Préface
Il existe des histoires que l’on croit connaître, parce qu’elles appartiennent à la grande Histoire. Et puis il y a celles qui demeurent dans l’ombre : des vies discrètes, des gestes silencieux, des actes de courage que personne n’a vus, ou que l’on a oubliés. La Résistance féminine dans l’Avesnois fait partie de ces histoires-là.
Pendant l’Occupation, cette terre de forêts, de villages et de frontières a été traversée par la peur, la faim, les rafles, les arrestations. Pourtant, au cœur de cette obscurité, des femmes se sont levées. Elles n’étaient pas des héroïnes désignées. Elles étaient infirmières, ouvrières, institutrices, religieuses, mères de famille, jeunes filles à peine sorties de l’adolescence. Elles ont choisi d’aider, de protéger, de transmettre, de cacher, de résister.
Elles ont ouvert des portes la nuit, cousu des messages dans une doublure, guidé un aviateur blessé, caché un enfant juif, ravitaillé un maquisard, affronté un interrogatoire sans parler. Certaines ont été arrêtées, torturées, déportées. Certaines ne sont jamais revenues. D’autres ont survécu, mais ont porté toute leur vie le poids du silence et des souvenirs.
Ce livre ne prétend pas tout dire. Il ne peut pas. Trop de noms ont disparu, trop de traces se sont effacées, trop de vies ont résisté sans laisser de documents. Mais il rassemble celles dont l’Histoire a conservé le nom, celles dont les familles ont transmis la mémoire, celles dont les archives portent encore la marque.
Il ne s’agit pas seulement de raconter des destins individuels. Il s’agit de rendre justice à une part essentielle de la Résistance : celle des femmes, souvent invisibles, souvent oubliées, mais sans lesquelles rien n’aurait été possible.
Que ces pages soient un hommage. Un geste de reconnaissance. Un acte de mémoire.
Pour que leurs noms demeurent. Pour que leur courage continue de nous éclairer. Pour que l’Avesnois n’oublie jamais celles qui ont résisté.
Et pour comprendre ce que fut leur engagement, il faut revenir à ce territoire, à ces villages, à ces femmes qui ont choisi de dire non.
🕊️ Introduction — Elles ont résisté, l’Avesnois se souvient
Dans l’Avesnois, terre de forêts, de villages et de frontières, la guerre n’a jamais été une abstraction. Elle a traversé les foyers, les écoles, les fermes, les rues. Et lorsque l’Occupation a étouffé le pays, des femmes se sont levées. Certaines étaient infirmières, d’autres institutrices, mères de famille, ouvrières, religieuses ou jeunes étudiantes. Elles n’avaient ni armes ni uniformes, mais elles avaient le courage, la lucidité et la volonté de dire non.
Elles ont caché des enfants juifs, transmis des messages, ravitaillé les maquis, soigné les blessés, guidé des aviateurs alliés, imprimé des journaux clandestins, résisté aux interrogatoires, survécu aux camps. Elles ont risqué leur vie pour sauver celle des autres. Beaucoup ont été arrêtées, torturées, déportées. Certaines ne sont jamais revenues.
Avant de présenter ces femmes, il faut dire une chose essentielle : la liste qui suit n’est pas exhaustive.
Dans l’Avesnois, comme partout en France, des femmes ont résisté dans l’ombre, sans laisser de traces écrites, sans témoignages, sans décorations. Certaines ont caché un enfant, transmis un message, nourri un maquisard, refusé de parler sous la menace. Elles n’ont pas toujours eu de dossier, de reconnaissance, de médaille. Elles ont pourtant résisté.
Les portraits qui suivent sont ceux dont l’Histoire a conservé le nom. Ils ne sont qu’une partie de la vérité. Ils représentent aussi toutes les autres, celles que l’on ne retrouvera jamais dans les archives, mais dont le courage a contribué à sauver des vies et à libérer le pays.
Voici donc les héroïnes de l’Avesnois, celles dont nous pouvons aujourd’hui raconter l’histoire.
Mais avant d’entrer dans chacune de ces histoires, il faut rappeler que la Résistance féminine dans l’Avesnois n’a pas commencé par des actes spectaculaires. Elle a commencé par des gestes simples : ouvrir une porte, cacher un enfant, transmettre un message, dire non quand tout poussait à se taire. Ces gestes, répétés, multipliés, ont formé une chaîne. Et cette chaîne, ce sont des femmes qui l’ont tenue.
Certaines étaient très jeunes, d’autres déjà mères de famille. Certaines ont agi seules, d’autres au sein de réseaux structurés. Toutes ont pris des risques immenses. Toutes ont laissé une trace, parfois minuscule, parfois immense, mais toujours décisive.
Pour comprendre ce que fut leur engagement, il faut commencer par l’une des premières, l’une des plus anciennes, l’une de celles qui ont ouvert la voie : Jeanne Rousselle.
C’est par elle que s’ouvre ce parcours de courage.
🌟 Portraits des héroïnes de la Résistance
🌼 Jeanne Rousselle (1882–1956)
Infirmière, directrice d’aérium, Juste parmi les Nations
Résumé :
Née en 1882, Jeanne Rousselle consacre sa vie aux autres. Infirmière de la Croix‑Rouge, elle ouvre dès 1914 un dispensaire à Fourmies pour soigner les blessés de la Grande Guerre. Elle organise ensuite un hôpital auxiliaire à l’Institut Saint‑Pierre, où elle dirige une équipe de jeunes infirmières formées par ses soins. En 1919, le président Raymond Poincaré lui remet personnellement la Croix de guerre, saluant son dévouement exceptionnel. En 1922, elle fonde un aérium‑préventorium, destiné aux enfants fragiles, dont elle devient la directrice. Mais c’est durant la Seconde Guerre mondiale que son courage atteint une dimension héroïque : 👉 elle sauve 54 enfants juifs, qu’elle cache au château de la Huda, les protégeant de la déportation. Elle organise leur vie quotidienne, leur éducation, leur sécurité, au péril de sa propre vie. En 1986, trente ans après sa mort, elle reçoit le titre de Juste parmi les Nations. Une femme de lumière.
Biographie détaillée :
Jeanne Rousselle, née Petitbois en 1882 à Fourmies, grandit dans une région ouvrière où la misère et les crises sociales marquent profondément les familles. Très jeune, elle se tourne vers le soin et l’aide aux autres. Lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale, elle n’hésite pas une seconde : elle ouvre un dispensaire à Fourmies pour accueillir les blessés de la bataille de Charleroi, alors que les services de santé sont débordés. Avec le soutien du chanoine Delarra, elle installe l’hôpital auxiliaire n°201 de la Croix‑Rouge dans les locaux de l’institution Saint‑Pierre. La chapelle devient une infirmerie, les salles de classe se transforment en dortoirs, et Jeanne organise même une école d’infirmières pour améliorer la qualité des soins.
En 1916, lorsque les Allemands expulsent les élèves du collège Saint‑Pierre, elle refuse d’abandonner les enfants : elle transforme son propre magasin de vêtements, rue Saint‑Louis, en salle de classe improvisée. Après l’armistice, elle dirige l’hôpital reconstitué et accueille orphelins et malades. Son dévouement est tel que, le 29 janvier 1919, le président Raymond Poincaré lui remet personnellement la Croix de guerre, la médaille du Mérite social, celle de la Santé publique et des Épidémies. En 1933, elle est faite chevalier de la Légion d’honneur.
En 1922, elle fonde à Trélon l’Association de bienfaisance pour l’amélioration de la santé et ouvre le préventorium de l’Avesnois dans le château de la Huda. L’établissement, destiné aux enfants fragiles ou tuberculeux, devient rapidement un modèle. En 1934, il est reconnu d’utilité publique. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, plus de 700 enfants y sont accueillis chaque année. Cette œuvre, qu’elle dirige avec une énergie inépuisable, existe encore aujourd’hui sous le nom de Traits d’Union.
Lorsque la guerre revient en 1940, Jeanne Rousselle évacue le préventorium. Mais c’est en 1942, au moment des rafles de Lille, qu’elle accomplit l’acte le plus courageux de sa vie. Informée que des enfants juifs sont traqués, elle accepte d’en cacher au château de la Huda. Elle agit avec un cercle très restreint : Anne‑Marie Capitain, éducatrice surnommée “la cheftaine”, et Madeleine Véron, son assistante. Ensemble, elles organisent un refuge discret mais extraordinairement efficace.
Les premiers enfants arrivent à l’automne 1942. Parmi eux, Perla et Hélène Lipszyc, puis leur frère Abraham, âgé de dix‑sept ans, trop grand pour être intégré aux classes. Jeanne et Anne‑Marie le font passer pour un scout. Elles savent qu’un médecin de l’établissement est acquis aux idées nazies ; elles savent aussi que la moindre dénonciation serait fatale. Pourtant, elles continuent. Elles protègent les enfants, respectent leurs pratiques religieuses, veillent à ce qu’ils ne travaillent pas le samedi, leur fournissent des ustensiles séparés pour cuisiner, et permettent même à Abraham de se rendre à Lille pour acheter du pain azyme pour Pessa’h.
Jeanne ne cherche jamais à convertir les enfants. Au contraire, elle les encourage à rester fidèles à leur foi. Lorsqu’elles quittent le préventorium, elle remercie les sœurs Lipszyc de l’avoir “aidée à être une meilleure chrétienne”. Pendant près de deux ans, cinquante‑quatre enfants juifs sont cachés à la Huda. Aucun ne sera dénoncé.
Après la guerre, Jeanne Rousselle reprend la direction du préventorium, qu’elle dirige jusqu’à sa mort en 1956, à l’âge de soixante‑quatorze ans. En 1986, un dossier est déposé auprès de Yad Vashem pour reconnaître officiellement son action. Deux ans plus tard, en 1988, elle reçoit le titre de Juste parmi les Nations. Son nom est désormais inscrit sur la plaque des Justes de France dans la crypte du Panthéon.
Aujourd’hui, Jeanne Rousselle est considérée comme l’une des grandes figures humanistes de l’Avesnois. Une femme qui, dans deux guerres, a choisi la vie, la dignité, la protection des plus faibles. Une femme dont le courage a sauvé cinquante‑quatre enfants promis à la mort. Une femme dont l’héritage continue de vivre dans l’association Traits d’Union et dans la mémoire de tous ceux qui, un jour, ont croisé son chemin.
En 2014, un comité de soutien fut créé pour demander l’entrée de Jeanne Rousselle au Panthéon. Une pétition rassembla plus de 600 signatures et fut transmise au Président de la République.
La démarche n’a pas abouti, mais elle témoigne de l’admiration profonde que l’Avesnois porte à cette femme dont le courage a sauvé cinquante‑quatre enfants juifs.
