
Introduction
À quelques kilomètres de Maubeuge, entre Vieux‑Reng et Élesmes, s’étend une vaste plaine où le vent semble toujours porter un peu plus loin qu’ailleurs. C’est là, au cœur de l’Avesnois, que se trouve l’aérodrome de la Salmagne, un lieu singulier où se mêlent un siècle d’histoire, des passions aéronautiques, des exploits sportifs et, aujourd’hui, des interrogations sur l’avenir.
Né d’un projet militaire dans les années 1930, façonné par les guerres, transformé par les clubs et les associations, l’aérodrome est devenu au fil des décennies un véritable village aéronautique : parachutistes, pilotes privés, vélivoles, constructeurs amateurs, paramotoristes, modélistes… Tous ont trouvé ici un terrain d’expression, un espace de liberté, un lieu de transmission.
Mais depuis quelques années, la Salmagne se retrouve au centre d’un débat majeur. Entre projets industriels, concertations publiques, pétitions, questions parlementaires et enjeux économiques, son avenir apparaît incertain. Ce site, qui a vu passer des champions du monde, des milliers de sauts, des générations de pilotes, pourrait-il disparaître ou se transformer profondément ?
Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui, il faut remonter le fil du temps, depuis les premiers vols du Pont‑Allant jusqu’aux discussions actuelles. Cette page propose donc un parcours complet, structuré en cinq grandes étapes :
- A. Aux origines : du Pont‑Allant à la Salmagne (1910‑1937) Comment l’aviation est née à Maubeuge et comment le terrain de la Salmagne a été créé.
- B. La Seconde Guerre mondiale : un aérodrome occupé mais détourné (1939‑1945) Une occupation allemande qui transforme le site en exploitation agricole et logistique.
- C. La renaissance civile : aviation légère et parachutisme (1947‑2000) La réouverture, l’essor des clubs, la montée en puissance du parachutisme et des activités aériennes.
- D. Un lieu de vie : clubs, associations et passionnés Le quotidien de la Salmagne, ses acteurs, ses disciplines, son ambiance unique.
- E. Une question d’avenir : projets, controverses et position de l’État (2023‑2026) Les projets industriels, les inquiétudes, les débats publics, les positions officielles.
Ce voyage dans le temps permet de saisir toute la richesse de la Salmagne : un lieu où l’histoire rencontre la passion, où le ciel raconte autant que la terre, où chaque génération a laissé sa trace.
A. Aux origines : du Pont‑Allant à la Salmagne (1910‑1937)

A.1 – Le premier souffle d’aviation : Pont‑Allant, 1910
Au tout début du XXᵉ siècle, l’aviation n’est encore qu’une promesse, un frisson nouveau qui traverse la France. À Maubeuge, ce frisson prend corps sur les champs du Pont‑Allant, à la sortie du faubourg du même nom, le long de la route de Jeumont.
C’est là, en 1910, que les premiers aviateurs locaux s’élancent, fascinant une population qui découvre ces machines fragiles, ces silhouettes de toile et de bois qui défient le ciel. Le terrain n’est alors qu’une prairie sommairement nivelée, mais il devient très vite un point d’ancrage pour la conquête de l’air dans la région.
Ce premier terrain, modeste mais pionnier, sera le berceau d’une histoire aéronautique qui ne cessera plus de se réinventer.
A.2 – La Grande Guerre : un terrain stratégique convoité (1914‑1918)
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, le terrain du Pont‑Allant change de dimension. Il devient un enjeu militaire, utilisé successivement par :
- l’armée française,
- le Royal Flying Corps britannique,
- puis l’aviation allemande, après l’occupation.
Les hangars de fortune se multiplient, les rotations d’appareils s’intensifient, et le terrain devient un poste avancé essentiel pour les opérations aériennes sur le front de Sambre‑et‑Meuse.
