Cousolre

Vue aérienne de Cousolre

Les premiers seigneurs francs résidèrent à Cousolre. Walbert IV et son épouse Bertille y possédèrent un château. Le couple eurent pour enfants Waudru et Aldegonde qui fondèrent respectivement les monastères de Mons et de Maubeuge. Sainte Aldegonde établit un couvent de douze religieuses bénédictines à Cousolre, près des tombeaux du comte Walbert et de la comtesse Berthille.

De ce passé lointain, il n’en reste rien car Cousolre fut un village périodiquement ruiné par les guerres.

L’église fortifiée Saint Martin de Cousolre

Bâtie entre 1501 et 1512, l’église est de style gothiquee hennuyer.

L’église Saint Martin de Cousolre érigée en pierre bleue entre 1501 et 1521 reçut ses fortifications vers 1575. L’édifice disposa dès lors d’un clocher porche. Cet énorme donjon-clocher muni de meurtrières fut flanqué d’une tour ronde.

À cause des guerres de religion du XVI e siècle, le chœur a été détruit et il fut refait en 1617 avec peu de moyens. Il a été pavé de marbre au XIX e siècle. Une entrée latérale fut percée en 1721 car le portail était tellement vétuste que l’utiliser devenait dangereux.

Les fonts baptismaux, taillés en pierre bleue, ont été donnés en 1525 par des Cousolreziennes ainsi qu’en témoigne l’inscription gothique gravée à la base. Ils remplacent les fonts romans du XIII e siècle qui sont aujourd’hui exposés au palais des beaux-arts de Lille. Le musée d’Avesnes en possède un moulage.

Les orgues datent de 1784 et ont été rénovées pour la dernière fois en 1976. Source Wikipédia

Autel tombeau galbé avec décor de devant d’autel sculpté en relief MH 1992

Le Maître Autel. Collection DG

Retrouvez le mobilier classé Monument historique sur le site culture.gouv.fr

Nous pouvons citer le maître-autel, avec au centre un tableau évoquant Sainte Aldegonde en costume d’abbesse, de chaque côté deux grandes statues représentant Walbert et Bertille en habit d’apparat.

Buste Christ

Ce buste proviendrait de la chapelle dite du dieu de Pitié, située dans le cimetière derrière le chœur de l’église, édifiée en 1528. Le buste serait le dernier élément d’une sculpture monumentale qui ornait la chapelle. MH 1971

Les larmes de sang, la large couronne d’épines, le long nez pincé, les paupières lourdes contribuent au puissant réalisme de cette oeuvre en bois violemment polychromé.

Chapelle du Bon Dieu.
Chapelle du Bon Dieu de Pitié.
Chapelle du Bon Dieu de Pitié de Cousolre (1558)
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La chapelle du Bon Dieu de pitié se situe sur le côté de l’église. Elle est en pierre en hémicycle soutenue par deux colonnettes tronconiques. La voûte présente une remarquable ossature en chêne. Le toit est à deux pans devant et à six pans à l’arrière. Ainsi que le témoigne l’inscription en caractères gothiques gravée sur la dalle à l’entrée, la chapelle a été érigée en 1558, pour servir de tombeau à Jehenne Ramée veuve du mayeur Collart Pollyart et à leur fille Gilliette Pollyart. Elle fut réédifiée en 1785. C’est un véritable trésor architectural qui est inscrit aux Monuments Historiques depuis 1953. La statue en pierre peinte qui orne actuellement la chapelle est l’œuvre d’un sculpteur local, Laurent Gobled. Inaugurée le jeudi de l’Ascension 1892, elle est répertoriée à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.

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Cousolre dispose de 2 oratoires et de 6 autres chapelles :

Il y avait un bâtiment appelé ferme de la Court ou Court-Ste-Aldegonde à Cousolre qui était la possession du chapitre de Maubeuge.

Il était entouré d’un mur d’enceinte, de jardins et de vergers. Il se situait en face de l’actuelle chapelle St Walbert.