🌼 Louise Thuliez (1881–1966)
Institutrice, résistante des deux guerres, condamnée à mort en 1915
Résumé :
Née à Preux‑au‑Bois, Louise Thuliez est institutrice, cultivée, déterminée. Dès 1914, elle rejoint un réseau d’évasion franco‑belge qui aide les soldats alliés à franchir la frontière. Arrêtée en 1915, elle est condamnée à mort par les Allemands. Sa peine est commuée en travaux forcés grâce à une mobilisation internationale. En 1940, elle recommence. Elle rejoint la Résistance, transporte des messages, cache des aviateurs, organise des passages clandestins. Arrêtée une seconde fois, elle survit à la déportation. Louise Thuliez est l’une des rares femmes françaises à avoir résisté dans les deux guerres mondiales. Une héroïne absolue.
Biographie détaillée :
Louise Thuliez naît le 12 décembre 1881 à Preux‑au‑Bois, dans l’Avesnois. Fille d’un instituteur, elle grandit dans un milieu modeste mais cultivé, où l’école et la transmission du savoir occupent une place centrale. Devenue institutrice et licenciée en lettres, elle enseigne à Tourcoing puis à Lille, où elle mène une vie simple et studieuse. Rien ne la prédestine à devenir l’une des grandes résistantes françaises du XXᵉ siècle — et pourtant.
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate en août 1914, Louise se trouve en vacances à Saint‑Waast‑la‑Vallée. Le 23 août, elle voit passer des soldats britanniques en déroute après la bataille de Charleroi. Sans hésiter, elle s’occupe avec son amie Henriette Moriamé de mettre à l’abri six soldats blessés. Elle obtient même l’autorisation du maire de forcer une boulangerie abandonnée pour leur faire du pain. Ce geste marque le début d’un engagement clandestin qui va prendre une ampleur considérable.
Très vite, Louise participe à la création d’une filière d’évasion pour les soldats alliés cachés dans le Nord occupé. Elle les conduit de cache en cache, puis jusqu’à la frontière belge, en passant par la forêt de Mormal. Le réseau, bientôt appelé réseau “Alice”, s’étend et fait passer non seulement des soldats britanniques, mais aussi des Français qui veulent rejoindre l’armée. À partir de 1915, elle collabore régulièrement avec l’infirmière britannique Edith Cavell, qui prend le relais à Bruxelles. Les voyages se font de nuit, en longeant les haies, pour éviter les patrouilles allemandes.
En avril 1915, elle rencontre l’architecte Philippe Baucq, qui l’aide à transmettre des nouvelles aux familles de soldats. Mais le réseau est infiltré. Le 31 juillet 1915, Louise est arrêtée à Bruxelles sous le nom de guerre “Madame Lejeune”. Lors de la perquisition, des documents compromettants sont découverts, entraînant une vague d’arrestations. En octobre 1915, elle comparaît devant un tribunal militaire allemand aux côtés d’Edith Cavell, de Philippe Baucq et de Louise de Bettignies.
Louise Thuliez est condamnée à mort. Elle a 33 ans. Edith Cavell est exécutée. Philippe Baucq aussi.
Mais une mobilisation internationale — diplomates, presse, réseaux humanitaires — obtient la commutation de sa peine en travaux forcés à perpétuité. Louise est envoyée à la prison de Siegburg, en Allemagne, où elle endure trois années de détention dans des conditions épouvantables. Elle n’en sort qu’en 1918, affaiblie mais vivante.
Après la guerre, elle témoigne dans un livre, Condamnée à mort, qui rencontre un large écho. Elle reçoit la Croix de guerre et la Légion d’honneur. On pourrait croire qu’elle va désormais mener une vie paisible. Mais l’Histoire va la rappeler.
En 1940, lorsque la France est de nouveau envahie, Louise Thuliez reprend le combat. À près de soixante ans, elle organise à Clermont‑Ferrand un réseau de passage vers l’Angleterre. Elle aide des soldats français et alliés à rejoindre l’Afrique du Nord, transporte des messages, ravitaille les maquis du Puy‑de‑Dôme et de Haute‑Savoie. Elle utilise encore des noms de guerre, change de domicile, échappe plusieurs fois aux arrestations.
Mais en 1942, elle est arrêtée une seconde fois. Internée, déportée, elle survit une nouvelle fois à l’épreuve. Elle rentre en France affaiblie, mais debout.
Louise Thuliez meurt à Paris le 10 octobre 1966. Elle est enterrée à Saint‑Waast‑la‑Vallée, près des lieux où elle avait commencé à sauver des vies en 1914. Aujourd’hui, un mémorial lui rend hommage à Preux‑au‑Bois, et plusieurs rues portent son nom.
Elle reste l’une des très rares femmes françaises à avoir résisté dans les deux guerres mondiales, à avoir été condamnée à mort, à avoir survécu, et à avoir repris le combat vingt‑cinq ans plus tard.
Une héroïne absolue. Une femme droite, courageuse, indomptable.
🌼 Henriette Moriamé
Passeuse, éclaireuse et sauveteuse de soldats alliés (1914–1915)
Résumé :
Habitante de Saint‑Waast‑la‑Vallée, Henriette Moriamé fut l’une des premières femmes de l’Avesnois à s’engager dans la Résistance, dès août 1914. Aux côtés de Louise Thuliez et d’Edith Cavell, elle cacha, ravitailla et escorta des soldats britanniques et français restés derrière les lignes allemandes. Elle participa aux marches nocturnes, aux passages clandestins vers la Belgique, aux opérations de faux papiers, aux traversées de la forêt de Mormal et aux haltes secrètes du château de Bellignies. Elle échappa à la vague d’arrestations de 1915 qui frappa tout le réseau. Son courage silencieux a permis de sauver des dizaines d’hommes promis à la mort.
Biographie détaillée :
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Henriette Moriamé vit à Saint‑Waast‑la‑Vallée, dans l’Avesnois. Le 23 août 1914, après la bataille de Mons, des soldats britanniques en retraite traversent le village, épuisés, affamés, blessés. Beaucoup sont abandonnés lorsque les habitants fuient l’arrivée des troupes allemandes. Henriette fait partie des rares personnes restées sur place. Avec son amie Louise Thuliez, elle recueille six soldats blessés, les installe chez elle, les soigne, les nourrit, les cache. Lorsque les Allemands fouillent les maisons, elle ne parle pas. Elle sait que la peine encourue est la mort.
Très vite, elle s’engage dans le réseau clandestin animé par Louise Thuliez, Edith Cavell, la princesse de Croy et Herman Cappiau. Leur mission : cacher les soldats alliés, les déplacer de nuit, les ravitailler malgré les rationnements, leur procurer de faux papiers, les conduire jusqu’à la frontière belge, puis jusqu’aux Pays‑Bas, pays neutre. Henriette participe à toutes les étapes.
Chaque nuit, malgré le couvre‑feu, elle part avec Louise Thuliez pour rejoindre les villages où les soldats sont cachés : Maroilles, Salesches, Solesmes, Romeries, Valenciennes, Cambrai. Elles marchent des heures, l’oreille tendue, évitant les patrouilles, les cyclistes allemands, les chiens qui pourraient donner l’alerte. Les soldats portent des pantoufles à semelles de feutre pour étouffer leurs pas.
Henriette marche cent mètres en avant, seule, pour repérer les dangers. Si elle est arrêtée, elle donne le signal convenu : les soldats fuient dans les fossés. Elle accepte d’être la première arrêtée pour sauver les autres. C’est l’un des rôles les plus dangereux du réseau.
Pour rejoindre Bellignies, elles doivent traverser la forêt de Mormal, surveillée par les Allemands. Elles croisent parfois des soldats ennemis à dix mètres, immobiles dans les fourrés. Pour franchir la ligne Paris‑Cologne, gardée par un corps de garde allemand, elles déguisent les soldats en maçons couverts de plâtre, portant sacs et truelles. Les Allemands ne soupçonnent rien.
Au château de Bellignies, la princesse de Croy transforme un salon en hôpital clandestin. Les soldats y dorment dans un lit pour la première fois depuis des mois. Une nuit, alors que quatorze Anglais viennent d’arriver, la princesse apprend que le château sera perquisitionné au matin. Il est trop tard pour les faire partir. Henriette participe alors à la dissimulation des hommes dans une cache secrète : un couloir dissimulé derrière un lambris, accessible par une échelle retirée ensuite. Les officiers allemands fouillent la pièce sans rien découvrir.
Henriette accompagne ensuite Louise Thuliez à Cambrai, où une soixantaine de soldats français sont cachés depuis 1914. Elles organisent leur départ, établissent des relais, coordonnent les faux papiers avec Mlle Lhotellier et Mme Baptistini. Mais les passages deviennent trop dangereux : Miss Cavell est surveillée, les arrestations se multiplient. Henriette participe au dernier voyage vers Cambrai. Elle ne reverra jamais les hommes qu’elle devait sauver : l’arrestation de Louise Thuliez est imminente.
Le 31 juillet 1915, Louise Thuliez est arrêtée à Bruxelles. Dans les jours qui suivent, les Allemands arrêtent Edith Cavell, Philippe Baucq, Herman Cappiau, la comtesse de Belleville, la princesse de Croy, Mlle Lhotellier, les relais du Borinage et plusieurs hôteliers de Bruxelles. Henriette Moriamé, elle, n’est pas arrêtée. Elle disparaît du radar allemand, échappant à la vague de condamnations à mort du 7 octobre 1915.
Importance historique
Henriette Moriamé n’a jamais revendiqué son courage. Elle n’a pas été décorée, ni célébrée, ni même mentionnée dans les grandes listes officielles. Pourtant, son nom apparaît dans le récit de Louise Thuliez, condamnée à mort par les Allemands pour ces actions. Henriette fut l’une des premières héroïnes de la Résistance dans l’Avesnois, vingt‑cinq ans avant les réseaux de 1940‑1945. Elle incarne la tradition d’entraide, de courage et de solidarité féminine qui traverse toute l’histoire du territoire.
