
Les premiers seigneurs francs résidèrent à Cousolre. Walbert IV et son épouse Bertille y possédèrent un château. Le couple eurent pour enfants Waudru et Aldegonde qui fondèrent respectivement les monastères de Mons et de Maubeuge. Sainte Aldegonde établit un couvent de douze religieuses bénédictines à Cousolre, près des tombeaux du comte Walbert et de la comtesse Berthille.
De ce passé lointain, il n’en reste rien car Cousolre fut un village périodiquement ruiné par les guerres.


Bâtie entre 1501 et 1512, l’église est de style gothiquee hennuyer.




L’église Saint Martin de Cousolre érigée en pierre bleue entre 1501 et 1521 reçut ses fortifications vers 1575. L’édifice disposa dès lors d’un clocher porche. Cet énorme donjon-clocher muni de meurtrières fut flanqué d’une tour ronde.
À cause des guerres de religion du XVI e siècle, le chœur a été détruit et il fut refait en 1617 avec peu de moyens. Il a été pavé de marbre au XIX e siècle. Une entrée latérale fut percée en 1721 car le portail était tellement vétuste que l’utiliser devenait dangereux.
Les fonts baptismaux, taillés en pierre bleue, ont été donnés en 1525 par des Cousolreziennes ainsi qu’en témoigne l’inscription gothique gravée à la base. Ils remplacent les fonts romans du XIII e siècle qui sont aujourd’hui exposés au palais des beaux-arts de Lille. Le musée d’Avesnes en possède un moulage.

Un premier orgue, de 1784, est considéré comme injouable et « à remplacer » en 1877. Un nouveau contrat est passé, avec Jean Baptiste Dufossez, contrat signé le 12 décembre 1877. L’orgue est inauguré le 11 novembre 1879, jour de la fête de Saint-Martin. En 1979 Georges Delmotte est facteur d’orgue à Tournai. Les travaux sont supervisés par Jean Cau, technicien-conseil. Pose d’un pédalier complet, ajout d’un Cornet de 5 rangs. En 2005 ajout d’un jeu de Mixture, en lieu et place du Bourdon 16′ de Grand-Orgue. Sommier de GO refait à neuf. Le tremblant a été supprimé. Facteur(s) : Cogez Bernard. En 2020 modifications : Basses de pédale sorties du buffet et placées sur un sommier annexe. Un bourdon 8 est ajouté à la pédale. Un ébéniste élargit la façade, installe des chanoines pour cacher les tuyaux extérieurs. Facteur(s) : Decavel Daniel Source du texte : inventaire national des orgues


Le Maître Autel. Collection DG
Retrouvez le mobilier classé Monument historique sur le site culture.gouv.fr
Nous pouvons citer le maître-autel, avec au centre un tableau évoquant Sainte Aldegonde en costume d’abbesse, de chaque côté deux grandes statues représentant Walbert et Bertille en habit d’apparat.

Ce buste proviendrait de la chapelle dite du dieu de Pitié, située dans le cimetière derrière le chœur de l’église, édifiée en 1528. Le buste serait le dernier élément d’une sculpture monumentale qui ornait la chapelle. PM 59000340
Les larmes de sang, la large couronne d’épines, le long nez pincé, les paupières lourdes contribuent au puissant réalisme de cette oeuvre en bois violemment polychromé.


La chapelle du Bon Dieu de pitié se situe sur le côté de l’église. Elle est en pierre en hémicycle soutenue par deux colonnettes tronconiques. La voûte présente une remarquable ossature en chêne. Le toit est à deux pans devant et à six pans à l’arrière. Ainsi que le témoigne l’inscription en caractères gothiques gravée sur la dalle à l’entrée, la chapelle a été érigée en 1558, pour servir de tombeau à Jehenne Ramée veuve du mayeur Collart Pollyart et à leur fille Gilliette Pollyart. Elle fut réédifiée en 1785. C’est un véritable trésor architectural qui est inscrit aux Monuments Historiques depuis 1953. La statue en pierre peinte qui orne actuellement la chapelle est l’œuvre d’un sculpteur local, Laurent Gobled. Inaugurée le jeudi de l’Ascension 1892, elle est répertoriée à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.
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Cousolre dispose de 2 oratoires et de 6 autres chapelles :
Il y avait un bâtiment appelé ferme de la Court ou Court-Ste-Aldegonde à Cousolre qui était la possession du chapitre de Maubeuge.
Il était entouré d’un mur d’enceinte, de jardins et de vergers. Il se situait en face de l’actuelle chapelle St Walbert.

