🟦 Introduction générale
Le domaine de Gontreuil est l’un des ensembles paysagers les plus singuliers et les plus méconnus de l’Avesnois. Situé entre Bettignies et Gognies‑Chaussée, il offre aujourd’hui un paysage d’une grande cohérence, où se mêlent étangs, allées sinueuses, boisements, perspectives et fabriques tardives. Pourtant, cet équilibre apparent est le résultat d’une histoire longue et complexe, marquée par trois siècles d’aménagements successifs.
Du jardin régulier du XVIIIᵉ siècle au parc paysager romantique du XIXᵉ, en passant par les transformations liées à la Révolution et aux cadastres du Consulat, le domaine n’a cessé d’évoluer. Les plans anciens, les cadastres, les archives communales et les traces encore visibles dans le paysage permettent aujourd’hui de reconstituer cette évolution avec précision.
L’objectif de cette étude est de retracer, étape par étape, la formation du parc de Gontreuil :
- son organisation seigneuriale d’origine,
- les bouleversements du début du XIXᵉ siècle,
- l’agrandissement du domaine,
- l’intervention des paysagistes Bauwens, Gindra et Fuchs,
- et les aménagements tardifs qui complètent la composition.
Cette approche historique permet de comprendre comment un petit enclos seigneurial est devenu un parc paysager d’une grande qualité, témoin précieux de l’art des jardins dans la région.
🟦 1. Présentation générale
Situé entre Bettignies et Gognies‑Chaussée, le hameau de Gontreuil occupe un vallon au nord de l’Avesnois. Ancien fief relevant de la pairie de La Longueville, il dépendait autrefois de la paroisse de Quévy‑le‑Grand. Resté enclave autrichienne jusqu’à la convention de Bruxelles de 1779, il devint ensuite un hameau de Gognies‑Chaussée.
Le domaine passa successivement entre les mains des familles Hennekinne, Robert, de Vinchant, de Knyff et Le Sergeant d’Hendecourt. Son parc, aujourd’hui l’un des ensembles paysagers les plus remarquables du secteur, résulte de trois siècles d’aménagements successifs, du jardin régulier du XVIIIᵉ siècle au parc paysager du XIXᵉ.
🟦 2. Le domaine au XVIIIᵉ siècle : un jardin régulier
📌 2.1. Sources et documents iconographiques
Carte de Ferraris (1771‑1778)
- Plan de la seigneurie de Gontreuil (1777)
- Plan numéroté (1 à 12) réalisé à partir des sources
- Liens : Carte de Ferraris (1771‑1778), Bibliothèque royale de Belgique (KBR) https://www.kbr.be/fr/la-carte-de-ferraris/



📌 2.2. Description synthétique du domaine au XVIIIᵉ siècle
Les documents du XVIIIᵉ siècle montrent un domaine organisé selon les principes du jardin régulier, typique de la fin de l’Ancien Régime. Le château et la ferme qui en dépendait formaient un ensemble compact, structuré autour d’une cour centrale.
Le cœur du domaine
- Le château (1) et la ferme (2) étaient encore partiellement entourés de douves (7).
- Au centre de la cour se dressait un colombier (3), élément statutaire des anciennes seigneuries.
- Un pont (4) permettait de franchir les douves pour accéder au jardin.
Le jardin régulier
Au-delà du pont s’étendait un jardin géométrique, organisé autour d’une allée centrale (5) menant à un bassin circulaire. Cette allée divisait les parterres en compartiments réguliers, tandis que deux allées latérales, bordées de haies taillées (probablement des charmilles), structuraient l’ensemble.
Les espaces annexes
- À l’est, un petit étang rectangulaire et un potager (6) complétaient l’organisation.
- Au nord, une allée de double haies (12), peut‑être taillée en berceau, formait la limite du jardin.
- À l’ouest, un canal (8), issu des douves, séparait le jardin d’un espace boisé (9) parcouru d’une allée coudée.
Les limites du domaine
- À l’est, une drève (10) longeait le jardin et rejoignait le chemin de Gognies à Bettignies.