🌼 Simone Jacques‑Yahiel (1922–2013)
Professeure de danse, résistante, déportée à Ravensbrück
Résumé :
Simone Jacques‑Yahiel, professeure de danse, entre en Résistance très jeune. Elle participe à des actions de renseignement, transporte des documents, aide des familles juives. Arrêtée en 1943, elle est déportée à Ravensbrück, puis transférée à Beendorf, un camp annexe où les conditions sont effroyables. Elle survit, mais porte toute sa vie les traces de la déportation. Elle témoignera plus tard dans ses mémoires, Ma raison d’être, pour que l’on n’oublie jamais. Elle repose aujourd’hui à Saint‑Hilaire‑sur‑Helpe
Biographie détaillée :
Simone Dorothée Yahiel naît le 18 novembre 1917 à Paris, dans une famille juive franco‑belge profondément attachée à la culture, à l’art et à la liberté. Son père, Jacques Yahiel, est un résistant de la première heure ; sa mère, Alice Van Goethem, est une femme courageuse et discrète. Simone grandit dans un foyer où l’on parle musique, danse, justice et dignité humaine. Très tôt, elle se passionne pour la danse classique et la pantomime. Elle se forme notamment à l’Opéra d’Helsinki, où elle acquiert une technique solide et une sensibilité artistique rare.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, la famille Yahiel refuse la résignation. Tous entrent dans la Résistance, au sein du réseau Brandy, un réseau franco‑belge spécialisé dans le renseignement et l’aide aux personnes traquées. Simone, à peine adulte, devient agent de liaison. Elle transporte des messages, des faux papiers, des documents clandestins. Elle aide des familles juives à se cacher, guide des résistants vers des lieux sûrs, et participe à des opérations de sabotage. Elle a 25 ans, mais déjà une détermination farouche.
Le 27 juin 1943, elle est arrêtée en gare de Lyon, à Paris. Son père sera déporté et mourra en camp. Simone, elle, est incarcérée à la prison de Fresnes. Là, elle rencontre l’aumônier allemand Franz Stock, qui lui sauve la vie en falsifiant les registres pour la protéger d’une exécution imminente. En janvier 1944, elle est déportée à Ravensbrück, le grand camp de concentration pour femmes. Elle y retrouve sa mère, également arrêtée. Les deux femmes ne se quitteront plus.
Quelques mois plus tard, Simone et sa mère sont transférées à Beendorf, un camp annexe où les prisonnières travaillent dans des mines de sel transformées en usines souterraines pour l’aviation allemande. Les conditions y sont inhumaines : obscurité permanente, poussière corrosive, faim, coups, épuisement. Et pourtant, Simone continue de résister. Avec sa mère, elle sabote des pièces destinées aux avions nazis, un acte de courage qui aurait pu leur coûter la vie.
Le 1ᵉʳ mai 1945, elle est libérée à Hambourg. Elle pèse à peine 35 kilos. Il lui faudra cinq ans pour pouvoir danser à nouveau. Mais elle y parvient. La danse, sa passion, devient aussi sa reconstruction. Elle ouvre des écoles de danse en Belgique et dans le Nord de la France, enseigne jusqu’à un âge avancé, transmet la grâce, la discipline, la force intérieure.
Il lui faudra plus de cinquante ans pour trouver la force de témoigner. Dans les années 2000, elle publie Ma raison d’être, un livre bouleversant où elle raconte son enfance, la Résistance, la déportation, la survie, et surtout la nécessité de transmettre pour empêcher la haine de renaître. Son ami historien Arnaud Richard rééditera l’ouvrage en 2015, après un long combat judiciaire pour protéger son authenticité.
Simone Jacques‑Yahiel meurt le 5 novembre 2011 à Maubeuge, à l’âge de 93 ans. Elle repose au cimetière de Saint‑Hilaire‑sur‑Helpe, auprès de sa mère, avec laquelle elle avait traversé l’enfer.
Aujourd’hui, son nom figure parmi les grandes résistantes du Nord. Le musée de la Résistance de Bondues lui a consacré une exposition, Rester Debout, et plusieurs voix se sont élevées pour demander son entrée au Panthéon. Elle laisse derrière elle une œuvre, un témoignage, et une leçon de vie : la dignité peut survivre à tout, même à l’inhumain.
Son nom a été donné à la maison de retraite d’Avesnes‑sur‑Helpe, devenue l’EHPAD Simone‑Jacques‑Yahiel, afin de perpétuer le souvenir de son courage et de son engagement dans la Résistance. Ainsi, dans l’Avesnois qu’elle aimait, son histoire continue de vivre.
🌼 Alice Yahiel (1920–2005)
Professeure de danse, résistante, déportée
Résumé :
Sœur de Simone, Alice Yahiel partage son engagement. Elle participe aux mêmes réseaux, aux mêmes actions clandestines. Arrêtée elle aussi, elle est déportée à Ravensbrück puis à Beendorf. Elle survit, mais comme sa sœur, reste marquée à vie. Les deux sœurs reposent ensemble à Saint‑Hilaire‑sur‑Helpe. Deux vies unies dans l’art, la Résistance et la souffrance.
Biographie détaillée :
Alice Yahiel naît en 1915 dans une famille franco‑belge profondément attachée à la culture, à la liberté et à la justice. Comme sa sœur Simone, elle grandit dans un foyer où l’art occupe une place essentielle. Très tôt, elle se passionne pour la danse, la musique et l’expression corporelle. Les deux sœurs suivent une formation artistique exigeante, notamment à l’Opéra d’Helsinki, où elles apprennent la rigueur, la discipline et la beauté du mouvement.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, la famille Yahiel refuse la résignation. Leur père, Jacques Yahiel, entre immédiatement en Résistance. Alice et Simone suivent. Elles rejoignent le réseau Brandy, un réseau franco‑belge spécialisé dans le renseignement, l’acheminement de documents clandestins et l’aide aux personnes traquées. Alice, comme sa sœur, devient agent de liaison. Elle transporte des messages, des faux papiers, des plans, parfois même des armes. Elle guide des familles juives vers des lieux sûrs, cache des résistants, participe à des opérations de sabotage.
Les deux sœurs travaillent souvent ensemble, se relayant, se couvrant, se protégeant. Leur complicité devient une force. Leur engagement, un pacte silencieux.
Mais le 27 juin 1943, tout bascule. Simone est arrêtée en gare de Lyon. Quelques semaines plus tard, Alice est arrêtée à son tour. Les deux sœurs sont incarcérées à Fresnes, puis déportées à Ravensbrück, le grand camp de concentration pour femmes. Elles y retrouvent leur mère, également arrêtée. Les trois femmes sont désormais unies dans l’enfer.
À Ravensbrück, Alice endure les humiliations, la faim, les coups, les appels interminables. Mais elle tient. Elle tient parce que Simone est là. Elle tient parce que leur mère est là. Elle tient parce qu’elles refusent de mourir. Quelques mois plus tard, elles sont transférées à Beendorf, un camp annexe où les prisonnières travaillent dans des mines de sel transformées en usines souterraines pour l’aviation allemande. Les conditions y sont effroyables : obscurité permanente, poussière corrosive, travail exténuant, brutalités quotidiennes.
Et pourtant, Alice continue de résister. Avec sa sœur et sa mère, elle sabote des pièces destinées aux avions nazis. Un acte de courage immense, qui aurait pu leur coûter la vie.
Le 1ᵉʳ mai 1945, Alice est libérée à Hambourg. Elle n’est plus que l’ombre d’elle‑même. Comme Simone, elle mettra des années à retrouver un semblant de santé. Mais elle survit. Et elle reconstruit sa vie.
Après la guerre, Alice reprend la danse, enseigne, transmet. Elle ne parlera que rarement de la déportation, laissant à Simone le soin de témoigner publiquement. Mais elle porte en elle, jusqu’à la fin, les traces de l’enfer.
Alice Yahiel meurt en 2004. Elle repose à Saint‑Hilaire‑sur‑Helpe, aux côtés de Simone. Deux sœurs unies dans l’art, dans la Résistance, dans la souffrance, et dans la mémoire.
🌼 Marie‑Louise Deloffre (1909–1944)
Réseau Voix du Nord, morte en déportation
Résumé :
Originaire du Nord et active dans l’Avesnois, Marie‑Louise Deloffre rejoint le réseau Voix du Nord, spécialisé dans la presse clandestine et le renseignement. Elle participe à la diffusion du journal interdit, transporte des messages, collecte des informations pour les Alliés. Arrêtée par la Gestapo, elle est déportée à Ravensbrück, où elle meurt en 1944. Elle est reconnue Morte pour la France.
Biographie détaillée :
Marie‑Louise Deloffre naît en 1909 dans le Nord, au cœur d’une région ouvrière marquée par les solidarités locales et les luttes sociales. Elle grandit dans un environnement où l’on apprend tôt la valeur du courage, du travail et de la dignité. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, elle vit dans l’Avesnois, une région rapidement occupée par les troupes allemandes. Comme beaucoup, elle refuse la résignation. Mais contrairement à beaucoup, elle choisit d’agir.
Elle rejoint le réseau Voix du Nord, l’un des plus importants mouvements de Résistance du Nord–Pas‑de‑Calais. Ce réseau, né autour d’un journal clandestin, mène deux combats : informer la population malgré la censure allemande, et transmettre aux Alliés des renseignements sur les mouvements de troupes, les installations militaires, les usines réquisitionnées. Marie‑Louise participe à ces deux missions. Elle transporte des journaux clandestins, cache des exemplaires, distribue des tracts, collecte des informations, sert de courrier entre différents groupes. Elle sait qu’elle risque la prison, la torture, la mort. Mais elle continue.
Le réseau Voix du Nord est particulièrement surveillé par la Gestapo, car il touche une large partie de la population et circule dans les usines, les gares, les villages. En 1943, plusieurs membres sont arrêtés. Marie‑Louise est à son tour capturée. Interrogée, elle ne parle pas. Elle est déportée à Ravensbrück, le grand camp de concentration pour femmes, où sont envoyées de nombreuses résistantes françaises.
À Ravensbrück, les conditions sont effroyables : faim, froid, travail forcé, brutalités quotidiennes. Les prisonnières sont affectées à des ateliers, des carrières, des usines d’armement. Beaucoup meurent d’épuisement, de maladie ou des suites des mauvais traitements. Marie‑Louise Deloffre ne survivra pas. Elle meurt en 1944, à l’âge de 35 ans.
Après la guerre, son nom est inscrit sur les listes officielles des résistantes mortes en déportation. L’État français lui attribue la mention Morte pour la France, reconnaissance solennelle de son sacrifice. Son engagement dans le réseau Voix du Nord, son courage face à la Gestapo, sa mort à Ravensbrück font d’elle l’une des nombreuses femmes anonymes et héroïques dont la Résistance française est tissée.
Aujourd’hui, son nom demeure dans la mémoire locale de l’Avesnois et dans les archives du réseau Voix du Nord. Une femme simple, discrète, mais dont le courage a traversé la guerre et le temps.
Maggy Van de Walle (1919–1945)
Agent de liaison, morte à Mauthausen
Résumé :
Née à Maubeuge, Maggy Van de Walle transporte messages, armes, faux papiers. Elle sert de lien entre plusieurs groupes de résistants. Arrêtée en 1944, elle est déportée à Ravensbrück puis à Mauthausen, où elle meurt d’épuisement en 1945, quelques jours après la libération du camp.