Chapelle St Walbert 1709 - Rte National (D936)__ X rue Jules Montay

La ferme se situait en face de la Chapelle St Walbert (photo ci-dessus) à proximité de l’ancien Corps de Garde
Le corps de garde. Douanes françaises

Alexis Fissiau (1676 1750) était censier de la cour et mayeur puis son fils Jean François (1702 1770). Deux sœurs de ce dernier Marie Joseph et Marie Bertille épousèrent respectivement en 1737 et 1740 Etienne et Antoine Mahieu tous deux frères. En 1790 les consorts Mahieu se voient rejeter la pétition « tendant à faire exposer en entier lors de la vente, la ferme dite La Cour, qu’ils occupent à Cousolre provenant du Chapitre Ste Aldegonde de Maubeuge, en raison de son utilité pour le service de la poste aux chevaux » (ADN 1 Q 1178).

Le kiosque en bois de 1890
L’Hôtel de Ville et la Grand Place de Cousolre en 1904. On remarque l’absence du vieux kiosque, l’hiver 1903-1904 l’ayant fait disparaître.
L’Hôtel de Ville et la Grand Place de Cousolre en 1910. Un nouveau kiosque a été installé.
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La Mairie et la Grand Place de Cousolre
La façade de la Mairie

Dotée d’une façade de style Louis XIII, la mairie est construite en pierres d’Ecaussinnes et en briques cuites au bois et au charbon. Les boiseries sont en chêne et en sapin. La cheminée du salon, en marbre rouge royal, nous rappelle qu’en cette fin de XIXème siècle, le village devint prospère grâce à l’industrie marbrière. Sa bibliothèque, dessinée par Jennepin, a été fondée en 1878. En 1895, les réfections et peintures du grand salon ont été entreprises. Pour répondre aux besoins de la population, le conseil municipal a décidé en septembre 1895 la construction d’une salle des fêtes.

Le kiosque à musique de Cousolre

Le kiosque à musique, inauguré en 1908 dont le socle a été réalisé par les tailleurs de pierre de la marbrerie Vienne, les colonnes en fonte fondues par les établissements Décamps, les balustres forgées chez Dandoy. Il est situé place Charles-de-Gaulle.

Le Monument aux Morts de Cousolre

Le monument est en marbre Lunel pour la stèle et le garde-corps formant hémicycle en marbre blanc Altissimo H pour le Poilu et le coq surmontant la stèle. Université Lille 3

Le Monument aux Morts 1870-71 Université Lille 3
Square des Anciens Combattants

Cette imposante bâtisse, millésimée 1621, témoigne de la vie spirituelle et temporelle de la commune. 
En 1523, le Curé Brunebarbe lègue la maison qu’il habite et le jardin à la paroisse. L’état des rentes de 1670 atteste son emplacement actuel. Au sud le jardin est traversé par le rie de Millon, un pont donne accès à une houblonnière (actuellement le collège et l’école). 
Un incendie en 1776 ravage 40 maisons environnantes, dont le presbytère. Probablement restauré, l’immeuble présente au sud une façade en pierres ajustées, semblable aux demeures villageoises de la fin du XVIIIème siècle, de même que la disposition intérieure. Les caves incluaient une vaste citerne et un four à pain, sans oublier un réduit pour élever les cochons.

En 1793, les biens dits nationaux qui servaient de rentes sont vendus. 

Le curé Valenduc est arrêté en 1795 (Il est emprisonné 6 mois à Avesnes). La maison curiale est achetée par un agent municipal en 1798. Après le Concordat, un curé est nommé en 1805. La commune achète le bâtiment en 1817. Quelques 25 prêtres se succéderont jusqu’en 1994, date à laquelle l’archevêché résilie la location symbolique.

Toutes les municipalités apportent une amélioration matérielle à cette antique demeure. En 1895, la façade est crépie en échange de la destruction du bûcher (pour agrandir la place). En 1952, le carrelage en marbre rouge de Phillipeville remplace les carreaux de terre cuite rouge. Sans omettre les bénévoles pour les peintures, l’électricité, l’eau, le chauffage.

