Le démantèlement de nos abbayes : une disparition lente et irréversible

📜 Introduction générale

Le démantèlement de nos abbayes : une disparition lente et irréversible

Pendant plus d’un millénaire, les abbayes de l’Avesnois ont façonné le paysage, l’économie et la mémoire de toute une région. Liessies, Maroilles, Hautmont : trois monastères bénédictins prestigieux, trois centres spirituels et agricoles majeurs, trois mondes clos dont les étangs, les vergers, les cloîtres et les ateliers structuraient la vie locale.

Pourtant, en moins d’un siècle, ces puissantes institutions ont été balayées par une succession d’événements qui ont scellé leur disparition : révoltes paysannes, nationalisation, ventes de Biens Nationaux, démantèlement méthodique, exploitation industrielle, reconversions successives.

Leur démantèlement n’a pas été uniforme. Chaque abbaye a connu une trajectoire singulière :

  • Maroilles, détruite brutalement dès juillet 1789, victime d’un soulèvement populaire d’une violence inouïe.
  • Liessies, dépecée lentement, méthodiquement, transformée en carrière de pierre pendant près d’un siècle avant de renaître comme espace naturel.
  • Hautmont, sauvée in extremis par un moine courageux, puis métamorphosée par l’industrie en clouterie, verrerie et brasserie.

Trois abbayes, trois destins, mais une même conclusion : 👉 la disparition irréversible du monde monastique dans l’Avesnois.

Cette page retrace, pour la première fois de manière complète, la chronologie de cette disparition. Elle montre comment un patrimoine millénaire a été détruit, recyclé, réinventé, et parfois sauvé, laissant dans le paysage des traces encore visibles aujourd’hui.

🏛️ L’Abbaye de Liessies : histoire, démantèlement et renaissance d’un domaine monastique (1791–1985)

L’Abbaye de Liessies : On y distingue l’imposante église abbatiale gothique avec son immense clocher-tour, entourée de ses premiers bâtiments claustraux en brique et pierre.

🟥 1. Introduction

Au cœur de la vallée de l’Helpe Majeure, l’abbaye de Liessies fut pendant plus de mille ans l’un des centres spirituels, agricoles et artistiques les plus influents de l’Avesnois. Son démantèlement, étalé sur près d’un siècle, est l’un des épisodes les plus singuliers de l’histoire monastique du Nord : une destruction lente, méthodique, fragmentée, suivie d’une renaissance écologique moderne.

🟥 2. L’abbaye avant la Révolution

Fondée au Moyen Âge, Liessies possédait :

  • un vaste corps de logis,
  • une église abbatiale en pierre bleue,
  • des galeries, escaliers, dépendances,
  • des granges, écuries, ateliers,
  • un réseau hydraulique sophistiqué : étangs, digues, canalisations, vergers.

Le domaine formait un ensemble cohérent de plusieurs dizaines d’hectares, structuré par les moines bénédictins.

🟥 3. 1789 – La restitution armée de Saint Etton. Une attaque …mais pas un pillage

Contrairement à Maroilles, ravagée par le Vacarme du 21 juillet, et à Hautmont, menacée de destruction le 28 juillet, Liessies connaît en 1789 un épisode radicalement différent : une descente armée motivée non par la haine du cens, mais par une revendication religieuse vieille de deux siècles.

🟦 29 juillet 1789 : La marche de Dompierre‑sur‑Helpe

Ce jour‑là, 400 à 500 habitants de Dompierre‑sur‑Helpe se rassemblent, armés de :

  • fourches,
  • fusils,
  • sabres,
  • faux.

Ils marchent sur Liessies, mais ils ne viennent ni piller l’abbaye, ni détruire ses bâtiments. Leur objectif est très précis : récupérer les reliques de Saint Etton, leur saint patron.

