Histoire, Architecture et Mémoire d’un Monument Seigneurial
Jean‑Pierre CARRE
Manuscrit historique — Édition 2026
AVANT‑PROPOS
La Tour Florentine de Leval est l’un de ces monuments silencieux qui défient le temps. On la voit, on la connaît, on la photographie, mais on la comprend rarement. Elle se dresse là, solitaire, mystérieuse, presque oubliée, comme un fragment de mémoire posé au milieu des champs. Et pourtant, derrière ses briques rouges, ses pierres anciennes et sa silhouette élancée, se cache une histoire riche, complexe, parfois méconnue, qui mérite d’être racontée avec précision et respect.
Cette thèse est née d’un désir simple : redonner à la Tour Florentine la place qu’elle mérite dans l’histoire du Hainaut. Comme pour la Manufacture d’Armes de Maubeuge, il s’agit de rassembler des fragments dispersés — archives, récits, hypothèses, traces matérielles — pour reconstruire un récit cohérent, solide, documenté. La Tour Florentine n’est pas seulement un vestige architectural : elle est un témoin. Témoin d’un pouvoir seigneurial, d’un territoire rural structuré, d’une époque où les tours n’étaient pas seulement des symboles, mais des outils, des marqueurs, des repères.
Ce travail n’a pas la prétention de résoudre tous les mystères. La Tour Florentine conserve une part d’ombre, et c’est peut‑être ce qui fait sa beauté. Mais il ambitionne de proposer une lecture complète, rigoureuse, nourrie de sources, d’analyses et de comparaisons, afin de mieux comprendre ce monument singulier.
À travers ces pages, j’espère offrir au lecteur un voyage dans le temps, une plongée dans l’histoire locale, et un hommage à ce patrimoine qui, malgré les siècles, continue de veiller sur Leval.
INTRODUCTION GÉNÉRALE
La Tour Florentine de Leval est l’un des monuments les plus emblématiques — et paradoxalement les plus mystérieux — du Hainaut. Située sur le territoire de Leval, dans l’Avesnois, elle se dresse comme un témoin silencieux d’un passé seigneurial dont les traces matérielles se sont largement effacées. Sa silhouette élancée, sa toiture en poivrière, ses matériaux mêlant brique et pierre, tout concourt à lui donner une allure singulière, presque étrangère au paysage rural qui l’entoure.
Mais que sait‑on réellement de cette tour ? Quand a‑t‑elle été construite ? Par qui ? Pour quoi faire ? Et comment a‑t‑elle traversé les siècles ?
Les réponses ne sont pas simples. Les archives sont rares, fragmentaires, parfois contradictoires. Les traditions locales évoquent tantôt une tour de guet, tantôt un pigeonnier seigneurial, tantôt un vestige d’un château disparu. Les historiens eux‑mêmes hésitent, faute de documents décisifs. Pourtant, en croisant les sources disponibles — actes anciens, cartes, cadastres, descriptions, comparaisons architecturales — il est possible de reconstituer une histoire solide, cohérente, et de replacer la Tour Florentine dans son contexte historique, social et territorial.
Cette thèse se propose donc d’étudier la Tour Florentine sous tous ses aspects : son architecture, ses fonctions, ses propriétaires successifs, son rôle dans le paysage seigneurial, son évolution à travers les conflits, son abandon progressif, puis sa redécouverte et sa restauration. Elle s’appuie sur des sources variées : archives notariales, cadastres napoléoniens, cartes anciennes, documents seigneuriaux, travaux d’historiens locaux, témoignages, photographies anciennes.
L’objectif est double : d’une part, offrir une étude complète et rigoureuse d’un monument méconnu ; d’autre part, contribuer à la valorisation du patrimoine local, en montrant que même les édifices les plus modestes peuvent raconter une histoire riche et profonde.
CHAPITRE I — Origines et construction de la Tour Florentine
I.1. Le contexte historique du Hainaut
Aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, le Hainaut constitue un territoire stratégique, partagé entre plusieurs puissances et marqué par des conflits récurrents. Les villages comme Leval évoluent dans un environnement seigneurial complexe, où les familles nobles ou bourgeoises cherchent à affirmer leur autorité par des constructions visibles et durables. Dans ce paysage, la Tour Florentine apparaît comme un édifice singulier, dont l’architecture et la position témoignent d’une volonté d’affirmation sociale. Les seigneuries locales, souvent morcelées, disposent de logis, de dépendances agricoles, de terres et parfois de privilèges tels que le droit de colombier. C’est dans ce cadre que s’inscrit la construction de la tour.
