Le moulin de Maroilles : un fleuron du patrimoine de l’Avesnois

Le Moulin de Maroilles (2011)

🌊⚙️ Introduction

Le moulin de Maroilles est l’un de ces lieux où l’histoire semble s’être déposée couche après couche, comme la farine sur les meules d’autrefois. Mentionné dès le XVIᵉ siècle, mais probablement bien plus ancien, il a été tour à tour moulin banal de l’abbaye, outil industriel, centrale électrique, restaurant, ruine, puis monument restauré. Il a connu les meuniers, les moines, les fermiers, les tanneurs, les ingénieurs, les restaurateurs, les touristes, et aujourd’hui les habitants de l’Avesnois qui le photographient, le traversent, le reconnaissent comme un compagnon familier.

Inscrit en 1977 à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques et classé comme Site la même année, il est devenu l’un des symboles les plus forts du patrimoine du Nord. Sa silhouette, posée sur la rivière comme un pont entre les siècles, raconte une histoire continue : celle d’un bâtiment qui n’a jamais cessé de renaître.

Ce travail propose de retracer cette histoire, depuis les premiers meuniers connus jusqu’aux projets du XXIᵉ siècle, en s’appuyant sur les archives, les témoignages, les baux anciens, les actes de l’échevinage et les recherches menées par les passionnés du patrimoine local.

🌊⚙️ I. Origines et statut seigneurial du moulin

1.1. Une tradition d’ancienneté (VIIᵉ–XVIᵉ siècle)

La tradition locale attribue au moulin de Maroilles une origine très ancienne, parfois remontée au VIIᵉ siècle, époque de la fondation du monastère. Cette datation relève davantage de la mémoire collective que d’une preuve documentaire, mais elle n’est pas invraisemblable : dès les premiers siècles médiévaux, les communautés monastiques aménagent les cours d’eau pour assurer leur subsistance et organiser leur domaine.

Aucune source écrite antérieure au XVIᵉ siècle ne décrit formellement le moulin, mais l’existence d’un ouvrage hydraulique dépendant de l’abbaye est hautement probable. Le moulin apparaît en effet comme un élément essentiel du temporel monastique : il structure l’économie locale, régule la rivière, et impose aux habitants un passage obligé pour la mouture de leurs grains.

Le silence des archives médiévales n’est donc pas un vide, mais un phénomène courant : les moulins n’apparaissent dans les documents qu’à l’occasion de litiges, de reconstructions ou de baux. Leur fonctionnement quotidien, lui, laisse peu de traces.

1.2. Le moulin banal du monastère

Dès qu’il entre dans la lumière des sources, le moulin de Maroilles apparaît comme un moulin banal, c’est‑à‑dire un moulin auquel les habitants du ban étaient tenus de porter leur grain. Ce droit de banalité, exercé par l’abbaye, constituait une ressource essentielle : le meunier prélevait la mouture au quarantième, un taux élevé qui provoqua régulièrement des tensions avec les villageois.

Les religieux conservaient avec un soin extrême les titres attestant ce droit, car il garantissait à la fois leur autorité seigneuriale et une rente stable. Le moulin n’était pas seulement un outil économique : il était un instrument de pouvoir, un point de passage obligé, un symbole de la domination monastique sur le territoire.

1.3. La première trace matérielle : la pierre de 1575

La première preuve matérielle conservée est une pierre datée 1575, portant les armes de l’abbé Frédéric d’Yves (1564‑1599) et sa devise Adhaerere Deo bonum. Cette pierre atteste une reconstruction du moulin, non sa fondation. Elle marque un moment important de l’histoire du site : l’abbé Frédéric d’Yves entreprend alors de vastes travaux qui doublent le volume des bâtiments et donnent au moulin une partie de son aspect actuel.

Cette reconstruction de 1575 constitue le premier jalon sûr d’une histoire qui, pourtant, plonge ses racines bien plus profondément dans le Moyen Âge.

