Le Quesnoy
Le Quesnoy occupe une place singulière dans l’histoire militaire du nord de la France. Fondée au Moyen Âge, la ville n’a cessé d’adapter ses défenses aux évolutions de la guerre, passant d’une enceinte médiévale flanquée de tours à un remarquable système bastionné perfectionné par les ingénieurs espagnols puis par Vauban. Grâce à l’absence de démantèlement au XIXᵉ siècle, ses remparts forment aujourd’hui l’un des ensembles fortifiés les mieux conservés d’Europe. Bastions, courtines, fossés inondables et ouvrages avancés composent un paysage unique, où se lisent encore huit siècles de transformations, de sièges et de reconstructions. Explorer les fortifications du Quesnoy, c’est parcourir un véritable livre d’histoire à ciel ouvert, où chaque pierre raconte la défense d’un territoire et l’ingéniosité des hommes qui l’ont façonné.

Le Quesnoy peut s’enorgueillir d’être aujourd’hui la deuxième ville de France après Carcassonne à avoir conservé ses fortifications en si bon état. Vue du ciel elle affiche clairement son statut de ville fortifiée : : un octogone bastionné presque intact, entouré de fossés et d’ouvrages avancés, témoignant de huit siècles d’histoire militaire.
Ses bastions recouverts de verdure se détachent nettement dans la partie sud de la ville. De cinq sous Charles Quint, ils passent à huit sous Vauban, qui transforme profondément la place entre 1668 et 1673. L’ingénieur revient plusieurs fois sur le chantier pour s’assurer de la qualité des travaux, perfectionnant notamment le système d’inondation alimenté par les eaux de Mormal et du canal de l’Écaillon. Le Quesnoy devient alors une place forte de premier plan dans le Pré Carré, la double ligne de défense destinée à protéger le royaume.
Deux promenades, « la promenade du bastion Vert et des Néo-zélandais » et « la promenade des bastions impériaux», au départ de la Porte du Fauroeulx et de l’office du tourisme permettent de découvrir les principaux points d’intérêt de cette ville fortifiée : les bastions du Gard, Impérial, Royal et César, ainsi que tous les autres ouvrages : contre-garde, demi-lune ou tenaille —qui complètent le dispositif défensif.
La Porte du Fauroeulx ne date pas de Vauban, mais a été réaménagée en 1857 pour faciliter la circulation. Une seconde porte, dite de Valenciennes, s’ouvre au nord de la ville. En parcourant les remparts, on découvre le haut mur de la courtine entre le bastion Vert et le demi‑bastion du Château, où l’on peut observer les boutis permettant de maintenir plusieurs épaisseurs de briques. Derrière ce demi‑bastion se trouvait autrefois le château édifié par Baudouin IV au XIIᵉ siècle, rappelant les origines médiévales de la place.
La promenade se poursuit le long d’une nouvelle courtine vers le bastion du Gard, où un jardin a été aménagé. À quinze mètres de hauteur, depuis le parapet accessible par une poterne, apparaît une lagune alimentée par l’étang du Pont Rouge, dernier vestige des quatre étangs qui entouraient autrefois la ville. Les galeries de contre‑garde, le bastion Royal au nord‑est et de nombreux ouvrages avancés complètent ce patrimoine exceptionnel, l’un des mieux conservés d’Europe.
Étapes de la fortification
XIIᵉ–XIVᵉ siècles : les origines hainuyères
Fondés vers 1150‑1160, le château et la ville occupent un site stratégique entre Valenciennes, Mons et Avesnes. Dès cette époque, l’eau joue un rôle essentiel : fossés, étangs et marécages constituent une première ligne de défense. En 1184, Baudouin V incendie la ville pour empêcher le comte de Flandre de s’y retrancher, preuve de l’importance militaire du lieu.
XIVᵉ–XVᵉ siècles : l’enceinte bourguignonne
Entre 1370 et 1412, une vaste enceinte urbaine est construite. Longue de 2200 mètres et flanquée d’une trentaine de tours, elle fait du Quesnoy une place forte majeure du comté de Hainaut. Le château devient également un lieu de résidence apprécié des ducs de Bourgogne.
1534–1649 : modernisation espagnole
Charles Quint entreprend une transformation radicale : l’enceinte médiévale est intégrée dans un système bastionné moderne, conçu par Frate da Modena. Cinq bastions (bastion impérial ou de Bauet, bastion Forest ou Vert, bastion Soyez ou du Mayeur, bastion César, bastion du Moulin ou du Gard) sont édifiés, parmi les premiers du genre dans la région. Au XVIIᵉ siècle, les ingénieurs espagnols de Philippe IV, dont le lillois Govaert Blom ajoutent des ouvrages avancés pour renforcer la défense.
