
I. Introduction
Au cœur du village de Liessies, dans un paysage de bocage, d’eau et de verdure, s’étend le domaine du château de la Motte, l’un des lieux les plus emblématiques de l’Avesnois. Dominant son étang et entouré d’un parc arboré, le château offre aujourd’hui un cadre paisible où l’histoire et la nature se répondent.
Si son nom rappelle l’existence d’une ancienne motte féodale encore visible dans le parc, l’édifice actuel appartient pleinement au XVIIIᵉ siècle : d’abord ferme dépendant de l’abbaye de Liessies, puis demeure bourgeoise, avant de devenir un hôtel de caractère qui perpétue une longue tradition d’accueil.
Le château de la Motte est ainsi un lieu où se superposent les époques : mémoire médiévale, héritage monastique, architecture rurale élégante et vie contemporaine. Un site vivant, authentique, qui raconte à sa manière l’histoire du pays de Liessies.
II. La motte féodale : le premier château de Liessies
Bien avant l’édifice du XVIIIᵉ siècle, le site du château de la Motte tire son nom d’une ancienne motte féodale, édifiée probablement au XIᵉ siècle. Comme dans de nombreux villages de l’Avesnois, cette motte était une petite fortification en terre, surmontée d’une tour en bois, destinée à surveiller les terres agricoles, les chemins et les abords de l’abbaye de Liessies.
Aujourd’hui, le relief de cette motte subsiste encore dans le parc du domaine : un tertres circulaire, discret mais parfaitement identifiable pour qui sait lire le paysage. Il constitue l’un des rares témoins encore visibles de l’architecture défensive primitive de la région.
Si la motte n’a plus de rôle militaire dès la fin du Moyen Âge, elle demeure un élément fondateur du lieu. Le château construit plusieurs siècles plus tard en a conservé le nom, rappelant cette origine médiévale qui précède l’histoire moderne du domaine.
III. Le système hydraulique et la création de la cense (XVIIᵉ–XVIIIᵉ siècles)
À la fin du XVIIᵉ siècle, l’abbaye de Liessies entreprend de grands travaux hydrauliques (1). En 1684, la rivière est détournée et une nouvelle rivière est creusée pour assainir le site, maîtriser les crues et améliorer l’alimentation des moulins (2). En 1692, cette nouvelle rivière est élargie (3). Les plans de 1696 et 1698 montrent que le lieu dit “La Motte” existe déjà, avec ses viviers, fossés et étangs (4), mais aucun bâtiment n’est attesté : il s’agit d’un espace agricole, pas encore d’une cense construite.
Entre 1715 et 1718, l’abbaye réalise une grande consolidation du réseau hydraulique : reconstruction du pont du Calvaire (daté 1717) (5), pavage de digues, stabilisation des prairies humides (6), ajout d’aqueducs (7), renforcement du batardeau. Cette phase est essentielle : elle fixe définitivement le lit de la rivière et prépare les travaux du XVIIIᵉ siècle.
À partir de 1723, de nouveaux travaux majeurs sont entrepris : construction de la forge (8), exhaussement de la digue de l’étang de la Forge (9), réorganisation des flux hydrauliques. Le procès de 1725 montre que ces travaux modifient profondément la circulation de l’eau (10). C’est précisément dans ce contexte que les textes indiquent que l’érection du château et de ses douves a entraîné un recul du lit de la rivière (11). Cette phrase ne peut se situer ni avant 1718 (lit instable), ni après 1733 (plan Masse de Plaisance montrant le site déjà structuré) (12). Elle se place donc vers 1725, au moment où les grands travaux hydrauliques atteignent leur apogée.
Autrement dit : vers 1725, l’abbaye construit une cense neuve à la Motte, qui deviendra plus tard le château (13). Ce bâtiment est d’abord une ferme dépendante de l’abbaye, intégrée au système hydraulique (viviers, étangs, fossés) (14). Le plan de 1733 confirme son existence : la Motte apparaît comme une exploitation organisée (15).
En 1755, une seconde phase transforme la cense en demeure bourgeoise : façade, portail, linteau daté (16). Ce remaniement donne au bâtiment son aspect de “château” tel qu’on le connaît aujourd’hui.
- ADN 9 H 506 — Biens et droits. Liessies. Biens et visite de lieux.
- ADN Plan Avesnes 96 — Plan produit pour le procès Groëls.
- ADN 9 H 506 — Biens et droits. Liessies. Biens et visite de lieux.
- ADN Plan Avesnes 96 — Plan produit pour le procès Groëls.
- Stéphane Roelandt, Bâtiments et jardins de l’abbaye de Liessies, 1996, p.41.
- ADN 9 H Sup 58 — Comptes. Cartulaire XVIIe siècle.
- ADN 9 H 506 — Biens et droits. Liessies. Biens et visite de lieux.
- ADN C 460 — Liessies. Forge.
- ADN 9 H 506 — Biens et droits. Liessies. Biens et visite de lieux.
- Procès des maîtres de forge (notes 117–120).
- Note 101 — Motte féodale ; transfert symbolique ; 1095–1294.
- Plan Masse de Plaisance (1733).
- ADN 9 H 506 — Biens et droits. Liessies. Biens et visite de lieux.
- ADN 9 H 506 — Biens et droits. Liessies. Biens et visite de lieux.
- Plan Masse de Plaisance (1733).
- Stéphane Roelandt, 1996.
IV. Le château : de la ferme monastique à la demeure bourgeoise (XVIIIᵉ–XXᵉ siècles)
À partir du milieu du XVIIIᵉ siècle, la cense de la Motte, jusque‑là simple exploitation dépendant de l’abbaye de Liessies, prend progressivement l’allure d’une demeure bourgeoise. Le linteau daté de 1755 marque l’un des temps forts de cette transformation : agrandissement, embellissement et adaptation du bâtiment à de nouveaux usages.
Après la Révolution, le domaine quitte le giron religieux et devient propriété privée. Il est acquis par Charles François Aimable Lhomme (1771–1836), maire de Liessies et conseiller général du Nord, qui y réside et y décède “en son château” en 1836. Son épouse, Hyacinthe Joseph Blanchart, meurt également “au château de la Motte” en 1848, confirmant que le domaine est déjà la résidence principale de la famille.

