’hui intégrés à une exploitation agricole appartenant à la famille Delvallée, conservent encore des vestiges authentiques du cloître, probablement datés des XIIIᵉ ou XIVᵉ siècles. Ces éléments, discrets mais précieux, constituent les derniers témoins matériels de la présence multiséculaire des moines d’Anchin.
Ainsi, même après la disparition du château, le prieuré demeure un élément structurant du paysage d’Aymeries, conservant la mémoire d’un site religieux et économique majeur du Val de Sambre.
⭐ 6. Le château moderne : renaissance sous Louis XIV et Louis XV
Après les ruines accumulées au XVIIᵉ siècle, Aymeries connaît une véritable renaissance sous le règne de Louis XIV. En 1693, les vestiges du château sont acquis par Pierre Bady, architecte des Bâtiments du Roi, collaborateur de Vauban à Maubeuge et anobli par l’achat d’une charge de « Conseiller‑Secrétaire » du Roi‑Soleil. Bady entreprend une transformation ambitieuse : il ne reconstruit pas la forteresse médiévale, mais crée une somptueuse demeure classique, conforme aux goûts du Grand Siècle.
Le domaine se dote alors de jardins réguliers, de terrasses, de pièces d’eau, de salons d’apparat et d’une organisation spatiale entièrement nouvelle. L’ancien château fort disparaît sous une architecture de prestige, pensée pour recevoir des hôtes de marque. Parmi eux figure Fénelon, archevêque de Cambrai, qui séjourne régulièrement à Aymeries. Sa présence témoigne du rôle nouveau du domaine : un lieu de rencontre entre pouvoir civil, pouvoir religieux et élites administratives du Hainaut.
Sous Louis XV, l’intendant Bernières poursuit cette évolution. Aymeries devient une maison de campagne aristocratique, fréquentée par les familles influentes de la région. Mais le domaine prend aussi une dimension militaire unique : entre 1727 et 1755, il sert de quartier général aux officiers de la Cour lors des célèbres Camps de la Sambre (ou « Camps d’Aymeries »). Princes, maréchaux, généraux et ingénieurs militaires y séjournent, transformant le château en centre stratégique temporaire du royaume.
Cette période marque l’apogée du domaine : Aymeries n’est plus seulement un ancien château fort, mais un haut lieu de sociabilité aristocratique et militaire, au cœur des réseaux de pouvoir du XVIIIᵉ siècle.
⭐ 7. La fin : Révolution, pillage et carrière de pierres
En 1789, la propriété appartient à Marie Albertine Bady, épouse du comte de Sainte‑Aldegonde. Le couple émigre dès les premiers troubles révolutionnaires, laissant le domaine sans protection. Le château est alors pillé, ses meubles dispersés, ses jardins abandonnés. Conformément aux lois révolutionnaires, l’ensemble du domaine — château, prieuré, terres et dépendances — est saisi comme Bien National.
Lors de la vente publique, le prieuré et ses bâtiments agricoles sont acquis par Pierre Evrard, censier de Renaut‑Folie, dont l’épitaphe est encore visible sur le mur nord de l’église d’Aymeries. Le château, quant à lui, est acheté par des particuliers qui l’exploitent comme carrière de matériaux : pierre bleue, moellons, briques et charpentes sont méthodiquement démontés et réemployés dans les maisons du village, les fermes environnantes, les ponts et les murs de clôture.
Contrairement à d’autres forteresses du Val de Sambre — Berlaimont, Trélon, Glageon — Aymeries ne conserve aucune élévation. Le site est totalement arasé au cours du XIXᵉ siècle. Seuls subsistent aujourd’hui :
- les douves, encore visibles près du chemin de Gommegnies,
- la ferme de la Basse‑Cour, autrefois fortifiée,
- des fondations enfouies,
- les bâtiments du prieuré, intégrés à une exploitation agricole,
- et des traces dans le cadastre ancien.
Ainsi disparaît l’un des ensembles seigneuriaux les plus anciens et les plus prestigieux de la vallée de la Sambre.
⭐ Conclusion : un château disparu, mais un site toujours lisible
Aujourd’hui, le château d’Aymeries a entièrement disparu, mais son empreinte demeure profondément inscrite dans le paysage et la mémoire locale. Les douves encore en eau, la ferme de la Basse‑Cour, les vestiges du cloître, les dalles funéraires des prieurs et les reliefs du terrain rappellent la présence d’un ensemble seigneurial qui fut, pendant près de huit siècles, l’un des sites les plus stratégiques de la vallée de la Sambre.
Aymeries fut successivement motte féodale carolingienne, prieuré bénédictin, forteresse médiévale, résidence bourguignonne, demeure classique du Roi‑Soleil, maison de campagne aristocratique et quartier général militaire sous Louis XV. Peu de lieux du Val de Sambre peuvent se prévaloir d’une telle continuité historique, d’une telle diversité de fonctions et d’une telle richesse patrimoniale.
Bien que le château ait été démantelé et utilisé comme carrière de pierres après la Révolution, son histoire continue de vivre dans les archives, les cartes anciennes, les récits locaux et les traces visibles pour qui sait les lire. Aymeries, disparu mais jamais oublié, demeure l’un des témoins majeurs de l’évolution du Hainaut, du Moyen Âge à l’époque moderne.
Histoire industrielle d’Aulnoye‑Aymeries
Des origines rurales à la grande cité ouvrière du XXᵉ siècle
L’histoire d’Aulnoye‑Aymeries est indissociable de son développement industriel. Située au cœur de la Sambre‑Avesnois, la commune a connu, en un siècle et demi, une transformation profonde : d’un territoire rural et dispersé, elle est devenue l’un des pôles industriels et ferroviaires majeurs du Nord de la France. Cette évolution, marquée par l’arrivée du chemin de fer, l’essor de la métallurgie et la création de vastes cités ouvrières, a façonné durablement son paysage urbain et son identité sociale.