1667–1686 : Vauban et la fortification française
Après la conquête française, Vauban perfectionne l’ensemble : le Quesnoy devient un octogone bastionné doté de fossés inondables. Quatre bastions sont repris de l’époque espagnole (Forest, Impérial, César, Soyez), quatre autres sont construits ou remaniés à l’époque de Louis XIV : bastion royal (1668), demi-bastion du Château (1671), bastion du Gard nouveau et bastion Saint-Martin de pair avec l’aménagement de la demi-lune des Suisses. Le système hydraulique, alimenté par Mormal et l’Écaillon, devient l’un des plus efficaces du royaume.
XVIIIᵉ siècle : ouvrages avancés et perfectionnements
Avant sa mort en 1732, le gouverneur Valory insiste sur la nécessité de renforcer la place. La contregarde du bastion du Gard (1732‑1735) achevée sous la direction de l’ingénieur Le Virloys et l’ouvrage à corne du faubourg Fauroeulx aménagé au milieu des étangs au sud-ouest de la ville (à partir de 1738) complètent la défense sud, traditionnellement plus vulnérable.
XIXᵉ siècle : modernisation, déclassement et survie
Face aux progrès de l’artillerie, plusieurs projets de modernisation sont proposés. En 1833-1834, des cavaliers sont aménagés sur le bastion César et le bastion Soyez en même temps qu’on érige la caserne Lowendal en arrière du bastion Royal. Au sud, trois ouvrages avancés couvrant le demi-bastion du Château sont supprimés et remplacés à partir de 1845 par un ouvrage unique beaucoup plus grand. Ce sera le dernier ouvrage fortifié réalisé au Quesnoy car, deux ans plus tard, en juin 1867, la place est déclassée. Reclassée en 1878 dans le système Séré de Rivières, certains aménagements y sont alors apportés comme la construction de nombreux abris-traverses, d’un télégraphe optique dans le cavalier du bastion César et d’une caserne souterraine de siège dans le bastion Royal en 1881. La place est finalement déclassée définitivement en 1901 — mais elle n’est jamais démantelée, ce qui explique son état exceptionnel aujourd’hui.
Source : CAUE du Nord – Mars 2006 Carnet de ville du Quesnoy Septentrion 2006
À travers ces siècles de transformations, d’adaptations et de reconstructions, les remparts du Quesnoy révèlent une histoire d’une rare continuité, où chaque époque a laissé son empreinte sans effacer les précédentes.
Conclusion
Les fortifications du Quesnoy, patiemment façonnées du Moyen Âge au XIXᵉ siècle, offrent aujourd’hui un ensemble exceptionnellement préservé qui témoigne de huit siècles d’histoire militaire. Bastions, courtines, ouvrages avancés et galeries souterraines composent un paysage unique où se lisent encore les choix stratégiques des souverains, des ingénieurs et des gouverneurs qui ont façonné la ville. Préservé des démantèlements qui ont touché tant d’autres places fortes, Le Quesnoy demeure un véritable livre de pierre, ouvert sur le passé et offert à la découverte. Ses remparts, devenus lieux de promenade et de mémoire, rappellent la place essentielle qu’occupa la cité dans la défense du royaume et dans l’histoire du Hainaut.
Landrecies

Les fortifications médiévales
Les fortifications de Landrecies sont liées à la présence des seigneurs d’Avesnes.
Le site de Landrecies, traversé par la Sambre, constituait un point fort, passage obligé de routes mettant en communication l’Avesnois avec le Cambrésis et le Vermandois. Aussi, dès la fin du XI e siècle, fut érigé sur la rive gauche de la Sambre un donjon carré entouré d’eau, connu sous le nom de vieille tour
des Etoquies. Cette dernière contrôlait, à la corne de la forêt de Mormal, le franchissement de la rivière ainsi que la circulation en aval de Landrecies sur la route qui reliait les régions de la Thiérache du Nord et de la Haute Sambre à celle de la Sambre moyenne.
Une seconde étape fut franchie vers le milieu XII e siècle pour doter le fief de fortifications castrales périphériques à Trélon, Sassogne et Landrecies.