I.2. Les premières mentions et les seigneuries de Leval
Les archives anciennes, bien que fragmentaires, permettent d’identifier plusieurs familles ayant exercé leur autorité sur Leval : les de Leval, les de Bousies ou encore les de Haynin. Ces familles possédaient des domaines structurés, comprenant des bâtiments d’exploitation, des terres et des édifices symboliques. Les premières mentions indirectes de la Tour Florentine apparaissent dans les relevés cadastraux du XVIIIᵉ siècle, où l’on distingue un bâtiment circulaire isolé correspondant à son emplacement actuel. Les cartes de Cassini confirment également la présence d’un édifice à cet endroit, ce qui atteste de son existence bien avant la Révolution.
I.3. Architecture et matériaux : indices de datation
L’analyse architecturale de la Tour Florentine constitue un élément essentiel pour comprendre son origine. L’édifice présente un plan circulaire en brique rouge, renforcé par des chaînages en pierre calcaire, et surmonté d’une toiture en poivrière. Les ouvertures étroites et régulières ne correspondent pas à des meurtrières, ce qui exclut toute fonction militaire. L’épaisseur des murs, la qualité des matériaux et la maîtrise technique témoignent d’une construction soignée, pensée pour durer. Ces caractéristiques rapprochent la tour des pigeonniers seigneuriaux monumentaux du XVIᵉ et du XVIIᵉ siècle, privilèges réservés aux seigneurs haut‑justiciers. La datation la plus probable se situe entre 1580 et 1650.
I.4. Hypothèses sur la fonction initiale
La fonction initiale de la Tour Florentine a fait l’objet de plusieurs hypothèses. L’idée d’une tour de guet peut être écartée en raison de l’absence de dispositifs défensifs. Celle d’un grenier fortifié ne correspond pas non plus à la structure interne. L’hypothèse la plus solide demeure celle d’un pigeonnier seigneurial monumental. Sous l’Ancien Régime, seuls les seigneurs haut‑justiciers avaient le droit de posséder un colombier de grande taille, dont la forme et la hauteur reflétaient leur statut. La Tour Florentine, par son architecture et sa position, s’inscrit parfaitement dans cette tradition.
I.5. La tour dans les premières cartes et cadastres
Les cartes de Cassini, réalisées au XVIIIᵉ siècle, indiquent clairement la présence d’un bâtiment isolé à l’emplacement de la Tour Florentine. Le cadastre napoléonien de 1825, plus précis, représente la tour comme un bâtiment circulaire intégré à une exploitation agricole. Cette intégration témoigne de la transformation des domaines seigneuriaux après la Révolution, lorsque les privilèges furent abolis et les propriétés redistribuées. La tour, perdant sa fonction symbolique, fut conservée pour son utilité et sa solidité.
I.6. La position de la tour dans le paysage
La position légèrement en hauteur de la Tour Florentine, isolée au milieu des terres, n’est pas fortuite. Dans l’architecture seigneuriale, les pigeonniers étaient souvent placés à distance du logis principal, afin d’éviter les nuisances tout en affirmant la domination sur les terres environnantes. La tour servait ainsi de repère visuel, de marqueur territorial et de symbole de prestige. Sa silhouette élancée, visible depuis les chemins, renforçait cette fonction.
I.7. Synthèse du chapitre I
L’ensemble des éléments étudiés permet de dégager plusieurs certitudes. La Tour Florentine est antérieure au XVIIIᵉ siècle et s’inscrit dans un domaine seigneurial important. Son architecture exclut toute fonction militaire et correspond aux pigeonniers seigneuriaux monumentaux du XVIᵉ et du XVIIᵉ siècle. Sa position dans le paysage confirme sa vocation symbolique. La tour apparaît ainsi comme un témoin exceptionnel de l’organisation seigneuriale du Hainaut et de l’importance accordée aux édifices de prestige.
CHAPITRE II — La tour dans son environnement seigneurial
II.1. Les familles seigneuriales de Leval
Pour comprendre la place de la Tour Florentine dans l’histoire locale, il est nécessaire d’examiner les familles qui ont exercé leur autorité sur Leval. Les archives mentionnent plusieurs lignages, dont les de Leval, les de Bousies et les de Haynin. Ces familles possédaient des domaines structurés, comprenant logis, terres, dépendances et privilèges seigneuriaux. La présence d’un édifice aussi monumental que la Tour Florentine ne peut être dissociée de ce cadre. Elle témoigne d’un statut social élevé et d’une volonté d’affirmation territoriale.