1.4. Le moulin représenté dans les Albums de Croÿ (1598)

Une preuve iconographique majeure vient confirmer l’importance du moulin à la fin du XVIᵉ siècle : il apparaît clairement dans les Albums de Croÿ, réalisés vers 1598. Ces albums, commandés par Charles de Croÿ, duc d’Arschot, constituent l’un des témoignages visuels les plus précieux sur les villages et paysages des anciens Pays-Bas espagnols.

Sur la planche consacrée à Maroilles, on distingue nettement le moulin établi sur la Petite Helpe, en aval du bourg, avec son bâtiment massif et son dispositif hydraulique. Cette représentation, contemporaine de la pierre armoriée de 1575, confirme que le moulin est alors un élément structurant du paysage et de l’économie locale.

Elle atteste également que le moulin existait avant 1600, dans une configuration déjà proche de celle décrite dans le bail de 1610.

1.5. Un moulin déjà complexe : les deux tournants (1610)

Un bail à ferme daté du 23 juin 1610, scellé de l’abbaye et collationné en 1765, décrit avec précision les obligations du meunier. Ce document capital révèle que le moulin possède alors deux tournants, destinés « à prendre la mouture de tous grains venant au dit moulin ». Cette mention confirme : le statut de moulin banal, la capacité importante de l’installation, et l’existence d’un système hydraulique déjà élaboré.

Le meunier doit entretenir les ventaux, tirer les eaux deux fois l’an pour permettre la pêche monastique, prévenir les habitants avant toute intervention sur la rivière, et garantir que ses travaux ne causent aucun dommage aux prés et pâtures en amont ou en aval. Le bail impose également des clauses religieuses strictes : le meunier doit demeurer dans la foi catholique, sous peine de résiliation immédiate.

Ce document montre un moulin techniquement avancé, juridiquement encadré, et pleinement intégré à la vie économique et sociale de Maroilles dès le début du XVIIᵉ siècle.

🌊⚙️ II. Le moulin monastique (XVIᵉ–XVIIIᵉ siècle)

2.1. Les deux tournants du moulin : le bail de 1610

Le bail à ferme du 23 juin 1610, scellé de l’abbaye et collationné en 1765, constitue l’un des documents les plus précieux concernant le moulin de Maroilles. Il révèle que le moulin possède alors deux tournants, c’est‑à‑dire deux roues distinctes, chacune entraînant sa paire de meules. Le texte précise qu’ils servent « à prendre la mouture de tous grains venant au dit moulin », confirmant sans ambiguïté le statut de moulin banal.

Ce bail détaille les obligations du meunier :

  • entretenir le moulin et les ventaux,
  • tirer les eaux deux fois l’an pour permettre la pĂŞche monastique,
  • prĂ©venir huit jours Ă  l’avance lorsqu’il doit intervenir sur la rivière,
  • Ă©viter tout dommage aux prĂ©s et pâtures situĂ©s en amont ou en aval,
  • demeurer dans la foi catholique, sous peine de rĂ©siliation immĂ©diate,
  • ne pas cĂ©der le bail sans l’accord de l’abbaye.

Ce document montre un moulin déjà techniquement avancé, doté d’ouvrages hydrauliques complexes, et placé au cœur de la vie économique et sociale du village.

2.2. Agrandissements et transformations (1634–1770)

Le moulin connaît plusieurs phases d’agrandissement sous l’Ancien Régime.

  • 1634 : sous l’abbatiat de dom Simon Bosquier, le moulin est agrandi. Cette campagne de travaux renforce les bâtiments et amĂ©liore les installations hydrauliques.
  • 1770 : un troisième tournant est ajoutĂ©. Cette transformation majeure rĂ©pond Ă  l’intensification des activitĂ©s du moulin, qui ne se limite plus Ă  la mouture des grains.

En effet, la monographie de Maroilles précise que le moulin servit longtemps au broyage des écorces de chêne, destinées à la tannerie monastique située à proximité. Cette activité exigeait une roue dédiée, car le broyage des écorces est un travail lourd, continu, différent de la mouture.

Ainsi, dès le XVIIIᵉ siècle, le moulin de Maroilles est un moulin polyvalent, capable de répondre aux besoins alimentaires et artisanaux du domaine monastique.

