
Au XIIe siècle, Avesnelles dépendait de l’abbaye de Saint-Denis et portait le nom d’Avesnelles-Saint-Denis. Quant à l’église elle dépendait de son origine jusqu’à la Révolution de l’abbaye de Liessies.

L’église d’Avesnelles, dédiée à la Vierge, occupe un ancien tertre funéraire, autrefois cimetière du village. Au XVe siècle, ce cimetière était entouré de murailles, ce qui conférait à l’ensemble un caractère défensif, fréquent dans les villages du Hainaut soumis aux conflits frontaliers.
La partie la plus ancienne de l’édifice est constituée par les murs du clocher et du narthex, dont les bases remontent probablement à la fin du Moyen Âge. À l’origine, l’église ne comportait qu’une nef unique, typique des petites paroisses rurales.
Transformations successives
- XVIᵉ siècle : l’édifice est remanié, probablement après les troubles des guerres de Religion. C’est de cette époque que datent le porche sculpté et la porte d’entrée, remarquables par la finesse de leurs motifs Renaissance.
- XVIIIᵉ siècle : le chœur est entièrement reconstruit par les moines de l’abbaye (probablement l’abbaye de Liessies, très influente dans la région). Cette reconstruction apporte une architecture plus régulière, plus lumineuse, conforme au style religieux du siècle.
- Début du XXᵉ siècle : l’église devient trop petite pour une population en pleine croissance. On ajoute alors deux nefs latérales, donnant à l’édifice son plan actuel en trois vaisseaux, tout en respectant l’harmonie générale.
A l’intérieur on pourra admirer :

Les fonts baptismaux, en pierre bleue, portent l’inscription latine : « Sanctificetur et fecundetur fons is » (« Que cette fontaine soit sanctifiée et fécondée »). Le pied est orné de motifs végétaux et de deux grenouilles, symboles ambivalents associés à la purification et à la renaissance. Une inscription en caractères gothiques court sur le pourtour et indique la date de 1535, ce qui en fait l’un des plus anciens éléments conservés dans l’édifice.

Répertoriée dans la base Palissy du ministère de la Culture, la statue de saint Denis, évêque et martyr, est une œuvre ancienne, probablement du XVIIᵉ siècle. Elle représente le saint dans son iconographie traditionnelle, tenant sa tête dans ses mains, rappelant son martyre et son rôle de protecteur des paroisses du nord de la France.

Classé dans la base Mémoire, le crucifix en ivoire du XVIᵉ siècle est l’une des pièces les plus précieuses de l’église. Finement sculpté, il témoigne du savoir‑faire exceptionnel des ateliers d’ivoiriers de la Renaissance. La finesse des traits du Christ, la délicatesse du drapé et la qualité du matériau en font un objet d’art liturgique rare dans une église rurale.
Autres éléments remarquables
- Le maître‑autel du XVIIIᵉ siècle, probablement issu de l’abbaye qui reconstruisit le chœur.
- Les vitraux commémoratifs du début du XXᵉ siècle, dont certains rendent hommage aux morts de la Grande Guerre.
- Les boiseries et bancs anciens, témoins de l’aménagement paroissial du XIXᵉ siècle.
- Les clés de voûte sculptées des nefs latérales, ajoutées lors de l’agrandissement du début du XXᵉ siècle.