A la fin des années 90, le conseil municipal décide d’utiliser le bâtiment comme vitrine touristique frontalière sous la dénomination « Maison du Patrimoine ». Les travaux de restauration valorisent la pierre bleue du pays. L’inauguration officielle a eu lieu le 9 septembre 2005. L’ancien presbytère abrite désormais l’Office de Tourisme du Nord-Est Avesnois, une galerie d’art, un cyber centre et une salle de séminaires.

Source du texte : Office du Tourisme du Nord Est Avesnois

La Maison des Conventionnels

Les fers millésimés 1786 datent probablement l’édification du bâtiment. 

Une famille de bourreliers y tient fabrique et boutique pendant plus d’un siècle jusque la deuxième moitié du XXe, sans détruire son caractère. Son emplacement, sa modernité pour le XVIIIe, notamment une grande salle avec feux à l’âtre en font une place appropriée pour abriter le quartier général français.

En mai 1794, il y eut un retour offensif des Autrichiens, partisans de la monarchie et désirant anéantir la révolution. Dans cette maison où logèrent les conventionnels Saint-Just et Lebas, se tint un conseil de guerre le 27 floréal an II (16 mai) auquel ont assisté tous les généraux de l’armée de Sambre et Meuse.
Les conventionnels adressèrent une proclamation, devenue célèbre, à l’usage des soldats, exhortant les soldats au courage et à la discipline et promettant la mort aux déserteurs.
Un mois plus tard, les français remportaient la victoire à Fleurus. La République était sauvée.

Le musée de la machine parlante au 43 A Route Nationale a été inauguré le 4 mai 2013 à Cousolre. Consulter le site de l’Office du Tourisme de Cousolre

Il est l’oeuvre de Jean-Paul Maïeu, collectionneur depuis son enfance d’appareils diffuseurs et enregistreurs de la parole et de la musique.

Au travers de sa collection, le musée retrace la vie de ces inventeurs, de Charles Cros à Thomas Edison en passant par Berliner, Charles Pathé ou Henri Lioret, à qui l’on doit le premier vrai enregistrement sur cylindre de celluloïd en 1893. Du poste à galène au transistor, du rouleau de cire à l’ancêtre du juke-box, du gramophone à l’écophone, des centaines d’inventions que Jean-Paul a acquises en multipliant les déplacements, pour en rapporter l’objet rare. Jean-Paul Maïeu n’est pas seulement un collectionneur, mais aussi un historien qui vous fera revivre ces instruments l’espace d’un instant lors d’une visite commentée par ses soins.

La Thure à Cousolre

La Thure qui s’appelait auparavant sur le territoire de Cousolre la rivière du Frasy,alimentait deux moulins à eau, des forges, des fenderies et de nombreuses scieries de marbre.

Ancien moulin à Cousolre. Plus de renseignements sur mon site Moulins en Avesnois

L’ancien moulin à vent de Cousolre

Ce moulin à vent sur pivot fut érigé en 1845 par Jean Huart.

Le 30 décembre 1847 les trois quarts du moulin appartenant à Joséphine et Jean Baptiste Huart et Elie Blanpain furent vendus à Nicolas Joseph Victorien et Benoit Blanpain,(2 fils d’Elie) propriétaires du moulin à eau sur la Thure et du Cataya (ADN 3Q 495-11).

En 1850 le moulin fut reconstruit en brique sur un soubassement en moellons de pierre bleue. En 1868 le même Benoit Blanpain marié à Adelle Fissiaux tenta à huit reprises de vendre ce moulin comportant 2 paires de meules françaises. (L’Observateur).

Le moulin dut être fortement endommagé par l’ouragan du 12 mars 1876 car il cessa son activité vers cette date.


Les ruines du moulin à vent

Cousolre, capitale du marbre :

En plus des moulins, de nombreuses scieries de marbre fleurirent au XIX e siècle et au XX e siècle dans la commune. Cousolre est la cité du marbre. Déjà Louis XIV avait fait abattre une partie des bois des environs pour créer un chemin de Renlies à Cousolre, destiné au transport des marbres de la région de Rance. Ces marbres étaient destinés à la construction du château de Versailles. Les ateliers de Cousolre fabriquaient les cheminées sculptées, les pendules, les monuments funéraires etc…Une main d’oeuvre d’élite était alors employée.