– Entre la Sambre et l’église paroissiale fut édifié un castrum de plan carré de 80 à 90 m environ de côté. Les courtines du castrum se développaient sur 80 m environ de longueur. Elles étaient renforcées aux angles par des tours rondes en forte saillie, à parois fortement talutées, percées de longues et fines archères. Le flanc nord possédait une tour supplémentaire occupant le milieu de la muraille. De ces tours, une seule, celle qui occupait l’angle sud-est du castrum subsiste.
– La ville basse formait à l’origine la basse cour du château et possédait pour unique moyen de défense un fossé noyé par les eaux de la Sambre.
– La ville haute comprenait une partie intensément bâtie qui s’étendait à l’est du château, formant un espace carré de 90 m de côté et une partie plus verdoyante et plus étroite de 60 m environ de largeur. Très vraisemblablement, l’agglomération n’était protégée à l’origine que par un très large fossé, de 23 à
25 m de largeur.
Ce n’est qu’au tout début du XIVe siècle que débute la construction des murailles urbaines et des portes en maçonnerie. Landrecies ne possédait que deux portes, l’une à l’entrée est, connue à l’époque sous le nom de « porte le Comte Guy » et l’autre, « la neuve porte », construite à la sortie de la ville basse. Dès cette époque, Landrecies avait atteint à l’est, à l’ouest et au nord les limites qui seraient celles, définitives, du corps de la place.
L’incendie de la ville en 1477, par les soldats de Louis XI, fut suivi d’une campagne de restauration et d’amélioration des fortifications urbaines. Les plus notables furent le remplacement des tours d’angle rondes par des tours carrées d’artillerie et le renforcement de la courtine la plus exposée, parallèle à la Sambre, par des terrées.
Les fortifications du XVIème siècle

Prise par les troupes du duc de Vendôme en 1521, Landrecies fit retour à l’Empire par le traité de Madrid. Dès juillet 1523 commença une campagne de nouveaux travaux qui marquèrent progressivement le passage à une fortification horizontale en renforçant les capacités du site à éloigner l’assaillant (construction d’un batardeau destiné à retenir les eaux des fossés, creusement sur le front nord d’un fossé régulier avec escarpe et contrescarpe…).
Néanmoins, les défenses étaient encore archaïques et hétéroclites lorsque la place fut prise en 1543 par François I er. Le roi fit alors appel à un ingénieur italien, Giralamo Marini, afin de pourvoir Landrecies de fortifications plus modernes. Mais, parant au plus pressé, les travaux de bastionnement des murs
se firent hâtivement.
Rendue à son propriétaire Philippe de Croÿ, par le traité de Crépy-en-Laonnais, Landrecies fut cédée en 1545 à Charles Quint qui fit de celle-ci « le sûr rempart du Hainaut » : fossés élargis, approfondis et réguliers, courtines terrassées plus épaisses et revêtues, cinq bastions assez réguliers à orillons plats, portes ouvertes dans les fronts est et ouest.

Les innovations du XVIIème siècle
Sous la domination espagnole, les améliorations notables du corps de la place portèrent sur les dehors (construction de demi- lunes, de petits bastions, …).
Prise par les troupes du cardinal de la Valette en 1637, Landrecies allait rester française pendant dix ans. Les défenses de la place furent alors reconsidérées et exécutées selon les principes du chevalier Antoine Deville chargé de fortifier les villes cédées à la France. L’effort porta principalement sur les dehors. La ville basse, complètement détruite en 1637, fut quasiment abandonnée.
Reprise par Turenne et la Ferté en 1655, Landrecies devint définitivement française par le traité des Pyrénées en 1659. Des travaux furent exécutés de 1667 à 1688 selon les vues et les principes de Vauban. La mise en eau des fossés et l’inondation tendue autour de la place furent nettement améliorées.
Compléments historiques sur les innovations du XVIIᵉ siècle à Landrecies :
Le rôle des ingénieurs espagnols avant 1637
Avant la prise de 1637, les ingénieurs espagnols avaient déjà entrepris plusieurs modernisations pour adapter la place aux progrès de l’artillerie. Ils ajoutèrent notamment :
- des demi-lunes pour protéger les portes,
- des petits bastions destinés à renforcer les angles morts,
- des ouvrages avancés pour éloigner l’ennemi du corps de place.
Ces travaux témoignent de la volonté espagnole de maintenir Landrecies comme un verrou important sur la Sambre.