La ferme se situait en face de la Chapelle St Walbert (photo ci-dessus) à proximité de l’ancien Corps de Garde

Alexis Fissiau (1676 1750) était censier de la cour et mayeur puis son fils Jean François (1702 1770). Deux sœurs de ce dernier Marie Joseph et Marie Bertille épousèrent respectivement en 1737 et 1740 Etienne et Antoine Mahieu tous deux frères. En 1790 les consorts Mahieu se voient rejeter la pétition « tendant à faire exposer en entier lors de la vente, la ferme dite La Cour, qu’ils occupent à Cousolre provenant du Chapitre Ste Aldegonde de Maubeuge, en raison de son utilité pour le service de la poste aux chevaux » (ADN 1 Q 1178).





Dotée d’une façade de style Louis XIII, la mairie est construite en pierres d’Ecaussinnes et en briques cuites au bois et au charbon. Les boiseries sont en chêne et en sapin. La cheminée du salon, en marbre rouge royal, nous rappelle qu’en cette fin de XIXème siècle, le village devint prospère grâce à l’industrie marbrière. Sa bibliothèque, dessinée par Jennepin, a été fondée en 1878. En 1895, les réfections et peintures du grand salon ont été entreprises. Pour répondre aux besoins de la population, le conseil municipal a décidé en septembre 1895 la construction d’une salle des fêtes.
Le kiosque à musique, inauguré en 1908 dont le socle a été réalisé par les tailleurs de pierre de la marbrerie Vienne, les colonnes en fonte fondues par les établissements Décamps, les balustres forgées chez Dandoy. Il est situé place Charles-de-Gaulle.

Le monument est en marbre Lunel pour la stèle et le garde-corps formant hémicycle en marbre blanc Altissimo H pour le Poilu et le coq surmontant la stèle. Université Lille 3

Monument composé d’un pilier surmonté d’un obélisque, orné d’une urne voilée et de bas‑reliefs militaires (armes croisées, canons, boulets, cuirasse). L’ensemble est délimité par un entourage de grilles.


Cette grande bâtisse datée de 1621 reflète à la fois la vie spirituelle et l’organisation quotidienne de la commune. En 1523, le curé Brunebarbe lègue à la paroisse la maison qu’il occupe ainsi que son jardin. Un état des rentes de 1670 confirme l’emplacement actuel du presbytère. Au sud, le jardin était traversé par le ruisseau de Millon, et un petit pont permettait d’accéder à une houblonnière — aujourd’hui remplacée par le collège et l’école.
En 1776, un incendie détruit une quarantaine de maisons alentour, dont le presbytère. Probablement reconstruit ou restauré, l’édifice présente au sud une façade en pierre soigneusement appareillée, typique des demeures villageoises de la fin du XVIIIᵉ siècle, tout comme son organisation intérieure. Les caves abritaient autrefois une grande citerne, un four à pain et même un réduit destiné à l’élevage des cochons.
En 1793, les biens nationaux servant de rentes sont vendus. Deux ans plus tard, en 1795, le curé Valenduc est arrêté et emprisonné six mois à Avesnes. En 1798, la maison curiale est achetée par un agent municipal. Après le Concordat, un nouveau curé est nommé en 1805, et la commune rachète le bâtiment en 1817. Environ vingt‑cinq prêtres s’y succéderont jusqu’en 1994, année où l’archevêché met fin à la location symbolique.
Au fil du temps, chaque municipalité apporte des améliorations à cette demeure ancienne. En 1895, la façade est crépie en échange de la démolition du bûcher, ce qui permet d’agrandir la place. En 1952, les carreaux de terre cuite sont remplacés par un carrelage en marbre rouge de Philippeville. Les travaux réalisés par des bénévoles — peinture, électricité, eau, chauffage — contribuent également à l’entretien du lieu.
À la fin des années 1990, le conseil municipal décide de donner une nouvelle vocation à l’édifice : il deviendra une vitrine touristique frontalière sous le nom de « Maison du Patrimoine ». Les travaux de restauration mettent en valeur la pierre bleue locale. L’inauguration officielle a lieu le 9 septembre 2005. Aujourd’hui, l’ancien presbytère accueille l’Office de Tourisme du Nord‑Est Avesnois, une galerie d’art, un cyber‑centre et une salle destinée aux séminaires.