1. Les premières activités industrielles : fours à chaux et hauts‑fourneaux
Avant l’industrialisation massive du XXᵉ siècle, le territoire d’Aulnoye et d’Aymeries abritait déjà des activités artisanales et proto‑industrielles. Parmi elles, les fours à chaux, indispensables à la construction et à l’agriculture, occupaient une place importante. Ces installations, souvent modestes, témoignaient d’un savoir‑faire local et d’une économie encore largement tournée vers les besoins du territoire.
Le véritable tournant intervient en 1839, lorsque la société de l’Espérance implante les premiers hauts‑fourneaux à Aulnoye. Alimentés par le gisement de fer de Saint‑Aubin, ils marquent l’entrée de la commune dans l’ère métallurgique. Cette implantation attire une main‑d’œuvre nouvelle et amorce la transformation du village en un centre industriel en pleine expansion.
2. Le choc ferroviaire : naissance d’un nœud stratégique
L’arrivée du chemin de fer constitue l’un des événements majeurs de l’histoire locale. À partir de la seconde moitié du XIXᵉ siècle, Aulnoye devient un carrefour ferroviaire stratégique, reliant Paris, Bruxelles, Mons, Maubeuge et Valenciennes. La gare, agrandie et modernisée au fil des décennies, devient un pôle d’activité considérable : dépôt de locomotives, ateliers, triages, logements de cheminots, services administratifs.
Cette présence massive du rail transforme profondément la commune. Des centaines d’emplois sont créés, attirant une population nouvelle. Les quartiers se structurent autour des voies, et l’urbanisation s’accélère. Aulnoye acquiert alors une identité ferroviaire forte, qui marquera durablement son histoire sociale.
3. L’essor métallurgique : Montbard‑Aulnoye, Vallourec et la tuberie
Au début du XXᵉ siècle, l’industrie métallurgique prend une ampleur considérable. En 1906, le groupe Montbard‑Aulnoye construit la première usine de tubes sans soudure, bientôt suivie d’une seconde unité entre 1928 et 1930. Ces installations, modernisées au fil des décennies, deviennent l’un des moteurs économiques de la commune.
Les fusions successives — regroupement des usines d’Aulnoye en 1932, union avec Louvroil en 1937, intégration de la société des Tubes de Valenciennes et Denain en 1957 — aboutissent à la création de Vallourec, acteur majeur de la production tubulaire en Europe. Dans les années 1960, un centre de recherches moderne est édifié, témoignant de la volonté d’innovation du groupe.
L’ensemble industriel, avec ses fours, laminoirs, perceurs, élongateurs et ateliers spécialisés, constitue l’un des plus importants complexes métallurgiques du Nord. Il façonne la vie quotidienne de milliers d’ouvriers et contribue à l’essor économique de toute la région.
4. Les cités ouvrières : un urbanisme social structurant
Pour loger la main‑d’œuvre croissante, les industriels développent de vastes cités ouvrières, véritables quartiers autonomes. Entre 1928 et 1955, plusieurs centaines de maisons sont construites selon les principes de la cité‑jardin : rues régulières, jardins potagers, maisons mitoyennes ou semi‑mitoyennes, logements de cadres légèrement en retrait.
Ces ensembles, situés à proximité immédiate des usines, témoignent d’un urbanisme social typique du Nord industriel. Ils ont profondément marqué le paysage d’Aulnoye‑Aymeries et constituent aujourd’hui un patrimoine urbain précieux.
5. Les brasseries et les petites industries locales
À côté des grandes usines métallurgiques, la commune a longtemps compté des brasseries, témoins d’un tissu économique diversifié. La brasserie Carpentier, fondée en 1851, fonctionne plus d’un siècle et illustre la tradition brassicole familiale du Nord. La brasserie coopérative L’Émancipatrice, active de 1926 à 1944, incarne quant à elle l’esprit mutualiste de l’entre‑deux‑guerres. Ces établissements, aujourd’hui disparus, rappellent l’importance des productions locales dans la vie quotidienne des habitants.
6. Les infrastructures : modernisation et transformations urbaines
L’industrialisation entraîne la construction d’infrastructures majeures : routes, ponts, équipements publics. Le remplacement de l’ancien pont en béton par le pont bleu en 2008 illustre cette dynamique de modernisation continue. De même, les aménagements liés au rail, aux usines et aux cités ouvrières ont profondément structuré la commune, dessinant un paysage où l’industrie et l’urbanisme se répondent.
7. Déclin, reconversions et mémoire industrielle
À partir de la fin du XXᵉ siècle, Aulnoye‑Aymeries connaît, comme de nombreuses villes industrielles, une période de mutation. Fermetures partielles, restructurations, reconversions : l’activité se transforme, mais les traces du passé demeurent. Les bâtiments conservés, les cités ouvrières, les infrastructures ferroviaires et les souvenirs des habitants constituent aujourd’hui un patrimoine industriel riche, porteur d’identité et de mémoire.
La commune valorise progressivement cet héritage, consciente de l’importance de transmettre cette histoire aux générations futures.
Conclusion
L’histoire industrielle d’Aulnoye‑Aymeries est celle d’une transformation profonde, portée par le rail, la métallurgie et les savoir‑faire ouvriers. Elle a façonné le territoire, structuré les quartiers, attiré des populations nouvelles et donné à la commune une identité forte, encore perceptible aujourd’hui.
Cet héritage, fait de bâtiments, de paysages et de souvenirs, constitue un patrimoine majeur, témoin d’un siècle et demi d’activité, de travail et de vie collective.