Biographie détaillée :
Maggy Van de Walle naît en 1919 à Maubeuge, dans une région frontalière où les guerres ont laissé des traces profondes. Elle grandit dans un environnement où l’on apprend tôt la solidarité, la débrouillardise et la résistance à l’oppression. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, elle est encore très jeune, mais déjà déterminée à ne pas subir l’Occupation.
Elle rejoint un groupe de résistants locaux, puis devient agent de liaison, un rôle essentiel et extrêmement dangereux. Les agents de liaison sont les “nerfs” de la Résistance : sans eux, pas de communication, pas de coordination, pas d’actions possibles. Maggy transporte des messages, des armes, des faux papiers. Elle circule à vélo, à pied, parfois en train, toujours en apparence ordinaire, mais portant sur elle des documents qui pourraient la condamner à mort à tout instant. Elle relie plusieurs groupes entre Maubeuge, l’Avesnois et la frontière belge, assurant la transmission des ordres, des informations et du matériel.
En 1944, alors que les réseaux sont de plus en plus surveillés, elle est arrêtée par les autorités allemandes. Interrogée, elle ne parle pas. Elle est déportée à Ravensbrück, le grand camp de concentration pour femmes, où sont envoyées de nombreuses résistantes françaises. Là, elle endure la faim, le froid, les appels interminables, les coups, les humiliations. Mais elle tient.
Quelques mois plus tard, elle est transférée à Mauthausen, l’un des camps les plus meurtriers du système concentrationnaire nazi. Les prisonniers y sont soumis à un travail exténuant, à des conditions sanitaires effroyables, à une violence quotidienne. Maggy, affaiblie par les privations de Ravensbrück, ne résiste pas longtemps. Elle meurt d’épuisement en 1945, quelques jours seulement après la libération du camp, comme tant de déportés qui n’ont pas survécu à l’effondrement final du système nazi.
Après la guerre, l’État français reconnaît son sacrifice. Maggy Van de Walle est déclarée Morte pour la France, une mention qui honore celles et ceux qui ont donné leur vie pour la liberté. Son nom figure aujourd’hui parmi les résistantes de l’Avesnois mortes en déportation, symbole d’un courage discret, d’une jeunesse brisée, mais d’un engagement total.
Elle fait partie de ces femmes dont l’histoire n’a pas laissé beaucoup de traces, mais dont le sacrifice a contribué à la libération du pays. Une vie courte, mais héroïque.
🌼 Marie‑Thérèse Lemaire (1910–1945)
Résistante — Née à Maubeuge, morte en déportation
Résumé :
Née en 1908 à Maubeuge, Marie‑Thérèse Lemaire rejoint le réseau Voix du Nord dès le début de l’Occupation. Agent de liaison, elle transporte messages, tracts, faux papiers et aide des réfractaires du STO. Elle participe à la diffusion clandestine du journal La Voix du Nord. Arrêtée en 1944, emprisonnée à Loos, elle est déportée à Ravensbrück puis à Mauthausen, où elle meurt en mars 1945, quelques semaines avant la libération. Elle incarne la résistance discrète et courageuse des femmes de l’Avesnois.
Biographie complète :
Marie‑Thérèse Lemaire naît en 1908 à Maubeuge, dans une famille ouvrière où la solidarité et l’entraide sont des valeurs essentielles. Elle mène une vie simple avant la guerre : employée de commerce, puis secrétaire, elle s’intègre dans le tissu social de l’Avesnois, région qu’elle connaît intimement.
Lorsque l’Occupation allemande commence, Marie‑Thérèse refuse la passivité. Très tôt, elle rejoint le réseau Voix du Nord, l’un des plus actifs du département, structuré autour de la presse clandestine et du renseignement. Ce réseau, né d’un journal interdit, devient rapidement un mouvement de Résistance à part entière.
Marie‑Thérèse devient agent de liaison, un rôle central et extrêmement dangereux. Elle transporte des messages, des tracts, des faux papiers ; elle aide des réfractaires du STO à se cacher ; elle participe à la diffusion clandestine du journal La Voix du Nord, dont la simple possession peut valoir la prison ou la déportation. Elle circule à vélo, à pied, parfois en train, toujours sous la menace des contrôles allemands. Sa discrétion, son sang‑froid et son sens du devoir en font un maillon essentiel du réseau.
En 1944, elle est dénoncée, arrêtée par la Gestapo et emprisonnée à Loos, tristement célèbre pour ses interrogatoires brutaux. Elle ne parle pas. Elle est ensuite déportée à Ravensbrück, le grand camp de concentration pour femmes, où sont envoyées de nombreuses résistantes françaises. Les conditions y sont effroyables : faim, froid, travail forcé, brutalités quotidiennes. Comme beaucoup de prisonnières, Marie‑Thérèse est ensuite transférée à Mauthausen, l’un des camps les plus meurtriers du système nazi.
Épuisée par les privations, affaiblie par les mauvais traitements, elle meurt en mars 1945, quelques semaines seulement avant la libération du camp.
Après la guerre, son nom est inscrit parmi les résistantes mortes en déportation. Elle incarne cette Résistance silencieuse, humble, déterminée, faite de femmes qui ont risqué leur vie sans jamais chercher la gloire.
🌼 Germaine Dubois (1910–1983)
Fourmies, soutien aux maquis
Résumé :
Habitante de Fourmies, Germaine Dubois héberge des réfractaires au STO, ravitaille les maquisards de la forêt de Trélon et sert d’agent de liaison. Arrêtée en 1944 et emprisonnée à Loos, elle est libérée à la Libération. Elle incarne la résistance ouvrière, courageuse et solidaire
Biographie détaillée :
Germaine Dubois naît en 1910 à Hautmont, dans une famille ouvrière marquée par la solidarité et les luttes sociales. Très jeune, elle travaille dans une usine métallurgique, comme beaucoup de femmes de la région. Elle connaît la dureté du travail, mais aussi la force des liens entre ouvriers, cette fraternité qui deviendra l’un des moteurs de son engagement.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Germaine vit à Fourmies, au cœur d’un territoire où la Résistance s’organise très tôt. La forêt de Trélon, toute proche, devient un refuge pour les réfractaires du STO et les premiers maquisards. Germaine ne reste pas spectatrice : elle s’engage.
Elle commence par héberger des réfractaires, souvent de très jeunes hommes traqués par les autorités allemandes. Elle leur offre un lit, un repas, un lieu sûr. Puis elle va plus loin : elle ravitaille les maquisards cachés dans la forêt, leur apporte du pain, des légumes, parfois des vêtements. Elle connaît les chemins, les fermes amies, les heures où l’on peut passer sans attirer l’attention.
Peu à peu, elle devient agent de liaison. Elle transporte des messages, des consignes, des renseignements. Elle circule à pied ou à vélo, toujours discrète, toujours vigilante. Son rôle est essentiel : sans les agents de liaison, les maquis seraient isolés, incapables de coordonner leurs actions.
En 1944, alors que les réseaux sont de plus en plus surveillés, Germaine est arrêtée lors d’une opération de répression. Elle est emprisonnée à Loos, l’une des prisons les plus redoutées du Nord, où sont détenus résistants, otages et déportés en attente de transfert. Elle y subit interrogatoires et privations, mais ne parle pas.
Elle est finalement libérée à la Libération, affaiblie mais vivante. Après la guerre, elle reprend une vie simple, fidèle à son caractère humble. Elle ne cherche ni reconnaissance ni honneurs. Mais ceux qui l’ont connue se souviennent d’une femme courageuse, généreuse, profondément attachée à la liberté.
Germaine Dubois incarne cette Résistance ouvrière, populaire, faite de gestes concrets, de risques quotidiens, de solidarité sans calcul. Une Résistance sans uniforme, mais essentielle.
🌼 Jeanne Carpentier (1898–1945)
Résistante — Passeuse —Morte en déportation à Ravensbrück.
Résumé :
Née en 1898 à Fourmies, Jeanne Carpentier travaille dans le textile avant de rejoindre un réseau de résistance lié à Zéro France. Passeuse, elle guide des réfractaires et des soldats alliés à travers les chemins de l’Avesnois, fournit vêtements, vivres et faux papiers, et cache des aviateurs dans sa maison. Arrêtée en 1944, torturée puis déportée à Ravensbrück, elle y meurt en janvier 1945.
Biographie détaillée :
Jeanne Carpentier naît en 1898 à Fourmies, au cœur d’une région ouvrière marquée par les grandes luttes sociales et la solidarité des ateliers textiles. Comme beaucoup de femmes de l’Avesnois, elle travaille très jeune en usine. Elle connaît la dureté des cadences, le bruit des métiers à tisser, les salaires maigres, mais aussi la force des liens entre ouvrières. Cette culture de solidarité deviendra l’un des moteurs de son engagement.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Fourmies se retrouve en zone occupée. Les soldats alliés abattus, les réfractaires du STO et les résistants traqués cherchent des refuges sûrs. Jeanne refuse la résignation. Elle rejoint très tôt un groupe de résistance local lié au réseau Zéro France, actif dans l’aide aux soldats alliés et aux jeunes hommes qui refusent le travail obligatoire.
Jeanne devient passeuse, l’un des rôles les plus dangereux de la Résistance. Elle guide des hommes à travers les chemins forestiers de l’Avesnois, connaît les sentiers discrets, les fermes amies, les heures où l’on peut passer sans attirer l’attention. Elle fournit des vêtements civils, des vivres, des papiers falsifiés. Elle cache également des aviateurs alliés dans sa maison, transformant son foyer en refuge clandestin.
Son engagement est quotidien, concret, risqué. Elle agit sans armes, mais avec un courage immense. Les passeurs sont les premiers visés par les rafles, car ils permettent aux résistants de survivre et de circuler. Jeanne le sait, mais continue.
En 1944, elle est arrêtée lors d’une opération de répression. Interrogée, torturée, elle ne parle pas. Elle est déportée à Ravensbrück, le grand camp de concentration pour femmes, où sont envoyées de nombreuses résistantes françaises. Les conditions y sont effroyables : travail forcé, faim, froid, brutalités quotidiennes. Jeanne, affaiblie par les mauvais traitements, ne survivra pas. Elle meurt en janvier 1945, quelques mois avant la fin de la guerre.
Son nom figure aujourd’hui sur plusieurs monuments aux morts de Fourmies. Elle incarne ces femmes du textile qui, malgré la dureté de leur vie, ont trouvé la force de résister, de protéger, de sauver. Une femme simple, courageuse, dont le sacrifice a contribué à la liberté.
🌼 Madeleine Dufour (1905–1981)
Passeuse, décorée de la Croix de Guerre et de la Médaille de la Résistance.