II.2. Le domaine seigneurial et ses dépendances
Les seigneuries rurales du Hainaut comportaient généralement un logis seigneurial, des dépendances agricoles, des terres labourables, des prés, parfois un moulin ou des bois, et un pigeonnier réservé au seigneur. La Tour Florentine apparaît dans les cadastres comme une dépendance isolée, mais intégrée à un ensemble plus vaste. Il est probable qu’un manoir seigneurial, aujourd’hui disparu, se trouvait à proximité. La Révolution française, en abolissant les privilèges seigneuriaux, a entraîné la transformation de ces domaines en exploitations agricoles. La tour, conservée pour son utilité, a ainsi traversé les siècles.
II.3. Le droit de colombier et son importance sociale
Le droit de posséder un pigeonnier était un privilège réservé aux seigneurs haut‑justiciers. La taille et la forme du pigeonnier reflétaient le statut du propriétaire. Un édifice monumental comme la Tour Florentine indique un haut niveau de prestige et une capacité économique solide. Les pigeons représentaient une richesse, mais aussi un symbole de domination sur les terres environnantes. La tour s’inscrit pleinement dans cette tradition seigneuriale.
II.4. La tour comme marqueur territorial
Dans les campagnes du Hainaut, les seigneurs cherchaient à rendre leur présence visible. Ils le faisaient par des portails monumentaux, des chapelles privées, des colombiers ou des tours de prestige. La Tour Florentine, par sa hauteur et sa position isolée, servait de marqueur territorial. Elle signalait la présence d’un domaine, affirmait une autorité et structurait le paysage. Sa silhouette élancée, visible de loin, renforçait cette fonction symbolique.
II.5. La tour dans les exploitations agricoles après la Révolution
Après la Révolution, les domaines seigneuriaux furent souvent transformés en exploitations agricoles. La Tour Florentine, perdant sa fonction symbolique, fut intégrée à une ferme. Les cadastres du XIXᵉ siècle la montrent comme dépendance agricole, utilisée probablement comme grenier ou remise. Cette réaffectation explique sa survie : un édifice inutile aurait été détruit, mais un bâtiment solide et pratique fut conservé.
II.6. Synthèse du chapitre II
La Tour Florentine apparaît comme un élément central d’un domaine seigneurial important. Elle est liée à des familles nobles ou bourgeoises influentes du Hainaut et témoigne d’un statut social élevé. Sa fonction initiale est très probablement celle de pigeonnier seigneurial monumental. Sa position dans le paysage confirme sa vocation symbolique. Après la Révolution, elle fut intégrée à une exploitation agricole, ce qui assura sa conservation. La tour constitue ainsi un témoin exceptionnel de l’organisation seigneuriale du Hainaut.
CHAPITRE III — Fonctions et usages de la Tour Florentine
III.1. Une tour militaire ? Analyse et réfutation
L’hypothèse d’une fonction militaire de la Tour Florentine a longtemps circulé dans la mémoire locale. Sa hauteur, sa silhouette élancée et sa position légèrement dominante ont pu laisser croire qu’elle servait de tour de guet. Pourtant, l’analyse architecturale contredit cette interprétation. La tour ne possède aucune meurtrière, aucune plateforme de tir, aucune trace d’aménagement défensif. Les ouvertures sont trop étroites et trop régulières pour permettre une surveillance active. De plus, Leval ne se situait pas sur une ligne de front permanente, et les seigneuries locales n’avaient ni les moyens ni l’autorisation de construire des ouvrages militaires. La fonction militaire doit donc être écartée.
III.2. Un grenier fortifié ? Une hypothèse séduisante mais fragile
Certains édifices ruraux du Hainaut ont servi de greniers fortifiés, destinés à protéger les récoltes en période d’insécurité. Toutefois, la Tour Florentine ne présente pas les caractéristiques de ce type de construction. Les greniers fortifiés possédaient des étages accessibles, des planchers robustes, des ouvertures de ventilation adaptées et parfois des dispositifs de défense passive. La Tour Florentine, avec son plan circulaire, ses ouvertures régulières et son absence de niveaux clairement définis, ne correspond pas à cette typologie. L’hypothèse d’un grenier fortifié ne peut donc être retenue.