L’intervention du chevalier Antoine Deville (1637–1647)
Lorsque Landrecies devient française pour dix ans, Antoine Deville — l’un des plus grands ingénieurs militaires avant Vauban — applique ses principes :
- renforcement des dehors (ouvrages extérieurs),
- amélioration des chemins couverts,
- création de tenailles et de contre-gardes,
- rationalisation des lignes de tir.
Deville cherche à adapter la place aux nouvelles méthodes de siège, notamment celles utilisées pendant la guerre de Trente Ans. La ville basse, détruite en 1637, n’est pas reconstruite : on privilégie une défense compacte et plus facile à tenir.
La période française après 1659 : une place stratégique du Pré Carré
Après le traité des Pyrénées, Landrecies devient un élément essentiel de la frontière nord. Avant même l’intervention de Vauban, plusieurs ingénieurs français (dont Marini et Chamois) proposent :
- d’élargir les fossés,
- de renforcer les bastions existants,
- de perfectionner les systèmes d’inondation,
- d’améliorer la communication entre les ouvrages.
Ces projets préparent le terrain pour les travaux plus ambitieux de Vauban.
Les innovations vaubaniennes (1667–1688)
Lorsque Vauban intervient, il ne se contente pas d’améliorer : il réorganise la place selon ses principes :
- perfectionnement du système d’inondation,
- création d’un réseau d’écluses permettant de noyer la vallée,
- renforcement des bastions et des demi-lunes,
- amélioration du profil des remparts pour mieux résister à l’artillerie,
- rationalisation du chemin couvert et des places d’armes.
Landrecies devient alors une place forte moderne, parfaitement intégrée au Pré Carré, cette double ligne de fortifications destinée à protéger le royaume.
Du XVIIIᵉ siècle au démantèlement : une place forte en mutation
Au XVIIIᵉ siècle, Landrecies demeure une place forte importante du dispositif frontalier français. Bien que les grands travaux de Vauban soient achevés, la ville continue de faire l’objet d’améliorations ponctuelles destinées à adapter ses défenses aux évolutions de l’artillerie. Les ingénieurs du Génie entretiennent les bastions, renforcent les chemins couverts et veillent au bon fonctionnement du système d’inondation, élément essentiel de la stratégie défensive locale. La place conserve ainsi un rôle militaire actif, tout en voyant son urbanisme se stabiliser autour de l’enceinte bastionnée.
La fin du XVIIIᵉ siècle et les guerres révolutionnaires rappellent l’importance stratégique de Landrecies. La ville subit plusieurs sièges, dont celui de 1794, particulièrement éprouvant. Malgré les dommages, les fortifications restent opérationnelles et continuent d’être utilisées au début du XIXᵉ siècle. Sous l’Empire puis sous la Restauration, la place est maintenue dans le réseau défensif, mais les progrès rapides de l’artillerie rendent progressivement ses ouvrages moins adaptés aux nouvelles formes de guerre.
Au cours du XIXᵉ siècle, Landrecies perd peu à peu son statut de place forte de premier plan. Les priorités militaires se déplacent vers d’autres secteurs, et les remparts, coûteux à entretenir, ne bénéficient plus que de réparations limitées. Après les sièges de 1814 et 1815, quelques restaurations sont entreprises, mais l’ensemble reste vieillissant. L’enceinte bastionnée, autrefois modèle de modernité, devient progressivement un héritage du passé plus qu’un outil stratégique.
Cette lente perte d’importance de la valeur stratégique aboutit finalement au déclassement officiel de la place en 1894 : Landrecies n’est plus considérée comme un point militaire essentiel, ouvrant la voie aux réflexions sur le démantèlement de ses fortifications.

Le démantèlement
Après son déclassement en 1894, la place forte de Landrecies entre dans une nouvelle phase de son histoire. Bien que les fortifications de Vauban aient traversé les siècles sans transformations majeures, leur utilité militaire est désormais jugée dépassée. Les ingénieurs du Génie avaient pourtant souligné à plusieurs reprises la solidité de l’enceinte et les enseignements tirés des sièges passés, notamment celui de 1712, mais ces arguments ne suffisent plus face aux évolutions de l’artillerie moderne et aux besoins croissants d’urbanisation.
Devenue « un bijou archaïque », la place voit son démantèlement débuter en mai 1895, avec l’ambition de libérer de nouveaux espaces pour le développement urbain. Cependant, les projets de la municipalité sont brutalement interrompus par la Première Guerre mondiale. En 1918, il ne s’agit plus d’aménager de nouveaux quartiers, mais de rebâtir les édifices publics détruits et de relever une ville meurtrie, presque entièrement ravagée par les bombardements.