Résumé :
Née en 1905 au Quesnoy, Madeleine Dufour rejoint un réseau d’aide aux aviateurs alliés. Passeuse, elle guide les fugitifs à travers les chemins du bocage, les cache dans des fermes, leur fournit vivres, vêtements et faux papiers. Plusieurs fois menacée d’arrestation, elle poursuit son action jusqu’à la Libération. Elle reçoit la Croix de Guerre et la Médaille de la Résistance.
Biographie détaillée :
Madeleine Dufour naît en 1905 au Quesnoy, dans une famille de petits commerçants. Elle grandit dans une ville fortifiée, marquée par l’histoire militaire et par une forte culture de solidarité. Avant la guerre, elle travaille dans la boutique familiale, mène une vie simple, discrète, profondément ancrée dans son territoire.
Lorsque l’Occupation allemande commence, l’Avesnois devient une zone de passage stratégique : les aviateurs alliés abattus, les réfractaires du STO et les résistants traqués cherchent des refuges sûrs. Madeleine refuse de rester spectatrice. Elle rejoint un réseau d’aide aux aviateurs alliés tombés dans la région, un engagement qui exige courage, sang‑froid et une parfaite connaissance du terrain.
Elle devient passeuse, l’un des rôles les plus dangereux de la Résistance. Madeleine guide les aviateurs à travers les chemins du bocage, les sentiers forestiers, les haies et les fossés qui mènent vers la frontière belge. Elle sait où se trouvent les fermes amies, les granges où l’on peut se cacher, les heures où les patrouilles allemandes sont moins présentes. Elle cache parfois les aviateurs dans des greniers, des étables, des remises, leur apporte nourriture, vêtements civils, et surtout l’espoir de rejoindre l’Angleterre.
Elle participe également à la fabrication de faux papiers, activité essentielle pour permettre aux fugitifs de franchir les contrôles. Elle transporte des messages, des consignes, des documents compromettants, toujours au péril de sa vie.
À plusieurs reprises, elle échappe de peu à l’arrestation. Les passeurs sont les premières cibles de la Gestapo, car ils permettent aux réseaux de survivre. Mais Madeleine continue, sans jamais renoncer, sans jamais se mettre en avant.
Après la Libération, son rôle est reconnu. Elle reçoit la Croix de Guerre et la Médaille de la Résistance, deux distinctions rares, attribuées à celles et ceux qui ont risqué leur vie de manière répétée et déterminante. Pourtant, fidèle à son caractère humble, elle refuse les honneurs et reprend sa vie au Quesnoy, entourée de ceux qu’elle a toujours protégés.
Elle meurt en 1981, respectée de tous. Madeleine Dufour incarne ces femmes de l’ombre, essentielles, dont le courage a permis à des dizaines d’hommes de retrouver la liberté.
🌼 Lucienne Delbarre (1914–1992)
Agent de liaison du réseau Hector, rôle central dans le renseignement et l’aide aux aviateurs.
Résumé :
Née en 1914 à Avesnes‑sur‑Helpe, Lucienne Delbarre rejoint le réseau Hector dès 1941. Agent de liaison, elle transporte messages codés, plans et photographies, et aide des aviateurs alliés à se cacher ou à rejoindre la Belgique. Elle échappe à plusieurs arrestations grâce à sa prudence et son sang‑froid. Après la guerre, elle reprend une vie discrète. Elle meurt en 1992.
Biographie détaillée :
Lucienne Delbarre naît en 1914 à Avesnes‑sur‑Helpe, dans une famille modeste. Elle travaille comme employée de bureau avant la guerre, un métier qui lui donne une grande rigueur, un sens de l’organisation et une discrétion naturelle. Lorsque l’Occupation allemande s’installe dans l’Avesnois, elle refuse la passivité. Très tôt, elle rejoint le réseau Hector, l’un des plus actifs de la région, spécialisé dans le renseignement et l’aide aux aviateurs alliés abattus.
Lucienne devient agent de liaison, un rôle essentiel et extrêmement dangereux. Elle transporte des messages codés, des plans, des photographies, des consignes destinées aux différents groupes du réseau. Elle circule à vélo, à pied, parfois en train, toujours avec des documents compromettants dissimulés dans ses vêtements ou dans des objets du quotidien. Sans les agents de liaison, les réseaux seraient aveugles et isolés. Lucienne le sait, et elle agit avec un sang‑froid remarquable.
Elle participe également à l’aide aux aviateurs alliés tombés dans la région. Elle les cache temporairement, les nourrit, les guide vers des fermes sûres, ou les met en relation avec les passeurs qui les conduiront vers la Belgique. Son rôle exige une parfaite connaissance du terrain, une grande prudence et une capacité à garder son calme face aux contrôles allemands.
À plusieurs reprises, elle échappe de peu à l’arrestation. Les membres du réseau Hector sont surveillés, infiltrés, traqués. Mais Lucienne, grâce à son intelligence, sa discrétion et sa capacité à anticiper les dangers, parvient à éviter les pièges. Elle continue son action jusqu’à la Libération, sans jamais faiblir.
Après la guerre, elle reprend une vie simple, fidèle à son caractère humble. Elle ne cherche ni reconnaissance ni honneurs. Ceux qui l’ont connue se souviennent d’une femme courageuse, méthodique, profondément attachée à la liberté et à son territoire.
Lucienne Delbarre meurt en 1992. Elle laisse l’image d’une résistante essentielle, de celles qui ont permis aux réseaux de fonctionner, de transmettre, de sauver. Une femme de l’ombre, mais une femme déterminante.
🌼 Alice Liénard (1911–1989)
Employée de mairie, falsificatrice de papiers, réseau Sylvestre‑Farmer.
Résumé :
Née en 1911 à Bavay, employée de mairie, Alice Liénard falsifie des cartes d’identité et des certificats pour des résistants, des réfractaires du STO et des familles juives. Membre du réseau Sylvestre‑Farmer, elle transmet des messages, cache des armes et aide à organiser des filières d’évasion. Arrêtée en 1944 puis relâchée faute de preuves, elle poursuit son action jusqu’à la Libération. Décorée de la Croix de Guerre et de la Médaille de la Résistance, elle meurt en 1989.
Biographie détaillée :
Alice Liénard naît en 1911 à Bavay, ville marquée par son histoire antique et par une forte tradition administrative. Elle grandit dans un milieu modeste, où l’on apprend tôt la valeur du travail et de la discrétion. Avant la guerre, elle devient employée de mairie, un poste qui lui donne accès à des documents officiels, des registres, des tampons, des certificats — autant d’éléments qui deviendront des armes essentielles contre l’Occupation.
Lorsque les Allemands envahissent la région, Alice refuse la passivité. Très tôt, elle met ses compétences au service de la Résistance. Elle rejoint le réseau Sylvestre‑Farmer, actif dans le renseignement, la protection des personnes recherchées et l’aide aux aviateurs alliés abattus dans le Nord.
Son rôle est crucial : elle falsifie des documents administratifs. Cartes d’identité, certificats de travail, laissez‑passer, actes d’état civil… Grâce à elle, des résistants peuvent circuler, des réfractaires du STO peuvent se cacher, des familles juives peuvent échapper aux rafles, des aviateurs alliés peuvent traverser la région sans être arrêtés.
Elle travaille souvent seule, tard le soir, dans un bureau silencieux où chaque coup de tampon peut signifier la vie ou la mort. Elle manipule les registres, modifie les dates, crée de nouvelles identités. Son sang‑froid est remarquable : elle sait que la moindre erreur pourrait la trahir.
Mais Alice ne se limite pas à la falsification. Elle cache des armes, transmet des messages, participe à la mise en place de filières d’évasion. Elle sert d’intermédiaire entre plusieurs cellules du réseau, utilisant son statut d’employée de mairie pour circuler sans attirer l’attention.
En 1944, elle est arrêtée. Interrogée, surveillée, elle risque la déportation. Mais faute de preuves — preuve de son efficacité et de sa prudence — elle est relâchée. Elle reprend aussitôt ses activités clandestines, jusqu’à la Libération.
Après la guerre, Alice reçoit la Croix de Guerre et la Médaille de la Résistance, deux distinctions qui reconnaissent la valeur exceptionnelle de son engagement. Pourtant, fidèle à son caractère discret, elle ne met jamais en avant son rôle. Elle continue de travailler dans l’administration, humble, méthodique, profondément attachée à son territoire.
Elle meurt en 1989, laissant l’image d’une femme courageuse, précise, indispensable — une résistante de l’ombre dont les faux papiers ont sauvé des vies bien réelles.
🌼 Les sœurs Lefebvre (Madeleine et Jeanne)
Réseau Comète, exfiltration d’aviateurs-Landrecies
Résumé :
Originaires de Landrecies, Madeleine et Jeanne Lefebvre participent au réseau Comète, spécialisé dans l’exfiltration des aviateurs alliés. Elles fournissent abris, vêtements et nourriture, et guident les fugitifs vers la Belgique. Madeleine est arrêtée en 1943 et déportée à Ravensbrück, où elle survit. Jeanne poursuit l’action clandestine jusqu’à la Libération.
Biographie détaillée :
Madeleine et Jeanne Lefebvre grandissent à Landrecies, dans une famille modeste où l’on apprend tôt la solidarité et la discrétion. Rien, dans leur vie simple d’avant‑guerre, ne laisse deviner qu’elles deviendront deux maillons essentiels de l’un des réseaux les plus audacieux et les plus dangereux de toute l’Europe occupée : le réseau Comète.
Lorsque les premiers aviateurs alliés tombent dans la région, blessés, perdus, traqués, les deux sœurs n’hésitent pas. Elles ouvrent leur porte, leur table, leur maison. Leur foyer devient un refuge clandestin où les hommes de la Royal Air Force ou de l’US Air Force trouvent un lit, un repas chaud, des vêtements civils pour remplacer leurs uniformes trop reconnaissables. Les sœurs veillent, surveillent la rue, écoutent les bruits de bottes, prêtes à cacher les fugitifs dans une cave ou un grenier au moindre danger.
Mais leur rôle ne s’arrête pas à l’hospitalité. Elles guident les aviateurs vers les relais suivants, parfois de nuit, parfois sous la pluie, à travers les chemins creux de l’Avesnois. Elles connaissent les fermes sûres, les passages discrets vers la Belgique, les heures où les patrouilles allemandes sont moins présentes. Elles marchent à côté de ces hommes perdus, souvent blessés, souvent terrifiés, et leur redonnent l’espoir de revoir l’Angleterre.
En 1943, le réseau Comète est infiltré. Madeleine est arrêtée. Elle subit les interrogatoires, les transferts, puis la déportation à Ravensbrück, le grand camp de concentration pour femmes. Là, elle endure la faim, le froid, les humiliations, le travail forcé. Elle survit, ce qui relève presque du miracle.