- Après un angle droit, cette drève formait la limite sud, où se situait l’entrée de la cour (11).
- L’ensemble représentait une superficie d’environ 4 hectares, correspondant à l’enclos seigneurial.
📌 2.3. Résumé visuel (correspondance avec ton plan numéroté)
Pour faciliter la lecture, voici la correspondance entre les numéros de ton plan et les éléments du domaine :
| N° | Élément du domaine | Description |
|---|---|---|
| 1 | Château | Bâtiment principal, partiellement entouré de douves. |
| 2 | Ferme | Bâtiments agricoles dépendant du château. |
| 3 | Colombier | Situé au centre de la cour, élément seigneurial majeur. |
| 4 | Pont | Passage permettant de franchir les douves pour accéder au jardin. |
| 5 | Jardin régulier | Allée centrale, bassin circulaire, parterres symétriques. |
| 6 | Petit étang et potager | Zone utilitaire au nord‑est du jardin. |
| 7 | Douves | Fossés en eau entourant partiellement le château. |
| 8 | Canal | Prolongement des douves, séparant jardin et bois. |
| 9 | Espace boisé | Plantation traversée par une allée coudée. |
| 10 | Drève | Allée bordant le domaine à l’est et au sud. |
| 11 | Entrée de la cour | Accès principal du domaine au XVIIIᵉ siècle. |
| 12 | Allée de haies | Limite nord du jardin, peut‑être taillée en berceau. |
📌 2.4. Synthèse
À la veille de la Révolution, Gontreuil présentait encore l’aspect d’un petit domaine seigneurial classique, organisé autour d’un château entouré de douves, d’un jardin régulier et d’un potager. Cette structure, héritée du XVIIᵉ siècle, allait progressivement disparaître au début du XIXᵉ siècle, lorsque les propriétaires entreprirent de transformer l’ensemble en parc paysager, selon la mode venue d’Angleterre.
🟦 3. Le cadastre du Consulat (1804)
(ADN 30 P 149)
📌 3.1. Sources et documents iconographiques
- Cadastre du Consulat (1804) – Archives départementales du Nord, 30 P 149
- Lien vers la carte : https://archivesdepartementales.lenord.fr/ark:/33518/fqzpkbg04sh3/6f0b2345-5385-482f-9d54-5e1ec0b623d3

📌 3.2. Lecture du cadastre de 1804
Le cadastre du Consulat constitue la première représentation précise du domaine après la Révolution. Il montre un site en transition, où le jardin régulier du XVIIIᵉ siècle commence à disparaître au profit d’usages plus agricoles.
Transformation des jardins
- Les parterres du jardin régulier ont été supprimés et convertis en pâture.
- Seule subsiste, à l’extrémité nord, une zone arborée mentionnée comme « bois particulier », vestige des anciennes salles de platanes.
Maintien des éléments utilitaires
- Le potager est toujours présent, désigné par le terme « jardin ».
- Le petit étang rectangulaire est conservé.
Évolution des douves
- La douve est a disparu.
- Une nouvelle douve apparaît à l’ouest du château, modifiant l’équilibre hydraulique du site.
Disparition de bâtiments anciens
Le cadastre montre la disparition de plusieurs bâtiments qui figuraient encore sur les plans du XVIIIᵉ siècle :
- les constructions situées en face du château,
- dont le colombier, pourtant central dans l’organisation ancienne,
- ainsi qu’une écurie mentionnée dans les sources antérieures.
Modification de l’entrée du domaine
L’entrée de la cour n’est plus située au sud, comme sur la carte de Ferraris. Elle est désormais déplacée le long de la douve ouest, conséquence directe de la disparition des bâtiments de ferme.
Réduction de la cour
La cour seigneuriale est réduite au profit d’une pâture, signe d’une réorganisation fonctionnelle du domaine après la Révolution.
📌 3.3. Synthèse
Le cadastre de 1804 montre un domaine en pleine mutation :
- le jardin régulier disparaît,
- les douves sont réorganisées,
- plusieurs bâtiments anciens sont supprimés,
- l’entrée du château est déplacée,
- et la cour est réduite.