🟦 Une rancœur vieille de 230 ans

En 1556, sous prétexte de protéger les reliques des troubles de la guerre, l’abbé Louis de Blois avait transféré la châsse de Saint Etton de Dompierre à Liessies.

Pour les Dompierrois, ce transfert était une spoliation. Pendant plus de deux siècles, ils ont nourri une rancœur profonde envers Liessies, accusée d’avoir « volé » leur saint.

🟦 L’affrontement entre villages

Lorsque les Dompierrois arrivent à Liessies :

  • ils exigent la restitution immédiate de la châsse,
  • l’abbé Dom Marc Verdier, menacé, finit par céder,
  • la châsse est emportée triomphalement vers Dompierre.

Mais un élément capital distingue Liessies des autres abbayes :

👉 Les habitants de Liessies prennent les armes pour défendre leurs moines.

Des bagarres éclatent entre les deux villages. La tension est extrême… mais elle ne débouche sur aucun pillage, aucun sac, aucune destruction.

🟦 Une abbaye attaquée… mais épargnée

L’épisode du 29 juillet 1789 est unique dans l’Avesnois :

  • Maroilles est ravagée et pillée.
  • Hautmont est menacée de destruction.
  • Liessies, elle, est attaquée pour une relique, pas pour ses richesses.

👉 L’abbaye s’en tire sans le moindre dommage matériel. 👉 Aucun bâtiment n’est détruit. 👉 Aucune œuvre n’est volée. 👉 Aucun moine n’est blessé.

Cet événement explique pourquoi Liessies, contrairement à Maroilles, entre dans la Révolution avec ses bâtiments intacts, ce qui rend possible son démantèlement progressif au XIXᵉ siècle.

🟥 4. Les ventes révolutionnaires (1791–1810)

La Révolution marque la fin du monastère. Le 26 septembre 1791, l’abbaye est vendue en quatre lots :

  1. Le château et le corps de logis (adjugé à Mallet).
  2. La Vieille Cense (adjugée à Culbat).
  3. La Grande Cense (adjugée à Culbat).
  4. Les bâtiments d’ouvriers et dépendances (adjugés à Culbat).

Les acheteurs ne cherchent pas à habiter les lieux : 👉 ils achètent pour démonter.

Entre 1796 et 1810, les reventes successives montrent une exploitation intensive des matériaux :

  • charpentes démontées,
  • colonnes en marbre arrachées,
  • murs en pierre bleue fragmentés,
  • matériaux revendus dans toute la région.

L’abbaye cesse d’exister comme monastère, mais les bâtiments principaux subsistent.

🟥 5. L’occupation russe (1815–1818)

Après la chute de Napoléon Ier, les troupes russes de la Coalition occupent l’Avesnois. À Liessies, elles sont casernées dans les bâtiments encore debout.

Cette occupation :

  • dégrade les structures,
  • vandalise les intérieurs,
  • achève de ruiner les dépendances.

Mais les volumes principaux — corps de logis, ateliers, granges — subsistent encore.

🟥 6. Dahier : le propriétaire des ruines (1810–1834)

En 1810, François‑Michel Dahier, prêtre et ex‑chanoine régulier, achète les ruines. Il occupe et exploite les bâtiments sans les détruire davantage.

À sa mort en 1834, l’abbaye est ruinée, mais encore debout.

🟥 7. Les actes de 1835–1841 : l’abbaye encore debout

Les actes notariés de 1835–1841 sont exceptionnels : ils décrivent une abbaye encore immense.

Le grand bâtiment (57 m × 14 m × 13 m)

  • caves éclairées par 21 fenêtres,
  • rez-de-chaussée et premier étage complets,
  • greniers,
  • remises, écuries, porte cochère.

L’Atelier des moines

43 m de long, 12 fenêtres, 3 portes.

Les dépendances

Grange (22 m), remise (18 m), murs de basse‑cour, jardins, étangs.

