Le Château de Potelle — Étude historique et architecturale

Introduction générale

Le château de Potelle se dresse depuis plus de sept siècles au cœur de la vallée de la Rhonelle. Avec ses douves profondes, son châtelet sévère et ses tours massives, il incarne l’archétype même de la forteresse médiévale du Hainaut. Son histoire est celle d’un lieu stratégique, convoité, incendié, reconstruit, transmis de famille en famille, mais toujours debout. À travers les Mortagne, les Croÿ, les Carondelet et les Fremin du Sartel, Potelle raconte une part essentielle de l’histoire féodale et aristocratique de l’Avesnois.

🏰 Chapitre I — Origines et fondation du château

⚜️ I.1. Le contexte féodal du Hainaut

À la fin du XIIIᵉ siècle, le Hainaut est une terre de seigneuries puissantes. Les châteaux y sont autant des symboles d’autorité que des outils de contrôle territorial. Potelle occupe alors une position stratégique : un point de passage, un verrou sur la Rhonelle, un lieu où l’on surveille et où l’on protège.

⚜️ I.2. La construction par Willes de Mortagne

C’est dans ce contexte que Willes (ou Willaume) de Mortagne fait bâtir le château en 1290. Il n’est pas impossible qu’une structure plus ancienne ait précédé l’édifice actuel. Un fragment de sa pierre tumulaire, conservé dans la chapelle, perpétue sa mémoire :

« Willes fit ceste mason. Chevalier fu de grand renom… »

Ces quelques vers, simples et touchants, sont l’un des rares témoignages directs de cette fondation.

⚜️ I.3. La famille de Mortagne

Par mariage avec Catherine de Barbençon, un seigneur de Mortagne acquiert également la terre de Solre‑sur‑Sambre, dont le château présente une parenté frappante avec celui de Potelle. Les deux édifices semblent partager une même logique architecturale, comme deux frères bâtis dans un même esprit.

🛡️ Chapitre II — Les seigneurs de Potelle et les crises du XVe siècle

⚔️ II.1. Gilles de Mortagne, dit de Potelle

Parmi les figures marquantes de la lignée, Gilles de Mortagne occupe une place particulière. Élevé à la cour du Hainaut, proche de Jacqueline de Bavière, il se retrouve entraîné dans les tourments politiques de son temps. En 1433, accusé de complot contre Philippe le Bon, il est arrêté, jugé, puis écartelé sur le marché de Mons. Ses biens sont confisqués, et Potelle change de mains.

⚔️ II.2. Le retour des Mortagne

Pourtant, l’histoire réserve un rebondissement : Antoine de Croÿ rachète la seigneurie, puis la revend deux ans plus tard aux frères et sœur de Gilles — Jean, Roland et Jeanne de Mortagne. Ainsi, malgré la tragédie, la famille retrouve son domaine.

⚔️ II.3. Le siège de 1477

En 1477, les troupes de Louis XI ravagent la région. Potelle est incendié, mais ses murs, solides et massifs, permettent une reconstruction rapide. Le château renaît une première fois de ses cendres.

👑 Chapitre III — Les Carondelet : renaissance et prestige

🏵️ III.1. L’acquisition par Jean Carondelet

En 1490, la seigneurie est vendue à Jean Carondelet, chancelier de Flandre et de Bourgogne. Homme d’État, diplomate, figure majeure des Pays‑Bas bourguignons, il apporte à Potelle un prestige nouveau.

🏵️ III.2. La restauration de 1539

Son fils, Ferry de Carondelet, entreprend en 1539 une restauration importante. Avec son épouse Catherine d’Esnes, il marque le château de son empreinte : leurs armoiries accolées ornent encore aujourd’hui les pilastres du châtelet d’entrée.

🏵️ III.3. Une possession jusqu’au XIXᵉ siècle

Les Carondelet conservent Potelle pendant plusieurs siècles. Ce n’est qu’au XIXᵉ siècle que la terre passe, par alliance, à la famille de Fremin du Sartel, toujours propriétaire du domaine.

🔥 Chapitre IV — Guerres, incendies et résilience

🕯️ IV.1. Le siège de Turenne (1654)

En 1654, lors des opérations militaires de Turenne, le château est de nouveau incendié. Les flammes dévorent les parties hautes, mais les murs, épais et robustes, résistent.