Cette période marque la fin de l’organisation seigneuriale traditionnelle et prépare le terrain aux grandes transformations du XIXᵉ siècle, lorsque les nouveaux propriétaires entreprendront de créer un parc paysager.
4. Le cadastre de 1810 : premiers réaménagements du domaine
(ADN 31 P 711)
📌 4.1. Sources et documents iconographiques
- Cadastre de 1810 – Archives départementales du Nord, 31 P 711
- Liens vers les deux extraits cadastraux : – https://archivesdepartementales.lenord.fr/ark:/33518/t04qzgfpkv3s/6b2c2eee-e6f4-49d7-94ee-c98160fbf7ca – https://archivesdepartementales.lenord.fr/ark:/33518/t04qzgfpkv3s/bc478488-0d1e-467a-99cd-a61447107f39



📌 4.2. Lecture du cadastre de 1810
Le cadastre de 1810 constitue une étape importante dans l’évolution du domaine. Il montre un site qui commence à s’éloigner définitivement du jardin régulier du XVIIIᵉ siècle, tout en annonçant les grandes transformations paysagères du XIXᵉ siècle.
Une nouvelle allée d’accès
L’évolution la plus marquante est la création d’une nouvelle allée d’accès, venant perpendiculairement de la drève et alignée sur la façade du château. Cette allée remplace l’ancien accès latéral visible sur la carte de Ferraris.
Elle marque une volonté de :
- mettre en valeur la façade principale,
- rationaliser l’entrée,
- et amorcer une composition plus axée sur la maison.
Transformation du jardin régulier
Le cadastre de 1810 montre que :
- le bassin circulaire a été déplacé et semble plus imposant que celui du XVIIIᵉ siècle,
- une portion de l’allée centrale du jardin régulier subsiste encore au fond de la parcelle,
- les anciens parterres ont disparu, confirmant la transition déjà amorcée en 1804.
Ces éléments témoignent d’une phase intermédiaire : le jardin régulier n’existe plus vraiment, mais le parc paysager n’est pas encore créé.
Organisation générale du domaine
Le plan de 1810 confirme également :
- le maintien du potager, toujours désigné comme « jardin »,
- la présence du petit étang,
- la persistance de la douve ouest,
- la disparition définitive des bâtiments agricoles situés face au château.
L’ensemble reste encore relativement proche de l’organisation du Consulat, mais les choix d’aménagement montrent une volonté de réorienter le domaine autour du château, en préparant les futurs travaux du XIXᵉ siècle.
📌 4.3. Synthèse
Le cadastre de 1810 révèle un domaine en transition :
- une nouvelle allée d’accès axée sur la façade du château,
- un bassin circulaire déplacé et agrandi,
- la disparition définitive des parterres du jardin régulier,
- la survie partielle de l’allée centrale,
- le maintien du potager et du petit étang,
- une organisation générale qui préfigure les grands travaux paysagers à venir.
Cette période marque la fin du jardin classique et prépare l’arrivée du parc paysager, qui sera mis en œuvre à partir des années 1810‑1840.
🟦 5. Les acquisitions foncières et les premiers aménagements du XIXᵉ siècle
📌 5.1. Contexte général
Au début du XIXᵉ siècle, le domaine de Gontreuil change profondément de nature. Après la période révolutionnaire et la disparition du jardin régulier, les nouveaux propriétaires — Eugénie de Vinchant et son époux Pierre‑Michel‑Charles de Knyff — entreprennent de transformer progressivement l’ancien enclos seigneurial en un parc paysager, selon la mode venue d’Angleterre.
Cette transformation n’est pas immédiate : elle commence par une série d’acquisitions foncières destinées à agrandir le domaine et à lui donner une cohérence nouvelle.
📌 5.2. Les acquisitions foncières (années 1810–1840)
Les matrices cadastrales (ADN 35 P 655) permettent de suivre précisément l’extension du domaine au cours de la première moitié du XIXᵉ siècle.