En 1838, Lhomme rachète tout. En 1841, il devient propriétaire de l’intégralité de ce qui reste de l’abbaye.

👉 En 1841, l’abbaye est très démantelée, mais pas rasée.

🟥 8. La destruction finale : la carrière Lhomme (vers 1850)

Vers 1850, Charles Lhomme (1825–1912) entreprend la destruction finale :

  • extraction des pierres de taille,
  • récupération de la pierre bleue,
  • vente des matériaux,
  • démolition progressive des murs.

Une grande partie du village actuel de Liessies est construite avec les pierres de l’abbaye.

🟥 9. Le Château Lhomme

Sur les ruines du quartier de l’abbé, la famille Lhomme fait construire une grande demeure bourgeoise, entourée d’un parc clos.

Le domaine conserve :

  • les étangs,
  • les vergers,
  • les digues,
  • les canalisations des moines.

🟥 10. Le rachat public (1985)

Au XXᵉ siècle, le château disparaît. Une demeure moderne est reconstruite sur ses fondations.

En 1985, le Département du Nord rachète le domaine (48 ha) et le classe en Espace Naturel Sensible (ENS).

La maison devient le local d’accueil du parc départemental.

🟥 11. Ce qu’il reste aujourd’hui

Les vestiges authentiques de l’abbaye sont :

  • Le Bûcher aux Moines,
  • Le Moulin abbatial (1696),
  • Le parc départemental : étangs, digues, canalisations, vergers.

Le site est aujourd’hui un espace de promenade où les aménagements hydrauliques des moines servent à la protection de la biodiversité.

🟥 12. Conclusion

L’abbaye de Liessies n’a pas été détruite en un jour. Son démantèlement s’est étalé sur près d’un siècle, en quatre phases :

  1. Les ventes révolutionnaires (1791–1810).
  2. L’occupation russe (1815–1818).
  3. La période Dahier (1810–1834).
  4. La carrière Lhomme (vers 1850).

Aujourd’hui, le domaine monastique est devenu un espace naturel protégé, où les traces des moines — étangs, digues, vergers — continuent de structurer le paysage.

🔥 Maroilles : du vacarme révolutionnaire à la disparition de l’abbaye (1789–1812)

L’Abbaye de Maroilles : Elle est représentée au cœur de son domaine agricole fortifié. On aperçoit l’église d’origine et les structures hydrauliques qui alimentaient les moulins et permettaient l’activité des moines (notamment l’ancêtre de la grange dîmière).

🟥 1. Introduction

L’abbaye de Maroilles, fondée au VIIᵉ siècle, fut l’un des établissements monastiques les plus puissants de l’Avesnois. Mais contrairement à Liessies ou Hautmont, dont la disparition fut progressive, Maroilles subit une destruction brutale, immédiate, violente, dès les premiers jours de la Révolution.

Le 21 juillet 1789, un soulèvement populaire sans équivalent dans la région précipite la chute du monastère. Ce drame, resté dans les mémoires sous le nom de Vacarme de Maroilles, marque le début d’un démantèlement total.

🟥 2. Le « Vacarme de Maroilles » (21 juillet 1789)

🟦 Une abbaye immensément riche

À la veille de la Révolution, Maroilles possède :

  • des terres considérables,
  • un cheptel impressionnant,
  • des revenus annuels dépassant 69 000 livres,
  • une bibliothèque de 3 000 volumes,
  • une argenterie exceptionnelle (reliquaires, croix, bustes, bras de saints),
  • des chefs‑d’œuvre artistiques, dont une Descente de Croix attribuée à Rubens.

Les obligations féodales imposées aux paysans alimentent une rancœur profonde, notamment à Taisnières‑en‑Thiérache.

🟦 Le soulèvement

Le 21 juillet 1789, le tocsin sonne à Taisnières. Une foule de 150 à 200 hommes, armés de fusils, sabres, fourches et faux, marche sur Maroilles.