Usine Sainte Aldegonde 1911

Voici une carte postale représentant une marbrerie qui exploite aussi un moulin scier le marbre au hameau de Reugnies. Ici est photographié l’atelier de sculpture, installé dans l’ancienne écurie avec ces voûtes solides et ces colonnes de pierre grise, de la vieille Cense de la Cour. Au verso de la carte postale publicitaire, on peut lire le texte polycopié en bleu et en rouge : Laurent-Goblet Marbres Cheminées – Monuments Mobilier d’ Eglise Décoration de tous styles – Plans et Devis. Au premier plan, penché sur un dessin, c’est vraisemblablement le patron. Le deuxième ouvrier en partant de la gauche, bien vu de face et en casquette sombre, c’ est Tiburce Rousseaux (1860-1950), qui fut  » Premier ouvrier de France ». L’aménagement est typique du travail du marbre dit « à la cheminée ».

Le Monument Jennepin Photo Office du Tourisme

On ne peut parler de Cousolre sans parler d’Alfred Jennepin (1836-1914) qui fut instituteur puis diecteur d’école, historien et surtout fondateur des cours d’adulte, de l’école de dessin, des cours de modelage d’où vont sortir de nombreux artisans ou artistes marbriers qui vont porter leur renommée bien au delà du village.

L’étang fédéral

Bucolique avec ses cygnes et ses canards, l’étang alimenté par la Thure est un endroit agréable pour une promenade, un pique-nique ou une partie de pétanque au boulodrome voisin. 
Paradis des pêcheurs, il est muni d’un ponton accessible aux handicapés.

Place du Marais :
De part et d’autre de la place, des pompes à bras fournissaient de l’eau potable aux riverains
Cousolre et le Bureau des Douanes Françaises
Cousolre et la douane

Frontière, fraude et activité économique
aux XVIIIe et XIXe siècles.


La notion de frontière entre régions, provinces, comtés et royaumes a longtemps correspondu à une zone plus ou moins bien définie par le relief, la végétation ou des cours d’eau. Dans tous les cas, cet espace frontalier était matérialisé par des bois ou des haies impénétrables.
Ce fut le cas de la « Haie d’Avesnes », de la forêt de Mormal et de la forêt Charbonnière dont le souvenir est conservé dans Thiérache (Theor – ascia = la forêt du marteau de Thor = métallurgie).
Dans nos régions, le tracé de la zone frontalière a évolué dans le temps :

  • Au Moyen Age, il était orienté du nord au sud, entre Anvers et Anor comme l’indique le traité de Verdun de 843. Cela correspondait à deux entités, la Neustrie à l’ouest et l’Austrasie à l’est puis, aux comtés de Flandres et du Hainaut, séparés par l’Escaut.
  • Au XVIIe siècle, avec les guerres de Louis XIV, la zone frontalière s’oriente de l’ouest vers l’est, parallèlement aux collines d’Artois avec de nombreuses enclaves.

L’affirmation des Etats-nations, supposant une certaine unité territoriale, conduisit à donner une linéarité aux limites. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, on en vint à séparer les états par des « barrières ». La frontière devient un lieu stratégique où s’affirme la puissance militaire d’un état. Vauban fut ainsi chargé de doter la barrière du royaume de France de places-fortes, déterminant ainsi ce que l’on a appelé le « précarré » du roi.
Cette conception militaire de la frontière s’est traduite à Cousolre par la création du Corps de Garde en 1686, conçu pour y loger une compagnie de cavaliers : un lieutenant et 12 soldats viennent s’installer à partir du 4 août.

  • En 1698, le mayeur et 8 paysans conduisent à Maubeuge des fraudeurs qui ont transporté des grains aux Pays-Bas au risque d’entrainer la cherté des blés.
  • En 1723, une compagnie de grenadiers loge à Cousolre pour arrêter les déserteurs réfugiés à Liège.
  • En 1741 une compagnie du Régiment de Reinach1 loge à Cousolre pour empêcher la fraude sur les grains et les fourrages : coût de leur entretien 950 Lb.