Extension vers la rivière (ouest et nord‑ouest)
Pierre de Knyff acquiert plusieurs parcelles situées entre le bois et la rivière La Wampe, notamment :
- A 276
- A 285
- A 287
- A 288
- A 330
Ces parcelles, issues du cadastre de 1810, représentent 2 ha 98 a. Elles permettent d’étendre le domaine jusqu’au cours d’eau et de constituer ce qui deviendra le fond du parc, un espace essentiel pour les futurs aménagements paysagers (rivière élargie, cascades, allées sinueuses).
Extension autour du potager et du jardin
Une autre parcelle importante, A 296 (1 ha 50), jouxtant le potager et l’ancien jardin, est également intégrée au domaine. Elle servira plus tard à :
- agrandir le potager,
- installer la grande orangerie,
- créer de nouvelles allées de promenade.
Autres parcelles intégrées
Les matrices cadastrales indiquent aussi que les parcelles A 170 et A 171 du cadastre de 1844 appartiennent à M. et Mme de Knyff de Vinchant. Elles contribuent à la cohérence de l’ensemble et à la constitution d’un parc continu.
📌 5.3. Premiers aménagements paysagers
Ces acquisitions foncières ne sont pas de simples achats agricoles : elles répondent à un projet d’ensemble.
Dès les années 1810–1820, plusieurs travaux préparent la transformation du domaine :
La rivière et le fond du parc
- Le ruisseau La Wampe est élargi par endroits.
- Des barrages et petites cascades sont aménagés pour créer un effet pittoresque.
- Une percée dans le bois permet de voir la rivière depuis l’arrière du château.
- Un accès direct au chemin de Gognies à Bettignies est créé (Pont Guillaume).
Ces travaux donnent au parc une profondeur nouvelle et un caractère romantique.
Le potager-fruitier
Après 1817, un grand potager clos de murs est créé au nord du jardin :
- quatre carrés délimités par des arbres fruitiers,
- espaliers sur les murs,
- plus de 150 variétés de fruitiers,
- couches et forceries permettant la culture de la vigne et même… des ananas.
Un pavillon d’angle est construit au nord‑ouest.
La première orangerie
Une orangerie ancienne, adossée au mur sud du potager, est utilisée pour abriter les agrumes. Elle sera remplacée plus tard par une orangerie plus vaste.
📌 5.4. Synthèse
Entre 1810 et 1840, le domaine connaît une transformation décisive :
- acquisitions foncières importantes,
- extension du domaine jusqu’à la rivière,
- création d’un potager-fruitier remarquable,
- aménagements hydrauliques donnant un caractère pittoresque au fond du parc,
- installation d’une orangerie,
- préparation du terrain pour les grands travaux paysagers à venir.
Cette période constitue la première phase du parc paysager : elle pose les bases du futur dessin du parc, qui sera pleinement développé à partir de 1843 sous l’impulsion du paysagiste J. Bauwens.
🟦 6. Le cadastre de 1844 : un domaine profondément remanié
(ADN 31 P 711)
📌 6.1. Sources et documents iconographiques
- Cadastre de 1844 – Archives départementales du Nord, 31 P 711
- Lien vers la carte : https://archivesdepartementales.lenord.fr/ark:/33518/t04qzgfpkv3s/63362b4b-0e87-4bf1-aa98-10844e85cb98


📌 6.2. Lecture du cadastre de 1844
Le cadastre de 1844 marque une étape décisive dans l’évolution du domaine : il montre un site profondément transformé, annonçant clairement la mise en place du parc paysager.
Un domaine considérablement agrandi
Les acquisitions foncières réalisées entre 1810 et 1840 portent leurs fruits : le domaine s’étend désormais jusqu’à la rivière La Wampe, intégrant :
- les anciennes pâtures,
- les parcelles boisées,
- les terrains achetés pour constituer le fond du parc.
Le domaine a presque doublé de superficie par rapport au XVIIIᵉ siècle.
Apparition de deux étangs
Le cadastre de 1844 montre pour la première fois deux pièces d’eau distinctes :
- Le grand étang
- Il résulte de la réunion de la douve nord et de l’ancien étang rectangulaire.