2.3. Les meuniers du moulin (1566–1797)

(Sources : ADN 11 H 27, 11 H 40, 11 H 66‑67 ; échevinages ; notes de Claude Catty)

Les archives permettent de reconstituer une liste remarquable de meuniers ayant exercé au moulin banal entre le XVIᵉ et le XVIIIᵉ siècle. Les dates indiquent des mentions dans les actes, non la durée exacte d’exercice.

XVIᵉ siècle

  • 1566 – Gilles LEFEVRE Ă— Anthoinette BOURGEOISSE
  • 1574 – Jean MANDRON
  • 1583 – Fremin MANESCHES Ă— Jeanne CAILLET
  • 1586–1588 – Jean MANDRON Ă— Georgette HENNEAU

XVIIᵉ siècle

  • 1610 – Jacques MANDRON (bail de 1610)
  • 1615–1623 – Jacques MANDRON Ă— Anne LESCOHIER
  • 1627 – Jean JEHU Ă— Françoise DE BAVAY
  • 1634 – JĂ©rĂ´me MICHEL Ă— Marie MANDRON
  • 1640 – Etton MANDRON Ă— Jacqueline MANESSE
  • 1644 – Balthazar D’AOUST Ă— Gillette DRUET
  • 1660 – Jean SCOQUART Ă— Anne POUILLIART
  • 1681–1690 – Denis SCOCART Ă— Madeleine GAU († 1693)

XVIIIᵉ siècle

  • 1705 – Jean BOUCHER, lieutenant‑bailli et fermier du moulin
  • 1748–1807 – Alexandre BOUCHER, propriĂ©taire
  • 1752–1797 – Basile Alexandre BOUCHER, meunier

Cette succession montre la continuité remarquable de l’exploitation du moulin banal, souvent assurée par des lignées familiales, notamment les Mandron, les Scocart et les Boucher.

🌊⚙️ III. Le moulin à l’époque révolutionnaire et moderne (1791–1889)

La Révolution française bouleverse profondément le destin du moulin de Maroilles. Comme tous les biens de l’abbaye, il est saisi, inventorié, puis mis en vente comme bien national. Cette période marque la fin du contrôle monastique et l’entrée du moulin dans une nouvelle ère, faite de mutations rapides, de transmissions successives et d’événements parfois dramatiques.

3.1. Les adjudications révolutionnaires : deux ventes, deux réalités

La première adjudication a lieu le 23 août 1791. Le moulin est alors attribué à Pierre‑Joseph Briatte, de Colleret, pour la somme exorbitante de 573 000 livres. Un tel montant, totalement disproportionné pour un moulin, révèle une enchère spéculative ou irréaliste. Comme cela arrive fréquemment dans les ventes révolutionnaires, l’adjudicataire ne peut pas payer ou ne fournit pas les garanties exigées. La vente n’est donc pas confirmée.

Une seconde adjudication est organisée le 23 janvier 1792. Cette fois, le moulin est adjugé au sieur Masson, de Maubeuge, pour 8 850 livres, un prix cohérent avec les estimations réelles des biens nationaux. C’est cette vente qui est définitive et qui marque la véritable sortie du moulin du patrimoine monastique.

Parallèlement, Alexandre Boucher, déjà actif dans la région, acquiert en 1791 les étables, jardins et pâtures entourant le moulin. La famille Boucher jouera un rôle majeur dans l’histoire du site durant plusieurs décennies.

3.2. La famille Boucher : propriétaires et meuniers (1791–1835)

À partir de la Révolution, le moulin entre dans une période de stabilité relative grâce à la famille Boucher, déjà présente comme meuniers au XVIIIᵉ siècle. Alexandre Boucher, né en 1717, devient l’un des principaux propriétaires du site. Son fils, Basile Alexandre Boucher, meunier de profession, poursuit l’exploitation jusqu’à son décès en 1797.

Le moulin reste ensuite dans la famille jusqu’en 1835, date à laquelle les héritiers Boucher en conservent encore la propriété. Cette continuité familiale assure la transition entre l’ancien régime monastique et l’exploitation moderne du moulin.