L’autel de la Vierge, placé dans une chapelle latérale ou en retrait du chœur selon l’aménagement, est l’un des éléments les plus remarquables de l’intérieur. Il se compose généralement d’un retable en bois sculpté ou en pierre, orné de volutes, de colonnettes et de motifs floraux caractéristiques du XVIIIᵉ siècle. La statue de la Vierge, souvent polychrome, domine l’ensemble et attire le regard par la douceur de son expression et la finesse de son drapé. Cet autel, dédié à la dévotion mariale très vivante dans l’Avesnois, constitue un lieu de recueillement privilégié pour les fidèles.
Le chœur, reconstruit au XVIIIᵉ siècle par les moines de l’abbaye, présente une architecture plus régulière et plus lumineuse que le reste de l’édifice. Ses lignes sobres, typiques du style religieux de cette époque, mettent en valeur le mobilier ancien et les œuvres qui l’ornent. Les boiseries, les niches et les encadrements témoignent du soin apporté à cette partie sacrée de l’église, cœur liturgique de la paroisse.
L’église conserve un autel dédié à saint Denis, probablement installé au XIXᵉ siècle lors d’un réaménagement du chœur ou d’une chapelle latérale. Il met en valeur la statue ancienne du saint, répertoriée dans la base Palissy du ministère de la Culture. Saint Denis, premier évêque de Paris et martyr, y est représenté selon son iconographie traditionnelle : tenant sa tête dans ses mains, symbole de son supplice et de sa fidélité à la foi. L’autel, orné de motifs néogothiques ou néoclassiques selon sa facture, constitue un bel exemple de la dévotion locale envers les saints protecteurs.

Le confessionnal, en bois sculpté, est typique du mobilier religieux du XIXᵉ siècle. Il présente une structure à trois compartiments :
- la partie centrale réservée au prêtre,
- deux loges latérales pour les pénitents.
Les panneaux sont décorés de motifs ajourés, de colonnettes et parfois de petites arcatures gothiques, témoignant du renouveau religieux et artistique de cette période. Ce type de confessionnal, à la fois fonctionnel et ornementé, reflète l’importance du sacrement de pénitence dans la vie paroissiale d’autrefois.
La pierre tombale du curé Philippe Carlier, visible dans l’église, constitue un précieux témoignage de l’histoire paroissiale. Elle rappelle la présence, l’action et la mémoire d’un prêtre ayant marqué la communauté locale. La dalle, en pierre bleue, porte une inscription funéraire sobre, parfois accompagnée d’un décor gravé (croix, symbole sacerdotal, encadrement mouluré). Ce type de sépulture à l’intérieur même de l’église était réservé aux ecclésiastiques ou aux bienfaiteurs importants, ce qui souligne le rôle éminent du curé Carlier dans la vie religieuse d’Avesnelles.
Le clocher, dont les bases remontent au XVe siècle, est l’une des parties les plus anciennes de l’église. Massif et sobre, il témoigne de la fonction défensive que les édifices religieux assumaient autrefois dans les villages du Hainaut. Ses murs épais, percés d’ouvertures étroites, rappellent que l’église se dressait sur un tertre fortifié, entouré de murailles au Moyen Âge. Le clocher, légèrement trapu, s’élève au‑dessus du narthex et constitue un repère visuel majeur dans le paysage d’Avesnelles.

Ce tableau décoratif, probablement daté du XIXᵉ siècle, orne l’un des murs de l’église. Il s’agit d’une œuvre religieuse typique de la production paroissiale de cette époque, mêlant piété populaire et esthétique académique. Les couleurs, les drapés et la composition témoignent d’un souci de pédagogie visuelle : ces tableaux avaient pour vocation d’illustrer les épisodes bibliques ou la vie des saints pour les fidèles. Sa présence enrichit l’atmosphère du chœur ou de la nef en apportant une touche de chaleur et de dévotion.
Cette représentation du Christ au pied de la pierre — peut‑être un Christ gisant, un Christ aux outrages ou un élément d’un ancien chemin de croix — est une pièce émouvante du mobilier religieux. Sculpté avec sobriété, il exprime la souffrance et l’humanité du Christ. Ce type d’œuvre, souvent placé dans une chapelle latérale ou près d’un autel secondaire, invitait les fidèles à la méditation sur la Passion. La pierre sur laquelle repose la sculpture renforce l’impression de dépouillement et de recueillement.
La tribune, située à l’entrée de l’église, est un bel exemple de menuiserie religieuse du XIXᵉ siècle. Soutenue par des colonnes ou des poutres moulurées, elle accueillait autrefois l’orgue et la chorale paroissiale. Sa balustrade en bois sculpté, parfois ornée de motifs géométriques ou floraux, témoigne du soin apporté à l’aménagement intérieur lors des agrandissements du début du XXᵉ siècle. La tribune joue également un rôle acoustique important, amplifiant les chants et les sonorités de l’orgue.
(Photos de décembre 2014 effectuées par + Colette Rabin du CHGB)