Mais à la fin du conflit, l’activité retombe brutalement. Le terrain, abîmé, saturé d’ornières, retrouve peu à peu sa vocation agricole. L’aviation semble s’éloigner de Maubeuge… pour mieux revenir ailleurs.
A.3 – Les années 1930 : l’idée d’un “grand centre d’aviation”
Au début des années trente, l’aviation civile et militaire connaît un essor spectaculaire. Partout en France, on modernise, on agrandit, on construit.
À Maubeuge, l’idée renaît : 👉 créer un véritable terrain d’aviation moderne, capable d’accueillir des appareils plus lourds, plus rapides, plus ambitieux.
En mars 1931, Le Courrier évoque pour la première fois un projet audacieux : un “grand centre d’aviation” de 30 hectares, situé autour de la ferme de la Salmagne, sur les communes de Vieux‑Reng et d’Élesmes.
Le choix du site n’est pas anodin :
- vaste plaine dégagée,
- proximité de la frontière belge,
- accès direct par les routes de Maubeuge,
- absence d’obstacles naturels.
Le projet mûrit lentement, mais il avance.
A.4 – 1936‑1937 : expropriations, nivellement, naissance d’un aérodrome
Les décrets‑lois du 30 octobre 1935 donnent enfin les moyens juridiques d’agir. Le 4 janvier 1937, le ministre de la Défense nationale ordonne l’acquisition des parcelles nécessaires.
Les terrains concernés se situent :
- majoritairement à Vieux‑Reng,
- partiellement à Élesmes,
- et marginalement à Villers‑Sire‑Nicole.
Le 24 juillet 1937, le tribunal d’Avesnes prononce l’ordonnance d’expropriation. Le chantier peut commencer.
À l’automne 1936, les premières équipes nivellent la plaine. Autour de la ferme de la Salmagne, on érige des baraquements en bois, on cimente le chemin d’accès, on prépare les futures installations militaires.
Le terrain prend officiellement le nom de :
👉 Aérodrome de Maubeuge – Élesmes
Un nom qui résonne encore aujourd’hui.
A.5 – Une anecdote fondatrice : l’enveloppe du fermier Juste
L’histoire locale rapporte un épisode savoureux, presque romanesque.
Le fermier Monsieur Juste, propriétaire de la ferme de la Salmagne, est désigné gardien du terrain. On lui remet une enveloppe scellée, à remettre uniquement à l’officier français qui se présenterait en cas d’occupation du site.
Mais lorsque la guerre éclate… 👉 ce ne sont pas les Français qui arrivent, mais les Allemands.
L’enveloppe ne sera jamais remise. Elle restera un symbole silencieux de l’histoire contrariée du lieu.
A.6 – À la veille de la guerre : un aérodrome prêt… mais pas encore utilisé
En 1937‑1939, le terrain est opérationnel, mais encore peu équipé. Il n’a pas le temps de devenir le “grand centre d’aviation” imaginé en 1931.
Pourtant, tout est en place :
- une vaste plaine nivelée,
- des accès consolidés,
- des bâtiments militaires,
- un gardien,
- une vocation aéronautique affirmée.
L’aérodrome de la Salmagne est né. Il attend son heure… qui viendra, mais pas comme prévu.
B. La Seconde Guerre mondiale : un aérodrome occupé mais détourné (1939‑1945)
B.1 – Un terrain prêt… mais pas encore utilisé
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, l’aérodrome de Maubeuge‑Élesmes est là, parfaitement nivelé, doté de baraquements, d’un accès cimenté, et d’un gardien désigné. Tout semble prêt pour accueillir une activité aérienne militaire.
Pourtant, en 1939, le terrain n’a pas encore trouvé sa place dans l’organisation de l’Armée de l’air. Il est opérationnel, mais sous‑utilisé, presque en attente.
Cette attente sera brutalement interrompue.
B.2 – L’arrivée des Allemands : une occupation inattendue
Lorsque les troupes allemandes envahissent la région en mai 1940, l’aérodrome tombe entre leurs mains sans résistance. Et c’est là que l’histoire prend un tournant surprenant.