Malgré ces destructions, Landrecies a conservé son identité d’ancienne ville de garnison. Quelques constructions rappellent encore aujourd’hui son passé militaire : la tour du château, la caserne Clarke et la caserne Biron demeurent les témoins les plus visibles de cette longue histoire. (Extrait : Évolution des fortifications de Landrecies, J.-L. Boucly)
Pour mieux comprendre ce que devint Landrecies après ces transformations et ces épreuves successives, il est utile de suivre l’évolution de la ville au cours du XXᵉ siècle, entre reconstruction, réaménagements urbains et redécouverte progressive de son patrimoine fortifié.
Dès la fin de la Première Guerre mondiale, la ville dut se reconstruire presque entièrement. Les priorités furent d’abord la remise en état des infrastructures essentielles : ponts, voies de communication, bâtiments administratifs et habitations. Les anciennes structures militaires, déjà fragilisées par le démantèlement de la fin du XIXᵉ siècle, furent souvent négligées au profit de la reconstruction civile. Certaines portions de l’enceinte disparurent alors définitivement, tandis que d’autres furent intégrées au nouveau tracé urbain.
Au cours du XXᵉ siècle, l’urbanisation progressive de Landrecies effaça encore quelques vestiges, mais la ville conserva malgré tout son identité de place forte. Les reliefs des anciens fossés, les alignements de rues hérités du plan bastionné et la présence de bâtiments militaires rappellent encore aujourd’hui l’importance stratégique qu’eut la cité pendant plusieurs siècles. Depuis les années 1970, un regain d’intérêt pour le patrimoine fortifié a permis de mieux documenter, protéger et valoriser les éléments subsistants, offrant aux visiteurs un aperçu précieux de l’histoire défensive de Landrecies.
Conclusion
L’histoire des fortifications de Landrecies, depuis leur apogée sous Vauban jusqu’à leur démantèlement puis leur lente redécouverte, témoigne de la capacité de la ville à se réinventer sans renier son passé. Malgré les destructions, les transformations urbaines et les usages successifs, la cité a conservé les traces essentielles de son identité militaire. Aujourd’hui encore, ces vestiges, parfois discrets mais toujours éloquents, rappellent la place stratégique qu’occupa Landrecies pendant plusieurs siècles et invitent à porter un regard attentif sur un patrimoine aussi fragile que précieux.
Avesnes-sur-Helpe

Avesnes-sur-Helpe a beaucoup de charme et de cachet, ses hauteurs se découpant dans un paysage de bocage et les pierres bleues de ses courtines répondant harmonieusement aux maisons de pierre et de briques couvertes d’ardoises. Vauban jugeait ses murailles des plus belles et des mieux entretenues.
La ville a toujours été une place forte. Juchée sur des plateaux escarpés, elle domine le cours de l’Helpe et possède des fortifications depuis le début du Moyen-âge, notamment lorsque le seigneur des lieux, Wédric le Barbu édifia une tour au XIe siècle. Il s’agissait d’une grosse tour dont les fouilles effectuées au milieu des années 1970 ont permis d’en déterminer les dimensions :20 m x 17 m. Elle avait deux ou peut-être trois étages. Le rez-de-chaussée servait de grenier et de magasin; au-dessus se trouvaient le logis et la salle commune; et plus haut encore les chambres avec la salle de guet. Pas de porte au rez-de-chaussée : on accédait au premier étage par une passerelle en plan incliné (source : Camille Enlart : Manuel d’archéologie française). Ce donjon couronnait le rocher sur lequel fut édifié par la suite la prison, laquelle existait encore dans les années 1970. An nord de la tour, c’était le roc abrupt, à l’ouest un ravinement qu’emprunte de nos jours la rue Léo Lagrange dite Grand’Rue. Ailleurs, elle était protégée par un fossé at au delà, sur une levée de terre, une palissade en planches solidement attachées formait l’enceinte. Ce château n’était pas en fait une résidence seigneuriale à proprement parler mais un ouvrage de fortifications. Les textes du XI e siècle qualifient Avesnes de Castellum ou de castra.