Le patrimoine religieux d’Avesnelles se compose de 11 oratoires et de 3 chapelles

Ce kiosque hexagonal sur socle en pierres érigé place Marcel Hardy dispose d’une lyre lacée au faîtage de cette structure. Il a été construit en 1911 (ADN 2 0 35 / 56)
Le monument aux morts d’Avesnelles se compose d’un soldat en fonte, grandeur nature, représenté au repos, l’arme au pied, veillant avec gravité sur les noms des disparus. Cette statue, haute de 4,70 mètres, repose sur une vaste base carrée de 4 mètres de côté, ce qui lui confère une présence imposante au cœur du village. Le poilu, moulé en fonte grise, porte l’uniforme réglementaire de 1914‑1918 : capote, casque Adrian, guêtres et fusil Lebel. Son attitude calme et digne, typique des monuments commémoratifs de l’entre‑deux‑guerres, symbolise à la fois la vigilance, le courage et le recueillement.
Le socle, en pierre, est orné de plaques portant les noms des soldats d’Avesnelles morts pour la France, classés par conflit. L’ensemble adopte une composition sobre et équilibrée, caractéristique des monuments élevés dans les années 1920, où la figure du poilu réaliste remplace progressivement les allégories féminines ou les symboles abstraits. Par sa taille, la qualité de sa fonte et sa mise en scène, le monument d’Avesnelles s’inscrit pleinement dans la tradition commémorative de l’Avesnois, tout en affirmant une identité propre, marquée par la monumentalité et la présence forte du soldat protecteur.

Entre l’église et la mairie se dresse le mémorial dédié à Léo Lagrange, figure majeure du Front populaire et personnalité profondément liée à l’histoire locale. Jeune avocat parisien originaire du Sud‑Ouest, il s’engage très tôt dans la vie publique et devient, au début des années 1930, conseiller municipal d’Avesnelles. En 1932, il est élu député de la circonscription d’Avesnes‑sur‑Helpe, avant d’être appelé en 1936 au gouvernement de Léon Blum comme sous‑secrétaire d’État à l’Éducation physique et aux Sports, chargé de promouvoir l’accès aux loisirs, au sport et aux vacances pour tous.
Humaniste convaincu, Léo Lagrange défend une vision moderne et émancipatrice de la jeunesse, résumée par sa célèbre maxime : « Aux jeunes, ne traçons pas un seul chemin… » Ces mots, devenus emblématiques, sont aujourd’hui gravés dans la stèle commémorative.
Le mémorial, inauguré le 5 juin 2010, rend hommage à cet homme d’idéal et de courage, tombé au combat le 9 juin 1940, lors de la bataille de Desnes, dans le Jura. Par sa présence au cœur du village, il rappelle à la fois l’attachement de Léo Lagrange à l’Avesnois et l’héritage durable de son action en faveur de la jeunesse et de la démocratie sociale.

La mairie d’Avesnelles, construite en 1848, occupe un site chargé d’histoire. Elle s’élève en effet à l’emplacement d’un ancien petit bâtiment fortifié, édifié au début du XVIIᵉ siècle derrière l’église, à l’angle sud‑est de l’ancien cimetière. Ce bâtiment, solidement bâti et connu localement sous le nom de « forteresse », servait déjà de maison commune avant sa démolition au milieu du XIXᵉ siècle. Lors des travaux de reconstruction, les ouvriers mirent au jour vingt pièces de monnaie en cuivre, datées de 1604 à 1614, soigneusement déposées entre deux dalles, confirmant l’ancienneté et le rôle défensif du lieu. L’édifice municipal actuel s’inscrit ainsi dans une continuité remarquable, mêlant mémoire fortifiée et modernisation administrative, au moment où Avesnelles connaît un essor démographique et industriel important.