À leur arrivée, les rangs grossissent encore. La foule exige une audience auprès de l’abbé Dom Maur Sénépart.

L’abbé les fait attendre deux heures, le temps de prévenir la troupe militaire de Landrecies.

🟦 L’assaut

Lorsque la rumeur se répand que les soldats arrivent, l’indignation explose.

  • La grande porte de l’abbaye est enfoncée.
  • La foule envahit la cour intérieure.
  • Les vitres et fenêtres volent en éclats.
  • Les assaillants se répandent dans les cellules, les salons, les bureaux.

Commence alors un saccage total, méthodique, d’une violence extrême.

🟦 Le pillage

Les objets les plus précieux sont détruits :

  • pendules, bronzes, ivoires, candélabres, cheminées,
  • chefs‑d’œuvre artistiques,
  • mobilier d’apparat.

Les reliques sont brisées ou dispersées :

  • grande croix en argent,
  • chaise reliquaire contenant le corps de Saint Humbert,
  • buste reliquaire du saint fondateur,
  • trois bras reliquaires (Saint Barthélemy, Saint Algis, Saint Humbert),
  • ciboire, calices, chandeliers, crucifix.

La bibliothèque est pillée :

  • Encyclopédie méthodique (131 volumes),
  • Histoire ecclésiastique de Fleury (30 volumes),
  • manuscrits, archives, titres de propriété.

La basse‑cour est également touchée :

  • 14 chevaux,
  • 28 vaches,
  • 250 rasières de blé et d’avoine,
  • chariots, outils, veaux, génisses.

👉 L’abbaye est mise à sac de fond en comble.

🟦 La fuite des moines

Lorsque les troupes de Landrecies arrivent, le dernier assaillant s’enfuit. L’abbé et les religieux ne doivent leur vie qu’à une fuite précipitée vers Cambrai.

L’instigateur du mouvement, Jean Fiévet de Taisnières, est arrêté et emprisonné jusqu’en 1790.

🟥 3. La nationalisation et l’expulsion (1790–1791)

🟦 Suppression des maisons religieuses

Le 13 février 1790, la Constituante supprime les maisons religieuses et confisque leurs biens.

🟦 L’inventaire du 26 avril 1790

Le maire et les officiers municipaux se rendent à l’abbaye pour inventorier :

  • registres, comptes, titres,
  • argenterie, argent monnayé,
  • effets de sacristie,
  • mobilier,
  • bibliothèque,
  • cheptel,
  • réserves agricoles.

Ils constatent :

  • un billet de 3 000 livres prêté à la ville d’Avesnes,
  • des revenus annuels de 69 518 livres,
  • 23 moines dans la communauté.

L’abbaye est officiellement déclarée Bien National.

🟥 4. La liquidation et la démolition chirurgicale (1791–1794)

🟦 Fragmentation du domaine

L’État vend le domaine en plusieurs lots à des marchands de biens.

🟦 Transformation en carrière de pierre

Comme à Liessies, les acheteurs transforment le cœur du monastère en carrière de pierre à ciel ouvert :

  • voûtes abattues,
  • briques triées,
  • pierre bleue découpée,
  • matériaux revendus au mètre cube.

Entre 1791 et 1794, disparaissent :

  • l’église abbatiale,
  • le grand cloître,
  • le quartier de l’abbé,
  • les bâtiments administratifs.

👉 Le cœur spirituel de Maroilles est totalement rasé.

🟥 5. Le sauvetage du portail : l’Arc de Triomphe (1807–1812)

🟦 Un monument épargné

La porterie monumentale échappe aux démolisseurs.

🟦 Un démontage audacieux

Entre 1807 et 1812 :

  • les pierres sont démontées,
  • numérotées,
  • transportées sur la Place Verte,
  • réassemblées en Arc de Triomphe.

Le monument célèbre les victoires napoléoniennes et la visite de Napoléon Ier dans la région.