Gossuin d’Oisy, neveu de Thierry lui même fils de Wédric le Barbu améliora non seulement les fortifications du château mais établit une seconde enceinte renfermant et protégeant les maisons de la ville. Il est ainsi le premier à avoir créé les remparts d’Avesnes. Il étendit son château qui devint une résidence féodale comprenant avec le donjon, des dépendances, une « basse-cour » c’est à dire une esplanade qui deviendra par la suite la Petite Place, berceau de la cité. Il existait des communs, des écuries, une caserne, une prison, des logements et sans doute une chapelle (Dechelette manuel d’Archéologie). Le mur d’enceinte forma alors une ceinture autour de toutes les habitations, groupées elles-mêmes autour du château et de l’église. Gossuin fit bâtir, nous l’avons dit, un donjon c’est à dire une tour, qu’il ne faut pas confondre avec celle édifiée par Wédric quarante ans plus tôt et qui existait encore. On peut donc imaginer que cette grosse tour fut l’une des tours d’angle des fortifications et peut-être celle qui deviendra la tour St Jean dont les proportions permirent à une partie de la population d’y trouver refuge lors des guerres du moyen-âge. On peut ainsi supposer qu’il existait plusieurs tours et que la ville formait alors un véritable quadrilatère, borné par le donjon d’une part et la Tour St Jean (sur l’actuel emplacement du jardin du presbytère) et d’autre part une enceinte supposée se trouvant derrière l’église et allant rejoindre une autre tour dont les vestiges existaient encore autrefois vers les Petits Degrés. Vers le nord, le rempart épousait le rocher, depuis le ravin de la Grand’Rue jusqu’à la Grimpette du Couvent, bordé par un chemin de ronde qui devint par la suite la ruelle Flajolet. Puis il contournait l’église et la Grand’Place pour venir rejoindre la Grand’Rue aux Petits degrés. Telle était vraisemblablement la première enceinte de la ville.
Le comte de Penthièvre, Olivier de Bretagne, seigneur d’Avesnes, songea en début du XV e siècle à sécuriser la ville. Il obtint de la comtesse du Hainaut Jacqueline de Bavière des lettres d’octroi pour lever, dans toute l’étendue de la terre d’Avesnes , pendant six ans à compter du jour de la purification 1422 six deniers au lot de vin ou de bière, avec affectation du produit aux fortifications du chef-lieu de la seigneurie. Ainsi l’enceinte fut considérablement élargie. Au nord, elle dépassait l’Helpe pour englober la basse ville, quartier regroupant l’hôpital et bientôt deux couvents, dont l’un, celui des sœurs grises (plus tard les Recollectines) fut fondé en 1434 par Quentine de Jauche, dame de Mastaing, pour le service de l’Hôpital, et l’autre, celui des Cordeliers (plus tard les Recollets) fondé par la même dame en 1460 sous l’invocation de Saint Bernardin. L’enceinte comportait cinq portes : celle d’Enghien ou du Mauvinage (porte de Mons), celle des Demoiselles (porte de France), la porte Cambrésiene, la porte du Crochet, à l’extrémité de la rue Ste Croix, et une autre porte vers les prairies marécageuses qui ont donné leur nom à la rue des Près.
La lutte de Louis XI contre le Téméraire créant une lourde menace pour le Hainaut, Isabeau de la Tour, agissant comme tutrice de sa fille Françoise de Bretagne (nièce d’Olivier), fit lever un impôt, dit maltote, sur le vins, brassins et breuvages consommés en la ville d’Avesnes, impôt affecté aux fortifications. Cela n’empêcha pas Louis XI de prendre Avesnes le 11 juin 1477. La ville fut arasée avec ses remparts. Les tours avaient été démolies, les murailles abattues, les fossés comblés. En 1490, nouveau désastre. les français s’emparèrent à nouveau de la ville, la pillant et la brûlant.
Cependant en 1502 le seigneur d’Avesnes Charles de Croÿ fit remettre la ville en état de défense, l’enceinte étant reconstruite et les portes rétablies. Un homme était alors chargé d’aller ouvrir les portes le matin et de les fermer le soir, accompagné par le mayeur et le massard, représentant la commune (Michaux, Chronologie des seigneurs d’Avesnes).
C’est en ce début du XVI e siècle que le duc de Croÿ fit bâtir six bastions à oreillons complétés par des galeries de contre-mine. De cette époque a survécu le bastion de la Reine que Vauban doubla dès le début de ses travaux en 1673.

Ce plan est remarquable car tout est reproduit dans le moindre détail (configuration du terrain, des rues, le château et sa tour, les couvents, les chapelles St Jean, Ste Madeleine, Ste Marguerite, St Michel, le terrain vague de la Sottière, les Grands et Petits Degrés, même la Cour du Seigneur).
