La Sambre en Avesnois : historique d’une rivière au parcours surprenant

La Sambre tirerait son nom du celtique Samara voulant dire « tranquille » , l’appellation « Sambra » faisant son apparition au IXème siècle.
La Sambre prend sa source sur le plateau de Thiérache, dans l’Aisne, à Fontenelle , au lieu-dit le-Garmouzet, dans le bois de la « Haie Equiverlesse ». Rivière franco-belge longue de 190 km dont 88 km en France, elle se jette dans la Meuse à Namur au lieu-dit le Grognon. Notre étude sera dédiée essentiellement à la partie française traversant l’Avesnois. La partie de cette rivière ainsi désignée est comprise entre Landrecies et la frontière belge, soit entre le canal de jonction de la Sambre à l’Oise et la Sambre belge.

La Sambre traverse l’Avesnois du sud-ouest vers le nord-est.

Caractéristiques actuelles du canal de la Sambre :
L’altitude à Landrecies (origine physique et administrative) est de 133,32 m alors qu’à Jeumont (extrémité physique et administrative en France) la côte est de 122,11 m. La longueur de la partie classée navigable étant de 54 km, sa pente moyenne en France est donc de 0.2 0/00. Son débit moyen est de 36 m3 par seconde. Elle comporte 9 écluses.

L’écluse de Maubeuge Quai des Nerviens
La Sambre et ses 9 écluses

Historique :
En amont et en aval de la date de 1830, la Sambre a une histoire passionnante à nous raconter…
En effet avant cette date, la Sambre était une rivière sauvage au tracé très sinueux. Son régime était fluctuant et irrégulier à cause des gels, des crues et des assèchements partiels. Ses berges étaient fragiles même si en quelques endroits (Landrecies, Berlaimont Pont-sur-Sambre, Maubeuge) les seigneurs locaux firent entreprendre des endiguements, ouvrages davantage pour assurer un apport régulier en eau pour les moulins que pour faciliter la navigation. Son lit comprenait beaucoup d’îlots, des bancs de roche ou de glaise et était de plus parsemé de déchets issus de l’activité artisanale et domestique. Toutes ces conditions ne rendaient alors la rivière navigable que difficilement et que 5 à 6 mois par an.
Le cours de cette rivière resta libre jusqu’aux environs de 1690, époque à laquelle l’intendant français du Hainaut proposa de faire des travaux sur la Sambre et d’opérer sa jonction à l’Oise. Ce fut à la même période avec la prise de Namur en 1692 que l’armée de Louis XIV suggéra l’idée de construire des écluses et des barrages en bois en vue de son approvisionnement. Quelques années plus tard, ces barrages éclusés ou portes d’eau à pertuis furent reconstruits en pierre (pratiquement à l’emplacement des écluses actuelles).
Ainsi de 1692 à 1747, des écluses barrages, furent établies sur des plans irréguliers, « les unes, ayant pour but le roulement d’usines, d’autres, formant réservoirs pour effectuer les chasses, à l’aide desquelles les bateaux, obliges de naviguer par rames (c’est-a-dire convois), franchissaient les hauts fonds ». Source : Études pratiques sur la navigation du centre, de l’est et du nord de la France, et des principales voies navigables de la Belgique, par F. Aulagnier
La navigation, périlleuse, se pratiquait donc par bonds d’eau ou « aiwées » dont la technique consistait à accumuler une réserve d’eau en amont des barrages, puis à la libérer au moment du passage des bateaux. Ces « aiwées » étaient payantes, ce qui incitait les petits bateliers à se regrouper et franchir ensemble chaque bief.
Les « aiwées », nécessaires aux bateliers, entraînaient des conflits avec les meuniers, forgerons et autre usiniers car, en faisant baisser le niveau de l’eau, le passage des bateaux perturbait l’alimentation des moulins. Source : La Sambre. Chronique d’une normalisation, Namur, Ministère de l’équipement et des transports, 1997 par Colette Piérard.
Lorsqu’ils remontaient la rivière, les bateaux étaient tractés par des attelages de chevaux. Cependant le service du halage était bien souvent défectueux. « Partout les chemins de halage tantôt à droite, tantôt à gauche de la rivière, étaient tellement impraticables pendant l’hiver, que les chevaux se trouvaient souvent obligés de passer sur les terres riveraines… », .Telle était, d’après M. de Rive (pages 507 a 509), l’état de la Sambre avant sa canalisation.
Au milieu du XVIIIe siècle, plusieurs études et mémoires sur l’état de la rivière furent rédigés en vue d’entreprendre des travaux de grande ampleur. Ainsi par exemple on fit appel en 1747 aux conseils de Louis Franquet, officier, ingénieur militaire pour procéder à l’inspection des ouvrages et recommander les travaux qui s’imposaient. (Voir Mémoire sur la rivière de Sambre et la navigation, depuis son origine jusqu’à son confluent : suivant la visite qu’en a fait M. Franquet, par ordre de la cour l’année 1747, Bibliothèque royale Albert 1er, ms. 3519).
Toutefois aucun de ces projets ne se concrétisa faute de moyens financiers. Signalons qu’une étude fut également réalisée en 1795 sur une éventuelle jonction artificielle entre Landrecies et La Fère (le futur canal de la Sambre à l’Oise).
Il faudra donc encore patienter.
Avant 1800 circulaient des bateaux de 21,50 m x 3,20 m et 1,20 m d’enfoncement et des bateaux plats. Leur charge était de 10 à 50 tonnes sur l’aval de la rivière et de 10 à 15 tonnes sur son cours amont.
En 1806 les diverses suzerainetés seigneuriales ecclésiastiques ou industrielles riveraines sur la Sambre furent remplacées par l’Administration des Ponts et Chaussées.
Puis arriva l’année 1823. De l’autre côté de la frontière française, il y avait le royaume des Belgiques dénommé ainsi depuis que le congré de Vienne en 1815 avait décidé d’adjoindre les Pays-Bas du Sud aux Pays-Bas du Nord.