En 1838, lors de la réglementation officielle du moulin, les documents administratifs confirment que les trois roues installées en 1770 sont toujours en place et en fonctionnement. Le moulin conserve donc sa puissance hydraulique maximale.

3.3. Les meuniers du XIXᵉ siècle : une succession d’artisans et de familles

Au cours du XIXᵉ siècle, le moulin passe entre les mains de plusieurs meuniers, dont certains ne restent que quelques années, tandis que d’autres s’y installent durablement. On y retrouve Nicolas Truffet, originaire du Nouvion, actif jusqu’en 1819 ; Célestin Juniet, garçon meunier dans les années 1806–1814 ; César Auguste Soufflet, présent dans les années 1820 ; puis Antoine Thomas, meunier de Vilers-Pol et d’Orsinval, actif jusqu’en 1848.

La famille Salengros marque également l’histoire du moulin : plusieurs fils de Pierre Salengros, originaires du Favril, s’installent à Maroilles entre 1823 et 1841. L’un d’eux, Pierre Joseph Salengros, y demeure durablement et y exerce jusqu’à sa mort en 1874.

À la fin du siècle, ce sont les Severs, originaires de Belgique, qui prennent la relève. Joseph Severs, puis son fils Jules Louis, sont les derniers meuniers du moulin à farine avant sa destruction en 1889.

3.4. Drames et fin du moulin Ă  farine

Le XIXᵉ siècle est marqué par plusieurs événements tragiques. En 1876, le meunier Guilbert se noie en tentant de réparer une partie du mécanisme. Mais c’est surtout l’année 1889 qui scelle le destin du moulin.

Le 16 juillet 1889, un garçon de onze ans tombe accidentellement dans la roue et est broyé. Deux mois plus tard, dans la nuit du 27 septembre, le père de l’enfant, fou de douleur, met le feu au moulin. L’incendie, attisé par un vent violent, détruit le bâtiment en quelques instants. Seule la petite maison attenante est épargnée.

Le moulin à farine ne sera jamais reconstruit. Cet événement marque la fin définitive de son activité meunière traditionnelle.

🌊⚙️ IV. Le moulin‑usine et la turbine (1890–1945)

L’incendie de 1889 marque un tournant décisif dans l’histoire du moulin de Maroilles. Le bâtiment, ravagé par les flammes, ne sera jamais reconstruit comme moulin à farine. Pourtant, loin de disparaître, il entre alors dans une nouvelle phase de son existence : celle d’un moulin‑usine, au service de l’industrie locale, puis de la production d’électricité.

4.1. Le rachat par la tannerie Maillard et fils

À la suite de l’incendie, le moulin est acquis par la Société Anonyme des Tanneries et Corroieries Maillard et fils, qui possède déjà la tannerie voisine. Cette dernière avait échappé de peu aux flammes lors du sinistre de septembre 1889. Pour l’entreprise, le moulin représente une opportunité : son emplacement sur la rivière, ses ouvrages hydrauliques encore exploitables, et la possibilité d’y installer une force motrice moderne.

Le moulin cesse alors définitivement d’être un lieu de mouture. Il devient un outil industriel, intégré à l’activité de la tannerie, qui y voit un moyen d’assurer une énergie régulière et indépendante.

4.2. L’installation de la turbine : une révolution énergétique

Le 25 mai 1899, la tannerie sollicite officiellement l’autorisation de remplacer les anciennes roues hydrauliques par une turbine. Cette demande marque la fin d’un système pluriséculaire et l’entrée du moulin dans l’ère de l’hydroélectricité.

La turbine, plus puissante et plus régulière que les roues traditionnelles, transforme le moulin en centrale électrique locale. Le 30 septembre 1907, un traité est conclu entre la mairie de Maroilles et Evence Maillard, directeur de la tannerie, pour la fourniture de lumière électrique au village. Le moulin, autrefois symbole du pouvoir monastique, devient ainsi un acteur essentiel de la modernité : il éclaire les rues, les maisons, et parfois même les ateliers.

Cette mutation est remarquable : un bâtiment né pour moudre le grain devient, trois siècles plus tard, un moteur de l’électrification rurale.