Les fers millésimés 1786 datent probablement l’édification du bâtiment.
Une famille de bourreliers y tient fabrique et boutique pendant plus d’un siècle jusque la deuxième moitié du XXe, sans détruire son caractère. Son emplacement, sa modernité pour le XVIIIe, notamment une grande salle avec feux à l’âtre en font une place appropriée pour abriter le quartier général français.
En mai 1794, il y eut un retour offensif des Autrichiens, partisans de la monarchie et désirant anéantir la révolution. Dans cette maison où logèrent les conventionnels Saint-Just et Lebas, se tint un conseil de guerre le 27 floréal an II (16 mai) auquel ont assisté tous les généraux de l’armée de Sambre et Meuse.
Les conventionnels adressèrent une proclamation, devenue célèbre, à l’usage des soldats, exhortant les soldats au courage et à la discipline et promettant la mort aux déserteurs.
Un mois plus tard, les français remportaient la victoire à Fleurus. La République était sauvée.

Le musée de la machine parlante au 43 A Route Nationale a été inauguré le 4 mai 2013 à Cousolre. Consulter le site de l’Office du Tourisme de Cousolre
Il est l’oeuvre de Jean-Paul Maïeu, collectionneur depuis son enfance d’appareils diffuseurs et enregistreurs de la parole et de la musique.
Au travers de sa collection, le musée retrace la vie de ces inventeurs, de Charles Cros à Thomas Edison en passant par Berliner, Charles Pathé ou Henri Lioret, à qui l’on doit le premier vrai enregistrement sur cylindre de celluloïd en 1893. Du poste à galène au transistor, du rouleau de cire à l’ancêtre du juke-box, du gramophone à l’écophone, des centaines d’inventions que Jean-Paul a acquises en multipliant les déplacements, pour en rapporter l’objet rare. Jean-Paul Maïeu n’est pas seulement un collectionneur, mais aussi un historien qui vous fera revivre ces instruments l’espace d’un instant lors d’une visite commentée par ses soins.
La Thure qui s’appelait auparavant sur le territoire de Cousolre la rivière du Frasy,alimentait deux moulins à eau, des forges, des fenderies et de nombreuses scieries de marbre.


Ce moulin à vent sur pivot fut érigé en 1845 par Jean Huart.
Le 30 décembre 1847 les trois quarts du moulin appartenant à Joséphine et Jean Baptiste Huart et Elie Blanpain furent vendus à Nicolas Joseph Victorien et Benoit Blanpain,(2 fils d’Elie) propriétaires du moulin à eau sur la Thure et du Cataya (ADN 3Q 495-11).
En 1850 le moulin fut reconstruit en brique sur un soubassement en moellons de pierre bleue. En 1868 le même Benoit Blanpain marié à Adelle Fissiaux tenta à huit reprises de vendre ce moulin comportant 2 paires de meules françaises. (L’Observateur).
Le moulin dut être fortement endommagé par l’ouragan du 12 mars 1876 car il cessa son activité vers cette date.

Les ruines du moulin à vent
Cousolre, capitale du marbre :
En plus des moulins, de nombreuses scieries de marbre fleurirent au XIX e siècle et au XX e siècle dans la commune. Cousolre est la cité du marbre. Déjà Louis XIV avait fait abattre une partie des bois des environs pour créer un chemin de Renlies à Cousolre, destiné au transport des marbres de la région de Rance. Ces marbres étaient destinés à la construction du château de Versailles. Les ateliers de Cousolre fabriquaient les cheminées sculptées, les pendules, les monuments funéraires etc…Une main d’oeuvre d’élite était alors employée.