Ces observations permettent de comprendre que les conceptions militaires recoupent les grandes idées économiques du colbertisme : « un pays est d’autant plus riche qu’il évite d’acheter à l’étranger ». Ces idées protectionnistes sont favorables à l’élaboration d’un cordon douanier hermétique. La question des droits de douane devient un agent sous-jacent des traités de paix qui vont se succéder aux XVIIIe et XIXe siècles.

La barrière douanière devait affecter l’activité métallurgique puis marbrière de Cousolre


Au XVIIe siècle, Cousolre fait partie de l’un des trois centres importants d’industrie du fer en Hainaut, implantés sur les vallées de l’Oise, de l’Helpe et de la Sambre. Le ravitaillement en minerai de fer et en charbon de terre ou de bois était essentiel. Le fer provenait de Liège et le bois du Hainaut. La fixation d’une frontière mouvante entre la France et les Pays-Bas espagnols, détériora la situation économique. Un mémoire de 1687 « en forme de remontrances faites au roi par les marchands travaillant le fer » témoigne d’une protestation contre les taxes douanières, fixées en 1664, remontées en 1671 sur « les fers en barres, fendus, en verges rondes ou plates, les fers en toiles (sic) le fer ouvré…. puis encore rehaussées en 1687 ». Pour tourner cette réglementation, il était nécessaire d’avoir des points d’appuis familiaux et des ateliers dans chacun des royaumes d’autant que les ressources en bois et fer étaient inégalement réparties.

Par où passait-on au XVIIIe siècle entre les Pays-Bas autrichiens et la France

Une ordonnance royale de l’intendant Jean-Charles Doujat2 de 1714 montre que les taxations douanières et la fraude sont des préoccupations majeures. Elle nous éclaire aussi sur la place de la famille Renaut, maitres de forge à Cousolre.
Le principe est de faire un inventaire des productions, de contrôler les entrées et les sorties des forges. A l’article 3, il est précisé : « Le maitre de forge de Cousolre ayant aussi une fenderie au même lieu pour le travail de laquelle il tire des fers en barre de la forge et d’autres du Hainaut français et de celles du pays étranger, les commis (douaniers) de Cousolre porteront à la décharge du registre de la Forge, tous les fers en barre qui seront envoyez en cette fenderie de même que ceux qui seront transportés ailleurs. Ils tiendront en outre pour cette même fenderie un registre particulier par charge et par décharge sur lequel ils enregistreront à la charge les fers en barre qui seront tirez de la forge de Cousolre et des autres, ils enregistreront pareillement sur le même registre à la décharge les fers fendus qui seront enlevez de la dite fenderie ».
Les voitures de plus de 300 lb de fers doivent être pesées et chargées après en avoir informés les commis. Il en est de même pour les fers transportés de la forge à la fenderie de Cousolre, sachant qu’en moyenne, il faut 200 000 lb par affinerie. Chaque voiture ayant 3000lb de fer l’été et 2000 lb l’hiver doit avoir un certificat qui ne doit servir qu’une fois, imprimé par le maitre de forge, avec la signature du Sieur Goulart et un cachet de la commune ainsi qu’un acquit à caution. Il est également précisé les itinéraires à suivre avec passage obligatoire par les bureaux des douanes.
« Les maitres de forge seront tenus de faire voiturer par les routes et bureaux suivant : les fers des forges de Voyaux, de Grigneaux, du Marteau (Eppe-Sauvage) et de Willies seront destinez pour la fenderie de Cousolre, ils seront voiturez sur les certificats des commis dudit Eppe-Sauvage et sur ceux du maitre de Forge Goulart lesquels certificats seront représentez et déposez à l’arrivée des fers au bureau dudit Cousolre dont le sieur Renault, maitre de ladite fenderie sera tenu de faire déclaration ».
« Les fers de la forge de Marienbourg passeront à Boussu, Barbençon Cousolre et ensuite Maubeuge ; ceux de la forge du haut Marteau au bureau de Barbençon, ils passeront à Cousolre et à Maubeuge ; ceux de la forge et de la fenderie de Cousolre au bureau du même lieu, ils passeront ensuite à Maubeuge. Si on passe par un autre chemin, cela sera considéré comme une fraude. Déclarons tous les autres passages obliques, interdits »
« Entrée des fers de Chimay vers le Cambrésis : si destinés à Maubeuge ou Valenciennes, il sera pris des acquits à caution au bureau de Cousolre sur lesquels acquits, le sieur Renault, maitre de forges audit lieu mettra pareillement son cachet, à peine de nullité, les droits desquels fers seront payez à Maubeuge, les fers des forges de Chimay, Rance, Montbéliard qui seront destinés pour la fenderie de Cousolre quoi qu’ils ne passent pas par Barbençon seront néanmoins déclarez au bureau dudit Barbençon ou il sera pris des acquits à caution pour acquitter au bureau de Cousolre ; sur les fers de Florennes et de Liège seront déclarez à Bossu auquel bureau, il sera pris des acquits à caution sur lesquels acquits les Conducteurs feront mettre à Cousolre le cachet dudit sieur Renault à peine de nullité, les droits desdits fers seront payés à Maubeuge ».