- Sa forme n’est pas encore celle de l’étang actuel (creusé vers 1845), mais il occupe déjà une place centrale dans la composition.
- Le petit étang
- Situé à l’ouest du potager,
- Il a été régularisé et commence à prendre la forme qu’on lui connaît aujourd’hui.
Ces deux pièces d’eau annoncent le futur dessin paysager.
Une nouvelle avenue d’accès
Le cadastre confirme la création d’une nouvelle avenue oblique, déjà amorcée dans les années 1840 :
- elle remplace l’ancien accès perpendiculaire,
- elle relie directement le domaine au chemin de Gognies à Bettignies,
- elle est pensée pour offrir une perspective d’arrivée plus majestueuse.
Cette avenue deviendra l’un des éléments structurants du parc.
Disparition des bâtiments de ferme
Les bâtiments agricoles situés à l’angle de la basse cour — encore visibles au XVIIIᵉ siècle — ont disparu. Cette suppression :
- dégage la vue sur le château,
- libère l’espace pour les futurs communs (construits à partir de 1841),
- clarifie la composition du parc.
Un nouveau bâtiment au nord du petit étang
Le cadastre fait apparaître un bâtiment rectangulaire au nord du petit étang. Il s’agit très probablement de l’orangerie, reconstruite vers 1860 mais déjà présente sous une forme antérieure.
Intégration du potager dans le parc
Le potager, auparavant séparé du reste du domaine, est désormais pleinement intégré dans la composition :
- il est bordé par les nouvelles allées,
- il s’inscrit dans la logique du futur « Boulevard »,
- il devient un élément structurant du parc paysager.
📌 6.3. Synthèse
Le cadastre de 1844 révèle un domaine en pleine transformation :
- agrandissement considérable du parc,
- création de deux étangs,
- nouvelle avenue oblique,
- disparition des anciens bâtiments agricoles,
- apparition d’une orangerie,
- intégration du potager dans la composition paysagère,
- préfiguration du futur tracé du “Boulevard”.
Ce plan constitue la première représentation complète du parc dans sa configuration moderne. Il annonce les grands travaux qui seront réalisés entre 1843 et 1848 par le paysagiste J. Bauwens, puis complétés par Jean Gindra et Louis Fuchs.
À partir des années 1840, les transformations foncières et hydrauliques laissent place à une nouvelle phase : la création du parc paysager
🟦 7. Les paysagistes du XIXᵉ siècle : Bauwens, Gindra et Fuchs
📌 7.1. Contexte : la volonté d’un véritable parc paysager
À partir des années 1840, le domaine de Gontreuil entre dans une phase décisive. Après avoir agrandi le domaine et réorganisé les abords du château, Pierre‑Michel‑Charles de Knyff et son épouse Eugénie de Vinchant souhaitent désormais donner au site une véritable cohérence paysagère, dans l’esprit des grands parcs anglais.
Pour cela, ils font appel à plusieurs paysagistes professionnels, dont les interventions successives vont façonner durablement le parc.
Trois noms se détachent :
- J. Bauwens (1843–1848)
- Jean Gindra (1849–1855)
- Louis Fuchs (1863–1877)
🟦 7.2. J. Bauwens (1843–1848) : l’architecte du parc
Les plans de 1843
Deux plans de Bauwens sont conservés aux Archives Communales de Gognies‑Chaussée :
- un grand plan général daté du 4 mai 1843,
- un second plan, non daté, portant sur la partie est du parc.
Ces documents montrent que Bauwens a conçu l’ossature complète du parc paysager :
- tracé des allées sinueuses,
- création du Boulevard (nouvelle limite est du parc),
- remodelage des pièces d’eau,
- intégration du potager dans la composition,
- organisation des perspectives depuis le château,
- structuration du bois et de ses clairières.
Les plantations
Le plan distingue :
- les feuillus,
- les conifères,
- les arbres à port fastigié,
- les arbres à port pleureur.
Beaucoup de ces arbres — hêtres pourpres, hêtre pleureur, tulipiers de Virginie, cyprès chauve, platanes — sont encore visibles aujourd’hui.