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les Allemands n’utilisent pas le terrain pour voler. Ils le jugent :
- trop humide,
- mal drainé,
- peu adapté aux appareils lourds de la Luftwaffe.
L’aérodrome, conçu pour accueillir des avions, devient… un espace agricole et logistique.
B.3 – Le fermier Juste et l’enveloppe jamais remise
L’un des épisodes les plus marquants de cette période tient presque du roman.
Avant la guerre, le fermier Monsieur Juste, installé à la Salmagne, avait été désigné gardien du terrain. On lui avait confié une enveloppe scellée, à remettre uniquement à l’officier français qui se présenterait en cas d’occupation.
Mais ce ne sont pas les Français qui arrivent. Ce sont les Allemands.
L’enveloppe restera dans les mains du fermier, intacte, comme un symbole silencieux d’un destin contrarié. Une petite histoire dans la grande Histoire.
B.4 – Un aérodrome transformé en ferme militaire
Les Allemands ne voient pas dans la Salmagne un terrain d’aviation, mais un outil agricole. Ils y installent :
- des cultures,
- des élevages,
- des zones de stockage,
- des infrastructures logistiques.
Le site devient une exploitation militaire, prolongée vers le nord par des terrains réquisitionnés autour de la ferme.
Cette transformation laisse des traces visibles encore aujourd’hui.
B.5 – Les vestiges de l’occupation : des cicatrices dans le paysage
De cette période, plusieurs éléments subsistent :
- des murs pare‑éclats,
- des quais,
- des rails de chemin de fer,
- des traces d’aménagements agricoles militaires.
Ces vestiges, discrets mais tenaces, rappellent que l’aérodrome a été un lieu occupé, transformé, détourné, avant de retrouver sa vocation aéronautique.
B.6 – 1945 : un terrain abîmé, mais un avenir possible
À la Libération, l’aérodrome est dans un état médiocre :
- sol irrégulier,
- drainage insuffisant,
- installations sommaires,
- bâtiments fatigués.
Pourtant, malgré ces faiblesses, le terrain n’est pas abandonné. Il est classé en 1947 parmi les aérodromes publics provisoirement interdits, mais il reste inscrit dans les infrastructures aéronautiques françaises.
Il attend sa renaissance. Elle viendra très vite.
C. La renaissance civile : aviation légère et parachutisme (1947‑2000)
C.1 – 1947 : un terrain fatigué, mais une envie de voler intacte
À la Libération, l’aérodrome de la Salmagne n’a rien d’un terrain flambant neuf. Le sol est irrégulier, les installations sont sommaires, les traces de l’occupation allemande encore visibles. Pourtant, malgré son état, le site n’est pas abandonné.
En 1947, l’État le classe parmi les aérodromes publics… mais provisoirement interdits, le temps de remettre la plateforme en état. Ce classement, loin d’être une condamnation, est au contraire un signe : 👉 la Salmagne reste dans la carte aéronautique française.
Et très vite, les choses s’accélèrent.
C.2 – 1948‑1951 : la réouverture progressive
Dès 1948, les premiers appareils légers basés sur place sont autorisés à voler. Ce sont des avions modestes, lents, mais ils redonnent vie au terrain. Les passionnés reviennent, les hangars se rouvrent, les moteurs toussent à nouveau dans la plaine.
En 1951, l’aérodrome est officiellement rouvert à la circulation aérienne publique, sans restriction. La Salmagne entre alors dans une nouvelle ère : celle de l’aviation légère, de la formation, du loisir, de la passion.
C.3 – 1949 : naissance de l’UASH, le premier pilier
Parmi les premiers à s’installer durablement, on trouve l’Union Aérienne Sambre et Helpe (UASH), créée en 1949. C’est un aéroclub à l’ancienne, avec :
- un mécanicien bénévole,
- des instructeurs passionnés,
- une flotte modeste mais entretenue avec amour,
- et une ambiance conviviale qui deviendra la marque de fabrique du lieu.