Les cartes publiées, à l’issue des traités de Versailles et de Bruxelles de 1767 et 1779, montrent la complexité des enclaves, les enjeux économiques et les axes de communication. Ainsi, l’article 22 du traité de Bruxelles stipule : « que SM l’Impératrice-Reine cède à SM Très Chrétienne la cense de la Salmagne avec le moulin qui en dépend enclavés dans la prévôté de Maubeuge. »

La frontière de 1794 à 1814.

Après la bataille de Jemappes (6 novembre 1794), les Pays-Bas autrichiens furent occupés durant 4 mois. La Convention Nationale ratifia l’annexion du Hainaut (2 Mars 1793) avec Tournai, Charleroi et Fleurus. Tout fut remis en cause lors de la victoire autrichienne de Neerwinden (15 mars 1793). La victoire de Fleurus (14 juin 1794) entraina la seconde occupation française. A l’instar de la France, la Belgique, par arrêt du Comité de Salut Public du 31 août 1795 (14 Fructidor an III) fut divisée en 9 départements avec deux administrations, l’une pour Tournai et la seconde pour Mons.
Cette situation dura jusqu’à la défaite de Waterloo en 1815. Le traité de Paris du 20 novembre 1815 stipula que la délimitation entre le royaume de France et celui des Pays-Bas serait l’objet d’un traité des Limites. Celui-ci fut mis en chantier à partir de 1816 et ratifié à Courtrai le 28 mars 1820.
Principaux éléments du traité:
Le tracé précis de la limite entre les deux Royaumes fut défini par une commission de délimitation des frontières composée de membres issus des deux empires.
La France céda plusieurs de ses possessions aux Pays-Bas, notamment les enclaves de Philippeville et de Mariembourg avec leurs fortifications. Le hameau de Ferlibray, administré par Hon-Hergies (Bavay), fut cédé aux Pays-Bas. Trois petites enclaves de Bersillies furent rattachées aux communes de Colleret, Cousolre et Bousignies.
Le Traité de Courtrai du 28 mars 1820 témoigne dans les articles 2 à 64, d’une description précise de la frontière entre la France, les Pays-Bas et l’actuel Grand-Duché de Luxembourg. La frontière franconéerlandaise qui s’étend de la Mer du Nord à la Moselle fut divisée en six sections. La première embrasse la frontière entre la mer et la Lys, ensuite les sections entre la Lys et l’Escaut, entre l’Escaut et la Sambre puis entre la Sambre et la Meuse. La cinquième section concerne la limite entre la Meuse et le Grand-Duché et la sixième le tracé entre le Grand-Duché et la Moselle. L’article 69 stipule qu’aucun bâtiment ne doit être construit à une distance de moins de 10 mètres de la frontière. La distance minimale est réduite à 5 mètres dans le cas où la frontière est constituée par un chemin. Le Traité s’achève par les articles 70 et 73 avec les protocoles joints au document. Toutes les communes concernées étaient tenues de conserver les bornes frontalières en bon état.
L’impact sur l’industrie marbrière au XIXe siècle.
L’Empire napoléonien, en supprimant les barrières douanières entre la France, Liège et les Pays-Bas, visait à assurer un immense marché, bien protégé de la concurrence anglaise. C’était là aussi son principal défaut puisqu’il privait la marbrerie de ses débouchés traditionnels. Les centres marbriers de Rance, Barbençon, Beaumont, Cousolre, Ferrière gardèrent une activité médiocre. Après Waterloo et le Congrès de Vienne en 1815, les Néerlandais en occupant la Belgique tentèrent de créer une vaste zone économique orientée vers Rotterdam et Amsterdam en relation avec l’Indonésie. Pour les marbriers belges, c’était le risque de perdre le marché parisien où ils étaient bien implantés avec des sièges sociaux pour leurs entreprises mais d’autre part, ils importaient des marbres italiens par Anvers.
Tarif de 1806 : 6 cents par décimètre cube sur les marbres bruts en bloc et de 12 cents sur les marbres travaillés. Quant aux tranches ordinaires, la charge supplémentaire était de 17 cents par pied carré, soit 1 franc par cent pesant.