La salle des fêtes d’Avesnelles, construite entre 1905 et 1906, s’inscrit dans le style architectural républicain de la Troisième République. Édifiée en brique, matériau emblématique du Nord, elle présente une façade sobre et symétrique, animée de baies généreuses destinées à éclairer la grande salle intérieure. Ce style, à la fois fonctionnel et élégant, caractérise les équipements publics de cette période, conçus pour accueillir réunions, fêtes, concerts et manifestations civiques. Par son architecture soignée et sa vocation sociale, la salle des fêtes témoigne de la volonté de la commune, au début du XXᵉ siècle, de doter Avesnelles d’un lieu moderne dédié à la vie collective.


Le seul moulin sur Avesnelles fut érigé sur un petit ruisseau en 1791 1792 dont l’activité meunière s’arrêta en 1889.
L’industrie textile à Avesnelles : un siècle d’essor et de transformations
L’industrie textile s’implante à Avesnelles dès 1838, lorsque la préfecture autorise l’installation d’ateliers de peignage et de filage de la laine. La première filature, fondée par Émile Tordeux et Auguste Flament, s’élève au lieu‑dit Le Taille‑Pieds et fonctionne avec 1 080 broches. Elle marque le début d’une véritable mutation économique pour la commune.
Les quatre grandes filatures d’Avesnelles
1. La filature Tordeux‑Flament (1838)
Première usine du village, elle connaît une succession rapide de transformations :
– 1853 : prospérité et création de la société Flament et Tordeux.
– 1854 : décès d’Auguste Flament, l’entreprise devient Tordeux et Toupet.
– 1856‑1869 : réorganisation familiale, période de forte croissance.
– 1890 : la crise textile frappe l’entreprise.
– 1891‑1893 : nouvelles associations (Tordeux et Fils, puis Tordeux et Fils et Jules Pecqueriaux).
– 1902 : décès de Jules Pecqueriaux ; l’usine poursuit son activité jusqu’à la Première Guerre mondiale, où elle cesse définitivement de fonctionner.
2. La filature du Moulinet (1853)
Fondée après la mort d’Auguste Flament, elle est dirigée par Eugène Flament fils, associé à Valéry Lecompte et Odile Pecqueriaux.
– Débuts difficiles (guerre de Crimée), puis essor à partir de 1857.
– 1871 : dissolution et création de Veuve Lecompte, Delamare, Pierart & Cie. – Sous la direction de Jules Feuillet, l’usine prospère et obtient un Grand Prix à l’Exposition universelle de 1900.
– 1904 : arrêt de l’exploitation.
– 1910 : démolition des bâtiments.
3. La filature du Moulin (1872)
Édifiée par Eugène Flament, elle devient rapidement l’une des plus modernes de la région.
– La société Flament et Fosset développe l’activité et construit des maisons ouvrières, donnant naissance au quartier Flament.
– L’usine surmonte la crise de 1890 et partage un Grand Prix avec la filature du Moulinet.
– Ravagée pendant la guerre 1914‑1918, elle est intégrée en 1918 à la Société des Filatures de la Région de Fourmies (SFRF), dont Pierre Cromback est l’un des fondateurs.
4. La filature Pecqueriaux‑Bachelart (1873)
Construite au lieu‑dit La Chapelle Notre‑Dame de Walcourt, elle devient O. Pecqueriaux & Fils en 1889.
– 1895 : décès d’Odile Pecqueriaux, la société devient Pecqueriaux‑Delsaut.
– 1913 : association avec plusieurs brasseurs d’Avesnelles, sous le nom P. Pecqueriaux & L. Staincq.
– 1914 : mort de Pierre Pecqueriaux à la guerre.
– 1922 : dissolution et intégration à la SFRF.
– De 1922 à 1958, l’usine fonctionne sous le nom Filature des Textiles d’Avesnelles, dirigée par Raphaël et Roger Lepoutre.
– 1958 : fermeture.
– 1961‑1963 : rachat par Bendix, qui y stocke des machines à laver.
Une commune profondément transformée
En 1873, plus de 867 habitants, soit plus de la moitié de la population, vivent du textile. L’apogée industrielle d’Avesnelles se situe autour de 1890, période où les filatures tournent à plein régime et où les industriels remplacent progressivement les grands propriétaires terriens dans les fonctions municipales.
Le développement économique favorise la construction de nouveaux équipements sous le Second Empire et la Troisième République, et contribue à l’essor démographique de la commune.