Les pièces d’eau
Bauwens propose plusieurs formes pour le futur grand étang :
- un étang en bicorne,
- un étang allongé,
- puis la forme finalement retenue : une palette de peintre, avec une presqu’île.
Le grand étang sera creusé vers 1845, conformément à cette dernière version.
La nouvelle avenue
Bauwens valide et intègre la nouvelle avenue oblique, déjà amorcée en 1841–1843 :
- longue de 500 m,
- en courbes successives,
- plantée à l’origine de peupliers d’Italie et de noyers.
Elle devient l’axe majeur d’arrivée au château.
Le petit étang et le rond des orangers
Le petit étang est régularisé et maçonné. Un rond des orangers est prévu dans le plan de 1843, mais il semble avoir été finalement installé à l’ouest du petit étang, dans un hémicycle du bois.
🟦 7.3. Jean Gindra (1849–1855) : le paysagiste des plantations
Après la mort de Pierre de Knyff en 1847, Eugénie poursuit les travaux. Elle fait appel à Jean Gindra, paysagiste d’origine allemande installé dans la région de Liège.
Son rôle
Gindra intervient principalement pour :
- superviser les plantations,
- choisir les essences,
- accompagner le jardinier,
- finaliser certains tracés.
Les journaux d’Edmond de Knyff mentionnent plusieurs visites :
- 5 juin 1849 : Gindra arrive pour « tracer de l’ouvrage aux nécessiteux ».
- 9 novembre 1854 : il accompagne le jardinier pour l’achat d’arbustes.
Un rôle discret mais essentiel
Gindra ne modifie pas le plan de Bauwens : il l’achève, l’enrichit, et l’adapte aux réalités du terrain.
🟦 7.4. Louis Fuchs (1863–1877) : le conseiller du nouveau château
À partir de 1863, le domaine passe à Edmond de Knyff, qui fait construire un nouveau château (achevé en 1869). Il sollicite alors Louis Fuchs, autre paysagiste allemand actif en Belgique.
Ses interventions
Fuchs intervient pour :
- adapter les tracés à la nouvelle architecture,
- renforcer les perspectives,
- conseiller sur les plantations,
- chercher un nouveau jardinier (mention en 1877).
La cohérence du parc
Rien dans le parc actuel ne s’écarte des idées de Bauwens : Fuchs a donc travaillé dans le respect du plan initial, en l’ajustant aux nouveaux besoins.
Il pourrait aussi avoir participé aux derniers agrandissements, notamment à l’aménagement de la Carrière (à partir de 1870), mais cela n’est pas formellement établi.
🟦 7.5. Synthèse
Les trois paysagistes ont joué un rôle complémentaire :
J. Bauwens (1843–1848)
- Conçoit le plan général du parc
- Dessine les allées, les étangs, le Boulevard
- Structure le bois et les perspectives
Jean Gindra (1849–1855)
- Supervise les plantations
- Finalise certains tracés
- Accompagne la mise en œuvre du plan
Louis Fuchs (1863–1877)
- Adapte le parc au nouveau château
- Renforce la cohérence paysagère
- Conseille sur les plantations et l’entretien
Ensemble, ils ont donné au parc de Gontreuil son identité actuelle, un paysage romantique, structuré mais naturel, où se mêlent eau, bois, clairières et perspectives
🟦 8. Les aménagements tardifs du XIXᵉ siècle : Carrière, lac de Constance et grotte de Lourdes
📌 8.1. Contexte général
Après les grandes campagnes de travaux menées entre 1843 et 1877, le parc de Gontreuil est déjà largement constitué :
- allées sinueuses,
- étangs,
- bois structuré,
- perspectives,
- potager-fruitier,
- avenue d’accès.
Mais à partir des années 1870–1900, de nouveaux aménagements apparaissent, plus ponctuels, souvent plus pittoresques, et destinés à enrichir l’expérience du promeneur. Ils reflètent l’évolution du goût à la fin du XIXᵉ siècle, marqué par le romantisme tardif et les jardins « à fabriques ».
Trois ensembles se distinguent :
- la Carrière,
- le lac de Constance,
- la grotte de Lourdes.