4.3. Le moulin après la Première Guerre mondiale

Après la guerre, l’activité industrielle décline progressivement. Le bâtiment, toujours équipé de sa turbine, est converti en appartements. Il reste cependant un lieu vivant, habité, mais sans véritable entretien. Les ouvrages hydrauliques fonctionnent encore, mais le site perd peu à peu sa vocation productive.

Cette période de transition prépare, sans le savoir, la grande renaissance patrimoniale qui surviendra à la fin du XXᵉ siècle.

🌊⚙️ V. Incendies, abandon et renaissance patrimoniale (1980–aujourd’hui)

5.1. Du logement à la restauration : les années 1920–1980

Après la Première Guerre mondiale, le moulin de Maroilles connaît une nouvelle fonction : il est transformé en appartements. Cette reconversion, typique des bâtiments industriels désaffectés, lui permet de rester habité, mais sans entretien sérieux. Peu à peu, les structures se fragilisent et le site perd sa vocation productive.

En 1977, le moulin est reconnu pour sa valeur patrimoniale : – 16 mars 1977 : inscription à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques, – 15 septembre 1977 : inscription comme Site. Ces protections administratives marquent une étape essentielle : le moulin entre officiellement dans le patrimoine du Nord.

Dans les années 1980, une tentative de renaissance voit le jour : le moulin devient un restaurant, redonnant vie au site et attirant de nombreux visiteurs. Mais cette période est de courte durée.

5.2. Les incendies de 1986 et 1987 : le moulin en péril

Le 24 mars 1986, un premier incendie ravage une partie du bâtiment. Malgré les dégâts, le restaurant rouvre après des réparations rapides. Mais le 3 janvier 1987, un second incendie, plus violent encore, détruit presque tout ce qui avait été restauré. Le moulin, déjà fragilisé par un siècle d’usure, se retrouve à nouveau en ruine. Beaucoup pensent alors qu’il ne sera jamais sauvé.

5.3. La vente aux enchères et le sauvetage par les Liénard‑Cavrois (1988)

Le 8 mai 1988, le moulin est mis en vente aux enchères publiques. Peu de candidats se présentent : la restauration semble titanesque. Pourtant, le 3 juin 1988, M. et Mme Liénard‑Cavrois décident de relever le défi et acquièrent le bâtiment.

Grâce à son statut de Monument Historique, le moulin bénéficie de subventions de l’État, du Conseil Général et du Conseil Régional. Mais ce sont surtout les investissements personnels des nouveaux propriétaires qui rendent possible une restauration profonde.

Les travaux sont immenses : – consolidation des fondations au pied de l’eau, – reprise complète des maçonneries, – reconstruction de la charpente, – couverture en ardoises naturelles, – installation de nouvelles fenêtres, – remise en état des ouvrages hydrauliques.

Peu à peu, le moulin retrouve sa silhouette et sa dignité.

5.4. La roue de 1995 : la renaissance symbolique

En 1995, un événement marque la renaissance du moulin : la fabrication et l’installation d’une nouvelle roue, fidèle à celle de l’Ancien Régime. Conçue par Jean Bruggeman et réalisée avec l’aide de l’ARAM et d’artisans belges, elle est montée les 27 et 28 novembre 1995. Le soir même, sous les projecteurs, elle tourne pour la première fois. Le moulin revit, non plus comme outil de production, mais comme symbole patrimonial.

5.5. Le moulin aujourd’hui : un monument vivant et un projet d’avenir

Au début des années 2000, la commune rachète le moulin pour lui offrir une nouvelle destinée. Le bâtiment devient l’un des lieux les plus photographiés du Nord, un emblème régional, au point d’être choisi en 2023 pour représenter le département sur la couverture du premier Petit Futé consacré au Nord.

Pour les habitants de l’Avesnois, le moulin est à la fois un morceau d’histoire et un compagnon du quotidien.

Aujourd’hui, l’intérieur du moulin est très endommagé, mais une nouvelle phase de travaux est engagée. D’ici deux ans, il doit accueillir l’Office du tourisme de l’Avesnois. Comme l’explique David Petit, directeur délégué de l’organisme, l’objectif est d’en faire « un lieu de vie, d’échanges, de partages, de rencontres », un accueil du XXIᵉ siècle dans un monument vieux de plusieurs siècles.