🟥 6. Ce qu’il reste aujourd’hui

✔ La Grange Dîmière (1735)

Bâtiment de 40 mètres, restauré pour 7 millions d’euros. Siège du Parc Naturel Régional de l’Avesnois.

✔ Le Moulin abbatial (1575–1634)

En cours de requalification publique.

✔ Le Logis des Hôtes

Ancien bâtiment d’accueil, encore visible.

✔ Vestiges administratifs

Traces des comptoirs et structures de gestion.

🟥 7. Conclusion

Maroilles est l’abbaye la plus brutalement détruite de l’Avesnois :

  • un soulèvement populaire unique (21 juillet 1789),
  • une nationalisation immédiate,
  • une liquidation rapide,
  • une démolition totale du cœur monastique,
  • un seul monument sauvé : la porterie devenue Arc de Triomphe.

Aujourd’hui, la Grange Dîmière, le Moulin et l’Arc de Triomphe sont les derniers témoins d’un monastère prestigieux dont le paysage porte encore la mémoire.

🛠️ Hautmont : l’abbaye sauvée in extremis puis métamorphosée par l’industrie (1789–XXᵉ siècle)

L’Abbaye d’Hautmont : Le domaine apparaît ici bordé par la Sambre, avec son complexe abbatial d’origine protégé par des douves et des vergers, bien avant que la révolution industrielle ne vienne remplacer l’église par des cheminées d’usines.

🟥 1. Introduction

L’abbaye bénédictine d’Hautmont, fondée au VIIᵉ siècle, occupe une place à part dans l’histoire des abbayes de l’Avesnois. Alors que Liessies et Maroilles ont été méthodiquement dépecées et transformées en carrières de pierres, Hautmont a connu un destin radicalement différent : un sauvetage inespéré en 1789, suivi d’une reconversion industrielle totale qui a permis à ses bâtiments claustraux de survivre jusqu’à nos jours.

🟥 2. Le sauvetage miraculeux de 1789

🟦 La révolte paysanne

Comme Maroilles, Hautmont est frappée par la vague de colère qui secoue les campagnes de l’Avesnois à l’été 1789. Le 28 juillet, une foule de paysans armés marche sur le monastère pour le piller et le détruire.

🟦 L’intervention héroïque de Dom Ghuislain Dusart

Alors que les abbés des autres monastères ont fui, un moine bénédictin, Dom Ghuislain Dusart, sort seul à la rencontre des insurgés.

Par :

  • son courage,
  • son éloquence,
  • son sens de la négociation,

il parvient à calmer la foule et à éviter le saccage.

👉 Hautmont est la seule abbaye de l’Avesnois à échapper au pillage populaire de 1789.

🟥 3. Une démolition sélective : seule l’église est rasée (1791–1794)

🟦 L’expulsion des moines

Comme partout, les religieux sont expulsés en 1791 et les biens sont nationalisés.

🟦 Un sort à deux vitesses

Lors des ventes de Biens Nationaux, l’abbaye subit une démolition sélective :

✔ L’église abbatiale

Symbole du pouvoir spirituel, coûteuse à entretenir, elle est intégralement rasée. Ses pierres sont revendues comme matériaux de construction.

✔ Les bâtiments claustraux

Les ailes conventuelles, construites en briques et pierres sous l’abbatiat de Gaspard Hanot, sont préservées.

Pourquoi ? Parce qu’elles offrent :

  • des volumes immenses,
  • des structures solides,
  • un potentiel industriel exceptionnel.

👉 Hautmont n’est pas démantelée : elle est réaffectée.

🟥 4. La métamorphose industrielle (XIXᵉ – XXᵉ siècles)

🟦 La clouterie et la verrerie

Au XIXᵉ siècle, les bâtiments claustraux deviennent des ateliers industriels :

  • une clouterie,
  • puis une fabrique de bouteilles en verre, destinée notamment à la Champagne.