🟦 8.2. La Carrière : un paysage minéral et romantique (vers 1870–1880)
Située à l’extrémité nord‑ouest du parc, la Carrière est l’un des aménagements les plus spectaculaires du domaine.
Origine et fonction
- Elle est aménagée dans une ancienne excavation, probablement utilisée pour extraire des matériaux destinés aux travaux du domaine.
- À partir des années 1870, elle est transformée en paysage pittoresque, dans l’esprit des jardins romantiques.
Caractéristiques
- Parois rocheuses irrégulières,
- Végétation spontanée mêlée à des plantations choisies,
- Sentiers étroits serpentant entre les blocs,
- Points de vue en surplomb sur la rivière.
La Carrière devient un lieu de promenade privilégié, offrant un contraste fort avec les grandes pelouses et les étangs du parc.
🟦 8.3. Le lac de Constance : un miroir d’eau tardif (fin XIXᵉ siècle)
À l’ouest du domaine, près de la rivière, se trouve une petite pièce d’eau appelée « lac de Constance » dans les sources familiales.
Caractéristiques
- Forme irrégulière,
- Bordures plantées de saules et d’aulnes,
- Petite île centrale (aujourd’hui disparue),
- Accès par un sentier longeant la Wampe.
Fonction paysagère
Ce lac complète le système hydraulique du parc :
- il prolonge visuellement le grand étang,
- il crée une zone plus sauvage,
- il sert de transition entre le parc aménagé et la rivière.
Il reflète le goût de la fin du XIXᵉ siècle pour les petites pièces d’eau naturalistes, inspirées des paysages alpins ou lacustres.
🟦 8.4. La grotte de Lourdes : une fabrique religieuse (vers 1890–1900)
Comme dans de nombreux parcs aristocratiques de la fin du XIXᵉ siècle, Gontreuil se dote d’une grotte de Lourdes, probablement construite entre 1890 et 1900.
Caractéristiques
- Petite cavité maçonnée ou en rocaille,
- Statue de la Vierge dans une niche,
- Bancs ou murets pour la prière,
- Végétation ombragée (ifs, houx, lauriers).
Fonction
- Lieu de recueillement pour la famille,
- Fabrique pittoresque intégrée au parcours,
- Témoignage de la religiosité de la fin du XIXᵉ siècle.
Ce type de grotte apparaît dans de nombreux domaines aristocratiques après les apparitions de Lourdes (1858), souvent comme élément symbolique autant que décoratif.
🟦 8.5. Synthèse
Les aménagements tardifs du XIXᵉ siècle enrichissent le parc sans en modifier la structure :
- La Carrière apporte un paysage minéral et romantique.
- Le lac de Constance complète le système hydraulique et renforce le caractère naturaliste du fond du parc.
- La grotte de Lourdes introduit une dimension religieuse et pittoresque, typique de la fin du siècle.
Ces éléments témoignent de l’évolution du goût et de la volonté des propriétaires d’offrir au parc une variété de scènes, dans l’esprit des jardins romantiques tardifs.
🟦 9. Synthèse générale : trois siècles d’évolution du domaine de Gontreuil
📌 9.1. Un domaine seigneurial structuré autour d’un jardin régulier (XVIIᵉ–XVIIIᵉ siècle)
À l’origine, Gontreuil est un petit domaine seigneurial typique de l’Avesnois. Le château, la ferme et le colombier s’organisent autour d’une cour centrale, partiellement entourée de douves. À partir du XVIIᵉ siècle, un jardin régulier est aménagé : allée centrale, bassin circulaire, parterres symétriques, potager et petit étang.
La carte de Ferraris (1771‑1778) et le plan de 1777 montrent un ensemble cohérent, clos, d’environ 4 hectares, correspondant à l’enclos seigneurial.
📌 9.2. La rupture révolutionnaire et la disparition du jardin régulier (1800–1820)
Le cadastre du Consulat (1804) révèle un domaine en transition :
- les parterres du jardin régulier disparaissent,
- les douves sont réorganisées,
- plusieurs bâtiments anciens (dont le colombier) sont supprimés,
- l’entrée du domaine est déplacée,
- la cour est réduite au profit de pâtures.
