Liessies

Vue aérienne de Liessies

Liessies, Laetia, était sous l’occupation romaine un campement de lètes, ces colons à qui les occupants confiaient des terres à cultiver, à charge par eux de les défendre contre les Barbares. Ce sont ces colons qui auraient donné leur nom au village. L’histoire de Liessies se confond avec celle de son abbaye.

Faits historiques principaux : Monastère d’hommes fondé sous l’invocation de St-Lambert, en 751, par Wibert comte de Poitou , et auquel Hiltrude , sa fine , annexa un couvent de filles. En 881 ces établissements furent pillées et brûlés par les Normands, à l’exception de l’église , et la plupart des religieux massacrés. —Une abbaye d’hommes fut reconstruite , en 1003 , et l’évêque de Cambrai Herluin y installa des chanoines , qui furent remplacés , en 1096 par des religieux bénédictins que Thierry, seigneur d’Avesnes , appela de l’abbaye de Crépin. Ste-Hiltrude et plusieurs des premiers seigneurs d’Avesnes furent enterrés dans l’église. — Ce monastère devint fort important ; il posséda de nombreuses reliques et de grandes propriétés ; il fut régi par des abbés distingués. A sa suppression, en 1791, son revenu annuel s’élevait à plus de 500,000 francs. Liessies formait , en 1186 , une paroisse du décanat d’Avesnes. — Il fut ravagé par les troupes allemandes du général Rose en 1651. — Il ressortissait, avant 1789 , a la prévôté de Maubeuge. — Le 29 juillet 1789, le monastère fut attaqué et envahi par les habitants de Dompierre réclamant les restes de St-Etton , qui avaient reposé pendant plus de 700 ans dans leur village avant leur transfèrement à l’église de l’abbaye , en vertu d’une bulle du pape Paul IV, de 1566. Les moines furent forcés de leur remettre ces précieuses reliques. Ce village fut occupé, de 1815 a 1818 , par les Russes que l’on caserna dans les bâtiments de l’abbaye encore en partie debout à cette époque. Une chapelle érigée en l’honneur de Ste-Hiltrude , dans un bois voisin de la commune, est le but d’un pèlerinage très fréquenté principalement le jour de la fête de cette bienheureuse. Bulletin de la Commission Historique du Département du Nord 1866.

vue aérienne de l’église de Liessies
L’église St Jean et Ste Hiltrude de Liessies

L’église Saint-Jean remonte au XVI e siècle. La façade comporte deux tours qui font corps avec l’église. Ces deux tours sont largement trouées de meurtrières, permettant ainsi la défense, non seulement de l’église, mais aussi de l’entrée de l’abbaye. L’église était alors accolée au monastère qui fut détruit en grande partie et vendu en 1791.

On remarquera que l’église ne possède qu’un tout petit clocher. Les moines n’eussent pas toléré que l’église du village eût un clocher plus élevé que celui de leur abbatiale.

On y a inhumé au siècle dernier les restes de corps qui ont été retrouvés dans l’enclos de l’abbaye, protégés par des cercueils de plomb. On croit que ce sont les restes de Wédric le Barbu, de Thierry, et de sa femme Ade, dont les tresses de cheveux étaient admirablement conservées. Un calvaire est adossé au chevet de l’église. Il est du XVI e siècle.

le Chœur
Liessies (Nord, Fr) église, reliquaire Ste Hiltrude.jpg
Châsse de Ste Hiltrude

A l’intérieur se trouve une croix byzantine. Selon la tradition, cette croix aurait été rapportée par un moine qui avait suivi la seconde croisade. Elle est en cuivre doré, ornée de pierres précieuses et d’émaux champlevés, et paraît être du milieu du XIIe siècle : elle est d’une valeur inestimable. On y voit figurer, outre les quatre évangélistes représentés par leurs animaux symboliques, des citations de l’écriture qui servent de preuve à l’histoire du Christ. Les savants ont disserté longuement sur cette oeuvre. D’après eux, la croix aurait été faite sur les ordres de Suger, abbé de Saint-Denis, qui gouverna la France en l’absence du roi parti pour la croisade.Les artistes qui l’ont façonnée auraient été des orfèvres lotharingiens : ils auraient travaillé au nombre de 7 pendant 2 ans. Si elle ne provient pas des croisades, il est cependant hors de doute qu’elle a subi l’influence byzantine. Les Empereurs d’Allemagne et les émailleurs lotharingiens avaient des rapports étroits avec Constantinople : et cela expliquerait le style qui fut donné à cette croix commandée par Suger. La croix n’a plus son support, qui était tout aussi remarquable, et qui, croit-on, se trouve aujourd’hui au Musée de Saint-Omer. Elle est le souvenir le plus précieux que conserve l’église de Liessies.