Visite de la marbrerie Vienne 2 juillet 1895
Nous pénétrons dans la scierie à marbre où, avec grand bruit et grand grincement, cinq longs châssis débitent des blocs de marbre en tranches de diverses épaisseurs. Ces châssis marchent mécaniquement à la vapeur et chacun d’eux comporte une moyenne de trente lames ; la distribution de l’eau, du sable et la descente des châssis se fait automatiquement et n’exigent qu’un travail de surveillance de l’ouvrier qui les conduit. On sait que le sciage du marbre se produit par l’action du frottement de la silice (sable) pressée par les lames de scie. La scierie mécanique que nous avons sous les yeux est un modèle du genre : les nombreuses opérations automatiques simultanées qu’elle doit exécuter s’y font avec une précision et une justesse remarquables. On peut même dire aussi qu’il y a un certain cachet d’élégance dans l’agencement et l’assemblage de ces lourdes pièces de fer qui se meuvent cependant avec tant de vitesse et de légèreté. Cette scierie sort des ateliers de construction de M. Désiré Décamps, ingénieur civil à Cousolre, et dont la maison a, de père en fils, depuis plus de quatre-vingts ans, la spécialité du montage des scies à marbre.
Source : Bulletin de la Société de géographie de Lille .
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Voici une carte postale représentant une marbrerie qui exploite aussi un moulin scier le marbre au hameau de Reugnies. Ici est photographié l’atelier de sculpture, installé dans l’ancienne écurie avec ces voûtes solides et ces colonnes de pierre grise, de la vieille Cense de la Cour. Au verso de la carte postale publicitaire, on peut lire le texte polycopié en bleu et en rouge : Laurent-Goblet Marbres Cheminées – Monuments Mobilier d’ Eglise Décoration de tous styles – Plans et Devis. Au premier plan, penché sur un dessin, c’est vraisemblablement le patron. Le deuxième ouvrier en partant de la gauche, bien vu de face et en casquette sombre, c’ est Tiburce Rousseaux (1860-1950), qui fut » Premier ouvrier de France ». L’aménagement est typique du travail du marbre dit « à la cheminée ».

On ne peut parler de Cousolre sans parler d’Alfred Jennepin (1836-1914) qui fut instituteur puis directeur d’école, historien et surtout fondateur des cours d’adulte, de l’école de dessin, des cours de modelage d’où vont sortir de nombreux artisans ou artistes marbriers qui vont porter leur renommée bien au delà du village.

👉 Alfred Jennepin en quelques lignes :
Alfred Jennepin, né en 1836 à Girondelle, s’installe très jeune dans le Nord où il se forme à l’École normale de Douai. En 1854, il devient instituteur et secrétaire de mairie à Cousolre, village auquel il restera profondément attaché. Pédagogue passionné, il ouvre un pensionnat, développe des cours pour adultes et contribue activement à la vie culturelle locale.
Érudit curieux, il mène dès 1869 des recherches archéologiques dans toute la région, mettant au jour des vestiges gallo‑romains, mérovingiens et médiévaux. Ses travaux lui valent d’être reconnu par plusieurs sociétés savantes et d’intégrer la Commission historique du Nord.
Auteur prolifique, il publie en 1877 une importante Notice historique sur Cousolre, puis une vaste Histoire de Maubeuge en deux volumes. Républicain convaincu, il participe aussi à la vie civique du village, notamment à la création du blason et du monument de 1870.
Alfred Jennepin s’éteint en 1914. Son corps est rapatrié à Cousolre en 1919, où un monument lui rend hommage. Il demeure l’une des grandes figures intellectuelles et patrimoniales de l’Avesnois.

Bucolique avec ses cygnes et ses canards, l’étang alimenté par la Thure est un endroit agréable pour une promenade, un pique-nique ou une partie de pétanque au boulodrome voisin.
Paradis des pêcheurs, il est muni d’un ponton accessible aux handicapés.

De part et d’autre de la place, des pompes à bras fournissaient de l’eau potable aux riverains