Guillaume Ier des Pays-Bas sur une toile de 1819

A la tête de ce Royaume uni des Pays-Bas se trouvait alors Guillaume Ier d’Orange. Celui-ci souhaitait le développement industriel du sud du pays. C’est ainsi qu’un nouveau mémoire, signé par l’ingénieur De Behr ayant pour objet la nécessité de réaliser des travaux de canalisation sur la Sambre attira toute son attention.
C’est donc en voulant jeter les bases de la prospérité économique de cette région qui deviendra en 1886 la Wallonie que Guillaume Frédéric d’Orange-Nassau décida la réalisation de ce projet de canalisation. En effet de son état de navigabilité dépendait, en partie, le développement industriel et commercial des régions qu’elle traversait. La Sambre fut donc canalisée pour permettre à de plus gros bateaux l’alimentation en matières premières des usines riveraines, pour faciliter l’écoulement de la production de ces dernières mais aussi pour devenir le moyen de transport le plus rapide de l’époque en vue de l’exportation des charbons du borinage et du minerai de fer du pionnier liégeois de la sidérurgie John Cockerill.
Dans ce contexte et sur cette même lancée, un accord fut conclu avec les autorités françaises afin de coordonner les travaux de part et d’autre de la frontière. La canalisation commença en 1825 sur le cours belge et la Sambre fut la première rivière du pays à être canalisée (entièrement canalisée le 22 octobre 1830). La Belgique venait le 4 octobre 1830 de se proclamer indépendante.
Sur le cours français, la canalisation débuta en 1832 pour aboutir en 1836.

Sa canalisation fut une entreprise titanesque, avec notamment la rectification de nombreux méandres. Elle fut concédée au sieur Foqueur, le 7 septembre 1835 , avec jouissance de 54 ans et 10 mois, à partir de la date de sa réception. Le tarif de concession était de 16 centimes la tonne et distance, taxation générale ; 8 centimes de taxe exceptionnelle pour le sable grès, les cendres de bois et de houille ; 1 fr. 50 par bateau vide, chaque distance.
Cette concession en 1850 allait devenir la société anonyme dénommée  » Canal de la Sambre à l’Oise et Sambre française canalisée. Elle était patronnée par la Société Générale selon le journal quotidien « L’Europe » du vendredi 5 mars 1880.
La canalisation souffrit au départ d’imperfections. Des travaux supplémentaires furent donc nécessaires comme :
1° Le redressement du parcours sinueux des fortifications aval de Maubeuge.
2° Le relèvement de la voûte d’un pont fixe dans Maubeuge.
3° Le redressement des courbes très resserrées de la rivière, particulièrement entre les deux Helpes, sur un parcours de 6 à 7 kilomètres où le croisement des bateaux y étaient très difficile.
4° L’enlèvement de quelques rochers qui embarrassaient encore