L’UASH forme des générations de pilotes, du simple brevet de base aux licences plus avancées. Pour beaucoup, la Salmagne devient le premier ciel, celui où l’on découvre la liberté.
C.4 – Le parachutisme : une vocation naturelle
Très vite, l’aérodrome attire une autre discipline : 👉 le parachutisme.
Le Centre École Régional de Parachutisme de Maubeuge (CERPM) s’y installe et transforme la Salmagne en haut lieu de la chute libre. Le site est idéal :
- vaste plaine dégagée,
- peu d’obstacles,
- aérologie stable,
- proximité de la Belgique,
- ambiance sportive et familiale.
Le CERPM devient une référence nationale, puis internationale. Des milliers de sauts y sont réalisés chaque année, et les plus grands champions y passent.
En 2008, l’aérodrome accueille même les championnats du monde de parachutisme, avec un invité inattendu : 👉 Zinédine Zidane, venu soutenir l’équipe de France.
Un moment qui restera gravé dans la mémoire du site.
C.5 – L’essor des clubs : une mosaïque de passions
À partir des années 1960‑1970, la Salmagne devient un véritable écosystème aéronautique, où cohabitent plusieurs disciplines :
- Aéromodélisme : le club AABS réunit les passionnés de modèles réduits, en vol extérieur comme en indoor.
- Paramoteur : les Albatros offrent des balades aériennes douces, accessibles, poétiques.
- ULM : le club ULM Évasion forme et accompagne les pilotes dans une ambiance familiale.
- Planeur : le CAVA (Centre Aéronautique Vélivole de l’Avesnois) propose des vols silencieux, portés par les ascendances.
- Réseau du Sport de l’Air : des constructeurs amateurs qui bâtissent, restaurent, réparent leurs propres machines.
Chaque club apporte sa couleur, son énergie, son savoir‑faire. La Salmagne devient un village aéronautique, un lieu où l’on apprend, où l’on partage, où l’on rêve.
C.6 – Une plateforme vivante : formation, loisirs, tourisme
Au fil des décennies, l’aérodrome devient :
- un centre de formation pour pilotes privés, parachutistes, vélivoles, pilotes ULM,
- un lieu de découverte pour les familles, les écoles, les curieux,
- un point de vue unique sur l’Avesnois, ses bocages, ses vallons, ses forêts,
- un espace de convivialité, avec un restaurant, des journées portes ouvertes, des barbecues, des événements.
La Salmagne n’est pas seulement un terrain d’aviation. C’est un lieu de vie, un poumon associatif, un repère identitaire pour tout le territoire.
C.7 – À la fin du XXᵉ siècle : un aérodrome pleinement ancré dans l’Avesnois
À l’aube des années 2000, l’aérodrome de la Salmagne est :
- reconnu,
- fréquenté,
- structuré,
- animé,
- et profondément intégré à la vie locale.
Il accueille :
- des milliers de sauts,
- des centaines d’heures de vol,
- des stages,
- des compétitions,
- des formations,
- des événements grand public.
La Salmagne est devenue un pilier de l’aviation légère dans le Nord, un lieu où se croisent les générations, les disciplines, les rêves.
D. Un lieu de vie : clubs, associations et passionnés
D.1 – Une plateforme qui rassemble : l’esprit Salmagne
À la Salmagne, on ne vient pas seulement pour voler. On vient pour partager, pour apprendre, pour transmettre. Depuis les années 1950, l’aérodrome est devenu un véritable village aéronautique, où se croisent pilotes, parachutistes, vélivoles, constructeurs amateurs, familles, curieux, bénévoles, et passionnés de tous horizons.