Le rôle du chemin de fer
Le dynamisme industriel permet à Avesnelles d’obtenir une halte ferroviaire lors du prolongement de la ligne Lille‑Valenciennes vers Aulnoye et Anor. En 1907, la ligne Avesnes‑sur‑Helpe – Solesmes est mise en service, avec une station dans la commune.
– 1914 : interruption du trafic voyageurs.
– 1916 : démontage des rails par l’occupant allemand.
Aujourd’hui, seule la rue de l’Ancienne‑Gare rappelle l’existence de cette ligne.
Après la Première Guerre mondiale
La destruction partielle des usines et la crise du textile entraînent une reconversion progressive de la population ouvrière vers l’industrie métallurgique du bassin de la Sambre, notamment autour d’Aulnoye‑Aymeries et de Louvroil.
Industrie de nos jours
Si la grande époque des filatures appartient désormais au passé, Avesnelles conserve encore une activité industrielle significative, héritière directe de son histoire textile et de son savoir‑faire ouvrier.
La Filature de l’Avesnois
Au cœur du village, au 42 rue Léo‑Lagrange, subsiste une usine textile spécialisée dans les fibres techniques. Connue sous le nom de Filature de l’Avesnois, elle est l’un des derniers témoins de la tradition lainière du Sud Avesnois.
Autrefois intégrée à la Société des Filés de la Région de Fourmies (SFRF), elle est rachetée en 1994 par Rhovyl, entreprise fondée en 1948 par Rhône‑Poulenc et implantée dans la Meuse. Dans les années 2000, elle emploie encore plusieurs dizaines de salariés : 58 en 2005, 35 en 2009. L’usine produit aujourd’hui des fils destinés à la bonneterie, à la couture et à l’ameublement, perpétuant un savoir‑faire local vieux de près de deux siècles.

Avesnelles a compté, au tournant des XIXᵉ et XXᵉ siècles, deux brasseries, témoins d’une activité brassicole locale aujourd’hui disparue mais autrefois bien implantée dans l’Avesnois.
La première, la brasserie Chantreuil, fonctionne de 1890 à 1895. Son existence est brève, mais elle s’inscrit dans le mouvement de petites brasseries rurales qui, à la fin du XIXᵉ siècle, produisent une bière de consommation locale destinée aux cafés et aux foyers du village.
La seconde, plus importante, est la brasserie de Louis Staincq, fondée en 1902. Elle connaît un développement notable et devient, après quelques années, la Brasserie‑Malterie d’Avesnelles, activité qu’elle poursuit jusqu’en 1939. Comme beaucoup d’établissements brassicoles de la région, elle associe la fabrication de la bière à la production de malt, indispensable à la filière. Après l’arrêt de la production à la veille de la Seconde Guerre mondiale, les bâtiments sont reconvertis en épicerie, activité qui perdure environ jusqu’en 1969. L’ensemble se situait aux 28 et 30 rue Ernest‑Antoine, dans un secteur alors animé par les commerces et les petites industries du bourg.
Ces deux brasseries, bien que disparues, rappellent l’importance de la bière dans l’économie locale et dans la vie quotidienne des habitants, à une époque où chaque village ou presque possédait sa propre production.
Avesnelles et le dernier des Piloris de l’Avesnois :