Leur fils Joseph Aimable (1795–1880), puis leur petit‑fils Charles Amable Lhomme (1825–1912), rentier et maire de Liessies, assurent la continuité familiale. Les deux fils de ce dernier se partagent ensuite le domaine : Jules, né au château en 1850, y est recensé en 1906, tandis que son frère François Amable Léonce transmet la propriété à son fils André Amable Auguste Lhomme, né au château de la Motte le 30 avril 1885. Cette branche constitue la dernière lignée Lhomme à résider au château.
Au début du XXᵉ siècle, le domaine quitte progressivement la famille. Vers 1925, la demeure est divisée en deux parties : l’une reste habitation, l’autre devient un hôtel‑restaurant, marquant une nouvelle étape dans la vie du site. En 1936, l’établissement est repris par la famille Soufflet, originaire de Fourmies, grands‑parents de Franck Plateau, l’actuel propriétaire. Dans les années 1980, Mme Plateau et ses deux sœurs poursuivent l’exploitation, avant que Franck Plateau et son épouse ne reprennent l’ensemble en 2000, assurant une remarquable continuité familiale.
Ainsi, du monde monastique à l’hôtellerie moderne, le château de la Motte a traversé les siècles en conservant son identité : un lieu d’accueil, de repos et de convivialité, fidèle à son histoire.
V. Architecture du château et du domaine