Le cadastre de 1810 confirme ces évolutions : le jardin régulier n’existe plus, mais le parc paysager n’est pas encore créé. Le domaine reste marqué par une organisation utilitaire, héritée de la période révolutionnaire.
📌 9.3. L’agrandissement du domaine et les premiers travaux paysagers (1810–1840)
Sous l’impulsion d’Eugénie de Vinchant et de Pierre‑Michel‑Charles de Knyff, le domaine connaît une transformation profonde :
- acquisitions foncières importantes (près de 5 hectares),
- extension jusqu’à la rivière La Wampe,
- création d’un grand potager-fruitier clos de murs,
- aménagements hydrauliques (élargissement du ruisseau, petites cascades),
- installation d’une première orangerie.
Ces travaux préparent la création d’un véritable parc paysager.
📌 9.4. La création du parc paysager (1843–1877)
Entre 1843 et 1877, trois paysagistes interviennent successivement :
J. Bauwens (1843–1848)
Il conçoit le plan général du parc :
- tracé des allées sinueuses,
- création du Boulevard,
- remodelage des étangs,
- structuration du bois,
- perspectives depuis le château,
- intégration du potager.
Le grand étang est creusé vers 1845 selon son dessin.
Jean Gindra (1849–1855)
Il supervise les plantations, finalise certains tracés et accompagne la mise en œuvre du plan.
Louis Fuchs (1863–1877)
Il adapte le parc au nouveau château (1869), renforce les perspectives et conseille sur les plantations.
À la fin du XIXᵉ siècle, le parc a acquis sa structure définitive.
📌 9.5. Les aménagements tardifs (1870–1900)
Plusieurs éléments pittoresques complètent le parc :
- la Carrière, paysage minéral romantique,
- le lac de Constance, petite pièce d’eau naturaliste,
- la grotte de Lourdes, fabrique religieuse typique de la fin du siècle.
Ces ajouts enrichissent le parc sans en modifier la structure.
📌 9.6. Conclusion générale
Retracer l’histoire du parc de Gontreuil, c’est suivre l’évolution d’un paysage façonné par trois siècles de regards, de goûts et de projets. Du jardin régulier du XVIIIᵉ siècle au parc paysager romantique du XIXᵉ, chaque période a laissé son empreinte, contribuant à modeler un ensemble d’une grande cohérence.
Le domaine de Gontreuil est ainsi le résultat d’aménagements successifs :
- un jardin régulier au XVIIIᵉ siècle,
- une période de transition après la Révolution,
- une extension foncière majeure au début du XIXᵉ siècle,
- la création d’un parc paysager romantique sous l’impulsion de Bauwens, Gindra et Fuchs,
- des ajouts pittoresques à la fin du siècle.
Aujourd’hui encore, le parc conserve :
- la structure dessinée par Bauwens,
- les perspectives voulues par Fuchs,
- les plantations héritées de Gindra,
- et les scènes pittoresques ajoutées à la fin du XIXᵉ siècle.
Gontreuil constitue ainsi l’un des ensembles paysagers les plus remarquables du secteur, alliant histoire, architecture et art des jardins dans une composition d’une grande cohérence.
🟦 Conclusion
Le domaine de Gontreuil n’est pas seulement un ensemble paysager remarquable : c’est un lieu où trois siècles d’histoire se lisent encore dans l’organisation du parc, dans les tracés des allées, dans les étangs, dans les arbres et jusque dans les fabriques tardives. Du jardin régulier du XVIIIᵉ siècle au parc paysager romantique du XIXᵉ, chaque génération de propriétaires a laissé son empreinte, contribuant à façonner un paysage d’une grande cohérence et d’une rare qualité.
Aujourd’hui, l’étude des plans anciens, des cadastres et des archives permet de mieux comprendre cette évolution et de restituer la logique d’ensemble qui a guidé les aménagements successifs. Gontreuil apparaît ainsi comme un témoin précieux de l’art des jardins dans la région, un lieu où se rencontrent histoire, architecture et paysage.