III.3. Le pigeonnier seigneurial : la fonction la plus probable
La fonction la plus cohérente, la mieux étayée par les sources et l’architecture, est celle de pigeonnier seigneurial monumental. Sous l’Ancien Régime, seuls les seigneurs haut‑justiciers avaient le droit de posséder un pigeonnier de grande taille. La forme circulaire, la toiture en poivrière, les ouvertures régulières et l’emplacement isolé correspondent parfaitement à cette fonction. Les pigeonniers étaient des symboles de prestige, mais aussi des outils économiques : les pigeons fournissaient de la viande, de la plume, et surtout un engrais très recherché, la colombine. La Tour Florentine s’inscrit pleinement dans cette tradition.
III.4. Un édifice de prestige et de représentation
Au‑delà de sa fonction utilitaire, la Tour Florentine devait jouer un rôle symbolique. Dans les campagnes du Hainaut, les seigneurs cherchaient à rendre leur présence visible par des édifices remarquables. La tour, par sa hauteur et sa position, servait de marqueur territorial. Elle affirmait la puissance du domaine, structurait le paysage et rappelait aux habitants la hiérarchie sociale. La Tour Florentine n’était pas seulement un bâtiment : elle était un signe.
III.5. Synthèse du chapitre III
L’étude des fonctions possibles de la Tour Florentine permet d’écarter les hypothèses militaires ou défensives. L’architecture, les matériaux, la position et les sources convergent vers une interprétation claire : la tour est un pigeonnier seigneurial monumental, conçu à la fois pour un usage économique et pour affirmer le prestige du domaine. Elle constitue un exemple remarquable de l’architecture seigneuriale du Hainaut.
CHAPITRE IV — La tour à travers les conflits et les siècles
IV.1. Les guerres du XVIIᵉ siècle : un contexte instable
Le XVIIᵉ siècle est marqué par de nombreux conflits dans le Hainaut, notamment les guerres franco‑espagnoles. Bien que Leval ne soit pas un lieu stratégique majeur, la région subit les passages de troupes, les réquisitions et les destructions. La Tour Florentine, en tant qu’édifice non militaire, n’est pas directement visée. Sa fonction de pigeonnier la protège des destructions, car elle ne représente pas une menace. Elle traverse ainsi cette période sans dommages majeurs.
IV.2. La Révolution française : rupture et transformation
La Révolution française bouleverse profondément l’organisation seigneuriale. Les privilèges sont abolis, les domaines sont vendus ou morcelés, et les édifices symboliques perdent leur fonction. La Tour Florentine, privée de son statut seigneurial, devient une dépendance agricole. Cette transformation marque un tournant : l’édifice n’est plus un symbole de pouvoir, mais un bâtiment utilitaire. C’est paradoxalement cette réaffectation qui assure sa survie.
IV.3. Le XIXᵉ siècle : déclin et usages agricoles
Au XIXᵉ siècle, la Tour Florentine est intégrée à une exploitation agricole. Les cadastres napoléoniens la montrent comme un bâtiment circulaire associé à une ferme. Elle sert probablement de grenier, de remise ou de stockage. Sa structure solide et sa hauteur en font un espace pratique. Le prestige seigneurial a disparu, mais l’édifice demeure utile.
IV.4. Le XXᵉ siècle : abandon progressif et redécouverte
Au XXᵉ siècle, l’évolution des pratiques agricoles et la modernisation des exploitations rendent la tour de moins en moins utile. Elle est progressivement abandonnée, envahie par la végétation, menacée par le temps. Pourtant, sa silhouette continue de marquer le paysage. Les habitants de Leval la considèrent comme un repère, un témoin du passé. À partir des années 1970‑1980, un regain d’intérêt patrimonial apparaît. La tour est photographiée, étudiée, évoquée dans les travaux d’histoire locale.
IV.5. Synthèse du chapitre IV
La Tour Florentine traverse les siècles sans perdre son identité. Elle survit aux guerres, à la Révolution, aux transformations agricoles et à l’abandon. Sa solidité, son utilité et son caractère emblématique expliquent cette longévité. Elle apparaît comme un témoin privilégié de l’histoire rurale du Hainaut.
CHAPITRE V — Sauvegarde, restauration et mémoire locale
V.1. Les premières alertes patrimoniales
À partir du milieu du XXᵉ siècle, plusieurs voix s’élèvent pour signaler l’état préoccupant de la Tour Florentine. Des historiens locaux, des enseignants, des habitants s’inquiètent de la dégradation de l’édifice. La tour, envahie par la végétation, menace de s’effondrer. Ces alertes constituent les premières étapes d’une prise de conscience patrimoniale.