Ce qui frappe d’abord, c’est l’ambiance : une convivialité simple, chaleureuse, presque familiale. On s’y tutoie vite, on s’y retrouve autour d’un café, d’un barbecue, d’un briefing, d’un vol du soir. La Salmagne, c’est un lieu où l’on vit autant qu’on vole.
D.2 – Le CERPM : la cathédrale du parachutisme
Le Centre École Régional de Parachutisme de Maubeuge (CERPM) est l’un des piliers du site. Il a vu passer :
- des champions du monde,
- des équipes nationales,
- des milliers de débutants,
- des passionnés venus de toute l’Europe.
Avec ses avions, ses instructeurs, ses zones de pliage, ses équipes soudées, le CERPM a fait de la Salmagne un haut lieu de la chute libre. Chaque année, près de 15 000 sauts y sont réalisés.
En 2008, l’aérodrome accueille même les championnats du monde de parachutisme, un événement majeur, marqué par la présence de Zinédine Zidane, venu soutenir les équipes françaises. Un moment de fierté pour tout le territoire.
D.3 – Les Albatros : le paramoteur en douceur
À l’opposé de la chute libre, il y a le paramoteur, discipline poétique, presque méditative. Le club Les Albatros propose des vols doux, silencieux, à basse altitude, où l’on survole l’Avesnois comme on feuillette un livre d’images.
Le paramoteur attire :
- des débutants,
- des curieux,
- des pilotes en quête de liberté simple,
- des photographes,
- des amoureux du paysage.
C’est une autre façon de voler, plus lente, plus contemplative, mais tout aussi magique.
D.4 – L’AABS : l’aéromodélisme, l’école de la précision
Le club AABS (Association d’Aéromodélisme du Bassin de la Sambre) réunit les passionnés de modèles réduits. Ici, on apprend :
- la rigueur,
- la mécanique,
- l’aérodynamique,
- la maîtrise du geste,
- la sécurité.
Les vols se pratiquent en extérieur, mais aussi en indoor, ce qui permet une activité toute l’année. Pour beaucoup de jeunes, l’aéromodélisme est la porte d’entrée vers l’aéronautique.
D.5 – L’UASH : l’aéroclub historique
L’Union Aérienne Sambre et Helpe (UASH), fondée en 1949, est l’un des plus anciens clubs du site. Son ADN :
- un mécanicien bénévole,
- des instructeurs passionnés,
- une flotte entretenue avec soin,
- une ambiance conviviale,
- des journées “le jour le plus long”,
- des vols touristiques sur l’Avesnois, le Val Joly, l’Eau d’Heure.
L’UASH forme des générations de pilotes privés. Pour beaucoup, la Salmagne est le premier ciel, celui où l’on découvre la liberté.
D.6 – ULM Évasion : voler autrement
Le club ULM Évasion propose une aviation plus accessible, plus légère, plus intuitive. Dans une ambiance familiale, les bénévoles apprennent aux pilotes à :
- maîtriser les machines,
- comprendre la météo,
- voler en sécurité,
- découvrir la région vue du ciel.
L’ULM, c’est la liberté pure : décoller, glisser dans l’air, suivre les haies, les rivières, les villages.
D.7 – Le Réseau du Sport de l’Air : construire son propre avion
Le Réseau du Sport de l’Air (RSA) apporte une dimension unique : 👉 la construction amateur.
Ici, on fabrique, on restaure, on répare. On travaille le bois, le métal, la toile. On assemble des pièces, on règle des commandes, on ajuste des ailes.
C’est l’aéronautique dans ce qu’elle a de plus noble : le geste, la patience, la transmission.
D.8 – Le CAVA : le planeur, l’art du silence
Le Centre Aéronautique Vélivole de l’Avesnois (CAVA) propose une expérience aérienne incomparable : voler sans moteur, porté par les ascendances, dans le silence absolu.
Le planeur, c’est :
- la finesse,
- la lecture du ciel,
- la maîtrise de l’énergie,
- la glisse pure,
- le sifflement de l’air comme seule musique.