Le château de la Motte présente une architecture typique des demeures rurales de l’Avesnois au XVIIIᵉ siècle. Les bâtiments sont construits en brique pour le plein des murs, tandis que les encadrements de baies, les chaînages, les bandeaux et les corniches sont réalisés en pierre bleue et en marbre du pays, matériaux traditionnels de la région.
Vu depuis l’étang, l’ensemble adopte un plan en U, dont la barre centrale est dominée par une tour carrée de deux étages. Cette tour constitue l’élément le plus remarquable du château : sa porte d’entrée, située au rez‑de‑chaussée, est surmontée d’une toiture complexe et pittoresque composée de trois volumes distincts. Les quatre pans retroussés, ornés de lucarnes, se prolongent par un campanile rectangulaire, lui‑même coiffé d’un petit pavillon retroussé. Cette superposition de formes donne à la tour une silhouette unique dans l’Avesnois.
Les deux ailes latérales, parallèles, sont percées chacune d’une porte charretière permettant d’accéder à la cour intérieure, ouverte vers l’étang. À proximité, un pigeonnier domine la digue, avec une toiture presque aussi sophistiquée que celle de la tour du château. Les anciens bâtiments agricoles, encore visibles, rappellent l’origine rurale du domaine.
Les eaux de l’étang de la forge étaient autrefois utilisées pour actionner des machines, témoignant de l’activité économique du site. L’ensemble forme aujourd’hui un paysage harmonieux où architecture, eau et nature composent un cadre d’une grande élégance.
VI. Le château dans les années 1960 : une carte commerciale emblématique

Une carte publicitaire des années 1950, aujourd’hui conservée en carte postale ancienne, résume à merveille l’esprit du château de la Motte à cette époque. On y lit les mots simples et directs qui faisaient la réputation du lieu :
« Pension de famille – confort moderne – prix modérés – 3 étangs – pêche – sites merveilleux – ouvert toute l’année »
Tout y est :
- l’accueil familial,
- la simplicité chaleureuse,
- les étangs propices à la pêche,
- le cadre naturel exceptionnel,
- et cette idée d’un lieu vivant, fréquenté en toutes saisons.
Cette carte témoigne d’une époque où le château était déjà un havre de détente, apprécié des familles, des pêcheurs, des promeneurs et des visiteurs de passage. Elle rappelle aussi la continuité remarquable du domaine : un lieu d’accueil depuis près d’un siècle, fidèle à son identité.

VII. Le château aujourd’hui : un hôtel Logis de caractère

Aujourd’hui, le château de la Motte perpétue une longue tradition d’accueil. Classé Logis de caractère, il offre un cadre paisible et authentique, apprécié aussi bien des visiteurs de passage que des habitués de l’Avesnois. Installé dans les bâtiments du XVIIIᵉ siècle, l’hôtel conserve l’âme du lieu : celle d’une maison où l’on reçoit depuis près de trois siècles.
Le château accueille tous les événements importants :
- communions,
- baptêmes,
- repas d’associations,
- réunions familiales,
- groupes en autocar visitant l’Avesnois ou le musée Matisse.
Les salles, ouvertes sur le parc et l’étang, offrent un cadre chaleureux et élégant, idéal pour les moments de partage.
Le domaine est également adapté aux séminaires et réunions professionnelles. La tranquillité du parc, la qualité des espaces et l’atmosphère historique du lieu créent un environnement propice au travail, à la réflexion et à la cohésion.
Les professionnels en déplacement y trouvent aussi une étape affaires appréciée, où l’accueil reste fidèle à l’esprit familial transmis de génération en génération.
VIII. Conclusion
Le château de la Motte à Liessies est un lieu où se superposent les époques et les usages : une motte féodale médiévale, une ferme monastique du XVIIIᵉ siècle, une demeure bourgeoise, puis un hôtel de caractère toujours vivant aujourd’hui. Son architecture élégante, son étang, son parc et son histoire en font l’un des sites les plus attachants de l’Avesnois.
À travers les siècles, le château a conservé son identité profonde : celle d’un lieu d’accueil, de repos et de convivialité, où l’histoire et la nature composent un cadre unique.