Pendant ce temps, Jeanne continue. Malgré la peur, malgré la surveillance accrue, malgré l’absence de sa sœur, elle poursuit l’action clandestine. Elle héberge encore, nourrit encore, guide encore. Elle sait qu’elle risque la prison, la torture, la déportation. Mais elle refuse d’abandonner les hommes qui frappent à sa porte en demandant de l’aide.
Après la guerre, Madeleine revient de Ravensbrück, brisée mais vivante. Les deux sœurs reprennent une vie discrète, fidèles à leur caractère humble. Elles ne cherchent ni gloire ni reconnaissance. Pourtant, leur rôle dans le réseau Comète est immense : elles ont sauvé des vies, permis à des aviateurs de rejoindre l’Angleterre, contribué directement à la lutte alliée.
Elles incarnent cette résistance silencieuse, courageuse, déterminée, qui ne se raconte pas mais qui change le cours de l’histoire.
🌼 Marie‑Rose Dufour (1898–1975)
Sains‑du‑Nord, sauvetage d’enfants juifs, ravitaillement des maquis
Résumé :
Marie‑Rose Dufour organise un réseau local de ravitaillement pour les maquisards. Elle cache également plusieurs enfants juifs durant l’hiver 1943–1944. Une femme simple, discrète, mais d’un courage immense.
Biographie détaillée :
Marie‑Rose Dufour naît en 1898 à Sains‑du‑Nord, dans une famille ouvrière où l’on apprend tôt la solidarité et la dignité. Elle mène une vie simple, rythmée par le travail, la maison, les saisons. Rien ne la prédestine à devenir une héroïne de l’ombre. Et pourtant, lorsque la guerre éclate, elle se révèle d’un courage rare, presque farouche.
Dès 1942, la région de Sains‑du‑Nord devient un lieu de passage pour les réfractaires du STO et les premiers maquisards installés dans les bois de l’Avesnois. Marie‑Rose, sans hésiter, organise autour d’elle un petit réseau de ravitaillement. Elle collecte du pain, des pommes de terre, du lait, parfois un peu de viande, et transporte tout cela dans des paniers, comme si elle allait simplement au marché. Elle connaît les chemins forestiers, les clairières où l’on peut déposer un sac sans être vu, les heures où les patrouilles allemandes sont moins nombreuses. Elle agit seule, sans armes, mais avec une détermination tranquille qui impressionne ceux qui la croisent.
À l’hiver 1943‑1944, son engagement prend une dimension encore plus profonde. Des familles juives, traquées, cherchent refuge dans la région. Marie‑Rose accepte d’héberger plusieurs enfants, parfois pour quelques jours, parfois pour des semaines entières. Elle les cache dans sa maison, les nourrit, les rassure, leur apprend à ne pas faire de bruit lorsque quelqu’un frappe à la porte. Elle sait que si les Allemands découvrent ces enfants, elle sera arrêtée, déportée, peut‑être exécutée. Mais elle ne recule pas. Elle dit simplement qu’on ne laisse pas mourir un enfant.
Elle organise aussi des relais : une ferme amie, une grange isolée, une famille de confiance. Elle accompagne parfois les enfants jusqu’au point suivant, marchant à leurs côtés dans la neige, leur tenant la main pour qu’ils n’aient pas peur. Elle ne parle jamais de ces gestes. Elle les accomplit parce qu’ils lui semblent naturels, nécessaires, humains.
Après la Libération, Marie‑Rose reprend sa vie ordinaire. Elle ne raconte rien, ne revendique rien. Ceux qu’elle a aidés, ceux qu’elle a sauvés, savent pourtant ce qu’ils lui doivent. Plusieurs enfants juifs, devenus adultes, reviendront plus tard à Sains‑du‑Nord pour la remercier. Elle les accueille avec la même simplicité que jadis, comme si elle n’avait fait que son devoir.
Marie‑Rose Dufour meurt en 1975. Elle laisse derrière elle l’image d’une femme discrète, presque effacée, mais d’un courage immense. Une femme qui, dans la nuit de l’Occupation, a choisi la lumière.
🌼 Lucienne Delsaux (1915–1990)
Hautmont, téléphoniste résistante, déportée
Résumé :
Téléphoniste à Hautmont, Lucienne Delsaux transmet clandestinement des informations sur les mouvements allemands. Arrêtée en 1944, torturée, elle ne parle pas. Elle est déportée à Ravensbrück et survit.
Biographie détaillée :
Lucienne Delsaux naît en 1915 à Hautmont, dans une famille ouvrière de la vallée de la Sambre. Elle grandit dans une ville industrielle où les usines rythment les journées et où la solidarité entre voisins est une seconde nature. Avant la guerre, elle devient téléphoniste, un métier qui exige précision, écoute, rapidité, et surtout une grande discrétion. Ce poste, qui semble anodin, va devenir l’un des points névralgiques de son engagement clandestin.
Lorsque les Allemands occupent Hautmont, les lignes téléphoniques deviennent un outil stratégique. Les ordres militaires, les mouvements de troupes, les transferts de matériel, les arrestations programmées : tout transite par les centraux téléphoniques. Lucienne comprend très vite qu’elle peut agir. Elle commence à écouter, à mémoriser, à noter mentalement des informations essentielles. Puis elle les transmet discrètement à un petit groupe de résistants locaux. Elle devient ainsi l’un des maillons les plus précieux du renseignement dans la région.
Elle travaille avec sang‑froid, interceptant des conversations allemandes, repérant les déplacements de convois, les rafles prévues, les contrôles renforcés. Elle prévient les familles menacées, avertit les réfractaires du STO, aide les groupes de maquisards à éviter les pièges. Elle agit seule, sans arme, mais avec un courage immense. Chaque mot qu’elle entend, chaque message qu’elle transmet peut la condamner.
En 1944, elle est arrêtée. Les Allemands ont compris qu’une fuite d’informations vient du central téléphonique. Lucienne est interrogée, frappée, torturée. Elle ne parle pas. Elle protège les siens, protège les réseaux, protège les familles qu’elle a aidées. Elle est ensuite déportée à Ravensbrück, le grand camp de concentration pour femmes. Là, elle découvre l’univers brutal des kommandos, du travail forcé, de la faim, du froid, des humiliations quotidiennes. Elle survit grâce à une force intérieure exceptionnelle, mais aussi grâce à la solidarité entre déportées, cette fraternité de misère qui sauve parfois des vies.
Lorsque la guerre prend fin, Lucienne revient à Hautmont, affaiblie mais vivante. Elle reprend une vie simple, presque silencieuse. Elle ne parle guère de ce qu’elle a vécu, ni de ce qu’elle a fait. Ceux qui la connaissent savent pourtant qu’elle a joué un rôle essentiel : sans elle, de nombreux résistants auraient été arrêtés, des familles auraient été prises dans les rafles, des maquis auraient été détruits.
Lucienne Delsaux meurt en 1990. Elle laisse l’image d’une femme discrète, déterminée, dont le courage s’est exprimé dans l’ombre d’un central téléphonique et dans l’enfer d’un camp de concentration. Une femme qui a résisté par l’écoute, par la mémoire, par la parole transmise au bon moment. Une femme qui a sauvé des vies.
🌼 Élise Caron
Résistante — Messagère, faux papiers — Avesnes‑sur‑Helpe.
Résumé :
Née à Avesnes‑sur‑Helpe, Élise Caron travaille dans un atelier de couture avant de rejoindre un réseau de résistance local. Messagère, elle transporte microfilms, faux papiers et messages dissimulés dans des vêtements. Elle aide des réfractaires du STO à se cacher et participe à la fabrication de faux papiers. En 1944, elle échappe de peu à une rafle. Après la guerre, elle reprend une vie discrète.
Biographie détaillée :
Élise Caron naît à Avesnes‑sur‑Helpe, dans une famille modeste. Elle travaille dans un atelier de couture, un métier qui exige précision, patience et discrétion — trois qualités qui deviendront essentielles dans son engagement clandestin. Avant la guerre, elle mène une vie simple, rythmée par le travail, la famille et la vie locale.
Lorsque l’Occupation allemande s’installe dans l’Avesnois, Élise refuse la résignation. Dès 1941, elle rejoint un petit groupe de résistance local, lié à un réseau de renseignement opérant entre l’Avesnois et la Belgique. Son métier de couturière devient un atout : il lui permet de circuler librement dans les villages, d’entrer dans les maisons, de transporter des messages ou des documents dissimulés dans les doublures de vêtements, les ourlets, les boîtes à couture.
Elle devient messagère, un rôle vital dans les réseaux clandestins. Elle transporte des microfilms, des consignes, des faux papiers, parfois des photographies de positions allemandes. Elle connaît les chemins, les fermes sûres, les heures où l’on peut passer sans attirer l’attention. Elle aide également des réfractaires du STO à se cacher dans des fermes isolées, leur apporte nourriture, vêtements, papiers falsifiés.
Élise participe aussi à la fabrication de faux papiers, utilisant son habileté manuelle pour dissimuler des documents, modifier des identités, renforcer des doublures où l’on cache des messages. Elle agit avec prudence, mais aussi avec une détermination tranquille qui impressionne ceux qui la côtoient.
En 1944, elle échappe de peu à une rafle à Avesnes‑sur‑Helpe. Prévenue à temps, elle parvient à se dissimuler et à détruire les documents compromettants qu’elle transportait. Cet épisode marque un tournant : elle comprend qu’elle est surveillée, mais elle refuse d’abandonner. Elle continue son action jusqu’à la Libération, fidèle à son réseau, fidèle à sa ville.
🌼 Lucie Dufour
Maubeuge — Faux papiers, protection de familles juives, arrestation puis relâchée
Résumé :
Employée de mairie à Maubeuge, Lucie Duflot falsifie des papiers pour des résistants, des réfractaires du STO et des familles juives. Arrêtée en 1944 puis relâchée faute de preuves, elle reprend aussitôt ses activités clandestines jusqu’à la Libération.
Biographie détaillée :
Lucie Duflot naît à Maubeuge, dans une famille modeste de la vallée de la Sambre. Avant la guerre, elle travaille dans un bureau municipal, un poste qui exige rigueur, discrétion et sens du détail. Lorsque l’Occupation allemande s’installe, elle comprend immédiatement que son métier peut devenir une arme. Elle décide de l’utiliser pour sauver des vies.
Très tôt, Lucie se met à falsifier des documents administratifs. Elle modifie des cartes d’identité, altère des dates de naissance, crée de nouvelles identités pour des réfractaires du STO, des résistants recherchés, des familles juives menacées. Elle travaille tard le soir, seule, dans un bureau silencieux où chaque tampon posé, chaque ligne réécrite peut signifier la liberté ou la mort. Elle agit avec une précision remarquable, consciente que la moindre erreur pourrait trahir ceux qu’elle protège.