Les vols du soir, au-dessus des bocages, sont parmi les plus beaux moments que la Salmagne puisse offrir.
D.9 – Un lieu de vie, un lieu de cœur
Au-delà des disciplines, l’aérodrome est un lieu de rencontres :
- journées portes ouvertes,
- barbecues,
- événements sportifs,
- stages,
- baptêmes de l’air,
- rassemblements associatifs.
On y vient pour voler, mais on y revient pour l’ambiance, pour les gens, pour l’esprit Salmagne.
Un esprit fait de passion, de transmission, de simplicité. Un esprit qui fait de cet aérodrome bien plus qu’un terrain : 👉 un patrimoine vivant.
E. Une question d’avenir : projets, controverses et position de l’État (2023‑2026)
E.1 – Un aérodrome apprécié, mais fragilisé
Au début des années 2020, l’aérodrome de la Salmagne est un site dynamique : des milliers de sauts en parachute, des vols touristiques, des formations, des clubs actifs, un restaurant, des emplois directs et indirects. Pour beaucoup d’habitants, c’est un symbole du territoire, un lieu de vie, un repère.
Mais à partir de 2023, un vent d’incertitude souffle sur la plaine de Vieux‑Reng et d’Élesmes. L’aérodrome, pourtant bien ancré dans l’Avesnois, se retrouve au cœur d’un projet de reconversion industrielle porté par la Communauté d’agglomération Maubeuge‑Val de Sambre (CAMVS).
E.2 – Le projet de zone d’activités : ambitions et interrogations
La CAMVS souhaite récupérer 85 à 120 hectares du site pour créer une zone d’activités stratégique, labellisée “site clé en main France 2030”. L’objectif affiché :
- attirer des entreprises industrielles,
- soutenir la réindustrialisation verte,
- créer 1 000 à 3 000 emplois à terme,
- renforcer l’attractivité économique du territoire.
Plusieurs pistes ont été évoquées au fil des années :
- une usine textile,
- une gigafactory,
- un data center,
- des projets industriels divers.
Selon les articles de presse que tu m’as fournis, certains habitants et associations estiment que des friches industrielles existent déjà dans l’agglomération et pourraient accueillir ces projets. Ces points de vue doivent être confirmés auprès de sources fiables.
E.3 – Les inquiétudes des clubs et des habitants
Face à ces annonces, les usagers de l’aérodrome expriment leurs inquiétudes :
- disparition d’un lieu de formation aéronautique,
- perte d’un pôle sportif majeur,
- impact sur les emplois existants,
- fin d’un site historique,
- difficulté à reloger les activités ailleurs.
Plusieurs pétitions ont été lancées en ligne, totalisant plus de 8 000 signatures selon les articles que tu m’as transmis. Une journée portes ouvertes, en mai 2025, aurait réuni plus de 3 000 visiteurs, signe d’un attachement fort au site. Ces chiffres doivent être vérifiés auprès des sources officielles.
E.4 – La presse spécialisée : un débat national
Des articles publiés dans la presse aéronautique — notamment Aviation & Pilote — présentent la Salmagne comme un exemple national de terrain menacé par des projets industriels. Ces articles soulignent :
- le rôle des aérodromes dans la formation des pilotes,
- leur utilité pour la sécurité aérienne,
- leur contribution à l’économie locale,
- leur importance pour les vocations aéronautiques.
Ces analyses reflètent le point de vue de leurs auteurs et doivent être lues dans leur contexte.
E.5 – La question parlementaire n°369 (2025)
En juin 2025, une question orale est posée à l’Assemblée nationale par le député Michaël Taverne. Il y exprime :
- l’importance économique et associative du site,
- les projets en cours (filière aéronautique, école de drones, piste de BMX),
- les usages stratégiques (secours, logistique industrielle),
- l’opposition locale à la fermeture,
- les doutes sur la faisabilité du projet industriel.
Ce discours reflète la position du député et doit être confirmé par les sources officielles.