🕯️ IV.2. Le siège des Autrichiens (1793)

En 1793, un nouvel incendie, provoqué cette fois par les Autrichiens, achève de détruire les éléments les plus vulnérables. Ce qui subsiste, ce sont les maçonneries primitives, celles que le feu ne peut atteindre. C’est à elles que Potelle doit son allure féodale actuelle.

🧱 Chapitre V — Description architecturale

🏰 V.1. Les douves et le système défensif

Le château est ceinturé de douves profondes, alimentées par la Rhonelle. On y accède par des ponts‑levis, rappelant la vocation militaire du lieu.

🏰 V.2. Le châtelet d’entrée

Le châtelet, massif et austère, est flanqué de deux tours en demi‑cercle. On y distingue encore :

  • l’encoche du pont‑levis
  • l’assommoir
  • les rainures de la herse
  • les embrasures à deux ouïes pour armes à feu

C’est un véritable manuel de défense médiévale à ciel ouvert.

🏰 V.3. Le donjon et les tours

Un donjon puissant domine l’ensemble, accompagné de tours imposantes qui rythment la silhouette du château. Leur masse témoigne de la fonction défensive originelle.

🏰 V.4. La cour intérieure

Au-delà du châtelet, la cour intérieure s’ouvre, organisée autour :

  • du logis principal
  • des dépendances
  • et de la chapelle

Un ensemble harmonieux, où l’on perçoit encore la vie quotidienne d’une seigneurie d’autrefois.

Conclusion générale

Le château de Potelle est l’un des rares témoins encore debout de l’architecture militaire du XIIIᵉ siècle dans l’Avesnois. Son histoire, marquée par les Mortagne, les Croÿ, les Carondelet et les Fremin du Sartel, reflète les grandes tensions politiques de la région. Ses murs, plusieurs fois brûlés mais jamais abattus, racontent une résilience exceptionnelle. Aujourd’hui, Potelle demeure un monument précieux, un fragment intact du Moyen Âge, transmis de génération en génération.

🕰️ Fresque chronologique — Château de Potelle

🗓️ XIIIᵉ siècle

1290 — Construction du château par Willes (ou Willaume) de Mortagne. Probable présence d’un édifice plus ancien. La pierre tumulaire conservée dans la chapelle rappelle cette fondation.

🗓️ XIVᵉ siècle

1333 — Mort de Willes de Mortagne. Le château reste dans la famille.

🗓️ XVe siècle

Début du XVe siècle — Union des Mortagne avec Catherine de Barbençon, rapprochant Potelle du château de Solre‑sur‑Sambre.

1433Gilles de Mortagne, proche de Jacqueline de Bavière, est accusé de complot contre Philippe le Bon. → Arrestation → Confiscation des biens → Exécution à Mons (écartèlement)

1435 — Antoine de Croÿ rachète la seigneurie puis la revend aux frères et sœur de Gilles : Jean, Roland et Jeanne de Mortagne.

1477 — Incendie du château lors des opérations de Louis XI. → Reconstruction rapide sur les anciennes murailles.

🗓️ XVIᵉ siècle

1490 — Vente de la seigneurie à Jean Carondelet, chancelier de Flandre et de Bourgogne.

1539 — Restauration majeure par Ferry de Carondelet et Catherine d’Esnes. → Leurs armoiries ornent encore le châtelet d’entrée.

🗓️ XVIIᵉ siècle

1654 — Nouveau grand incendie lors du siège de Turenne. → Destruction des parties hautes → Les maçonneries massives subsistent

🗓️ XVIIIᵉ siècle

1793 — Incendie provoqué par les troupes autrichiennes. → Le château perd ses éléments supérieurs → L’aspect féodal actuel provient de ces destructions successives

🗓️ XIXᵉ siècle

Transmission du domaine par alliance à la famille de Fremin du Sartel, toujours propriétaire aujourd’hui.

📚 Sources

  • Archives locales du Hainaut et de l’Avesnois
  • Documents anciens conservés dans la chapelle du château (pierre tumulaire de Willes de Mortagne)
  • Travaux historiques sur les familles de Mortagne, de Croÿ et de Carondelet
  • Études régionales sur l’architecture médiévale du Hainaut