Ses travaux furent impressionnants avec une redéfinition des ouvrages détachés, un renfort de la garnison de casernes et de poudrières, le perforage de nouvelles portes et la création du Pont-des-Dames. Ce pont écluse à quatre vannes permit de réguler le cours de l’Helpe et de tendre des inondations défensives.
Un mémoire instructif sur la ville d’Avesnes et ses fortifications d’octobre 1742 nous permet de connaitre plus en détail ses remparts.
Ainsi, « Avesnes est fermé par 6 Bastions, dont 4 ont à leur gorge un cavalier ; elle a 5 courtines droites et une brisée, revêtues de maçonnerie commune ; il y a des demi-lunes aussi devant toutes les courtines, dont trois ont des réduits, et 2 bastions sont couverts chacun d’une contre-garde, et à la porte de Mons (35), sur la face droite de la contre- garde (!o), une petite demi-lune coupée avec un réduit
pour couvrir la porte et un autre réduit crénelé à la tête du pont de la porte de France (44). Tous les ouvrages ci- dessus sont environnés de leurs fossés, dont les deux tiers sont secs et l’autre plein d’eau, et garnis dans leur pourtour d’un chemin couvert ; toutes ces pièces de même que les contrescarpes, parapets intérieurs du corps de la place et celui du chemin couvert sont revêtues de maçonnerie.
Il y a deux lunettes et une redoute aussi revêtues de maçonnerie, dont les deux lunettes sont fermées par un avant-chemin couvert faisant front au village d’Avesnelles. La redoute qui est carrée est à la sortie des eaux ; elle n’est
environnée seulement que de la rivière d’un côté.
Il n’y a que le bastion (3) appelé la reine, qui est contre-miné ; tous les autres bastions et demi-lunes ne le sont point, non plus que les chemins couverts.
Le rempart du corps de la place, est fort étroit ; il est appuyé dans son pourtour des maisons bourgeoises, ce qui fait qu’on ne peut faire dans un besoin aucune manœuvre derrière ce rempart ». Source Archives de la Section Technique du Génie Art. 8, Carton 1, N° 17, Avesnes.
Après le déclassement en 1873, la ville oublia son passé militaire. Les remparts restent cependant très présents. Le Bastion royal porte la sous-préfecture et le bastion Saint-Jean restauré en 2006 est le prétexte à la promenade.
Maubeuge

Maubeuge, assise sur un coteau culminant à plus de 20 mètres, laisse découvrir ses fortifications qui ne furent sauvées que de justesse.
En 1677 les Espagnols en quittant la ville détruisirent ses fortifications. Vauban ne souhaitait pas inclure Maubeuge dans le Pré Carré. C’est à la demande des Chanoinesses auprès de Louis XIV que la ville fut fortifiée, servant de rempart à la vallée de la Sambre en fermant la frontière entre Le Quesnoy et Philippeville. Vauban fit table rase du passé : tous les vestiges des fortifications précédentes furent rasés. Vauban fit alors établir des lignes de remparts imposants, hauts d’une dizaine de mètres, flanqués de sept bastions à oreillons. Une ceinture de demi-lunes cernée de fosses renforçât l’ensemble. La construction s’effectua en un temps record de 1679 à 1685. Vauban modifia également le passage de la Sambre pour ses nouvelles fortifications qui furent une véritable réussite.
Jusqu’en 1914 la place forte de Maubeuge était considérée comme une place forte de 2 ème classe. Détruite à 98 % pendant la première Guerre mondiale la ville conserva cependant ses fortifications. A partir des années 1920 commença le démantèlement qui s’arrêta lorsque la menace de la Seconde Guerre mondiale devint une réalité. Malheureusement, le mal était fait : toute la partie sud de l’enceinte (la rive Limite de la Sambre) avait disparue.
On peut néanmoins parcourir le chemin couvert et le fossé de la demi-lune. Les cavaliers, les arrondis, les obliques et saillants des murailles offrent de superbes perspectives. Il faut également admirer la Dame de garde avec son chapeau chinois, cet obstacle massif en forme de tourelle, posé au dessus d’un batardeau pour empêcher le passage de l’assiégeant.
Source : Extraits du Hors Série Pays du Nord Année 2007 : Vauban Balades sur les traces d’un homme de Génie
Étapes de la Fortification
670 Fondation d’un ermitage par Sainte Aldegonde
Xe siècle Implantation d’une forteresse qui peu a peu s’entoure de palissades et de fosses.