E.6 – La réponse du ministre chargé des transports
Le ministre Philippe Tabarot apporte une réponse structurée, que je résume ici :
1. L’État reconnaît l’importance du réseau aéronautique français
Il rappelle que les aérodromes jouent un rôle essentiel dans :
- la sécurité aérienne,
- la formation,
- l’activité économique.
2. Mais l’aérodrome de Maubeuge a été décentralisé en 2006
Depuis la loi du 13 août 2004, l’aérodrome appartient entièrement à la CAMVS. La collectivité locale a donc pleine compétence pour décider de son avenir.
3. Les missions de secours sont désormais assurées ailleurs
Une hélistation moderne a été ouverte en 2021 au centre hospitalier de Maubeuge.
4. Pour les activités aériennes professionnelles
L’aéroport de Valenciennes‑Denain, plus équipé, peut accueillir certaines opérations.
5. Conclusion du ministre
L’avenir de la Salmagne dépend exclusivement de la CAMVS, dans le respect des règles de réorientation des usagers.
Ces éléments doivent être confirmés auprès des sources officielles.
E.7 – Concertation, études et incertitudes (2024‑2026)
La CAMVS a saisi la Commission nationale du débat public (CNDP) pour accompagner la concertation. Des garants ont été nommés pour analyser :
- les enjeux environnementaux,
- les études pyrotechniques,
- les fouilles archéologiques,
- les impacts sur les activités existantes.
Les conclusions définitives ne sont pas encore connues. Le site reste ouvert, mais son avenir demeure incertain.
E.8 – Un enjeu territorial majeur
L’aérodrome de la Salmagne se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins :
- un patrimoine aéronautique vivant,
- un pôle sportif reconnu,
- un lieu de formation,
- un espace de loisirs,
- un site convoité pour l’industrie.
Son avenir dépendra :
- des décisions de la collectivité,
- des résultats des études,
- des concertations,
- et de l’équilibre entre développement économique et préservation du patrimoine.
Conclusion
L’aérodrome de la Salmagne n’est pas un simple terrain d’aviation. C’est un lieu où se croisent un siècle d’histoire, des générations de pilotes, des milliers de rêves, et une communauté soudée par la passion du ciel. Né d’un projet militaire, façonné par les guerres, transformé par les clubs, il est devenu au fil des décennies un patrimoine vivant, un espace de liberté, de formation, de sport et de convivialité.
Ici, on apprend à voler, à chuter, à planer, à construire, à transmettre. Ici, on découvre l’Avesnois vu du ciel, on partage un café avant un vol, on se retrouve autour d’un barbecue, on encourage les jeunes, on accueille les curieux. La Salmagne, c’est un lieu où l’on vient pour l’aviation, mais où l’on revient pour les gens.
Aujourd’hui, son avenir est en suspens. Entre projets industriels, concertations, études et débats, l’aérodrome se trouve à la croisée des chemins. Mais quelle que soit l’issue, une chose demeure : 👉 la Salmagne a marqué durablement l’histoire du territoire, et son empreinte restera dans les mémoires comme dans les paysages.
Car un aérodrome, ce n’est pas seulement une piste. C’est un horizon.
Fresque chronologique
- 1910 — Premiers vols sur le terrain du Pont‑Allant, berceau de l’aviation maubeugeoise.
- 1914‑1918 — Le terrain est utilisé successivement par les armées française, britannique et allemande durant la Première Guerre mondiale.
- Après 1918 — Le site du Pont‑Allant retourne à l’agriculture.
- 1931 — Le journal Le Courrier évoque la création d’un “grand centre d’aviation” autour de la ferme de la Salmagne.
- 1936‑1937 — Expropriations, nivellement, construction des premiers bâtiments militaires. L’aérodrome Maubeuge‑Élesmes est officiellement créé.
- 1940‑1945 — Occupation allemande : le terrain est utilisé pour l’agriculture et la logistique, non pour l’aviation.