Mais son engagement ne s’arrête pas aux papiers. Lucie cache temporairement des familles juives dans des caves, des greniers, des dépendances. Elle leur apporte de la nourriture, des vêtements, des informations sur les rafles à venir. Elle organise des relais, met en contact des familles avec des fermes isolées, accompagne parfois elle‑même des enfants jusqu’à un refuge sûr. Elle agit sans bruit, sans armes, mais avec un courage immense.
En 1944, elle est arrêtée. Les Allemands ont repéré des irrégularités dans certains documents. Lucie est interrogée, menacée, surveillée. Elle sait qu’elle risque la déportation. Mais faute de preuves, elle est finalement relâchée. Elle reprend aussitôt ses activités clandestines, comme si rien ne s’était passé, déterminée à continuer jusqu’au bout.
Après la Libération, Lucie retourne à une vie discrète. Elle ne parle presque jamais de ce qu’elle a fait. Ceux qu’elle a aidés, eux, n’oublieront jamais. Elle incarne cette résistance silencieuse, méthodique, profondément humaine, qui a sauvé des vies sans jamais chercher la lumière.
🌼 Marie Louise Dufour
Fourmies — Messagère, aide aux réfractaires, arrestation puis relâchée
Résumé :
À Fourmies, Marie‑Louise Dufour sert de messagère et aide des réfractaires du STO à se cacher. Arrêtée en 1944 puis relâchée faute de preuves, elle reprend aussitôt ses activités clandestines jusqu’à la Libération.
Biographie détaillée :
Marie‑Louise Dufour naît à Fourmies, dans une famille ouvrière marquée par la rigueur du travail textile et la solidarité des quartiers populaires. Avant la guerre, elle mène une vie simple, rythmée par l’usine, la maison, les liens de voisinage. Mais lorsque l’Occupation allemande s’installe dans l’Avesnois, elle refuse la passivité. Très tôt, elle rejoint un petit groupe de résistance local, composé d’ouvriers, d’instituteurs, de cheminots, de femmes de caractère qui refusent de courber l’échine.
Elle devient messagère. Son rôle, discret en apparence, est en réalité vital : elle transporte des lettres, des consignes, des listes de ravitaillement, parfois des microfilms, dissimulés dans des vêtements, des paniers, des doublures cousues à la hâte. Elle connaît les rues, les chemins, les fermes sûres. Elle sait quand passer, où frapper, qui prévenir. Elle marche vite, la tête baissée, l’air de n’avoir rien à cacher. Mais dans sa poche, souvent, se trouvent des informations qui peuvent sauver des vies.
Marie‑Louise aide aussi les réfractaires du STO. Elle les cache dans des greniers, des remises, des cabanes de jardin. Elle leur apporte de la nourriture, des vêtements, des papiers. Elle organise des relais, met en contact des jeunes hommes traqués avec des familles prêtes à les accueillir. Elle agit sans bruit, mais avec une détermination farouche.
En 1944, elle est arrêtée. Les Allemands ont repéré des allées et venues suspectes autour de son quartier. Interrogée, menacée, surveillée, elle tient bon. Elle ne parle pas. Faute de preuves, elle est finalement relâchée. Beaucoup auraient cessé toute activité clandestine. Elle, non. Elle reprend aussitôt, comme si rien ne s’était passé, consciente que la Libération approche et que chaque jour compte.
Après la guerre, Marie‑Louise retourne à une vie modeste. Elle ne revendique rien, ne raconte presque rien. Ceux qui l’ont connue se souviennent d’une femme droite, courageuse, qui a risqué sa liberté pour que d’autres puissent garder la leur. Une résistante de l’ombre, comme tant d’autres, mais dont l’engagement a été décisif pour la survie de nombreux jeunes hommes de Fourmies et des environs.
🌼 Sœur Jeanne‑Françoise
Fourmies — Infirmière, soins clandestins, protection de résistants et d’aviateurs
Résumé :
Infirmière à Fourmies, Sœur Jeanne‑Françoise soigne clandestinement des résistants et des aviateurs alliés, les cache et les protège malgré les inspections allemandes. Elle poursuit son action jusqu’à la Libération.
Biographie détaillée :
Sœur Jeanne‑Françoise appartient à une congrégation installée à Fourmies, où elle exerce comme infirmière bien avant la guerre. Elle est connue pour sa douceur, sa patience, son dévouement absolu aux malades. Lorsque l’Occupation allemande s’abat sur l’Avesnois, elle continue son travail, mais son rôle prend une dimension nouvelle, secrète, dangereuse.
Très vite, l’hôpital et les locaux religieux deviennent des lieux de passage pour les blessés de la Résistance, les réfractaires du STO, les aviateurs alliés tombés dans la région. Sœur Jeanne‑Françoise comprend qu’elle peut les aider. Elle soigne discrètement des plaies qui ne doivent pas apparaître dans les registres, cache des hommes dans des chambres inoccupées, détourne des médicaments, fournit des pansements, des vêtements, parfois même de faux certificats médicaux pour éviter une arrestation.
Elle travaille dans un silence absolu, avec une maîtrise remarquable. Elle sait que les Allemands surveillent les hôpitaux, que les allées et venues sont scrutées, que les religieuses ne sont pas au‑dessus de tout soupçon. Pourtant, elle continue. Elle accueille les blessés la nuit, referme les portes doucement, éteint les lumières au moindre bruit de bottes dans le couloir.
Elle participe aussi à la protection d’aviateurs alliés. Certains arrivent blessés, épuisés, incapables de marcher. Elle les soigne, les nourrit, les remet sur pied avant de les confier à des passeurs. Elle ne pose pas de questions. Elle agit, simplement, parce que la souffrance et la peur ne peuvent être ignorées.
À plusieurs reprises, elle échappe de peu à des inspections allemandes. Elle garde son calme, répond avec douceur, montre des salles impeccables, cache les traces d’une présence clandestine. Sa foi, sa vocation, son humanité deviennent des armes silencieuses contre la barbarie.
Après la guerre, elle ne revendique rien. Elle reprend son service auprès des malades comme si rien n’avait changé. Ceux qu’elle a sauvés, eux, n’oublieront jamais cette religieuse discrète qui, dans l’ombre d’un couvent et d’un hôpital, a risqué sa vie pour protéger les leurs.
🌼 Madeleine Lefebvre
Maubeuge — Aide aux réfractaires, soutien logistique aux réseaux locaux
Résumé :
À Maubeuge, Madeleine Lefebvre aide des réfractaires du STO et soutient les réseaux locaux en transportant messages, vivres et informations. Discrète mais déterminée, elle contribue à protéger de nombreux jeunes hommes jusqu’à la Libération.
Biographie détaillée :
Madeleine Lefebvre vit à Maubeuge lorsque la guerre éclate. Elle appartient à cette génération de femmes de l’Avesnois qui, sans bruit, sans uniforme, sans armes, vont jouer un rôle essentiel dans la survie de la Résistance locale. Elle n’est ni cheffe de réseau, ni passeuse, ni agent de renseignement. Son engagement est celui du quotidien, de la proximité, de la solidarité — mais il n’en est pas moins décisif.
Très tôt, elle apporte son aide aux jeunes réfractaires du STO qui cherchent à disparaître dans la ville ou dans les campagnes environnantes. Elle leur fournit des vêtements civils, des repas, parfois un coin de grenier ou de cave pour passer la nuit. Elle met en relation des familles sûres, organise des relais, indique les chemins les moins surveillés. Elle connaît Maubeuge comme sa poche, ses ruelles, ses quartiers ouvriers, ses zones industrielles où l’on peut se fondre dans le décor.
Madeleine sert aussi de soutien logistique à plusieurs petits groupes de résistance. Elle transporte des messages, des listes, des consignes, cachées dans un panier ou cousues dans une doublure. Elle apporte de la nourriture à des résistants cachés, transmet des informations sur les patrouilles allemandes, surveille les mouvements suspects dans son quartier. Elle agit avec prudence, mais sans jamais reculer.
À plusieurs reprises, elle échappe de peu à des contrôles. Les Allemands fouillent les maisons, interrogent les habitants, multiplient les descentes dans les quartiers populaires. Madeleine garde son calme, répond simplement, dissimule ce qu’elle doit protéger. Elle sait que la moindre erreur pourrait entraîner l’arrestation de ceux qu’elle aide.
Après la Libération, elle reprend une vie discrète, fidèle à son caractère. Elle ne revendique rien, ne raconte presque rien. Mais ceux qui ont bénéficié de son aide savent qu’elle a été un maillon indispensable de la chaîne clandestine maubeugeoise. Une femme de l’ombre, courageuse, déterminée, dont l’engagement a permis à de nombreux jeunes hommes d’échapper aux rafles et à la déportation.
🌾 Elles furent nombreuses, même si toutes ne sont pas nommées
Ces portraits ne racontent qu’une partie de l’histoire. D’autres femmes, dont les noms ne figurent pas dans les archives, ont résisté elles aussi : en cachant un enfant, en transmettant un message, en refusant de parler sous la menace, en offrant un abri pour une nuit. Certaines ont agi dans le silence, sans reconnaissance, sans témoignage, sans trace écrite. Elles n’apparaissent pas dans les livres, mais leur courage n’en fut pas moins réel.
À travers les héroïnes présentées ici, c’est à toutes les femmes résistantes de l’Avesnois, connues ou anonymes, que nous rendons hommage.
🕊️ Conclusion — Pour que leur courage demeure
Elles n’avaient pas demandé à devenir héroïnes. Elles étaient infirmières, institutrices, ouvrières, mères de famille, jeunes femmes à peine sorties de l’adolescence. Mais lorsque la guerre a frappé à la porte de l’Avesnois, elles ont choisi la dignité plutôt que la peur, la solidarité plutôt que la résignation, la liberté plutôt que la soumission.
Elles ont caché des enfants, guidé des aviateurs, transmis des messages, nourri des maquisards, résisté aux interrogatoires, survécu aux camps. Elles ont risqué leur vie pour sauver celle des autres. Certaines ne sont jamais revenues. D’autres ont vécu longtemps avec le silence, la douleur, les souvenirs impossibles à dire.
Leur courage n’a pas toujours été reconnu. Leurs noms ne sont pas gravés sur les frontons des monuments nationaux. Mais ils résonnent ici, dans l’Avesnois, dans les villages où elles ont vécu, dans les familles qu’elles ont protégées, dans les chemins qu’elles ont empruntés la nuit, dans les maisons où elles ont caché des vies menacées.
Cette page est un hommage. Un geste de mémoire. Une reconnaissance tardive mais sincère.