Buste de Ste Hiltrude
Église Sainte Hiltrude de Liessies 14.JPG
Buste de Gontrad


De chaque côté du choeur, deux bustes de marbre : sainte Hiltrude couronnée de roses et Gontrad, son frère. Dans l’abbatiale édifiée par l’abbé Antoine de Winghe dans les premières années du XVII ème siècle, se trouvaient deux statues de marbre de sainte Hiltrude et saint Gontrad, plus grandes que nature.

Statue de Ste Hiltrude

Un siècle plus tard, on s’aperçut que ces statues étaient trop grandes pour être belles et on les réduisit à deux bustes que l’on voit encore de chaque côté de l’autel dans le tableau qui représente le choeur de l’abbatiale. L’artiste, qui a beaucoup étudié l’antiquité, et qui a donné à Gontrad le costume d’un centurion, n’était pas un moine. C’est presque de la sculpture profane. Statues de bois : elles sont toutes d’un art populaire, mais sont singulièrement expressives.

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Statue Christ aux liens
Église Sainte Hiltrude de Liessies 04.JPG
St Antoine de Padoue
Voûte en bardeaux et le calvaire

La voûte en bardeaux, avec le calvaire qui la termine du côté du choeur. L’ensemble est du XVIème. Les noms de saints qui décorent les murs de la nef sont ceux dont les reliques étaient au monastère, et dont les chapelles marquaient les entrées du village : saint Etton, saint Lambert, sainte Hiltrude, saint Thomas de Cantorbury, saint Benoît, saint Dodon, le saint ermite de Moustiers-en-Fagne.

La chaire

La chaire, finement sculptée est du XVIIIème siècle. Dans le choeur, fauteuil avec son scabellum, bois tourné (XVIIème). Prie-Dieu, bois sculpté, début du XVIème. Autel de sainte Hiltrude, à gauche, où la sainte est représentée, tenant d’une main le testament par lequel elle lègue tous ses biens au monastère, de l’autre la lampe que les commentaires sacrés donnent aux vierges sages qui attendent dans la prière le Divin Époux. Ses reliques sont conservées dans une châsse en bronze doré, ciselée au siècle dernier. Elle renferme un autre reliquaire qui fut mis en lieu sûr pendant la Révolution.

Jésus sur la croix
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Statue Louis de Blois
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St Etton
Fonts baptismaux
Église Sainte Hiltrude de Liessies 15.JPG
Confessionnal
Tribune et buffet d’orgue
Mécanisme de l’ancienne horloge (1696)

Source Wikimedia

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La Mairie de Liessies
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Le Monument aux Morts Université Lille 3

Monument commun pour les communes de Liessies (où il est situé) et de Willies.

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Plaque commémorative 1870
calvaire près de l'église
Calvaire près de l’église
Calvaire XVIIIème siècle D963 Lieu-dit La Croix de Trélon
Calvaire de 1735 sur la D963 Lieu-dit La Croix de Trélon
Calvaire vers 1900.

Il existait alors à l’intérieur une croix avec le Christ et le toit était surmonté d’un bulbe.      

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L’Abbaye de Liessies

Un monastère fut fondé par Wibert au VIII e siècle, comte de Poitou, fuyant les persécutions du duc d’Aquitaine et qui vint se réfuguer dans la Fagne où Pépin le Bref lui accorda certains domaines du fisc royal. Wibert dédia l’église à saint Lambert et donna pour abbé au monastère son propre fils Gontrad. Il avait aussi une fille Hiltrude qui vécut en recluse dans une cellule contiguë au monastère de son frère. Bientôt la cellule se changea en un couvent de femmes qui exista jusqu’au X e siècle. Sainte Hiltrude devint la patronne de Liessies.