- 1947 — Le terrain est classé parmi les aérodromes publics provisoirement interdits, en attente de remise en état.
- 1948 — Réouverture partielle aux appareils légers basés sur place.
- 1949 — Création de l’UASH, premier aéroclub historique du site.
- 1951 — Réouverture totale à la circulation aérienne publique.
- Années 1960‑1990 — Développement des clubs : parachutisme, planeur, ULM, paramoteur, aéromodélisme, RSA.
- 2008 — Organisation des championnats du monde de parachutisme, avec la présence de Zinédine Zidane.
- 2023‑2026 — Projet de reconversion industrielle porté par la CAMVS ; concertation CNDP ; pétitions et débats publics.
- Aujourd’hui — Un aérodrome toujours vivant, actif, apprécié, mais dont l’avenir reste incertain.
Bibliographie et sources
1. Sources historiques et ouvrages de référence
- Guillemin, Jack. Maubeuge et la conquête de l’Air – Tome I : L’année 1910 – Le meeting du Pont‑Allant. 1986.
- Guillemin, Jack. Des aviateurs méconnus – La Salmagne 1939‑1940. Association Renaissance Vauban – Maubeuge, 1998.
- Anciens Aérodromes. « Aérodrome militaire de Maubeuge – Elesmes (Nord) ». https://www.anciens-aerodromes.com/?p=22007
2. Sources institutionnelles et administratives
- Communauté d’Agglomération Maubeuge‑Val de Sambre (CAMVS). « Zone d’activités de la Salmagne : un levier d’avenir pour l’emploi et le territoire ». https://agglo-maubeugevaldesambre.fr/grands-projets/zone-dactivites-salmagne/
- Assemblée nationale. Question orale n°369 (3 juin 2025) – Avenir de l’aérodrome de la Salmagne. Réponse du ministre chargé des transports (11 juin 2025).
- État français. Convention de transfert de l’aérodrome de Maubeuge à la CAMVS (26 décembre 2006).
3. Sources journalistiques et médiatiques
- France 3 Hauts‑de‑France. « L’aérodrome de la Salmagne menacé de disparition au profit d’une gigafactory ».
https://france3-regions.franceinfo.fr/hauts-de-france/nord-0/maubeuge(france3-regions.franceinfo.fr in Bing) - AeroWeb / Actualité aéronautique. « L’aérodrome de Maubeuge en danger » (9 décembre 2023). https://www.aeroweb-fr.net/actualites/2023/12/laerodrome-de-maubeuge-en-danger
- Aviation & Pilote. Bossuet, Jean‑Michel. « La Salmagne menacée » (2025). (Analyse spécialisée sur les terrains menacés en France.)
- TéléMB. « Championnat du monde de parachutisme à Maubeuge » (2008). https://www.telemb.be
4. Sources locales et touristiques
- Office de Tourisme de l’Avesnois. « Aérodrome de la Salmagne – activités et structures présentes ». https://www.tourisme-avesnois.com
- Aéroclub UASH – Union Aérienne Sambre et Helpe. Présentation du club, historique et activités. https://www.aeroclubmaubeuge.com/
5. Sources associatives et sportives
- CERPM – Centre École Régional de Parachutisme de Maubeuge. Informations sur les activités, formations et compétitions.
- AABS – Association d’Aéromodélisme du Bassin de la Sambre.
- Les Albatros – Club de paramoteur.
- ULM Évasion – Club ULM de la Salmagne.
- CAVA – Centre Aéronautique Vélivole de l’Avesnois.
- Réseau du Sport de l’Air (RSA). Activités de construction amateur et restauration aéronautique.
6. Sources complémentaires
- Témoignages locaux recueillis dans la presse régionale.
- Documents d’archives municipales (Vieux‑Reng, Élesmes, Maubeuge).
- Études environnementales et pyrotechniques (CNDP – Commission nationale du débat public).