Les piloris étaient en général des poteaux, cylindriques ou colonnes de bois ou de pierres que tout seigneur avait le droit de faire dresser sur ses terres en tant que signe de son autorité et de son droit de justice. On attachait à ces piloris seigneuriaux, les criminels condamnés par les juges au nom du seigneur local. Les municipalités, composées du mayeur et des échevins, qui disposaient du droit de basse justice pour les délits peu graves, avaient pour ce fait le droit de posséder un pilori, dit pilori échevinal, dressé en général à proximité de la Maison Communale.
Les criminels ou délinquants étaient exposés en public pendant un temps plus ou moins long avant d’être, suivant la gravité de la faute commise, emprisonnés, pendus ou écartelés. Sur leurs épaules on plaçait un lourd carcan rattaché au pilori par des chaines et qui comportait trois trous : l’un pour la tête et deux autres pour les poignées du condamné. Celui-ci voyait se presser autour de lui la foule avide de spectacle et qui ne lui ménageait ni les quolibets ni les injures.
La Révolution de 1789 supprima la peine du pilori avec carcan, mais quelques années plus tard le code pénal rétablit la peine de l’exposition qui ne fut abolie qu’en 1848.
Ces moyens de répression disparurent donc au cours de la période révolutionnaire, la fureur populaire s’étant acharnée contre ces symboles de l’autorité seigneuriale. Celui de Maroilles fut, semble -t-il jeté à l’eau. Quel fut le sort de celui de Berlaimont, de celui de Quartes et de tant d’autres dont il ne reste aucune trace ?
Au milieu du XX e siècle seuls ne subsistaient dans notre région que trois monuments rappelant ces méthodes de châtiment corporel employées par la justice d’autrefois. L’un se situait à Maubeuge, et les deux autres à Avesnes-sur-Helpe et Avesnelles. De nos jours seul est présent le pilori seigneurial d’Avesnelles.

Le pilori maubeugeois fut classé monument historique par arrêté du 9 janvier 1922. Il servait à l’exposition des coupables condamnés par le grand bailli du Chapitre des Chanoinesses de Maubeuge pour les délits commis dans le ressort de sa juridiction. Situé à proximité de la demeure de l’abbesse, il permettait à celle-ci d’assister de sa fenêtre au supplice et de faire cesser ce dernier quant elle jugeait qu’il avait duré suffisamment. Ce monument était une colonne de pierre d’environ trois mètres de hauteur. A sa base était placé une borne sur laquelle devait monter le condamné et une plaque de fer à laquelle il était attaché vers le milieu de la colonne. Le pilori a été brisé et est déposé en plusieurs morceaux au musée de Maubeuge.