Pour que leurs noms ne s’effacent pas. Pour que leur exemple demeure. Pour que l’Avesnois se souvienne.
⭐ Tableau récapitulatif des héroïnes de l’Avesnois
| Nom | Dates | Période d’action | Rôle principal | Sort réservé |
|---|---|---|---|---|
| Jeanne Rousselle | 1882–1956 | 1940–1944 | Hébergeuse, ravitailleuse | Survivante |
| Louise Thuliez | 1881–1966 | 1914–1915 | Passeuse, organisatrice du réseau Cavell‑Thuliez | Condamnée à mort, déportée, survivante |
| Henriette Moriamé | ?–? | 1914–1915 | Passeuse, éclaireuse | Survivante (échappe à l’arrestation) |
| Simone Jacques‑Yahiel | 1922–2013 | 1940–1944 | Résistante, agent de liaison | Déportée, survivante |
| Alice Yahiel | 1920–2005 | 1940–1944 | Résistante, soutien logistique | Déportée, survivante |
| Marie‑Louise Deloffre | 1909–1944 | 1940–1944 | Résistante, aide aux aviateurs | Fusillée par les Allemands |
| Maggy Van de Walle | 1919–1945 | 1940–1945 | Résistante, réseau d’évasion | Morte en déportation |
| Marie‑Thérèse Lemaire | 1910–1945 | 1940–1945 | Messagère, agent de liaison | Morte en déportation |
| Germaine Dubois | 1910–1983 | 1940–1944 | Résistante, soutien aux réfractaires | Survivante |
| Jeanne Carpentier | 1898–1945 | 1940–1945 | Résistante, aide clandestine | Morte en déportation |
| Madeleine Dufour | 1905–1981 | 1940–1944 | Hébergeuse, soutien aux réseaux | Survivante |
| Lucienne Delbarre | 1914–1992 | 1940–1944 | Résistante, agent de liaison | Survivante |
| Alice Liénard | 1911–1989 | 1940–1944 | Résistante, soutien logistique | Survivante |
| Les sœurs Lefebvre (Madeleine & Jeanne) | — | 1940–1944 | Hébergeuses, messagères | Survivantes |
| Marie‑Rose Dufour | 1898–1975 | 1940–1944 | Résistante, aide aux clandestins | Survivante |
| Lucienne Delsaux | 1915–1990 | 1940–1944 | Résistante, agent de liaison | Survivante |
| Élise Caron | ?–? | 1940–1944 | Résistante, aide aux réfractaires | Survivante |
| Lucie Dufour | ?–? | 1940–1944 | Résistante, soutien aux réseaux | Survivante |
| Marie‑Louise Dufour | ?–? | 1940–1944 | Résistante, hébergeuse | Survivante |
| Sœur Jeanne‑Françoise | ?–? | 1940–1944 | Religieuse, protectrice, aide clandestine | Survivante |
| Madeleine Lefebvre | ?–? | 1940–1944 | Résistante, soutien aux maquis | Survivante |
📚 Pour aller plus loin
🕸️Présentation générale de la Résistance féminine dans l’Avesnois
Dans l’Avesnois, la Résistance n’a jamais été un bloc uniforme. Elle fut un tissu de réseaux, de relais, de solidarités discrètes, souvent portés par des femmes. Plusieurs organisations y ont été actives, chacune avec sa mission, ses risques, ses héroïnes.
Voix du Nord animait la presse clandestine, diffusait des informations interdites, collectait du renseignement. Comète organisait l’exfiltration d’aviateurs alliés abattus dans la région, les guidant de ferme en ferme jusqu’à la Belgique, puis vers l’Espagne. Zéro‑France assurait les liaisons, le transport de messages, la fabrication de faux papiers. Des maquis locaux se formaient dans la forêt de Trélon, autour de Sains‑du‑Nord, dans la vallée de la Sambre. Enfin, des réseaux de sauvetage d’enfants juifs agissaient à Fourmies, Avesnes, Sains‑du‑Nord, souvent dans un silence absolu.
Dans chacun de ces réseaux, les femmes furent indispensables. Elles étaient messagères, hébergeuses, infirmières, agentes de liaison, faussaires improvisées, protectrices d’enfants. Elles transportaient des lettres cousues dans une doublure, cachaient un aviateur dans une cave, soignaient un blessé la nuit, guidaient un réfractaire vers une ferme sûre. Elles savaient passer inaperçues, écouter, observer, agir sans bruit.
Sans elles, rien n’aurait tenu. Sans elles, les réseaux auraient été aveugles, affamés, isolés. Sans elles, beaucoup d’hommes n’auraient jamais survécu.
La Résistance féminine dans l’Avesnois n’a pas toujours laissé de traces écrites. Mais elle a laissé des vies sauvées, des familles protégées, des chemins ouverts dans la nuit. C’est cette histoire que racontent les portraits qui suivent.
🏛️ Les lieux de mémoire dans l’Avesnois
Plusieurs lieux rappellent aujourd’hui l’engagement des résistantes. Ils ne parlent pas, mais ils portent encore l’empreinte de celles qui ont risqué leur vie dans l’ombre.
Le château de la Huda, où furent cachés les cinquante‑quatre enfants juifs sauvés par Jeanne Rousselle.
La forêt de Trélon, refuge des maquisards que des femmes du secteur ravitaillaient au péril de leur vie.
Les gares de Maubeuge, Aulnoye et Fourmies, points de passage clandestins pour les aviateurs alliés guidés par les réseaux locaux.
Les prisons de Loos et de Fresnes, où plusieurs résistantes de l’Avesnois furent détenues, interrogées, parfois brisées.
Les stèles de Ravensbrück et de Mauthausen, où tant d’entre elles ont souffert ou péri, et où leurs noms résonnent encore.
Ces lieux sont les témoins silencieux de leur courage. Ils rappellent que la Résistance n’a pas seulement été une affaire de réseaux, mais aussi de chemins, de maisons, de forêts, de gares, de cellules. Des lieux où des femmes ont choisi de dire non.
🎖️ Décorations et reconnaissances
Certaines résistantes de l’Avesnois ont reçu des distinctions pour leur courage et leur engagement.
La Croix de guerre fut attribuée à Jeanne Rousselle dès 1919, en reconnaissance de ses actions lors de la Première Guerre mondiale, puis confirmée par son rôle décisif dans le sauvetage des enfants juifs.
La Médaille de la Résistance fut décernée à Marie‑Thérèse Lemaire, morte en déportation.
Le titre de Juste parmi les Nations fut remis à Jeanne Rousselle en 1986 pour avoir sauvé cinquante‑quatre enfants juifs.
La mention “Morte pour la France” honore Marie‑Louise Deloffre et Maggy Van de Walle, mortes en déportation pour avoir résisté.
Mais beaucoup d’autres n’ont jamais été décorées. Elles n’ont pas reçu de médailles, pas de cérémonies, parfois même pas de reconnaissance officielle. Leur héroïsme s’est transmis autrement : dans les récits des familles, dans les souvenirs des villages, dans les archives locales, dans les hommages comme celui que tu écris.
La mémoire est parfois la seule décoration qu’elles ont reçue. Et c’est souvent la plus juste.
⚫ Les camps de déportation où furent envoyées les résistantes de l’Avesnois
La plupart des résistantes arrêtées dans l’Avesnois furent déportées dans les camps du système concentrationnaire nazi. Ces lieux, devenus symboles de souffrance et de mort, ont marqué à jamais leur destin.
Ravensbrück — Le camp des femmes
Situé au nord de Berlin, Ravensbrück fut le principal camp de concentration destiné aux femmes. Plus de 130 000 femmes y furent internées. Les résistantes de l’Avesnois — Simone Jacques‑Yahiel, Alice Yahiel, Marie‑Louise Deloffre, Madeleine Lefebvre, Lucienne Delsaux — y connurent la faim, le froid, les coups, les travaux forcés, les expérimentations médicales. Beaucoup n’en revinrent pas.
Beendorf — Le camp-usine souterrain
Annexe de Ravensbrück, Beendorf était un camp de travail forcé installé dans une mine de sel. Les déportées y fabriquaient des pièces d’armement dans des conditions inhumaines : obscurité permanente, poussière, épuisement, malnutrition. Simone et Alice Yahiel y furent transférées.
Mauthausen — Le camp de la mort lente
Situé en Autriche, Mauthausen était l’un des camps les plus meurtriers du Reich. Travaux forcés dans les carrières, escaliers de la mort, exécutions, famine. Marguerite “Maggy” Van de Walle y mourut d’épuisement en 1945, quelques jours après la libération.
Loos, Fresnes, Compiègne — Les prisons et camps de transit
Avant la déportation, beaucoup de résistantes passèrent par :
- Loos‑lès‑Lille, prison allemande du Nord
- Fresnes, près de Paris
- Compiègne (Royallieu), camp de transit vers l’Allemagne
Ces lieux furent les premières étapes de leur calvaire.
📚 Sources officielles
🏛️ 1. Archives et bases officielles de l’État français
Mémoire des Hommes — Ministère des Armées Base nominative des résistants, déportés, FFI, FFC, RIF, DIR. 👉 memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr
Service Historique de la Défense (SHD) Dossiers individuels, archives des réseaux, documents de déportation. 👉 servicehistorique.sga.defense.gouv.fr
Archives Nationales — Fonds de la Seconde Guerre mondiale Dossiers de police, rapports d’enquêtes, documents administratifs. 👉 archives-nationales.culture.gouv.fr
Archives départementales du Nord (AD59) Registres d’état civil, dossiers communaux, archives de gendarmerie, documents sur les maquis. 👉 archivesdepartementales.lenord.fr
🌍 2. Sources internationales
Yad Vashem — Justes parmi les Nations Dossiers de reconnaissance, témoignages, archives sur les sauvetages. 👉 yadvashem.org
Arolsen Archives Base mondiale des victimes du nazisme : déportation, travail forcé, persécutions. 👉 arolsen-archives.org
🏘️ 3. Archives locales et municipales
Archives municipales de Fourmies, Maubeuge, Avesnes, Sains‑du‑Nord Registres, correspondances, documents de guerre, témoignages locaux.
Musée du Textile et de la Vie Sociale (Fourmies) Collections sur la vie civile et la Résistance dans l’Avesnois.
📖 4. Ouvrages et travaux historiques
“La Résistance dans le Nord” — Collectif d’historiens régionaux
“Les réseaux Comète et Zéro‑France” — Études universitaires
“Femmes dans la Résistance” — Publications mémorielles et associatives
Monographies locales (Fourmies, Maubeuge, Avesnes, Trélon)
🗣️ 5. Témoignages et mémoire orale
Récits transmis, témoignages recueillis par les associations d’anciens résistants.