La commune porte également un projet ambitieux : rééquiper le moulin d’une turbine pour produire à nouveau de l’électricité, renouant ainsi avec son rôle de centrale hydroélectrique du début du XXᵉ siècle.

🌊⚙️ Fresque historique

VIIᵉ–XVIᵉ siècle Tradition d’un moulin ancien dépendant de l’abbaye.

1575 Reconstruction sous l’abbé Frédéric d’Yves.

1610 Bail attestant deux tournants et les obligations du meunier.

1634 Agrandissement sous dom Simon Bosquier.

1770 Ajout d’un troisième tournant.

1791–1792 Adjudications révolutionnaires.

1838 Les trois roues sont encore en place.

1889 Incendie criminel – fin du moulin à farine.

1899–1907 Installation de la turbine – production d’électricité.

1920–1980 Appartements puis restaurant.

1986–1987 Deux incendies – ruine.

1988 Sauvetage par les Liénard‑Cavrois.

1995 Installation de la nouvelle roue (ARAM).

2000–2025 Propriété communale – projets de renaissance.

2026–2028 Installation prévue de l’Office du tourisme de l’Avesnois.

Cette fresque donne une vision immédiate de la continuité du lieu.

🌊⚙️ Conclusion

Le moulin de Maroilles n’est pas seulement un bâtiment : c’est un témoin. Témoin de la puissance de l’abbaye, des droits seigneuriaux, des familles de meuniers qui s’y sont succédé pendant plus de trois siècles. Témoin des transformations industrielles, de l’arrivée de la turbine, de l’électrification du village. Témoin aussi des drames, des incendies, des abandons, des renaissances.

Aujourd’hui, il s’apprête à connaître une nouvelle vie, ouverte au public, tournée vers l’accueil, la découverte et la transmission. Il deviendra un lieu de rencontre, un espace d’interprétation du patrimoine, un point d’entrée vers l’Avesnois. Et peut‑être, demain, retrouvera‑t‑il même une turbine, renouant avec son rôle de producteur d’énergie.

Le moulin de Maroilles est un monument rare : un lieu qui a traversé les siècles sans jamais perdre son âme. Il appartient désormais à tous ceux qui le regardent, le photographient, le racontent, et qui voient en lui non seulement un vestige du passé, mais une promesse d’avenir.

🌊⚙️ Sources

1. Archives départementales du Nord (ADN)

Série 11 H – Abbaye de Maroilles

  • 11 H 27 : Baux, actes concernant les meuniers (XVIᵉ–XVIIᵉ siècles)
  • 11 H 40 : Actes de gestion, mentions de meuniers, obligations hydrauliques
  • 11 H 66–67 : Actes fĂ©odaux, familles Mandron, Scocart, D’Aoust, etc.

Autres séries

  • Registres paroissiaux et d’état civil (XVIᵉ–XIXᵉ siècles)
  • Capitation de 1705
  • Tabellionages et actes de l’échevinage de Maroilles

2. Sources imprimées, manuscrites et travaux personnels

  • Revue De Sambre et d’Ailleurs : articles et notes historiques sur Maroilles et son moulin (incluant les relevĂ©s et analyses publiĂ©s par Claude Catty)
  • Recherches et relevĂ©s de JoĂ«l FrĂ©haut
  • Documentation et correspondance de l’ARAM (Association RĂ©gionale des Amis des Moulins)
  • Monographie de Maroilles
  • TĂ©moignages oraux et documents communaux

3. Sources contemporaines et administratives

  • Dossiers d’inscription du moulin Ă  l’Inventaire SupplĂ©mentaire des Monuments Historiques
    • 16 mars 1977 : inscription ISMH
    • 15 septembre 1977 : inscription comme Site
  • Archives de la commune de Maroilles (acquisition du moulin, projets municipaux)
  • Articles de presse rĂ©gionale (incendies, projets de restauration, Office du tourisme)
  • Entretiens et dĂ©clarations de l’Office du tourisme de l’Avesnois (David Petit)