À l’occasion du bicentenaire des bornes frontières (1819‑2019), l’historien Jean Heuclin a consacré une étude approfondie à l’histoire du tracé frontalier et à ses conséquences économiques dans notre région. Le texte qui suit en propose une synthèse accessible, reprenant les grandes lignes de son remarquable travail.
Frontière, fraude et activité économique aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles
Pendant des siècles, la frontière entre provinces, comtés et royaumes n’a pas été une ligne nette, mais une zone plus ou moins large, définie par les reliefs, les forêts ou les cours d’eau. Ces espaces naturels formaient de véritables barrières végétales, comme la « Haie d’Avesnes », la forêt de Mormal ou la forêt Charbonnière, dont le nom rappelle l’ancienne activité métallurgique de la Thiérache.
Dans nos régions, le tracé frontalier a beaucoup évolué. Au Moyen Âge, il suivait un axe nord‑sud, d’Anvers à Anor, conformément au traité de Verdun de 843, séparant la Neustrie de l’Austrasie, puis les comtés de Flandre et de Hainaut. Au XVIIᵉ siècle, les guerres de Louis XIV modifient cette orientation : la frontière s’étire désormais d’ouest en est, parallèlement aux collines d’Artois, et se trouve ponctuée de nombreuses enclaves.
Avec l’affirmation des États‑nations, la frontière devient une ligne stratégique. À partir de la seconde moitié du XVIIᵉ siècle, les États se dotent de « barrières » fortifiées. Vauban est chargé de renforcer la frontière du royaume de France, créant le fameux « pré carré ». À Cousolre, cette logique militaire se traduit par la construction du Corps de Garde en 1686, destiné à loger un lieutenant et douze cavaliers. Les archives témoignent d’une surveillance constante : arrestations de fraudeurs en 1698, présence de grenadiers en 1723 pour intercepter les déserteurs, cantonnement en 1741 d’une compagnie du régiment de Reinach pour lutter contre la contrebande de grains et de fourrages.
Ces mesures reflètent la convergence entre stratégie militaire et politique économique colbertiste : un pays est considéré comme prospère lorsqu’il limite ses importations. Cette vision protectionniste encourage la mise en place d’un cordon douanier strict, faisant des droits de douane un enjeu majeur des traités de paix des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles. Cette barrière douanière aura des conséquences directes sur l’activité métallurgique puis marbrière de Cousolre.
Au XVIIᵉ siècle, Cousolre est l’un des trois grands centres sidérurgiques du Hainaut, avec des forges installées le long de l’Oise, de l’Helpe et de la Sambre. L’approvisionnement en minerai et en combustible est vital, mais la frontière mouvante entre la France et les Pays‑Bas espagnols complique les échanges. Les marchands du fer protestent dès 1687 contre l’alourdissement des taxes douanières. Pour contourner ces contraintes, les maîtres de forge doivent disposer d’appuis et d’ateliers dans les deux royaumes, les ressources en bois et en minerai étant inégalement réparties.
Les cartes publiées après les traités de Versailles (1767) et de Bruxelles (1779) montrent la complexité des enclaves et des enjeux économiques. L’article 22 du traité de Bruxelles illustre ces ajustements territoriaux en cédant à la France la cense de la Salmagne et son moulin, enclavés dans la prévôté de Maubeuge.
La période révolutionnaire et napoléonienne bouleverse encore la frontière. Après Jemappes (1792) et Fleurus (1794), les Pays‑Bas autrichiens sont annexés et réorganisés en départements. Cette situation dure jusqu’à Waterloo en 1815. Le traité de Paris prévoit alors un nouveau tracé frontalier, fixé par le Traité de Courtrai du 28 mars 1820. Celui‑ci définit précisément la limite entre la France et les Pays‑Bas, cède Philippeville et Mariembourg aux Néerlandais, réorganise plusieurs enclaves et impose l’entretien des bornes frontières par les communes concernées.
Ces évolutions politiques ont un impact direct sur l’industrie marbrière. Sous l’Empire, la suppression des barrières douanières crée un vaste marché protégé, mais prive les marbriers de leurs débouchés traditionnels. Après Waterloo, les Pays‑Bas cherchent à orienter l’économie belge vers Rotterdam et Amsterdam, menaçant les intérêts des marbriers belges implantés à Paris. Les droits de douane fluctuent sans cesse entre 1806 et 1826, renforçant les tensions commerciales. Les marbriers franco‑belges doivent alors conserver leurs carrières en Belgique tout en installant des ateliers en France pour continuer à alimenter le marché parisien.
Cette dynamique favorise l’implantation de nombreuses scieries le long de la frontière. Dès 1821, les frères Beaugrand installent deux scieries sur la Hantes, à Bousignies et Reugnies. En 1823, Alexandre Wallerand et Cie monte quatre châssis à Forêt, tandis que François Herbecq et Maton s’installent dans l’ancienne fenderie‑cuirasserie Renaut. Des ateliers similaires apparaissent à Hestrud, Eppe‑Sauvage, Gussignies et Saint‑Vaast‑la‑Vallée, témoignant d’une intense activité industrielle liée à la proximité de la frontière.