Quoi qu’il en soit, le monastère fondé par Wibert fut ruiné au IXe siècle par l’invasion normande, puis au XIe siècle par les seigneurs d’Avesnes. Wedric le Barbu contesta aux religieux la propriété des terres qui leur avaient été léguées valablement par le testament de sainte Hiltrude. Les moines eurent beau exhiber le testament, couché sur une feuille de plomb : devant le comte de Hainaut, prix pour arbitre, Wédric s’en empara et le jeta au feu. Cependant, Wédric se repentit peu après, restitua les biens dont il s’était emparé, combla à son tour le monastère par des dispositions testamentaires, et fut enterré dans l’église de Liessies.

Son successeur, Thierry, qui mena aussi une vie de conquêtes et de pillages, se repentit comme son père et fut enterré dans la même abbatiale, avec sa femme, Ade, après avoir rebâtii entièrement le monastère et l’avoir peuplé, pour la première fois, de moines bénédictins.

En 1146, Liessies reçut un visiteur illustre : l’abbé de Clairvaux, saint Bernard, un moine extraordinaire qui vint pour faire la paix avec les seigneurs d’Avesnes mais aussi pour prêcher la seconde croisade. Ainsi les seigneurs de Jeumont, de Berlaimont, d’Eclaibes et surtout Jacques d’Avesnes partirent pour la Terre sainte.

Les croisés rapportèrent à Liessies des souvenirs, des reliques et peut être même cette croix byzantine qu’on admire encore de nos jours.

les moines suivaient la règle de saint Benoit, partageant leur temps entre les exercices de la prière et le travail manuel.Tous les bâtiments du monastère furent édifiés par eux. Ils défrichèrent, cultivèrent, créèrent des moulins, des digues, des boulangeries, des ateliers, pour fabriquer eux-mêmes toutes les choses nécessaires à la vie, afin qu’ils pussent se suffire à eux-mêmes, sans se mêler a la vie du dehors.

En même temps ils firent de leur monastère une école, une université,une académie des beaux-arts, un conservatoire, tandis que d’autre ils créaient l’artisanat, l’industrie et le commerce, développaient l’agriculture, et produisaient par leur labeur incessant une richesse considérable,qui fit de l’abbaye de Liessies l’une des plus célèbres d’Europe.

Cette abbaye avait ses artistes. C’était des moines qui, patiemment copiaient des manuscrits et les enluminaient. Leur école de scribes fut renommée et leurs œuvres font encore la richesse de nombreux musées et bibliothèques. Le musée d’Avesnes possède deux miniatures incomparables du XII e siècle, extraites d’un évangéliaire, et dont les couleurs et ors ont conservé leur fraîcheur de jadis. Beaucoup de manuscrits disparurent à la Révolution. Le peu qu’il en reste montre à quel niveau l’art des moines s’était haussé dans nos régions du Nord aux XIIe et XIIIe siècles.

Au XVIe siècle, l’abbaye eut la chance d’être gouvernée par un saint personnage, qui fut illustre en son temps, le Vénérable Louis de Blois. Il appartenait à cette famine de Châtillon qui possédait alors la terre d’Avesnes ; et il avait été l’aumônier de Charles Quint.louis de Blois refusa tous les honneurs, et jusqu’à l’ archevêché de Cambrai, pour se consacrer au monastère de Liessies, dont il devint abbé en 1530. Il rétablit une règle rigoureuse, imposant l’obéissance et la retraite, et n’admettant aucun étranger a l’intérieur de l’abbatiale et du cloître. Il a écrit des ouvrages mystiques qui l’égalent à saint Jean de la Croix et à sainte Thérèse d’Avila, et qui eurent un grand renom à la cour d’Espagne. Ses entretiens spirituels furent le livre de chevet de Charles Quint, Philippe II l’avait entre les mains sur son lit de mort.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les moines devinrent de plus en plus riches et puissants. Ils négligèrent leurs occupations religieuses pour se consacrer à d’opulents travaux. Les abbés menaient une existence de grands seigneurs. Une bulle du pape Urbain VIII avait en effet accordé aux abbés de Liessies le droit de porter la mitre et la crosse. Et ils en profitaient pour agir en grands propriétaires ; ils étaient sans cesse en procès et travaillaient pour étendre sans cesse leurs possessions.

bientôt les idées des encyclopédistes feront leur chemin; et la bibliothèque du monastère verra, à côté des Pères de l’Eglise, les œuvres de Voltaire et de Rousseau s’installer sur ses rayons. Cette décadence spirituelle va se payer très cher.