La Sambre, toute proche, facilite l’acheminement des matériaux et des produits finis.

🟦 La Brasserie de la Sambre

À la fin du XIXᵉ siècle, les ailes conventuelles sont rachetées pour y installer une immense brasserie‑malterie.

Cette activité industrielle lourde :

  • dure jusqu’à la fin du XXᵉ siècle,
  • ajoute des extensions modernes massives (les « verrues »),
  • mais maintient debout les deux ailes principales de l’ancienne abbaye.

👉 L’industrie sauve Hautmont en la recyclant.

🟥 5. Le délabrement, puis la renaissance contemporaine

🟦 Le déclin

Après l’arrêt de la brasserie, les bâtiments servent un temps aux activités paroissiales et associatives. Puis survient une période de délabrement critique :

  • infiltrations d’eau,
  • toitures menaçant de s’effondrer,
  • maçonneries fragilisées.

🟦 Le sauvetage patrimonial

Les façades, toitures et la galerie voûtée du cloître sont protégées au titre des Monuments Historiques.

🟦 La reconversion en logements d’exception

Rachetées par le promoteur spécialisé Histoire & Patrimoine, les ailes conventuelles font l’objet d’un chantier de restauration d’envergure.

Objectif : 👉 transformer l’ancienne abbaye en résidences haut de gamme, 👉 tout en préservant les volumes historiques.

🟥 6. Conclusion

Hautmont est un cas unique dans l’Avesnois :

  • 1789 : sauvée in extremis par un moine courageux,
  • 1791–1794 : démolition partielle (église rasée, cloître préservé),
  • XIXᵉ–XXᵉ siècles : reconversion industrielle totale,
  • XXIᵉ siècle : renaissance patrimoniale et résidentielle.

Alors que Liessies et Maroilles ont disparu sous les pioches des démolisseurs, Hautmont a survécu grâce à l’industrie… puis grâce au patrimoine.

👉 Une abbaye sauvée, recyclée, puis restaurée : un destin absolument singulier.

🧭 Conclusion générale

Trois abbayes, trois destins… une même disparition

À travers Liessies, Maroilles et Hautmont, c’est toute l’histoire de la fin du monde monastique dans l’Avesnois qui se révèle.

✔ Maroilles

Disparue dans la fureur populaire de 1789, rasée en quelques années, dont il ne subsiste que quelques bâtiments isolés et un Arc de Triomphe sauvé in extremis.

✔ Liessies

Démantelée lentement, pierre après pierre, vendue au détail, transformée en carrière, puis en domaine privé, avant de renaître comme parc départemental.

✔ Hautmont

Épargnée par miracle, puis recyclée par l’industrie, avant d’être restaurée au XXIᵉ siècle pour devenir un ensemble résidentiel patrimonial.

Trois trajectoires différentes, mais un même phénomène : 👉 la disparition irréversible des abbayes comme institutions vivantes.

Ce démantèlement n’a pas seulement détruit des bâtiments. Il a effacé :

  • des bibliothèques entières,
  • des œuvres d’art majeures,
  • des réseaux hydrauliques sophistiqués,
  • des archives millénaires,
  • des traditions agricoles,
  • des communautés religieuses qui structuraient la vie locale.

Pourtant, malgré la destruction, le paysage porte encore la mémoire de ces abbayes :

  • les étangs de Liessies,
  • la Grange Dîmière de Maroilles,
  • les ailes conventuelles d’Hautmont,
  • les moulins, les vergers, les digues, les canaux,
  • les pierres réemployées dans les maisons des villages.

Ces traces sont les derniers témoins d’un monde disparu. Elles rappellent que le démantèlement de nos abbayes fut à la fois un drame patrimonial, une transformation sociale, et une mutation profonde du territoire.

Aujourd’hui, leur mémoire renaît grâce aux restaurations, aux espaces naturels, aux musées, aux associations et aux passionnés. Mais leur disparition, elle, est définitive.