Le pilori d’Avesnes-sur-Helpe, qui était un pilori échevinal, était situé près de l’Hôtel de Ville ou peut être plus précisément selon les vestiges observés près de la porte principale de la collégiale même si l’emplacement parait surprenant. Quoiqu’il en soit il fut transporté vers 1855, croit-on, dans le jardin de M Hannoye, président du Tribunal, alors propriétaire de cet immeuble qu’il légua plus tard à la Ville pour y loger le clergé de la paroisse. La colonne porta alors le nom de pilori du Presbytère. Il était encore visible en 1938 sous le nom de « pilori du Presbytère ». Après cette date, il disparaît sans qu’aucune source ne mentionne précisément les circonstances de sa destruction. Tout porte cependant à croire que le monument, non classé et donc dépourvu de protection patrimoniale, a été supprimé au cours des transformations du presbytère ou durant les bouleversements de la Seconde Guerre mondiale, période durant laquelle de nombreux éléments de petit patrimoine ont été détruits ou réutilisés comme matériaux. Contrairement au pilori de Maubeuge, déposé au musée, celui d’Avesnes n’a laissé aucune trace dans les inventaires municipaux ou muséaux, ce qui confirme une disparition silencieuse, probablement liée à des travaux ou à un manque d’intérêt patrimonial à l’époque.
De nos jours, nous l’avons dit, ne perdure que le pilori d’Avesnelles. Il se trouve dans la propriété dite « Bagatelle » appartenant aux Sœurs de Ste Thérèse et située sur la route d’Etroeungt, à proximité du chemin qui porte encore aujourd’hui le nom de Chemin de la Justice. C’était un pilori seigneurial, réservé aux criminels relevant de la justice du Seigneur d’Avesnes.
Architecturalement, le pilori d’Avesnelles se présente sous la forme d’une haute colonne en pierre bleue, taillée dans un seul bloc ou en plusieurs tambours superposés. Il adopte la forme d’un obélisque élancé, mesurant plus de cinq mètres de hauteur, ce qui en fait un monument nettement plus imposant que le pilori du Presbytère d’Avesnes, aujourd’hui disparu. Sa base, légèrement élargie, servait de point d’appui au condamné, tandis que la partie médiane comportait autrefois des anneaux ou ferrures destinés à l’attacher. Comme tous les piloris seigneuriaux, il était conçu pour être visible de loin, afin de renforcer la dimension publique et infamante du châtiment.
Son emplacement actuel n’est pas anodin : la propriété Bagatelle se trouve en bordure de l’ancienne route d’Étrœungt, un axe fréquenté, ce qui garantissait autrefois la publicité du supplice. Le monument, resté en place depuis l’Ancien Régime, a traversé les siècles sans être déplacé, ce qui en fait un témoin exceptionnel de la justice d’Ancien Régime dans la région. Sa valeur patrimoniale a été rappelée en 2007, lors d’une querelle entre les communes d’Avesnes et d’Avesnelles, chacune revendiquant la légitimité de son emplacement.
La querelle du pilori (2007)
Une affaire de patrimoine qui opposa Avesnes et Avesnelles
En 2007, le pilori seigneurial d’Avesnelles, conservé dans la propriété Bagatelle des Sœurs de Sainte‑Thérèse, devint l’objet d’un étonnant différend entre les communes d’Avesnes‑sur‑Helpe et d’Avesnelles. L’affaire débuta lorsque la municipalité d’Avesnes envisagea de déplacer la colonne de pierre bleue — haute de plus de cinq mètres — pour l’installer devant son nouveau palais de justice. Les religieuses, propriétaires du terrain, ne s’y étaient pas opposées dans un premier temps, et les services municipaux d’Avesnes commencèrent même à dégager le sol autour du monument.
Mais la situation changea brusquement lorsque la mairie d’Avesnelles intervint pour rappeler que le pilori se trouvait sur son territoire et faisait partie intégrante de son patrimoine communal. L’adjoint aux finances, mandaté par le maire Jean‑Pierre Leclercq, fit valoir que déplacer un symbole de justice expéditive pour l’installer devant un tribunal moderne serait un contre‑sens historique. Il souligna également qu’aucune concertation n’avait eu lieu entre les deux communes.
Placées au cœur d’un conflit qu’elles n’avaient pas souhaité, les Sœurs de Sainte‑Thérèse décidèrent finalement de mettre un terme à la polémique : le pilori resterait en place, et le terrain serait remis en état. La municipalité d’Avesnes, contrariée, renonça à son projet. Ainsi s’acheva cette « querelle de clocher », révélatrice de l’attachement profond des communes de l’Avesnois à leur patrimoine historique.
***
Cette querelle moderne souligne l’importance symbolique que conservent ces vestiges de justice ancienne. Pour mesurer pleinement leur portée, il est intéressant d’évoquer quelques‑unes des expositions publiques qui se tenaient autrefois au pilori d’Avesnes.