1167 Achèvement par le comte Baudouin de la première véritable muraille, qui s’appuie au nord-est sur la clôture du chapitre de Sainte Aldegonde et borde la rive nord de la Sambre.
XIVe siècle Élévation par le comte Guillaume II d’impressionnantes fortifications englobant la Sambre t le fond de vallée. Les six portes et trente-deux tours entourées de fosses en eau forment une révolution de plus de 3000 mètres.
1478 Destruction complète de la ville par Louis XI.
1594 Construction d’une fortification remparée mais non bastionnée. Seules les quatre portes principales sont munies de demi-lunes.
Fin XVIIe siècle La ville et ses murs sont en ruine quand Vauban décide d’intégrer Maubeuge au « Pré carré ». Il adopte un plan heptagonal, garni de demi-lunes. Les hauts bastions (9m) toisent de très larges et profonds fosses secs. La Sambre canalisée mouille toutefois les fosses sud. Grace aux écluses, elle peut inonder la vallée en cas de danger. Pour mener à bien son projet, Vauban ampute la ville de 1/3 de sa superficie. La révolution des murs passe ainsi de 3000m a 1500m.
XIXe siècle Les fortifications mal entretenues ((conséquence des conquêtes et des sièges de 1814 et 1815) connaissent des travaux de restauration entre 1830 et 1840. Peu à peu la ville s’ouvre : en 1877, la porte de France est percée d’une seconde ouverture, en 1885 est construite à l’ouest une troisième porte, dite de Bavay. Portes d’entrée et de sortie des eaux sont rasées afin de faciliter la navigation.
XXe siècle Le déclassement militaire de la ville a lieu le 30 novembre 1928 et dès 1930-1933, les remparts au sud de la Sambre sont démantelés. Bien que classée en 1947, l’enceinte est plus ou moins malmenée par les travaux d’après-guerre et sombre finalement dans l’abandon. Elle connait un regain d’intérêt à partir des années 70 qui marquent une nouvelle ère de sauvegarde et de valorisation de la fortification.
D’après les textes de Yohann TRAVET Historien

Service régional de l’archéologie à la Direction Régionale des Affaires Culturelles
Source : CAUE du Nord – Septembre 2005 Carnet de ville de Maubeuge.
Maubeuge porte encore dans son paysage les traces d’une histoire militaire dense, marquée par destructions, reconstructions et innovations stratégiques. Ses fortifications, remodelées au fil des siècles et profondément transformées par Vauban, témoignent d’un passé où la ville occupait une position clé sur la frontière nord du royaume. Comprendre leur évolution, c’est entrer au cœur d’un territoire façonné par la géopolitique, l’ingénierie et la résilience.
Comprendre les fortifications de Vauban
Les fortifications de Maubeuge appartiennent au système bastionné mis au point par Vauban, fondé sur une géométrie précise et une défense en profondeur. Bastions, demi‑lunes, cavaliers, glacis et fossés secs formaient un ensemble cohérent destiné à retarder l’ennemi et à multiplier les angles de tir. À Maubeuge, cette architecture atteint une grande efficacité grâce à l’adaptation du plan aux reliefs naturels et au contrôle de la Sambre.
Maubeuge dans le Pré Carré
L’intégration de Maubeuge dans le Pré Carré répondait à une logique stratégique : créer une double ligne de places fortes protégeant le royaume. Située entre Le Quesnoy et Philippeville, la ville complétait un maillage défensif destiné à verrouiller la frontière nord. Son rôle était d’autant plus important qu’elle contrôlait un axe de circulation majeur et une vallée facilement franchissable.
Ce qu’il reste aujourd’hui
Malgré les destructions successives, Maubeuge conserve encore des éléments remarquables de son enceinte. Le chemin couvert, les fossés, la demi‑lune et la Dame de garde permettent de comprendre l’organisation de la place forte. Ces vestiges, parfois discrets, offrent de belles perspectives sur la ville et constituent un témoignage précieux de l’ingénierie militaire du XVIIᵉ siècle.
Une lecture sensible du site fortifié
Au‑delà de l’histoire militaire, les fortifications de Maubeuge racontent aussi une relation particulière entre la ville et son paysage. Les courbes des bastions, les volumes massifs, les jeux d’ombre et de lumière créent une atmosphère singulière. Parcourir ces lieux, c’est ressentir la présence d’un passé dense, fait de sièges, de reconstructions et de transformations successives.