👉 C’est cette histoire que raconte cette page : la fin d’un monde, et les vestiges qui en témoignent encore.

📅 Frise chronologique comparative

Liessies – Maroilles – Hautmont (1789–1985)

AnnéeLiessiesMaroillesHautmont
178929 juillet : descente armée de Dompierre-sur-Helpe pour récupérer les reliques de Saint Etton. Conflit entre villages. Aucun pillage.21 juillet : Vacarme de Maroilles — pillage total, destruction des œuvres, fuite des moines.28 juillet : révolte paysanne — Dom Ghuislain Dusart calme la foule et sauve l’abbaye.
179013 février : suppression des maisons religieuses. 26 avril : inventaire complet (argenterie, bibliothèque, cheptel).13 février : suppression des maisons religieuses.
1791Vente en 4 lots — début du démantèlement.Expulsion des moines. Début de la démolition.Expulsion des moines.
1791–1794Démontage des charpentes, colonnes, pierre bleue.Démolition totale de l’abbatiale, du cloître, du quartier de l’abbé.Démolition sélective : seule l’église est rasée. Les ailes conventuelles sont conservées.
1796–1810Reventes successives, exploitation des matériaux.
1810Dahier achète les ruines.
1812Porterie démontée et réassemblée en Arc de Triomphe sur la Place Verte.
1815–1818Occupation russe — dégradations, vandalisme.
1834Mort de Dahier.
1835–1841Lhomme devient propriétaire unique — bâtiments encore immenses (57 m × 14 m × 13 m).
1850Carrière Lhomme — destruction finale, pierres revendues dans le village.
XIXᵉ siècleClouterie, verrerie, puis Brasserie de la Sambre dans les bâtiments conventuels.
XXᵉ siècleDéclin, délabrement, infiltrations, menaces d’effondrement.
1985Rachat par le Département du Nord — création du Parc de l’Abbaye (ENS).
XXIᵉ siècleParc naturel, restauration du moulin.Grange Dîmière restaurée (PNR).Restauration patrimoniale — transformation en logements d’exception.

Voici la version linéaire :

1789 : les révoltes paysannes

  • Maroilles : Vacarme du 21 juillet — pillage total.
  • Hautmont : 28 juillet — sauvetage miraculeux par Dom Dusart.
  • Liessies : 29 juillet — descente d’habitants de Dompierre-sur-Helpe pour récupérer les reliques de Saint Etton, transférées à Liessies en 155. Pas de pillage, mais tensions.

1790–1791 : nationalisation et expulsions

  • Suppression des maisons religieuses.
  • Inventaire monumental à Maroilles.
  • Expulsion des moines dans les trois abbayes.

1791–1794 : premières destructions

  • Maroilles : démolition totale du cœur monastique.
  • Liessies : début du démantèlement (ventes en lots).
  • Hautmont : seule l’église est rasée.

1796–1818 : ruines, reventes, occupations

  • Liessies : reventes, carrière de pierre, occupation russe.
  • Maroilles : porterie sauvée et déplacée (Arc de Triomphe).
  • Hautmont : bâtiments conventuels préservés.

1835–1850 : démantèlement ou reconversion

  • Liessies : Lhomme devient propriétaire, destruction finale vers 1850.
  • Maroilles : disparition complète du monastère.
  • Hautmont : début de la reconversion industrielle.

XIXᵉ–XXᵉ siècles : industrie ou disparition

  • Liessies : domaine privé, château Lhomme.
  • Maroilles : Grange Dîmière et Moulin survivent.
  • Hautmont : clouterie, verrerie, brasserie.

1985–XXIᵉ siècle : renaissance patrimoniale

  • Liessies : Parc départemental (ENS).
  • Maroilles : Grange Dîmière restaurée (PNR).
  • Hautmont : restauration et reconversion en logements.