Dans son Histoire de Fourmies, l’abbé Wiart raconte qu’en 1793, le nommé Jean Baptiste T…, fabricant de bonnets de coton et de bas à Fourmies, fut condamné pour fausse monnaie à 15 ans de fers. En outre le Tribunal ordonna qu’il serait préalablement exposé pendant 6 ans sur la place publique d’Avesnes aux regards du peuple, attaché à un poteau avec une inscription faisant apparaitre son nom et la cause de sa condamnation. Ce récit révèle que la suppression de la peine du pilori avec carcan fut postérieure à l’année 1793.
En parcourant les colonnes du journal l’Observateur, nous y trouvons relatées plusieurs de ces funèbres cérémonies.
« Hier a été exposé au carcan sur la place publique d’Avesnes la nommée Véronique F…, condamnée pour infanticide aux travaux forcés à perpétuité par la Cour de Douai. L’exécution de ce jugement avait attiré cornme d’ordinaire beaucoup de monde et fait naître de bien pénibles réflexions… etc… » (Observateur, 1837).
Le 18 janvier 1837 le nommé F… de Liessies, convaincu de viol sur la personne d’une jeune fille de 11 ans, subit, sur la place d’Avesnes, la peine du cartan. « Une foule immense entourait l’échafaud. Le malheureux, objet des regards avides de cette multitude, ne put souffrir sans une émotion au-dessus de ses forces la peine mortelle qu’il éprouvait. Trois fois il perdit connaissance et chaque fois qu’il revint à lui d’abondantes larmes témoignèrent de son vif repentir. Aussi au lieu d’imprécations hostiles dont les criminels sont si souvent l’objet de la part des spectateurs, celui-ci n’inspira aux curieux que des réflexions de regrets de voir flétrir pour jamais un être dont l’âme n’est pas endurcie par le crime et qui, pour un moment d’erreur perd pour jamais ce qui peut seul rendre la vie supportable : l’honneur ». (Observateur du 19 janvier 1837).
Le 29 mai 1837 ce fut le nommé Constant B…dit le Berger, condamné pour meurtre à 20 ans de travaux forcés qui subit sur la place d’Avesnes la peine de l’exposition. Une foule nombreuse, exaspérée par l’attitude cynique du criminel, se pressait autour de lui. Quelques personnes plus calmes durent intervenir pour empêcher certains assistants de lui lancer des ordures.
Dans l’Observateur du 11 mars 1838 nous lisons : « Dans la matinée de jeudi dernier on a exposé sur la place publique d’Avesnes les nommés Isidore D…, âgé de 18 ans et Séraphin T…, tous deux originaires de M…, condamnés pour vol d’argent monnayé. On a également exposé en effigie le nomme Edouard W…, demeurant à Clermont-Ferrand, condamné pour faux en écritures.
Une foule considérable était accourue des communes environnantes excitée surtout par la pensée de voir attaché au pilori le nommé L…, assassin de Pulchérie Desenfant, de Sains. Mais on assure qu’une maladie grave dont ce grand coupable est atteint dans les prisons de Douai a empêché sa translation à Avesnes. »
Les amateurs de ce genre de spectacle ne perdirent rien pour attendre. Une fois guéri le condamné L… fut transféré à Avesnes. En passant à Maroilles il faillit réussir à s’échapper. Le 5 mai, qui était un vendredi, jour de marché, it fut exposé sur la grande place.
L’Observateur du 6 mai s’exprime ainsi : « La contenance du condamné a été ce qu’elle devait être dans sa position, calme et résignée. Une masse de spectateurs se montrait avide de le voir de tout près mais la haie formée devant le pilori y faisait obstacle. A sa sortie de prison comme à son retour les plus curieux lui formaient un cortège bien serré. La place publique était couverte de monde. Cette épreuve a du lui causer une humiliation bien grande car on l’a entendu dire quelques jours auparavant qu’il donnerait vingt mille francs pour en être dispensé… ».
Le 10 septembre 1841, jour de marché trois criminels furent exposés en public à Avesnes, dont deux en personne. Le 3° étant contumace était représenté par un écriteau fixé sur le pilori et indiquant les causes de sa condamnation. C’étaient les nommés Jean-Charles C… de Preux-au-Bois (condamné pour viol) Adèle C… (suppression d’enfant) Joseph G…D de Wignehies (banqueroute frauduleuse, contumace).
Le 7 février 1848 le nommé Louis D…. de Fontenelle condamné pour faux en écritures de commerce, subit sur la grand place la peine infamante. « il supporta pendant une heure nous dit l’Observateur, les regards du public avec une résignation calme mais qui indiquait toutes les tortures intérieures que cette humiliation lui causait ». C’est la dernière cérémonie de ce genre dont on trouve trace dans les journaux de cette époque.