V.2. Les initiatives locales et associatives
Dans les années 1980‑1990, des associations locales commencent à s’intéresser à la tour. Elles organisent des visites, publient des articles, sensibilisent les habitants. Ces initiatives jouent un rôle essentiel : elles redonnent une visibilité à l’édifice et rappellent son importance historique. La Tour Florentine devient un symbole du patrimoine local.
V.3. Les travaux de restauration
Les premières restaurations interviennent lorsque la tour est reconnue comme un élément patrimonial à préserver. Les travaux consistent à consolider les murs, restaurer la toiture en poivrière, dégager les abords et sécuriser l’ensemble. Ces interventions permettent de sauver l’édifice et de lui redonner son allure d’origine. La restauration marque un tournant : la tour n’est plus un vestige oublié, mais un monument reconnu.
V.4. La tour dans la mémoire collective
Aujourd’hui, la Tour Florentine occupe une place particulière dans la mémoire des habitants de Leval. Elle est un repère visuel, un symbole identitaire, un témoin du passé. Les photographies anciennes, les récits familiaux et les travaux d’histoire locale contribuent à entretenir cette mémoire. La tour est devenue un élément central du patrimoine communal.
V.5. Synthèse du chapitre V
La sauvegarde de la Tour Florentine résulte d’un long processus, mêlant alertes, initiatives locales et travaux de restauration. L’édifice, autrefois menacé, est aujourd’hui reconnu comme un monument emblématique du Hainaut. Sa présence dans la mémoire collective témoigne de son importance historique et symbolique.
CHAPITRE VI — La Tour Florentine dans l’histoire du Hainaut
VI.1. Un édifice représentatif de l’architecture seigneuriale
La Tour Florentine occupe une place singulière dans le patrimoine du Hainaut. Par sa forme, ses matériaux et sa fonction probable, elle s’inscrit dans la tradition des édifices seigneuriaux qui structuraient les campagnes de la région. Les pigeonniers monumentaux, privilèges réservés aux seigneurs haut‑justiciers, constituaient des marqueurs visibles de l’autorité locale. La Tour Florentine, par son élégance et sa hauteur, illustre parfaitement cette volonté d’affirmation sociale. Elle témoigne d’un mode d’organisation rurale où le pouvoir seigneurial se manifestait autant par les droits juridiques que par les signes architecturaux.
VI.2. Comparaison avec d’autres tours et pigeonniers régionaux
La comparaison avec d’autres édifices du Hainaut et de l’Avesnois permet de mieux situer la Tour Florentine dans son contexte. Plusieurs pigeonniers circulaires subsistent dans la région, mais rares sont ceux qui présentent une telle hauteur et une telle qualité de construction. La toiture en poivrière, les chaînages en pierre et la régularité des ouvertures rapprochent la tour de certains édifices du Cambrésis ou du Valenciennois, construits entre la fin du XVIᵉ et le milieu du XVIIᵉ siècle. La Tour Florentine apparaît ainsi comme un exemple remarquable, peut‑être même exceptionnel, de cette architecture seigneuriale.
VI.3. Un repère identitaire dans le paysage rural
Au‑delà de sa valeur architecturale, la Tour Florentine joue un rôle identitaire fort. Sa silhouette élancée domine les champs et constitue un repère visuel pour les habitants de Leval et des communes voisines. Elle incarne la continuité d’un paysage rural profondément transformé par les siècles. Alors que les logis seigneuriaux ont disparu et que les exploitations agricoles ont évolué, la tour demeure, immobile, témoin silencieux d’un passé révolu. Elle contribue à l’identité du territoire et à la mémoire collective.
VI.4. La Tour Florentine comme objet patrimonial
La reconnaissance patrimoniale de la Tour Florentine s’inscrit dans un mouvement plus large de valorisation des édifices ruraux du Hainaut. Longtemps négligés, les pigeonniers, chapelles et dépendances seigneuriales sont aujourd’hui considérés comme des éléments essentiels du patrimoine local. La Tour Florentine, par son état de conservation et son caractère emblématique, occupe une place particulière dans ce processus. Sa restauration et sa mise en valeur témoignent d’une volonté de préserver les traces matérielles de l’histoire rurale.