Le 29 juillet 1789, ce sont les habitants de Dompierre qui viennent réclamer à l’abbaye les reliques de leur patron saint Etton. Ce sont ceux de Marpent et Jeumont qui viennent exiger l’abolition des dîmes et la restitution des droits payés depuis 80 ans. Les gens du village interviennent pour défendre leurs moines. Il y a des bagarres et des arrestations. Mais si l’abbaye n’est pas mise a sac, ce n’est qu’une question de mois. Bientôt la confiscation des biens du clergé est décrétée.

Les religieux sont chassés de leur couvent. Pour la forme, on leur demande s’ils veulent rester dans l’état qu’ils ont choisi. Mais devant les événements, les moines se sont ressaisis ; et devant l’épreuve qui trempe les caractères, ils sort revenus a l’exacte notion de leur mission. Don Marc Verdier, l’abbé, à la tête de ses moines, répond noblement : » Je déclare que je désire observer dans cette maison, tant qu’il me sera possible, les voeux que j’ai faits a Dieu et la règle que embrassée sous l’autorité de l’Eglise et la protection du gouvernement ».

Les 26 moines que renferme encore l’abbaye en 1790, font une déclaration identique. Mais ils sont bientôt chassés, les biens du monastère confisqués, et l’abbaye elle-même livrée au pillage. Tout est profané, volé ou détruit. Les communes voisines se partagent quelques dépouilles. Les bâtiments ne sont déjà plus que des ruines. De 1816 a 1818, ils seront occupés par les troupes russes et ne résisteront pas à cette nouvelle épreuve. Aujourd’hui l’abbatiale, le cloître, les bâtiments, tout a disparu…

Source du texte : Jean Mossay 1974

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Plan de l’abbaye de Liessies
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Communs de l’ancienne abbaye
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Parc de l’abbaye Photo Wikimedia
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Parc de l’abbaye avec une des sept sculptures réalisées par les sculpteurs, Frédéric Thibault, Laurent Poggiale et Damien Mouello. Photo Wikimedia
Le bûcher aux moines restauré par le Conseil Général du Nord en 1995

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Le château de la Motte

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Le château de la Motte

Le château de la Motte était une ferme dépendant de l’abbaye. Construite en 1755 si l’on en juge par un linteau de pierre bleue portant cette date, elle aurait été utilisée comme maison de retraite et d’infirmerie par les moines et ne servait donc plus en tant que ferme à la fin du XVIII siècle.

Toute la ferme s’oriente du côté de l’étang qui en baigne les fondations. De chaque côté, de vastes granges donnent une impression de symétrie. Au centre une tour carrée (l’entrée du corps de logis) domine. Sa toiture est composée d’un volume de quatre pans retroussés avec lucarne, le tout surmonté d’un campanile clos. Toutes les baies, linteaux ct corniches sont de pierre bleue.

Site magnifique avec parc et hôtel restaurant. Devant le château se trouve l’étang de la Vieille Forge, qui rappelle un petite usine exploitée par les religieux. Derrière les étangs de la Motte, on remarque les digues qui retiennent l’eau et qui ont été construites par l’abbaye. On peut à partir des étangs se rendre dans le bois de l’Abbé, qui appartient aux Domaines et qui a été aménagé pour le tourisme.

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L’ancienne gare
Le moulin de l’abbaye

L’Helpe Majeure en traversant Liessies rencontre son beau moulin datant de 1696 ayant appartenu à l’abbaye de Liessies disparue depuis. En réalité il y avait deux moulins situés côte à côte. L’un fut démoli en 1882 et l’autre cessa sa fabrication de farine en 1914 après avoir été un laps de temps moulin et filature.

Liessies (Nord, Fr) pont et moulin Helpe Majeure.jpg
Pont et moulin de Liessies