Après Waterloo :
Le 22 juin 1814, un droit de 8% ad valorem fut fixé sur les importations. L’exportation des matières premières fut prohibée le 2 décembre 1814. Le gouvernement royaliste, incapable de concevoir une politique économique cohérente, multiplia les lois douanières. Le tarif du 28 Avril 1816 établissait un droit d’importation de 0 franc 50 par 100 kg de marbre brut et 4 francs pour le marbre travaillé. Le 16 Juillet 1819, il tentait d’appliquer un système d’échelle mobile en rapport avec le prix du blé. Une loi du 4 Juillet 1821 fut votée pour activer l’exportation et restreindre les importations. En 1822, Mr de Saint-Cricq, directeur des douanes, fixait la politique protectionniste de la France jusqu’au Second Empire:  » il faut acheter aux autres le moins possible et leur vendre le plus possible ».
Les Néerlandais répondirent par un arrêté de 1823 augmentant les droits et décidèrent d’interdire plusieurs produits français, tout en renforçant le cordon douanier. Sans plus d’égard pour les anciens « patriotes belges », le gouvernement français des « ultra » fixait le 17 mai 1826 un droit de 3 francs sur les 100 kg de marbre brut, 5 francs sur les 100 kg de marbre scié tandis que les droits sur les marbres travaillés passaient de 4 francs à 44 francs les 100 kg.
Ces dispositions affectèrent la situation des marbriers franco-belges qui, tout en conservant leurs carrières en Belgique, devaient transférer une partie de leurs ateliers en France pour continuer à approvisionner le marché parisien.
De Beaumont à Cousolre, il y avait 2 lieues, soit une heure à cheval.
Dès 1821, les frères Beaugrand de Solre-Saint-Géry établissaient deux scieries sur la Hantes : une à Bousignies et l’autre à Reugnies dans les bâtiments de la platinerie et de la forge du moulin. Ils furent suivis par Thomas. En 1823, Alexandre Wallerand et Cie montait quatre châssis à scier le marbre à Forêt sur la Thure de même que François Herbecq et Maton, dans les locaux de l’ancienne fenderie-cuirasserie de Renaut.
Tout au long de la frontière, la situation des villages est similaire: à Hestrud, une scierie est créée en 1820, une autre à Eppe-Sauvage en 1822, de même à Gussignies et à Saint-Vaast-la-Vallée.

1 Le régiment de Reinach est un régiment d’infanterie suisse du Royaume de France créé en 1758

2 Jean-Charles Doujat (1653-1726), fils d’un conseiller au parlement de Paris, conseiller au parlement de Metz en 1680, conseiller au Grand Conseil en 1686, maître des requêtes en 1701, intendant à Poitiers en 1705, de Hainaut, intendant à Moulins (1719-1723). Il est maître des requêtes honoraire en 1722.

Jean Heuclin – Université Lille.
Vice-président de la commission historique du Nord

Vue du village