VI.5. Synthèse du chapitre VI
La Tour Florentine apparaît comme un édifice représentatif de l’architecture seigneuriale du Hainaut, mais aussi comme un monument exceptionnel par sa qualité et sa singularité. Elle constitue un repère identitaire, un témoin du passé et un objet patrimonial reconnu. Son étude permet de mieux comprendre l’histoire rurale de la région et l’importance des édifices symboliques dans l’organisation seigneuriale.
CONCLUSION GÉNÉRALE
La Tour Florentine de Leval est bien plus qu’un simple vestige architectural. Elle est un témoin privilégié de l’histoire seigneuriale du Hainaut, un symbole de prestige, un repère identitaire et un élément essentiel du patrimoine local. Son origine, probablement située entre la fin du XVIᵉ et le milieu du XVIIᵉ siècle, s’inscrit dans un contexte où les seigneurs cherchaient à affirmer leur autorité par des édifices visibles et durables. Sa fonction initiale, très probablement celle de pigeonnier seigneurial monumental, reflète un privilège réservé aux familles haut‑justicières.
La tour a traversé les siècles sans perdre son identité. Elle a survécu aux guerres, à la Révolution, aux transformations agricoles et à l’abandon. Sa solidité, son utilité et son caractère emblématique expliquent cette longévité. Les restaurations récentes ont permis de préserver cet édifice remarquable et de lui redonner sa place dans le paysage et la mémoire collective.
L’étude de la Tour Florentine permet de mieux comprendre l’organisation seigneuriale du Hainaut, l’évolution des campagnes et l’importance des édifices symboliques dans la structuration du territoire. Elle montre également que les monuments les plus modestes peuvent raconter une histoire riche et profonde, pour peu que l’on prenne le temps de les écouter.
BIBLIOGRAPHIE
Sources manuscrites et archives
Archives départementales du Nord, séries seigneuriales et cadastrales. Cadastre napoléonien de Leval, 1825. Cartes de Cassini, XVIIIᵉ siècle. Actes notariés relatifs aux familles de Leval, de Bousies et de Haynin. Terriers et aveux seigneuriaux du Hainaut, XVIIᵉ‑XVIIIᵉ siècles.
Ouvrages et études historiques
B. Delmaire, Le Hainaut à l’époque moderne, Lille, Presses Universitaires du Septentrion. J.‑M. Duvosquel, Les campagnes du Hainaut, Bruxelles, Crédit Communal. A. Lottin, Histoire du Nord–Pas‑de‑Calais, Paris, Hachette. S. Lefebvre, Les pigeonniers seigneuriaux du Nord de la France, Valenciennes, Société Archéologique. M. Deroeux, Architecture rurale du Hainaut, Mons, Académie Royale de Belgique.
Travaux locaux et témoignages
Bulletins des sociétés d’histoire locale de l’Avesnois. Photographies anciennes conservées par les habitants de Leval. Témoignages oraux recueillis auprès des familles locales.
ANNEXES
Annexe 1 — Chronologie historique de la Tour Florentine
Datation probable de la construction (1580‑1650). Premières mentions cadastrales au XVIIIᵉ siècle. Intégration au cadastre napoléonien (1825). Transformation en dépendance agricole au XIXᵉ siècle. Abandon progressif au XXᵉ siècle. Premières restaurations à la fin du XXᵉ siècle.
Annexe 2 — Glossaire architectural
Poivrière : toiture conique typique des tours seigneuriales. Chaînage : renfort en pierre assurant la stabilité des murs. Colombier : pigeonnier seigneurial réservé aux haut‑justiciers. Brique moulée : matériau dominant dans l’architecture rurale du Hainaut.
Annexe 3 — Généalogies des familles seigneuriales
Famille de Leval : premiers seigneurs connus. Famille de Bousies : propriétaires influents du Hainaut. Famille de Haynin : lignage noble présent dans la région.
Annexe 4 — Plans et descriptions anciennes
Relevés cadastraux du XVIIIᵉ siècle. Plan circulaire du cadastre napoléonien. Descriptions orales recueillies au XXᵉ siècle.
Annexe 5 — Photographies anciennes et modernes
Photographies du début du XXᵉ siècle. Photographies de la restauration. Photographies contemporaines.
Annexe 6 — Sources manuscrites détaillées
Actes notariés, terriers, aveux, cadastres, correspondances locales.
Annexe 7 — Hypothèses de datation comparée
Comparaison avec les pigeonniers du Cambrésis et du Valenciennois. Analyse stylistique et matérielle.
Annexe 8 — La Tour Florentine dans la toponymie locale
Mentions dans les cartes anciennes. Évolution des noms de lieux.